dimanche 18 novembre 2018

Père Onésime Lacouture - 3-33 - La persécution nécessaire



TRENTE-DEUXIÈME INSTRUCTION 
LA PERSÉCUTION.

« Bienheureux ceux qui souffrent la persécution pour la justice parce que le royaume des cieux est à eux. Vous êtes bienheureux lorsque les hommes vous maudiront et vous persécuteront et qu’ils diront mensongèrement toute sorte de mal de vous à cause de moi; réjouissez-vous et tressaillez d’allégresse parce qu’une grande récompense vous est réservée dans les cieux». Mt 5-17.

Tout le monde comprend que l’Eglise en général soit persécutée par les méchants et par les hérétiques et par les païens. Quand on parle de persécution, on pense aux grandes persécutions des premiers siècles sous les empereurs païens, ou des persécutions par les ennemis de l’Eglise comme les protestants ou les schismatiques.

Ici nous voulons insister sur les persécutions entre catholiques et conduites par des prêtres catholiques! La chose est assez générale et scandaleuse qu’elle vaut la peine d’être examinée. C’est surtout le clergé qui a persécuté J.-C.: ce sera encore le clergé qui persécutera les meilleurs amis de Jésus. En effet, quand il s’agit de doctrine, ce sont les prêtres normalement qui peuvent en juger. Or, comme les démons essaient de pervertir la doctrine de Jésus, il faut bien qu’ils se servent de prêtres pour faire des hérésies comme aussi pour les juger. Ils travaillent donc surtout sur les prêtres. Comme dans la tentation de J.-C., ils citeront des textes à moitié vrais et à moitié faux pour qu’ils soient acceptés pour la partie vraie et qu’ils fassent du tort par la partie fausse. Donnons quelques exemples.
OPPOSITION ENTRE NOS DEUX AMOURS ET L’AMOUR DE DIEU SURNATUREL. Je parle de l’amour surnaturel de Dieu qui s’acquiert aux dépens de notre amour des créatures. Car l’amour naturel de Dieu qui consiste dans l’admiration intellectuelle de Dieu et que les païens peuvent avoir parce qu’il découle simplement de nos facultés spirituelles. Sur le chemin des Limbes, dans l’ordre naturel, cet amour naturel de Dieu s’accorderait bien avec nos deux amours naturels, pour soi et pour le monde.

Nos prêtres philosophes cultivent et protègent nos deux amours naturels parce qu’ils sont bons en soi selon la raison et donc ils peuvent être gardés selon eux, avec toutes leurs conséquences dans la vie pratique, comme les attaches aux plaisirs permis avec leurs motifs naturels.

Ce sont ces deux amours naturels qui alimentent la vie de notre moi païen: ils sont comme nos deux yeux, nos deux bras et nos deux jambes tout au service de notre moi. Comme ils viennent de Dieu, ils sont bons en soi. C’est pourquoi nos prêtres philosophes les protègent comme leur vie.

Or, ces deux amours sont les rivaux de notre amour surnaturel de Dieu. En proportion qu’ils remplissent notre cœur, ils empêchent cet amour surnaturel de Dieu d’y entrer.

Ce moi naturel avec toute son activité naturelle est un échantillon de Dieu: il veut pour lui tout ce que Dieu veut pour lui-même; c’est une espèce de petit dieu rival par conséquent de Dieu. Pourquoi Dieu nous a-t-il fait ainsi? C’est exactement selon son plan général que le surnaturel doit être la récolte du naturel semé ou sacrifié. Si on sème son petit dieu, on récoltera le grand Dieu du ciel!

Eh bien! Dès qu’un prêtre veut enseigner cette doctrine si solide et si claire dans l’évangile, ou dès qu’un chrétien veut la pratiquer, les démons soulèvent une vraie persécution contre lui. Comme les prêtres philosophes favorisent la jouissance de tous les plaisirs permis, ils trouvent exagérés ceux qui prêchent le sacrifice de ces plaisirs licites et ceux qui veulent s’en priver. Alors, ils leur font une grande opposition qui va aller vite à une véritable persécution. Pour ces philosophes, les seuls sacrifices qu’ils prônent ce sont les sacrifices des choses défendues, exactement comme si nous étions sur le chemin des Limbes.

Mais on sait que cela est faux: Jésus et les saints ne se sont pas mortifiés uniquement dans les choses défendues, mais aussi dans les licites. Saint Paul dit que tous ceux qui veulent vivre pieusement dans le Christ souffriront persécution. Or, pour vivre pieusement en Dieu, il ne suffit pas d’éviter seulement le péché, mais il faut pratiquer la vertu et mettre tout son amour en Dieu selon le premier commandement. Donc l’enlever à toutes les créatures sans exception ou sans distinction de permises ou de défendues. Mais, dès qu’un catholique fait cela, il s’attire les moqueries et les insultes des autres, même des catholiques et même des prêtres philosophes. C’est justement cette persécution que tous veulent éviter en faisant comme les mondains: ils savent que dès qu’ils seront tout à Dieu, les autres vont leur faire toutes sortes de misères… et ils ont peur! Est-ce que les filles ne se badigeonnent pas en rouge de peur de faire rire d’elles si elles ne le font pas? Est-ce que les hommes ne suivent pas les sports pour éviter de se faire ridiculiser s’ils ne le font pas?

Jésus nous avertit bien que le monde nous haïra uniquement parce que nous appartenons à J.-C. Comme il m’a haï, il vous haïra et vous persécutera comme il m’a persécuté. Or, Jésus a fui tous les plaisirs du monde sans distinction de permis ou de défendus. Ceux qui font comme lui seront donc persécutés pour la même raison. Les démons se serviront des Philosophes pour empêcher que les gens se privent des biens permis. Ils veulent les empêcher d’arriver à l’amour surnaturel de Dieu qui donne le ciel.

Saint Thomas dit que notre cœur est entre le Créateur et les créatures, il n’a pas dit: entre le Créateur et les créatures défendues; mais toutes les créatures sans distinction. Cette erreur que font tant de prêtres philosophes est la cause des persécutions entre les catholiques. Les catholiques qui suivent les philosophes trouvent exagéré le fait de fuir les plaisirs permis et ils persécutent ceux qui voudraient le faire. Ils ont les prêtres pour les soutenir en général.

NOS SCRIBES ET NOS PHARISIENS MODERNES sont formés exactement comme leurs devanciers, selon la lettre qui tue, avec leurs «strictement parlant», «essentiellement parlant» ou «en toute rigueur des termes» ou «en soi». Or, nous savons que les conclusions pratiques dans l’ordre surnaturel sont souvent le contraire des conclusions de ce point de vue philosophique. A ce point de vue, toutes les créatures sont bonnes et donc nous pouvons en jouir tant que nous voulons du moment que nous évitons tout péché Mais, dans l’ordre surnaturel, nous savons que nous devons mépriser les créatures et les sacrifier le plus possible pour gagner le ciel. Devant l’amour de Dieu, elles sont toutes du fumier, dit Saint Paul; donc elles doivent être rejetées pour aimer Dieu d’un amour surnaturel qui seul donne le ciel.

Or, les prêtres ne donnent presque plus cette doctrine du sacrifice des choses permises et licites: ils se contentent de prêcher le sacrifice des choses défendues. Aussi, quand un prêtre ose prêcher le sacrifice de toutes les créatures sans distinction de permises ou de défendues, les fidèles sont renversés, n’ayant jamais entendu cette doctrine austère. Ils vont s’en plaindre aux prêtres qui condamnent aussi ce prédicateur «nouveau genre» comme ils disent. C’est sûr qu’il paraît étrange à ces pharisiens des «strictement parlant» qui permettent la jouissance et l’amour de tout ce qui est licite en soi. Ils ont raison dans les cas pris individuellement. Il est évident qu’on peut jouir de n’importe quelle créature licite dans un cas isolé. Les philosophes concluent qu’on peut en jouir de toutes et tant qu’on veut. Cette généralisation est contraire à la loi du sacrifice des bonnes créatures que l’amour surnaturel de Dieu exige. En effet, on acquiert cet amour surnaturel de Dieu uniquement aux dépens de notre amour naturel des créatures. Je n’avance en cet amour surnaturel de Dieu qu’en me privant de l’amour d’une créature quelconque bonne en soi même. Eh bien! C’est justement ce que nos scribes modernes ne permettent pas dans leur ignorance des conclusions de la théologie pratique qu’ils n’ont jamais étudiée. Pour eux, seul le péché empêche d’entrer au ciel et le péché dans des actes isolés. Ils ne connaissent pas ce péché mortel général qui se trouve dans l’amour naturel des bonnes choses permises qui a damné le riche de l’évangile selon Jésus. Le seul reproche que lui adresse Abraham du haut du ciel est: «Toi, tu avais tout ce que tu voulais, et maintenant tu n’as plus rien!». Combien de Philosophes du clergé vivent exactement comme ce riche et combien de chrétiens formés par nos Philosophes l’imitent! Donc tous ces gens sont convaincus que nous n’avons qu’à éviter les choses défendues pour arriver au ciel.

Eh bien! Quand ils entendent prêcher la nécessité de sacrifier les bonnes choses permises, non pas une par une, mais dans l’ensemble, ils crient à l’exagération et à l’hérésie. Les démons aidant, ils dénoncent et attaquent ces prédicateurs «outrés» et «exagérés» d’après eux. Bien des fidèles se mettent de la partie pour persécuter ces prêtres «trop austères» ou ces chrétiens qui les suivent. Ils feront tout ce que les pharisiens ont fait à Jésus, excepté les mettre à mort parce que les lois modernes ne le permettent pas.

Ce qui choque nos philosophes et ceux qui les suivent est le fait que les vrais chrétiens fuient les amusements et les plaisirs comme la peste comme le fumier selon Saint Paul. Ils se trouvent à condamner tacitement la vie «païenne» de ces philosophes et ils sont furieux contre ceux qui méprisent ce qu’ils se permettent si facilement.

Tous les moyens employés par les démons pour persécuter J.-C. seront appliqués par nos scribes et nos pharisiens modernes pour persécuter les véritables amis de J.-C. Comme ils ne suivent plus le monde, le monde commence par s’en éloigner, puis à les dénoncer, puis à les persécuter de toutes les façons. Comme les amis du monde sont plus nombreux, ils ont une victoire facile sur les amis de Jésus ordinairement isolés des autres et personne pour les défendre. Comme ces prédicateurs par leur doctrine de renoncement et les fidèles qui les suivent troublent la conscience des mondains, victimes des philosophes, les supérieurs prennent peur et ont vite condamné ces amis de Jésus au silence et à l’exil dans quelque coin éloigné du monde. Quant aux fidèles du renoncement dans le monde, ils sont totalement abandonnés par les autres et passent pour des excentriques et des gens étranges qui ont des idées noires sur le monde et qui sont peu sociables. Les gens les fuient comme la peste! Dieu dispose tout ainsi pour les avoir pour lui seul!

C’est d’autant plus dur que ces persécutés n’auraient qu’à cesser d’attaquer nos deux amours naturels et tout entrerait vite dans l’ordre naturel: les philosophes et les démons les laisseraient parfaitement tranquilles.

La preuve que ces persécutions sont bien réelles est dans cet instinct qu’ont tous les fidèles de faire comme tout le monde. Ils ont une peur bleue de lui déplaire pour ne pas s’attirer ses attaques. Comme ils obéissent tous au monde! Quand le monde veut du rouge sur les lèvres, comme toutes les filles et les femmes se soumettent vite à lui! Quand il veut des robes courtes, comme il est bien obéi par toutes en général! Elles souffriront le froid et la honte d’être si écourtées, mais leur «chéri» le veut et elles se soumettent comme des esclaves qu’elles sont.

Les hommes sont moins outrés dans leurs habits, mais comme eux aussi obéissent à leur dieu, le monde! Combien fument pour faire comme les autres! Combien se passionnent du sport pour ne pas se faire disputer s’ils ne suivent pas les autres! Comme ils suivent toutes les parties du pays, comme s’ils assistaient! Par les journaux, la radio et la télévision, ils font comme les autres: ils se livrent tout à ces jeux d’enfants. Comme le diable les tient occupés à des niaiseries toute leur vie… et qu’emporteront ils de ces folies à la mort, sinon leur châtiment d’avoir gaspillé leur vie dans des bagatelles d’enfant et de païen. Quelle bêtise que de se passionner pour des jeux qu’ils ne voient même pas! Ils ne peuvent pas prétendre que c’est un exercice pour le corps: ils ne jouent pas!

LES DÉMONS, dit Jésus sont les princes de ce monde, ils en sont les dieux et les maîtres, pas par nature, mais parce que Dieu le leur abandonne. L’Archange Raphaël dit à Tobie que le démon peut tout faire à ceux qui entrent dans le mariage pour des motifs naturels qui ne sont pas péchés du tout. Il peut tuer ces époux! Alors, on comprend que nos prêtres philosophes qui pataugent dans le naturel par-dessus la tête sont facilement les victimes des démons. Ils les possèdent vite pour faire persécuter ceux qui vivent de motifs surnaturels. De même, ils peuvent se servir des fidèles qui suivent la doctrine des philosophes pour persécuter les amis de Jésus. «Parce que vous m’appartenez, le monde vous haïra comme il m’a haï et il vous persécutera comme il m’a persécuté. Si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui est à lui!». Donc les démons connaissent bien les vrais disciples de Jésus et ils se servent des prêtres philosophes et des fidèles de même calibre pour persécuter les amis de J.-C.

C’est normal que les démons persécutent les amis de Jésus comme ils ont persécuté Jésus. Nous sommes les membres de son corps mystique et ceux qui vivent de surnaturel reproduisent la vie de Jésus dans la leur; alors les démons les haïssent comme ils ont haï J.-C. Alors, ils essaient de leur faire ce qu’ils ont fait à Jésus lui-même. Les prêtres philosophes sont tout désignés pour leur servir d’instruments dociles, puisqu’ils vivent dans le monde pour lequel Jésus n’a pas prié à l’heure de sa mort. Est-ce que Jésus ne nous avertit pas qu’il est venu dans le monde pour le juger, pour le contredire, pour le condamner et pour diviser les familles pour être un objet de contradiction dans le monde? Alors, que tout bon chrétien s’attende donc à être persécuté par le monde dirigé par les philosophes, instruments des démons exactement comme les pharisiens d’autrefois.

Jésus vient nous apporter une nouvelle vie toute divine pour remplacer la nôtre toute humaine et toute naturelle. Il faut donc que le surnaturel fasse la lutte à cette vie toute naturelle que nous aimons tant. On ne peut pas continuer de vivre une vie surnaturelle en vivant une vie naturelle dans l’orientation des motifs ou des intentions. Si ma vie doit être surnaturelle, elle ne peut pas rester naturelle au point de vue qu’elle est surnaturelle.

Dieu veut que nous nous attachions uniquement aux choses de Dieu, que nous vivions comme dans le ciel… et les démons vont laisser diviniser les hommes de la sorte sans leur faire une guerre à mort? Et sans persécuter ceux qui sont responsables de cette transformation? Ils vont remuer ciel et terre et mobiliser tous les démons pour empêcher ce résultat qui est tout à la gloire de J.-C. qu’ils détestent tant.

Voici un bon témoignage de la doctrine que nous donnons ici. Saint Grignion de Montfort écrit pour ses missionnaires: «A peine de mille prédicateurs… je dirais dix mille sans mentir, y a-t-il un seul qui ait ce grand don du Saint-Esprit». La plupart n’ont que la langue, la bouche et la sagesse des hommes; c’est pourquoi peu d’âmes sont éclairées, touchées et converties par leurs paroles. Comme ils ne battent que l’air, et ne frappent que les oreilles, il ne faut pas s’étonner si personne ne les attaque, si l’esprit de mensonge ne dit mot. Comme le prédicateur à la mode ne frappe point au cœur qui est la citadelle où ce tyran est renfermé, il ne s’étonne pas beaucoup du grand bruit qu’on fait au dehors

Mais qu’un prédicateur plein de la parole et de l’esprit de Dieu vienne seulement à ouvrir la bouche, tout l’enfer sonne l’alarme et remue ciel et terre pour se défendre. C’est pour lorsqu’il se fait une sanglante bataille entre la vérité qui passe par la bouche du prédicateur et le mensonge qui sort de l’enfer, entre ceux des auditeurs qui deviennent par leur foi les amis de cette vérité et toute une ville et toute une province par la guerre qu’il y suscite…

Il ne faut donc pas que l’on s’étonne des étranges persécutions et calomnies qu’on lance contre les prédicateurs qui ont reçu le don de la parole éternelle… Il faut qu’un bon prédicateur se regarde dans la chaire comme un innocent sur la sellette où il faut qu’il souffre, sans se venger, les faux témoignages de tout un auditoire indisposé contre lui, les censures et les mauvaises interprétations que les savants orgueilleux font de ses paroles, les railleries, les moqueries et les mépris que font les impies de sa personne et enfin toute la calomnie de tout un peuple, résistant à la vérité…».

Voilà un saint qui connaissait bien les philosophes du clergé de son temps: il y a déjà trois siècles. Ces pharisiens se trouvent toujours dans l’Eglise pour détruire l’œuvre de J.-C. comme les anciens pharisiens ont tué Jésus. Ne soyons donc pas étonnés si le christianisme avance de peu dans le monde: la très grande majorité des prêtres appartiennent à cette race de théologiens purement spéculatifs qui sont tout à la lettre qui tue, qui marchent uniquement par la tête, par leur esprit païen de la seule raison et qui n’ont pas le cœur dans l’amour de Dieu! Ils n’ont que l’intelligence de l’esprit, mais non l’intelligence du cœur comme parle Saint Paul.

SES AVANTAGES

Nous n’aurions pas si peur de la persécution si nous pensions moins au mal qu’elle nous fait et plus au bien céleste qu’elle nous apporte. Repassons un peu ses avantages pour notre âme.

ELLE EXPIE NOS PÉCHÉS et nous les fait expier. Combien oublient vite leurs péchés et pensent que Dieu les oublie aussi vite. Est-ce qu’il suffit de cesser de faire des dettes pour qu’elles soient payées? De même, il ne suffit pas de cesser de pécher pour qu’ils soient pardonnés. Les fidèles font si peu pénitence qu’il faut croire que la plupart ont encore leurs péchés à expier, même s’ils sont pardonnés en confession.

Nos philosophes avec leur doctrine purement spéculative de l’absolution font croire aux fidèles que dès qu’ils la reçoivent, tout est pardonné et tout est fini au sujet de leurs péchés. C’est absolument faux: ils reçoivent le pardon de leurs péchés par l’absolution, mais il leur reste toujours une bonne expiation à faire. Elle fait partie intégrante du sacrement de pénitence. Dans les premiers siècles, on imposait toujours une forte pénitence tout en donnant l’absolution; c’est qu’ils savaient que les péchés doivent être expiés, même après l’absolution.

Eh bien! Très peu de fidèles ont le courage de s’imposer des pénitences pour leurs péchés, alors Dieu y supplée par la persécution qui est souvent très pénible à supporter. Ces pénitences choisies par Dieu sont bien plus efficaces pour expier nos péchés que celles que nous nous imposons nous-mêmes. Il sait mieux que nous ce qu’il faut punir et expier en nous.

La persécution est surtout efficace pour nous aider à détruire en nous nos deux amours naturels, surtout l’amour de soi. Tout homme est porté à s’estimer beaucoup: les calomnies et les mauvais traitements des autres finissent par le convaincre qu’il n’est pas aussi parfait qu’il se croyait.

La persécution ne se fait pas toujours au nom de la foi. Combien de gens se chicanent et font souffrir de bien des façons. C’est Dieu qui dispose tout pour qu’ils aient une chance d’expier leurs péchés. Combien ont à côté d’eux une personne qui agit comme un vrai bourreau pour les faire souffrir et cela des années de temps. Qu’ils l’endurent pour l’expiation de leurs péchés! Au lieu de perdre son temps à vouloir convertir son bourreau, il vaut mieux se convertir soi-même à la volonté de Dieu qui veut qu’on expie nos péchés. Dieu tient notre bourreau là tant que nous en avons besoin pour nous purifier complètement. Remercions Dieu et aimons notre bourreau selon le commandement formel de Jésus.

Quand même que la persécution serait injuste actuellement, il faut l’accepter pour expier nos péchés qui n’ont pas encore été expiés. Nous ne voyons que dans le présent, mais Dieu voit le passé aussi bien que le présent. Il voit nos péchés à expier encore.
AMORTIT LE PAÏEN EN NOUS.
Voici un point généralement ignoré par les fidèles: ils pensent qu’il suffit de détruire le péché en nous. C’est tout ce que les philosophes laissent entendre partout en ne prêchant que contre les péchés. Ils ont tort.
Pour aller aux limbes, cela suffirait, mais c’est absolument faux que cela suffise pour arriver au ciel. Après qu’on s’est débarrassé de ses péchés, il reste toute notre activité naturelle libre des intentions et des motifs à sacrifier. Qui n’a pas entendu cette parole de J.-C.: «si quelqu’un veut venir après moi, qu’il se renonce lui-même!». Donc il faut renoncer à son païen, même après avoir renoncé à ses péchés. Se renoncer, voilà le grand travail de tout chrétien quelque parfait qu’il soit. Se renoncer veut dire amortir nos deux amours naturels et donc renoncer aux jouissances qui alimentent ces deux amours naturels. Or, il n’y a pas que les choses défendues qui procurent de la jouissance, mais les bonnes aussi. Or, très peu d’hommes sont capables de se renoncer par eux-mêmes: il faut que Dieu vienne à notre secours. Ce qu’il fait par toutes sortes de persécutions qu’il nous envoie de la part des personnes avec lesquelles on vit. C’est pour nous aider à faire la guerre à notre païen, le pire ennemi de Dieu en nous.

NOUS DIVINISER.

D’après l’évangile, le divin entre en nous en proportion que l’humain ou le naturel en sort. Saint Paul dit que le vieil homme doit périr en nous pour que le nouvel homme se forme. Or, les persécutions sont envoyées par Dieu précisément pour faire mourir ce vieil homme naturel ou païen. Jésus dit que nos places dans le ciel dépendent du calice que nous buvons. Or, il veut dire par là que nous régnerons au ciel dans la mesure que nous aurons participé à la passion de Jésus et donc à ses persécutions.

Suivons donc tous J.-C. et peu importe la persécution des ennemis de Jésus: qu’ils soient démons, païens, méchants ou prêtres philosophes. Adhérons à Jésus dans sa vie et dans sa doctrine: c’est là que nous nous divinisons. Et le signe que nous lui faisons plaisir est justement la colère des démons et de leurs instruments quels qu’ils soient. Le monde vous haïra parce que vous m’appartenez! La persécution nous rend donc plus semblables à Jésus et donc nous divinise. Elle n’est pas seulement un signe que nous appartenons à Jésus, mais elle nous rend semblables à lui.

Que tous ceux qui ont peur de suivre de près Jésus sachent bien qu’ils perdent une bonne chance de lui ressembler. Quand les filles refusent si jamais il y en a!… de mettre du rouge sur les lèvres, et qu’elles sont persécutées par les autres, quel bonheur devrait être le leur de souffrir quelque chose pour l’amour de leur Sauveur! De même, ceux qui s’éloignent des amusements et des vanités des païens ne devraient pas craindre les sarcasmes des autres: c’est justement là qu’ils ressemblent à J.-C. Quelle folie que de vouloir l’amour du monde au lieu de l’amour de Dieu! De vouloir plaire au monde plutôt que de plaire à Dieu! La ressemblance qu’il nous faut est celle de Jésus souffrant de la persécution des scribes et des pharisiens et donc c’est quand nous souffrons pour notre religion, pour suivre la doctrine de l’évangile et pour imiter notre divin Sauveur que nous devenons plus semblables à J.-C. et donc que nous nous divinisons.

LES NON-PERSÉCUTÉS SONT À PLAINDRE

D’après ce que nous venons de dire, on voit combien ceux qui ne sont pas persécutés pour leur religion sont à plaindre! C’est donc qu’ils appartiennent au monde et qu’ils le suivent dans ses idées et dans ses mœurs. C’est donc que les démons ne voient pas des ennemis en eux et qu’ils font bon ménage ensemble! Jésus dit carrément: «Si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui lui appartient! Mais parce que vous n’êtes pas du monde et que vous m’appartenez, le monde vous hait comme il m’a haï et il vous persécutera comme il m’a persécuté». Quelle parole terrible pour ces prêtres qui n’ont jamais de luttes avec les démons ni avec les mondains, mais qui jouissent d’une paix parfaite avec les pires ennemis de Jésus! Malheur à vous dit Jésus quand le monde dira du bien de vous! C’est donc que vous lui faites plaisir et que vous suivez ses maximes.

Que de prêtres prêchent justement pour ne pas contrarier le monde, mais pour s’attirer les louanges du monde. Ce n’est pas nécessaire de le vouloir exprès: cet amour des louanges est tellement ancré dans le cœur humain que plusieurs le font sans même s’en rendre compte. Comme ils évitent habilement les passages de l’évangile qui pourraient troubler les consciences des fidèles à mentalité païenne! Comme ils évitent de les expliquer dans le détail et dans le concret de la vie; par exemple, tous les textes sur le renoncement et le mépris des créatures même bonnes en soi Où sont les fidèles qui ont jamais entendu un prêtre exploiter les textes de Saint Pierre et de Saint Paul qui enseignent la nécessité d’endurer les outrages, les insultes et les persécutions de toutes sortes chaque jour de la vie et que c’est notre vocation de le faire… que sinon nous n’appartenons pas à la famille de J.-C.? Voilà des textes qui exciteraient la colère des démons et des mondains… et qui attireraient des reproches des supérieurs et même des condamnations de leur part.

Les prêtres ont bien plus peur des reproches du monde et de leurs confrères que de Dieu: ils sacrifient volontiers la doctrine austère de l’évangile pour ne pas déplaire aux fidèles et ils ne craignent pas de déplaire ainsi à Dieu. Ils imitent Judas et trahissent Jésus pour sauver leur réputation devant les mondains.

La plupart des prêtres comprennent si peu l’esprit de Jésus qu’ils prennent pour signe d’hérésie l’opposition que l’on rencontre des gens du monde. Dès qu’ils se plaignent de la sévérité de la doctrine qu’un vrai disciple de Jésus prêche, les supérieurs de ce prédicateur prennent peur et l’admonestent vite d’avoir à prêcher comme tous les autres prêtres, ce qui veut dire de façon à ne pas troubler les gens dans leur vie païenne toute aux choses de la terre.

Jésus dit que ceux qui prêchent comme lui seront persécutés comme lui, les supérieurs devraient d’abord examiner si leur inférieur est dans ce cas ou s’il prêche des hérésies. Mais la plupart sont tellement ignorants sur cette doctrine qu’ils jugent leur inférieur hérétique par le seul fait qu’il suscite beaucoup d’opposition de la part des gens du monde. Comme ils sont loin de Jésus qui dit que tous ceux qui le suivent de près seront persécutés comme lui.

La conclusion est que ceux qui ne sont pas persécutés dans la prédication ou dans la pratique de leur religion sont à cent lieues de la doctrine de J.-C. et donc de J.-C. lui-même. Que chacun examine bien s’il va à la dérive avec le monde ou s’il remonte le courant des gens du monde. comme leur Maître, tous devraient être des signes de contradiction!

dimanche 4 novembre 2018

Père Onésime Lacouture - 3-32 - L'abandon


TRENTE-ET-UNIÈME INSTRUCTION L’ABANDON.
« Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel ».

Toute la doctrine donnée dans nos trois séries de retraites tend à nous rendre absolument conformes à Dieu dans tout notre être par la grâce sanctifiante et dans notre mentalité par une union libre de notre jugement et de notre volonté aussi parfaite que possible avec la grâce de Dieu. Nous voulons devenir une seule chose avec la Trinité par J.-C. Nous voulons donc vivre la vie du Père, juger selon la sagesse du Fils et aimer avec l’amour du Saint-Esprit. En proportion que nous visons ces trois activités trinitaires, nous pratiquons l’abandon à Dieu.

Au ciel, il est bien certain que nous pratiquerons cet abandon à Dieu totalement. Il s’agit de commencer tout de suite ce que nous ferons au ciel. L’abandon est le résumé de toute la doctrine catholique que tout chrétien devrait pratiquer parfaitement dans la foi sur terre pour aller la pratiquer au ciel dans la gloire.

SA NATURE

L’abandon consiste à se laisser façonner par Dieu à son image par tous ses instruments qu’il a choisis pour ce travail, soit des personnes ou des choses. Comme la statue se laisse sculpter par l’artiste sans murmurer, comme le bâton dans la main du vieillard qui en fait ce qu’il veut et même comme un cadavre qui se laisse traiter n’importe comment par n’importe qui.

Cet abandon est fait surtout de foi et d’amour de Dieu. La foi montre Dieu en arrière de toutes les créatures et de tous les événements. Ces choses créées servent d’espèces sensibles pour indiquer la présence de Dieu en eux. On devrait prendre une attitude révérencielle devant tout ce qui se présente à soi comme on fait devant une hostie consacrée. Ces créatures sont la voix qui nous crie la venue du divin en nous si nous voulons bien l’accepter. La foi me dit que c’est Dieu qui se présente dans chaque moment présent, peu importe sous quelle forme. Ce devoir du présent m’apporte les bénédictions du ciel avec la joie et le mérite pour le ciel. Elle me montre toutes les choses qui se présentent à moi comme destinées par Dieu à me servir de tremplin pour monter aux choses de Dieu. Elles sont toutes des moyens pour me sanctifier si je m’en sers selon la volonté divine.

L’amour est un autre élément important dans l’abandon. On a confiance dans celui qu’on aime; même quand il fait de la peine, on sait que c’est pour un plus grand bien. Quand une mère enlève une écharde dans le doigt de son enfant, elle lui fait mal, mais il sait que c’est pour mieux le soulager du mal que lui fait l’écharde. De même celui qui aime Dieu a confiance que tout ce qu’il lui fait, est pour son plus grand bien et il s’abandonne à Dieu. Il vit la parole de Saint Paul: «Tout coopère au bien de ceux qui aiment Dieu». Ou encore rien ne peut nous séparer de la charité de Dieu. Donc même dans les grandes épreuves, on s’abandonne à Dieu.

Avec la foi qui montre Dieu en tout ce qui arrive et avec l’amour de Dieu qui fait aimer tout ce qu’il aime pour nous toute la bile disparaît de la vie, les murmures cessent avec la mauvaise humeur. Nous restons calmes devant tout ce qui se présente à nous de la part de Dieu. Mais, comme ces catholiques sont rares! C’est qu’il faut être tout aux choses de Dieu et avoir vaincu en bonne partie nos deux amours naturels qui nous font le centre du monde! Le terme de toute notre activité! On ne peut pas s’abandonner à Dieu quand on est plein de soi-même! Or, la masse des chrétiens est dans ce cas. Avec nos prêtres philosophes qui n’attaquent à peu près jamais nos deux amours naturels, les chrétiens les gardent. Alors, toute leur vie pivote sur leur moi païen, même à leur insu. Aussi que d’énervement, d’impatience et de chagrin dans les contrariétés de la vie! Comme c’est justement le plan divin de renverser ce petit dieu du moi païen en chacun de nous, il va nous envoyer toutes sortes d’épreuves pour l’abattre et le détruire. Alors, ces «païens» de mentalité passent par des transes très pénibles et sans grand mérite à cause de leur manque de foi et d’amour en Dieu.

Ceux qui ont plus de foi et d’amour de Dieu ne s’énervent pas dans les difficultés de la vie. Par exemple, on m’intente un procès injuste et compliqué: à quoi bon m’inquiéter, me trémousser en m’énervant sur l’issue de ce procès? Il arrivera ce que Dieu voudra! Evidemment, je dois faire ma part pour en bien sortir, faire les démarches que la prudence me suggère comme si tout dépendait de moi, puis ensuite j’abandonne le résultat à Dieu seul. Je dois avoir confiance en lui, croire que tout ce qui arrivera vient de lui d’une façon ou d’une autre, et qu’il m’aime plus que je ne m’aime moi-même. Alors je dois tout espérer de lui et rester parfaitement calme.

L’abandon n’est donc possible qu’en proportion qu’on détruit en soi nos deux amours naturels pour y substituer l’amour de Dieu. Il est bien difficile dans l’ordre naturel: il faut vivre de surnaturel pour pratiquer l’abandon. La raison et l’amour naturel ne suffisent pas. Il faut surtout la foi et l’amour surnaturel de Dieu qui nous jettent tous les deux dans le monde surnaturel de Dieu.

Jetons-nous donc dans les bras de Dieu comme l’enfant dans les bras de sa mère. Il faut se sentir petit et impuissant contre nos ennemis de toutes sortes pour se confier en Dieu seul. Dieu enseignait notre absolue incapacité quand il déclarait que sans lui nous ne pouvons rien. Les humbles vrais sont donc seuls capables de pratiquer l’abandon à Dieu. Comme ces humbles sont rares! Car très peu de catholiques pratiquent l’abandon à Dieu dans toutes les circonstances difficiles de la vie. Tous ceux qui ont peur et qui tremblent devant le danger évidemment craignent pour leur moi païen. Car si Jésus avait remplacé le païen en eux, ils n’auraient peur de rien comme les Apôtres après la Pentecôte.

DANS L’ANCIEN TESTAMENT, DIEU Y EXERCE SES AMIS

Saint Paul dit que tout ce qui est écrit dans l’Ancien Testament était une figure de ce que Dieu fait dans le Nouveau. Tout est donc pour notre instruction spirituelle. Si on examine la conduite de Dieu envers ses amis, on voit qu’il les éprouve de manière à les obliger à s’abandonner à lui. L’épreuve est contraire à leur jugement et à leur volonté; pour agir, il faut donc qu’ils s’abandonnent à Dieu exactement comme ils le feront au ciel.

Prenons le cas des anges. Ce que Dieu leur demande est contraire à leurs deux facultés naturelles comme la révolte de Lucifer et de ses anges le montre bien. Ils n’ont pas voulu s’abandonner à Dieu: ils n’ont pas voulu agir dans la foi comme ils le feraient dans la gloire… et ils se sont perdus à tout jamais! Saint Michel et les bons anges se sont fiés à Dieu: ils se sont abandonnés parfaitement à ce qu’il voulait d’eux; ils ont agi dans la foi comme ils agiront dans la gloire du ciel. Ils méritaient donc le ciel.

Dieu exigeait un abandon parfait de nos premiers parents dans l’épreuve pourtant insignifiante en soi, mais grave par ses conséquences. Pourquoi défendre de manger tel fruit quand il permettait les autres? Pourquoi une si grande menace pour si peu de chose? Mais, au lieu de s’abandonner à Dieu, ils choisirent d’agir selon leurs lumières naturelles comme Lucifer plutôt que de se fier à Dieu. Leur manque d’abandon nous a valu toutes les misères que les hommes endureront jusqu’à la fin des temps sans compter les châtiments en l’autre monde.

On connaît l’exemple d’Abraham. Dieu lui demande une terrible épreuve absolument contraire à son jugement et à sa volonté. Abraham se renonce complètement et s’abandonne à Dieu qui accepte son sacrifice et son abandon comme preuve qu’il préfère Dieu à tout au monde et par là il mérite le ciel et la faveur d’être le père du peuple choisi de Dieu. C’est sa foi en Dieu et son amour de Dieu qui sont à la base de son parfait abandon à Dieu. Il a imité Saint Michel et les bons anges dans leur abandon à Dieu: il mérite donc le ciel comme eux.

Le meilleur exemple de cette conduite de Dieu est celle qu’il exerça envers le peuple juif pendant les quarante ans de sa marche vers la Terre promise. Dieu fera pour chacun de nous en proportion que nous en valons la peine justement ce qu’il fit au peuple juif. Dieu a fait exprès pour les aveugler, leur rendre la vie humainement impossible, les exposer à des conjonctures inextricables précisément pour les obliger à s’abandonner à lui. Dieu n’a pas réussi à faire pratiquer l’abandon à son peuple, mais les leçons étaient là quand même pour eux comme elles le sont pour nous si nous voulons en profiter. A part deux, ils ont tous péri en chemin à cause de leurs murmures contre Dieu. Le même châtiment attend tous ceux qui refusent de se laisser conduire par Dieu comme il veut et où il veut. Il sait ce qu’il veut de nous et il connaît les meilleurs moyens pour nous conduire à notre fin dernière, nous devrions avoir assez de confiance en sa sagesse et en sa puissance pour nous laisser faire comme l’enfant dans les bras de sa mère. Là seul est le vrai bonheur pour nous tous.

Ce que Dieu a fait dans le désert pour les juifs était justement pour détruire leur deux amours naturels: il les a privés de toute satisfaction des créatures; ils étaient dans le plus grand dénuement possible, pas même de pain ni d’eau! Puis, pour détruire leur amour-propre, il a tout fait contrairement à leur jugement, tout humainement impossible. C’est un miracle continuel de la Providence pendant ces quarante années à travers le désert. Ils allaient jusqu’à se moquer de Dieu comme en disant, par exemple: « Dieu va-t-il nous mettre la table dans le désert? Va-t-il faire jaillir de l’eau des rochers?». Ils voyaient donc que leur vie était impossible humainement parlant. Même après bien des miracles de Dieu, les Juifs en général ne s’abandonnèrent pas à Dieu, comme ils auraient dû le faire. Aussi, Dieu les punit sévèrement et finalement tous périrent excepté deux avant d’entrer en terre promise, de ceux qui étaient partis d’Egypte.

J’ai dit que l’abandon est fait surtout de foi et d’amour de Dieu. Or, les juifs voulaient suivre leur bon sens humain et leurs amours des choses créées: ils ne pouvaient donc pas pratiquer l’abandon à Dieu. Ils avaient mis leur propre fin dernière en eux-mêmes au lieu de la mettre en Dieu. C’est pourquoi Dieu a fait tout le contraire de leur bon sens et de leur amour naturel… et ils ont été très malheureux et un grand nombre sans doute ont perdu le ciel en plus.

Dieu les conduit par un nuage jour et nuit et ils ne savent pas du tout où il les mène. C’est bien l’image de la foi aveugle que Dieu veut pour nous tous. Dieu les tient dans le désert où il est impossible de vivre évidemment pour qu’ils s’abandonnent à lui totalement. Rien de plus clair! Ils auraient pu être conduits en Terre Promise en quelques semaines ou quelques mois: il les promène là quarante ans!

Eh bien! Voilà la façon d’agir de Dieu pour tous ceux qui veulent entrer au ciel. Pour les faire vivre de foi et d’amour surnaturel de Dieu, il massacre leur jugement et leur amour des choses créées. Il aime à nous mettre dans des troubles compliqués et dans des positions inextricables, justement pour nous obliger à mettre notre confiance en lui seul. Mais, la plupart des chrétiens font comme les juifs au désert, ils murmurent contre la Providence et perdent ainsi leur mérite.

Si nos philosophes, au lieu de tant parler contre le péché, expliquaient aux fidèles les voies de Dieu dans les épreuves, les fidèles seraient plus calmes et s’abandonneraient mieux à Dieu. En tout cas, que ceux qui lisent ces lignes prennent bien leur leçon de s’abandonner à Dieu quand il les met dans des conditions impossibles d’agir ou de vivre. Parce qu’on ne voit pas comment on pourra en sortir, est-ce une raison de croire que Dieu ne pourra pas trouver moyen de venir nous aider? Est-ce que Dieu n’est pas plus sage que nous, plus fort que nous? Alors, n’allons donc jamais nous décourager dans les grandes difficultés de la vie. Dieu les fait très grandes, précisément pour qu’elles nous dépassent entièrement, afin que nous attendions tout de lui seul.

Que dirions-nous d’un petit enfant qui ne peut pas vaincre une difficulté et qui ne s’abandonne pas à son père tout près de lui? Spontanément, il demanderait à son papa de faire ce que lui ne peut pas. Eh bien! C’est justement ce que Dieu veut de nous tous. Il nous jette dans des trous inextricables pour que nous criions vers lui. Quelle folie que de murmurer contre Dieu au lieu de nous abandonner à lui! Tout cela est normal dans la vie de ceux qui sont sur le chemin du ciel! Qu’ils le sachent donc et qu’ils s’abandonnent à Dieu en tout et partout!

JÉSUS L’ENSEIGNE DANS LE NOUVEAU TESTAMENT

Il confirme ainsi ce que Dieu faisait dans l’Ancien Testament. Il donne cette doctrine surtout dans le sermon sur la Montagne où il entre dans les détails de la vie la plus commune pour nous montrer que l’abandon doit être une vie et pas seulement un acte ou des actes passagers. Comme la plupart des inquiétudes viennent surtout au sujet de la vie et du corps, il nous dit: «Ne vous inquiétez pas pour votre vie, de ce que vous boirez ou mangerez, ou pour votre corps, de quoi vous le vêtirez: la vie n’est-elle pas plus que la nourriture et le corps plus que le vêtement?» Si Dieu nous a donné la vie et le corps sans nous, il nous donnera bien ce qu’il faut pour l’entretien de l’un et de l’autre. S’il donne le plus, il donnera bien le moins. C’est si clair… et comme on ne le prend pas! C’est bien la preuve que les hommes ont bien peu de foi en Dieu. Ils ne voient que le sensible et ne s’occupent que des choses matérielles: ils ne voient pas Celui qui nous les fournit! Hommes de peu de foi! Ils disent qu’ils croient en Dieu et agissent comme si Dieu n’existait pas! Aussi Jésus insiste sur les détails.
« Regardez les oiseaux du ciel: ils ne sèment ni ne moissonnent, ils n’amassent rien dans les greniers… et votre Père céleste les nourrit; ne valez-vous pas plus qu’eux?». Quelle logique venant de Jésus même… et nous ne l’avons pas encore prise! Comme nous avons la tête dure! Il ne veut pas que nous ayons plus d’inquiétude que les oiseaux du ciel. Evidemment un père de famille doit se trouver de l’ouvrage pour gagner la vie des siens, il doit prévoir même pour leur avenir, mais tout cela sans l’ombre d’inquiétude, mais avec parfait abandon à Dieu pour le résultat. Voici encore un exemple.

« Considérez les lis des champs, comment ils croissent; ils ne travaillent pas, ni ne filent et, cependant, je vous dis que Salomon, même dans toute sa gloire, n’a pas été vêtu comme l’un d’eux. Que dit Dieu, revêt ainsi l’herbe des champs qui est aujourd’hui et qui demain sera jeté au four, ne le fera-t-il pas bien plus pour vous, gens de peu de foi? Ne vous mettez donc point en peine, disant: «Que mangerons-nous ou que boirons-nous ou de quoi nous vêtirons-nous?». Car ce sont les païens qui cherchent toutes ces choses. Cherchez donc d’abord le royaume de Dieu et sa justice et le reste vous sera donné par surcroît… N’ayez donc point souci du lendemain! Le lendemain aura soin de lui-même. A chaque jour suffit sa peine».

Dieu veut donc avoir soin de nous au jour le jour comme il faisait au désert. Il faisait tomber la manne, mais juste ce qu’il fallait pour chacun: si quelqu’un voulait en accumuler, elle se corrompait tout de suite. Est-ce qu’il ne le montre pas aussi en nous obligeant à manger tous les jours. Il aurait bien pu nous bâtir de façon à ce qu’un repas par mois ou même par an puisse nous soutenir. Non, il veut nous montrer que tout est à recommencer tous les jours, afin que nous comptions plus sur lui chaque jour. De même peut-on dormir pour des semaines d’avance? Pas du tout! Chaque nuit, c’est à recommencer.

Dieu veut que nous fassions cela en tout autant que possible et selon la nature des choses que Dieu a déterminées. Remarquons bien encore que Dieu ne défend pas une certaine prévoyance, mais il défend absolument toute inquiétude au sujet de l’avenir. Cette inquiétude est une insulte à sa bonté et à son amour pour nous.

Jésus nous enseigne l’abandon encore plus par sa conduite. Il vivait au jour le jour. A Nazareth, il gagnait si peu qu’il n’a jamais fait d’économie pour le lendemain: c’était toujours à recommencer chaque jour. Il était des plus pauvres au monde. Durant sa vie publique, il dit lui-même qu’il n’avait pas où reposer la tête. Le fait que les Apôtres avaient une bourse n’infirme pas ce qu’on dit de sa pauvreté parce qu’il y avait si peu dans cette bourse qu’elle suffisait à peine au strict nécessaire de chaque jour. Plus d’une fois il est dit qu’ils n’avaient rien pour souper, qu’ils passèrent tout le jour sans manger.

LA PRATIQUE DES SAINTS

En proportion qu’ils se sont sanctifiés, ils ont pratiqué l’abandon à Dieu. Au début, on voit que Dieu les laisse compter sur des moyens humains pour subsister ou pour réussir dans leurs œuvres. Puis, à mesure qu’ils progressent dans la vertu, Dieu leur enlève ces moyens, non pas pour détruire leurs œuvres, mais pour qu’ils comptent plus sur Dieu.

Tous ont voulu imiter la sainte Humanité de Jésus qui a pratiqué le plus parfait abandon possible. Quand même elle n’était pas une personne, on peut examiner son exemple parce qu’elle était de même chair que nous. Elle est notre modèle. Elle s’est abandonnée au Verbe sur la terre comme au ciel. Elle pouvait physiquement s’opposer, par exemple, à la passion, mais elle se soumettait toujours au divin. Dans l’agonie, elle montre sa répugnance pour la souffrance, mais ajoute tout de suite: que votre volonté soit faite et non pas la mienne! Même la mort la plus horrible ne l’empêche pas de s’abandonner parfaitement à Dieu.

On va dire qu’elle était unie au Verbe. Nous aussi, nous sommes unis à J.-C. par la grâce et il peut nous fortifier comme il a fortifié son Humanité. Comme la sainte Humanité n’était pas une personne, elle était soumise au Verbe. Eh bien! Jésus nous demande de nous renoncer nous-mêmes justement pour que nous ne nous opposions plus à ses vouloirs divins. C’est pourquoi Jésus veut que nous agissions comme si nous n’étions pas une personne, et c’est ce renoncement qui fait le fond de l’abandon. En proportion qu’on se croit quelque chose, on ne s’abandonne pas à Dieu. C’est dans la mesure que nous connaissons notre néant ou notre dépendance absolue de Dieu que nous nous abandonnons à lui. Or, jamais une créature n’a mieux connu son néant devant Dieu que la sainte Humanité. Voilà pourquoi son abandon a été si parfait. Jamais Dieu ne prendra possession d’un cœur qui reste maître de lui-même. Partout où il se trouve, il veut être le seul Maître, pour y exercer son souverain domaine comme dans le monde et au ciel. Que tous ceux qui veulent s’unir à Dieu commencent par vider leur cœur d’eux-mêmes et de l’affection du monde. Notre moi païen, qui vit de nos deux amours, doit faire place à J.-C. et ce n’est qu’après cela que l’abandon sera possible. Rien de plus important dans toute la vie spirituelle!

Voilà une idée qu’il faut méditer quand nous avons le bonheur de posséder la sainte Humanité dans la Communion. C’est en elle que Jésus veut nous transformer quand il vient à nous, afin de nous transformer encore plus en sa divinité. Ne l’oublions pas! Elle est totalement abandonnée au Verbe: faisons donc de même avec la grâce de Dieu. Insistons pour reproduire sa vie le plus parfaitement possible. Là est toute notre sainteté!… Demandons-la avec grande ferveur et insistance!

L’exemple de la Sainte Vierge mérite une mention spéciale! Pas une seule pure créature n’a pratiqué l’abandon aussi parfaitement. On la dirait l’abandon incarné, tant cette vertu brille en elle. Dieu en fait tout ce qu’il veut; elle ne montre jamais la moindre opposition ni la moindre impatience contre les dispositions de la divine Providence.

Quand elle retrouve Jésus au temple, Dieu permet qu’elle lui pose une question par manque de reproche, mais qui était bien justifiée dans les circonstances. Dieu voulait donner une chance à Jésus d’énoncer tout son programme de vie devant tout le monde: «Ne saviez-vous pas que je devais être tout aux choses de mon Père?». Durant toute la passion de son Divin Fils, elle a accepté toutes les souffrances morales et toutes les humiliations sans aucune plainte. Son cœur était transpercé de douleur, mais elle restait parfaitement abandonnée à Dieu. Voilà notre second modèle que nous devrions nous efforcer d’imiter avec la grâce de Dieu.

La vie des saints est remplie d’exemples de leur abandon à Dieu, surtout dans toutes leurs difficultés toujours si nombreuses dans leur vie. A mesure qu’ils progressaient en vertu, Dieu les éprouvait de plus en plus dans l’abandon. Il supprimait les moyens de subsister ou de leurs entreprises, afin qu’ils comptassent encore plus sur sa Providence.

Un des plus beaux exemples d’abandon à la Providence de Dieu est certainement le cas de l’hospice de Saint Jean Cottolengo à Turin en Italie. Depuis un siècle, des milliers et des milliers d’infirmes et de malades sont hospitalisés là sans aucun revenu fixe, et l’on refuse seulement ceux qui sont capables de payer! On ne tient pas de comptabilité, on ne compte pas les malades; on s’abandonne pour tout à la bonté de Dieu. Quand j’ai eu le bonheur de le visiter, il y a dix ans, pour la deuxième fois, ils devaient être autour de quinze mille personnes que Dieu nourrit comme les oiseaux de l’air! Quelle merveille! Et quel miracle continuel depuis tant d’années… et qu’ils sont rares ceux qui imitent cet abandon à Dieu. Ailleurs, dès qu’on commence une œuvre de bienfaisance, il faut des teneurs de livres et tout est compté à la cent. Aussi, le bon Dieu se fait tirer l’oreille pour écouter les demandes de ces commerçants!

En notre temps, Dieu a suscité Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus pour rappeler au monde cette grande vertu de l’abandon. Elle a été la caractéristique de sa vie. Elle en a saisi la portée profonde pour la vie spirituelle et elle a su en vivre jusque dans les moindres détails de chaque jour.

Elle insiste pour dire qu’elle s’est abandonnée à Dieu justement parce qu’elle se sentait incapable de quoi que ce soit toute seule, et pourtant elle voulait devenir une grande sainte. De bonne heure, Jésus lui a fait comprendre cette parole qui a orienté toute la vie de Thérèse: «A moins que vous ne deveniez de petits enfants, vous n’entrerez point dans le royaume de Dieu». Ce fut une révélation pour elle et elle s’est mise à la pratiquer le mieux possible et avec la grâce de Dieu elle a réussi à merveille. Elle s’est faite petite à ses yeux et Dieu l’a faite grande aux siens. En peu d’années, elle a gravi les plus hauts sommets de la sainteté et fait connaître au monde cette belle vertu qui consomme la sainteté des amis de Dieu.

Cette vertu est agréable à Dieu parce qu’elle fait ressortir ses plus beaux attributs comme sa bonté, sa puissance et son amour pour nous. Pour la pratiquer, il faut avoir la même mentalité que Dieu pour se fier à lui de la sorte. Cette ressemblance d’esprit est une grande cause de sainteté pour nous et de gloire pour Dieu.

NÉCESSITÉ DE S’Y EXERCER SOUVENT

D’abord, ce n’est pas dans l’abondance ou dans les succès qu’on peut facilement s’y exercer. Car c’est facile à dire qu’on s’abandonne à Dieu quand on a tout à souhait. Qu’on surveille surtout les épreuves: c’est là qu’il faut pratiquer l’abandon à Dieu. Pratiquons-le dans les petits détails de la vie. Par exemple:

On partait pour un voyage et voici que l’on manque son train ou son bateau: combien s’impatientent et disputent contre ceux qui en sont plus ou moins responsables. C’est du paganisme tout pur! Qu’on sache donc que c’est Dieu qui a tout disposé justement pour que vous manquiez votre train et vous donner une occasion de pratiquer l’abandon à Dieu. Subissez les inconvénients et remerciez-le de cette épreuve qui vous attire tant de surnaturel si elle vous fait perdre du naturel!

Si vous tombez malade, acceptez tout de suite les conséquences voulues par Dieu. A quoi bon regimber? Si vous murmurez, Dieu est capable de prolonger votre maladie jusqu’à ce que vous vous soumettiez à sa sainte volonté, et en attendant vous perdez votre mérite.

Une mère de famille a un mari ivrogne et paresseux qui laisse sa famille dans la misère et, cependant, il exige ses droits impitoyablement, augmentant la famille avec la misère. C’est fou au point de vue humain de faire son devoir, mais qu’elle s’abandonne à Dieu, qu’elle mette sa confiance en lui et Dieu prendra soin d’elle et de ses enfants. Les années de misères finiront, mais son bonheur éternel ne finira jamais!

Plusieurs membres d’une famille vont mal, leur mère, qui est très bonne, ne sait plus que faire pour les ramener à Dieu. Au lieu de passer son temps à disputer, ce qui n’avancera rien, qu’elle s’abandonne à Dieu et qu’elle prie pour leur conversion: elle obtiendra ce qu’elle veut avec le temps.

N’oublions pas que Dieu fait exprès pour nous mettre dans des impasses de toutes sortes, justement pour que nous avouions notre absolue incapacité d’en sortir et donc que nous nous abandonnions totalement à Dieu. Il gâte notre petit bonheur païen dans les créatures précisément pour que nous le cherchions uniquement en Dieu.

Mais n’attendons pas les épreuves pour pratiquer l’abandon: commençons dans les bonnes choses. Avant toute entreprise, avant tout voyage et avant toute action sérieuse, disons à Dieu du fond du cœur: «Mon Dieu, je m’abandonne absolument à vous au sujet de telle affaire: vous me donnerez ce que vous voudrez pour le salut de mon âme et votre gloire. Consultons Dieu avant d’entreprendre quoi que ce soit; c’est reconnaître qu’il est notre seul Maître et que nous tenons tout de lui. C’est l’honorer grandement et lui donner une grande gloire qu’il saura bien nous rendre dans son beau ciel. Que ce ne soit pas simplement un pieux désir, que ce soit une vie tout de suite dans le concret. Qu’on agisse tout de suite comme si nous étions déjà dans le ciel… et ce sera le moyen le plus sûr d’y arriver! Que la Sainte Vierge nous obtienne à tous cette grâce et que le Saint-Esprit nous dirige dans ce chemin si sûr de la sainteté!

dimanche 21 octobre 2018

Père Onésime Lacouture - 3-31 - Le Sacré-Coeur



TRENTIÈME INSTRUCTION LE SACRÉ-CŒUR.

« Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes qu’il n’a rien épargné pour leur témoigner son amour… » Jésus à Sainte Marguerite-Marie.

Nous venons de méditer sur les principaux bienfaits de Jésus pour gagner l’amour des hommes: la prédication de sa doctrine céleste, son sacrifice sur la croix pour expier nos péchés, l’institution de la Messe, de l’Eucharistie et de la sainte Communion. Qu’aurait-il pu faire de plus pour se donner à nous dans la foi? Les hommes ont là tout ce qu’il faut pour augmenter en amour de Dieu constamment. Un grand nombre de saints ont montré ce fait par la grande sainteté qu’ils ont acquise en alimentant leur vie divine dans ces moyens merveilleux que Jésus nous a laissés. A force de participer à cette vie divine eucharistique, ils sont devenus vraiment semblables à Jésus en tout: ils pensaient comme lui, parlaient et agissaient comme lui: ils rayonnaient Jésus dans toute leur vie.

Hélas! Pourquoi sont-ils si peu nombreux comparés aux autres? Ces derniers se sont laissés ensorceler par l’attrait des plaisirs terrestres, leur cœur en est plein et il n’y a plus de place pour Jésus dans leur hôtellerie! Leur animal est plus attiré par les plaisirs sensibles de ce monde que leur esprit ne l’est par les biens invisibles mais incorruptibles du ciel. Il semble bien qu’à chaque génération, il faut recommencer le travail d’instruction religieuse sur le plan divin pour notre salut. Peu de parents sont capables de passer à leurs enfants les vérités de la foi qu’ils ont reçues: surtout les deux fondamentales du mépris des créatures et de la folie de la croix. C’est la pratique de ces deux choses qui vide le cœur de nos deux amours naturels qui empêchent absolument l’amour de Dieu d’y pénétrer. C’est inutile de parler de dévotion à l’amour du Sacré-Cœur si on ne commence pas par rejeter du cœur ces deux amours païens.

Comme on a vu dans le cours de nos instructions, les prêtres philosophes n’ont pas ce qu’il faut de doctrine pour pouvoir chasser des fidèles ces deux amours. Au contraire, ils donnent une doctrine qui les protège comme on peut le voir par leur propre vie en général toute aux choses de la terre.

A travers les âges, Dieu a essayé de remettre devant les hommes le culte de son amour divin en choisissant des saints qui ont été embrasés de l’amour de Dieu et en particulier de l’amour du Sacré-Cœur, dans l’espérance qu’ils communiqueraient leur feu sacré aux hommes. C’est ce mouvement que nous appelons:

LA DÉVOTION AU SACRÉ-CŒUR

Elle consiste à honorer d’une façon spéciale l’amour que J.-C. a manifesté aux hommes durant sa vie terrestre et, surtout, elle nous encourage à donner beaucoup plus d’amour à notre Divin Sauveur, afin de l’imiter un peu dans son amour pour nous.

Nous allons méditer sur cette dévotion dans l’intention de nous embraser de cet amour divin qui jaillit éternellement du Cœur Sacré de J.-C. en faveur des hommes… qui y répondent si peu. Ne soyons plus de ces ingrats, mais consolons le Sacré-Cœur en nous efforçant de mieux comprendre cette dévotion et mieux la pratiquer. Dieu est amour et étudier l’amour, c’est étudier Dieu pour le mieux aimer et le mieux servir.

SON HISTOIRE, pas au point de vue critique, mais ascétique. Nous voulons simplement jeter un coup d’œil sur les âmes privilégiées qui semblent avoir été choisies pour faire ressortir l’amour du Sacré-Cœur pour les hommes, afin de les embraser de ce même amour divin.

Durant les premiers siècles, l’attention des fidèles se portait surtout sur la compréhension des vérités révélées: il faut d’abord connaître avant d’aimer. Evidemment, ces premiers chrétiens aimaient Dieu, mais le temps n’était pas encore venu d’attirer l’attention des fidèles sur cet amour en particulier. Après quelques siècles, Dieu attira l’attention de quelques bonnes âmes sur son amour représenté ou mieux placé dans son divin Cœur. Comme le cœur est le foyer de l’amour selon les idées, Jésus commença à inspirer le culte de son Sacré-Cœur comme symbole de son amour divin pour nous. Citons quelques passages des saints qui en parlent.

Un jour Jésus prend le cœur de Sainte Mechtilde et le presse contre le sien si bien qu’ils n’en font plus qu’un seul cœur. Un autre jour, il lui dit comment il faut demander à son cœur tout ce dont on a besoin. Elle écrit: «S’il fallait écrire tous les bienfaits que j’ai reçus du cœur tout aimant de Dieu, il y faudrait un livre plus gros que celui de Matines».

Dans le «Héraut de la tendresse divine», Sainte Gertrude révèle le rôle et l’action du Sacré-Cœur dans l’économie de la gloire divine et de la sanctification des âmes. En la fête de Saint Jean, elle le vit qui l’amena à Jésus et la plaça à la droite de Jésus et lui dit: «Je t’ai placée à l’ouverture du Cœur divin, afin que tu puisses en tirer plus aisément la douceur et la consolation que dans le bouillonnement perpétuel, l’amour divin répand avec impétuosité sur tous ceux qui le désirent». Il lui dit aussi «que sa mission à lui avait été de faire connaître le Verbe au monde, mais que Jésus avait réservé de faire connaître son amour plus tard».

Saint Bernardin de Sienne dit dans serm. 51 pour le vendredi saint: «La lance cruelle a pénétré jusqu’au fond, sans rien épargner. L’ouverture du côté nous fait connaître l’amour du Cœur de Jésus jusqu’à sa mort et nous invite à marcher vers cet amour ineffable qui l’a fait venir à nous.

Allons donc à son Cœur, cœur profond, cœur secret, cœur qui pense à tout, qui sait tout, cœur qui aime ou plutôt qui brûle d’amour: la porte est ouverte: « comprenons par là la vivacité de son amour ».

Tauler, dans Ex. sur vie et passion de N.S., dit: «Le côté du Christ a été percé non loin du cœur pour nous ouvrir l’entrée de ce cœur… On voit son amour incompréhensible; il se donne tout entier pour nous; il ne garde rien dans son cœur qu’il ne nous le donne. Qu’a-til pu faire davantage pour nous? Son cœur même, il nous l’a ouvert comme sa chambre secrète, pour nous y introduire comme son épouse de choix… Il nous a donné son cœur cruellement blessé pour y faire notre demeure, jusqu’à ce que pleinement purifiés, sans tache, conformes à son cœur, nous soyons capables et dignes d’être emmenés avec lui dans le Cœur divin du Père; il nous donne son cœur pour notre demeure et, en retour, il nous demande le nôtre «pour s’y reposer».

A Sainte Catherine de Sienne, Jésus dit un jour: «Mon désir concernant la race humaine était infini et l’acte présent de la souffrance et des tourments était fini. Par cette souffrance, je ne pouvais donc vous manifester combien je vous aimais puisque mon amour était infini. Voilà pourquoi j’ai voulu vous révéler le secret du cœur en vous le faisant voir ouvert, pour que vous compreniez bien qu’il vous aimait bien plus que je n’avais pu vous le prouver par une douleur finie».

Voilà, à mon avis, la plus belle pensée que je n’ai jamais vu exprimée dans la dévotion au Sacré-Cœur! L’amour de J.-C. déborde, donc sa passion et sa mort, dépassent tout ce qu’il a pu nous montrer par son sacrifice épouvantable sur la croix. Il nous avait dit pourtant que personne ne peut montrer plus d’amour pour ses amis qu’en mourant pour eux. Eh bien! Lui, il en montre encore plus en faisant ouvrir son côté pour manifester son Cœur et donc son amour infini qu’il n’a pas pu nous donner! Mais qu’il nous insinue par la plaie de son cœur divin. C’est donc nous dire que nous ne pourrons jamais en faire assez pour contenter son amour qui n’a pas de limite. Puisque la vie est si courte, commençons tout de suite et le plus ardemment possible. Quel dommage que nos cœurs gelés ne puissent pas se réchauffer un peu à cette fournaise infinie d’amour divin! Nous ne prions pas assez pour cet amour infini!

Saint Jean Eudes a écrit un beau livre sur les amabilités du Cœur de Jésus et de Marie. Il a ainsi contribué grandement à faire accepter cette dévotion.

Avec les siècles, le nombre des dévots au Sacré-Cœur augmente considérablement et la dévotion se précise de plus en plus. On peut les résumer tous dans ce que Notre Seigneur dit un jour en 1675 dans une apparition devenue bien célèbre, à Sainte Marguerite-Marie Alacoque.

« Etant une fois devant le Saint Sacrement un jour de son octave, je reçus de mon Dieu des grâces excessives de son amour et me sentis touchée du désir de quelque retour et de lui rendre amour pour amour. Il me dit: « Tu ne peux m’en rendre un plus grand qu’en faisant ce que je t’ai tant de fois demandé ». Alors, me découvrant son Cœur: « Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes, qu’il n’a rien épargné jusqu’à s’épuiser et consumer pour leur témoigner son amour; et pour sa reconnaissance, je ne reçois de la plupart que des ingratitudes et sacrilèges et par les froideurs et les mépris qu’ils ont pour moi dans ce sacrement d’amour.

Mais, ce qui m’est encore plus sensible, c’est que ce sont des coeurs qui me sont consacrés qui en usent ainsi. C’est pour cela que je te demande que le premier vendredi, après l’octave du Saint Sacrement, soit dédié à une fête particulière pour honorer mon Cœur, en communiant ce jour-là et en faisant réparation d’honneur par une amende honorable, pour réparer les indignités qu’il a reçues pendant le temps qu’il a été exposé sur les autels. Je te promets aussi que mon Cœur se dilatera pour répandre avec abondance les influences de son divin Cœur et amour sur ceux qui lui rendront cet honneur et qui procureront qu’il lui soit rendu».

L’Eglise a approuvé cette dévotion en établissant la fête demandée et en canonisant Marguerite-Marie. Nous développerons les paroles citées plus haut en expliquant les différents points suivants. Examinons ce culte un peu dans le détail, afin de le mieux comprendre et le mieux pratiquer.

SON OBJET.

A cause de l’union dans la Personne du Verbe, tout le corps de Jésus est adorable et chacune de ses parties. Les Apôtres qui voyaient Jésus corporellement pouvaient et devaient l’adorer comme au ciel. De même, chaque partie appartient à Dieu et donc doit être adorée.

Mais à cause de la concupiscence et des mauvais penchants des hommes, l’Eglise n’encourage pas cette adoration: elle défend même de le faire en public, excepté pour la Sainte Face. Alors, on comprend la répugnance des théologiens à permettre la dévotion au Sacré-Cœur, par crainte qu’on veuille adorer d’autres parties du corps moins convenables. Enfin, elle a fini par approuver ces deux dévotions.

L’Objet matériel est le cœur de chair de Jésus; celui-là même qui s’est dépensé pendant trente-trois ans au salut du monde, qui s’est fatigué dans ses travaux manuels et dans ses courses apostoliques pour instruire et guérir les hommes. C’est ce Cœur qui a pleuré sur les malheurs des hommes et qui a tant prié pour le salut du monde. Enfin, c’est ce cœur qui a été transpercé par la lance du soldat après sa mort et qui a répandu tout son sang et de l’eau. Voilà le Cœur que Jésus a montré dans ses apparitions à Sainte Marguerite-Marie. Il commence par nous montrer quelque chose de sensible pour arriver ensuite à son amour invisible et divin. Voilà l’objet matériel de la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus.

Pourquoi le cœur? C’est parce que dans le langage courant des peuples, le cœur est le symbole de l’amour. Peu importe ce que les physiologistes pourraient découvrir au sujet de la fonction spéciale du cœur, il suffit que selon l’opinion ordinaire des hommes il soit l’emblème de l’amour pour qu’il puisse servir d’objet à cette dévotion.

L’objet formel ou l’angle sous lequel on étudie le Cœur de Jésus est son amour qu’il représente. Les deux objets sont signifiés par Notre Seigneur quand il dit: «Voilà ce Cœur (Objet matériel) qui a tant aimé les hommes (objet formel)». Dans la pratique, il ne faut pas les séparer: ils sont comme le corps et l’âme de la dévotion.

L’Eglise dit pourquoi le Cœur est représenté comme blessé. «Votre Cœur a été blessé pour signifier que votre amour était blessé par les ingratitudes des hommes: par la blessure visible, nous voyions la blessure invisible de l’amour».

La sainte explique elle-même le symbolisme de la couronne d’épines surmontée d’une croix. « Ce divin Cœur me fut présenté comme dans un trône de flammes, plus rayonnant qu’un soleil et transparent comme un cristal, avec cette plaie adorable. Il était environné d’une couronne d’épines qui signifiait les piqûres que nos péchés lui faisaient et une croix au-dessus qui signifiait que dès les premiers instants de son incarnation, la croix y fut plantée ».
L’amour et le sacrifice résument toute la dévotion. «Il nous a aimés et s’est livré pour nous». C’est toute l’œuvre de J.-C.

Comme Dieu est amour et que celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu et Dieu en lui, la dévotion au Sacré-Cœur nous jette en plein amour divin. C’est comme la porte de l’amour infini de Dieu pour nous. Si elle a été ouverte cruellement par la lance, c’est pour nous rappeler la nécessité de l’expiation avant d’arriver à l’amour. C’est le terme de cette dévotion.

Prenons garde de nous contenter de ces idées comme les philosophes ont coutume de faire. Il ne s’agit pas de savoir la nature de cette dévotion: il s’agit de la vivre, de la pratiquer dans le concret. Jésus ne nous a pas parlé seulement de son amour, mais il nous l’a montré par sa vie et par ses actes bien concrets. Il nous a aimés jusqu’à mourir sur la croix pour nous. Nous aussi, nous devons mourir mystiquement en tuant nos deux amours naturels qui constituent notre personnalité morale à laquelle Jésus veut que nous renoncions. Il faut que chacun puisse dire comme Saint Paul: «Ce n’est plus moi qui vis, c’est J.-C. qui vit en moi!». Voilà de l’amour concret! Combien se laissent traiter comme un cadavre ou comme une statue sans rien dire si on les insulte, si on les méprise, si on les frappe même! Tout chrétien doit être mort à tous les mauvais traitements que les hommes peuvent lui infliger. Voilà aimer comme Jésus nous a aimés! En êtes-vous tous?

SA FIN est indiquée par Sainte Marguerite-Marie: c’est de convertir les âmes à son amour. C’est normal: l’amour veut toujours de l’amour. Quel amour de Jésus est-ce? L’amour créé de sa nature humaine ou l’amour incréé du Verbe? La Congrégation des Rites du 4 avril 1900 dit: «Une solennité qui n’a pas seulement pour objet d’adorer et de glorifier le Cœur du Fils de Dieu fait homme, mais de renouveler symboliquement le souvenir du divin amour qui a poussé le Fils unique de Dieu à prendre la nature humaine…». Puisque c’est l’amour du Verbe Incarné que nous honorons, c’est donc l’amour de la Personne qui comprend ses deux natures et donc ses deux amours: humain et divin. Cette dévotion, d’abord, ce n’est pas dans les sentiments comme lorsqu’on nous mène tout naturellement à la Personne de J.-C.: c’est lui qui montre son Cœur, c’est lui qui demande l’amour des hommes pour honorer son amour pour les hommes. Comme nous adorons et honorons ses deux natures, c’est aussi ses deux amours que nous honorons par la dévotion au Sacré-Coeur.

En pratique, il est mieux de commencer par honorer son amour humain comme plus proche pour ainsi dire et plus semblable au nôtre. Puis de là, monter à son amour divin.

Car Jésus s’est fait homme précisément pour nous attirer plus facilement à son humanité et de là à sa divinité. Pour nous, comme nous n’avons qu’un cœur, c’est par ce cœur bien humain que nous devons aimer ses deux amours réunis dans la Personne du Verbe. Nous devons aimer Dieu comme nous nous aimons entre nous. Jésus nous dit: «Donne-moi ton cœur!». Il n’a pas dit: ta tête ou ton esprit. Un amour de tête ou intellectuel, comme tant de philosophes se contentent d’avoir pour Dieu, ne vaut pas grand-chose devant Dieu et ne suffit certainement pas pour le ciel. Donc savoir qu’il faut aimer Jésus ne suffit pas: il faut l’aimer de fait! Comment peut-on le faire?

D’abord, ce n’est pas dans les sentiments comme lorsqu’on éprouve de l’amour pour une personne sur la terre. Comme Dieu est invisible, il nous faut nous conformer à cette condition. Il faut le faire par la volonté, où je suis toujours libre. Dès que je réfléchis sur ce qu’est J.C. pour moi, je puis toujours faire un acte de volonté et dire: «Je veux l’aimer!». Et sincèrement! Je l’aime! Et quand même mon cœur reste sec comme un morceau de bois, c’est du véritable amour de Dieu si j’agis ensuite dans ma vie selon cette parole ou cet acte de volonté. Estce que je ne pourrais pas me décider de vouloir du bien à une personne que je n’aime pas naturellement? Est-ce que Jésus ne nous commande pas d’aimer nos ennemis? Dans ce cas, faut-il sentir de l’attrait pour ces gens? Sûrement non. Mais, il faut vouloir leur faire du bien et de fait leur en faire, quand même on n’éprouve aucun sentiment doucereux à leur égard comme on fait pour ses amis. Combien plus devrions-nous agir de la sorte envers notre Dieu! Pour cet amour surnaturel, il nous faut la grâce de Dieu que nous devons demander souvent et avec ferveur si nous voulons ressembler à Jésus dans son amour pour nous.

Mais n’oublions-pas que la prière ne suffit pas. Est-ce qu’un cultivateur récolterait du grain s’il se contentait de prier pour une récolte? Sûrement non! Il faut qu’il coopère à sa façon avec Dieu, comme en semant du grain. Il en est exactement de même dans le monde spirituel. Il est bon de prier, mais il faut en plus faire des sacrifices de nos deux amours pour récolter l’amour surnaturel de Dieu. En proportion qu’on se mortifie donc, on recevra l’amour divin de Jésus. Trop de gens se contentent de prier: c’est absurde comme si les cultivateurs voulaient cultiver seulement en priant! Jamais ils ne récolteraient quoi que ce soit. Il faut donc les deux réunis: la prière et les sacrifices. Tout le monde manque surtout au second moyen. Qu’on y voit à 1’avenir! Savoir cultiver ne suffit pas pour récolter! Savoir qu’il faut se mortifier pour augmenter en amour divin ne donnera absolument rien sans les semailles des plaisirs terrestres… en proportion qu’on veut récolter du divin.

Comme la volonté s’affectionne à ce que l’esprit lui montre souvent, que tout chrétien essaie de penser souvent aux bienfaits qui nous viennent de Jésus, et graduellement, et avec la grâce de Dieu il viendra à saisir cet amour de Jésus pour lui et il voudra l’aimer en retour, surtout s’il fait des sacrifices pour mériter la grâce de Dieu. Une vue d’ensemble de ces bienfaits ne touche pas beaucoup d’ordinaire: il vaut mieux en considérer un en particulier et dans le détail. D’autant plus que chacun en particulier nous apporte tant de bonheur éternel qu’il devrait suffire à emporter notre amour pour J.-C.

La genèse de l’amour divin en nous est assez lente, comme la croissance du grain dans la terre l’est. Mais si le cultivateur fait bien sa part, Dieu fera la sienne aussi. Si un chrétien laboure son cœur par le repentir et la pénitence, s’il arrache les mauvaises herbes du péché et des attaches même permises, en hersant bien son cœur comme le cultivateur fait pour son terrain qu’il ensemence, il est certain que la prière Dieu aidant fera enfin germer l’amour divin dans ce cœur si bien préparé et avec la pluie de la grâce et la chaleur de l’Esprit Saint comme du soleil, Dieu fera croître l’amour divin dans ce cœur… mais en proportion qu’on sème son amour pour les échantillons… qu’on fait des sacrifices!
SES ÉLÉMENTS

LA RECONNAISSANCE vient en premier lieu devant l’interminable série des bienfaits de J.-C. envers nous. Mais il se plaint qu’il ne reçoit que des ingratitudes de la plupart des hommes et même de ses consacrés. La reconnaissance est une des premières manifestations de l’amour. Quand on aime, on estime tout ce que l’on reçoit et le donateur encore plus. C’est pour cet amour qu’on lui exprime sa gratitude.

Les hommes sont ingrats envers Dieu parce qu’ils ne savent pas apprécier les bienfaits surnaturels: ils sont tellement aux choses des sens qu’ils y mettent tout leur amour, de sorte qu’il ne leur en reste pas ou trop peu pour les choses de la foi. De plus, c’est que le Saint-Esprit ne donne guère sa grâce à ceux qui ont mis leur cœur dans les choses de la terre. Ils ne sont pas éclairés surnaturellement, alors ils ne comprennent rien aux choses de Dieu. Ils apprécient ce qui leur donne un plaisir momentané et ils sont insouciants pour ce qui les rendrait éternellement heureux au ciel! Voilà le mal que font les attaches même aux choses permises… et que nos prêtres philosophes tolèrent.

Voici une pensée qui augmente beaucoup notre reconnaissance envers J.-C. C’est que tous ses bienfaits sont absolument gratuits, il n’était pas tenu d’aucune façon de nous les octroyer, il l’a donc fait par pur amour pour nous! Montrons-lui donc de la reconnaissance.

De plus, ses bienfaits nous conduisent au bonheur éternel si nous les apprécions réellement. Il veut nous rendre heureux avec lui et comme lui au ciel. Pensons-y sérieusement et nous lui donnerons de la reconnaissance. Là encore, soyons reconnaissants dans la volonté et par la volonté, peu importe ce que l’on ressent en soi. La volonté est toujours libre et nous devrions nous habituer à nous en servir simplement parce qu’on veut! Est-ce que je ne puis pas dire même dans toute la sécheresse de mon âme: «Mon Dieu, je veux vous remercier pour tout ce que vous avez fait pour moi, et je vous remercie de toute ma volonté libre et pour vous faire plaisir. Vous me donnez le ciel et je ne pourrais pas vous donner ma volonté? Encore une fois: merci pour vos bienfaits divins!».

Prenons donc l’habitude de remercier Dieu souvent durant le jour. Mais, pour cela, il ne faut pas repasser son temps à courir après les échantillons de Dieu qui ne valent rien pour le ciel. Si on les aime tant qu’on s’en occupe la plupart du temps, il est évident qu’on n’appréciera jamais les bienfaits surnaturels de Dieu et donc qu’on ne sera jamais reconnaissant pour eux.

LA RÉPARATION est essentielle à la dévotion au Sacré-Cœur. C’est pour nous l’indiquer qu’il se montre entouré d’une couronne d’épines et surmonté d’une croix. N’oublions pas que nous sommes les membres du corps mystique de Jésus et donc que nous formons un tout avec lui: ses membres doivent donc passer par où il a passé, souffrir comme il a souffert. Notre Chef a commencé notre rédemption et nous devons la continuer par nos sacrifices comme lui par les siens.

Son amour pour nous l’a poussé à se livrer à ses bourreaux pour expier nos péchés et nous mériter le ciel. Or, c’est nous qui sommes les vrais coupables: à plus forte raison devons-nous expier en nous-mêmes nos propres péchés. Défions-nous du sens protestant que nous sommes dispensés de souffrir, puisque Jésus a souffert pour nous. Ce «pour nous» ne veut pas dire: à notre place, mais en notre faveur. Jésus a satisfait la justice divine de telle sorte qu’elle accepte maintenant nos expiations qu’elle n’aurait jamais acceptées si elles n’étaient unies à celles de Jésus. Les siennes donnent de la valeur aux nôtres. Saint Paul nous avertit bien que nous régnerons avec lui, pourvu que nous souffrions avec lui, J.-C. Jésus le dit clairement à la mère des fils de Zébédée qui lui demande les premières places au ciel. Jésus lui répond qu’elles correspondent à la portion de son calice qu’ils devront boire.

Qui n’a pas eu un ami parfois humilié, insulté et peut-être blessé par des méchants? Que fait-on alors? On tâche de lui faire tout le contraire pour lui faire oublier ses outrages et sympathiser avec lui pour le consoler.

Eh bien! A-t-on jamais eu un meilleur ami que Notre Seigneur et qui ait été plus maltraité par ses ennemis? Ne pouvons-nous rien trouver dans notre cœur pour le consoler des ingratitudes des hommes? Si on a un brin d’amour pour lui, peut-on garder le silence? Rester indifférent? Est-ce qu’on n’éprouve pas un peu de peine de ses horribles souffrances, un peu de dégoût de voir si peu de gens lui en témoigner leur sympathie? Si on voyait un étranger traité de la sorte, on en serait indigné… et c’est notre Dieu, Notre Sauveur, qui a donné son sang pour nous donner le ciel… et nous n’avons rien à lui dire, rien à lui donner! Pas un cri du cœur pour le consoler! Pas une larme pour lui montrer notre amour!… Et dire que nous serions allés en enfer pour la plupart sans son sacrifice!

Même la réparation qu’il a demandée lui-même est escamotée par un trop grand nombre de catholiques. Que de routine s’y glisse! Combien prennent au sérieux les beaux sentiments exprimés dans la formule ordinairement récitée le premier vendredi du mois? Essayons à l’avenir d’être plus réfléchis dans cette réparation.

Qu’on passe aux actes concrets de réparation. Qu’on lui offre des sacrifices réels, comme une heure d’adoration, un jeûne au pain et à l’eau comme les premiers chrétiens jeûnaient; qu’on cesse de fumer pour l’amour de Jésus; d’aller aux vues, aux amusements.

Qu’on fasse souffrir le païen sérieusement par toutes sortes de manières que notre amour pour Jésus Crucifié pourra nous suggérer sans excès tout de même. Alors, nos communions et nos messes et tous nos actes de religion prendront une grande valeur expiatrice devant Dieu pour le plus grand bien du monde et la gloire de Dieu. Son Sacré-Cœur alors sera vraiment consolé et nous aurons bien mérité de son divin Cœur qui nous en récompensera abondamment dans le ciel. Réparons vraiment!

L’IMITATION. 

Puisque la divine sagesse a choisi une vie de souffrances pour J.-C., il est évident qu’elle veut la même sorte de vie pour les membres de son corps mystique. Jésus nous l’enseigne de bien des façons: par ses exemples et par ses paroles. «Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il prenne sa croix tous les jours et qu’il me suive!». Saint Paul dit que nous régnerons avec Jésus si nous souffrons avec lui. Il dit aussi que le Seigneur châtie tous ceux qu’il aime et qu’il frappe de verges tous ceux qu’il choisit pour ses enfants. Saint Pierre dit que c’est notre vocation de souffrir les mauvais traitements à l’exemple de Jésus: quand on le maudissait, il ne répondait point par des injures, quand on le maltraitait, ne menaçait pas, mais il s’abandonnait à ceux qui le jugeaient injustement.

Il n’y a rien de consolant pour le Sacré-Cœur que d’avoir des amis pour souffrir avec lui et lui aider à porter le poids de la justice divine. Il dit qu’on ne peut pas montrer plus d’amour pour ses amis qu’en mourant pour eux. Eh bien! C’est une grande preuve d’amour de Jésus que de faire mourir son païen pour l’amour de lui. Or, on tue son païen par la mortification et par la souffrance acceptée pour l’amour de Dieu.

Comme Jésus n’avait pas de personne humaine en lui, on lui montre un grand amour en lui immolant notre moi païen qui est notre personnalité. Rien n’est plus dur pour l’homme que de s’anéantir devant son Dieu. C’est comme Abraham immolant son fils unique, Isaac, qu’il aimait tant. Que de sacrifices pratiques et bien pénibles sont compris dans cette mort du moi! Qu’on en fasse l’expérience en ne faisant jamais sa propre volonté, mais uniquement celle de Dieu toujours et partout.

SES MOTIFS

SA SOLIDITÉ. 

Les autres dévotions sont pour nous conduire à l’amour de Notre Seigneur, mais celle-ci est la dévotion à l’amour même de J.-C. Elle est indépendante des révélations à Sainte Marguerite-Marie qui n’ont été que l’occasion de cette dévotion. Elle découle naturellement de l’Incarnation et son objet nous a été indiqué du haut de la croix quand son cœur a été transpercé par la lance du soldat. Il devance même l’Eglise signifiée par le sang et l’eau qui sortirent de son côté ouvert pendant sa mort sur la croix comme Eve fut tirée du côté ouvert du premier Adam pendant son sommeil.

Cette dévotion nous met devant l’esprit pratiquement tout le plan divin pour notre salut comme tous les trésors de la science et de la sagesse de Dieu qui sont renfermés dans J.-C. Or, la porte d’entrée à toutes ces grâces est évidemment son amour divin ou son Sacré-Cœur. C’est donc une dévotion solide.

DÉSIR DE NOTRE SEIGNEUR. 

Il suffira d’apporter un texte qui résume tous les autres déjà cités. «Je suis venu apporter le feu sur la terre et que désiré-je sinon qu’il s’enflamme». On sait que ce feu est son amour. Il est venu nous apporter Dieu, et Dieu, c’est l’amour. Par le premier commandement, il immobilise toutes les forces de notre âme en faveur de l’amour divin: il veut donc que nous l’aimions.

Que de fois il s’est plaint à ses saints qu’il ne recevait pas l’amour des hommes qu’il méritait pour tout ce qu’il a fait pour nous!

Quel mystère que l’amour même qui quête de l’amour de ses créatures! Donnons-lui en donc!

PROMESSES DE NOTRE SEIGNEUR À CEUX QUI LUI SONT DÉVOUÉS.

Elles montrent combien il tient à notre amour et combien il nous récompense même en ce monde de la foi.

1)         Je leur donnerai toutes les grâces nécessaires dans leur état.
2)         Je mettrai la paix dans leur famille.
3)         Je les consolerai dans toutes leurs peines.
4)         Je serai leur refuge assuré pendant la vie et surtout à la mort.
5)         Je répandrai d’abondantes bénédictions sur leurs œuvres.
6)         Les pécheurs trouveront là la source et l’océan de miséricorde.
7)         Les âmes tièdes deviendront ferventes.
8)         Les âmes ferventes s’élèveront à une grande perfection.
9)         Je bénirai les maisons où l’image de mon cœur sera exposée
10)       Je donnerai aux prêtres le talent de toucher les cœurs endurcis.
11)       Les personnes qui propageront cette dévotion auront leur nom inscrit dans mon cœur et il n’en sera jamais effacé.
12)       Je te promets dans l’excessive miséricorde de mon cœur que son amour tout puissant accordera à tous ceux qui communieront neuf premiers vendredis du mois de suite la grâce finale de la pénitence: ils ne mourront point de ma disgrâce, ni sans recevoir leurs sacrements; mon divin cœur se rendant leur asile assuré en ce dernier moment.

Voici un bon résumé de ce que Jésus veut de nous tous pour lui montrer notre amour. On peut en garder le souvenir en nous rappelant trois montagnes où Jésus a révélé son plan pour nous avoir avec lui au ciel.

Le Thabor où Jésus manifesta sa divinité avec ses deux meilleurs témoins: Moïse qui représente la Loi et Elie qui représente les prophètes et le Père qui dit du haut du ciel qu’il met toutes ses complaisances en lui. La foi en la divinité de Jésus est le fondement de tout notre amour de Jésus.

Le Mont des Béatitudes nous rappelle sa doctrine contre nos deux amours naturels et nous prêche le renoncement à soi-même et le mépris des créatures: condition absolue pour gagner l’amour de Dieu et ne jamais plus l’offenser comme Jésus le dit par ses dernières paroles de ce sermon.

Le Calvaire où il offrit son sacrifice qui nous sauve. C’est un holocauste parfait offert à son Père pour satisfaire sa justice et nous mériter le ciel.

Eh bien! Imitons-le en acceptant toutes les croix que Dieu met sur notre chemin sans murmurer et même sans amour. Portons notre croix tous les jours de la vie en union avec Jésus et nous consolerons le divin Cœur de Jésus et nous deviendrons semblables à lui dans la foi et finalement nous irons avec lui le glorifier éternellement au ciel!