jeudi 6 septembre 2018

Père Onésime Lacouture - 3-30 - La communion



VINGT-NEUVIÈME INSTRUCTION
LA COMMUNION.

« Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour; car ma chair est vraiment nourriture et mon sang est vraiment breuvage. Celui qui mange ma chair et boit mon sang, demeure en moi et je demeure en lui. » Jean 6-55.

Après avoir médité sur la présence réelle de J.-C. dans l’Eucharistie, nous allons méditer maintenant sur la sainte communion ou la manducation de l’Eucharistie qui se trouve à être la fin principale de la messe. Le prêtre consacre pour faire communier les fidèles, pour leur faire manger la chair et boire le sang de J.-C. Il ne s’agit plus seulement de l’adorer et de l’admirer, mais de le manger afin de nous unir à lui aussi intimement qu’il est possible en ce monde.

Comme c’est le plus grand et le plus saint moyen de nous unir à J.-C., il vaut la peine que nous lui consacrions une méditation spéciale, afin de le mieux connaître et d’en tirer plus de profit spirituel. Comme c’est le commencement de notre union avec Dieu comme au ciel, il faut nous y préparer comme pour entrer au ciel. C’est donc une préparation de toute la vie et pas seulement juste avant de communier. Voilà pourquoi nous allons considérer notre double préparation: éloignée et prochaine.
PRÉPARATION

PRÉPARATION ÉLOIGNÉE

Elle est aussi importante que la préparation prochaine, car pour Dieu le temps n’est rien: ce qu’il regarde est tout ce que nous faisons en vue de nous préparer à le recevoir soit dans la communion, soit au ciel. Ces deux unions devraient être constamment dans l’intention des catholiques. Du matin au soir et du commencement de la vie jusqu’à la fin, nous devrions tous travailler pour nous rendre plus dignes de nous unir à notre Dieu de ces deux façons. Nous sommes sur la terre uniquement pour nous préparer à participer à la vie divine par J.-C. dans la vision béatifique. Celle du ciel sera la récompense de celle de la terre.

L’ÉTAT DE GRÂCE est une condition absolument nécessaire à tout mérite céleste. Il faut être enfant de Dieu pour mériter une récompense divine. Les catholiques devraient tout faire pour s’assurer qu’ils sont en état de grâce. Voici quelques remarques à ce sujet.

Ceux qui n’ont pas d’attaches même aux choses permises ont de grandes chances de l’être. Car même s’il leur arrive de commettre un péché mortel, quand ils s’en confessent, ils peuvent plus facilement avoir une contrition souveraine qui exige qu’on préfère Dieu à toutes ses créatures. Comme ils n’ont pas d’attache particulière, ils peuvent préférer Dieu à ses créatures.

Pour les autres qui pèchent par affection pour un plaisir surtout s’ils retombent assez souvent, comment auront-ils une contrition souveraine qui exige la préférence de Dieu sur toutes les créatures. Comme ils sont attachés à telle créature, ce n’est pas facile de briser cette attache. Evidemment, tout est possible avec la grâce de Dieu, mais combien peu luttent contre l’amour qu’ils ont pour une chose ou une personne! Aussi l’on voit ces pauvres gens retomber constamment dans les mêmes péchés malgré leurs nombreuses confessions. C’est donc qu’ils n’ont pas les conditions d’une contrition souveraine: ils gardent une affection même volontaire pour l’objet de leur passion.

Voilà des gens qui reçoivent les sacrements et qui peuvent bien ne pas être en état de grâce. Ils communient sans les effets ordinaires de la communion; ils ne progressent pas du tout avec leurs communions même assez fréquentes. Leurs communions ne sont pas sacrilèges parce qu’ils ignorent leur état, mais les effets sont nuls. Avis donc à ceux qui pèchent mortellement souvent! Ils sont bien exposés à faire des confessions nulles par manque de contrition souveraine. N’oublions pas qu’elle est exigée dans la contrition imparfaite comme dans la contrition parfaite. Là n’est pas la différence, mais seulement dans le motif. Si je regrette mon péché par amour pour Dieu, ma contrition est parfaite: si je le regrette pour le tort que j’en reçois, ma contrition est imparfaite. Mais, dans les deux contritions, elle doit être souveraine, ce qui veut dire que je dois préférer Dieu à toutes les créatures au monde, surtout à l’objet de ma passion. Voilà pourquoi il n’est pas aussi facile qu’on le pense d’avoir une contrition qui donne la grâce sanctifiante.

Tous ceux qui la perdent facilement pour des bagatelles, comme pour un morceau de viande le vendredi, pour quelques heures de sommeil le dimanche qui manquent la messe, ou qui s’enivrent pour quelques verres de liqueur, etc. Puisqu’ils estiment Dieu si peu, comment dans leur contrition peuvent-ils être sûrs de préférer le bon Dieu à toutes les créatures du monde? Tous ces gens risquent leur salut éternel. Ces gens ne font pas de préparation éloignée pour communier avec fruit… et comme il y en a!

LE DÉTACHEMENT.

Selon le premier commandement, Dieu veut absolument tout notre amour pour que nous entrions au ciel. Il faut donc le même détachement pour communier avec fruit. Jésus ne veut pas plus que nous aimions les créatures quand nous le recevons dans la communion que lorsqu’il nous recevra au ciel. Dieu partout ne peut tolérer que nous ayons un amour pour ses rivales à notre affection. Tout amour qu’on donne aux créatures est autant d’enlevé pour notre amour de Dieu, soit dans la communion, soit au ciel. Jésus vient en nous pour nous éclairer sur les choses divines Or, les bons auteurs disent que ceux qui ont des attaches n’auront pas l’intelligence des choses de Dieu.

Celui donc qui volontairement garde ses attaches se condamne à ne rien comprendre dans les choses de Dieu, comment peut-il être agréable à Jésus quand il le reçoit dans la communion? Hélas, ces pauvres catholiques sont bien nombreux avec la doctrine que nos prêtres philosophes donnent partout: qu’il n’y à pas d’inconvénients d’avoir des attaches aux choses permises. Eux-mêmes en cultivent sans scrupule; ils ne peuvent donc pas les attaquer chez les autres. Mais, tous les saints et les meilleurs auteurs ascétiques soutiennent qu’une seule attache aveugle l’esprit sur les choses divines et met comme un mur infranchissable entre Dieu et l’âme. Voilà l’explication du peu de fruit que la communion produit chez nos catholiques. Ils viennent communier avec le cœur rempli de plaisirs de la terre chacun selon sa passion. Aussi, comme ils donnent peu de temps à leur action de grâce et comme elle est mal faite, même pour les quelques minutes qu’ils donnent! Ces gens qui ne sont pas intéressés à Jésus qu’ils reçoivent dans la communion risquent leur bonheur éternel, puisqu’ils ont si peu d’amour pour lui. Ils seront jugés sur le premier commandement qu’ils n’observent pas ou trop peu.

Une autre cause d’aveuglement pour les fidèles est que nos philosophes parlent trop des effets de la communion in se et pas assez des effets in nobis ou en nous. Ils n’insistent pas assez sur les dispositions subjectives du communiant. Car les fruits de la communion dépendent surtout de ces dispositions intérieures. Comme la digestion ne dépend pas seulement des mets que l’on mange, mais des dispositions de l’estomac, ainsi, les fruits spirituels de la communion dépendent en grande partie des dispositions du cœur. La quantité d’amour qu’il donne aux créatures empêche dans la même proportion l’amour de Dieu d’entrer dans l’âme. Il ne s’agit pas non plus ici d’une spiritualité particulière pour une élite, mais pour tout chrétien sans aucune exception. Elle concerne le salut et donc s’adresse à tout catholique.

Remarquons qu’au point de vue de l’amour de Dieu, il ne faut pas faire de différence entre les choses permises et les choses défendues. Les deux exercent leur ensorcellement sur le cœur humain et tout amour qu’on leur donne est autant de pris sur l’amour que nous devons à Dieu seul.

On voit tout de suite la folie de ces catholiques qui communient souvent comme pour compenser les plaisirs qu’ils prennent dans le monde. Ils veulent aimer le monde et veulent contenter Dieu en même temps. Que dirait-on d’un homme marié qui fait des présents ou des amours à sa femme pour qu’elle lui pardonne ses familiarités avec une autre? C’est absurde et jamais l’amour ne peut être satisfait par un amour contraire.

Ce serait différent si un homme va souvent communier pour obtenir la grâce de se détacher de ses affections mondaines et qu’il est décidé de rompre le plus tôt possible.

Quelle ignorance de ces prêtres et missionnaires qui prêchent bien sur la nécessité de communier souvent, mais qui ne prêchent pas contre nos deux amours naturels, qui permettent toutes les attaches aux choses permises et qui en ont eux-mêmes. Combien vont même écourter leur sermon pour assister à une joute de leur choix! Ou qui n’encouragent pas les confessions qui pourraient leur faire perdre la chance d’aller à une partie

L’AMOUR DE DIEU correspond au point précédent: les deux vont ensemble: mon amour de Dieu augmente en proportion que je me détache des créatures. Par exemple, quand j’achète une maison, il faut que je préfère la maison à mon argent et plus je la paie chère et plus je l’aime. Eh bien, comme les plaisirs de ce monde sont la monnaie pour acheter Dieu, plus je les sacrifie et plus j’aime Dieu.

C’est là un entraînement de toute la vie. Tous les prêtres, tous les parents et tous ceux qui sont chargés de former les autres, devraient leur inculquer cette doctrine pour acquérir l’amour de Dieu aux dépens des plaisirs de la terre. C’est faux de laisser entendre qu’on peut jouir des plaisirs du monde et accroître notre amour pour Dieu. Personne ne peut faire mentir la parole de Jésus bien claire: «On ne peut pas aimer le monde et Dieu: c’est l’un ou l’autre!». Saint Paul enseigne cette doctrine quand il dit: «Pour l’amour de J.-C., je me suis privé de toutes choses, les regardant comme du fumier!». Tous les saints ont senti le besoin de se dépouiller des jouissances de la terre pour s’assurer celles du ciel. L’Imitation résume bien cette idée quand elle dit dès son premier chapitre: «C’est par le mépris des choses de la terre qu’on parvient au royaume de Dieu».

Je sais bien que nos prêtres philosophes ne prêchent plus cette doctrine austère que tous les saints ont pratiquée, mais c’est à cause de leur fausse idée de l’amour de Dieu. Avec leur religion des «in se» qui permet l’amour des bonnes choses en même temps que l’amour de Dieu, ils vont regarder comme exagéré ce que nous disons ici. Mais ce sont eux qui sont dans l’erreur. Ils se contentent de l’amour naturel de Dieu que nous pourrions avoir si nous étions sur le chemin des Limbes dans l’ordre naturel. Dans ce cas, il est vrai que nous pouvons aimer les deux:

Dieu et les créatures. C’était justement le cas du jeune homme riche à qui Jésus dit: Il te manque encore une chose après qu’il eût dit qu’il observait bien les commandements de la loi naturelle». Il n’observait pas le premier commandement d’aimer Dieu de tout son cœur, puisqu’il aimait ses richesses… comme tous les prêtres philosophes font et enseignent! Jésus leur dit comme à leur patron, ce jeune païen: «Il vous manque encore une chose, l’amour surnaturel de Dieu», qui est l’amour qu’on acquiert en sacrifiant notre amour pour les créatures.

Quel changement nous verrions dans la vie des communiants si les prêtres leur enseignaient à acheter leur amour de Jésus par le sacrifice des plaisirs de la terre! Que de prêtres ignorent cette doctrine de l’amour surnaturel de Dieu! Ils essaient de faire communier souvent les mondains, mais ils n’obtiennent pas de bons résultats. Ou bien ces gens ne communient pas ou même s’ils communient, ils ne changent pas de vie: ils sont tout aux choses de la terre comme de vrais païens sur le chemin des limbes.

Les prêtres ont beau organiser toutes sortes de concours pour faire communier les gens, on ne voit pas grand changement dans leurs affections pour les créatures. Leur cœur en est plein comme on peut le voir par leurs conversations toutes des bagatelles du monde et pas du tout des choses de Dieu. Quand est-ce que les prêtres vont distinguer l’amour naturel de Dieu d’avec l’amour surnaturel? Le premier ne donne pas le ciel. Parce qu’il n’est qu’une admiration intellectuelle de l’être suprême comme les païens peuvent avoir. Le jeune homme riche n’avait que cet amour, il n’a pas pratiqué le premier commandement. Aussi, Jésus lui dit: «Il te manque encore une chose pour entrer au ciel!». Débarrasse-toi de ton amour pour les créatures et alors tu aimeras Dieu comme il le faut.

PRÉPARATION PROCHAINE

Quand Jésus est sur le point de venir en mon âme avec la Sainte Trinité et toute la cour céleste pour s’installer en moi, que dois-je faire pour qu’il soit content de sa réception et que j’en reçoive un grand profit spirituel? Nous allons nous borner à quelques actes parmi tous ceux qu’on pourrait faire.

LA FOI est de la plus haute importance. Car, c’est si difficile de croire que Dieu est dans ce morceau de pain que nos yeux voient, que notre palais goûte et que nous mangeons comme du pain ordinaire. C’est facile de dire des lèvres: «Mon Dieu, je crois que c’est J.-C. que je vais recevoir!». Combien ne le disent que des lèvres! Regardez-les agir après leur communion, ils sont distraits, ils surveillent les autres, ils n’ont rien à dire ou à demander à J.-C. Ils marmottent des formules apprises par cœur, mais qui ne viennent pas du cœur. Tous savent que Jésus demeure dans les saintes espèces autour d’une demi-heure, mais comme ils sont rares ceux qui lui tiennent compagnie pendant ce temps. Chacun s’en va vite à ses affaires et sort de l’église au plus vite pour converser avec les autres des choses du monde. Quelle triste foi ces gens ont pour agir avec une insouciance pareille envers Jésus réellement présent dans leur âme! Leur amour de Jésus ne vaut pas plus que leur foi. Ces gens seront bien loin de Jésus dans l’éternité, même s’ils sont sauvés. Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père! On peut être en face du soleil et le voir à peine à travers d’épais nuages. Ces gens pourront bien être en face du Soleil de Justice au ciel et le voir à peine à cause de leurs nuages épais d’indifférence qu’ils ont eus sur la terre… et qui les suivent dans l’éternité.

Quand on croit vraiment et sérieusement que l’on vient de recevoir J.-C. et qu’il va demeurer autour d’une demi-heure réellement présent en nous, nous ne perdons pas de temps à surveiller ce qui se passe autour de nous, mais nous nous recueillons autour de Jésus pour agir exactement comme si nous le voyions des yeux du corps. Nous nous prosternons dans des actes d’adoration, de louange et de remerciements que nous prolongeons le plus possible. Que de grâces nous avons à lui demander! Surtout quand nous savons qu’il vient en nous pour nous enrichir surnaturellement et nous rendre semblables à lui. Puis, il y a le pardon de toutes nos offenses à obtenir et les grâces pour ne plus jamais l’offenser. Tout cela ne se fait pas en une minute! Nous en avons facilement pour une demi-heure à nous entretenir avec notre Divin Sauveur. C’est là qu’il faut nous initier à la vie du ciel au sein de la Trinité. Elle vient avec Jésus et même reste avec nous après que la sainte Humanité est disparue, de sorte que nous devrions continuer notre action de grâces toute la journée!

Evidemment, c’est un art que d’apprendre à converser avec Jésus et qui s’apprend par la répétition des actes. Exerçons-nous donc après chaque communion! Cela prend du temps; eh bien, donnons-lui du temps! Qu’avons-nous de plus important que de bien recevoir Jésus quand il daigne venir habiter en nous. N’allons donc jamais abréger notre action de grâces pour des choses du monde. Si nous donnons au Maître du monde ce qu’il veut, il nous donnera bien tout ce que nous voulons de lui. Nous avons tout à gagner en restant le plus longtemps possible avec J.-C., source de tous les biens naturels et surnaturels.

Pendant que nous avons l’Auteur de la foi, c’est le temps de lui en demander. Disons-lui comme l’aveugle: «Faites que je vois, mon Dieu!». C’est un don qui nous dépasse absolument, par conséquent il faut le demander ardemment et constamment. Mais, pour recevoir une augmentation de foi, il faut agir selon le degré de foi que nous avons déjà. Si nous ne nous en servons pas, pourquoi Dieu nous en donnerait-il plus? Par exemple, nous avons assez de foi pour savoir que c’est J.-C. présent dans l’Hostie consacrée: eh bien! faisons quelque chose selon cette connaissance; par exemple, allons le visiter quand même nous n’en avons pas le goût. S’il nous voit faire quelque chose selon la foi, il nous en donnera sûrement plus. Et plus nous en aurons et plus nous entrerons dans son monde.

L’HUMILITÉ est un des principaux effets de la foi. Plus nous voyons Dieu même dans la foi, plus on se sent petit, nul devant Dieu. Tout ceux qui sont pleins d’eux-mêmes et donc pleins d’orgueil n’ont pas de foi ou très peu: c’est le cas de ceux qui communient rarement. Ils ne sentent pas le besoin d’une vie surnaturelle plus intense: ils sont donc satisfaits de leur vie naturelle de païens. Car, lorsqu’on se connaît bien dans la lumière divine de la foi, on sait qu’on ne vaut rien par soi-même et l’on fait tout pour s’unir davantage à Dieu, surtout par la communion.

Comme on estime la lumière d’une bougie durant la nuit et qu’on la méprise quand le soleil se lève, ainsi on estime la lumière de sa raison naturelle dans la nuit du paganisme, mais quand le soleil de Justice ou Jésus se lève dans l’âme, on méprise sa misérable lumière païenne de la raison.

Jésus est le Dieu de vérité et il veut la vérité en nous. Eh bien! La vérité est que de nous-mêmes nous sommes rien: toutes nos petites perfections ne sont que des reflets des perfections divines; Dieu ne fait que nous les prêter. Nous sommes dans le même cas que la lumière de la lune. Quand même elle paraît venir d’elle-même, nous savons que c’est la lumière du soleil qui se réfléchit sur sa face opaque. Elle n’a aucune lumière par elle-même.

Eh bien! Nous devons nous présenter à Jésus dans la communion dans toute notre vérité, donc l’esprit et le coeur vides de toute estime de nous-mêmes, convaincus de notre néant foncier. Ce que nous avons de bon, nous vient directement de Dieu et il faut l’avouer en recevant J.-C. dans la sainte Communion. Nous sommes orgueilleux parce que nous ne réfléchissons pas sur notre origine, ni sur notre absolue incapacité de faire quoi que ce soit sans Dieu. Eh bien! Quand on va recevoir notre Créateur dans notre âme, c’est le temps de faire la vérité dans nos idées. La vérité nous rendra humbles et nous fera attribuer à Dieu tout ce que nous avons et tout ce que nous sommes.

Combien de ces orgueilleux pensent faire un grand honneur à Jésus en le recevant dans la communion. Quel renversement des rôles! C’est tout le contraire. Ils agissent comme s’ils recevaient un simple humain dans leur beau salon! Ces gens ne reçoivent pas ou très peu de grâces de leurs communions. Le fait que la plupart des chrétiens n’éprouvent pas ce sentiment profond de leur abjection devant la majesté infinie de J.-C. montre que leur foi est bien superficielle. Ils ont trop d’estime pour eux-mêmes pour en avoir beaucoup de J.-C. Ces gens n’ont pas l’humilité voulue pour recevoir de grandes grâces de leurs communions.

En plus de notre néant par nature, combien ont de nombreux et de gros péchés à expier encore. Ils les ont confessés, mais combien peu font pénitence! Alors, ils ont encore une immense dette à payer: cela devrait les rendre plus humbles. En tout cas, c’est en proportion qu’on se vide le cœur de ses péchés et de son amour-propre ou de son orgueil qu’on recevra abondamment les grâces de J.-C. dans la sainte communion.

LE DÉSIR est essentiel pour recevoir les dons de Dieu. Ils sont si grands et si précieux que Dieu ne les donne qu’à ceux qui les apprécient et donc qui les désirent. Il a dit qu’il ne faut pas jeter des perles aux pourceaux! Eh bien! Il ne jettera pas ses dons divins à ceux qui ne les estiment pas déjà assez au moins pour les vouloir. Il nous le dit sur tous les tons: «Demandez et vous recevrez!». Entendons-le nous dire comme à la Samaritaine: «Si tu savais le don de Dieu et quel est Celui qui te dit: donne-moi à boire, tu lui aurais demandé et il t’aurait donné de l’eau qui jaillit jusque dans la vie éternelle». Eh bien! Dans la communion, nous avons la source infinie de cette eau divine qu’est la grâce; alors demandons ardemment tous les plus grands dons divins et nous en recevrons beaucoup selon notre foi et notre confiance.

Que devons-nous demander? Tout ce que nous apporterons avec nous au Ciel! Donc, rien de terrestre ni de temporel. Ce serait insensé de lui demander des échantillons quand il offre la source infinie de ces échantillons. Demandons ce que nous voudrons pour Dieu quand nous serons avec lui au ciel. Ce sera sûrement ce qu’il nous fait demander dans les premières demandes du Notre Père. Que son nom soit béni, que son règne arrive et que sa volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Quand nous le verrons dans toute sa majesté, comme nous souhaiterons de le voir honoré de tout le monde. Demandons ces grâces tout de suite.

Demandons-lui une plus grande participation à sa vie divine, à la sagesse du Verbe et à l’amour du Saint-Esprit, puisque nous nous en allons participer à cette vie de la Trinité au ciel en union avec J.-C. Demandons des choses surnaturelles pour nous et pour les autres. Que notre prière soit catholique, c’est-à-dire pour tous nos frères en J.-C.: ces prières sont plus profitables que des prières égoïstes pour ainsi dire. Puisque nous devons aimer notre prochain comme nous-mêmes, demandons pour lui tout ce que nous demandons pour nous-mêmes.

Demandons de tout notre cœur et pas des lèvres seulement. Choisissons des grâces dont nous comprenons l’importance et demandons-les avec grand cœur. Demandons la sainteté dans toute la force du mot et avec toutes ses conséquences pour notre vie pratique, quelque pénibles qu’elles soient pour la nature. Demandons-lui d’avoir pitié du monde qui va si mal, qui se tient si loin de Dieu et de l’Eglise, prions pour les prêtres si lancés dans les choses du monde et si païens de mentalité. Prions pour les communautés de toutes sortes, afin qu’elles soient tout aux choses de Dieu comme leur vocation l’exige. Enfin pour la conversion des païens et des pécheurs de tout le monde.

Que de fois Dieu a manifesté aux saints qu’il donnerait plus de grâce pour améliorer le monde si les bons catholiques le lui demandaient plus souvent et avec plus de cœur! Faisons-le donc une bonne fois! Ayons à cœur tout ce que le Sacré-Cœur voulait en faveur des hommes et demandons tout cela par l’intercession de la Sainte Vierge.

LA COMMUNION NOUS DONNE…

L’HUMANITÉ DE JÉSUS qui n’est présente sur la terre que dans l’Eucharistie et nous la recevons que par la communion. Or, nous avons un besoin extrême d’elle pour nous sanctifier. C’est elle qui a souffert pour nos péchés, c’est elle qui a mérité le ciel pour tous les hommes et c’est elle que nous devons imiter dans notre propre vie terrestre. Il est bon de savoir que dans la communion il y a quelqu’un de semblable à nous qui peut sympathiser avec nos misères comme les ayant subies comme nous, que cet Homme est notre voie pour nous conduire au Père éternel.

En proportion que nous sommes bien disposés par le mépris des choses de la terre et l’amour des choses de Dieu, toute sa sainte Humanité essaie de nous rendre semblables à elle. Son imagination s’unit à la nôtre pour nous représenter les choses surnaturelles et rêver au bonheur avec Dieu. Sa mémoire met en notre mémoire les bienfaits de Dieu reçus dans le passé et nos méfaits pour nous les faire regretter. Son intelligence nous prête ses divines lumières pour nous mieux faire comprendre le monde divin et la doctrine de Jésus. Elle nous éclaire le monde de la foi nous fait comprendre la vanité des choses de la terre et la beauté des choses divines. Enfin, sa volonté tout embrasée de Pieu nous communique quelque chose de son ardeur pour la Trinité en J.-C. et fortifie notre inconstance, nos hésitations dans la pratique du bien. On sait qu’on a un appui merveilleux en Jésus pour nous sanctifier. Les efforts coûteront moins et les tentations seront moins difficiles à vaincre en nous appuyant sur Jésus.

Dès que l’on veut tant soit peu, on n’est pas longtemps uni physiquement et substantiellement avec J.-C. sans en retirer un immense avantage dans toute notre activité libre… encore une fois en proportion qu’on enlève les obstacles à l’action du Saint-Esprit comme nous devons les connaître à présent.

Cette union physique est aussi transformante. Nos pensées se conforment aux siennes avec le temps, nos convictions imitent les siennes et nos jugements se forment sur les siens. Peu à peu on devient semblable à lui dans toutes ses facultés humaines et divinisées par leur union avec le Verbe. Comme Jésus gardait ses plaies après sa résurrection, il doit les garder aussi dans sa présence réelle en l’Hostie consacrée. Elles vont nous pousser à nous mortifier selon chacune pour effacer et expier les péchés que nos membres auraient commis. Prenons un peu de temps pour les examiner et comme pour les toucher à l’exemple des Apôtres, mais pour lui rendre une bonne partie de l’amour qu’il nous a donné en souffrant pour nous avoir avec lui au ciel. C’est par la communion que nous cessons de vivre pour nous-mêmes et que c’est Jésus qui vit en nous. Il se substitue graduellement selon la perfection de nos dispositions à toute notre activité personnelle pour diriger et imprégner toute notre vie de son divin.

Essayons de cultiver cette union intime avec l’humanité de Jésus dans nos communions, parce que c’est par la perfection de cette union que nous arriverons à l’autre union spirituelle et constante avec la divinité après que son Humanité est partie. Ce n’est donc pas du temps perdu que de travailler à nous assimiler la Sainte Humanité le mieux possible. Efforçons-nous avec la grâce de Dieu de nous rendre semblables au patron que Jésus nous présente dans la communion. Evidemment, c’est l’amour qui va nous pousser à cette imitation et à cette participation intime à l’activité sainte de l’Humanité de J.-C. L’amour rend les amants semblables: mettons-en donc le plus possible dans nos communions!

LA TRINITÉ.

Comme l’Humanité de Jésus est unie inséparablement au Verbe, elle l’est donc à la Trinité aussi, car là où est le Verbe les deux autres Personnes y sont aussi, selon cette belle parole de Jésus: «Afin qu’ils soient tous une seule chose, comme Vous, mon Père, vous êtes en moi et moi en vous et qu’ils soient de même une seule chose en nous, afin que le monde croit que vous m’avez envoyé». Puisque nous allons participer au ciel à la vie de la Trinité, nous devons donc commencer à le faire sur la terre dans la foi. Eh bien! Jamais on ne peut être plus uni à la Trinité que par la présence réelle de J.-C. dans la communion.

Cette union physique devrait nous conduire à une union spirituelle dans la mesure que nous y mettons de bonnes dispositions, comme l’amour de Dieu, l’humilité et la confiance en Dieu. Tout le ciel vient donc avec Jésus dans la Communion! C’est donc un ciel anticipé au fond de notre âme. C’est à nous à en profiter! Pour cela, il faut concentrer toute notre attention sur la Sainte Trinité en nous pour l’adorer, la louer, l’aimer et lui demander toutes les grâces nécessaires pour devenir plus dignes d’elle.

Le grand obstacle à l’union intime à la vie de la Trinité, n’est pas le péché car tout le monde sait qu’il empêche cette union. Mais, c’est cette bonté naturelle sur laquelle tant de chrétiens comptent pour s’unir à Dieu… et qui ne vaut rien du tout pour notre union surnaturelle avec Dieu, la seule qu’il veut de nous. C’est là l’ivraie semée par nos philosophes dans leurs prédications. Jamais ils n’attaquent cette bonté naturelle comme nulle pour le ciel: ils disent même qu’elle est méritoire devant Dieu, ce qui est absolument faux. Dès qu’on compte sur cette bonté naturelle, on devient paresseux pour chercher la bonté surnaturelle. On la regarde comme du luxe en perfection. Voilà une des raisons de la tiédeur de tant de catholiques: ils sont contents d’eux-mêmes dès qu’ils sont sortis du péché… et ils restent là! Ces gens n’ont pas grand-chose à demander à J.-C. dans la communion, puisqu’ils ont ce qu’ils veulent: le naturel. Mais, si tous savaient que leur bonté naturelle ne vaut rien devant Dieu, ils s’efforceraient plus d’acquérir la bonté surnaturelle qui est autrement exigeante que l’autre. Cette dernière ne vit que de motifs absolument surnaturels en toutes choses, soit explicites, soit implicites.

LEUR VIE INTIME.

La Trinité ne vient pas en nous simplement comme un ornement: c’est une vie divine que les Trois Personnes continuent de vivre d’abord en elles-mêmes comme au ciel et ensuite en nous en proportion que nous le méritons et que nous le voulons avec la grâce de Dieu. Il nous a créés justement pour cette participation à sa vie trinitaire d’abord dans la foi en ce monde et ensuite dans la gloire au ciel. Nous avons tout ce qu’il faut en nous pour recevoir l’activité particulière attribuée à chaque Personne.

Insistons ardemment pour recevoir une augmentation de la vie du Père, ce qui se fait par la grâce sanctifiante. C’est la base de toute notre transformation en être divin: c’est la vie que nous voulons tous. Comme nous apprécions une bonne santé et une vie vigoureuse. Eh bien! Il nous faut cette sorte de vie surnaturelle, afin de faire beaucoup pour la gloire de Dieu et le salut des âmes. Il nous faut une vie divine débordante pour lutter contre nos ennemis: les démons, le monde et nos passions. Une vie pauvre et languissante ne pourra jamais triompher de ces puissants ennemis de notre salut. Demandons donc une vie intense du Père.

Demandons au Fils une plus grande participation à sa sagesse divine. Nous voulons avoir sa mentalité, pour apprécier, pour estimer et pour juger toutes choses exactement comme il le fait lui-même. Nous voulons mépriser les créatures comme lui et être tout aux choses de Dieu comme il dit qu’on doit être tout à Dieu. Un disciple de Jésus doit aimer la pauvreté comme son Maître l’a aimée et pratiquée. Son cœur doit être plein uniquement des choses divines. Voilà la sagesse divine que tout chrétien doit désirer de tout son cœur et la demander constamment.

Enfin, il faut demander l’amour de Dieu qui est une participation à la vie du Saint-Esprit. Avec la Vie, la Sagesse et l’Amour divin, nous commençons à mener la vie du ciel dans la foi seulement, mais quand même en toute réalité. C’est comme le germe de la vie éternelle. Un catholique doit s’efforcer de vivre ces trois vies ou trois activités divines de plus en plus s’il veut progresser en sainteté. Les trois sont les trois foyers de notre vie surnaturelle: ce sont ces vies qui alimenteront toute notre activité intentionnelle et libre où se trouve notre mérite devant Dieu.

Mais celui qui veut vivre ces trois activités doit retirer le plus possible toute son activité des choses du monde. Car la vie des sens est entièrement opposée à la vie de foi, surtout ici où il s’agit d’amour de Dieu. On ne peut pas l’aimer et aimer le monde en même temps. Par conséquent, ceux qui cherchent leurs distractions et leur bonheur dans les amusements de ce monde n’auront jamais le bonheur qu’ils trouveraient dans la participation de ces trois activités selon la foi. On n’entend pas ces gens parler des choses de Dieu: c’est donc qu’elles ne sont pas dans leur coeur. Il faut en vider le cœur pour recevoir cette précieuse participation à la vie trinitaire.

LE COMMUNIANT DOIT RAYONNER JÉSUS

C’est une conséquence du point précédent: celui qui vit de Jésus le manifeste nécessairement. Est-ce que celui qui vit de musique ne le montre pas partout? Est-ce que celui qui vit du monde ne le montre pas partout? Toute son activité en est imprégnée. Eh bien! Celui qui est plein de Jésus et qui est tout aux choses de Jésus le montre aussi dans toute sa conduite. Rien autre chose ne l’intéresse. Il parle donc habituellement des choses de Dieu, il garde le silence sur les choses du monde, il les fuit comme la peste et il est à tous les exercices religieux qui se font dans sa paroisse, il s’intéresse aux choses de la religion et il en parle facilement. Il pense comme Jésus, il parle comme Jésus et il agit comme Jésus. Il le glorifie donc, il le fait connaître, en un mot, il le rayonne partout et toujours.

Celui qui communie souvent, aime sûrement J.-C. et l’amour de tout homme se manifeste dans ses paroles et dans sa conduite. Cela ne s’applique point à ceux qui communient souvent par routine ou pour faire comme les autres, comme on voit dans les couvents et les collèges où la communion quotidienne est en usage. Mais, cela est vrai pour ceux qui communient par esprit de foi et pour l’amour de Dieu. Ceux-là rayonnent Jésus facilement.

Que tous se surveillent sur ce point, afin de le rayonner davantage. Dès qu’on l’aime tant soit peu, on veut le faire aimer par les autres: il faut donc se comporter pour qu’ils le reconnaissent à notre manière d’agir. Que Dieu accorde cette grâce à tous les catholiques avec la communion fréquente!

lundi 27 août 2018

Père Onésime Lacouture - 3-29 - L'Eucharistie



VINGT-HUITIÈME INSTRUCTION
L’EUCHARISTIE.

«Je suis le pain vivant qui suis descendu du ciel; si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement; et le pain que je lui donnerai est ma chair pour la vie du monde». Jean 6-51.

Nous venons de méditer sur la Messe où le prêtre consacre le Corps et le Sang de N.S. en vue de sa communion et de celle des fidèles: les Saintes Espèces demeurent donc après la Consécration comme il est nécessaire pour porter la communion aux malades, aux prisonniers et à tous ceux qui sont empêchés d’assister à la messe et qui doivent communier pour une raison ou pour une autre.

Dès les premiers siècles de l’Eglise, on sait que les prêtres envoyaient porter la communion aux prisonniers par des enfants quand les païens ne permettaient pas aux prêtres d’entrer. On croyait donc alors à la permanence de la Présence réelle de Jésus dans les Saintes Espèces.

Ce fait montre aussi que des ces premiers temps, on ne croyait pas la communion du précieux sang nécessaire aux fidèles. Comme c’est le corps vivant de J.-C. qu’on reçoit, il est certain qu’on reçoit son sang dans la communion du pain. Pour le prêtre, la différence consiste en ce fait qu’il doit représenter la mort du Sauveur, ce qui est signifié par la consécration du vin séparément d’avec la consécration du pain.

Le mot Eucharistie signifie: action de grâce. Pour ne pas scandaliser les païens qui entendaient dire que les chrétiens mangeaient un enfant vivant, ils ont adopté ce mot qui exprime une des principales fonctions des chrétiens à ce repas divin: rendre grâce à Dieu.

Dans l’Eucharistie, Jésus est présent par son corps, son sang, son âme humaine et par sa divinité. Tout ce qu’il était durant sa vie terrestre, il l’est dans l’Eucharistie réellement. S’il est monté au ciel dans son ascension, il est revenu sur terre mystiquement mais réellement pour demeurer avec nous dans nos tabernacles.

Cette merveille est un mystère si difficile à croire que même les chrétiens ont de la misère à l’accepter pleinement. Quelle indifférence ou insouciance pour Jésus Hostie! Comme on en voit peu aller l’adorer dans nos églises! Combien vivent près des églises ou chapelles et ne songent même pas à aller faire une visite à leur Dieu bien réellement présent là! Et quand ils y viennent comme ils montrent peu de foi par leur attitude froide et distraite!

SES FIGURES

C’est justement à cause de la difficulté d’y croire que Dieu a pris la peine de préparer les hommes à cette foi par toutes sortes de figures et par un enseignement bien clair.

Pendant quarante ans il nourrit les Hébreux dans le désert avec la manne, une espèce de farine qui tombait du ciel chaque nuit et avec laquelle ils pouvaient faire des pains. C’était donc une nourriture miraculeuse que Dieu leur fournissait pour la vie du corps. Est-ce plus difficile pour Dieu de faire descendre du ciel une nourriture spirituelle pour l’âme? Surtout quand on sait que Dieu a créé le monde matériel pour le corps, afin de servir de figure au monde spirituel de l’âme. Est-ce que pratiquement toutes les expressions de la vie spirituelle ne sont pas empruntées à la vie du corps? On dit que l’âme voit, sent, goûte, etc. Elle doit donc manger comme le corps, pour vivre comme le corps. Eh bien, si Dieu a donné une nourriture céleste aux Hébreux pendant quarante ans au désert, il doit être capable de donner une nourriture surnaturelle à l’âme pendant toute sa vie terrestre. Or, comme l’âme est invisible, sa nourriture doit l’être aussi; c’est le divin caché sous les espèces eucharistiques.

Une portion de cette manne était gardée dans l’Arche d’Alliance et traitée avec le plus grand respect. C’est de là que Dieu parlait à ses prophètes et aux Grands Prêtres. C’est bien la figure de l’Hostie consacrée gardée dans nos Tabernacles et devant lesquels nos prêtres enseignent le peuple.

Quand Jésus changea l’eau en vin aux noces de Cana, il préparait les Juifs à croire qu’il pouvait changer le vin en son sang. Ce miracle était donc une figure de l’Eucharistie.

Lorsque Jésus multiplia quelques pains pour nourrir des milliers de personnes, il montrait bien qu’il était capable de donner du pain surnaturel aux âmes pour les faire vivre divinement. C’est à ce sujet que Jésus donne son enseignement le plus clair et le plus catégorique qu’on puisse souhaiter. Ceux qui n’acceptent pas cette doctrine montrent de la mauvaise volonté et ne méritent pas d’avoir la foi sur ce point.

Le lendemain de la multiplication des pains, les Juifs viennent trouver Jésus, évidemment pour manger encore de ce pain qui ne leur coûtait rien! Jésus leur dit: «Vous me cherchez non à cause des miracles que vous avez vus, mais parce que vous avez mangé des pains et que vous avez été rassasiés…». Ils sont tellement matérialistes que le miracle ne semble pas les toucher: c’est la matière seule qui les intéresse. Jésus donne sa doctrine quand même, sachant qu’elle servira aux générations futures, sinon aux Juifs.

Tous les chrétiens devraient méditer ces paroles de J.-C. dans ce merveilleux chapitre, Saint Jean 6. Comment pourrait-il être plus net et plus distinct? Il répond aux objections des Juifs et insiste de toute façon sur la nécessité de croire à sa présence réelle dans l’Eucharistie. Il leur dit: «Travaillez non pour la nourriture qui périt, mais pour celle qui demeure pour la vie éternelle et que le Fils de l’homme vous donnera».

Il va donc donner une nourriture spirituelle qui contient la vie éternelle et c’est celle-la qu’il veut que nous cherchions et non pas la nourriture qui périt, la nourriture matérielle.

Pour monter leur esprit aux choses de Dieu, il leur dit: «Vos Pères ont mangé la manne dans le désert, et ils sont morts. Voici le pain descendu du ciel, afin qu’on en mange et qu’on ne meure point. Je suis le pain vivant qui est descendu du ciel. Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement; et le pain que je donnerai, c’est ma chair pour le salut du monde».

Il affirme donc que l’hostie consacrée contient vraiment le Verbe qui est descendu du ciel et que ce divin se donne dans sa chair qu’on doit manger pour recevoir ce divin. C’est dire que Jésus est dans l’Eucharistie avec son corps, son sang, son âme et sa divinité: donc comme il était sur la terre. Plus loin il dit: «Comme je vis par mon Père, de même celui qui me mange, vivra aussi par moi». C’est donc la vie du Père que nous recevons dans la communion. Elle est donc dans l’Eucharistie avant que nous la mangions.

Les Juifs protestent: «Comment celui-ci peut-il nous donner sa chair à manger?». Jésus répond en insistant sur l’absolue nécessité de manger sa chair pour avoir la vie éternelle. Il le répète plusieurs fois. Puis les Juifs attaquent cette parole: «Je suis descendu du ciel en disant: n’est-ce pas là Jésus, le fils de Joseph, dont nous connaissons le père et la mère?». Pour réponse, Jésus leur dit qu’il faut que le Père les attire pour qu’ils croient. «Quiconque a entendu le Père et a reçu son enseignement, vient à moi». C’est donc le Père qui choisit ceux qu’il veut donner à Jésus… et ce sont ceux-là qui écoutent Jésus. Ceux qui sont contre Jésus, n’ont pas été choisis par le Père. Quelle terrible parole au sujet de notre prédestination! comme Saint Pierre nous le dit: «Rendez votre vocation certaine par vos bonnes oeuvres». Comme personne ne sait s’il est parmi ceux que le Père a donnés à Jésus, tous doivent faire tout ce qu’ils peuvent pour se rendre dignes de cette vocation. Comme nous sommes déjà dans la foi catholique, nous pouvons bien espérer que le Père nous a donnés à Jésus. Nous devons donc agir en conséquence et vivre de façon à plaire à Jésus, afin qu’il nous garde avec lui.

SA NATURE

Nous laissons ici la figure pour entrer dans la réalité et la nature de l’Eucharistie. Nous voyons qu’aux objections des Juifs, Jésus insiste encore plus sur ce qu’il veut que nous croyions à ce sujet. Mais d’abord il dit une parole importante avant de dire ce qu’il veut de nous. «Celui qui croit en moi, a la vie éternelle». C’est donc encore ici comme partout dans le surnaturel la foi qui nous introduit dans ce monde. Il faudra donc juger les paroles de N.S. uniquement selon la foi et dans la foi. Il faudra que je crois que je mange sa chair, je ne la verrai pas, je ne mordrai pas dans son corps de chair avec mes dents, mais avec ma Foi! Mes yeux ne verront pas son sang vermeil que j’avalerai, mais ma Foi seule. Si les Juifs avaient compris ce point de vue, leurs objections seraient tombées automatiquement.

Evidemment, sans la foi, les paroles de Jésus étaient dures dans le sens qu’on ne pouvait pas les admettre. Aussi, ils lui opposent objection sur objection. Ils se demandaient comment un homme pourrait donner son corps à manger matériellement comme on mord dans un morceau de viande. Comme c’était vrai selon la Foi, Jésus leur répond en insistant qu’il faut le manger et boire son sang.
Jésus leur dit: «En vérité, en vérité, je vous le dis: si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme et ne buvez son sang, vous n’aurez point la vie en vous-mêmes. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et, moi, je le ressusciterai au dernier jour. Car ma chair est vraiment une nourriture et mon sang demeure en moi et moi en lui. Comme le Père qui est vivant m’a envoyé et que je vis par le Père, ainsi celui qui me mange vivra aussi par moi. C’est là le pain qui est descendu du ciel: il n’en est point comme de vos pères qui ont mangé la manne et sont morts; celui qui mange de ce pain, vivra éternellement».

Comment Jésus pouvait-il être plus clair et plus catégorique? Voilà des textes qui fondent notre foi sur la présence réelle du corps, du sang, de l’âme et de la divinité de J.-C. Voilà ce que les Apôtres et tous les saints ont prêché depuis J.-C. et que tous les bons fidèles croient. Ce dogme est un des plus solidement établis et qui contribue le plus à faire des saints. Combien ont appris à développer une grande familiarité et un grand amour avec Jésus au Tabernacle!… A condition qu’ils le reçoivent très souvent dans la sainte Communion et le visitent souvent dans l’église. Ce que Saint Paul dit de Jésus: «Toute la divinité habite corporellement en lui» est vrai de lui de nos jours tel qu’il est dans nos tabernacles. Mais son corps est spiritualisé comme il l’est depuis sa résurrection.

Essayons donc de nous adapter à son mode d’existence. Il est invisible aux sens… À quoi bon essayer de le voir de nos yeux corporels? Ou de le toucher de nos mains? Est-ce que notre intelligence ne vaut pas tous nos sens? Dieu nous l’a donnée justement pour qu’elle puisse saisir les choses spirituelles spirituellement: cela devrait nous suffire. Quand, d’après la foi, mon intelligence sait que Jésus est dans l’Hostie consacrée, ce devrait me satisfaire incomparablement plus que si mes sens matériels le saisissaient. En tout cas, comme les yeux voient un objet sans le toucher, notre esprit saisit le divin sans le toucher: ce devrait être assez pour nous. Si on avait la sagesse de se plier aux exigences de nos facultés d’appréhension que Dieu nous a données, nous pourrions nous sanctifier bien davantage, et avec moins de difficulté.

Par exemple, combien arrivent dans une église et instinctivement cherchent à saisir J.-C. par leurs sens; comme ils seraient contents de le voir, de l’entendre leur parler, etc. Mais, cela ne les avancerait pas pour la peine, car ils agiraient dans le monde des sens qui n’est pas du tout celui de la foi, et qui lui est immensément inférieur. Ils ont deux sens spirituels pour ainsi dire: leur intelligence et leur volonté avec lesquelles ils peuvent saisir Jésus. Je sais que mon Dieu est là et je l’aime! La perfection par les sens n’apporterait aucun mérite: au contraire, nous en ferait perdre en nous sortant de la foi qui est le monde divin ou se trouve notre mérite.

On voit tout de suite l’inutilité de ce désir qu’ont les gens d’avoir vécu au temps de J.-C. pour le voir, l’entendre et le toucher. Mais, sachons bien qu’il faudrait autant de foi pour voir le divin en lui que lorsqu’il est sous les espèces du pain: un corps humain n’est pas plus divin que les espèces du pain. Par conséquent, il faut nous résigner à connaître J.-C. ou Dieu uniquement par le moyen de la foi, ce qui est tout différent des sens et qui est la mort des sens quant à l’objet de la foi. Contentons-nous de dire: «Je sais que Jésus est là et je l’aime! C’est ce qu’il veut: donnons-le lui!».

Beaucoup de chrétiens ont une foi bien superficielle en la présence réelle de J.-C. dans l’Eucharistie, comme on peut le voir par leur manque de respect dans les églises, par leur attitude distraite: ils cherchent quelque chose pour les intéresser en dehors de Jésus qui est là devant eux: ils ont donc bien peu de foi. Combien peu viennent souvent visiter Jésus dans le Tabernacle! Ils n’y voient donc pas ou bien peu: ils s’ennuient en sa présence! C’est donc qu’ils voudraient un objet sensible pour les intéresser… et ce n’est pas Jésus!

Si nous pouvions arriver un jour à nous faire une vie surnaturelle uniquement d’après nos deux facultés spirituelles! Ne nous servir que de l’intelligence pour pénétrer le monde surnaturel et notre volonté spirituelle pour y adhérer! Comme notre vie spirituelle s’améliorerait vite! Nous ne perdrions pas notre temps à chercher de jouissances sensibles dans nos rapports avec Dieu qui ne tombe pas sous les sens. Il nous est présenté par la foi à nos deux facultés spirituelles: restons donc là! Ce n’est que par notre activité spirituelle que nous pouvons saisir un esprit.

Pensons à Dieu et aimons Dieu!… Et laissons les sens tranquilles!

MOTIFS DE SON INSTITUTION

SON AMOUR POUR NOUS. 

Antécédemment à tout péché, il est certain que Dieu a voulu avoir l’homme dans sa société trinitaire au ciel. C’est pourquoi il a créé Adam et Eve dans l’état de grâce, afin de les rendre dignes de participer à sa vie divine. Mais, pour qu’ils aient du mérite et lui de la gloire, il les a éprouvés pour voir s’ils préféraient son activité divine à leur activité humaine, comme pour leur faire mériter la grâce sanctifiante après qu’ils l’avaient reçue. Quel amour Dieu manifeste en voulant que nos premiers parents vécussent sa propre vie divine pour jouir de son bonheur. divin un jour. Comme dit Saint Jean: «Dieu nous a donc aimés de toute éternité».

Mais les hommes ont préféré les choses créées à Dieu et ils se sont détournés du ciel et de la société de Dieu. Alors, le Verbe est venu se faire homme comme pour rapprocher la divinité de l’homme, afin de se faire plus aimer. Après son séjour de trente-trois ans, le plan divin exigeait son retour au ciel.

Mais c’est là qu’apparaît l’immense amour de J.-C. pour nous quand il institua l’Eucharistie, qui est sa présence réelle de toute sa Personne, son corps, son âme et sa divinité. Par là, il s’installe en permanence au milieu des hommes et à leur portée en restant dans tant de tabernacles comme on trouve au monde et dans toutes les parties de la terre. Ce n’est pas seulement un signe pour nous rappeler son souvenir, mais il est là en Personne avec toute son Humanité. Comment pourrait-il nous montrer plus d’amour? Il est là évidemment uniquement pour nous. II nous attend là à coeur de jour et de nuit pour être à notre service si nous avons besoin de lui. C’est là qu’il appelle tous ceux qui souffrent et qui peinent dans la vie pour les soulager. C’est là qu’il attend tous ceux qui ont soif de Dieu et du ciel. C’est là qu’il éclaire ceux qui cherchent la lumière divine, qu’il embrase d’amour ceux qui veulent l’aimer et qu’il nourrit ceux qui ont faim des choses de Dieu.

On sait que l’amour tend à l’union: on veut vivre avec ceux qu’on aime pour donner et recevoir de l’amour. Car l’amour est une fin où l’on trouve son bonheur: l’on ne cherche pas à aller plus loin, ou se complaît en lui. Voilà pourquoi Jésus s’est mis dans l’Eucharistie! Mais il se cache sous les apparences du pain afin de nous laisser libres de l’adorer et de l’aimer. N’oublions jamais que la foi est une condition nécessaire pour approcher Dieu. Nos sens sont incapables de le saisir; il n’y a que la foi qui le peut. Voilà pourquoi Dieu se cachera toujours aux hommes. Parce que Dieu nous destine à son propre bonheur, il nous faut y arriver par sa propre lumière divine qu’est la foi.

Or, cette foi doit suffire pour nous montrer que c’est par amour pour nous que Jésus reste dans nos Tabernacles, afin d’exciter en nous quelque chose de l’amour qu’il à lui-même pour nous. Mais ne nous attendons pas à ressentir une attraction amoureuse pour lui comme on éprouve parfois dans l’amour humain. Dans le surnaturel, tout commence par la foi et doit rester dans la foi. C’est de l’amour de volonté que nous devons développer à mesure que notre foi augmente, évidemment avec la grâce de Dieu. Mais elle aussi est invisible.

Voici donc ce que nous devrions faire. Nous savons que l’Ecriture dit clairement comme nous l’avons vu que J.-C. est dans l’Hostie consacrée. Notre part est d’adhérer à ce dogme de toute notre volonté et d’agir en conséquence, peu importe ce que l’on ressent ou ne ressent pas quand on est en présence de l’Eucharistie. C’est à nous de lui montrer que nous l’aimons par la fréquence et la ferveur de nos visites et de nos communions. Le reste le regarde! C’est en faisant comme si nous le voyions que nous l’honorons, en croyant à sa parole. Parfois Dieu semble donner un certain goût spirituel pour ces visites ou ces communions, mais il ne faut pas compter là-dessus… Plus il y en a et moins la foi est parfaite. Aussi, Dieu n’aime pas à en donner trop: les fidèles le recevraient pour ces consolations pour eux-mêmes et cesseraient d’autant moins par amour pour lui. Contentons-nous donc de savoir que J.-C. est 1à et agissons en conséquence. Jésus nous dit carrément: «Celui qui croit en moi, aura la vie éternelle!». C’est donc la foi qui compte ici.

NOUS DONNER DES EXERCICES DE FOI. 

Quand les disciples disent qu’il est difficile d’admettre qu’on puisse manger la chair d’un homme, Jésus insiste qu’il faudra la foi encore bien plus quand ils verront cet homme monter au ciel! Comment alors manger sa chair? C’est alors qu’il leur dit: «C’est l’esprit qui vivifie, la chair ne sert de rien». Toutes leurs objections venaient de ce qu’ils suivaient la sagesse de la chair qui est matérielle et juge selon les sens. II est évident qu’elle ne vaut rien dans les choses surnaturelles. Là, nous sommes dans le monde de Dieu et il nous faut prendre la parole de Dieu pour comprendre quelque chose dans ce monde divin.

Mais, pour nous exercer souvent à la foi, Dieu devait choisir un moyen qui se répète souvent. Il a pris la nourriture que nous devons manger tous les jours. Comme le corps doit manger tous les jours, il s’est caché sous les espèces du pain évidemment pour nous enseigner que nous devrions prendre notre nourriture surnaturelle tous les jours comme notre nourriture corporelle. Si donc nous faisions cela souvent, ce serait autant d’exercices de foi. Car pour aller visiter Jésus au Tabernacle ou pour le recevoir dans la sainte communion, il faut pour ainsi dire se raisonner chaque fois pour aller dans la foi chercher nos raisons de faire cela.

II faut du courage et une certaine énergie pour aller prier devant ce «morceau de pain» comme devant Dieu même. De fait, il faut se forger d’agir selon la foi: ce ne se fait pas tout seul ou tout naturellement. C’est contre nature; donc il faut pousser sur notre volonté pour qu’elle agisse comme si nous voyions Dieu face à face. On peut très bien appliquer la parole de Notre Seigneur qui dit que le ciel souffre violence et seuls les violents l’emportent. Il faut sûrement se faire violence pour visiter et s’entretenir avec Dieu cache dans un morceau de pain!

N’oublions pas que le plan divin veut que nous commencions à agir sur terre comme si nous étions dans le ciel. Eh bien! L’Eucharistie nous fournit une foule d’occasions d’agir en présence cachée de Dieu, mais réelle quand même. C’est une habitude à prendre comme toutes les autres: par la répétition des actes.

Un jour, qu’on aille à l’église faire une assez longue visite à N.S., comme si on l’aimait! On essaie de lui parler, de le prier et de lui dire qu’on l’aime et qu’on veut l’aimer davantage. Répétez ces visites quelque pénibles qu’elles soient et, graduellement, Dieu vous récompensera par plus de foi et plus d’amour. Est-ce que les médecins ne nous font pas souvent attendre assez longtemps avant de s’occuper de nous? Eh bien! Notre Médecin divin peut bien en faire autant pour voir si nous voulons sincèrement cultiver sa compagnie et pour voir si c’est lui que nous aimons ou les consolations qu’il pourrait nous donner.

Si nous pouvions comprendre qu’agir selon la foi, c’est la mort de notre activité naturelle. Il faut mourir à soi pour que Dieu vive en nous et agisse en nous par sa lumière divine. Pourquoi tenons-nous tant à garder notre activité naturelle? Quelle folie! Mais comme c’est difficile à comprendre à cause de notre mentalité si païenne et si habituée à juger tout selon les sens. Mais, dans le monde de Dieu, les sens ne valent plus rien. C’est la foi seule qui nous ouvre ce monde divin. Adaptons-nous donc à ce mode d’agir!

Le danger de vouloir jouir dans les sens ne diminue pas à mesure qu’on avance en vertu! Notre esprit païen et le démon aidant, nous insinuent que nous sommes assez saints que nous pourrions un jour voir J.C. nous apparaître… comme à Sainte Marguerite-Marie, par exemple! Ou comme on a lu que des saints avaient entendu des paroles mystiques sortant du Tabernacle, on se demande si le temps n’est pas venu pour nous de ces communications mystiques. Eh bien, c’est le vieux païen qui revient à la surface; il s’ennuie de son activité sensible et il en recherche même dans les choses les plus surnaturelles. II faut absolument réagir contre cette tentation, car c’en est une. La foi pure doit suffire à n’importe quel catholique et là seul est notre mérite. Résignons-nous donc à laisser les sens de côté quand on traite avec J.-C. au Tabernacle ou au ciel: la foi est notre seul moyen pratique pour le saisir mystiquement. Ne cherchons plus jamais à le voir ou à l’entendre! Pensons à lui, méditons sur lui et attachons-nous à lui par la volonté et aimons-le! Voilà ce qu’il veut de nous. Donnons-lui ce qu’il veut! Notre amour!

Cultivons l’Eucharistie pour donner des preuves de notre amour de Dieu, pas pour goûter ses consolations. Sur terre, c’est la foi obscure et pénible; au ciel, ce sera la vision dans le bonheur éternel. N’essayons pas de renverser le plan de Dieu en voulant jouir de lui sur terre. Ce n’est pas le temps. Dieu se cache pour nous laisser libres de l’aimer ou non. Toute consolation diminue notre liberté dans la même mesure. Voilà pourquoi Dieu en donne si peu!

Notre amour pour Jésus Hostie honore grandement son Humanité que nous devrions tant aimer. C’est par Elle qu’il est devenu l’un des nôtres, notre frère, celui qui a pris sur lui toutes nos misères, excepté le péché. Il peut sympathiser avec nous dans nos peines et dans nos souffrances; il a passé par là le premier. Comme ce point de ressemblance devrait nous encourager à venir à lui, surtout après son invitation expresse: «Venez à moi vous tous qui souffrez et qui peinez, et je vous soulagerai!». Comment se fait-il que si peu répondent à cette invitation de notre divin Sauveur qui s’est fait homme pour gagner notre amour? C’est qu’ils ont trop d’attaches pour les créatures et, dans ce cas, ils ne reçoivent pas l’intelligence des choses de Dieu. Leur amour pour le monde empêche le Saint-Esprit de les éclairer sur les choses de Dieu.

Que tous les chrétiens essaient donc de se débarrasser de leurs attaches, même aux bonnes choses. Pour cet amour des créatures qu’ils sacrifieraient, Dieu leur donnerait son propre amour divin! Mais la plupart préfèrent ses échantillons à Dieu même! Quelle folie!

POUR PARDONNER LES PÉCHEURS. 

Lui-même dit qu’il est venu en ce monde pour ceux qui sont malades et pour les pécheurs. S’il les a tant affectionnés durant sa vie terrestre, il est certain qu’il continue de le faire dans sa vie au Tabernacle. Il les attend avec la même pitié, la même miséricorde et la même charité. Combien de pauvres pécheurs ont trouvé la véritable contrition aux pieds de Jésus dans l’église avant de trouver le pardon aux pieds du confesseur! Combien ont trouvé là des larmes de repentir pour laver leurs péchés et pour revenir à l’amour de Jésus!

Mais il semble bien que ce bonheur est réservé à ceux qui avaient déjà développé un certain amour pour Jésus-Hostie. Dans ce cas, même après un péché mortel, cet amour leur obtient plus facilement le pardon de Jésus. Quant à ceux qui ne viennent que rarement visiter Jésus ou qui communient rarement, par conséquent qui montrent bien qu’ils n’ont pas d’amour pour lui ou trop peu, ceux-là ordinairement resteront froids devant Jésus au Tabernacle. Leurs péchés ne sont pas de nature à leur donner plus d’amour de Dieu! Plaignons donc ceux qui n’ont pas d’amour de Jésus-Hostie… comme il leur sera difficile de mettre de l’amour dans leur contrition! Le péché ne met pas 1’amour de Dieu dans le coeur! Il est donc important pour nous tous de développer un grand amour pour N. S. dans l’Eucharistie, afin que si jamais nous avons le malheur de tomber dans un péché mortel, cet amour de volonté puisse nous mériter le pardon de notre péché.

POUR NOUS DIVINISER. 

A force de visiter Jésus au Tabernacle, on devient de plus en plus semblable à lui: on s’intéresse aux choses de Dieu comme lui, on méprise le monde de plus en plus comme lui et l’on cherche son bonheur en sa compagnie dans le monde de la foi. On s’habitue à vivre dans le monde surnaturel bien loin au-dessus des sens et c’est là qu’on trouve de plus en plus la sainteté. Car la vie de Jésus, là, n’est pas du tout la vie de la terre, mais du ciel. C’est là dans la solitude et dans le recueillement que le Saint-Esprit aime à se donner à l’âme qui le cherche dans ces conditions. On sait que le Saint-Esprit vient après Jésus dans nos coeurs. Comme les Apôtres ont dû s’affectionner d’abord à Jésus et vivre avec lui trois ans avant que le Saint-Esprit leur fut donne, ainsi quand il verra une âme assidue à tenir compagnie avec Jésus au Tabernacle, le Saint-Esprit éclairera cette âme de grandes lumières surnaturelles pour la sanctifier davantage.

C’est là que la plupart des saints ont reçu leurs plus grandes grâces, justement parce qu’ils montraient beaucoup d’amour de Jésus en venant le visiter souvent pour s’entretenir avec lui. Il aime à s’ouvrir à ses amis.

Mais la grande raison est que c’est un exercice merveilleux de foi que de venir ainsi tenir compagnie à Jésus que nous saisissons uniquement par la foi. Plus un chrétien avance dans la foi et plus il avance vers le divin. Il faut être conduit par le Saint-Esprit pour aimer à visiter Jésus au Tabernacle comme c’est le Saint-Esprit qui a conduit Jésus au désert loin du monde. Eh bien! L’Eglise de nos jours est bien un désert: comme il y a peu de catholiques qui vont adorer J.-C.! Comme c’est tranquille dans nos églises! C’est là qu’on peut s’entretenir seul à seul avec Dieu et ainsi apprendre à mieux le connaître et à mieux l’aimer… et donc à nous diviniser davantage. On finit par penser comme lui, par agir comme lui tout dans le divin.

Pour être un fervent de l’Eucharistie, il faut remplir les conditions pour le salut éternel. C’est pourquoi celui-li qui est dévoué à JésusHostie peut espérer d’arriver au ciel. II faut être dégagé de la vie des sens, il faut mépriser le monde avec ses plaisirs et être tout aux choses de Dieu: celui-là peut espérer arriver au ciel. Voilà pourquoi les prêtres devraient insister beaucoup pour que les fidèles soient des fervents de l’Eucharistie: ils seraient sûrs que ceux-là sont sauvés. Mais il faudrait qu’ils commencent par donner l’exemple! Quand vont-ils commencer? La meilleur prédication est toujours l’exemple à donner aux fidèles. Les brebis suivent les bergers, ne les précèdent jamais!

VIE DE JÉSUS DANS LE TABERNACLE

D’abord, en tant que Verbe, Jésus continue là sa vie au sein de la Trinité avec son rôle essentiel de glorifier le Père. En tant qu’Homme, il continue de rendre à Dieu ses adorations, ses louanges, son amour et ses supplications pour le monde, pour que la rédemption se continue jusqu’à la fin des temps. On peut être sûr que Jésus pratique ce qu’il disait à la Samaritaine que son Père cherche des adorateurs en esprit et en vérité. Toute la Sainte Humanité est occupée uniquement au service de Dieu: pour l’adorer, le louer et l’aimer. Voilà un Homme qui donne parfaite satisfaction à son Père dans tout ce qu’il demande des hommes.

La vie toute divine que son Humanité mène dans le Verbe par son union hypostatique ou dans la Personne, nous pouvons et nous devons la mener par la grâce de Dieu. Nous n’avons qu’à enlever les obstacles que nous connaissons bien à l’action du Saint-Esprit pour qu’il agisse puissamment en nous et fasse de nous de véritables enfants de Dieu en qui il trouverait ses complaisances comme en Jésus en proportion que nous l’imitons.

On sait que le Verbe s’est fait homme pour nous enseigner à vivre divinement dans la chair. Eh bien! Plus nous étudierons sa vie dans le Tabernacle où son Humanité est présente, plus nous apprendrons nous aussi à vivre divinement tout en étant encore dans la chair. Le seul fait de nous tenir en sa présence là nous oblige de renoncer aux plaisirs du monde et de nous jeter davantage dans le monde de la foi pure, car il n’y a rien là pour les sens. Tout est uniquement dans la foi et de la foi: donc tout est divin pendant ce temps que nous nous occupons de J.-C.-Hostie. Apprenons là à mener la vie que nous mènerons au ciel: louer, remercier et aimer Dieu et jouir de la Sainte Trinité par la grâce méritée par Jésus et en union avec Lui.

NOTRE VIE DEVANT LE TABERNACLE

Nous avons déjà indiqué la sorte de vie que nous devons mener devant le Tabernacle: c’est une vie toute de foi seule. Si on peut arriver à se transporter tout de suite comme aux pieds de J.-C. dans le ciel et agir de la même façon devant Jésus-Hostie: c’est le même dans les deux cas. Que ferions-nous devant lui au Ciel? Faisons-le tout de suite dans nos églises et chapelles. Nos chrétiens en général sont trop chiches de leurs visites au Saint Sacrement: ils sont toujours trop pressés pour s’entretenir avec Jésus… le monde les attire encore trop.

Pour couper court à ces visites de simple politesse et les remplacer par des visites d’amour, je conseille fortement à tous les catholiques du monde et dans tous les rangs de la société et civile et ecclésiastique:

UNE HEURE SAINTE PAR JOUR!

Combien vont sursauter! Ou trouver le temps? Je réponds tout de suite en sabrant dans votre vie païenne! Que de temps perdu à bavarder des choses du monde, du temps, des vanités de toutes sortes qu’on est habitué de regarder comme des nécessités de la vie justement parce qu’on aime le monde et ses folies. Dès qu’on développe tant soit peu d’amour pour les choses de Dieu, comme on économise du temps sur les bagatelles de la terre! Il n’y a que l’expérience pour nous en convaincre. Que ceux qui sont trop loin des églises ou des chapelles, fassent leur heure d’adoration chez eux dans une chambre et ils feront un immense plaisir à N.S. qui les récompensera abondamment pour cette preuve évidente d’amour de Dieu.

Les prêtres et les religieux en ont autant besoin que les laïques et cela en plus de leurs autres exercices spirituels. Ceux qui vont crier plus fort qu’ils n’ont pas le temps, sont justement ceux qui en ont le plus besoin. D’ordinaire, ce sont des gens qui se jettent à corps perdu dans les affaires, ou dans des organisations nécessaires dans leur imagination ou dans leur amour des choses de la terre. Jésus dit à tous ces affairés ce qu’il disait à Marthe: «Tu t’excites pour rien!». Pourtant elle préparait le souper pour Jésus! Mais, il lui dit que Marie a choisi la meilleure part qui ne lui sera pas enlevée. Jésus préfère donc la part de Marie qui faisait son heure d’adoration devant Jésus! Voyons dans le cours des années quels sont ceux qui ont fait le plus de bien. C’est sûrement les contemplatifs comparés aux actifs. Saint Jean de la Croix dit que le temps passé devant Jésus en contemplation vaut mille fois plus que le travail.

Que de fatigués, d’énervés et d’excités trouveraient là le meilleur remède à leur épuisement nerveux! Pour cette heure qu’on sème pour l’amour de Dieu, il nous donne une bonne récolte et de temps et de forces pour accomplir plus que jamais. On voit que Dieu bénit ceux qui font leur heure sainte tous les jours? Ils ont bonne santé, ils sont calmes et finissent par faire plus de travail que les autres trop fous pour semer justement ce dont ils ont besoin: du temps! Gardez votre temps imbéciles et Dieu garde sa récolte de temps: vous piétinerez sur place, vous serez souvent malades ou indisposés, vous serez dérangés par toutes sortes de niaiseux et vous vous impatienterez, vous vous fatiguerez… et vous ne ferez pas grand-chose de bon! Les saints qui ont tant fait pour Dieu étaient tous des fervents de très longues visites devant le Saint Sacrement! Imitons-les donc!