« C'est une grande chose d'avoir, au sein même de l'Église catholique, la foi dans son intégrité »
-Saint Augustin

« L'ignorance est notre pire ennemi. »
-Saint Pie X

« La vérité vous rendra libre »
-Jean 8, 32

dimanche 3 juin 2018

Père Onésime Lacouture - 3-17 - Jésus homme en nous



SEIZIÈME INSTRUCTION
RÔLE DE L’HUMANITÉ DANS JÉSUS-CHRIST.

«Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, sa gloire comme Fils unique du Père, étant plein de grâce et de vérité». Jo. 1-14.

Après avoir considéré ce que faisait le Verbe en J.-C., voyons ce que faisait sa sainte Humanité, évidemment dans les grandes lignes et au point de vue de ce que nous pouvons mieux imiter en lui. Sa nature humaine reste distincte de sa nature divine. Elle a donc ses opérations propres vraiment humaines quoique divinisées par le Verbe. C’est en imitant celles-là que nous arriverons mieux à imiter ses actions divines avec la grâce de Dieu. Puisque nous devons devenir une seule chose avec Jésus, essayons de mieux comprendre quelques-unes des vertus principales qu’il a pratiquées et les principales fonctions qu’il a exercées pendant qu’il était sur la terre.

LA PRATIQUE DES VERTUS

Saint Jean dit que celui qui espère aller au ciel doit marcher comme J.-C. a marché, donc agir comme lui en tout. Ne soyons pas effrayés de la sublimité de la perfection de Jésus; c’est vraiment elle que Dieu veut que nous acquérions avec sa grâce. Jésus veut que nous soyons parfaits comme le Père céleste est parfait. Saint Pierre veut que nous soyons saints parce que Dieu est saint. C’est donc la volonté de Dieu clairement manifestée que nous visions à la sainteté de Dieu même. C’est celle que Jésus a pratiquée dans son corps mortel comme le nôtre. Donc c’est possible avec la grâce de Dieu. Tenons nos yeux sur cet idéal réalisable selon Dieu… et n’allons pas descendre d’un cran de cette vue.

Trop de prêtres et par suite trop de fidèles sont toujours à comparer les vertus avec celles que l’on trouve chez les hommes, même les meilleurs. C’est un principe de décadence dans la vie spirituelle de tout comparer même aux meilleurs. Ce n’est pas cela du tout que Dieu demande, mais de reproduire les vertus d’un Dieu, de J.-C. et tenons-nous en là! Si Saint Paul dit: «Soyez mes imitateurs», il ajoute tout de suite: «Comme je le suis du Christ». Donc cessons de nous comparer avec des humains, comparons-nous avec J.-C. et imitons ses vertus et sa sainteté! Voilà e que nous allons faire dans cette instruction.

Il ne s’agit pas de ramener l’humanité de Jésus à notre niveau, mais de monter au sien. Trop souvent, nous cherchons dans les Evangiles des exemples dans la vie de Jésus pour légitimer notre vie de païen. Par exemple, quand il est dit qu’il passa en faisant le bien, on prend ce texte pour se justifier d’éviter les péchés et de faire le bien naturel, avoir des relations de bonne entente avec ses voisins pour être tranquille dans la vie. C’est de la philanthropie bien naturelle. Cela ne suffit pas du tout!

SON HUMILITÉ est évidemment la plus parfaite qui ait jamais existé au ciel et sur la terre. Jésus nous la donne comme modèle: «Apprenez de moi à être doux et humble de cœur». D’où lui venait cette sublime humilité? Certainement pas de la vue de ses péchés qu’il n’avait pas. La vue des péchés des autres qu’il avait pris sur lui-même ajoutait sûrement à son humilité, comme les misères et la faiblesse de sa nature humaine. Mais ce n’est pas de là que lui venait son humilité.

Elle lui venait de la contemplation des perfections divines et infinies. Devant cette majesté divine, son humanité lui semblait peu de choses, quoiqu’elle fût la plus parfaite jamais créée par Dieu. Quand Moïse demanda à Dieu qui il était, Dieu lui dit: «Je suis celui qui suis. Je suis le seul qui ai l’existence en soi ou par moi-même», comme insinuant que les autres ne l’ont que par lui et donc ils sont comme néant devant Dieu. De la comparaison du créé avec l’incréé naît l’humilité véritable. Comme jamais un être créé n’a pu pénétrer le divin comme l’humanité de Jésus, on comprend que son humilité soit la plus parfaite qui ait jamais existé.

Voilà la sorte d’humilité qu’avait la Sainte Vierge: elle ne lui venait pas de la vue de ses péchés puisqu’elle n’en avait pas, ni des péchés des autres qu’elle n’avait pas pris sur elle. Elle insinue l’origine de son humilité quand elle dit: «Mon âme tressaille d’allégresse en Dieu, mon Sauveur, qui a fait de grandes choses en moi». C’est la vue du divin qui la rend humble et qui lui manifeste sa bassesse.

C’est là la source de l’humilité parfaite. C’est celle-là que nous devons cultiver par la contemplation des perfections divines. Plus nous nous perdrons en Dieu et plus apparaîtra notre bassesse et notre néant et donc notre humilité. A mesure donc qu’on pénètre dans la sainteté de Dieu, on devient humble à la façon de Jésus.

On s’enorgueillit d’une qualité quand on la considère en soi, Mais dès qu’on la compare avec la perfection correspondante en Dieu, nécessairement on perd l’estime qu’on en avait considérée toute seule. On n’acquiert pas l’humilité non plus en se comparant avec les hommes parce qu’ils ont encore trop de défauts où notre orgueil peut trouver de la matière à s’exercer.

Comme lorsque l’on regarde le soleil en face, on devient aveugle pour les choses autour de soi, ainsi quand on regarde le Soleil de justice en face, tout le reste disparaît en nous. On peut donc prendre son sentiment d’humilité comme la mesure de sa vision du divin. Ceux donc qui ont de l’estime pour eux-mêmes montrent bien qu’ils n’en ont aucune pour Dieu. Quel plus fou au monde!

On peut donc déduire la meilleure méthode pour devenir humble. Ce n’est guère pratique de s’acharner à découvrir sa bassesse, on se regarde encore trop soi-même pour cette découverte!

Le mieux est sûrement de s’efforcer de mieux comprendre les perfections divines, de les contempler souvent. Plus nous grandirons Dieu en nous et plus nous nous rapetisserons et plus nous deviendrons humbles. En d’autres termes, plus nous progressons dans la foi et plus nous serons humbles de l’humilité de Jésus.

Comme nous l’avons dit dans notre dernière série, les comparaisons horizontales, comme se comparer avec les hommes, ne valent rien pour arriver à l’humilité. Seules les comparaisons verticales ou avec Dieu, sont les meilleures pour nous montrer nos déficiences et nos misères et donc nous donner l’humilité.

LA PURETÉ de l’humanité de Jésus dépasse tout ce que l’homme peut concevoir. Dès sa création, elle est intimement unie à la divinité par le Verbe, de sorte qu’elle participe à la pureté de la Trinité. Jésus affirme publiquement que personne ne peut le convaincre de péché. Si Saint Jean peut dire des hommes que celui qui demeure en Dieu ne peut pécher, parce que la semence de Dieu est en lui, avec combien plus de raison peut-on le dire de Jésus! Puisque le Père dit du haut du ciel qu’il a mis toutes ses complaisances en Jésus, c’est donc qu’il le trouve absolument pur de toute souillure. Comme il avait la vision béatifique comme Verbe au moins, on comprend qu’il devait avoir la pureté exigée dans le ciel même. Il dit que toutes ses pensées, toutes ses paroles et toutes ses actions sont faites en lui par son Père: elles sont donc absolument pures. «Je fais toujours ce qui est agréable à mon Père». Sa vie est donc absolument et parfaitement pure, comme il est possible pour une créature par la puissance de Dieu.

N’oublions pas que la pureté divine n’exige pas seulement l’absence de péché, ou d’imperfection, ou de désordonné, mais aussi de tout ce qui est purement naturel. Dans le ciel, il faut que tout soit absolument et parfaitement surnaturel. Donc tout bon naturel est impur pour Dieu. Le naturel libre des motifs n’est pas acceptable par Dieu dans son ciel. Il n’y a pas de naturel en Dieu, mais uniquement du divin. Or, nous sommes appelés à participer à cette activité trinitaire de Dieu. Donc il nous faut nous purifier de tout motif naturel même bon en soi, mais bon à rien pour le ciel. Jésus n’avait sûrement aucun motif naturel; or, c’est sa pureté divine que nous devons vouloir imiter le plus parfaitement possible avec la grâce de Dieu.

Tout chrétien devrait donc faire la guerre à toutes ses affections naturelles comme à tous ses motifs naturels qui jaillissent de ces affections naturelles, comme s’ils étaient péchés. Dieu ne veut pas plus des uns que des autres. Peu importe que «in se» le naturel soit meilleur que le péché, il ne vaut rien pour le ciel, Dieu n’en veut pas! Qu’on n’aille donc plus jamais dire un mot en faveur des motifs naturels! Ils sont en abomination devant Dieu! A quoi sert pour nos imbéciles de philosophes de vanter la bonté intrinsèque des motifs naturels quand in deo ou en Dieu, ils ne sont pas voulus? Par leur ignorance, ils induisent les fidèles à croire que Dieu accepte leurs motifs naturels; c’est absolument faux. Si Dieu les acceptait, pourquoi Jésus n’en aurait-il pas eu? Où est le philosophe qui pourrait trouver un seul motif naturel en Jésus? Ou dans la Sainte Vierge?

Qui aurait jamais trouvé quelque chose à redire de Marthe qui préparait son repas sûrement pour Jésus? Mais comme il s’y glissait du naturel, Jésus lui fait un reproche. Pas un prêtre philosophe ne l’aurait blâmée! Ils ne connaissent donc pas la pureté divine de Jésus. Pour eux, il n’y a que le péché qui souille l’âme comme si nous étions encore sur le chemin des limbes. Mais à cause de notre souillure pour Dieu. Car un motif naturel est pour notre moi païen ou pour notre vieil homme que nous devons tuer pour suivre J.-C. C’est absurde ensuite de faire quoi que ce soit en sa faveur. Donc tous nos motifs naturels doivent être enterrés avec notre vieil homme. C’est une insulte faite à Dieu que d’aller lui offrir une de ces actions quand nous ne devons plus vivre que pour Dieu seul de tout notre cœur!

SON OBÉISSANCE est aussi parfaite que la vue de la majesté divine l’est à l’humanité de Jésus. Elle comprend si bien que Dieu est son Créateur et son Maître souverain qu’elle n’a aucune difficulté à se soumettre à lui avec la plus grande perfection que la plus parfaite créature peut obéir à Dieu. Dans le ciel, toute créature sera entièrement disposée à faire la volonté de Dieu qu’elle reconnaît comme créateur et Seigneur absolu. Eh bien! En proportion qu’on vit de foi, on est porté à lui obéir de même sur la terre. Mais la lumière divine de l’humanité de Jésus était la plus parfaite que Dieu pouvait créer et donc elle approchait des confins de l’infini. Voilà ce qui explique l’obéissance de J.-C. si parfaite.

Il dit lui-même qu’il ne fait jamais sa volonté, mais toujours celle de son Père. Qu’il fait toujours ce qui est agréable à son Père. Nous l’avons déjà vu; il vient en ce monde uniquement pour faire la volonté de son Père. Il dit qu’elle est sa vie, sa nourriture et son bonheur. L’obéissance donne une immense gloire à Dieu; par elle, on reconnaît son souverain domaine, sa majesté infinie et du côté de la créature sa propre infériorité et absolue dépendance de Dieu. L’Evangile dit qu’il a été à la limite de la soumission, se faisant obéissant jusqu’à la mort et à la mort de la croix. Quel plus grand sacrifice pouvait-il faire de sa volonté?

Ce qui manque le plus dans l’obéissance de la plupart des chrétiens, c’est son universalité. Ils se soumettent dans certaines choses qui ne viennent pas des hommes, comme les inondations, le feu, les tremblements de terre et les tempêtes. Mais très peu obéissent à la volonté de Dieu qui se manifeste par celle des hommes. Mais dans notre première série, nous avons montré qu’absolument tout ce qui arrive de la part des hommes comme des événements nous vient de Dieu directement. Dieu se sert de la liberté humaine comme il veut. Donc tout ce qui nous vient des hommes nous vient de Dieu. Peuvent-ils être plus cruels et plus méchants que les pharisiens l’ont été pour Jésus? Cependant il dit: «Est-ce que je ne dois pas boire le calice que mon Père me présente?».

Soyons donc plus tranchés! S’il faut la volonté de Dieu, faisons la donc toujours et partout. Dans les petites choses comme dans les grandes, dans les désagréables comme dans celles qui plaisent. Est-il notre Dieu quand cela nous plaît ou l’est-il toujours et partout? Donc que ce soit une affaire réglée pour toujours que nous obéissons constamment à Dieu et dans toutes ses façons de nous montrer sa volonté. Le bon Dieu a en abomination ce mélange de foi et de bon sens, agir parfois en chrétien et souvent en païen. C’est cette mentalité qui fait les tièdes et que Dieu dit qu’il vomira de sa bouche pour nous montrer son horreur pour ces chrétiens qui sont ni chauds ni froids, qui voudraient bien aller au ciel, mais qui veulent jouir de la terre aussi avant de mourir. Tous ces gens tombent dans la catégorie des vierges folles qui ont risqué d’être aux noces et qui n’ont pas été admises.

Nous saurons que nous sommes bien transplantés dans le monde surnaturel quand nous aurons cessé de nous plaindre dans les contrariétés puisqu’elles viennent toutes de Dieu. La sainte Humanité de Jésus ne s’est jamais impatientée; dans son agonie, elle a bien manifesté sa répugnance pour le crucifiement, mais elle ajoutait tout de suite: Que votre volonté soit faite et non la mienne. Voilà notre modèle. Saint Pierre le donnait en exemple aux fidèles et il leur disait qu’ils sont tous appelés à souffrir comme Jésus et qu’ils doivent se comporter comme Jésus en souffrant avec patience.

SES FONCTIONS

Examinons les principales fonctions de l’Humanité dans J.-C. Elles sont les nôtres aussi à cause de notre propre union avec Lui.

ADORER est un acte de l’âme qui s’incline profondément devant l’infinie majesté de Dieu pour reconnaître son souverain domaine sur nous tous et lui exprimer notre infériorité et notre soumission entière. C’est ce que font les élus du ciel. Saint Jean dans l’Apocalypse, 4-10, voit les vingt-quatre vieillards se prosterner devant le trône en disant: «Vous êtes digne, Seigneur notre Dieu, de recevoir la gloire, l’honneur et la puissance, parce que vous avez créé toute chose et que c’est par votre volonté qu’elles subsistent».

Adorer son Père est une fonction que le Verbe seul ne pouvait pas faire, parce qu’il est égal à son Père. Mais une fois incarné, en tant qu’homme, J.-C. peut adorer le Père et à cause de son union hypostatique ou dans la personne du Verbe, son adoration a un mérite infini. Voilà une gloire qu’il donne à Dieu qu’il n’aurait jamais eu sans l’Incarnation. C’est assez pour que Dieu veuille l’incarnation du Verbe. Cette gloire additionnelle pour le Père vaut bien le rachat de toute l’humanité. Voilà totalement le but principal de l’Incarnation.

Quand les saints avaient quelque vision céleste, ils tombaient par terre en se cachant la face devant cette éblouissante splendeur. Pourtant, ce n’était qu’un échantillon de la divinité. Imaginons ce que doit être l’adoration de l’humanité quand elle voit la divinité même dans le Verbe! Cette adoration du premier moment de l’existence de l’humanité en Jésus a dû être la plus parfaite jamais offerte à Dieu.
Pour nous, quoique nous n’ayons que la foi pour nous manifester le divin, c’est toujours une lumière divine qui nous éclaire suffisamment pour que nous puissions imiter la sainte humanité de Jésus dans nos adorations de Dieu. Nous savons certainement que le Verbe existe, qu’il est infini; nous devrions être assez purs que nous nous prosternions en esprit devant la majesté divine. Le fait que nous ne la voyons pas, est justement une condition absolue de notre mérite. Quand il y a vision, dit Saint Paul, il n’y a plus de foi. Or la foi est nécessaire pour le mérite.

Est-ce que tout notre service envers Dieu ne se fait pas dans l’obscurité de la foi? Sur terre, il est impossible pour l’homme de voir Dieu face à face. Dieu exige que nous croyions à sa parole qui nous révèle ses perfections divines. Cela doit suffire pour que nous l’adorions dans notre cœur. Jésus nous dit que la Trinité vient en nous par la grâce sanctifiante: que cela suffise! Agissons comme si nous le voyions et nous le verrons un jour dans la vision béatifique. Mais il faut d’abord la mériter justement par la foi en la parole de Dieu. La mort ne fait qu’immortaliser ce qu’elle trouve en nous. Donc si je veux adorer Dieu dans la gloire, je dois commencer à le faire dans la foi sur terre.

Prenons l’habitude de faire souvent des actes d’adoration de la Sainte Trinité habitant en nous. Ce n’est pas naturel, mais il nous faut en prendre l’habitude surnaturelle en surveillant notre volonté pour qu’elle commande de ces actes si utiles pour la vie spirituelle.

LOUER suit logiquement l’adoration. Si on est ébloui par la splendeur des perfections divines, on est porté à louer ces mêmes perfections. Comme pour l’adoration il est certain que la louange donnée à Dieu par l’humanité de Jésus a été la plus parfaite qu’il ait jamais reçue d’une créature.

L’Evangile ne rapporte pas les louanges et les adorations que Jésus adressait à son Père ou très peu. Il faut aller dans les prophètes et dans les psaumes pour trouver les sentiments de Jésus envers son Père. L’humanité depuis sa chute a passé par toute la gamme des émotions humaines, de tristesse, d’espérance, de joie et de confiance, etc. Or c’est cette humanité que Jésus a assumée. C’est pourquoi Jésus repassait dans son âme ce que le Saint-Esprit avait inspiré aux prophètes. Ainsi on sait que sur la croix Jésus repassait le vingt-et-unième psaume, qui parle des souffrances le l’humanité et en particulier de celle de Jésus.

Eh bien! En lisant les psaumes, on est frappé par le grand nombre de ceux qui prêchent l’adoration et la louange de Dieu, en général pour les bienfaits de Dieu accordés aux hommes, mais aussi pour ses perfections en elle-mêmes. Nous pouvons donc faire de même, mais il est plus parfait de louer Dieu pour lui-même que pour ses bienfaits envers nous. Ceux-ci ne sont rien comparés à l’infinie sainteté de Dieu. C’est autrement agréable à Dieu de le louer pour lui-même. Comme ses bienfaits nous touchent plus, nous pouvons commencer par le louer pour ses bienfaits aux hommes, mais il est bon d’aiguiller nos louanges le plus possible sur Dieu seul. Voici quelques textes:

Ps. 103: «Mon âme, bénis Yahveh! Mon Dieu, tu es infiniment grand. Tu es revêtu de majesté et de splendeur. Il s’enveloppe de lumière comme d’un manteau; il déploie les cieux comme une tente. Dans les eaux du ciel, il bâtit sa demeure; des nuées, il fait son char; il s’avance sur les ailes du vent!…».

Ps. 104: «Célébrez Yahveh! Invoquez son nom, faites connaître parmi les nations ses grandes œuvres. Chantez-le! Proclamez toutes ses merveilles: glorifiez-vous en son saint nom!».

Ps. 150: «Louez Dieu dans son sanctuaire! Louez-le dans le séjour de sa puissance! Louez-le pour ses hauts faits! Louez-le selon l’immensité de sa grandeur.»

Nous n’avons qu’à parcourir les psaumes pour voir combien souvent ils nous exhortent à louer et à adorer Dieu. La Sainte Vierge s’est inspirée des psaumes dans son Magnificat. Tous les saints ont aimé à puiser là les louanges et les adorations qu’ils voulaient adresser à Dieu. Ce n’est pas par hasard que l’Eglise impose la récitation du bréviaire à tous ses prêtres. Elle sait que Dieu retire une grande gloire de ceux qui le récitent avec esprit de foi et d’amour de Dieu.

Combien de chrétiens dans leurs prières ne font que des demandes à Dieu. Ils devraient toujours commencer par le louer, le remercier, l’adorer et le contempler un peu en esprit. Après lui avoir donné ce plaisir divin, ils auraient plus de chance d’être exaucés dans leurs demandes.

La louange est la paie de Dieu pour le bien qu’il nous fait; plus nous le payons et plus il travaillera pour nous! Dieu aime les reconnaissants comme nous tous d’ailleurs! Louons donc Dieu le plus souvent possible et il se donnera davantage à nous par sa grâce.

AIMER est la principale fonction de la sainte Humanité de Jésus. Puisque Dieu est amour et que le Verbe élève son humanité à une participation intime de la vie divine par le Verbe uni dans la Personne, il s’ensuit que l’humanité sainte aime Dieu comme il n’a jamais été aimé par aucune créature. Cet amour approche autant que possible les confins de l’infini sans l’être tout de même, parce qu’elle est créée. Comme toute créature, sa fin dernière est la vision béatifique au sein de la Trinité. Or à cause de la perfection de toutes ses facultés qui ne pourrait jamais être surpassée, elle tendait de toutes ses forces vers sa fin dernière: aimer Dieu. Comme elle participait par le Verbe à la vie de la Trinité, elle la voulait de toute sa volonté, ce qui est de l’amour.

Non seulement Jésus dit qu’il aime son Père, mais il le montre par ses actes dans sa vie. Il lui obéit en tout, même en ce qui est pénible pour la nature, comme dans sa passion et dans son crucifiement pour racheter le monde. Il s’y soumet pour plaire à son Père. Il donne sa vie pour l’amour de son Père. C’est donc un amour solide et très parfait, le plus parfait qui ait jamais existé dans une créature.

Quand même cet amour parfait nous dépasse, nous devons le demander, quand même nous ne pourrions jamais l’atteindre. Est-ce que Dieu ne nous demande pas de l’aimer lui de toutes nos forces, quand même il sait bien que nous ne pouvons pas y arriver de fait?

On a beau comprendre combien nous devrions aimer Dieu, nous avons un grand obstacle à vaincre en nous-mêmes. Par nature, nous sommes remplis de l’amour des créatures et de nous-mêmes. Quand la foi nous montre les biens infinis à aimer, il faut d’abord déprendre notre cœur de l’amour des créatures, car nous n’avons qu’un cœur pour aimer Dieu et les créatures. Il nous faut donc le vider de l’amour des créatures pour que l’amour de Dieu prenne la place. Or, les créatures nous entourent, nous pénètrent de leurs plaisirs tandis que les biens de Dieu ne sont perçus que par la foi. Ils sont donc bien loin de nous en ce monde! Nous n’expérimentons pas ou bien peu leurs jouissances qui ne sont pas de ce monde. Alors il faut beaucoup de grâce de Dieu pour nous en séparer, et c’est un travail de toute la vie. Les démons, le monde et notre propre concupiscence sont toujours à nous les présenter pour nous les faire aimer. C’est donc une lutte continuelle pour rejeter l’amour des créatures si nous voulons progresser dans l’amour de Dieu qui donne le ciel.

Il nous faut bien distinguer ici l’amour naturel de Dieu et l’amour surnaturel. Le premier est celui que nous aurions sur le chemin des limbes; ce serait un amour intellectuel. Notre esprit aimerait les perfections de cet Etre qui nous a créés, puis comme nous n’irions jamais vivre avec lui, cet amour de tête pourrait suffire. Cet amour nous permettrait d’aimer les créatures et le Créateur, comme le jeune homme riche de l’Evangile. Mais cet amour ne sauve pas. Après que le jeune homme riche eût dit qu’il avait observé les commandements de la loi naturelle (le premier n’avait pas été mentionné par Jésus), l’Evangile dit: «Il te manque encore une chose», pour être sauvé évidemment, c’est ce qu’il voulait savoir. D’ailleurs Jésus dit carrément: «Vous ne pouvez aimer le monde et Dieu; vous en aimerez l’un et vous haïrez l’autre». Donc l’amour du monde est incompatible avec l’amour de Dieu surnaturel ou pour être sauvé. C’est toujours de cet amour surnaturel dont nous parlons. Il s’acquiert par le sacrifice de l’amour des créatures.

Saint Paul dit carrément que pour acquérir l’amour de Jésus, il s’est privé des choses créées et qu’il les regarde comme du fumier en comparaison de l’amour de J.-C. Voilà la manière pour nous d’arriver à l’amour de Dieu: c’est de sacrifier notre amour pour les créatures. Remarquons que l’opposition n’est pas entre les créatures et le Créateur, mais entre notre amour pour les créatures et notre amour pour le Créateur. Nos prêtres philosophes n’y comprennent rien avec leur système païen de considérer les choses en elles-mêmes; ils ne voient pas d’opposition entre elles et Dieu et c’est vrai. Mais dès qu’on entre dans le monde de l’amour, comme il le faut, pour aller au ciel, l’amour des créatures est le pire ennemi de notre amour de Dieu.

La sainte humanité de Jésus avait en horreur l’amour des choses créées, puisque Jésus en a pris le moins possible: c’est donc qu’il ne leur a donné aucun amour naturel ou pour elles-mêmes. La parole des Apôtres sur le mépris du monde vient évidemment de Jésus. «N’aimez pas le monde ni ce qui est dans le monde; si quelqu’un aime le monde, la charité du Père n’est pas en lui». Les philosophes ont-ils jamais lu ce texte et bien d’autres semblables?

Ceux donc qui veulent imiter l’amour de Dieu de la sainte Humanité de Jésus doivent avoir une aversion entière pour tout ce que le monde aime et embrasse. Tous doivent se dépouiller de toute affection terrestre qu’ils pourraient avoir pour les créatures, afin de ne les aimer que pour Dieu et selon sa sainte volonté! C’est donc par le sacrifice de notre amour pour les créatures que nous acquérons l’amour surnaturel de Dieu que seul donne le ciel. L’amour naturel de ceux qui aiment le monde et Dieu comme le jeune homme riche ne donne pas le ciel, il leur manque encore une chose!… L’amour surnaturel de Dieu qu’on acquiert en vendant ses biens pour les donner aux pauvres. Donc pour cesser de les aimer. C’est tout ce que Jésus voulait obtenir de ce jeune homme.

Que de fois Jésus dit qu’il faut acheter le royaume de Dieu en vendant tout ce qu’on a pour l’acheter: dans la parabole de la perle précieuse, du trésor caché dans un champ, du festin des noces. Lui-même n’a pas où reposer sa tête! Il a donc tout fait pour montrer qu’il ne faut pas donner un brin d’amour à aucune créature pour elle-même. On peut les aimer en Dieu et pour Dieu, mais jamais pour elles-mêmes. Voilà comment aimer Dieu comme Jésus l’a aimé!

PRIER devrait être la vie du chrétien comme ça a été la vie de Jésus. Puisqu’il nous dit qu’il faut toujours prier, il est évident qu’il l’a fait toute sa vie. Même au ciel, Saint Paul dit que Jésus se tient à la droite de son Père, qu’il intercède pour nous. Que de fois les évangélistes nous disent que Jésus se retira à l’écart pour prier, il passe des parties de nuit et même toute la nuit en prière. Il le recommande si souvent et comme nos chrétiens le font peu!… relativement!

Cela s’explique par le manque de compréhension du plan divin. Ils gardent encore les idées de l’ordre naturel même à leur insu. Dans cet ordre, nous n’aurions pas eu besoin de tant prier. Par exemple, dans une famille, est-ce que les enfants passent leur temps à demander à leur parents de leur donner à manger, de les chauffer, de les vêtir, etc. Les parents sont tenus de le faire. Ainsi, sur le chemin des limbes, Dieu serait tenu de nous donner une foule de choses nécessaires à notre vie naturelle. Mais, si les enfants veulent des choses extraordinaires, alors il sont obligés de les demander avec instance même.

Eh bien! Le ciel et tous les moyens qui y conduisent dépassent absolument notre ordre naturel; ils ne nous sont pas dus, mais ce sont des biens absolument gratuits que Dieu donne à qui il veut. Imaginons des enfants qui demandent à leurs parents des dons extraordinaires, comme des diamants, des montres d’or d’un prix très élevé, des Cadillacs pour automobiles et des voyages très dispendieux. Comme ils devraient les demander longtemps et insister pour les avoir avant que les parents les leur donnent.

Voilà l’attitude qu’il faut prendre dans la prière: nous demandons des choses qui dépassent nos forces, nos mérites… et que Dieu n’est pas tenu de nous donner. Voilà pourquoi il nous faut tant prier pour avoir les biens célestes et les moyens qui y conduisent. Ceux donc qui ne prient pas ou trop peu ne les auront pas. Qu’ils se croient bons tant qu’ils voudront, Dieu exige qu’ils prient pour aller au ciel, autrement ils n’iront pas là! Car ceux qui ne prient pas beaucoup montrent qu’ils n’aiment pas ou bien peu les biens célestes. Or, Dieu ne les donne pas à ceux qui ne les aiment pas.

Que chacun se mette bien dans la tête que Dieu a rendu le salut absolument impossible à tout homme sur la terre. Il nous appelle à son bonheur qui dépasse toutes les forces naturelles des hommes. On dit que ce bonheur est surnaturel pour signifier qu’il n’est pas de notre monde, mais seulement de celui de Dieu. Donc pas un homme au monde n’est capable d’y arriver par lui-même! Allons-nous prendre cinquante ans pour le savoir? Pour agir en conséquence? Nous sommes donc comme des enfants qui voudraient un fruit sur une corniche qu’ils ne peuvent pas atteindre par eux-mêmes. Il ne leur reste qu’à demander à d’autres de le leur donner. Voilà notre cas pour le ciel et pour tout ce qui y conduit. Dieu devait faire cela pour avoir sa gloire. Nous sommes bien obligés d’avouer que lui seul nous donne le ciel si jamais nous y arrivons. Ce sera sa gloire! Personne au ciel ne pourra se vanter d’être arrivé là par sa propre industrie et par son bon sens. Il devra tout attribuer à Dieu seul. Eh bien! Est-ce assez pour nous montrer la nécessité de prier pour avoir le salut et tout ce qui y conduit.

Voilà ce que Jésus a fait toute sa vie. Il nous donne l’exemple. Si lui qui était Dieu a tant prié, combien nous qui sommes pécheurs méchants païens, amourachés des créatures, aveugles comme des ânes pour les choses du ciel! Combien plus devons-nous prier pour arriver avec Jésus au ciel!

Est-ce que Dieu n’a pas rendu impossible à l’homme la multiplication des grains? Il l’oblige à le jeter en terre où il va pourrir et mourir. Alors la récolte ne vient sûrement pas du cultivateur qui n’a fait que détruire son grain et là s’arrête son action. Donc la récolte qui surgit de ce grain mort vient donc uniquement de Dieu. Lui seul en a la gloire. C’est exactement ce que Dieu veut pour notre salut. Il a tout disposé pour que lui seul en ait la gloire. Nous ne pouvons rien par nous-mêmes; voilà pourquoi il nous faut le demander constamment et amoureusement à Dieu dans la prière. Même si on est en état de grâce habituellement, il faut prier comme n’importe quel pécheur pour être sauvé. C’est l’enseignement de l’Eglise que la persévérance finale est un pur don de Dieu que personne ne peut mériter! Il faut donc prier constamment pour l’avoir!

SOUFFRIR est devenu le rôle de l’Humanité de Jésus le jour où Adam a péché. Toutes les splendeurs du beau plan divin que nous avons souvent méditées étaient à tout jamais perdues aux hommes. Jésus incarné seul pouvait satisfaire la justice divine en souffrant comme homme et en méritant comme Dieu. Comme son humanité a compris la nécessité de la souffrance pour racheter les hommes, il est bien certain qu’elle s’est offerte à Dieu en victime pour le salut du monde, selon la volonté du Père éternel. Jésus le dit: «Est-ce que je ne dois pas boire le calice que mon Père m’a préparé?».

Toute sa vie, Jésus a eu devant sa vue son sacrifice sur la croix pour le rachat de l’humanité. Cette pensée plane sur toute sa vie: il est sérieux, on l’a vu pleurer, mais jamais rire. Il voyait l’offense faite à son Père encore sans satisfaction et il en éprouvait une peine infinie. Comment se réjouir devant la colère de son Père contre les hommes dont il était maintenant?

Dieu exige du sang pour l’expiation des péchés. Toute l’ancienne loi nous prépare au sacrifice sanglant de J.-C. sur la croix. Ses sacrifices exigent du sang, des animaux, mais symbolique du sang de l’agneau qui s’offre comme victime pour les péchés des hommes. Le sang signifie la vie; il est comme la vie visible et tangible. Dieu exige que l’homme donne sa vie pour payer sa dette envers la justice divine.

N’oublions pas que le sacrifice de Jésus ne nous dispense pas de souffrir pour nos propres péchés, comme les protestants le pensent. Sans lui, nos sacrifices n’auraient eu aucune valeur devant Dieu, n’étant que finis. Seul celui de Jésus avait un mérite infini. Dieu a accepté ce sacrifice, mais chacun doit quand même payer sa propre dette envers la justice divine. Le sacrifice de Jésus donne de la valeur aux nôtres. Il les rend acceptables par Dieu en union avec celui de Jésus.

Voilà pourquoi Saint Paul dit que nous devons souffrir ce qui manque à la passion du Christ, non pas en valeur méritoire, mais en extension. Comme nous sommes ses membres mystiques, nous devons passer par où passe la tête. Nous régnerons avec lui pourvu que nous souffrions avec lui. Est-ce que Jésus lui-même ne nous dit pas de porter notre croix pour le suivre?

Jésus expie nos deux amours naturels: comme il méprise les plaisirs de la terre! Quelle pauvreté épouvantable! Quelles humiliations et quels outrages contre sa personne pour expier notre amour-propre! Il est bafoué et couvert de plaies des pieds à la tête. Il nous avertit clairement qu’il faut boire son calice pour être avec lui au ciel.

Saint Pierre dit que c’est notre vocation de souffrir! Ce n’est donc pas une exception dans la vie! Saint Paul dit que Dieu châtie constamment ceux qu’il aime! Est-ce bien différent que de porter sa croix tous les jours?

Eh bien! Voilà ce que nous devons imiter en Jésus! Toutes ces fonctions et bien d’autres nous sont assignées par Dieu si nous voulons aller au ciel avec Jésus. Comme cette idée mettrait du sérieux dans la vie des chrétiens s’ils le croyaient! Comme cela mettrait du plomb dans la tête de nos jeunes écervelés qui ne parlent que de jouissances et de fêtes! Et que nos prêtres philosophes encouragent donc cette voie païenne! Que Dieu ait pitié de nous tous et qu’il éclaire surtout ses prêtres pour qu’ils donnent les choses de la foi aux fidèles!

Père Onésime Lacouture - 3-16 - Le rôle du Verbe dans Jésus comme Dieu, comme homme



QUINZIÈME INSTRUCTION
RÔLE DU VERBE DANS JÉSUS-CHRIST.

«Ne croyez-vous pas que je suis dans mon Père et mon Père en moi. Philippe, celui qui me voit, voit aussi mon Père». Jo. 14.

Après avoir jeté un regard sur la Trinité, il s’agit maintenant de la rapprocher de nous pour ainsi dire en la considérant comme agissant par le Verbe dans J.-C., qui est homme comme nous. En lui, elle a trouvé sûrement un sujet parfait à son activité trinitaire. Si nous pouvons trouver sa manière d’agir en lui, elle pourra nous servir pour mieux l’imiter en nous. C’est aussi en tant qu’homme que Jésus se dit la voie pour aller à son Père. Avec les Ecritures, on peut découvrir une bonne partie de l’activité de la Trinité dans J.-C. C’est ce que nous voulons faire dans cette instruction avec la grâce de Dieu.

Saint Paul dit que toute la divinité habite corporellement en J.-C. Voilà donc un homme comme nous qui vit toute la Trinité dans un corps mortel comme le nôtre et dans une âme créée et limitée comme la nôtre. Nous devrions pouvoir l’imiter de loin au moins. En tout cas, c’est la volonté de Dieu bien expresse que nous soyons une seule chose avec Jésus comme il l’est avec son Père. Donc nous aussi nous devons vivre la Trinité dans notre corps mortel. Jésus est notre modèle et notre exemplaire.

C’est en étudiant les actes et les paroles de l’Homme-Dieu que nous découvrirons l’activité trinitaire en lui et que nous apprendrons à nous l’assimiler avec la grâce de Dieu. C’est un travail extrêmement difficile à cause de notre peu de foi et notre habitude naturelle de ne saisir que ce qui vient des sens. Dans cette étude, tout nous vient uniquement de la foi et nous ne pouvons-nous servir que de nos deux facultés spirituelles: l’intelligence et la volonté.

Par exemple, j’entends Jésus dire qu’il ne fait jamais sa volonté, mais toujours celle de son Père céleste. Voilà un point important de la vie de Jésus; je dois le prendre pour moi tout de suite et moi aussi, à l’avenir, je ne dois plus jamais faire ma volonté, mais uniquement celle de Dieu qui m’est manifestée de différentes manières que nous connaissons bien. Il faut faire entrer ce point dans ma vie; en tout, je dois me demander ce que veut la volonté divine et c’est ce que je dois vouloir, moi aussi. malgré tous les cris de la nature pour le contraire! Rien d’autre chose ne doit influencer ma volonté que celle de Dieu.dans Jésus-Christ en tant que Dieu.

DANS JÉSUS-CHRIST, EN TANT QUE DIEU

CONNAÎTRE LE PÈRE.

Commençons par essayer de comprendre le rôle du Verbe dans Jésus en tant que Dieu. Il est évident qu’il continue en Jésus son rôle divin comme au sein de la Trinité. Quelle est sa fonction essentielle en la Trinité? Elle sera la même en J.-C. Dans la Trinité, son rôle est de faire… connaître son Père qui est infiniment intelligent. L’acte éternel par lequel le Père se connaît est ce qu’on appelle son Verbe. Il est ce par quoi il exprime la connaissance infinie qu’il a de lui-même. Un peu comme lorsque j’ai conscience de mon idée que forme mon esprit. Cette intelligence infinie voit d’un seul coup absolument tout ce que contient l’essence divine. C’est donc par cet acte que l’essence divine se révèle à l’intelligence divine. C’est donc comme si Dieu étalait les trésors infinis de la divinité pour en faire l’inventaire et les connaître. Evidemment il ne peut pas faire cela par un autre être que lui-même. C’est donc lui-même qui se connaît parfaitement. C’est cet acte par lequel il se connaît que nous appelons: le verbe de Dieu, comme s’il extériorisait son essence. A cause de la ressemblance avec l’homme, quand il manifeste son idée par une parole ou un verbe, on dit que cet acte est le Verbe divin.

Donc la fonction éternelle du Verbe est de manifester ou de glorifier son Père. Il passe son éternité à contempler, à admirer les trésors infinis de Dieu. C’est pourquoi il dit: personne ne connaît le Père si ce n’est le Fils et ceux à qui le Fils l’a révélé. Le Verbe prend donc toute sa science dans le Père, toute son essence vient du Père: il est le resplendissement de la substance divine ou le miroir dans lequel on peut voir l’essence divine.

Nous voyons la nécessité d’étudier J.-C. pour découvrir la science divine qui se trouve renfermée dans le Verbe incarné. C’est là que nous découvrirons les ressorts intérieurs qui le faisaient agir et parler de telle ou telle manière, ou les motifs qui dirigeaient ses actions. Comme il dit à Philippe: celui qui le voit agir, voit le Père agir en lui et par lui.

Il est important de nous mettre bien avant dans l’esprit cette fonction essentielle du Verbe, afin de la chercher en J.-C. pour arriver aux trésors infinis de la sagesse divine. Autrement on ramène toujours à soi et aux idées du monde même bon, mais monde tout de même. Par exemple, dans le fait cité plus haut, quand Jésus dit: «Je ne fais jamais ma volonté, mais toujours celle de mon Père», on lui laisse cette belle parole pour lui-même, on l’admire peut-être, mais on ne va pas plus loin. Il faudrait tout de suite se dire: si Jésus si parfait en tout et si puissant obéit toujours à son Père, avec combien plus de raison, moi, si imparfait, si vil, je dois toujours faire la volonté de Dieu! Il m’enseigne d’un façon pratique à faire ce que le Père veut de moi. Si je voyais au moins par la foi ce que Jésus voit du Père infini en tout, je n’aurais aucune difficulté de toujours lui obéir. Quand même je ne vois pas la majesté divine comme le Verbe, je puis toujours accorder mon obéissance avec celle de Jésus. Car je sais que lui, voit le fond de l’essence divine, comme il le montre bien par son entière soumission à son Père. Ce qui nous empêche d’obéir, c’est notre ignorance des perfections divines et notre connaissance bornée de nos petits talents limités, qu’on oppose à celle des perfections divines.

Disparaissons devant l’infinie majesté de Dieu et soumettons nous complètement à Dieu en tout et partout!

Plus l’homme s’efface et plus Dieu prend sa place. En substituant les idées de J.-C. aux nôtres, nous nous trouvons à pénétrer un peu dans la connaissance du Père par Jésus. Car nous sommes bien sûrs que le Verbe continue une fois incarné à faire ce qu’il fait éternellement selon son essence: faire connaître le Père.

Comme nous savons ce rôle à priori, nous devons étudier J.-C. en vue de découvrir en lui et par lui cette connaissance du Père que le Verbe incarné veut certainement nous communiquer par ses exemples et par ses paroles. Par exemple, quand il dit à la Samaritaine: «Le Père cherche des adorateurs en esprit et en vérité», il nous montre quelque chose du Père, de sa nature. C’est un esprit et veut être adoré en esprit, et donc avec nos deux facultés spirituelles: l’intelligence et la volonté dans la foi seule ou selon la foi pure.

Ne cherchons donc pas des sentiments sensibles ou des goûts sensibles dans nos rapports avec le Père, mais tout uniquement selon la foi pure. Que notre esprit aille en Dieu par la foi pour recevoir de Dieu les connaissances spirituelles qu’il veut bien nous donner par J.-C. dans les Ecritures. Par exemple, quand je suis en état de grâce, je sais que la Trinité habite en mon âme. C’est à moi à adorer le Père aussi parfaitement que si je le voyais dans le ciel. Je sais qu’il est en moi et je l’adore de tout mon esprit et de ma volonté en me prosternant devant sa divine majesté pour lui indiquer mon néant et ma révérence suprême en face de son infinie majesté.

Jésus nous dit ouvertement que l’œuvre que le Père lui a confiée est de le faire connaître, le glorifier devant les hommes. Or le Verbe ne commence rien en s’incarnant, dans ses rapports avec la Trinité et en particulier avec son Père. Son rôle est donc bien de faire connaître le Père même dans son Incarnation. Par Philippe, il nous dit donc que celui qui connaît J.-C., connaît aussi le Père, puisque le Père est en lui et qu’ils sont une seule chose.

Quelle conclusion tirer? Tout le divin que nous pouvons découvrir en J.-C. et par lui est une connaissance plus intime de l’activité de la Trinité et nous manifeste un attribut ou une perfection divine, comme sa miséricorde, sa justice et sa bonté. On voit l’importance d’étudier constamment J.-C. pour mieux découvrir les trois foyers de divin: la vie, la sagesse et l’amour des trois Personnes divines. C’est donc bien vrai que connaître J.-C., c’est la vie éternelle!

AIMER LE PÈRE est une conséquence logique de le connaître. Comment connaître les perfections divines de Dieu sans l’aimer? Nous sommes faits pour le bien et le beau. L’humanité de Jésus était aussi faite pour le bien et le beau. Alors son amour pour le divin que le Verbe lui montrait était en proportion de la perfection de sa vision du divin. Nous savons que Jésus aimait son Père parce qu’il lui a obéi en tout et jusqu’à mourir pour son amour. «Il faisait toujours ce qui plaisait à son Père», nous dit-il. «Afin que le monde sache que j’aime mon Père», dit-il à ses disciples au Cénacle, sortons d’ici pour aller à la mort!

Or cet amour que Jésus nous montre pour son Père n’est qu’un faible échantillon de l’amour infini que le Verbe porte à son Père; on sait que cet amour constitue le Saint-Esprit, égal au Père et au Fils en tout et Dieu comme eux.

Comme il s’agit d’amour de Dieu, il faut nous rappeler que c’est par l’amour que nous pénétrons l’amour de Dieu. Ce n’est pas seulement par la tête ou l’esprit seul, mais surtout par le cœur. Dans les choses divines, c’est par l’amour qu’on les pénètre, parce que Dieu est amour et que pour demeurer en Dieu, il faut demeurer dans l’amour. Ce ne sont donc pas de savantes considérations qu’il faut pour découvrir l’amour de Dieu en Jésus, mais de l’amour sincère et purement surnaturel.

Le signe de l’amour est l’union des volontés. Or on ne peut jamais trouver une plus grande union des volontés qu’en J.-C. et son Père. «Il vient en ce monde pour faire la volonté de son Père, c’est sa nourriture, dit- il, c’est sa vie, son bonheur, son essence!». Il va jusqu’à mourir crucifié pour faire la volonté de son Père. Or, en Jésus, c’est le Verbe qui dicte toute la conduite: pensées, paroles et actions viennent toutes du Père et donc par le Verbe en lui.

Voici un point important de la vie spirituelle trop ignoré des prêtres et des fidèles. Il y a deux parties dans le chrétien: la partie physique, qui demeure la même chez le païen et chez le saint, par exemple, manger, travailler, se reposer, le corps avec tous ses besoins, l’âme avec ses facultés. Mais il y a l’autre partie, où s’exerce la liberté et les intentions avec les motifs. C’est dans cette partie que la vie surnaturelle tranche complètement avec la vie naturelle. Mais parce que dans l’autre partie substantielle, il n’y a pas de différence ou très peu, les chrétiens sont portés à ne pas faire beaucoup plus de distinction dans la partie surnaturelle et la partie libre naturelle. Les démons ont tout fait pour embrouiller les concepts des fidèles sur ce point à leur grand détriment.

C’est uniquement dans cette orientation de notre activité libre que nous pouvons et devons reproduire les trois activités des trois Personnes divines: la vie, la sagesse et l’amour qui sont méritoires pour le ciel, parce que là seul se trouve notre liberté et donc notre mérite réel. La grâce sanctifiante n’est pas le mérite mais une condition nécessaire au mérite. Nous n’avons aucun mérite à la recevoir, puisque personne ne peut la mériter; elle est un pur don de Dieu. Est-ce qu’un enfant a du mérite à recevoir la vie? Nous n’en avons pas plus à être engendrés par Dieu dans l’ordre surnaturel par la réception de la grâce sanctifiante.

Tout chrétien devrait comprendre l’énorme distance entre un motif naturel et un surnaturel. Ce motif range mon acte dans l’ordre divin ou humain selon sa qualité. Par conséquent, n’est-ce pas là que nous pouvons imiter et reproduire l’activité trinitaire?

Pour aimer le Père comme Jésus l’aime, il faut l’aimer uniquement pour des motifs surnaturels comme Jésus. Notre amour de Dieu pour des raisons ou des motifs naturels ne vaut absolument rien pour le ciel. Par conséquent, il faut nous mettre dans l’esprit la grande importance des différents motifs. Or nos philosophes ne s’en font pas sur cette question! Pour eux des motifs surnaturels sont simplement meilleurs que les autres, qui leur suffisent à eux parce qu’ils n’ambitionnent pas une perfection bien haute: ils semblent satisfaits de l’absence de péché. Mais ils sont à cent lieues de J.-C. à tous les points de vue. Ils confondent les deux parties du chrétien dans sa mentalité libre comme dans sa substance physique. C’est pourquoi ils donnent à Dieu juste le strict nécessaire selon eux et le reste, ils le gardent dans l’ordre naturel même dans les intentions.

Donc, pour aimer le Père comme le Verbe l’aime en J.-C., nous devons donc le faire uniquement pour lui-même ou pour ses propres perfections divines et donc, uniquement pour des motifs surnaturels absolument. Qu’il n’y ait rien de naturel dans cet amour, comme pour nos avantages temporels. Nous devons aimer Dieu tout de suite comme nous le ferons dans le ciel: uniquement pour lui-même. Nous pouvons vouloir l’aimer pour les avantages éternels de notre âme, très bien quoique les autres motifs soient plus parfaits. Jésus lui-même nous donne ces motifs de notre utilité spirituelle dans les béatitudes.

Soyons donc tous parfaitement tranchés dans nos motifs, même quand il nous faut faire un acte animal, comme de manger, ou de païen, comme d’étudier, quand même ces actes doivent se faire dans les deux ordres, c’est-à-dire, qu’on soit païen ou saint, qu’on n’aille jamais les faire selon l’ordre naturel, mais toujours et uniquement selon l’ordre surnaturel… dans les motifs. Par conséquent, autant que possible, pensons-y! Ainsi quand on fait un acte d’amour de Dieu, soyons sûrs que nous le faisons par un pur motif surnaturel… Il n’y a pas un seul motif naturel dans la Trinité. Or c’est son activité libre que nous voulons reproduire en la nôtre. Donc que ce soit réglé une fois pour toutes, en autant que nous le pouvons, avec la grâce de Dieu, quand nous agissons avec un bon motif naturel nous ne reproduisons pas l’activité de la Trinité… mais du païen! Même quand nous sommes en état de grâce. C’est là que nous montrons notre amour pour Dieu… Ce n’est pas dans l’acte lui-même, mais dans le motif! Donc nos motifs doivent être tous surnaturels pour faire plaisir à Dieu! Voilà comment Jésus agissait sous l’influence du Verbe et voilà comment nous devons tous agir pour être unis à Jésus et par lui à son Père.

GLORIFIER LE PÈRE OU LE MANIFESTER AU MONDE.

En proportion qu’on le connaît et qu’on l’aime, il est évident qu’on voudra procurer le même bonheur aux autres. L’amour est un feu qui se répand vite; on veut embraser les autres du même feu dont on brûle. Faire connaître le Père pour lui attirer des louanges et de l’amour est le but de la vie de Jésus, parce que le but de la vie du Verbe est en lui. Dans notre Père, il nous fait demander que son Nom soit sanctifié, en bénédiction, c’est donc ce que Jésus faisait lui-même, selon l’essence du Verbe qui le continue en partie, il veut glorifier son Père.

Saint Paul dit que Dieu a créé ce monde pour faire connaître l’autre du ciel. Eh bien! Comme Jésus s’est souvent servi de cette idée pour faire connaître et pour glorifier son Père. Absolument tout dans la nature lui sert pour faire connaître quelque perfection du Père. Les qualités de l’eau naturelle font connaître les qualités de la grâce ou de la vie divine; elle purifie les péchés, étanche la soif des biens terrestres et donne la soif des biens célestes. Une drachme, une brebis, un enfant, montrent l’estime que Dieu a de nous. Les ailes d’une poule lui servent à illustrer la Providence de Dieu. Les trésors terrestres lui font penser aux trésors célestes, etc… Que de fois il dit: «Le royaume de Dieu est semblable à telle et telle chose: festin de noces, perle précieuse, banquet, etc.». Accoutumons-nous donc à imiter Jésus dans cette façon d’agir: voir le divin à travers tout l’humain et le terrestre!

Le meilleur moyen de commencer à glorifier Dieu est d’imiter Jésus en remontant des créatures au Créateur, ou des échantillons aux perfections divines en elles-mêmes. Prenons vite l’habitude de nous mettre en face de la Trinité par la foi et de la glorifier de toutes nos forces, comme si déjà nous étions dans le ciel. Louons-la pour l’amour elle-même; elle le mérite bien assez! Nous sommes tellement égoïstes, nous pensons tellement à nos propres intérêts sur la terre que nous le restons même en face de Dieu. Nous ne nous occupons que de ce qui paye directement; c’est encore nous préférer à Dieu! Nous n’irons pas loin sur le chemin du ciel avec cette mentalité égoïste!

Que font les élus et les anges au ciel? Est-ce qu’ils passent leur temps à quémander des faveurs à Dieu? Non, ils passent leur éternité à louer, à adorer Dieu. Comme Saint Jean raconte dans ses visions de l’Apocalypse: c’est un immense concert de louanges et de remerciements qui s’élève de tous les élus à la gloire de Dieu. Commençons donc tout de suite sur la terre dans la foi et par la grâce de Dieu. Exerçons nous à notre fonction éternelle du ciel! C’est le conseil que Saint Paul donne aux chrétiens: chantez des hymnes et des cantiques de louange dans vos cœurs et des actions de grâces.

N’oublions pas que dans l’ordre surnaturel, Dieu n’accepte que ce qui vient du cœur: il est l’amour et il veut de l’amour et n’accepte que ce qui vient de l’amour. Par conséquent qu’on se défie de ce qu’ils croient méritoire devant Dieu. Pas du tout. Ceux qui aiment cette admiration toute de tête que tant de nos philosophes ont et le monde tant soit peu et qui ont des attaches ne sont pas capables de glorifier Dieu dans l’ordre surnaturel ou par un amour surnaturel, dans la même proportion qu’ils ont de l’amour pour les créatures.

Nous pouvons glorifier Dieu non seulement par nos paroles, mais aussi et surtout par nos actions quand elles sont faites pour l’amour de Dieu et donc pour des motifs surnaturels. Jésus dit: «Vous êtes la lumière du monde… Que votre lumière brille devant les hommes, afin qu’ils voient vos œuvres et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux». Jésus disait aux Juifs que ses œuvres rendaient témoignage de lui, prouvaient que son Père était avec lui. On sait combien les premiers chrétiens édifiaient les païens par leur bonne conduite et leur charité fraternelle. On peut donc montrer Dieu aux autres par sa bonne conduite et c’est là le glorifier devant les hommes. Ces gens iront un jour le glorifier au ciel devant les anges et les élus. Remarquons que les gens sont édifiés qu’en autant qu’ils découvrent le divin dans nos intentions. C’est là qu’est notre liberté et donc c’est là aussi qu’est notre mérite et donc la gloire de Dieu.

On voit dans ce souci de Jésus de faire ressortir le divin dans ses paroles, dans ses actions et dans toute sa vie, le souci du Verbe en lui de continuer sa fonction essentielle, qui est de faire connaître Dieu le Père pour lui attirer des louanges et des actions de grâces, ce qui constitue la gloire de Dieu.

Eh bien! Du moment qu’on saisit ainsi la fonction essentielle du Verbe, nous devons la prendre pour nous-mêmes, absolument, afin de faire une seule chose avec Jésus. Autrement nous ne sommes pas du tout avec lui, puisqu’il ne s’occupe que de la gloire de son Père. C’est dans la mesure que nous exerçons cette fonction du Verbe que nous avons des chances d’aller au ciel avec Jésus qui accomplit lui-même en tant qu’homme cette fonction de glorifier Dieu.

RÔLE DU VERBE DANS L’HUMANITÉ DE JÉSUS
LA DIVINISER.

D’abord le Verbe l’empêche d’être une personne. Au moment où il la crée, il l’assume immédiatement de sorte qu’elle n’a jamais été indépendante, ce qui est nécessaire pour être une personne. Il a donc pris la nature humaine toute seule sans la personne humaine. Car la personne est maîtresse de ses opérations et c’est à elle qu’on attribue le mérite de ses actions. Mais J.-C. ne voulait pas deux maîtres en son composé du Verbe et de l’humanité. Il a donc uni son humanité dans la Personne du Verbe de sorte qu’il n’y a qu’une personne en J.-C., celle du Verbe et deux natures nature divine et nature humaine.

Cette union de la nature humaine dans la personne du Verbe fait que toutes ses actions ont un mérite infini, puisqu’elles appartiennent à une Personne divine et que J.-C. en tant qu’homme est le Fils de Dieu par nature, tandis que nous ne le sommes que par adoption.

On a là une idée de ce que Dieu veut faire avec nous quand il vient s’unir à nous. Il ne veut pas plus deux maîtres dans ce composé. Or par nature, nous sommes déjà des personnes quand il s’unit à nous. Eh bien! Pour le satisfaire et imiter son Incarnation, chacun doit renoncer moralement à sa personnalité. Il doit agir avec Dieu comme s’il n’était pas une personne, comme son esclave. Il doit prendre toutes ses directives et tous ses jugements en Dieu seul. On comprend maintenant cette parole de Jésus: «Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il se renonce lui-même!». Cela veut dire: mourir à soi, comme Saint Paul l’explique plusieurs fois. «Vous êtes morts et votre vie est cachée en Dieu par J.C.». «Ignorez-vous que nous tous qui avons été baptisés en J.-C., nous avons été baptisés en sa mort? Car nous avons été ensevelis avec lui par le baptême pour mourir au péché, afin que comme J.-C. est ressuscité d’entre les morts pour la gloire de son Père, nous aussi nous marchions dans une vie nouvelle!». «Si donc nous sommes morts avec J.-C., nous croyons que nous vivrons aussi avec J.-C.». 2 Rom. 6.

Donc nous devons mourir à notre personnalité naturelle pour ne plus vivre qu’en J.-C., qui sera notre unique Maître de toute notre nouvelle activité surnaturelle. Le païen ne doit plus exister en nous! Mais uniquement le nouvel homme créé dans le Christ et donc l’homme surnaturel. Or, pour vivre cela, il faut surnaturaliser absolument tous nos motifs ou la partie libre de notre activité mentale où se trouve notre mérite.

Dans J.-C., le Verbe n’a pas voulu du tout de cette activité naturelle libre de son humanité. Pourtant, elle aurait été bonne en soi. Mais il la voulait absolument surnaturelle. C’est donc la même chose qu’il veut de nous. La différence est que nous l’avons par naissance, mais raison de plus de nous en défaire librement et avec mérite. Peu importe qu’elle soit bonne en soi, Jésus n’en veut pas!

Quel malheur que nos philosophes ignorants des voies de Dieu protègent et enseignent cette activité intentionnelle libre et naturelle parce que bonne en soi! Peu importe, elle n’est pas du tout surnaturelle! Donc bonne à rien dans un chrétien qui vit la vie de Jésus. Tous nos motifs doivent être surnaturels comme ceux de Jésus.

Quel dommage que les prêtres n’aient pas mieux saisi cette grande vérité pour la prêcher aux fidèles après l’avoir pratiqués eux-mêmes! Les fidèles n’en entendent pas parler. Qui sait ce que veut dire: se renoncer soi-même? Surtout où sont ceux qui essaient même de le pratiquer? Même parmi les prêtres et dans les communautés. Chacun est tout à ses propres intérêts; chacun parle de lui-même et de ce qui le concerne. Comme ils sont tous chatouilleux sur leur honneur! Comme ils sont tous susceptibles aux reproches et comme ils critiquent contre tout ce qui les contrarie tant soit peu. C’est donc qu’ils ne sont pas morts à eux-mêmes, mais que leur païen est bien vivant! La faute est aux prêtres qui ignorent ce renoncement à la personnalité morale, puisqu’ils n’en parlent jamais ou trop peu. Pourtant c’est notre personnalité morale païenne qui est la cause de tous nos maux et le grand obstacle à tout progrès dans la sainteté.

Puisque le Verbe n’a pas voulu de la personne humaine dans son incarnation, il n’en veut pas plus en nous quand il vient pour s’incarner comme dans les membres mystiques de J.-C. Voilà une Personne de la Trinité qui nous montre bien ce qu’elle pense de notre moi païen. Si nous voulons que la Trinité vienne en nous faire son séjour, prenons cette idée tout de suite: c’est une des plus importantes pour notre union avec elle.

L’erreur de nos philosophes est de se contenter de notre divinisation par la seule grâce sanctifiante, dans notre substance. Ils aiment à dire que c’est avec cette grâce que la Trinité vient habiter en nous: c’est vrai, mais pour agir, il faut le faire dans la mentalité et là, notre moi païen est le pire obstacle. Il paralyse absolument toute l’activité de la Trinité dans notre partie libre ou des intentions et des motifs. Après que le Père nous a donné sa Vie divine, il veut produire en nous son Fils et cela se fait dans notre intelligence, à condition qu’elle renonce à sa petite sagesse humaine pour ne suivre que la sagesse divine du Fils. De même le Saint-Esprit doit être produit par les deux autres Personnes dans notre volonté ou dans notre cœur. Se contenter donc de la grâce sanctifiante, c’est aussi insensé et ignorant que de se contenter d’une seule Personne de la Trinité et négliger les deux autres.

L’Humanité de Jésus n’était pas une personne, mais elle avait son intelligence et sa volonté. Le Verbe va les diviniser toutes les deux parfaitement. Comment?

D’abord prenons l’intelligence de Jésus en tant qu’homme. Par nature, c’est la plus parfaite que Dieu pouvait créer de sa puissance absolue et donc qui arrive sur les confins de la divinité de l’infini sans y entrer. Eh bien! A cette intelligence humaine, le Verbe communique sa sagesse infinie et donc divine qui se substitue à la sagesse humaine qu’elle aurait par nature de telle sorte que ses lumières naturelles sont totalement éclipsées par les lumières divines qu’elle reçoit du Verbe. Elle peut dire comme Saint Paul: «Ce n’est plus moi qui comprend, mais c’est le Verbe qui comprend en moi. Elle reçoit tous ses jugements du Verbe en tout, de sorte qu’elle est divinisée aussi parfaitement qu’une créature peut l’être par la puissance infinie de Dieu, sans devenir infinie elle-même, puisque créée.

Il en est ainsi de la volonté ou de l’amour. Avec la vie divine et et la sagesse divine, sa volonté se porte de tout son poids vers l’amour divin et en reçoit jusqu’à la limite du fini.

LA SOUTENIR.

On sait qu’avec le péché et l’humanité à racheter, la sainte Humanité de Jésus devait souffrir affreusement une douloureuse passion et une mort cruelle sur la croix. Comment aurait-elle pu endurer pareil martyre sans la force du ciel? C’est le Verbe qui la soutint dans sa persécution et dans sa passion. Ça n’a pas été sans une lutte terrible pour cette pauvre nature humaine, comme Jésus l’a montré dans son agonie à Gethsémani. Il est bon de constater que c’est du divin seul que la nature humaine a puisé sa force et physique et morale pour accepter son crucifiement. Ce qu’il dit de nous était vrai pour sa nature humaine: «Sans moi vous ne pouvez rien!».

Elle a souffert comme n’importe lequel de nous aurait souffert à sa place, mais elle était soutenue par le divin du Verbe. N’allons jamais dire comme certains ont osé le dire que Jésus s’est mis en extase, de sorte qu’il ne sentait pas ses souffrances. C’est une folie exécrable de dire pareille sottise. Quel modèle pour nous tous qui devons réellement porter nos croix et souffrir réellement dans un Sauveur qui a évité la souffrance, qui aurait fait semblant de souffrir seulement! Saint Paul dit qu’il était pareil à nous en tout, excepté le péché. Donc ses douleurs étaient comme les nôtres et ses souffrances semblables aux nôtres. Par conséquent, n’allons jamais dire comme on l’entend parfois: «Ce n’était pas pénible pour lui de souffrir, puisqu’il était Dieu!». Ce n’était pas la divinité qui a souffert, mais l’humanité et seulement soutenue par la divinité.

Nous sommes dans le même cas: si nous souffrons pour l’amour de Dieu, sa grâce nous soutient pour nous faire endurer la souffrance, pas pour nous l’enlever, C’était la même chose pour le Verbe dans son humanité. Il n’a pas enlevé la douleur, mais il a donné la grâce d’endurer, ce qui est signifié par l’ange qui est venu le fortifier dans son agonie. Est-ce que Saint Paul ne dit pas: «Je puis tout en celui qui me fortifie!». Nous pouvons donc aussi endurer tous les tourments avec la grâce de Dieu pour nous soutenir exactement comme pour J.-C.

Comme nous aussi nous devrons porter notre croix et y être crucifié d’une manière ou d’une autre, nous devons demander à Dieu le secours de sa grâce pour endurer tout ce que sa bonté nous destine comme partage du calice de J.-C., afin de partager son bonheur au ciel. Nous tous, nous aurons notre agonie un jour. Car nous devrions savoir que Dieu va nous demander des épreuves terribles où nous devrons être prêts à mourir plutôt que d’offenser Dieu. Alors le pourrons-nous? Tout dépend des prières que nous faisons d’avance pour obtenir la victoire sur nous-mêmes, sur le monde et sur les démons. Ce sont des ennemis terribles et sans une assistance particulière de Dieu, nous ne pourrons pas les vaincre. Que de fois Jésus a averti ses disciples de prier parce que la tentation s’en venait… et ils ont dormi! Et ils sont tombés… Ils l’ont abandonné! Bien imprudent donc celui qui ne prie pas constamment pour résister aux démons qui rôdent autour de nous, cherchant qui dévorer! Rappelons-nous ce que Jésus disait: «Veillez et priez, afin de ne pas tomber dans la tentation». Eh bien! Puisque nous serons fortement tentés et que sans lui nous ne pouvons rien, la conclusion est claire: il faut demander du secours à Dieu par la prière fervente et persévérante. La grâce seule peut nous soutenir dans les épreuves: donc demandons-la!

LA DIRIGER.

En Jésus, il y avait trois sciences: la vision béatifique, la science infuse et la science acquise. C’est de cette dernière que l’Ecriture parle quand elle dit que Jésus croissait en science. Elle se perfectionnait constamment par l’expérience de la vie, comme celle de n’importe quel homme.

Ces trois sciences restaient distinctes, mais la plus parfaite aidait celle qui lui était inférieure. Les deux natures en Jésus ne se confondent pas; chacune garde son activité propre quoique sous la tutelle de la Personne du Verbe. Eh bien! Le Verbe dirigeait chacune de ces trois sciences selon le mode propre à chacune.

Est-ce que Dieu ne dirige pas ma raison dans son ordre en même temps qu’il me dirige par la foi dans l’ordre surnaturel? Les deux restent distinctes tout en s’aidant l’une l’autre dans sa sphère propre. Par exemple, la raison, par la vertu, disons, de prudence, aide à appliquer à notre vie les lumières que la foi nous apporte. Quand je crois en la présence réelle de Jésus dans l’Eucharistie, il faut me servir de mon bon sens humain pour préparer ma communion ou ma visite au saint Sacrement ou pour m’entretenir avec Jésus dans l’Hostie consacrée, et ainsi de suite dans toute la pratique de la religion.

Jésus montre bien qu’il est dirigé par Dieu quand il dit: «Je ne fais jamais ma volonté, mais toujours celle de mon Père». Et encore: «Mes actions, mes pensées et mes paroles ne sont pas de moi, mais de mon Père qui me les donne».

Eh bien! Voilà ce que tout chrétien qui veut faire une seule chose avec Jésus doit faire. Il doit aller dans le divin de la foi chercher toutes ses pensées, ses paroles et ses actes. Il n’est plus son Maître du tout; il n’est que l’esclave de Dieu en lui et il doit avoir toujours les yeux fixés sur son Maître pour recevoir ses directives d’en haut et accepter de faire tous les actes que Dieu lui demande.

Voilà ce que serait la conséquence de se renoncer, de rejeter son moi païen pour que le Verbe le conduise comme il dirigeait J.-C. Mais comme ils sont rares ceux qui sont morts à eux-mêmes pour ne plus vivre qu’en Jésus et pour Jésus! Chacun continue de diriger sa vie exactement comme s’il était sur le chemin des limbes. Quel malheur! Quelle perte de mérites! Et même peut-être de salut!

Commençons donc tout de suite notre vie du ciel! Qui va nous diriger là? Sûrement Dieu seul! Eh bien! Commençons tout de suite dans la foi et avec la grâce de Dieu ce que nous ferons dans la gloire du Dieu éternel du ciel! Rappelons-nous ce que Saint Paul dit aux Rom. 8-14: «Ceux-là sont les enfants de Dieu qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu». Donc ce n’est qu’en proportion qu’on prend en Dieu ses lumières pour se conduire sur la terre que nous agissons comme des enfants de Dieu. Ceux qui se conduisent par leur petite raison humaine ne sont donc pas sur le chemin du ciel. Que de philosophes sont dans ce cas! Et combien de leurs disciples! Ces gens ont constamment à la bouche des expressions de vrais païens: «Ça a du bon sens! Ça n’a pas de bon sens! Je le veux! Je ne le veux pas! etc.». Et ils agissent comme de vrais païens, comme s’ils étaient leurs vrais maîtres. Donc ils ne sont pas unis à J.-C.; ils vivent sans lui… ils mourront bien sans lui… et ils seront sans lui éternellement… s’ils ne suivent pas mieux la foi!

Que le Saint-Esprit les éclaire et que Marie intercède pour eux!