dimanche 28 avril 2019

Abbé Joseph Collins - R.I.P. (prière)


L'abbé Joseph Collins est décédé le 27 avril 2019 à 11h54.



O Seigneur Dieu, en qui et par qui ce qui meurt ici-bas retrouve la vie, par qui nos corps ne périssent point, mais sont transfigurés, nous vous supplions de pardonner à l’âme de votre serviteur tout ce qu’elle a pu faire de contraire à votre volonté sainte; et daignez, Seigneur, la faire porter par les mains de vos élus dans le sein des Patriarches, où il n’y a plus de soupirs, plus de tristesse, plus de douleurs, où les âmes sont éternellement dans la joie. Et au jour terrible du jugement, faites-la entrer avec tous vos Saints dans le partage de cette éternelle gloire que l’œil n’a point vue, que l’oreille n’a point entendue, que le cœur humain ne connait pas et que vous avez préparée, ô mon Dieu, à tous ceux qui vous aiment !



Requiem aeternam dona ei, Domine
Et lux perpetua luceat ei. 
Requiescat in pace 
Amen


dimanche 21 avril 2019

Cardinal Pie - Pâques - Jésus-Christ est roi




X Supplément - XV

Homélie sur le psaume II
pour le jour de Pâques 24 avril 1859

Ego autem constitutus sum rex ab eo super Sion
montem sanctum ejus, prædicans præceptum ejus.
Dominus dixit ad me : Fitius meus es tu, ego hodie genui te.
Postula a me, et dabo tibi gentes hæreditatem tuam,
et possessionem tuam terminos terræ.
Pour moi, j’ai été oint et constitué roi par lui sur Sion, sa montagne sainte, avec l’ordre d’y publier son décret. Le Seigneur m’a dit : Vous êtes mon fils, je vous ai engendré aujourd’hui. Demandez-moi, et je vous donnerai les nations pour votre héritage, et votre possession s’étendra jusqu’aux limites de la terre.
Ps. II-6, 7, 8

Mes très chers frères,

En vain les nations ont frémi, en vain les peuples ont formé de tragiques complots, en vain les rois de la terre et les princes se sont ligués contre le Seigneur et contre son Christ, le Christ n’en est point ému ; et voici le secret de sa force et de sa sécurité : « Quant à moi, dit-il, j’ai été oint et sacré par les mains mêmes de Dieu ; j’ai été constitué par lui, j’ai été institué Roi sur la montagne de Sion».

M. F., Jésus-Christ est roi : c’est un point incontestable de la doctrine chrétienne. Ce point, il est utile, il est nécessaire de le rappeler en ce siècle. On veut bien de Jésus-Christ rédempteur, de Jésus-Christ sauveur, de Jésus-Christ prêtre, c’est-à-dire sacrificateur et sanctificateur. Mais de Jésus-Christ roi, on s’en épouvante, on soupçonne quelque empiètement, quelque usurpation de puissance, quelque confusion d’attribution et de compétence [1].

Jésus est Roi, dit saint Hilaire : je ne sais pas qui pourrait lui contester ce titre après que le larron le lui a reconnu sur la croix : Et nescio Christum regem esse ambigere ut tritum, latrone hoc ipso in crucis passione confitente. Il n’est pas une page des prophètes, pas une des évangélistes et des apôtres qui n’impute à Jésus-Christ ses qualités et ses attributions de roi. Jésus est encore au berceau, et déjà les Mages cherchent le roi des Juifs : Ubi est qui natus est Rex Judæorum [2]. Jésus est à la veille de mourir ; Pilate lui demande : « Vous êtes donc Roi ? : Rex ergo es tu [3] ? » Vous l’avez dit, répond Jésus. Et cette réponse est faite avec un tel accent d’autorité que Pilate, nonobstant toutes les représentations des Juifs, consacre la royauté de Jésus par une écriture publique et une affiche solennelle. « Écrivez, ô Pilate, s’écrie notre grand Bossuet, écrivez les paroles que Dieu vous dicte, dont vous n’entendez pas le mystère. Vous dites bien : Quod scripsi, scripsi. Que vos ordres soient irrévocables parce qu’ils sont en exécution d’un arrêt immuable du Tout Puissant. Que la royauté de Jésus soit écrite en la langue hébraïque qui est la langue du peuple de Dieu, en la langue grecque qui est la langue des philosophes et des doctes, et en la langue romaine qui est la langue de l’empire et du monde, la langue des conquérants et des politiques. Approchez maintenant, ô Juifs, héritiers des promesses, et vous, ô Grecs, inventeurs des arts, et vous, Romains, maîtres de la terre ; venez lire cet admirable écriteau ; et tous, tant que vous êtes, fléchissez le genou devant votre Roi » [4]. Que dis-je, mes Frères ? C’est à nous tous, c’est à l’univers entier que s’adresse cette proclamation solennelle.

Et si l’inscription de Pilate nous déplaît à lire parce qu’elle a été tracée par une main indigne, entendons l’arrêt divin que Jésus lui-même promulgue : « Pour moi, j’ai été établi par lui roi sur sa sainte montagne de Sion, et j’exposerai, je publierai son décret. Le Seigneur m’a dit : Vous êtes mon fils, je vous ai engendré aujourd’hui. Demandez-moi, et je vous donnerai toutes les nations en héritage ».

Mes Frères, Jésus-Christ, en tant que Dieu, était roi de toute éternité, et par conséquent en entrant en ce monde, il apportait avec lui déjà sa royauté. Mais Jésus-Christ, en tant qu’homme, a conquis sa royauté à la sueur de son front, au prix de tout son sang. « Le Christ, dit saint Paul, est mort et il est ressuscité, à cette fin d’acquérir l’empire sur les morts et sur les vivants : In hoc Christus mortuus est et resurrexit ut mortuorum et vivorum dominetur » [5].

Aussi le même apôtre fonde-t-il à la fois sur le texte de notre psaume le mystère de la résurrection et le titre de l’investiture royale du Christ. « Le Seigneur a ressuscité Jésus ainsi qu’il est écrit au psaume second : Vous êtes mon Fils, je vous ai engendré aujourd’hui. Oui, éternellement, je vous ai engendré de mon propre sein ; dans la plénitude du temps, je vous ai engendré du sein de la Vierge votre mère ; aujourd’hui je vous ai engendré en vous retirant du sépulcre : Ressuscitans Jesum sicut est in Psalmo secundo scriptum : Filius meus es tu, ego hodie genui te » [6].

Oui, dit le Seigneur à son Christ, c’est là encore une nouvelle naissance que vous tenez de moi-même. Premier-né d’entre les vivants, j’ai voulu que vous fussiez aussi le premier-né d’entre les morts, afin que vous teniez partout la première place : Primogenitus ex mortuis, ut sit in omnibus ipse primatum tenens [7]. Vous êtes donc mon Fils. Vous l’êtes à tous les titres, puisque je vous ai triplement enfanté de mon sein, du sein de la Vierge et du sein de la tombe. Or, à tous ces titres, je veux que vous partagiez ma souveraineté, je veux que vous y participiez désormais comme homme, de même que y avez éternellement participé comme Dieu. « Demandez-moi : Postula a me, et je vous donnerai les nations en héritage, et j’étendrai votre possession jusqu’aux extrémités de la terre ».

Jésus-Christ a demandé et son Père lui a donné. « Toute puissance m’a été donnée au ciel et sur la terre, allez donc, et enseignez toutes les nations » [8]. Vous l’entendez, M. F., Jésus-Christ ne dit pas tous les hommes, tous les individus, mais toutes les nations. Il ne dit pas seulement : baptisez les enfants, catéchisez les adultes, mariez les époux, administrez les sacrements, enterrez les morts. Sans doute la mission qu’il leur donne com­prend tout cela, mais elle comprend plus que cela ; elle a un caractère public, un caractère social. Et comme Dieu envoyait les anciens prophètes vers les chefs, vers les peuples pour leur annoncer ses préceptes, pour leur dire leurs vérités : Clama et annuntia populo meo scelera eorum : Va, et dis à ce peuple ses crimes » [9] ; ainsi le Christ envoie ses apôtres et son sacerdoce vers les nations, vers les empires, vers les rois et les puissants, afin qu’ils enseignent sa loi, qu’ils rappellent sa doctrine à tous : Euntes ergo docete omnes gentes [10].

Jésus-Christ a été constitué Roi des rois. Oui, M. F., et c’est la véritable gloire, la véritable noblesse des rois, depuis la prédication de l’Evangile, depuis la conversion des Césars, d’être désormais les lieutenants de Jésus-Christ sur la terre. Est-ce que par hasard les rois seraient moins grands depuis que la croix brille au sommet de leurs diadèmes ? Est-ce que le trône serait moins illustre, moins assuré, depuis que ta royauté est une émanation, une participation de la royauté de Jésus-Christ ? Jésus-Christ a été constitué roi, et c’est aussi la véritable dignité, la véritable liberté, la véritable émancipation des nations modernes d’avoir le droit d’être régies chrétiennement. Est-ce que par hasard les nations seraient déchues ? est-ce que leur sort serait moins noble, moins heureux, depuis que les sceptres auxquels elles obéissent sont tenus de se soumettre au sceptre de Jésus ?

Répétons-le donc, mes Frères : Le christianisme n’a pas tout son développement, tout son épanouissement, là où il ne revêt pas le caractère social. C’est ce que Bossuet a exprimé en ces termes. « Le Christ ne règne pas si son Église n’est pas la maîtresse, si les peuples cessent de rendre à Jésus-Christ à sa doctrine, à sa loi, un hommage national ». Quand le christianisme d’un pays se réduit aux simples proportions de la vie domestique, quand le christianisme n’est plus l’âme de la vie publique, de la puissance publique, des institutions publiques, alors Jésus-Christ traite ce pays comme il y est traité lui-même. Il continue sa grâce et ses bienfaits aux individus qui le servent, mais il abandonne les institutions, les pouvoirs qui ne le servent pas ; et les institutions, les pouvoirs, les rois, les races deviennent mobiles comme le sable du désert, caducs comme ces feuilles d’automne que chaque souffle du vent emporte.

« Demande-moi et je te donnerai toutes les nations en « héritage ». Le Christ ressuscité a demandé toutes les nations à son Père, et il fait acte de royauté sur terre. Mais, M. F., une nation a été particulièrement demandée par le Christ à son Père, et lui a été particulièrement donnée : cette nation, c’est la nôtre, nation très chrétienne, nation toujours orthodoxe, née dans l’orthodoxie, Fille aînée de l’Église. Ah ! M. F., il est bien des côtés par lesquels la France peut se flatter de justifier toujours sa vocation première. Elle est restée l’instrument de Dieu, même dans ses plus mauvais jours, et les exploits de Dieu se sont accomplis par ses mains. Toutefois, hélas ! par combien de côtés aussi notre infortunée patrie n’a-t-elle pas été infidèle à sa mission ! Combien de sujets de craindre que si elle persévérait dans ses oppositions à Jésus-Christ, dans son divorce avec Jésus-Christ, dans le déisme et le naturalisme des modernes principes de son droit public, combien de sujets de craindre que sa mission ne lui soit enlevée et transportée à une autre nation qui produirait plus de fruits !

Il n’en sera pas ainsi, Seigneur. Le cours de vos miséricordes ne s’arrêtera point. Après avoir rouvert à cette nation les temples que l’impiété avait fermés, après lui avoir rendu la foi privée et domestique que des sophistes impies avaient ébranlée, vous poursuivrez votre œuvre, et la seconde moitié de ce siècle, déjà si féconde et si chargée de grandes choses, ne s’achèvera point que notre France n’ait repris la première place entre toutes les nations qui forment votre héritage, ô Seigneur, la place qui convient à la Fille aînée de l’Église. Ainsi soit-il.


[1] V. T. III-511
[2] Matth. II-2
[3] Joann. XVIII-37
[4] 1er discours pour la Circoncision. Édit. Lebel T. XI p. 467
[5] Rom. XIV-9
[6] Act. XIII-33
[7] Colos. I-18
[8] Matth. XXVIII-18
[9] Is. LVIII-1
[10] Matth. XXVIII-19 ; V. T. III-512-514

mardi 16 avril 2019

Demande de prière pour l'abbé Collins

Suite à un récent courriel de l'abbé Ahern, nous vous demandons de bien vouloir prier pour l'abbé Joseph Collins qui a un cancer.

Voici le courriel datant du 13 avril dernier de l'abbé Ahern au sujet de l'abbé Collins :


There have been requests for an update on Father Collins, and his illness. As things have progressed, there have been plans made, then modified. There have also been many many promises of prayer and wonderful expressions of encouragement and sympathy. Our Lord has granted Father more than 66 years in this life, nearly 39 in the holy priesthood.
Last week, a stent was inserted to relieve some of the pressure on the liver, and to restore some digestion of food. Otherwise, the diagnosis of advanced and advancing cancer was confirmed.
The conclusion from the physician was that chemotherapy was the only treatment option, and that this was likely to do more harm than good.
With the help of some dear friends, Father Collins is trying a focused nutritional approach at home in his rectory. Otherwise, he is making ready for his last hour. He is weak and often fatigued, but not in severe pain, able to get around to a limited degree, and to converse with those around him. Please be reassured that his material needs are quite adequately provided for.
Father's spirits are good. He is profoundly grateful for the prayers, kind messages, and assistance of so many people. Even more, “God is good,” as he says, who has given his servant forewarning to prepare for death. No longer able to offer Mass, Father Collins is able to continue his prayers, and to receive Holy Communion.
It may be of benefit to recall that with most cancer one is morally free to pursue one or another treatment, several treatments, or none at all.
Shortly after it became evident that he had a serious illness, Father Collins received the sacrament of Extreme Unction. There is a compact sick call Ritual called Vademecum ad Infirmos, for the use of priests in the United States. It has a beautiful and consoling prayer that can be prayed with the sick person after the administration of Extreme Unction:
O my dearest Jesus, now my body is anointed with holy oil, and my soul is strengthened against all temptations of the wicked enemy, and consoled in my sufferings. I thank Thee from the bottom of my heart for Thy great goodness and mercy.
I will now dismiss all worldly cares, and resign myself entirely to Thy mercy. If it be for my salvation, I hope soon to recover, and if not, I will rejoice, my sweetest Jesus, to attain eternal rest with Thee; for one day with Thee in Heaven is better than a thousand here on earth. Grant that I may never lose the grace of this holy Sacrament. Amen.
This is what Father Collins is striving to do, and this should be our prayer for him now, and for ourselves when the time comes. How fitting to have all this come in Passiontide when we unite ourselves to our Savior's death in order to have the hope of eternal life.

Yours in the Sorrowful and Immaculate Heart of Mary,
- Father Ahern

dimanche 14 avril 2019

Cardinal Pie - Dimanche des Rameaux


X Supplément - XLVII

Homélie pour la bénédiction
et la procession des Rameaux le 24 mars 1877

Plurima autem turba...
cædebant ramos de arboribus et sternebant in via.
Turbæ autem quæ præcedebant et quæ sequebantur clamabant :
Hosanna filio David !
Benedictus qui venit in nomine Domini, hosanna in altissimis.

Une foule nombreuse coupait des branches d’arbres
et en jonchait la route par où devait passer Jésus.
Et les multitudes qui précédaient
ou qui suivaient le Sauveur criaient :
Hosanna au fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. Hosanna au plus haut des cieux.

Nous commençons aujourd’hui, M. F., cette semaine que l’Église appelle la grande semaine ; non pas, dit saint Jean Chrysostome, que les jours en soient plus longs et plus nombreux, mais à cause qu’ils sont pleins des plus grandes choses que Dieu ait jamais opérées. En effet, M F., on n’y songe pas sérieusement : quels autres faits historiques comparables à ceux dont l’Église va nous rappeler la mémoire ! Aujourd’hui l’entrée triomphale de l’Homme-Dieu dans Jérusalem ; dans trois jours, le mystérieux souper dans le cénacle eucharistique ; puis la souffrance, la mort de ce Dieu, crucifié par les hommes ; enfin la résurrection de ce Dieu sauveur : quels événements que ceux-là ! et qu’il faudrait être négligent pour n’y prendre aucun intérêt ! Combien sont abaissés vers la terre, absorbés, perdus dans la matière, ceux qui n’ont aucune attention pour les anniversaires qui rappellent d’aussi hautes et d’aussi saintes pensées !

Je vous le dirai un autre jour, M. F., car la longueur de la solennité ne me permet aujourd’hui que quelques paroles. Il existe dans l’Église catholique, une admirable économie d’après laquelle les grands faits sur lesquels repose la religion tout entière sont en quelque sorte perpétués au milieu de nous. Oui, dans le temple catholique, les faits principaux de la religion ne sont pas seulement lus, récités ; ils sont reproduits, renouvelés chaque année par une représentation vivante et solennelle. Et il y a en cela une connaissance profonde de notre nature, de la nature de l’homme, non pas seulement de l’ignorant, mais du savant lui-même, chez lequel les impressions sont toujours moins vives quand elles sont dues à l’ouïe que quand les objets ont été placés sous les yeux, organes plus sûrs et plus fidèles.

Aujourd’hui donc, et pendant toute cette semaine, les dernières pages de l’Évangile, depuis l’entrée triomphante du Christ à Jérusalem jusqu’à sa sortie plus triomphante encore du sépulcre, vont se dérouler sous nos yeux par de touchantes cérémonies. Ah ! M. F., combien ces spectacles de l’Église ont autrefois instruit, touché nos pères ! Que ces vastes nefs sont tristes, lorsque ces augustes solennités s’accomplissent comme dans la solitude. De si beaux spectacles et si peu de spectateurs ! Ah ! nous vous en prions, venez, venez vous joindre à nous dans les derniers jours de cette semaine. Venez pénétrer vos âmes de ces grands mystères, les seules choses véritablement dignes d’occuper nos esprits et nos cœurs.

Aujourd’hui, M. F., avec quelle joie je vous ai vus accourir pour célébrer avec moi cette mémorable solennité des Palmes, des Rameaux ! Voyez comme procède l’Eglise catholique. Ce n’est point une simple lecture, un froid récitatif de ce qui s’est accompli en pareil jour à Jérusalem ; ce n’est pas même simplement un discours ayant pour objet de développer ce souvenir. Non : des palmes ont été cueillies ; elles sont auprès de l’autel. L’Église a mis sur mes lèvres de magnifiques accents pour appeler sur ces rameaux la bénédiction céleste. Puis vous êtes venus les recevoir de ma main, et tous nous nous mettons en marche, et nous allons chanter à Jésus l’antique hosanna : « Hosanna au fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. Hosanna au plus haut des cieux ! » Comme toute cette marche vivante, animée, donne plus de sens aux paroles du texte sacré qui seront chantées ! Comme tout cela est plein d’onction et de grâce !

Mais entrons plus avant dans l’esprit de cette cérémonie. M. F., vous et moi, nous avons en ce moment des palmes à la main ; et à qui donc allons-nous les offrir ? Quel est ce Roi auquel nous allons faire cortège ? Le Roi, mais c’est un nom qu’on ne prononce plus impunément dans notre patrie. Ah ! Seigneur Jésus, louange à vous, Roi dont la gloire est éternelle ! Les trônes de la terre se sont écroulés, et les yeux les plus fidèles n’ont pas d’autre tribut à payer que le tribut des larmes. Votre trône est éternel. Nous allons tous le chanter : Gloire, louange, honneur soit à vous, Roi, Christ, Rédempteur, vous à qui le jeune âge offrait un pieux hosanna !

Vous êtes le Roi du monde. Le peuple hébreu, il y a dix-huit siècles, allait au-devant de vous avec des palmes ; nous voici devant vous avec des palmes encore. Ce qui se fit à Jérusalem il y a deux mille ans, la ville de Poitiers le fait aujourd’hui. Ce que les enfants chantaient, nous le répétons tous. S’il s’agissait de parer de notre présence, d’animer par nos acclamations le triomphe d’un homme, d’un homme si grand qu’il fût ; nous vivons dans un siècle qui est fier, et la fierté nous arrêterait peut-être. Mais, ô Jésus, ô Roi du ciel, quand il s’agit de vous, la honte n’est pas possible : nous sentons que nous nous honorons, que nous nous grandissons nous-mêmes en abaissant nos rameaux sous vos pas. Ce que nous faisons aujourd’hui, nous le faisons d’accord avec tous les siècles.

Entendez, disait autrefois le grand saint Hilaire à son peuple rassemblé autour de lui, entendez bien une parole de l’évangéliste que vous avez peu remarquée : Turba autem qua præcedebant et quæ sequebantur : les foules qui précédaient et qui suivaient Jésus se dépouillaient de leurs vêtements pour en faire un tapis sous ses pieds, coupaient des branches d’arbres pour en joncher le chemin. Qu’est-ce à dire, les foules qui précédaient, les foules qui suivaient ?

Les foules qui précédaient, c’est-à-dire, toute la série des patriarches et des prophètes, des juges, des rois, tous les justes de la Loi. Voyez tout ce cortège de quatre mille ans qui précède Jésus : Adam, Noé, Abraham, Moïse, Samuel, David, Isaïe, Esdras, les Macchabées, que sais-je ? Voyez toutes ces foules de croyants qui détachent de leurs prophéties des rameaux, qui quittent leurs vêtements royaux ou pontificaux pour préparer le passage du Triomphateur. Voyez-les, sur cette route de quarante siècles, se pressant et se succédant, tenant chacun en leurs mains une palme triomphale et chantant hosanna au Roi des siècles qui s’avance. Telle est la foule ou plutôt telles sont les foules qui précédaient Jésus : voilà son cortège par devant : Turbam autem quæ præcedebant.

Et quæ sequebantur, et les foules qui le suivaient. Ah ! il ne s’agit plus seulement de ces enfants, de ces habitants de Jérusalem qui payaient leur tribut de louanges au Christ qui allait souffrir. Non, ce sont tous les chrétiens chantant hosanna au Christ, qui règne dans les cieux : Hi tibi piissimo... nos tibi regnanti. Les foules qui suivaient, M. F., aux jours d’Hilaire, c’étaient déjà quatre siècles de martyrs, de docteurs, de chrétiens de toute condition, de tous pays. Mais depuis l’homélie de mon saint prédécesseur, ce cortège s’est bien allongé et j’aurais beaucoup à faire pour compléter l’énumération des foules qui ont suivi Jésus en lui chantant hosanna. Les foules qui ont suivi Jésus en lui répétant ce chant de gloire, c’est depuis Hilaire, c’est Augustin, c’est Jérôme, c’est tout ce grand siècle dont il a été l’un des coryphées, qui l’a suivi et dont l’Église sera toujours si fière ; c’est Ambroise, c’est Basile, c’est Chrysostome, puis ce sont des peuples barbares devenus chrétiens.

Qu’est-ce que l’histoire de la France, sinon un hosanna de quatorze siècles ! Citez-moi quelqu’un, quelque chose de grand, dans notre pays, qui n’ait pas abaissé sa palme devant Jésus-Christ. Jésus-Christ, c’est la pierre angulaire de notre pays, la récapitulation de notre pays, le sommaire de notre histoire. Non, rien n’est plus vivant dans notre histoire nationale que le nom de Jésus : Jésus-Christ, disait l’héroïne d’Orléans, qui est roi de France et du monde entier. Oui, Jésus ç’a toujours été parmi nous la première majesté, majesté toujours debout. Ce n’est plus être Français que de ne pas être chrétien ; et selon la parole de saint Ambroise, qui ne s’applique pas moins à notre pays qu’à la nation sainte : Sed ipsi se amore patriæ, qui Christo invident, abdicaverunt. Jésus-Christ, c’est tout notre avenir. Dites-moi ce qui reste debout parmi nous : Jésus-Christ. Tout le reste s’est affaissé, a disparu ; Jésus-Christ n’a fait que grandir. Et si vous voulez que j’écrive en trois mots l’histoire des cinquante dernières années de ce siècle, si vous voulez que je vous dise à qui est réservée la victoire, la royauté, l’empire, je vais l’écrire, et d’une main ferme, sur ce frontispice du temple : Christus vincit, regnat, imperat : à Jésus-Christ, la victoire, la royauté, l’empire ; à lui les palmes, à lui l’hosanna, à lui et à lui seul !

Mon Frère, ah ! que cette victoire, que cette royauté, que cet empire de Jésus-Christ s’exerce partout sur vous, sur votre intelligence, sur votre cœur. Ecce rex tuus venit tibi mansuetus [1] : C’est un roi qui vient vers vous plein de douceur. De grâce, ne cherchez pas d’autre maître que lui. Si vous ne voulez pas de ce roi plein de mansuétude, vous aurez d’autres maîtres pleins de colère. N’apportez plus, pour votre part, n’apportez plus d’obstacle au règne de Jésus-Christ. Ne mettez ni vos vêtements, ni vos rameaux sous ses pieds, à la bonne heure ; mais déposez vos cœurs entre ses mains. Dites aujourd’hui cette parole : Rex meus et Deus meus [2]. Jésus-Christ, vous êtes mon Roi et mon Dieu. Ainsi soit-il.



[1] Matth. XXI-5
[2] Ps. XLIII-5