« C'est une grande chose d'avoir, au sein même de l'Église catholique, la foi dans son intégrité »
-Saint Augustin

« L'ignorance est notre pire ennemi. »
-Saint Pie X

« La vérité vous rendra libre »
-Jean 8, 32

dimanche 5 juillet 2015

Père Onésime Lacouture - 2-4 - La royauté de Jésus


TROISIÈME INSTRUCTION
LE RÈGNE DE JÉSUS-CHRIST.

« Pilate lui dit: Tu es donc Roi?  Jésus répondit: Tu l’as dit; je suis Roi!» Jo.  XIII, 37.

Plan Remarque.  (Par naissance, création, rédemption. 

Jésus est notre Roi: (Proclamé Roi par Prophètes, Lui-même, Eglise.  (Il veut régner sur nous tous.  (Aux démons.  Jésus fait la guerre: (Au monde.  (À notre sensualité.  (L’empressement.  Jésus veut à son service: (La magnanimité.  (La générosité.  Parabole de S.  Ignace.

REMARQUE Voici une note caractéristique de Jésus qu’il vaut mieux prendre tout de suite en sérieuse considération avant d’aller plus loin dans l’étude de Jésus.  Quand même il n’est pas né encore, cette note va nous aider à prendre une meilleure attitude mentale pour nous préparer à mieux le recevoir.  C’est notre Roi et Maître souverain que nous allons étudier dans cette retraite.  Il a donc le droit de s’imposer à notre attention et nous avons le devoir de nous soumettre à son influence et à son empire.  Il nous touche donc de bien près: ce n’est pas un étranger à notre personne ou à notre vie: c’est Celui qui ordonne tout après nous avoir donné la vie et par conséquent qui est extrêmement intime à tout ce qui nous concerne au plus profond de notre être.

S’il vient nous inviter charitablement à le suivre ce n’est pas parce qu’il ne pourrait pas s’imposer, mais il veut nous honorer en nous laissant libres de le choisir pour que nous ayons du mérite et lui de la gloire.  Mais, si nous ignorons son invitation pressante à sa miséricorde, nous ne pourrons pas éviter les rigueurs de sa justice divine en l’autre monde.

Dans les mystères de sa vie humble, il cache en général la majesté de sa royauté pour ne pas effrayer les hommes afin qu’ils s’approchent de lui avec confiance, mais il est important pour notre mentalité de nous rappeler qu’il est notre Roi quand même.  La conséquence est qu’il n’y a rien d’insignifiant dans sa vie: tous les détails comportent quelques bonnes leçons pour nous tous.  Comme les gens du monde surveillent les moindres gestes et les moindres paroles d’un roi de la terre pour en faire des sujets de conversation et des points d’imitation, ainsi, à plus forte raison, en Jésus.

Celui qui a ordonné tous les détails de la vie de Jésus est le même qui a ordonné le cours des astres et qui contrôle tout ce qui existe et qui agit dans l’univers.  Tout est donc bien important de ce que l’Ecriture nous raconte de la vie de Jésus en ce monde.  Cette pensée est de nature à nous aider beaucoup dans nos considérations au sujet de Jésus qui est non seulement notre Roi, mais celui du ciel.  Entrons donc tout de suite avec un esprit de soumission entière et absolue à sa divine volonté en tout ce qu’il nous présente à reproduire de sa vie humaine et divine.  Que l’on pense ce que l’on voudra naturellement, il faudra réformer nos jugements sur le sien et soumettre notre volonté à la sienne en tout.  Il ne faut pas aborder l’étude de Jésus avec le sentiment orgueilleux qu’on lui rend service de s’occuper de lui, comme si on traitait avec une personne égale à soi.  C’est s’exposer à tout manquer.  Il faut un sentiment d’humble soumission à notre Maître absolu et Roi universel du ciel et de la terre.  La faveur et l’honneur sont tout à fait pour nous du fait que Jésus daigne venir nous trouver sur la terre pour nous découvrir un peu dans la foi les merveilles de la vie divine à laquelle il nous invite amoureusement, mais à laquelle il tient si bien qu’il punira en enfer ceux qui auront refusé son invitation.  Mieux vaut pour nous de garder dans l’esprit et le cœur cette idée de la souveraineté de Jésus avec une soumission libre mais totale quand même.  Puisqu’il nous invite au ciel où il sera sûrement notre Roi et Maître absolu, nous devons l’aborder tout de suite en cette vie avec cette conviction bien arrêtée dans la foi et par la grâce, mais comme au ciel quand même.  «Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel» s’applique à tous les hommes dans tous les stages différents de leur vie et de l’éternité.

Si nous prenons bien cette conviction dès le début, nous ne serons pas exposés à faire un choix de ce que nous devons imiter en lui selon nos caprices ou notre sensibilité.  Ce n’est pas à nous de décider ce que nous devons prendre de sa vie; mais c’est à lui de le faire.  Or, tout ce que les Evangiles nous enseignent de lui est pour nous et c’est sa volonté expresse que nous pratiquions absolument tout ce que nous pouvons avec sa grâce.  Nous devons prendre tout ce qui contrarie la nature comme ce qui lui est agréable, comme sa folie de la croix et le mépris des créatures.  Notre Roi le veut!  Que cela fasse notre affaire ou non, cela ne doit pas entrer en ligne de compte, mais uniquement sa volonté; voilà tout!  C’est l’attitude mentale que tous doivent prendre pour leur vie: soumission totale et joyeuse à tout ce que Jésus nous présente pour nous diviniser.

JÉSUS EST NOTRE ROI

N’oublions pas que nous étudions cette vérité pour la faire passer dans le coeur et de là dans la vie.  Car elle est vite acceptée dans l’esprit; on voit tout de suite que Jésus est notre Roi et l’on serait exposé à vouloir passer tout de suite à autre chose.  Mais quel abîme entre la tête et le cœur, entre l’esprit et la volonté, entre savoir et vivre!  Or pour qu’une vérité descende dans le cœur, cela prend du temps et de la patience avec la grâce de Dieu.  Travaillons en vue de vivre cette vérité et nous allons trouver de quoi travailler pendant cette méditation!

Remarquons que cette idée vient tout de suite après la gloire de Dieu dans le Notre Père.  «Que votre règne arrive» vient après: «Que votre Nom soit sanctifié.» On voit tout de suite son importance dans le plan divin.  Pour avoir sa gloire des hommes, la première chose que Dieu veut c’est qu’ils le reconnaissent comme leur Souverain Maître et Roi immortel.  Il n’y a pas de doute que ce qui va nous frapper en entrant au ciel, sera la Majesté infinie de Dieu venant du fait qu’il est Créateur et Maître absolu de toutes choses et des anges et des hommes.  Eh bien, nous devons commencer tout de suite à le reconnaître et cela encore une fois d’une façon concrète dans tous les détails de la vie quotidienne.  C’est pour obtenir ce résultat qu’il nous faut examiner ses titres à la royauté dans le détail, avec les principales conséquences pour nous.  Comme il ne suffit pas de savoir que telle viande est du jambon, mais qu’il faut que je le mange, le mastique et le digère pour qu’il augmente ma vie, ainsi il faut surtout ruminer, digérer et assimiler cette vérité pour qu’elle soit un aliment de vie en nous.  Donc surveillons surtout le but de cette méditation sur la royauté de Jésus: la vivre dans notre vie!

1) Par naissance, par création et par rédemption.  Dans le psaume 2e: «Tu es mon Fils; je t’ai engendré aujourd’hui.  Demande et je te donnerai les nations en héritage et pour domaine les extrémités de la terre.» Jo.  10-30: «Tout ce que mon Père a est à moi et tout ce qui est à moi est à mon Père.  Mon Père et moi nous sommes une seule chose.» Or, Dieu est sûrement Roi et comme Jésus est le Fils de Dieu c’est en tant que Fils qu’il est Roi et donc par naissance.  Par création.  Quel titre peut mieux fonder l’autorité et la possession que la création?  Parmi les hommes chacun réclame comme sien tout ce qu’il produit, comme l’inventeur d’une machine, le constructeur d’une maison, etc.  Or, ils ne font que disposer la matière, qu’ils n’ont pas créée, tandis que Dieu crée même la matière.  Donc tout l’univers lui appartient à ce titre.  Or c’est par son Verbe que le Père a créé le monde.  De plus les œuvres de la Trinité à l’extérieur appartiennent aux trois Personnes.  Donc Jésus est Roi en tant que créateur.  Par rédemption.  Quoique Jésus soit notre Roi, le péché mortel nous ferme le ciel de sorte que nous étions perdus pour Jésus et Jésus pour nous.  Eh bien, le Verbe s’est fait homme pour pouvoir souffrir et ainsi expier nos péchés afin de satisfaire le Père et pour qu’il ouvre le ciel aux hommes.  Alors c’est Jésus qui nous a donc rachetés par son Sang.  C’est l’argument de St.  Pierre pour engager les chrétiens à la perfection.  I Pet.  1-18: «Sachant que vous avez été affranchis de la vaine manière de vivre que vous teniez de vos pères, non par des choses périssables, de l’argent ou de l’or, mais par un sang précieux, celui de l’Agneau sans défaut et sans tache, le Sang du Christ.» Chacun de ces titres suffit amplement pour convaincre l’esprit que c’est bien vrai que Jésus est notre Roi, mais le cœur prend beaucoup plus de temps pour l’accepter.  C’est ici que nous voyons la nécessité de la prière pour obtenir la grâce de pratiquer ce dont l’esprit est parfaitement convaincu.  Sans la grâce nous continuerons de nous croire nous-mêmes les rois de tout, au moins dans le concret.  Nous agissons comme des rois: si quelqu’un s’oppose à notre volonté, comme on est indigné, comme on le met à sa place!  Toutes les plaintes viennent à peu près de ce que nous sommes révoltés de ce que les autres ne nous sont pas mieux soumis.  Chacun voudrait que tout le monde fut à ses pieds!  Nous devons donc prier humblement pour que Dieu nous accorde la grâce de reconnaître la royauté de Jésus dans le concret de la vie, que nous le laissions mener son monde et nous-mêmes, comme il l’entend, puisqu’il est le Roi suprême de tout et de tous.  L’amour seul pourra nous conduire là.  Prions souvent le St-Esprit pour obtenir cette grâce.

2) Il est Proclamé Roi par les Prophètes, par Lui-même et l’Eglise.  Par les prophètes, d’abord vaguement, puis de plus en plus clairement et explicitement.  Jacob.  Gen.  49-10: «Le sceptre ne sortira pas de Juda ni le chef de sa descendance jusqu’à ce que vienne Celui qui doit être envoyé et les peuples lui obéiront.» Nathan.  2 Rois 7-16: «À David: Ta maison et ton règne seront perpétuellement stables en ta présence; ton trône sera debout éternellement».  Or, cela ne se vérifie que dans sa descendance, le Messie, que David peut être dit Régner éternellement.  Isaïe, 9 - 7: «Il s’assiéra sur le trône de David.  Il affermira son règne et l’établira éternellement dans le jugement et dans la justice.» Daniel, 7 - 13: «Je vis s’avancer sur les nues le fils de l’homme.  Il arriva jusqu’à l’Ancien des jours, qui lui donna la souveraineté, la gloire et l’empire.  Tous les peuples, toutes les nations et toutes les langues doivent le servir; son pouvoir est un pouvoir éternel, qui ne s’éclipsera jamais et son règne ne sera jamais détruit.» Ps.  71: «Il dominera d’une mer à l’autre.  Tous les rois se prosterneront devant lui, toutes les nations le serviront.» L’Ange Gabriel: «…le Seigneur lui donnera le trône de David son père… et son règne n’aura point de fin…»

C’est donc bien comme roi que le Messie vient au monde.  C’est tellement clair que les Juifs n’ont pris que celui-là, mais dans le seul sens d’un roi temporel.  Pourtant Jésus leur dit que son royaume n’est pas de ce monde, ce qui est évidemment le sens des prophètes puisqu’ils disent qu’il régnera éternellement; ce ne peut pas être dans ce monde qui finira sûrement.

Lui-même se proclame roi.  Jo.  18-56.  Jésus dit à Pilate: «Mon royaume n’est pas de ce monde; si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs auraient combattu pour m’empêcher de tomber entre les mains des Juifs; mais mon royaume n’est pas d’ici.  Pilate lui dit: «Tu es donc roi?» Jésus répondit: Tu le dis: Je suis roi!» À la dernière Cène L.  22-29: «Je vous prépare le royaume comme mon Père me l’a préparé afin que vous mangiez et que vous buviez à ma table dans Mon Royaume»!  Le jour de son ascension il dit: «Toute puissance m’a été donnée sur la terre et dans le ciel»!  Jésus affirme donc clairement qu’il est roi.  S’il ne l’est pas, Dieu était tenu de l’empêcher de se poser comme tel.  Au contraire, Dieu corrobore ces dires par des miracles: c’est donc que c’est vrai.  L’Eglise enfin le proclame.  Or, c’est le St.  Esprit qui la guide.  Tim.  1-16: «Au Roi des siècles, immortel, invisible, seul Dieu honneur et gloire dans les siècles des siècles.» Héb.  1-3: «Mais au Fils il dit: Votre trône, ô Dieu, sera un trône éternel; le sceptre de votre empire est un sceptre d’équité.» Apoc.  1: «Que la grâce et la paix soient avec vous de la part de JésusChrist, qui est le prince des rois de la terre.  À lui l’empire et la gloire dans les siècles des siècles.» Apoc.  l9-11: «Puis je vis le ciel ouvert et il parut un cheval blanc; celui qui le montait s’appelle: Fidèle et Véritable… il avait sur la tête plusieurs diadèmes… son nom est le Verbe de Dieu… c’est lui qui gouverne les nations avec un sceptre de fer… sur son vêtement et sur sa cuisse il portait écrit ce nom: Roi des rois et Seigneur des seigneurs…» J Au bréviaire l’Eglise fait dire souvent à ses prêtres: venez, adorons le Roi des martyrs, le Roi des vierges, des confesseurs, etc.  Enfin, Pie XI établit une fête spéciale de première classe pour toute l’Eglise en l’honneur du Christ-Roi.  C’est le couronnement de tout ce qui avait été dit dans l’Ancien Testament et dans le Nouveau sur le Christ-Roi.  Allons-nous rester indifférents à toutes ces voix qui proclament que Jésus est notre Roi suprême en ce monde et en l’autre?  Réfléchissons sérieusement sur tous ces témoignages qui viennent du ciel, après tout par la révélation que Dieu nous en a fait.  Défions nous des distractions justement dans cette méditation de cette royauté dont dépend toute notre vie éternelle.  Ne perdons rien de ces idées: notre bonheur est là!

3) Il veut régner sur nous tous: sur les individus et sur les groupes.  Puisqu’il nous apporte la vie du ciel, il veut faire pour nous ce qu’il fera au ciel.  Or, là-haut, il est certain qu’il nous dominera absolument et dans tous les détails de notre éternité.  Voilà exactement ce qu’il veut faire en ce monde.  Il ne suffit pas de le considérer comme Maître le dimanche, pour aller à la messe et ensuite l’oublier le reste de la semaine, pour faire nos quatre volontés en tout.  Un chrétien est tenu de consulter son Roi et de se soumettre à lui en absolument tout où il manifeste sa volonté d’une façon ou d’une autre.  Pour mieux comprendre ce champ d’obéissance à notre Roi céleste, descendons dans quelques détails de notre activité humaine.  Nous allons nous arrêter aux trois principaux centres d’activité en nous: l’intelligence, la volonté et la vie ou l’activité physique.  L’intelligence doit commencer par se soumettre entièrement à la révélation de Jésus qu’il nous apporte et à sa doctrine.  Là est le point important d’une vie.  Combien ne prennent qu’une partie de sa doctrine, puis, comme conséquence, ne font qu’une partie de sa volonté et leur vie dérape souvent dans le péché plus ou moins sérieux.  Comme leur conduite cadre avec leurs idées imparfaites, ils s’éloignent de Jésus notablement et sans scrupule puisque leur jugement faux approuve leurs actes.

Par exemple, combien de prêtres et de religieux n’ont pas voulu de la doctrine du mépris des créatures ni de la folie de la croix qui enseigne le renoncement à soi-même; ils n’ont pris que celle d’éviter le péché.  Alors ils s’en donnent à cœur joie dans tous les sports et dans toutes les bagatelles, qui ne sont pas défendues directement.  Ils n’ont plus de goût pour les choses de Dieu, ils font leur ministère au diable et donnent le meilleur de leur temps aux choses profanes comme de vrais laïques.  Ils devraient savoir que leur tête est croche puisque leur cœur en la suivant s’éloigne des choses de Dieu et se donne au monde de plus en plus; tout le contraire de ce que Jésus enseigne.  Mais leur amour est trop dans les choses créées pour avoir le courage d’étudier à nouveau la doctrine de Jésus.  Un bien grand miracle de la grâce quand ces «païens» reviennent à la foi.  Pour éviter ces écarts dangereux chaque chrétien doit prendre absolument toute la doctrine de Jésus.  Quand il arrive, par exemple, pour la première fois à la doctrine du mépris des créatures, qu’il la prenne, quand même elle lui répugne.  Qu’il se dise: Mon Roi le veut.  Eh bien, je vais m’y mettre et essayer à l’avenir de regarder toutes choses comme du fumier et donc j’en prendrai le moins possible.  Adieu donc les joutes de toutes sortes que j’aimais tant!  Adieu les cigarettes et les liqueurs qui faisaient mes délices!  Adieu les jugements du monde si contraires à ceux de Jésus.  Je me range du côté de Jésus quand bien même mon cœur se briserait de douleur!  C’est mon Maître qui le veut… et il l’aura!

Les pieds suivent la tête, comme on dit.  La volonté veut ce que l’intelligence lui montre.  Par conséquent, quelqu’un qui ne marche pas selon Jésus montre qu’il ne comprend pas Jésus.  Il n’a pris que quelques bribes de sa doctrine qui lui font faire quelques bonnes actions, mais sa conduite boite selon les lacunes de son esprit.  Tous ceux donc qui veulent améliorer le monde doivent surtout s’efforcer de faire accepter toute la doctrine de Jésus sans exception.  Tout ce qui est le plus efficace pour sanctifier une vie est ordinairement laissé de côté, comme le mépris du monde et la folie de la croix que St.  Paul appelle: la force de Dieu et la sagesse de Dieu.  C’est justement là que Dieu agit plus puissamment et qu’il donne le goût des choses surnaturelles.  Comme peu de prêtres les donnent, nos gens s’éloignent de Dieu de plus en plus.

La volonté aussi doit se soumettre à Jésus qui n’est pas seulement Révélateur, mais aussi Législateur; c’est le même devoir de se soumettre à ses lois que de croire à sa doctrine.  Jésus donne cette obéissance comme signe de notre amour pour Dieu essentiel au salut.  «Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, comme moi-même j’ai gardé les commandements de mon Père et je demeure dans son amour.» Jo.  15-8.

Comme ils sont rares ceux qui obéissent en tout à Jésus.  Plusieurs le font dans les grands événements de la vie et quand il l’exige sous peine de damnation; mais ils ne s’occupent plus de lui dans les détails de la vie; ils disputent contre les personnes et les choses qui les contrarient.  Pourtant Jésus dit qu’on doit porter sa croix tous les jours, de s’endurer les uns les autres en portant chacun les fardeaux des autres; en traitant le prochain comme soi-même; en méprisant les plaisirs de la terre, les permis comme les autres, comme Jésus nous montre par son exemple qu’il veut que nous le suivions, etc.  Que d’occasions de se renoncer quand on veut obéir à la doctrine totale de Jésus!  La vie devient un véritable martyre comme celle de Jésus a été.  Nous voulons vivre naturellement et il veut que nous vivions surnaturellement.  Nous voulons vivre comme du monde et il que nous vivions comme des dieux ou des enfants de Dieu, comme si nous étions déjà dans le ciel.  Quelle lutte pour ceux qui veulent faire la volonté de Dieu, de Jésus!  Il veut que nous travaillions uniquement pour Dieu, et comme nous travaillons pour nous-mêmes sans nous occuper de Dieu!  Ordinairement ceux qui s’impatientent, qui se mettent en colère et qui disputent, le font parce qu’ils ne veulent pas se soumettre aux épreuves que Dieu veut dans toute vie.  Mettons l’activité de ces deux facultés dans le concret de la vie et l’on voit que l’on agit comme on pense et comme on aime.  Alors ce qu’on vient de dire de ces deux facultés s’applique à nos actions et donc à notre vie.  Quand on est soumis à Jésus en tout, on le montre par un certain calme dans l’attitude mentale et même dans la manière d’agir, même dans la démarche et dans tout l’extérieur de la conduite.  Les nerfs peuvent bien s’exciter; ils ne dépendent pas toujours de la volonté; mais au moins dans l’intérieur de l’âme on reste tranquille habituellement, même quand tout va mal autour de soi.  Dieu est dans la tempête comme dans le temps serein; il est dans les ténèbres comme dans la lumière, enfin dans les épreuves comme dans les faveurs.  Un chrétien doit montrer ainsi sa foi au Christ dans tout l’ensemble de sa vie.  S’il vit uni à Jésus de cette façon, le monde autour de lui croira en Jésus et se donnera à lui.  Mais il y a de sérieux obstacles au règne de Jésus dans les âmes, qu’il est bon de repasser pour mieux les combattre avec lui.  jésus fait la guerre

1) Aux démons qui veulent le détruire dans les âmes.  Jésus Lui-même en St.  Jean, 8-37: «Vous voulez me faire mourir parce que ma parole ne prend pas en vous… vous faites les œuvres de votre père.  Il a été homicide dès le commencement.» Quand Jésus s’en va à sa passion, il dit: «Voici l’heure des ténèbres et de Satan!» On sait aussi comment les démons l’ont tenté au désert.

Eh bien, nous savons comment Jésus a brisé l’empire de Satan, par sa passion et par sa mort sur la croix, en plus il nous enseigne comment faire la guerre à Satan en sa compagnie.  C’est par la mortification et la prière.  C’est en détruisant notre vieil homme que nous vaincrons les démons.

Ce n’est que parce que Jésus a vaincu Satan que nous pouvons le faire et donc uniquement en union avec lui et par lui.  Plus nous vivrons de sa vie et plus nous serons forts contre les attaques des démons.  Ce sont nos pires ennemis et très puissants contre nous; jamais nous ne pourrions les vaincre sans le secours de Jésus.  C’est donc en mourant à soi-même comme Jésus que nous vaincrons les démons.  Ils peuvent tout, par notre vieil homme; c’est leur meilleur complice pour nous perdre.

2) Au monde, même bon «en soi».  Il nous perd en nous amusant, en accaparant notre attention et notre amour.  Les démons aidant, le monde nous jette ses milliers de plaisirs pour nous occuper.  Ce faisant nous n’avons plus de temps pour les choses de salut et nous les négligeons graduellement jusqu’à oublier tellement Dieu que notre salut est pratiquement impossible.  Le monde est d’autant plus dangereux qu’il a exactement la mentalité de tout homme venant en ce monde: la mentalité naturelle.  Nous trouvons là un ami qui pense naturellement comme nous.  C’est pour cela que le respect humain a tant d’emprise sur les hommes… qui sont humains comme lui.  Le monde organise constamment toutes sortes de plaisirs qui contentent la nature et sa sensualité.  Or, nous devons agir non plus comme des hommes, mais comme des enfants de Dieu.  On voit tout de suite comme l’esprit du monde est absolument contraire à celui de Jésus.  Voilà pourquoi Jésus a dû vaincre aussi ce monde par ses souffrances.  Il a expié pour cet esprit païen avec tous les péchés qu’il fait commettre. 
Eh bien, nous aussi nous devons lutter contre cet esprit du monde par les mêmes armes que Jésus: sa doctrine, avec les trois vertus théologales.  En d’autres termes, c’est en nous élevant au-dessus de ce monde en vivant selon ce que la foi nous montre que nous vaincrons le monde au lieu d’être vaincus par lui.

3) À notre sensualité: voici l’ennemi intérieur qui fait constamment obstacle à l’action de Jésus dans notre âme.  St.  Paul aux Rom.  8-5: «Car ceux qui vivent selon la chair ont le goût des choses de la chair et ceux qui vivent selon l’esprit ont le sentiment des choses de l’esprit.  Car la prudence de la chair donne la mort, mais la prudence de l’esprit donne la vie et la paix.  Parce que la sagesse de la chair est ennemie de Dieu, car elle n’est point soumise à la loi de Dieu et elle ne peut l’être.  Ceux donc qui vivent selon la chair ne peuvent plaire à Dieu.» On voit que lorsque Jésus a éloigné les démons de nous, il reste encore un terrible ennemi en nous contre Jésus.  Cette sensualité nous pousse à jouir des choses créées et nous éloigne d’autant de Dieu.  Voilà les terribles ennemis que Jésus doit vaincre en nous et au dehors afin de pouvoir régner sur nous comme il le veut.  Mais il ne le fera pas sans nous; nous devons coopérer avec lui en agissant dans le même sens que sa grâce par la mortification et le renoncement à soi-même.  Ces trois ennemis se tiennent dans le concret parce que tous les trois nous poussent aux créatures pour chercher notre bonheur en elles au lieu de le chercher uniquement en Dieu comme Jésus le veut.  La tactique de nos ennemis, est de faire oublier ces trois ennemis.  Que de prêtres ne parlent plus des démons ni de leur action dans le monde; ils parlent seulement du mauvais monde et de la mauvaise sensualité.  Mais même le bon monde et la bonne sensualité, tous les deux, accaparent le cœur de l’homme quand même et l’éloignent d’autant de Dieu.  Pour éviter ces illusions suivons Jésus dans sa vie et dans sa doctrine.

JÉSUS VEUT À SON SERVICE 

1)         L’Empressement, parce qu’il veut un service d’amour et l’amour ne connaît pas d’hésitation.  C’est évidemment comme signe d’amour que Jésus exige cet empressement.  Il nous a donné plusieurs exemples de l’empressement qu’Il veut.  Quand il choisit ses apôtres, il veut qu’ils laissent là tout de suite leurs filets pour le suivre, Jésus répond: «Suis-moi et laisse les morts ensevelir leurs morts.» Mt.  8-21.  Pourtant, quelle bonne excuse ce scribe apportait!  Tous les hommes considèrent ce devoir comme sacré, mais Jésus n’en veut pas.  Ailleurs il dit: Celui qui met la main à la charrue et qui regarde en arrière est indigne du royaume de Dieu.»

2)         La Magnanimité consiste à s’oublier soi-même pour ne penser qu’aux intérêts de celui qu’on aime.  Par exemple, un évêque demande à un prêtre de prendre une paroisse fort négligée avec des gens ignorants et mal disposés: le mesquin pense tout de suite aux inconvénients pour lui-même, le magnanime pense tout de suite aux intérêts de Jésus.  Puisqu’elle est dans un si grand besoin de prêtre, une raison de plus pour moi d’y aller.  J’offrirai mes sacrifices pour la conversion de ce peuple et Jésus sera content de mon travail… et de mes peines.  J’y vais!  Voyez comme une mère est capable d’endurer de grandes fatigues pour un enfant malade; comme elle va vite à son chevet quand il la demande.  L’amour est tout cela!  Ainsi celui qui aime vraiment Jésus ne comptera jamais ses pas, ses travaux et ses nuits blanches pour l’amour des âmes et l’amour de Jésus.

3)         La Générosité est le débordement d’un cœur plein d’amour, ou comme le rayonnement du feu intérieur.  Comme elle est le fruit de l’amour, elle est aimée de tout le monde.  Eh bien, Jésus nous a donné tout ce qu’il avait et même sa propre personne et il se donne encore.  Eh bien, comme nous devons faire une seule chose avec lui, nous aussi nous devons être généreux envers lui.  Si on fait réflexion que tout ce que nous lui donnons vient de lui et qu’il nous donne plus en retour, ce ne devrait pas être difficile d’être généreux au service de Jésus.  C’est lui-même qui a dit qu’il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir.  Dieu a fait les hommes ordinairement généreux.  On constate que les peuples pauvres sont très généreux dans leur pauvreté.  Ils n’ont pas encore été contaminés par l’avarice qui vient de l’amour des biens terrestres.  À mesure qu’ils deviennent riches, leur amour pour ces biens grandit au lieu de diminuer.  Il est certain qu’en général les riches sont moins généreux que les pauvres.  On voit là que l’amour des échantillons est contraire à l’amour de Dieu.  Ces trois qualités sont très rares en général parce que l’amour véritable de Jésus est très rare.  Combien même dans le clergé et chez les religieux recherchent leurs propres intérêts dans le service du bon Dieu: alors chacun mesure ses pas à ce critère.  On veut bien faire tel ministère à condition qu’on en retire tout de suite quelque profit temporel.  On estime une œuvre, une paroisse ou un poste selon les revenus qui y sont attachés.  Aussi on ne voit pas grand empressement à accepter une paroisse pauvre ou un poste difficile.  C’est l’esprit de foi et l’amour de N.S.  qui font défaut dans ces cas ordinairement.  Nous voyons par tout cela comme nous sommes loin encore de l’amour de Jésus!  Il n’a rien compté pour nous et nous comptons tout pour lui.  Nous avons peur de nous sacrifier tant soit peu et lui a tout sacrifié jusqu’à sa vie pour l’amour de nous.

PARABOLE DE S.  IGNACE.  Cet exemple d’un roi temporel déplaît à plusieurs aux idées républicaines ou démocratiques.  Mais qu’on aime les rois ou non, cela ne devrait rien enlever à la force probante de la parabole.  Faut-il aimer à être boulanger pour tirer profit de la parabole du levain dans la pâte?  Ou être cultivateur pour comprendre celle du trésor caché dans la terre?  ou aimer la culture de la vigne pour tirer profit de la parabole de la vigne?  Puisque Jésus est vraiment Roi dans toute la force du mot, quel meilleur exemple peut-on donner?  Tous les rois n’ont pas été méchants.  Celui de la parabole a toutes les perfections au monde, pourquoi ne pas l’aider?  Est-ce qu’on ne voit pas des milliers de soldats s’enrôler volontairement pour se battre pour leur roi souvent très méchant, dans des guerres douteusement justes, très cruels dans leurs manières de faire la guerre et avec des avantages temporels très douteux et en tout cas bien éphémères.  Or, S.  Ignace enlève tout ce qui pourrait nous choquer dans son roi; il est choisi par Dieu, il a toutes les qualités possibles et il fait la plus sainte guerre au monde: il veut convertir tous les infidèles à la foi et cela par des moyens absolument inoffensifs et légitimes.  Il ne demandera rien à ses serviteurs qu’il ne fera pas lui-même; ils seront traités comme lui pour le vêtement et la nourriture, pour le logement et les travaux.  Ils sont sûrs de la victoire et ils auront tous part au butin, selon leurs efforts personnels.

Que doit être la réponse de tout homme de cœur à un roi si parfait et dans une expédition si avantageuse?  Pour S.  Ignace elle ne fait pas de doute pour tout homme de cœur C’est une acceptation joyeuse et cordiale.  Pour ceux qui veulent se montrer plus généreux, non seulement ils s’offriront eux-mêmes, mais aussi tout ce qu’ils ont, leurs biens avec leurs talents.

Mais la réalité dépasse toute cette chose imaginée.  Il s’agit du Roi des rois, notre Dieu et notre Sauveur, qui nous invite à aller guerroyer contre nos pires ennemis: le monde, le démon et la chair, et cela pour sauver notre âme, sans quoi elle prévariquera et se perdra.  C’est donc notre avantage éternel de suivre Jésus dans cette lutte contre nos propres ennemis.  Dieu nous a bien livré son propre Fils unique pour nous sauver de nos ennemis et nous ne voudrions pas lui livrer nos pauvres échantillons?  Jésus les a considérés comme du fumier: et nous voudrions être avec lui en les regardant comme du dessert?  Il faut la même mentalité pour être avec Jésus.

Comment peut-on se signaler au service de Jésus?  N’allons pas y mettre le même sens que pour les choses humaines.  Dans ces dernières on se signale en faisant des coups épatants et glorieux que les gens applaudissent.  Ici se signaler, c’est s’offrir à Jésus avec tout ce que nous estimons le plus au monde, comme notre jugement, notre volonté, notre réputation et nos plaisirs.  C’est donc subir un échec honteux c’est d’être humilié devant beaucoup de monde, c’est perdre ses biens et descendre dans l’échelle sociale et passer pour rien après avoir été considéré beaucoup, c’est être calomnié, bafoué, abandonné de nos amis, etc.  Voilà ce que c’est que de se signaler au service de Jésus et de le glorifier!  Il ne faut pas s’attendre à de l’enthousiasme dans cette guerre contre le monde et surtout contre soi-même!  c’est tout ce qu’il y a de plus pénible au monde et de plus humiliant.  On voit pourquoi Jésus n’aura toujours qu’un petit nombre de dévoués serviteurs qui lui sacrifieront tout ce qu’ils ont avec leur propre personne.  Il ne s’agit pas de faire cette méditation en théorie, mais en vue de la pratique concrète dans la vie.  Elle n’est pas pour les religieux seulement, mais pour tout chrétien au monde: chacun doit porter sa croix pour suivre Jésus, et pas seulement savoir qu’il faut le faire.  Or, la croix, c’est tout ce qui révolte la nature humaine, non seulement dans le corps, mais dans l’âme et dans ses facultés spirituelles, comme sont les contrariétés, les calomnies et les humiliations.

Une remarque importante.  Parce que S.  Ignace fait appel à la générosité des retraitants, plusieurs pensent qu’il s’agit de chose tout à fait libre et seulement de conseil et qu’il s’adresse à des religieux.  Ce serait une illusion.  La seule chose libre est le dépouillement effectif de ses biens pour se détacher.  Cela est un moyen où se rencontrent les conseils.  Mais dans le fait de suivre Jésus le plus possible par le renoncement de coeur à tout au monde, c’est une nécessité absolue pour tout chrétien au monde, laïque comme religieux.  Ce dernier n’a fait que vouer ce qu’il était déjà tenu de faire comme chrétien; son voeu urge davantage son obligation de se renoncer pour suivre Jésus.  Trop de religieux aiment à laisser croire au peuple qu’ils sont les seuls à avoir le monopole de la perfection.  Ce n’est pas vrai!  C’est de l’orgueil païen!  La perfection religieuse n’est que dans les moyens; ce n’est pas vrai qu’elle soit dans la fin.  Celle-ci est la même pour les laïques comme pour les religieux. 

Voilà ce qu’on devrait dire aux fidèles.
Donc faire la guerre à sa sensualité, au monde, n’est pas une matière libre ou de simple perfection de conseil; elle est absolument pour tous les fidèles au monde.  Les prêtres et les religieux ont une grande responsabilité de laisser le monde croire que le travail de la perfection est pour eux seuls ou à peu près.  C’est à eux à éclairer les peuples sur cette question si importante.  Jésus n’a pas dit: Si un prêtre ou un religieux veut me suivre, mais il dit: si quelqu’un veut, donc n’importe qui au monde.  Disons-le donc une bonne fois aux fidèles.  Jésus le veut; qu’on lui obéisse; il est notre Roi.  Prions bien la Ste Vierge pour qu’elle nous obtienne la grâce d’être aussi parfaitement soumis à Jésus que nous le serons au ciel.  C’est possible avec sa grâce qu’il nous fait demander tous les jours: «Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel.» Il est grand temps de nous y mettre pour tout de bon et dans le concret de tous les détails de notre vie.  Cessons de critiquer, de nous plaindre et de murmurer contre ce qui vient de notre Roi suprême Jésus.  On a un bon exemple de soumission à Dieu dans la vie de St.  Ignace d’Antioche, qui écrit aux Romains, 75: «Je ne prends plus de plaisir à la nourriture corruptible ni aux joies de cette vie; ce que je veux c’est le pain de Dieu, qui est la chair de Jésus-Christ, né de la race de David, et je veux pour breuvage son sang qui est l’amour incorruptible.» Aux Ephésiens il écrit: «Rien n’échappe au Seigneur, mais nos secrets mêmes sont dans sa main.  Faisons donc toutes nos actions en pensant qu’il habite en nous afin que nous soyons son temple et que lui soit en nous notre Dieu.  C’est bien ce qu’il est et qu’il apparaîtra à nos yeux par le juste amour que nous aurons pour lui.» En voilà un qui vivait tout pour Jésus.  Nous pourrons dire que nous vivons pour lui quand toutes nos actions seront faites pour lui et en lui.  Hâtons-nous de vivre soumis parfaitement à notre Roi céleste, si nous voulons jouir de lui au ciel après cette vie.

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