« C'est une grande chose d'avoir, au sein même de l'Église catholique, la foi dans son intégrité »
-Saint Augustin

« L'ignorance est notre pire ennemi. »
-Saint Pie X

« La vérité vous rendra libre »
-Jean 8, 32

dimanche 23 août 2015

La modestie de la tenue chez la femme chrétienne - R.P. F-A. Vuillermet O.P.



En France et dans tous les pays civilisés on comprend la nécessité de réagir contre les mo­des actuelles. Cette réaction, d'abord timide, prend aujourd'hui l'allure d'une véritable croi­sade. Des journaux et des revues publient des articles, des spécialistes écrivent des livres pour protester contre les modes meurtrières, extra­vagantes, exagérées, indécentes. Des ligues se fondent qui groupent toutes les bonnes volontés, toutes les énergies actives, et leur but est d'op­poser à l'immodestie, qui corrompt les mœurs, la modestie.

LES HYGIÉNISTES AFFIRMENT QUE LES MODES AC­TUELLES ASSASSINENT LENTEMENT LA FEMME, favo­risent sa faiblesse, nuisent à sa beauté réelle, aussi bien qu'à sa santé ; qu'elles sont une des causes de la déformation du corps, de l'épuise­ment de notre race et d'un grand nombre de ma­ladies inconnues de nos aïeules.

LES SOCIOLOGUES PENSENT QUE LES MODES AC­TUELLES CONTRIBUENT GRANDEMENT AU DEVELOP­PEMENT DE L'ÉPOUVANTABLE FLÉAU DE LA DÉPOPULATION qui conduit insensiblement certains pays à la décadence et à la mort. Jadis, les moindres pièces du costume féminin glorifiaient la voca­tion de la femme. Tout contribuait à diriger la jeune fille vers le foyer, la mère vers le berceau. Pour des femmes ainsi vêtues, la maternité n'é­tait pas un fardeau inélégant, mais un incident normal, fréquent et bienvenu. Aujourd'hui, le costume féminin, de plus en plus rétréci, n'est pas compatible avec les exigences de la mater­nité. De plus, certains sports très à la mode ne sont-ils pas une des causes de la mortalité in­fantile, toujours si considérable, malgré les pro­grès de l'hygiène ? Ils protestent également con­tre cette opinion très répandue, que la mode, le luxe font marcher le commerce et donnent de l'ouvrage à une multitude de travailleurs et d'ouvrières. Ce sont de purs trompe-l'œil, car la fabrication et les négoces que provoque ainsi le mouvement de la mode remplacent des travaux beaucoup plus utiles qui auraient rapporté da­vantage à la société. C'est ainsi que l'argent em­ployé dans la fabrication de tels ou tels colifi­chets aurait pu, beaucoup plus utilement servir à des améliorations agricoles et industrielles, à des colonisations ou à des œuvres sociales et religieuses. Le luxe, envisagé au point de vue économique, est une stérilisation de premier or­dre, « un destructeur de valeurs ».

LES ARTISTES CONSTATENT AVEC TRISTESSE QUE LE TACT, LA FINESSE, LE GOUT, LE BON SENS N'ONT PLUS AUCUNE PART DANS LA CRÉATION DES TOILET­TES. Aujourd'hui, à force de vouloir faire du nouveau et de l'inédit, on est tombé dans l'ex­traordinaire et le bizarre, dans le grotesque et le ridicule. L'impudente inélégance de la ligne est aggravée par la trivialité de la couleur. La nuance-poésie n'existe plus : il faut la réalité acidulée, la plus brutale.

LES MORALISTES PROTESTENT ÉNERGIQUEMENT, S'INDIGNENT CONTRE LES MODES ACTUELLES QUI BLESSENT LES CONVENANCES LES PLUS ÉLÉMENTAI­RES. On dirait que le record de l'élégance est de n'employer que le moins d'étoffe possible pour s'habiller. Vêtements étroits et collants, décolle­tage impudent, jambes découvertes, tout indi­que un véritable abaissement du sens moral.

Le grand malheur n'est pas que certaines per­sonnes de mœurs légères se livrent à ces excen­tricités, qui obligent ceux qui ne veulent point rougir, non plus seulement à baisser les yeux mais à les fermer ; mais c'est que des femmes et des jeunes filles honnêtes, à la ville comme à la campagne, n'hésitent pas à imiter celles que, dans le fond de leur cœur, elles méprisent et que, peut-être un jour, elles maudiront ; et, en les imitant, elles accréditent dans le pays entier des modes dont hier encore on aurait rougi.

L'Eglise pouvait-elle se taire ?

Longtemps, elle a espéré que le mal que nous dénonçons resterait confiné dans certains milieux irrémédiablement perdus à l'avance, où les âmes adaptent leur tenue extérieure à la corruption de leur cœur et au dérèglement de leur vie, et que non seulement ce dévergondage ne franchi­rait jamais le seuil des foyers chrétiens mais que les femmes chrétiennes réagiraient. C'est pourquoi elle gardait le silence.

Aujourd'hui, toute sage espérance est perdue. La révolte de la pudeur et du noble orgueil ca­tholique ne s'annonce guère.

Les deux cités se mêlent dans la confusion du monde : et, grâce à cette promiscuité, les mœurs païennes, hier à peine tolérées dans les salons mondains, que l'on trouvait étranges dans les hôtels et sur les plages à la mode, envahissent les rues et les places publiques, menacent les foyers jusque-là fidèles, et, faisant preuve d'une audace inouïe, viennent battre les portes de nos églises et parfois pénètrent dans le sanctuaire.

Des personnes soi-disant pieuses ne portent­-elles pas à la sainte Table les audaces de la mode ? Elles s'approchent du Dieu de l'Eucha­ristie recueillies comme des nonnes, les yeux modestement baissés, les mains jointes, mais vêtues comme des mondaines, les bras nus, la robe largement échancrée, les jambes découver­tes. ELLES SCANDALISENT LES IRRÉLIGIEUX AUTANT QU'ELLES ÉCŒURENT LES FEMMES CHRÉTIENNES QUI GARDENT LE RESPECT D’ELLES-MÊMES ET D'AUTRUI. Le lieu du culte et de la prière est parfois trans­formé en salle d'exposition de toilette et on y vient pour s'y donner en spectacle. On oublie qu'on ne va pas à la messe, qui est l'immolation d'un Dieu pour nos péchés, comme on va à une soirée ou à une fête profane. Je ne sais rien de plus attristant pour une âme profondément chrétienne que le spectacle d'une partie de l'as­sistance à certains mariages et à certaines messes tardives du dimanche. Que de fois j'ai souhaité qu'on eût le courage d'imiter le divin Maître chassant les vendeurs du Temple, et qu'armé d'un fouet aux fines lanières, on dispersât hon­teusement, sous les huées du peuple fidèle, ceux qui ne viennent dans la maison de Dieu que pour s'y exhiber !

L'Eglise, par la voix de ses ministres, devait vous rappeler que, l'église étant la maison de Dieu, les dames et les jeunes filles ne doivent y venir, pour quelque cérémonie que ce soit, qu'en toilette très convenable. Dans ce lieu, où les âmes troublées viennent chercher la paix, le calme, où elles viennent respirer la pureté, ils vous supplient de ne pas y apporter le scandale vivant de vos toilettes païennes. Les sacrements étant choses saintes entre toutes, ils exigent de ceux qui s'en approchent un respect plus pro­fond encore.

L'Eglise devait rappeler à celles qui l'oublient, le danger que font courir aux âmes certaines toilettes. Les yeux sont les portes de l'âme, et, par eux, toutes les passions entrent en nous. Le sens de la vue, dit saint Grégoire de Nazianze, va plus loin que celui du toucher et son organe est le plus expéditif et le plus insatiable de tous. Les yeux sont des séducteurs toujours prêts à nous entraîner dans le crime. Il n'a fallu qu'un coup d'œil pour perdre David, et, de saint qu'il était, il devint tout à coup adultère et homicide. Vos maris et vos fils sont-ils par hasard plus saints que David, plus sages que Salomon, plus forts que Samson, pour qu'ils puissent faire fi des conseils de l'Esprit-Saint ? S'il nous recom­mande, avec insistance, de ne pas arrêter nos regards sur une jeune personne, même mise chastement, de peur que sa beauté ne soit une pierre d'achoppement à notre pureté, à combien plus forte raison, sur celles qui, par leurs toi­lettes lascives et provoquantes, ne cherchent qu'à attirer les regards et capter les cœurs !

Si vous croyez que j'exagère, demandez à vos prêtres ce que vos jeunes gens pensent de toutes ces exhibitions. Ils vous diront que, très souvent, c'est pour eux une cause de scandale et de chute. Interrogez vos maris, et s'ils ont du bon sens et un peu de clairvoyance, ils vous répondront qu'ils aimeraient beaucoup mieux de réserve, et que, pour leur plaire, il n'est pas nécessaire de se donner en spectacle à toute une société, et, souvent, à quelle société ! Voulez-vous, chrétien­nes, sous un futile prétexte de vanité, ou uni­quement pour suivre la mode, vous exposer à être la cause de la perte des âmes ?

Bon exemple, Action individuelle.

Chrétiennes, vous ne vous formaliserez pas des prescriptions qu'édictent les gardiens du sanctuaire et les distributeurs des sacrements. Ils vous demandent de ne pas vous présenter au confessionnal, à la Table Sainte, de n'assister à la messe, de ne remplir dans nos offices reli­gieux une fonction qu'en robe montante et de tenue sévère ; de n'y présenter vos enfants qu'avec un costume qui leur couvre les jambes au moins jusqu'aux genoux. Ne les critiquez pas s'ils entrent dans les détails. Ne récriminez pas s'ils insistent. On est si peu compris quand on s'adresse à une foule qui ne veut pas compren­dre et qui, pour ne pas obéir, se persuade que celui qui parle est incompétent.
Ne protestez pas contre les sanctions que vos évêques imposent à ceux qui refusent de tenir compte de leurs avis. C'est dur pour un prêtre de dire à une personne qui se présente au Tri­bunal de la pénitence : « Madame, allez vous vêtir et je vous entendrai ensuite » ; de ne pas donner la sainte communion à une autre age­nouillée à la Table Sainte, et qui, dans son in­conscience, ne comprendra pas ce geste et per­sistera jusqu'à ce qu'on lui dise qu'elle est in­correctement vêtue ; d'envoyer un bedeau dire à une jeune fiancée et aux demoiselles d'honneur qui l'accompagnent dans le sanctuaire de vou­loir bien, avant que la cérémonie commence, trouver dans l'assistance des fichus ou des four­rures qui les garantiront contre les courants d'air meurtriers et contre les regards moqueurs ou pervers, plus meurtriers encore. Remerciez respectueusement vos Pères dans la foi de leurs avertissements, obéissez comme des enfants doi­vent le faire à toutes leurs prescriptions, et mettez dans votre soumission de la joie, de la docilité, de la promptitude.

Disciples du Christ, vous devez le prendre pour modèle et pour rester fidèles aux engage­ments sacrés de votre baptême, vous devez, dans la question de votre toilette, comme dans le reste de votre vie, adopter pour règle de conduite le divin Évangile. De plus, puisque vous êtes enri­chies de la grâce de la Rédemption, vous devez opposer partout, dans la vie et dans le monde, à la mode païenne, la mode chrétienné ; à la vo­lupté, la réserve ; à la licence de la passion, la docilité à l'Église ; c'est un devoir de conscience d'aider par vos paroles et par vos exemples l'immense légion de volontés féminines qui, pour obéir à la mode, sombrent dans la lâcheté.

FEMMES, POUR LE SALUT DES AMES ET DE LA SOCIÉTÉ, IL S'AGIT DE RAMENER L'OPINION PUBLIQUE QUI, AUJOURD'HUI, CONFOND INCONVENANCE AVEC ÉLÉGANCE, DISTINCTION AVEC RIDICULE, AU RES­PECT DE SOI-MÊME, AU CULTE DE LA BEAUTÉ VRAIE ET DE LA DÉCENCE.

Tout d'abord, conscientes des responsabilités que vous encourez en vous habillant de telle ou telle manière, abstenez-vous de tout ce qui peut blesser la pureté chrétienne, de tout ce qui peut scandaliser l'innocent et inciter le vicieux au mal. Méprisant le qu'en-dira-t-on, les railleries de votre propre milieu, bannissez de vos toilettes les jupes trop adhérentes et trop courtes, les corsages aux encolures outrageusement dégagées, aux draperies transparentes, qui rendent plus provoquant souvent ce qu'elles prétendent dissi­muler.

Cette action individuelle par l'exemple, surtout quand on porte un grand nom et qu'on occupe une situation élevée, n'est pas à dédaigner. Ceux qui savent combien les femmes de condition modeste regardent, pour copier leurs toilettes, pour imiter leurs gestes et leurs allures, celles qu'elles imaginent être d'une condition sociale supérieure, loin de dénigrer ce moyen d'apos­tolat, le recommanderont toujours.

Pour entraîner à votre suite celles qui atten­dent que la modestie soit à la mode, la conver­sation vous sera d'un précieux secours. Dans vos réunions, dans vos soirées, blâmez tout haut les inconvenances que le monde réprouve tout bas, ne craignez pas de flétrir, comme elles le méritent, vertement, certaines nouveautés et cer­taines audaces. On ne reste pas insensible à des critiques qui viennent de personnes qu'on fré­quente et dont on recherche l'estime et la bien­veillance.

Montrez à celles qui ont peur qu'on les ramène à des âges disparus et à des modes antiques, en étant pour elles un exemple vivant, qu'on peut s'habiller avec soin, avec goût, avec une certaine recherche, que réclame le bon sens et qu'autorise le rang social, sans audace et sans indécence. Prouvez-leur qu'une toilette peut être charmante et d'une suprême élégance sans devenir suran­née ; qu'il suffit pour cela de ramener la mode à de justes proportions : corsage moins ouvert, jupe plus longue et moins serrée, lignes moins accusées, le tout plus enveloppé et peu voyant.

Action collective

Un soldat, si valeureux qu'il soit, ne gagne pas une bataille à lui tout seul : une idée, toute grande qu'elle soit, ne fait pas son chemin à travers le monde, si des milliers de bouches ne la répandent ; un mal collectif ne peut être guéri que par un remède collectif. Vous ne remporterez la victoire contre les modes actuelles que si vous pouvez lancer à l'assaut des bataillons ennemis une véritable armée; vous n'imposerez vos idées que si mille et mille bouches, mille et mille tracts, brochures et livres, mille et mille articles de revues et de journaux les propagent dans tous les milieux et sur tous les points du territoire ; vous ne guérirez ce mal de la mondanité qu'en appliquant énergiquement un remède aussi général que le mal lui-même.

Que votre action collective, celle de vos ligues, de vos associations, de vos conférences, de vos congrégations s'exercent auprès des couturiers et des modistes. Obtenez d'eux l'engagement qu'ils ne fassent que des toilettes raisonnables et qu'ils refusent à propager de nouvelles modes dangereuses. De votre côté, assurez votre propre clientèle et faites des efforts pour amener telle de vos amies à ceux qui se conformeront aux règles de la bienséance et de la modestie, et re­tirez-la impitoyablement à ceux qui n'opposeront à vos réclamations que des refus ou une aimable fin de non-recevoir.

Agissez sur les directeurs des grands magasins où d'ordinaire on ne trouve que « du décolleté », et exigez qu'ils tiennent à la disposition de leur clientèle catholique des modèles convenables. Demandez-leur de bannir de leurs étalages les mannequins inconvenants et de leurs catalogues les dessins donnant aux silhouettes un aspect débraillé, canaille, si peu conforme à la délicate mesure du goût. Vous agirez ainsi sur la midi­nette qui, les yeux pleins d'ardentes convoitises, passe devant les étalages séducteurs, sur la petite paysanne qui, dans son village perdu dans la plus lointaine province, rêve en feuilletant son catalogue.

Ne pensez-vous pas que les couturières et les grands faiseurs, pour ne pas perdre une bonne partie de leur clientèle, et peut-être la meilleure, ne changeraient pas leur manière de faire ? Ils sauraient et très rapidement trouver de nouveaux modèles à votre convenance.

On ne résiste pas à des femmes qui, par cen­taines de mille agissent d'après un mot d'ordre très précis, qui exigent qu'on tienne compte de leurs réclamations, qui imposent leurs volontés. On s'incline devant cette puissance. Lui résister c'est aller de gaieté de cœur à la faillite, à la ruine.

VOUS ÊTES LE NOMBRE, FEMMES CHRÉTIENNES. VOUS AUREZ, COMBATTANT AVEC VOUS, SI VOUS VOU­LEZ ENTRER RÉSOLUMENT DANS LA LUTTE, TOUT CE QU'IL Y A DE MEILLEUR DANS NOTRE RACE : vos sœurs, les mères de famille, qui ont le souci de la dignité, de la moralité, de l'âme de leurs filles, les éducatrices qui se rendent compte combien la vanité est un terrible obstacle à la formation de leurs élèves, au sérieux de la vie. Vous aurez comme auxiliaires, et non des moins précieux, les hommes qui ont à sauvegarder la prospérité ma­térielle et l'intégrité morale de leurs foyers, qui doivent se préoccuper des répercussions sociales de la mode. Si tous les pères de famille chrétiens, si tous les hommes honnêtes entraient en ligne de bataille dans cette lutte contre les modes d'au­jourd'hui, très certainement ils seraient pour beaucoup dans la victoire finale, comme ils ont été pour beaucoup, par leur indifférence, leurs plaisanteries, dans les excentricités et les exagé­rations dont ils se plaignent parfois si amèrement et dont ils ont peut-être tant à souffrir.

CONCLUSION

Debout, pour la croisade ! Le Pape Pie XI vous y appelle ! « Nous vous demandons, disait-il aux anciennes élèves des Dames du Sacré-Cœur, de nous venir en aide dans cette belle croisade pour la modestie chrétienne ».

Le Pape appelle à la croisade pour la modestie, tous ses enfants répondront : Présent !

LE PAPE LE VEUT ! DIEU LE VEUT !

La Modestie de la Tenue chez la Femme Chrétienne, Le danger des modes actuelles, 1932

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