« C'est une grande chose d'avoir, au sein même de l'Église catholique, la foi dans son intégrité »
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-Jean 8, 32

lundi 18 avril 2016

Thomas Chapais - Ultramontain (2) - 24 août 1889

24 août 1889

Notre confrère de la Presse revient à la charge à propos du mot ultramontain.
Vidons pour tout de bon l’incident. Et d’abord établissons nettement la position.

Le Canada publie un entrefilet où il est dit que l’épithète ultramontain constitue un affront pour celui à qui on l’applique.

Nous faisons observer que cette qualification, loin d’être une injure doit être considérée comme un terme  d’honneur, puisqu’elle « signifie union intime et absolue avec le siège de Rome. Il n’est pas un bon catholique ajoutions-nous, qui ne doive être ultramontain. »

Là-dessus, notre confrère de la Presse intervient pour nous redresser et nous éclairer. Il affirme qu’il n’y a plus d’ultramontains, qu’il ne doit plus y en avoir, et que maintenant « ce titre n’est plus un titre d’honneur pour les catholiques. »

Nous insistons, nous maintenons notre position, nous prouvons que, dans l’histoire religieuse contemporaine, ce qu’on a appelé l’ultramontanisme a joué un grand et glorieux rôle.

Peine inutile, notre confrère ne veut pas en avoir le démenti, et nous adresse des objurgations comme celles-ci :

« Nous demandons mille pardons à notre confrère, mais être catholique tout court, voilà le titre d’honneur auquel toutes les épithètes du monde de ne sauraient rien ajouter.
Croire ce que croit et enseigne la saint Eglise catholique, apostolique et romaine, cela suffit pour être du plus pur catholicisme.
Nous ne voyons pas pourquoi M. Chapais qualifierait son catholicisme autrement que le nôtre, si nous avons absolument la même foi. »

Notre confrère nous permettra de lui dire qu’il déplace la question. Nous ne qualifions pas notre catholicisme autrement que le sien. Nous tenons que tout enfant de l’Eglise doit être satisfait de s’appeler catholique, tout court. Mais notre confrère n’ignore pas sans doute que, dans l’application des principes et des doctrines catholiques aux temps et aux lieux, il peut se produire et il se produit des vues divergentes. C’est un fait historique indéniable. Or, dans une certaine période de notre siècle, ces vues divergentes se sont manifestées, spécialement en France, avec une grande vivacité, sous les noms de libéralisme-catholique, d’un côté, et d’ultramontanisme, de l’autre. Le Syllabus et le Concile du Vatican ont fait triompher l’ultramontanisme, c’est connu, et depuis ce temps tout bon catholique doit être ultramontain. Notre confrère comprend-il que nous ayons été indigné de voir le Canada se servir de ce mot comme d’un terme injurieux?

Si le directeur de la Presse n’admet pas la justesse de la démonstration et des définitions que nous venons de faire, nous pouvons lui fournir des autorités qui le satisferont peut-être davantage. Il connait sans doute Konings, le grand docteur, le grand auteur de théologie morale, fameux dans les écoles, dont les traités sont enseignés dans presque toute l’Amérique Septentrionale, et ont été récemment substitués à ceux de Gury par Son Eminence le Cardinal Taschereau dans ses grands séminaires. Voici ce qu’enseigne ce savant théologien :

« Graviter quis peccat contra fidem… interrogatus utrum sit Romanista aut Papista, responderet se non esse… Idem hodie post Syllabum et Decreta Concilii Vaticani dicendum videtur, si quis negaret se esse Ultramontanum.

Il pècherait gravement contre la foi celui qui, interrogé s’il est Romaniste ou Papiste, répondrait qu’il ne l’est pas. Aujourd’hui, après le Syllabus et les Décrets du Concile du Vatican, il nous parait qu’on doit en dire autant de celui qui nierait qu’ils est Ultramontain. Konings : Theol. Moral. S. Alphonsi compendium Tractatus de virtut : Cap. I, de Fide, art. I, Nos 254 et 251).


Voilà qui est péremptoire et positif. Voilà ce qui est enseigné dans nos grands séminaires. Il nous semble que notre manière de voir est désormais suffisamment étayée pour résister aux impertinences du Canada, et aux observations critiques de notre confrère de la Presse.

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