« C'est une grande chose d'avoir, au sein même de l'Église catholique, la foi dans son intégrité »
-Saint Augustin

« L'ignorance est notre pire ennemi. »
-Saint Pie X

« La vérité vous rendra libre »
-Jean 8, 32

jeudi 26 octobre 2017

Père Onésime Lacouture - 2-23 - La pauvreté de Jésus


VINGT-DEUXIÈME INSTRUCTION
LA PAUVRETÉ DE JÉSUS.

«Les renards ont leurs tanières et les oiseaux du ciel leurs nids mais le Fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête.» Mt.  8-19 «Apprenez de moi que je suis doux et humble de coeur.»
Mt.11-29
Plan Remarque (En pratique.  La pauvreté de Jésus: (En doctrine.  (Dans ses disciples.  (Préserve du péché.  Avantage pour nous: (Exerce les vertus.  (Favorise l’amour de Dieu.
REMARQUE  Jésus ne vient pas seulement nous racheter, mais il vient aussi réformer notre vie, guérir nos blessures, enlever les causes du péché et nous indiquer les moyens de pratiquer les vertus surnaturelles.  Pour mieux comprendre l’orientation de sa vie si contraire à la sagesse humaine, il faut vous rappeler que, indépendamment de la chute, nous naissons tous avec deux amours très forts et bien naturels qui sont un obstacle à l’amour de Dieu qu’il exige pour nous donner son ciel.  Le premier est l’amour des créatures et l’autre l’amour de soi-même ou ce qu’on appelle l’amour-propre.  Si nous étions destinés aux limbes nous pourrions garder ces deux amours qui sont bons et naturels.  Mais parce que nous sommes appelés non seulement au ciel, mais à la participation à la vie intime de la Trinité par Jésus-Christ, ces deux amours n’ont plus leur raison d’être dans notre fin dernière.  Au ciel, toute notre capacité d’aimer sera concentrée uniquement sur Dieu: les créatures terrestres auront disparu et notre amour-propre aussi, puisque nous serons complètement transformés en êtres divins.  Dieu sera tout pour nous et ce n’est que lui que nous aimerons dans les élus et en nous-mêmes.
Eh bien!  nous savons que nous devons commencer sur terre la même vie qu’au ciel par la grâce et dans la foi en autant que notre condition terrestre nous le permet.  Donc il nous faut lutter constamment contre ces deux amours naturels pour faire la place à l’amour de Dieu.  La question de péché n’entre pas dans cette lutte.  Nous serions purs comme on peut l’être en ce monde, comme avant le péché originel, que nous devrions nous débarrasser de ces deux amours qui ne sont que naturels pour donner notre amour tout entier à Dieu seul selon le premier commandement.
Jésus en tant qu’homme a pratiqué à la perfection le mépris des choses créées et le mépris de lui-même, par la pauvreté et par l’humilité.  Comme il est Dieu il le fait avec la plus grande perfection possible.  Nous aussi quelque purs que nous soyons de tout péché, nous devons donner à Dieu absolument toute notre capacité d’aimer.  Or, nous naissons avec ces deux amours extrêmement forts et qui nous tiennent dans toutes les fibres de notre être.  Et l’amour de Dieu n’entrera qu’en proportion que l’on rejettera ces deux amours innés, qui ne sont pas du tout péché, mais simplement qui accaparent notre coeur qui doit être tout à Dieu.  On voit tout de suite pourquoi les démons même poussent tant les prêtres à attaquer les péchés: pendant ce temps-là ils ne prêchent pas contre ces deux amours qui empêchent l’amour de Dieu en nous.  Dans cette première partie nous allons voir comment Jésus combat l’amour des choses créées par sa pauvreté qui se trouve à être le mépris concret et pratique des créatures.  la pauvreté de jésus.  Nous ne devons pas nous arrêter simplement à sa pratique de la pauvreté, mais remonter aux motifs qu’il a de la pratiquer.  Notre clergé philosophe et tous ceux qu’il a formé à son école ont du chemin à parcourir pour se faire une idée de cette vertu en Jésus.  Ils sont saturés de ce principe que nous n’avons que le péché à rejeter et que tout le reste est bon «en soi», peut être gardé, y compris évidemment l’amour des créatures et de soi-même.  Comme la lutte à ces deux amours naturels n’est jamais entrée dans leur tête selon leur philosophie, ils ne peuvent pas comprendre la pauvreté de Jésus ni l’estimer.  Aussi ils n’ont l’intention ni de la pratiquer ni de la prêcher.  Ils la regardent comme une sainte exagération en Jésus… comme il y en a bien d’autres!  Pour eux, ils règlent tout avec leur «en soi».  «En soi» il n’y a pas de mal à se procurer un riche fauteuil, une très belle automobile, etc.  et ils se meublent des maisons comme des richards.  Comment ces prêtres saisiraient-ils l’esprit de Jésus dans la pratique de la pauvreté?  Tandis que lorsqu’on prend le point de vue théologique, ou que l’on considère la pauvreté par rapport à Dieu, tout change d’aspect.  Dieu ne met pas son amour dans les échantillons ni son bonheur.  Or nous sommes destinés à participer à l’esprit de Dieu et à son amour.  Au ciel nous jetterons tout notre esprit dans les perfections divines et tout notre coeur pour les aimer.  Donc la pauvreté sur terre est justement la conséquence logique de cet amour de Dieu au ciel.  C’est le ciel commencé sur terre: C’est arracher son esprit aux échantillons pour le jeter dans la source infinie des échantillons; c’est arracher son coeur au catalogue des richesses divines pour le donner tout aux trésors infinis des perfections divines!  Comme elle devient autrement attrayante, autrement facile avec ces motifs surnaturels dans la volonté!  Voilà donc ce que Jésus va pratiquer avec la dernière perfection.  Il veut nous donner l’exemple d’une vie céleste sur terre et de l’amour de Dieu pratique par un mépris souverain de ses rivales à notre affection, les créatures.  Surtout quand on songe que nous n’avons que quelques années sur terre pour souffrir la pauvreté; car notre païen regimbe toujours plus ou moins dans ces privations que nous nous imposons pour l’amour de Dieu.  Plus nous fixons les yeux sur les richesses célestes que nous nous achetons par la pauvreté, plus elle devient facile et aimable.  Moins nous sommes contaminés par les philosophes et plus nous comprenons l’esprit de Jésus dans la pratique de la pauvreté.
Il aurait bien pu avoir un beau palais pour vivre et des serviteurs sans pécher!  Il aurait pu jouir d’une foule de plaisirs sans aucun péché.  Voilà ce que nos philosophes donnent au monde.  Ce n’est pas du tout ce que Jésus a prêché ou pratiqué.  Ils sont donc de travers avec Jésus.  Mais avec leur esprit païen ils sont incapables de voir même leur erreur.  Que Dieu les éclaire et qu’il nous préserve de tomber dans un pareil aveuglement.
Pendant cette méditation prions le St-Esprit qui est l’amour divin de nous éclairer par ses dons afin que nous le suivions parfaitement dans l’imitation de la pauvreté de Jésus.  C’est en vue de la pratiquer que nous la méditons.  Car l’amour de Dieu ne se donne pas à la tête, mais au coeur de chair et vivant de l’homme.
Sa pratique.  Jésus n’est pas du tout philosophe comme la plupart des prêtres le sont.  Il ne se contente pas de mots ni des vertus abstraites «in se».  Il vit dans le concret sa sainteté.  Ce n’est pas lui qui donnerait une conférence sur la pauvreté «en soi»!  Il vit sa conférence dans la pratique réelle de la pauvreté.  Si elle est une bonne chose elle vaut la peine d’être vécue et il la vit… et non pas à certaines occasions ou époques de sa vie, mais dès son arrivée en ce monde jusqu’à sa mort; personne ne sera plus pauvre que lui.  Les hommes naissent dans des maisons, mais Jésus naît dans une étable et on le couche dans une mangeoire sur de la paille.  Comme il vient pour sauver les hommes qui sont descendus au rang des bêtes, il s’abaisse jusqu’à eux pour les élever jusqu’à lui.  Le Ps.  48, 21, dit: «L’homme même dans sa splendeur ne comprend pas; il est semblable aux bêtes qui périssent.» Et St-Paul dit que l’homme animal ne comprend pas les choses de Dieu.  Aussi on parquait souvent les esclaves dans les granges et dans les étables avec les animaux; or Jésus s’est fait esclave pour nous racheter et il est traité comme tel.  Il est bien certain que ce n’est pas par nécessité qu’il naît ainsi, mais par choix.  Il aurait pu avoir une maison et le plus beau palais du monde s’il avait voulu.  Il choisit cette pauvreté librement et par amour de Dieu et de nous.  Il va montrer dès son apparition en ce monde qu’il méprise souverainement tous ces échantillons par rapport aux perfections divines.
Pour le premier homme Dieu créa un beau paradis terrestre avec tout le confort possible, comment se fait-il que pour son Fils unique il ne lui prépare rien du tout et l’abandonne comme un exilé?  C’est ce qu’est l’homme de fait; à cause de son péché il est chassé de sa belle demeure que Dieu lui avait préparée.  Il faut que Jésus vive ce châtiment puisqu’il est venu satisfaire son Père en expiant le péché de l’homme.  Adam a péché pour l’amour d’une créature qu’il a préféré à Dieu, Jésus va préférer Dieu à toutes les créatures sans exception.  Il va montrer aux hommes ce qu’ils doivent aimer; Dieu, et ce qu’ils doivent mépriser: les créatures rivales de Dieu à l’affection de l’homme.  A peine né, il est exilé en Egypte où il vit dans la plus grande pauvreté.  J’ai vu à Matarich où la tradition place son séjour; peu importe que ce soit exactement l’endroit, il représente bien la pauvreté du pays.  Quelques petites maisons faites de terre cuite au soleil, sans plancher, sans meubles, ni tables, ni chaises, où l’on couche sur des nattes à terre, où l’on mange à terre.  Les gens sont pauvrement habillés et gagnent juste assez pour ne pas mourir de faim.  Qu’est-ce que cela devait être il y a 19 siècles?  A Nazareth, pendant une trentaine d’années, Jésus aide St-Joseph à gagner la vie de la sainte Famille par le métier de charpentier.  Or il n’y a presque rien en bois dans ce pays.  Des manches de hache, de marteaux, des jougs et des charrettes, et tout cela à des prix ridicules.  Il devait travailler longtemps pour gagner sa vie.  Il exécutait la sentence de Dieu: «Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front.» Il est certain qu’il le fit parfaitement et à la lettre.  Pendant sa vie publique, il n’a rien à lui, comme il le dit au scribe qui veut le suivre: «Les renards ont leurs tanières et les oiseaux leurs nids, mais le Fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête.» Ses disciples quêtent leur nourriture et celle de Jésus; parfois ils glanent les épis de blé laissés sur le champ et même se passent de repas.  Ils vivent comme les oiseaux du ciel aux dépens de la Providence.  Il insinue clairement à ceux qui le suivent qu’ils doivent suivre la pauvreté.  A tous il dit: Si quelqu’un ne renonce pas à tout ce qu’il possède, il ne peut être mon disciple.  C’est donc que lui-même a renoncé à tout au monde; il veut que ses amis soient comme lui.  Dans sa passion il perd même le peu qu’il avait; ses amis, sa réputation, son honneur, son oeuvre et jusqu’à ses vêtements et il meurt nu comme il était né.  On ne peut pas pousser la pauvreté plus loin.  Voilà donc comment Jésus a pratiqué la pauvreté réelle dans toute la force du mot.  Il ne l’a pas simplement admirée de loin ou ne l’a pas simplement prêchée, mais il l’a vécue dans toute sa dure réalité.  Comme il a cassé l’amour naturel pour les créatures dans son humanité, n’oublions pas qu’il nous faut jeter dehors l’amour pour les échantillons si nous voulons avoir l’amour de Dieu; les deux ne vont pas du tout ensemble.  On ne peut pas aimer Dieu et le monde, nous dit Jésus.  Il a aimé Dieu, donc il a méprisé le monde avec tout ce qu’il renferme.
Pour nous, la pauvreté de Jésus comme pour lui doit être une vie, pas une simple admiration.  Il faut être une seule chose avec Jésus, pas seulement dire qu’on l’est.  Le signe qu’on vit le plan divin sera quand on manque d’une chose utile et même nécessaire et que l’on trouve cela normal, qu’on ne se plaint pas et même que l’on remercie Dieu de cette faveur divine d’avoir une occasion de devenir riche pour le ciel.  C’est le propre de la pauvreté de manquer de l’utile et même du nécessaire.  C’est pour nous la faire pratiquer que Dieu permet que même chez les gens à l’aise, par oubli de quelqu’un, il manque des choses dans la maison, eh bien, comme chrétiens, sachons les accepter en esprit de foi et en union avec la pauvreté de Jésus.  Pour être pratique n’attendons pas que le bon Dieu nous dépouille, mais allons de l’avant; dépouillonsnous; le mieux est de commencer doucement; on donne un objet de trop, par exemple, on a plusieurs plumes à écrire, donnons-en une, puis goûtons un peu ce sacrifice.  Puis quand on a digéré celui-là, qu’on en fasse un autre, et ainsi de suite.  La grâce du premier sacrifice nous aidera à faire le deuxième et celle du deuxième à faire le troisième et ainsi de suite pour les autres.  Défions-nous de la tentation ordinaire du démon; il va dire: tu vas donner absolument tout ce que tu as?  Il nous montre le dénuement extrême pour nous faire peur.  On n’a qu’à lui répondre que ce n’est pas de ses affaires!  que vous donnerez ce que vous voudrez au jour le jour.  Si on est troublé en donnant, eh bien, on arrête et l’on attend la grâce pour le faire avec calme et contentement.  Qu’on ne se laisse pas prendre par ce trouble.  Un cultivateur ne sème pas la première année pour toute sa vie!  Il sème une année et il s’arrête!  Puis il sème une autre fois et il s’arrête!  Eh bien, faisons de même pour nous dépouiller; faisons ce que nous pouvons avec joie pour l’amour de Dieu, puis plus tard, pas à la fin de la vie, mais quand on sera calme et qu’on aura la force de faire d’autres sacrifices, faisons-les alors!  C’est un art comme un autre, on apprend par l’exercice.  Ce qui paraît une montagne au début devient facile avec l’exercice.  Surtout avec les grâces que Dieu donne, on vient à aimer à faire l’aumône, à savoir comment la faire avec le plus grand avantage pour les pauvres et pour la gloire de Dieu.  Que de choses dont on pourrait se passer si on aimait Dieu et les pauvres!  Combien ont des gardes-robes remplies de linge que les mites mangent et qui feraient tant de bien aux membres souffrants de Jésus!  Que de nourriture parfois jetée dont les pauvres se rassasieraient avec plaisir!  Que d’argent gaspillé au jeu qui ferait vivre bien des pauvres!  Que chacun y voit!
Sa doctrine évidemment est l’écho de sa vie; il prêche ce qu’il a pratiqué d’abord.  Sa prédication est pénétrée de l’idée de la pauvreté, il enseigne de toutes les façons possibles le détachement des biens de la terre.  Autant il veut nous donner l’amour de Dieu, autant il faut qu’il nous enlève l’amour des créatures.  Or on sait combien il tient à ce que nous aimions Dieu de tout notre coeur comme le demande le premier commandement.  La contre-partie est le détachement des biens de ce monde; voilà pourquoi il insiste tant sur le mépris réel des choses de la terre.
Les Pères disent que le sermon sur la montagne contient la charte du christianisme.  Eh bien, Jésus commence par la pauvreté: «Bienheureux les pauvres d’esprit, car le royaume des cieux est à eux»; s’ils rejettent l’amour des choses créées, ils auront l’amour de Dieu et c’est là le royaume de Dieu.  Là aussi il veut que nous n’ayons aucun souci pour les besoins futurs ou même du lendemain, nous abandonner entièrement à Dieu.  Pour pratiquer esprit d’abandon, il faut être complètement détaché des biens de ce monde.  La parabole de la perle précieuse et celle du trésor caché enseignent à donner tous ses biens pour se procurer le ciel et donc elles veulent que nous pratiquions la pauvreté autant que possible.  Une foule nombreuse marchait avec Jésus; il se retourne et leur dit: «Si quelqu’un vient après moi et ne hait pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses soeurs et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple.  Il veut dire ceci: Comme tout notre amour de volonté doit aller à Dieu, il n’en reste plus pour ses parents.  Si on les aime il faut que ce soit en Dieu et pour Dieu et dans ce cas c’est Dieu qu’on aime en eux et alors cet amour n’est pas rival de notre amour pour Dieu.
Cet amour pour les parents est physique, dans le sang et dans la nature; nous ne pouvons pas nous en défaire; il ne vaut rien, ni pour, ni contre Dieu.  Mais ce qu’il ne veut plus c’est que nous agissions selon cet amour.  Un chrétien doit tout faire pour Dieu seul dans l’ordre de sa volonté libre.  Alors s’il ne suit pas les tendances naturelles vers ses parents, c’est comme s’il les haïssait de fait.  Car en amour faire quelque chose pour plaire à un autre insulte, même quand cette chose est bonne de sa nature.  C’est pour cela que Dieu ne veut pas du tout que nous fassions une seule chose pour l’amour d’un autre.  Jésus ajoute: «Car qui d’entre vous, voulant bâtir une tour, ne suppute auparavant à loisir la dépense nécessaire pour savoir s’il aura de quoi l’achever, de peur que lorsqu’il aura jeté les fondements et qu’il ne pourra l’achever, tous ceux qui le voient ne commencent à se moquer de lui en disant: cet homme a commencé à bâtir mais il n’a pas achevé.» Ainsi ce qu’est l’argent pour construire, la pauvreté l’est pour construire sa tour spirituelle ou sa sainteté.  C’est comme Jésus le dit souvent: on achète le divin avec de l’humain, du céleste avec du terrestre.  Donc à mesure que la sainteté augmente, la pauvreté doit aussi augmenter.  En d’autres termes, on augmente en amour de Dieu en proportion qu’on se détache des créatures ou qu’on se dépouille d’elles.  St-Paul dit que Jésus s’est fait pauvre, de riche qu’il était afin de nous enrichir par sa pauvreté.  C’est dire que Jésus s’est dépouillé de tout ce qu’il avait ou pouvait avoir afin de nous mériter le ciel.  C’est aussi ce qu’il veut de nous tous.  Son plan est le même pour tous sans exception; on aura au ciel ce qu’on a semé en ce monde et l’on possédera Dieu en proportion qu’on l’a payé avec les choses de ce monde.
Au jeune homme riche Jésus dit qu’il lui manque encore une chose pour arriver au ciel: se détacher de ses biens.  Il avait encore cet amour naturel que tout homme a pour les choses créées en venant en ce monde.  Il ne pouvait pas avoir l’amour de Dieu tant qu’il gardait l’amour de ses biens.  Or ordinairement pour se débarrasser de cet amour le seul moyen pratique est de se défaire de ses biens.  C’est ce que Jésus dit au jeune homme, mais il s’en alla triste parce qu’il avait beaucoup de ces biens qu’il aimait.
Défions-nous de ce détachement de volonté tout en
gardant ses biens; que d’illusions là!  Devant la foi ce n’est pas facile de trouver des motifs pour garder ses biens superflus selon la foi.  Car il est facile à l’amour naturel des créatures de se trouver des excuses pour ne pas avoir de superflu.  On n’a qu’à acheter de plus beaux habits, plus d’ameublements, des maisons de campagne plus riches, changer d’auto plus souvent, faire des voyages dispendieux, etc.  et on n’a jamais de superflu avec ce régime de païen.  Alors pour la mentalité païenne de la plupart des chrétiens cette question de superflu ne se pose pas.  Il faut prendre une autre règle de conduite pour ces gens.  Le mieux est de les instruire sur le plan divin pour gagner le ciel qui consiste à l’acheter aux dépens des échantillons ou le récolter en semant des créatures par le sacrifice.  Qu’on demande à ces gens ce qu’ils ont donné pour acheter le ciel ou pour le récolter.  Qu’ils le marquent en blanc et en noir sur le papier.  Ils montrent où est leur coeur par la sorte de biens qu’ils tiennent à avoir… et cela se montre par ce qu’ils sacrifient pour l’amour de Dieu.  Que les riches comme en Amérique où l’on défend aux pauvres de quêter ne se fassent pas prendre par cette excuse que personne ne leur demande l’aumône; c’est à eux à aller à la recherche des pauvres, créés par Dieu pour donner le ciel aux riches.  Les pauvres sont les porteurs des biens des riches pour le ciel.  Comme dit St.  J.  Chrysostome, le rôle des pauvres est incomparablement supérieur à celui des riches.  Ceux-ci ont été établis par Dieu pour donner la vie temporelle aux pauvres, mais les pauvres sont établis pour donner la vie éternelle aux riches.  Voilà pourquoi c’est aux riches à aller supplier les pauvres de vouloir bien accepter leur aumône afin d’avoir une place au ciel avec eux.  C’est le désordre que les pauvres aillent quêter, c’est aux riches à aller les découvrir avec les moyens faciles qu’ils ont de se déplacer, de beaux équipages ou de nos jours de belles machines.  Qu’ils les chargent de provisions et qu’ils aillent les distribuer aux pauvres chaque semaine, par exemple.  Quand les riches veulent voyager il faut qu’ils aillent à un agent établi pour vendre des billets; eh bien, qu’ils aillent chez les pauvres acheter leur billet pour le ciel!  en le payant avec des provisions et des habits.  Commençons vite.  Dieu ne nous a pas promis encore bien des années pour avoir notre billet pour le ciel.
Jésus a fait pratiquer sa pauvreté par les deux plus saints personnages au monde après lui: Marie et Joseph.  Il les voulait tout près de lui au ciel; alors il les a tenus dans la plus grande pauvreté au monde comme lui.  Eh bien, en proportion que nous voulons être près de Jésus au ciel, aimons et pratiquons la pauvreté.  On comprend que St.  Ignace nous recommande d’aimer la pauvreté comme une mère.  Sont-ils nombreux ceux qui ont de l’affection pour elle?  qui lui font des caresses fréquentes en se dépouillant de quelque chose aussi souvent que possible avec la grâce de Dieu?  Ceux qui prétendent aimer Jésus et qui n’aiment pas la pauvreté sont dans l’illusion, car Jésus et la pauvreté c’est la même chose au point de vue de l’amour de Dieu et donc du mépris du créé.  Quand on veut progresser en amour de Jésus qu’on se rappelle ce qu’on demande à Dieu!  C’est aller du côté de la pauvreté du coeur au moins et le plus possible à la pauvreté effective ou de fait.
En ses disciples.  Il est bon de voir comment ils ont compris la pratique et la doctrine de Jésus au sujet de la pauvreté.  Est-ce qu’ils ont pratiqué seulement la pauvreté de détachement et qu’ils ont prêché seulement la pauvreté du coeur?  Quoique nos philosophes diraient «strictement parlant» elle suffit pour être sauvé, les Apôtres comme Jésus étaient plus pratiques; ils connaissaient le coeur humain qui s’attache à tout ce qui peut flatter la nature, et ils ont prêché de fait la pauvreté réelle et effective.  C’est aussi la pratique des Saints.  Act.  244: «Ceux qui croyaient étaient ensemble et possédaient tout en commun; ils vendaient leurs terres et leurs biens et ils les distribuaient à tous selon le besoin de chacun.» Ces distributions réelles augmentèrent tellement que les Apôtres ont dû établir des diacres pour faire ces distributions.  I Cor.  9-25: «Tous ceux qui combattent dans l’arène, s’abstiennent de toutes choses, eux pour gagner une couronne corruptible, mais nous une couronne incorruptible.» Phil.  3-8: «Tout me semble perte au prix de l’éminente science de Jésus-Christ, mon Seigneur, pour l’amour duquel je me suis privé de toutes choses, les regardant comme du fumier afin de gagner Jésus-Christ.» Il s’est donc privé effectivement de toutes choses et donc a pratiqué la pauvreté réelle dans le concret.  Tous ces textes et bien d’autres qu’on pourrait citer montrent que les disciples de Jésus ont compris dans tous ces textes sur la pauvreté, la pauvreté réelle, effective.  Quand on méprise une chose réellement, on la rejette au loin.  Eh bien; les disciples ont appris qu’il faut mépriser réellement les échantillons et ils les ont rejetés loin d’eux.  Leur amour pour Dieu était bien réel; il fallait que le mépris de ses rivales à notre affection fût aussi réel.  A mesure qu’une âme monte vers Dieu, elle se détourne de l’affection des choses créées.  L’amour de Dieu réel est en raison inverse de l’amour des créatures.  Si donc nous voulons être avec Jésus, les Apôtres et les Saints, nous devons rejeter le plus possible les choses créées et dans le concret autant que possible, pas seulement par le détachement du coeur, qui n’est pas facile à mesurer et à peser.  On peut se faire grandement illusion sur ce détachement intérieur.  On s’en aperçoit quand de fait on commence à se dépouiller de fait.  Comme il en coûte: c’est donc qu’on n’était pas aussi détaché qu’on le pensait.  Toute cette doctrine est en parfaite harmonie avec nos dispositions dans le ciel.  Là il est certain que nous ne voudrons pas autour de nous des échantillons de la terre, mais uniquement les perfections divines.  Eh bien!  on dit souvent que la mort ne fait qu’immortaliser ce qu’elle trouve dans le coeur; si nous voulons les dispositions du ciel, il faut donc les cultiver tout de suite sur terre.  Eh bien!  Jésus, les Apôtres et les Saints nous l’indiquent clairement au sujet de la pauvreté; c’est de la pratiquer dans le concret et pas seulement l’admettre et l’admirer de loin.
Est-ce que tout confesseur intelligent n’exigerait pas le renvoi effectif d’une maîtresse qu’un pénitent aurait?  Est-ce qu’il devrait le laisser la fréquenter s’il promettait de s’en détacher de coeur?  Cela n’aurait aucun bon sens.  S’il n’a pas le droit de l’aimer, eh bien, qu’il l’éloigne de lui absolument.  Or, il est certain que le coeur de l’homme est aussi sensible aux plaisirs créés que l’homme l’est pour une femme qu’il aime. 
Voilà pourquoi Dieu exige le renvoi effectif et réel pour ses meilleurs amis.  «Strictement parlant» un docteur dirait qu’on peut aimer Dieu en étant riche.  C’est vrai.  Mais moralement parlant ces phénomènes sont assez rares dans l’Eglise.  Comme un mari fait un acte d’amour envers sa femme en rejetant les avances d’une autre femme, ainsi le chrétien fait un acte d’amour de Dieu quand il rejette loin de lui les avances des créatures qui pourraient le captiver ou qui le captivent.  avantages pour nous.  Préserve du péché.
La pauvreté, acceptée pour l’amour de Dieu, préserve du péché.  Ce sont les créatures qui alimentent la concupiscence et les passions.  Moins on en a et moins on est exposé au péché.  On voit que lorsque Dieu veut convertir des pécheurs riches, il commence par leur envoyer la perte de leur position ou de leurs biens, afin de leur enlever les moyens de se satisfaire, ou encore la maladie.  On voit aussi qu’une foule de Saints ont été élevés très pauvrement; c’est donc un milieu plus favorable pour la sainteté.  La pauvreté favorise aussi l’humilité qui préserve d’une foule de péchés en attirant les grâces de Dieu, comme la richesse favorise l’orgueil qui éloigne de Dieu et conduit ainsi au péché.  Elle exerce les vertus, au moins elle est de nature à leur fournir un aliment a leur exercice.  Elle fait réfléchir sur le plan de Dieu.  Les pauvres se demandent pourquoi Dieu en a fait de si riches et d’aussi pauvres et s’ils ont un peu de foi ils essaient de justifier la Providence divine infinie et sage et qui veut le bien de l’homme.  Cette méditation les jette dans l’autre monde où on peut seul justifier Dieu de l’inégalité sur terre.  Elle favorise l’amour de Dieu.  Comme les pauvres n’ont rien sur terre, ils devraient se jeter dans le monde de la foi qui leur parle d’une autre vie autrement belle que celle-ci où Dieu se donne d’autant plus qu’il a donné peu en ce monde.  Quel changement dans leur mentalité s’ils avaient la chance de lire tout ce que Jésus et les Apôtres ont dit en faveur de la pauvreté!  Ils remercieraient Dieu de la grande faveur qu’il leur a faite par la pauvreté.
Elle exerce aussi à l’espérance dans les biens célestes que Dieu promet aux pauvres s’ils veulent bien le servir.  Comme les affamés pensent souvent à des banquets, ainsi les pauvres devraient souvent penser au banquet éternel où Dieu les inondera de ses délices.  Elle les exerce à l’amour de Dieu en leur enlevant les rivales de Dieu à notre affection, les créatures.  Evidemment il faut que ces pauvres aient un commencement de foi pour croire tout ce que le bon Dieu dit de l’autre monde.
Même pour ce monde Jésus promet le centuple de mérite et de bonheur à ceux qui abandonnent leurs biens pour l’amour de Dieu.  Cela veut dire que pour le plaisir qu’on aurait trouvé dans un échantillon Dieu nous donnera des consolations spirituelles qui dépassent cent fois les plaisirs de la terre.  Car on doit savoir que les plaisirs des sens ne sont que des échantillons des plaisirs de l’âme dans le monde surnaturel.  Donc plus nous aimons à jouir et plus nous devrions rejeter les plaisirs des sens si éphémères, tandis que lorsque nous les semons en pratiquant la pauvreté et la mortification, on les récolte éternellement dans le ciel.  Ce devrait être un bon motif pour nous en priver un peu de temps en ce monde.  Tout chrétien devrait tenir les yeux sur la pauvreté de Jésus; il est Dieu et infiniment sage; puisqu’il a tant aimé et si bien pratiqué la pauvreté, c’est donc qu’elle est une source extraordinaire de bénédictions pour l’homme.  Cela devrait être assez pour nous la faire pratiquer le plus possible avec la grâce de Dieu et la prêcher autour de nous par le contentement dans la pauvreté et par de bonnes paroles en sa faveur.  elle est la mort du premier amour naturel en nous, qui empêche l’amour de Dieu d’entrer en nous!…


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