« C'est une grande chose d'avoir, au sein même de l'Église catholique, la foi dans son intégrité »
-Saint Augustin

« L'ignorance est notre pire ennemi. »
-Saint Pie X

« La vérité vous rendra libre »
-Jean 8, 32

mardi 15 mars 2016

Père Onésime Lacouture - 2-13 - Jésus retrouvé dans le temple


DOUZIÈME INSTRUCTION
JÉSUS RETROUVÉ DANS LE TEMPLE.

«Pourquoi me cherchiez-vous?  Ne saviez-vous pas qu’il faut que je sois aux choses de mon Père?» L.  2-49.

Plan Remarque.  (Douleur de Marie.  Jésus perdu: (Modèle d’amour.  Jésus retrouvé dans le Temple: (Joie de Marie.  (Le surnaturel.  (La gloire de Dieu.  Motifs de Jésus: (Affirmer 4 principes fondamentaux: (Le Souverain Domaine de Dieu.  (La folie de la croix.  (Servir d’exemple aux jeunes.  (Donner une leçon aux parents.  Ils ne comprirent pas!

REMARQUE Dans ce mystère Jésus fait entendre sa seule parole publique durant les trente années de sa vie cachée.  Il le fait avec des circonstances si pénibles pour ses parents qu’évidemment il veut que la leçon ait un grand retentissement dans le monde chrétien.  Il aurait été si facile de leur éviter cette angoisse en les avertissant de ce qu’il voulait faire.  Il voulait donc cette douleur pour sa Mère et son père adoptif et que le fait soit transmis à tous les chrétiens pour leur instruction.  Ce mystère mérite donc notre sérieuse considération.

JESUS PERDU.

Chaque année, la sainte Famille allait pieusement à Jérusalem pour adorer Dieu selon la loi de Moïse, Ex.  34-18: «Tu observeras la fête des Azymes; pendant sept jours tu mangeras des pains sans levain, comme je te l’ai prescrit, au temps fixé du mois d’abib, car c’est dans ce mois que tu es sorti d’Egypte.» A l’âge de douze ans les jeunes juifs étaient considérés comme émancipés et ils pouvaient choisir le genre de vie qu’ils voulaient.  A douze ans donc Jésus alla avec ses parents à Jérusalem pour la fête de Pâque.  C’est pendant qu’ils revenaient de cette fête que Jésus s’esquiva pour rester seul à Jérusalem… et montrer au monde quel genre de vocation il choisissait.  On explique qu’il ait pu faire cela à l’insu de ses parents parce que les enfants voyageaient avec les hommes ou avec les femmes, alors Marie le pensait avec les hommes et Joseph le croyait avec les femmes.  Le soir arrivé, les voyageurs se réunissaient et c’est alors seulement qu’ils s’aperçurent que Jésus n’était pas là.  Tout de suite ils rebroussent chemin et retournent à Jérusalem chercher Jésus.  Douleur de Marie.  Jusque là elle avait eu bien des appréhensions au sujet de Jésus, mais elle avait toujours réussi à garder son trésor.  Cette fois l’unique objet de son amour était perdu dans la grande ville remplie d’étrangers.  Comme on a voulu le tuer tout jeune, elle craint qu’on ait pu mettre la main sur lui enfin pour le faire disparaître.  Que d’angoisses et que d’appréhensions étreignaient son cœur  dans cette longue marche de nuit vers Jérusalem!  C’est le glaive qui entre dans son cœur … et c’est son Jésus qui en est la cause!  Nous savons qu’il l’a fait exprès!… L’incertitude de ce qui peut lui être arrivé ajoute considérablement à son tourment.  N’essayons pas de spéculer sur sa douleur.  Il est certain qu’elle souffre terriblement et nous ne pouvons rien pour la consoler durant cette nuit sans son Jésus.  Prenons une leçon pour nous-mêmes.  Quand Dieu nous enlève un grand bien que nous estimions beaucoup et qu’il semble que Dieu aurait pu nous épargner cette douleur, sachons l’endurer quand même.  Si Dieu a pu torturer le cœur  de sa Mère ainsi, il est capable de le faire pour nous les vrais pécheurs, et il a le droit de le faire.  C’est inutile là aussi de spéculer et de se demander cinquante questions au sujet de la perte que nous faisons.  C’est Dieu qui l’a voulue pour notre plus grand bien comme il l’a voulue pour Marie.  Faisons sa sainte volonté sans murmurer, peu importe que le cœur saigne.  Dieu veut de l’expiation pour nous ou pour d’autres; c’est normal, c’est juste et c’est un grand bien qu’il nous veut.  Souffrons en silence et sans amertume parce que ces épreuves viennent de Dieu qui nous aime tant!  Au ciel, nous comprendrons tout l’amour de Dieu dans cette fanion d’agir.  Modèle d’amour pour tous ceux qui ont perdu Jésus.  Cela peut arriver et arrive à tout le monde de différentes manières qu’il est bon d’examiner, afin de savoir comment agir.

On peut perdre Jésus par sa très grande faute, comme par le péché mortel.  En proportion qu’on aimait Jésus avant, on le cherchera.  Quand il n’y a pas d’amour dans la vie et qu’on pèche mortellement, comme cela arrive infailliblement dans ce cas… on n’a pas d’entrain pour chercher Jésus.  On voit ces pécheurs rester des semaines, des mois et des années sans se confesser.  Ces gens n’ont aucun amour pour Dieu.  Ils auraient perdu leur chien qu’ils le chercheraient; ils ont perdu leur Dieu et ils ne le cherchent pas.  Il n’y a aucune espérance de salut pour eux tant qu’ils restent dans ces tristes dispositions.  S’ils aimaient Dieu avant et que leur péché mortel est une faute de surprise ou de faiblesse et très rare dans leur vie, ces gens ordinairement ont de gros remords de conscience que produit leur amour pour Dieu qui existe réellement.  Ces pécheurs n’aiment pas à rester dans leur péché et ils vont se confesser au plus vite.  Ils peuvent espérer retrouver leur Dieu et d’opérer leur salut.  On peut raisonner un peu de la même façon pour les péchés véniels; plus ils sont légers et plus ils sont rares, plus on a d’amour pour faire oublier à Jésus les peines qu’on lui fait par ces péchés.  Maintenant il y a les bonnes âmes qui disent souvent qu’elles ont perdu Jésus.  Mais c’est le sentiment de la présence de Jésus qu’elles n’ont plus et pour lequel elles se désolent.  C’est une imperfection, très fréquente dans la vie spirituelle.  Ces âmes s’attachent non pas à Dieu autant qu’à ses consolations qu’il leur donne.  Au début de la vie spirituelle Dieu en donne pour les attirer à lui comme on donne des bonbons aux enfants pour les gagner.  Mais ensuite il veut les faire avancer dans son amour pour lui-même plutôt que pour ses chocolats.  Il les supprime tout simplement.  Alors pour les commençants ce sont des jérémiades d’enfants pour les bonbons qu’ils n’ont plus.  Dieu laisse pleurer ces enfants pour les sauver en les sevrant de ces douceurs qui viennent de Dieu, mais qui ne sont pas Dieu.

Très peu sont assez avancés dans l’amour de Dieu pour ne plus s’arrêter à cette suppression des chocolats spirituels.  Il faut être bien virils pour servir Dieu uniquement pour lui seul et pouvoir se passer des consolations surnaturelles.  Mais il faut tendre à cette perfection avec la grâce de Dieu sollicitée dans la prière fervente et continuelle.

JÉSUS RETROUVÉ DANS LE TEMPLE.

En ce monde personne ne goûtera la présence continuelle de Dieu; c’est le temps de l’épreuve et des semailles; il faut donc faire le sacrifice des jouissances mêmes les plus légitimes et même surnaturelles, dans ce sens qu’il ne faut pas s’y attacher.  C’est donc normal que pour une minute de consolation nous restions des mois et des années sans ces consolations.  Comme Jésus n’a fait qu’effleurer ce monde et qu’il reste caché dans son éternité, ainsi Dieu ne fait qu’effleurer l’âme de ses touches divines et il disparaît précisément pour nous empêcher de manger notre grain de blé ici-bas et perdre la récolte éternelle.  Quand on comprend bien le plan divin, c’est assez facile de se passer de consolations divines par l’espérance des jouissances éternelles que l’on sait être d’autant plus grandes que nous en avons eu peu sur la terre.  Après ses semailles le cultivateur attend bien trois ou quatre mois pour ses récoltes.  Est-ce si long d’attendre cinquante ou soixante ans pour une récolte éternelle?  Qu’on cesse de se troubler pour la perte des consolations de Jésus.  Mais que nous ayons une véritable douleur de le perdre ou de l’éloigner par le péché mortel ou véniel.  Gardons-nous bien de faire la moindre chose d’une façon réfléchie qui soit contre lui, qui l’offense tant soit peu.  Quand on a de l’amour pour Jésus c’est ainsi qu’on agit.

Joie de Marie.  Après l’avoir cherché à travers les rues de Jérusalem, chez leurs amis et sur les places publiques, ils vont au temple et enfin le trouvent là au milieu des docteurs, les questionnant sur les choses religieuses de la Loi.  C’est la dernière place où l’on irait pour trouver des enfants égarés?  Y a-t-il des enfants qui déserteraient la maison pour aller à une église?  pour aller trouver un prêtre afin d’avoir des enseignements au sujet de la religion?  Combien de parents penseraient à aller chercher un enfant dans l’église?  De nos jours les enfants désertent la famille ou l’école pour aller aux vues, à un cirque ou à un spectacle quelconque; ils veulent s’amuser, contenter leurs sens dans des jouissances sensibles.  On ne peut pas dire qu’ils sont aux choses de leur Père céleste!  Cette recherche de Jésus par Marie est un bon échantillon de ce que nous devrions tous faire dans notre course à travers le monde: nous devrions demander à toutes les créatures si elles peuvent nous donner Jésus, si non, on file à d’autres ne voulant pas nous attarder à ce qui n’est pas divin et à ce qui ne peut le donner.  Peut-on enfin imaginer la joie de Marie quand elle aperçoit Jésus au milieu des docteurs de la Loi: il n’est pas mort!  Que Dieu soit béni!  a dû être le cri de son âme!  Il est là bien vivant devant elle; son trésor et son Dieu et son Fils!

On croirait qu’il se jetterait dans ses bras en pleurant de joie avec sa Mère; mais, non, il reste là debout, calme et solennel.  Mais Marie a tellement souffert qu’elle lui fait un doux reproche: «Pourquoi as-tu agi ainsi?  Voilà que ton père et moi, nous te cherchions.» Pourquoi?  Elle va le savoir et tout le monde aussi!  Alors devant les représentants officiels de la Loi de Moïse, dans le temple de Dieu, en face de sa Mère, il répond: «Pourquoi me cherchiez-vous?  Ne saviez-vous pas qu’il faut que je sois aux choses de mon Père?» Voilà sa vocation officielle, son programme de vie: s’occuper des choses de Dieu seul!… et de façon à montrer que les devoirs divins priment les devoirs humains!  Il a fait pleurer sa Mère selon la chair pour satisfaire son Père selon la divinité.  Les choses du ciel doivent avoir la priorité sur les choses de la terre.  Voilà la leçon qu’il donne à tout le monde jusqu’à la fin des temps.  Pour comprendre une conduite si étrange pour des humains il est important d’essayer de connaître les motifs de Jésus pour agir de la sorte.  On sait qu’il vient pour nous mériter et pour nous donner une participation à l’activité trinitaire en nous unissant à son humanité d’abord et par elle à toute la divinité trinitaire.  Suivons l’ordre de l’intention divine.  Dieu veut nous unir à sa propre vie divine attribuée au Père, puis à sa gloire attribuée au Fils, à son amour attribué au StEsprit, que nous montrons en nous soumettant à lui ou en reconnaissant son souverain domaine et enfin pour participer à tout ce divin trinitaire il faut nous renoncer en pratiquant la folie de la croix, comme l’humanité de Jésus a fait.  Voilà donc les quatre motifs que tout chrétien doit avoir selon le plan divin pour s’unir à Dieu et donc que Jésus avait sûrement aussi.  motifs de jésus Affirmer 4 principes fondamentaux.
Le surnaturel exige que nous agissions comme des enfants de Dieu et donc que nous ayons sa vie et que nous vivions selon cette vie divine.  Elle exige que nous nous élevions audessus de la vie humaine et donc que nous méprisions cette dernière et il faut se compromettre clairement et devant Dieu et devant le monde: la gloire de Dieu l’exige.  Jésus veut montrer cette opposition entre le naturel et le surnaturel, non pas «en soi», mais dans le cœur  et dans la façon d’agir.  Jésus affirme en acte qu’il doit vivre uniquement pour les intérêts de son Père céleste et donc pas du tout pour les intérêts de la nature représentée dans sa Mère.  Pourtant il n’y avait aucun péché en Marie et donc rien de désordonné à agir pour une créature si parfaite et si pure, ce qui prouve qu’il y a opposition entre ces deux natures non pas à cause du péché, mais simplement parce que l’une n’est qu’humaine et l’autre divine.  Alors pour diviniser notre vie, il faut cesser de suivre les tendances naturelles, quelques bonnes qu’elles soient en elles-mêmes, comme dans ce cas pour la Sainte Vierge.

Il est grand temps que les prêtres comprennent que l’opposition entre le naturel et le surnaturel des motifs ou des intentions ne vient pas du péché ni de la nature déchue, quoique ces deux choses accentuent cette opposition, mais qu’elle vient du fait que Dieu nous appelle à sa vie divine et donc qu’il nous faut cesser d’agir selon le naturel pour agir selon le surnaturel.  «In se» il y a opposition entre le péché et le divin, c’est clair, il n’y en a pas entre un bon motif naturel et un motif surnaturel.  Mais, en nous, ou dans le cœur  et en amour, il y a de l’opposition entre ces deux motifs.  C’est ce que Jésus montre en acte: il fait de la peine à sa Mère pour faire plaisir à son Père céleste!  Il y a donc de l’opposition.  Il montre qu’on ne peut pas être aux choses de Dieu et aux choses de la terre… pour ce qui regarde les intentions ou les motifs.  On peut et il faut bien travailler dans les choses de ce monde mais avec un esprit de l’autre monde et donc avec des motifs purement surnaturels.  Comme dit St.  Paul: si je prêche pour plaire aux hommes, je ne puis plaire à Dieu.  Comme Jésus n’a pas consulté sa Mère pour se donner aux choses de son Père, nous ne devons pas consulter le naturel pour faire quelque chose de surnaturel.  Par exemple, si je veux communier demain matin, je ne dois pas consulter mon païen ou mes parents ou mes amis autour de moi; car il est sur que je vais rencontrer quelque opposition de leur part.  Ils vont me trouver toutes sortes de raisons très sages selon l’humain pour remettre ma communion à plus tard.  Je ne dis pas qu’il ne faille jamais consulter le naturel physique.  Si je n’ai pas les forces de me rendre à l’église, il est clair que je dois remettre ma communion à plus tard, et cela dans l’ordre de l’exécution.  De même pour suivre sa vocation religieuse, il ne faut consulter ni ses parents ni ses amis.  Quand il s’agit des intérêts surnaturels de son âme ou de Dieu, il ne faut pas consulter les tendances naturelles, ni les goûts naturels, mais uniquement la volonté de Dieu une fois qu’elle est bien manifestée.  Surtout pour se donner à la sainteté, il ne faut pas sonder l’opinion publique ou les goûts de son entourage; ils seront ordinairement tous contre la poursuite d’une sainteté pratique et concrète.

C’est le grand mal général, et dans le clergé et chez les fidèles, de vouloir combiner les exigences du surnaturel avec celles du naturel; on aime à rationaliser le christianisme; on veut bien servir Dieu, mais sans qu’il en coûte à la nature.  Que de prêtres même vont jusqu’à vouloir faire servir le bon naturel intentionnel à aider le surnaturel.  C’est l’ivraie la plus perfide dans l’Eglise et comme elle est répandue partout!  Très peu de prêtres arrivent devant le monde avec cette idée bien arrêtée qu’il faut soulever les fidèles au-dessus de la vie naturelle pour leur faire vivre une vie toute surnaturelle dans l’orientation des intentions ou des motifs.  Ils n’ont dans l’esprit que de les sortir du péché… et c’est tout ce qu’ils ont à faire.  Pour eux le naturel et le surnaturel vont bien ensemble pour les sauver.  Ils vont ensemble au point de vue physique, mais ce n’est pas vrai au point de vue des intentions, ce qui constitue la partie libre et méritoire ou non pour le ciel, et ce qui devrait constituer la matière ordinaire de la prédication.  On voit que c’est bien en vain que Jésus ait montré l’opposition entre le naturel et le surnaturel dans leur orientation pour la plupart des prêtres.  C’est pour cela aussi qu’on ne voit presque plus de différence entre les catholiques et les protestants ou les païens quant à la mentalité.  Est-ce que Jésus ne dit pas clairement: «Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il se renonce lui-même;» Il y a donc du naturel bon «en soi» auquel il faut renoncer sous peine de ne pas suivre Jésus.  Où sont les prêtres qui prêchent cela systématiquement et constamment, car il faut suivre Jésus tous les jours?  Qu’ils sont rares encore une fois les prêtres qui prêchent le renoncement à soi même d’une façon concrète!  Ils se contentent de faire renoncer au péché, ce n’est pas renoncer à soi-même cela.  La personnalité morale à laquelle il faut renoncer n’est pas un péché, et c’est à elle que Jésus veut que nous renoncions… ce que les prêtres ne prêchent pratiquement plus.

LA GLOIRE DE DIEU.

Nous avons déjà vu que le Verbe ne changeait pas de rôle en s’incarnant.  Or son essence est de manifester le Père, c’est encore ce qu’il va faire sur la terre, voilà pourquoi il dit qu’il doit être aux choses de son Père.  A la fin de sa vie il dira à son Père: «J’ai accompli l’oeuvre que vous m’avez donné de faire: je vous ai glorifié, j’ai fait connaître Votre nom aux hommes.» De plus par leur péché nos premiers parents avaient méprisé le commandement du Père; il faut que Jésus, dans la rédemption, fasse tout le contraire et qu’il ramène au Père toutes choses, c’est le plan de toute sa vie.
Or cette gloire de Dieu doit être une affaire d’amour divin.  Il faut y mettre tout son cœur, il n’en reste donc pas pour le naturel.  Voilà pourquoi Jésus néglige l’amour humain pour nous montrer que ces deux amours sont contraires et que l’un vit aux dépens de l’autre.  C’est pour inculquer cette vérité qu’il lui donne un si grand retentissement dans le temple et en face des docteurs de la loi et qu’il fait écrire l’événement par les Evangélistes.  C’est incompréhensible que tant de prêtres essaient de concilier ces deux amours naturel et surnaturel, pour les opposer tous les deux au péché seulement.  Ce n’est pas là le plan de Dieu!  Or la vie de Jésus doit être celle de tout chrétien.  Or combien pourraient dire qu’ils sont tous aux choses de Dieu?  C’est le tout petit nombre, même parmi les prêtres et les religieux.  Combien se sont compromis devant le monde en étant tout aux choses de la religion?  On les reconnaît à leurs conversations toute imprégnées des choses de Dieu, car la bouche parle de l’abondance du cœur, dit Jésus lui-même.  Où sont même ces prêtres et ces religieux qui ne sont intéressés qu’aux choses de Dieu et qui en parlent constamment?  On va peut-être dire qu’on ne peut pas toujours parler du bon Dieu.  Je réponds: Est-ce que les choses de Dieu ne sont pas aussi importantes et infiniment plus que les choses du monde?  Eh bien, est-ce que tous ces gens ne trouvent pas toujours quelque chose à dire au sujet des choses du monde?  Comme ils en ont la bouche pleine!  C’est donc qu’ils en ont le cœur  plein.  Si on ne trouve rien à dire au sujet de Dieu, c’est donc qu’on ne l’aime pas, il n’est pas dans le cœur.  S’il n’est pas dans le cœur, comment espère-t-on être sauvé?  Le premier commandement fait un devoir de l’aimer de toutes nos puissances; ces gens manquent à ce premier commandement; ils risquent donc leur salut.  Ceux qui ont le monde dans le cœur  avec ses amusements et ses vanités trouvent toujours de quoi dire.  Entendez deux prêtres ou deux religieux qui se rencontrent, tout de suite ils parlent de sport ou d’argent et ils sont intarissables sur ces sujets profanes.  Ces gens ne suivent pas Jésus!  Voyez-les dévorer la page des sports dans les journaux, ou les suivre à la radio!  Leur cœur  n’est pas en Dieu, ni Dieu dans leur cœur !  Est-ce surprenant que nos fidèles soient païens de mentalité avec des prêtres et des religieux aussi païens de cœur ?  Demandons à la Sainte Vierge de remettre devant le clergé les leçons divines des mystères de la vie de Jésus.

Le cœur  suit l’esprit, voilà pourquoi les prêtres, les religieux et les fidèles devraient tourner leur esprit aux choses de Dieu, en lisant la Bible assidûment, les Pères de l’Eglise, les auteurs spirituels, en s’habituant à aller visiter et prier Jésus dans le tabernacle où il nous attend pour nous enseigner les voies de Dieu.  Comme ils ont été pris par les choses mondaines à force de les lire et de s’y intéresser, qu’ils fassent de même pour les choses de Dieu et ils finiront par les aimer.

Le Souverain domaine de Dieu, considéré en nous, c’est la soumission totale à Dieu, c’est faire sa volonté sur la terre comme elle est faite au ciel.  Pour cela il faut mener une vie céleste et donc cesser de vivre naturellement.  Cette transformation, de notre activité naturelle en activité surnaturelle est le travail du St-Esprit et suppose notre amour de préférence pour Dieu sur les choses du monde, Jésus affirme que son Maître est le Père éternel et qu’il travaille uniquement pour lui.  Voilà ce que tout chrétien doit faire; il appartient à Dieu seul et donc doit travailler pour lui seul.  Si Paul est au service de Pierre, il n’a pas le droit de travailler pour Jean.  Quand même Jean lui dirait: ce n’est pas péché de travailler pour moi, Paul devrait répondre: ce n’est pas la question, c’est que je suis engagé par Pierre et je dois travailler uniquement pour lui.  Eh bien, quand des gens nous demandent de faire quelque chose pour le monde, nous devrions répondre de même: je suis engagé par Dieu pour travailler pour lui seul.  Peu importe que ce ne soit pas péché ce que vous me demandez, je suis engagé pour Dieu et par Dieu et il reste mon unique Maître: je ne puis travailler pour le monde.  Comme lorsqu’on demande aux mondains de faire quelque chose pour Dieu, ils disent toujours qu’ils n’ont pas le temps, parce que leur cœur  est tout au monde, de même quand les mondains nous demandent de prendre part à leurs amusements, nous devrions répondre que nous n’avons pas le temps.  Des amis demandent à un prêtre d’aller jouer au golf, mais il répond qu’il n’a pas le temps.  Ils insistent: il faut qu’un prêtre ait quelque délassement, il répond qu’il a beaucoup de malades à visiter et une foule de pécheurs à essayer de gagner de sorte qu’il n’a pas le temps de courir après une petite balle comme un enfant. 

Alors ils lui demandent de jouer aux cartes pour se reposer les jambes; il dit qu’il se repose suffisamment en faisant son heure de méditation devant le T.S.S.  et en plus une heure d’adoration par jour.  Chacun trouve son repos dans l’objet de son amour.  Il y a toujours moyen de se reposer dans les choses de Dieu quand on sait les varier.  Les païens trouvent leur repos dans les créatures, les chrétiens doivent le trouver dans leur Créateur.  Il y a incomparablement plus à faire dans les choses de Dieu que dans les choses du monde.  Mathélés, un des premiers Pères de l’Eglise, dit que les païens mettaient à mort les chrétiens parce que ceux-ci avaient renoncé à tous les plaisirs du monde.
La folie de la croix enseigne à semer l’humain pour récolter le divin; c’est ce que Jésus fait ici, et pas parce que il est méchant en lui-même, mais simplement comme humain.  Sa Mère n’avait jamais péché et il lui fait de la peine pour affirmer ses relations plus importantes avec son Père céleste.  Les saints enseignent aussi que chaque chrétien doit se dépouiller de l’affection naturelle qu’il a pour ses parents afin de la convertir en affection surnaturelle en ne les aimant que pour Dieu.  Cette leçon est bien nécessaire au monde.  Dès qu’on veut se donner sérieusement à Dieu il y a toujours des parents et des amis pour plaider en faveur de la nature.  Pourquoi quittez-vous nos réunions?  Pourquoi ne faites-vous pas comme les autres?  Il n’y a pas de mal à faire comme tout le monde?  etc.  Ils iront jusqu’aux larmes pour nous attendrir.  Il faut un grand courage et la grâce de Dieu pour résister à ces pièges de l’amour humain.  Il faut être bien décidé de rester à Dieu pour ne pas se faire prendre.  Quand ces arguments viennent des prêtres ou des religieux cette épreuve est très dangereuse parce qu’on a confiance en leur bonté et qu’on les croit tout aux choses de Dieu et qu’on les estime.  Ils vont nous prendre par l’humilité en nous accusant d’orgueil de vouloir faire autrement que les autres prêtres ou religieux, de vouloir nous singulariser pour attirer les regards sur nous.  Est-ce que les autres prêtres ou religieux ne vous valent pas et ils prennent des distractions et des récréations honnêtes, etc.?  On aurait pu apporter ces mêmes arguments contre Jésus.  Est-ce que sa Mère n’était pas assez bonne pour lui?  Est-ce qu’elle ne valait pas les docteurs de la Loi?  Est-ce qu’il n’aurait pas pu servir Dieu en restant avec elle, etc.?  Pourquoi lui faire cette peine terrible?  Pourquoi se singulariser, pour un enfant de douze ans faire son petit docteur dans le temple?  Ce n’est pas une question de raison, c’est une question de préférence du surnaturel sur le naturel.  Il faut le montrer en acte dans sa vie!…

Servir d’exemple aux jeunes.  Comme ils sont tout aux choses de la terre!  Quelle rage pour les vues, pour les amusements et pour les satisfactions des sens!  Quelle différence avec la mentalité des vrais païens?  Les choses visibles seules les attirent et les satisfont.  Tandis que les choses invisibles de la foi les laissent indifférents.  Les prêtres formés à la philosophie de la théologie et qui n’ont que des «in se» à donner au peuple sentent bien qu’ils ne sont pas capables de surnaturaliser les enfants; alors ils jettent le blâme sur leur légèreté d’esprit, sur l’emprise des vues animées et sur les occasions de jouir qui s’offrent à eux partout.  C’est vrai que leur philosophie n’est pas capable de sortir le monde du paganisme puisqu’elle n’est elle-même que paganisme.  Elle prend le point de vue de la raison au sujet des choses de la religion; elle la paganise encore.  Mais Jésus dit que notre victoire sur le monde viendra de notre foi.  Que les prêtres se pénètrent du plan divin selon la foi et selon la vraie théologie comme on l’a expliqué tant de fois et ils auront de l’influence sur les jeunes.  La foi est capable de vaincre leurs tendances naturelles du moment que les prêtres expliqueront la folie de la croix, la question des échantillons et le mépris des créatures fumier.  Mais tant que les prêtres ne donneront que le péché à éviter, les jeunes resteront païens comme ils sont nés, dans la mentalité.

Que de prêtres perdent leur temps à vouloir simplement distraire les jeunes pour les préserver du péché.  Quel triste idéal!  Jésus n’a pas pris cet idéal, ni ce programme de vie.  Mais il est tout aux choses de Dieu!  Quand est-ce que les prêtres vont comprendre que c’est là le programme qu’ils doivent donner aux jeunes?  Ils n’arriveront jamais à les lancer dans les choses de Dieu par les sports.  Les Américains l’ont essayé depuis des années et qu’ont-ils obtenu de la jeunesse?  Elle est païenne comme celle de la Chine ou du Japon.  C’est absurde de croire qu’on va leur enlever les affections pour les créatures en leur en fournissant d’autres.  Ce n’est que par les choses de la foi, dit Jésus.  Les prêtres pensent-ils de le faire mentir??

DONNER UNE LEÇON AUX PARENTS.


C’est la contrepartie du point précédent: si les jeunes ont un devoir de se donner tout aux choses de Dieu, c’est un devoir aussi pour les parents de n’y pas mettre d’obstacles.  Combien ont peur que les enfants aillent communier trop, aillent à la messe sur semaine, ou lisent trop de bons livres, enfin qu’ils restent trop à la maison; ils aiment à les voir se produire dans le monde par snobisme et par orgueil.  Comme les mères sont contentes que leurs filles soient de toutes les soirées, soient recherchées, etc.  Elles vont dans la mauvaise direction et en sens opposé à Jésus.  Elles risquent leur salut,  ils ne comprirent pas!  Quel mystère que cette parole de l’Evangile.  Qui aurait jamais osé le dire, si ce n’était pas écrit là?  La seule chose qu’un chrétien doit faire, le seul programme de Jésus, et enfin une parole si évidente: «Ne saviez-vous pas que je dois être aux choses de mon Père?» Et les deux plus saints personnages au monde ne comprirent pas cette parole!  C’est qu’ils devaient comme les Apôtres attendre la descente du Saint-Esprit pour avoir l’intelligence des choses de Dieu dans toute leur ampleur et leur signification.  Aussi Dieu voulait les tenir dans la foi pure.  Personne ne devait avoir une foi plus parfaite que Marie.  Or la foi est l’adhésion à la vérité révélée et acceptée à cause du témoignage de Dieu.  Plus on comprend, comme dit Saint Paul, et moins il y a de foi.  Voilà pourquoi Dieu ne permit pas qu’elle comprît cette parole de Jésus.  Prenons-la pour modèle de foi.  Croyons sans comprendre: là est le mérite de la foi.  « heureux ceux qui croiront sans avoir vu.»

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