« C'est une grande chose d'avoir, au sein même de l'Église catholique, la foi dans son intégrité »
-Saint Augustin

« L'ignorance est notre pire ennemi. »
-Saint Pie X

« La vérité vous rendra libre »
-Jean 8, 32

mercredi 31 janvier 2018

Père Onésime Lacouture - 2-26 - Le Bon Pasteur


VINGT-CINQUIÈME INSTRUCTION
LE BON PASTEUR.

«Je suis le bon Pasteur: le bon Pasteur donne sa vie pour ses brebis.» Jo.  10-11

Plan La vie du berger.  Par son exemple.  Il nous nourrit.  Par sa doctrine.  Par sa grâce.  Contre les démons.  Jésus est pasteur: Il nous défend.  Contre le monde.  Contre nous-mêmes.  Il nous aime.
Le mercenaire: Se nourrit.  Se défend.  S’aime lui-même.  Le vrai pasteur imite Jésus.

LA VIE DU BERGER.  Jésus venait d’avoir une des plus fortes discussions avec les Juifs au sujet de la guérison de l’aveugle-né.  Celui-ci les condamne par son témoignage en disant: «Jamais on a ouï dire que personne ait ouvert les yeux à un aveugle-né; si cet homme n’était pas Dieu il ne pourrait rien faire de semblable.» Alors Jésus montre la mauvaise volonté des Juifs qui n’écoutent pas la parole de Jésus parce qu’ils ne sont pas de Dieu et il leur donne la parabole du Bon Pasteur.  La vie du berger avec ses brebis est le meilleur échantillon de la vie du prêtre qui a charge d’âmes.  Un troupeau de moutons est incapable de se protéger contre ses ennemis et si un va d’un coté tous les autres suivent aveuglément.  Les brebis n’entendent que la voix de leur propre berger et ne suivent que lui.  C’est très intéressant de voir les bergers à Jérusalem ramener leurs troupeaux en ville vers le coucher du soleil.  Ils se rencontrent, se croisent, se mélangent dans les bazars ou dans les carrefours de la ville, mais les moutons finissent toujours par retrouver leur propre berger en distinguant sa voix de celle des autres.  On a beau essayer d’imiter la voix du berger, pas un mouton n’y fait attention.  Quelle parfaite confiance en leur berger!  Quelle union avec lui!  Quel abandon absolu au berger!

Le berger connaît toutes ses brebis parfaitement, si une retarde à paraître avec les autres, il reste là sur place et l’appelle tant qu’elle ne revient pas; j’en ai vu passer en sens inverse des troupeaux sans s’occuper d’eux, mais suivant de loin la voix du berger qui l’appelait.  C’est une vie isolée du monde; les pâturages ne sont pas dans les villes, mais dans la campagne, loin des habitations.  En visitant la Palestine, on en voit partout dans les solitudes mêmes les plus affreuses.  Je n’oublierai jamais le désert autour de Corozaïn, tout couvert de cailloux de toutes les grosseurs au monde; on ne peut pas mettre le pied sur de la terre, mais sur des roches.  Il y a cependant un peu d’herbe autour des cailloux.  Eh bien, il y avait des troupeaux de moutons avec leurs bergers.  J’ai failli en mourir de cette course à Corozaïn, dans une journée… et eux passent leur vie dans ces déserts maudits par Jésus!… Leur vie est très pénible; ils sont obligés de subir les intempéries des saisons.  Le soleil est brûlant et dès qu’il se cache on gèle.  C’est que la Palestine est très élevée et l’air raréfié de sorte qu’il ne se réchauffe pas au soleil et ne garde pas sa chaleur.  Peu importe la température ou le temps, il faut que les moutons mangent.  Alors les bergers sont obligés de les conduire au pâturage quand même.  C’est l’unique souci des bergers; leurs propres fatigues n’entrent pas en ligne de compte, ni leurs ennuis, ni leur isolement.  Ils sont tout au service de leurs brebis et se sacrifient pour elles.  C’est une merveilleuse vie s’ils ont la foi; ils sont loin des folies du monde et de ses vains bruits; ils peuvent contempler à la journée le beau ciel bleu de Palestine et les lointains horizons qui leur parlent de l’immensité de Dieu.  Aucune attache ne peut retenir leur esprit à la terre, car ils sont bien pauvres et ne peuvent apporter grand chose dans le désert.  Ils n’ont rien pour les distraire de leur union avec Dieu, étant toujours seuls; ils ont l’avantage de pouvoir écouter la voix de Dieu au fond du cœur s’ils veulent s’en donner la peine.  On sait que plusieurs se sont sanctifiés en gardant les moutons, comme le Curé d’Ars, Bernadette, Jeanne d’Arc, et une foule d’autres.  Tout est favorable à entretenir l’union de l’âme avec Dieu.  C’est une vie de pauvreté nécessairement.  Ils n’ont rien avec eux dans la solitude et le soir ils sont tellement fatigués qu’ils se couchent de bonne heure et par conséquent ils ne peuvent prendre part aux amusements ordinaires des gens des villes ou même des villages.  Isolement, privations et souffrances résument la vie du berger.  Voilà l’échantillon que Dieu nous donne de la vie des chrétiens qui vivent vraiment la vie de Jésus. 

jésus est pasteur

Jésus a toujours affectionné la vie des bergers.  Il s’est fait annoncer par les prophètes comme le futur berger de son peuple.  Jer.  23-3: «Et moi je rassemblerai le reste de mes brebis de tous les pays d’où je les aurai chassées et je les rassemblerai dans leurs pâturages; elles croîtront et se multiplieront.  Et je susciterai sur elle des pasteurs qui les paîtront; elles n’auront plus ni craintes ni terreur et il n’en manquera plus.» Eze.  34-12: «Comme un pasteur passe en revue son troupeau au jour où il se trouve au milieu de son troupeau épars, ainsi je passerai mes brebis en revue et je les retirerai de tous les lieux où elles ont été dispersées.  Je sauverai mes brebis.  Je leur susciterai un seul pasteur et il les fera paître, mon serviteur David; c’est lui qui les paîtra et c’est lui qui sera pour elles un pasteur.» On sait que Jésus a passé son titre de pasteur avec sa fonction à l’Eglise dans la personne de Pierre quand il lui donna les clefs du paradis en lui disant: pais mes agneaux, pais mes brebis.  A son tour Pierre et les Papes ses successeurs ont transmis leurs pouvoirs aux Evêques et aux prêtres.  Dans les premiers siècles de l’Eglise cette idée du Pasteur était très en vogue parmi les chrétiens et les Pères de L’Eglise s’en servent souvent.  Cette idée du bon Pasteur devrait être étudiée par tous les prêtres du monde, car elle contient un splendide résumé de leurs devoirs et de leurs fonctions envers les fidèles qui sont comme de vrais moutons.  Ils suivent leurs prêtres aveuglément, aussi s’ils sont païens de mentalité, les paroissiens le seront aussi; s’ils sont des sports, les paroissiens le seront aussi; s’ils ne les voient jamais faire de visites au T.S.S., ils n’en feront pas non plus, s’ils ne les entendent jamais parler des choses de Dieu, mais des bagatelles de la terre, ils les imiteront; ce sont moutons!  Les prêtres devraient le savoir et se conduire en conséquence.  Puisque Jésus tient tant à son titre de pasteur, c’est donc qu’il contient l’essence de sa vie et de sa doctrine, il vaut donc la peine d’être étudié à ce point de vue.  Un bon pasteur nourrit, défend et aime ses brebis.  Voyons ces trois qualités dans Jésus avec la volonté de l’imiter en ces trois points.  Jésus nous nourrit.  Le principal but qu’a un berger, c’est de trouver des pâturages abondants pour son troupeau; c’est sa principale préoccupation comme la vie du troupeau est essentielle.  Quand même ces pâturages sont loin ou difficiles d’accès, il se donne la peine de les trouver et d’y conduire son troupeau.  C’est un échantillon de ce que Jésus fait pour nous.  D’abord on sait qu’il est venu pour nous donner la vie surnaturelle de la grâce afin de nous rendre semblables à Lui.  C’est cette vie qu’il veut entretenir en nous de trois façons par ses exemples, par sa doctrine, par sa grâce.  Par ses exemples.  Comme cette grâce est une vie, elle se nourrit par l’exercice ou par la pratique et donc des actes de cette vie.  Eh bien, il nous montre par toutes ses actions comment exercer cette vie.  Ce qu’il dit au lavement des pieds: Je vous ai donné l’exemple afin que vous fassiez ce que vous m’avez vu faire, s’applique à toute sa vie, en autant que nous pouvons l’imiter avec le secours de sa grâce.

Les premiers chrétiens étudiaient la vie de Jésus.  Les ermites allaient dans le désert pour ne pas être dérangés par les affaires du monde et ils se livraient uniquement à l’étude de la Bible pour mieux connaître et mieux imiter la vie de Jésus.  De la crèche à la croix ils trouvaient toutes sortes de vertus à imiter, comme sa pauvreté, son humilité, sa bonté, son esprit de prière, etc.  En faisant entrer ces actions de Jésus dans leur propre vie, ils se trouvaient à reproduire la vie de Jésus; leur vie se développait selon celle de Jésus.  L’exemple sera toujours la meilleure forme de prédication.  L’homme doué de sensibilité est affecté beaucoup par ce qu’il voit, qu’il entend et qu’il touche; c’est là surtout qu’il est «mouton».  Les prêtres, les supérieurs de religieux et les évêques devraient savoir qu’ils sont le point de mire des inférieurs qui vont les imiter en tout. 

Ils ont beau cacher leurs attaches ou leurs défauts, ils sont toujours découverts avec le temps… et les inférieurs feront comme eux.  D’abord c’est un scandale pour eux, puis avant longtemps, le démon aidant, ils se trouvent des raisons pour les imiter.  Même si leurs sermons donnent la vraie doctrine, les fidèles et les inférieurs suivent surtout les exemples.  Qu’un prêtre fumeur aille donc essayer de dire aux gens de ne pas avoir cette attache et donner la doctrine des Saints sur les attaches, tout est absolument perdu dès qu’ils le verront fumer son cigare.  «Lui fume bien!» fera le tour de la paroisse bien vite.  Les prêtres le savent bien, aussi ils n’iront jamais conseiller aux autres des choses qu’ils ne pratiquent pas euxmêmes.  Jamais un fumeur ne donnera la doctrine de Jésus sur les attaches.  Voilà pourquoi tous les fumeurs préfèrent la philosophie de la religion où il n’est jamais question ni de la mentalité ni des attaches aux créatures permises.  Il en est ainsi pour tous ceux qui ont des attaches quelconques.  Voilà pourquoi tant de prêtres expliquent les choses «in se» ou «en soi» comme de vrais païens qu’ils sont dans la mentalité.  Cette philosophie n’attaque jamais «l’amour» des choses créées permises ni «l’amour» de soi-même, les deux pires ennemis de l’amour de Dieu dans l’âme.  Comme Jésus a vécu sa doctrine, que les évêques et les prêtres vivent aussi le christianisme dans toute leur vie.  En dehors des offices de l’Eglise où la gloire de Dieu peut permettre du luxe, qu’ils vivent le mépris des choses créées dans leurs maisons, leurs voyages, dans leurs habits et dans leurs conversations.  Nous devons prêcher une religion austère, contraire à l’amour des créatures, alors montrons-le dans notre façon de vivre.  Quelle belle prédication si les Curés avaient des presbytères pauvres comme les parloirs des Carmélites, des Trappistes et des plus pauvres religieux! 

Pourquoi tiennent-ils tant à imiter le luxe du monde au lieu d’imiter la pauvreté de Jésus?  Est-ce que c’est le monde qu’ils doivent prêcher ou Jésus?  Alors qu’ils vivent comme celui qu’ils doivent reproduire dans leur propre vie et dans la doctrine.  Les convenances avec Jésus sont aussi obligatoires que les convenances avec le monde que tout chrétien doit mépriser comme du fumier!  Tandis que Dieu nous commande d’aimer Jésus de toutes nos forces; alors les convenances de notre amour pour Jésus sont autrement importantes que les convenances avec le monde que nous devons haïr.  Mais est-ce que la façon de vivre de beaucoup d’ecclésiastiques n’indique pas le contraire; qu’ils sont amants du monde à la folie et qu’ils sont indifférents pour Dieu?  Si leur coeur est avec Jésus, qu’ils le montrent en l’imitant dans son mépris concret pour les échantillons et dans le renoncement à soi-même et donc par l’humilité pratique.

Qu’ils vivent aussi sa charité pour le monde en étant patients avec les gens souvent ignorants, ennuyeux et importuns.  Or comme les prêtres sont souvent impatients!  Comme ils ne sont pas capables de supporter les contrariétés!  Chacun doit porter sa croix tous les jours, dit Jésus.  Eh bien, les prêtres aussi donc!  Voilà une doctrine qu’on aimerait à leur voir vivre dans le concret, afin que les fidèles apprennent la patience des prêtres.  Comme ils sont rares ceux qui peuvent donner cet exemple aux fidèles!  c’est normal pour nous d’être importunés, d’être méprisés, d’être contrariés.  Est-ce que Jésus ne l’a pas été habituellement?  St-Pierre ne dit-il pas que lorsqu’on insultait Jésus, qu’on le maltraitait, il ne répondait pas par des injures, mais il s’abandonnait à celui qui le jugeait injustement.  Eh bien, quand verrons-nous des prêtres, des religieux et des évêques capables de supporter des affronts en imitant la patience de Jésus?  Ils ont toujours comme prétexte qu’il faut sauver leur dignité.  Mais est-ce que Jésus n’avait pas autant de dignité à sauver que n’importe quel évêque ou prêtre?  Chacun se cache derrière sa dignité pour repousser les humiliations de la vie; ce n’est pas ainsi que Jésus a agi.  Il nous donne l’exemple de toutes les vertus pénibles à pratiquer et contre nature; nous tous nous devons l’imiter en cela.  Supposons qu’un prêtre est rudoyé ou insulté, qu’il se taise, qu’il remercie son insulteur et qu’il lui fasse du bien.  Cette douceur dans un prêtre fera plus pour faire connaître Jésus que plusieurs de ses sermons auraient pu faire… Les gens diront: c’est un saint!  Alors ils écouteront ce saint quand il leur parlera de Jésus.  Jésus n’allait pas aux amusements; que tout chrétien et à plus forte raison tout prêtre et tout religieux s’abstienne d’y aller.  Et quand il va dans une maison, que tout le monde sache que c’est toujours pour une raison de ministère, jamais pour banqueter, pour fumer de gros cigares et boire de bonnes liqueurs avec les riches.  Ces sorties pour jouir ne se rencontrent pas dans la vie de Jésus et ne devraient pas se rencontrer dans la vie d’un chrétien, encore moins dans celle d’un prêtre ou d’un religieux.  N’oubliez pas que vos «moutons» vous surveillent et feront comme vous!

Jésus nous nourrit aussi de sa doctrine.  «L’homme ne vit pas seulement de pain, comme dit Jésus à Satan au désert, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.» Ce qu’est le pain pour le corps, la parole de Dieu, reçue avec foi, l’est pour l’âme.  C’est la foi en cette parole qui alimente notre vie divine.  La parole et par suite la prédication est d’une importance capitale dans notre religion, c’est elle qui tient ensemble les fidèles comme la voix du berger tient ensemble les brebis.  Mais il faut qu’elle soit la parole de Jésus et donc la doctrine intégrale de Jésus, pas simplement ce qui va avec le naturel en l’homme, ou ce qui est agréable à la nature, mais aussi le mépris du monde et la folie de la croix avec le renoncement à soi-même.  Voilà ce qui est la sagesse de Dieu et la force de Dieu, comme dit St-Paul, Or, c’est justement la partie que les prêtres en général laissent de côté.  Comme Jésus prêchait tout ce que son Père lui avait commandé de prêcher, ainsi, les prêtres doivent prêcher tout ce que Jésus leur a commandé de prêcher.  Or quand il envoie ses Apôtres, à son Ascension, il dit bien clairement: «Allez, enseignez aux nations tout ce que je vous ai appris.» Ce n’est donc pas aux prêtres de faire un choix selon le naturel ou selon le goût du public, mais ils sont tenus de donner absolument toute la doctrine de Jésus telle qu’il la donnait lui-même.  Trop de prêtres tendent l’oreille à l’opinion du peuple pour lui donner ce qu’il veut; ils ont peur de le contrarier pour ne pas être critiqués ni persécutés.  Aussi comme ils sont habiles pour aiguiller la prédication sur la simple philosophie de la religion.  Leurs explications des «in se» ne dérange pas un démon en enfer ni un fidèle sur la terre… et ils ont la paix comme le monde la donne, mais non comme Jésus la donne.  C’est la raison fondamentale de la platitude de la plupart des sermons.  Ces prédicateurs débitent ce qu’ils savent de la religion simplement pour se débarrasser de leur sermon qu’ils sont bien obligés de donner.  Mais rien ne vient de leur coeur, même quand ils font gronder leur tonnerre sans éclair pour mieux couvrir le vide de leur doctrine.  On comprend qu’ils aient conscience d’ennuyer les gens et qu’ils le sont eux-mêmes.  Aussi ils abrègent leurs sermons.  Mais là n’est pas le remède: ce n’est pas la quantité qui embête ordinairement, c’est la qualité.  Cinq minutes «d’in se» est aussi indigeste qu’une pincée de brin-de-scie pour nous.  Jésus n’a jamais donné un seul «in se», mais il était toujours concret et pratique; c’était de la vie vécue qu’il leur donnait.  Il ne dit pas «Bienheureuse la pauvreté», en parlant dans l’abstrait, mais «bienheureux les pauvres.» Il ne parle pas de la filiation divine, il dit que nous sommes les enfants de Dieu.  Il se sert constamment de la petite vie insignifiante et journalière des gens qui l’entourent pour illustrer sa doctrine céleste.  De même les prêtres devraient être plus concrets; qu’ils sortent donc de leur stratosphère de l’abstrait qui embête tout le monde et qui ne fait aucun bien.  Pour cela il faudrait donner sa propre vie ou prêcher selon ce qu’on a dans le coeur et malheureusement ils sont bien rares ceux qui vivent dans l’amour la vie de Jésus; voilà pourquoi il y a tant «d’acteurs» dans la chaire de nos églises, mais peu d’apôtres, peu de prêtres qui sont capables de donner la vie de Jésus telle qu’ils la vivent eux-mêmes.  Il n’y a aucun artifice d’éloquence qui peut remplacer le don de Dieu et les gens ne s’y trompent pas.  Dès qu’un prêtre ne donne pas le Jésus qu’il vit, ils n’écoutent plus sa parole, pas plus que des «moutons» n’écoutent la voix d’un berger étranger.  Avis à ceux qui se plaignent que les fidèles n’écoutent pas bien leurs sermons; c’est qu’ils ne prêchent pas la parole du Maître, mais qu’ils font de la philosophie abstraite et insipide pour le coeur des fidèles.

Dès que l’on prêche le Jésus que l’on vit dans le coeur, on goûte un grand plaisir à le prêcher et l’on prend toutes les occasions possibles pour le faire.  Ainsi Jésus prêchait du matin au soir, dans les synagogues, dans les maisons privées, sur le bord du lac, dans les champs, et partout où la foule se trouvait.  Il avait à coeur de faire connaître son Père et le royaume de Dieu.  Il voulait sauver le plus d’âmes possibles; c’était là l’aiguillon qui le faisait marcher.  Que Dieu nous donne des prêtres de cette trempe surnaturelle.  Jésus nous nourrit aussi par sa grâce, qui est une participation créée à sa propre vie divine et par laquelle nous devenons les véritables enfants de Dieu.  C’est surtout par l’Eucharistie qu’il nous donne sa grâce comme nourriture.  «Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle en lui…» Et encore: «Je suis le pain descendu du ciel, si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement, et le pain que je lui donnerai c’est ma chair pour le salut du monde…» Et il ajoute: «Celui qui ne mange pas de ce pain n’aura pas la vie éternelle.  «Les bergers se contentent de trouver des pâturages pour leurs brebis, mais Jésus le bon Pasteur se donne à manger à ses brebis!  On ne peut pas faire plus pour elles.  Jésus se donne encore dans toutes les grâces actuelles qu’il nous offre au jour le jour.  En résumé Jésus nous nourrit par ses exemples, par sa doctrine et par sa grâce.  Il se donne donc lui-même avec ses dons.  Tout pour son troupeau!  Combien de prêtres pourraient se rendre ce témoignage que toute leur vie est aux fidèles exclusivement?

Jésus nous défend.  Contre nos ennemis qui sont les démons, le monde et nous-mêmes.

Contre les démons. 

D’abord Jésus par ses mérites a brisé l’empire que les démons exerçaient sur le monde de sorte que ceux qui s’appuient sur Jésus peuvent les vaincre avec sa grâce.  Mais comme les démons continuent de nous tenter, toute notre vie, là encore Jésus par sa grâce vient à notre secours si nous le prions avec foi et amour.  St-Paul avait cette doctrine dans l’esprit quand il écrit aux Ephésiens, 6: «Au reste, mes frères, fortifiez-vous dans le Seigneur et dans sa vertu toute-puissante.  Revêtez-vous de l’armure de Dieu afin de pouvoir résister aux embûches du diable.  Car nous n’avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les princes, contre les puissances, contre les dominateurs de ce monde de ténèbres contre les esprits mauvais répandus dans l’air.  C’est pourquoi, prenez l’armure de Dieu afin de pouvoir résister au jour mauvais et après avoir tout surmonté, rester debout.»
C’est   donc    bien     certain             que      les       démons           sont continuellement à nous tendre des embûches pour nous faire tomber dans le péché après nous avoir aveuglés sur la doctrine et sur le plan de Dieu.  D’ordinaire ils laissent tranquilles les prêtres philosophes et les fidèles à mentalité païenne, dans ce sens qu’ils ne les font pas persécuter, mais ils les poussent au péché quand même.  Mais quand on veut vivre Jésus-Christ et le donner au monde, alors ils suscitent des persécutions pour faire cesser cette prédication qui ruine leur emprise sur les hommes.  «Tous ceux qui veulent vivre pieusement dans le Christ souffriront persécution.» Il ne faut pas en avoir peur; nous serons avec notre Maître qui a bien été crucifié pour l’amour de nous.  Jésus nous enseigne le jeûne comme le meilleur moyen de résister au démon.  Joint à la prière, il est très efficace contre les démons.  Voilà pourquoi les premiers chrétiens jeûnaient tant et priaient beaucoup à l’exemple de Jésus.  Aussi ils vivaient purs de tout péché et étaient capables d’aller au martyre pour leur foi.  Jésus nous enseigne comment éviter la stratégie du démon par la mortification de nos deux amours naturels pour les créatures et pour nous-mêmes.  Mais surtout en nous donnant la vie divine et avec les moyens pour nous sanctifier nous avons là tout ce qu!  il nous faut pour résister aux démons.

Les prêtres devraient tenir compte de l’action des démons contre les chrétiens; plusieurs n’y attachent aucune importance comme si les démons n’existaient pas.  On comprend que les philosophes aient cette mentalité puisque leur philosophie ne fait aucun tort aux démons, mais ils s’en vont avec leurs fidèles à la dérive sur le courant d’un grand paganisme mental qui suffit pour tenir les masses loin de Dieu.  St-Paul appelle les démons les princes de ce monde, les puissances, les principautés.  Ephé.  6; c’est donc qu’ils agissent comme s’ils étaient les maîtres du monde naturel.  Jésus les appelle les dieux de ce siècle.  Voilà pourquoi ils essaient de tenir les hommes dans le naturel de vie et des motifs, car là ils en font ce qu’ils veulent.  tandis que lorsqu’un homme monte dans le surnaturel pour sa vie et ses motifs, il échappe au contrôle du démon.  Voilà pourquoi le démon fait du tapage seulement quand on veut sortir du monde naturel pour se diviniser soit dans l’âme par la grâce sanctifiante soit dans la mentalité par les motifs surnaturels.  On voit pourquoi maintenant les philosophes ne sont jamais molestés par les démons; ils sont païens de mentalité et ils y restent avec leur philosophie de sorte qu’ils se trouvent à être contre lui, comme dit Jésus: «Celui qui n’est pas avec moi est contre moi.» Contre le monde.  Jésus, par ses exemples, sa doctrine et sa grâce, nous préserve de sa contagion païenne.  Celui qui suit ces trois choses évite l’esprit du monde et ses pièges, comme les premiers chrétiens faisaient.  On peut reconnaître les esclaves du monde par le respect humain.  Ceux qui ont une peur bleue de lui déplaire le reconnaissent évidemment comme leur prince, comme leur dieu.  C’est la très grande majorité des chrétiens.  Combien se livrent à toutes sortes d’attaches pour faire comme les autres.  Prenons l’exemple du tabac.  On commence à fumer pour faire son homme, pour faire comme les autres.  On fait ainsi pour toutes les attaches au monde.  Ces gens ne se demandent jamais ce que Dieu pense de telle jouissance ou de telle attache, mais toujours ce qu’on va dire autour d’eux; ils scrutent l’horizon et écoutent l’opinion du monde pour agir en conséquence.  Eh bien, Jésus par sa vie et son enseignement nous délivre de cet esclavage.  Il nous ramène sous notre véritable maître: Dieu.  Ceux qui le suivent ont toujours les yeux fixés sur lui pour voir ce qu’il veut, et ils agissent selon sa volonté.  Il est leur maître comme il doit l’être de tous les hommes et ils vivent uniquement pour lui comme tout chrétien doit faire.  Voilà donc ce que nous devons faire à l’avenir: être tout à Jésus, notre unique Maître et souverain Seigneur du ciel et de la terre.

Contre nous-mêmes, c’est-à-dire contre nos tendances naturelles qui nous attirent aux créatures.  En nous protégeant contre les démons et contre le monde, il supprime ce qui alimente nos tendances naturelles et ainsi les mortifie.  Il nous protège contre de mauvaises rencontres où nous l’offenserions sûrement, il nous donne de bons conseils par les prêtres, nos parents et nos amis, par des inspirations de sa grâce et par une foule de moyens qui seraient trop long d’énumérer et que l’on connaît bien.  Les prêtres devraient essayer de faire de même pour les âmes qui leur sont confiées; qu’ils réfléchissent souvent comment leur venir en aide et comment les protéger de la contagion du monde, des pièges du démon et de leur amourpropre.  Pour cela on voit que les prêtres doivent étudier la vie ascétique et mystique et connaître les voies de Dieu et des démons pour suivre les premières et éviter les secondes.  Jamais des fumeurs, des sports, des joueurs de cartes, des coureurs de grands chemins, des amateurs de bonne chère se livreront à ces études et encore moins à ces pratiques.  On voit pourquoi nos chrétiens sont si païens de mentalité.  Jésus nous aime.  Si Dieu s’est donné tout entier au salut des hommes c’est qu’il les aimait profondément, il les a créés, il les a rachetés et il veut les sanctifier pour les avoir avec lui au ciel.  Voilà le ressort qui le fait agir dans toute sa vie terrestre.  Pour nous, prêtres, comment arriver à aimer les hommes que Dieu met sur notre chemin de la même façon?  Eh bien, ce n’est qu’en passant par Jésus-Christ.  A mesure qu’il sera formé en nous, nous prendrons ses idées et son amour.  C’est en devenant une seule chose avec lui par la sainteté de vie, en pratiquant tout ce que nous savons être utile pour cette fin.  Remarquons, que Dieu nous a aimés lorsque nous étions pécheurs et qu’il s’est livré pour nous racheter.  Eh bien, que les prêtres essaient donc d’aimer leurs pécheurs de l’amour de Jésus pour nous et qu’ils se donnent corps et âme pour leur salut.  Enfin cet amour de Jésus pour nous est trop évident pour que nous nous y arrêtions plus longtemps.  le mercenaire.  Il s’occupe de son troupeau surtout pour ses propres intérêts à lui; il fait tout le contraire du bon pasteur; il se nourrit lui-même, il se défend et il s’aime luimême.  Il prend le plus possible du troupeau et lui donne le moins possible.  Il leur donne un semblant de doctrine mais vide de toute substance pour l’âme.  Ezéchiel écrit un chapitre contre les mercenaires que tout prêtre devrait méditer parfois.  «Ainsi parle Yahweh: “Malheur aux pasteurs d’Israël qui n’ont fait que se paître eux-mêmes”.  N’est-ce pas le troupeau que les pasteurs devaient paître?  Vous mangiez la graisse, vous vous revêtiez de la laine, vous tuiez ce qui était gras, vous ne paissiez pas le troupeau.  Vous n’avez pas fortifié les brebis débiles, vous n’avez pas soigné celles qui étaient malades, vous n’avez pas pansé celles qui étaient blessées, vous n’avez pas ramené celles qui s’étaient égarées, vous n’avez pas cherché celles qui étaient perdues, mais vous avez dominé sur elles avec violence et cruauté et elles se sont dispersées faute de pasteurs et elles sont devenues la proie des bêtes de tous les champs.  Voici que je viens aux pasteurs, je redemanderai à leurs mains mes brebis et je ne leur laisserai plus de troupeau à paître et les pasteurs ne se paîtront plus eux-mêmes.» c.  34.

Comme ces paroles s’appliquent à une foule immense de prêtres qui le sont pour vivre richement!  On les reconnaît en les entendant comparer les paroisses entre elles.  Quand le font-ils au point de vue de la sainteté?  C’est ordinairement selon les revenus.  On estime les paroisses en fonction des piastres, pas des âmes à donner à Jésus!  Que ces prêtres méditent le 34e chapitre d’Ezéchiel très souvent!  On les reconnaît au luxe de leurs presbytères et à leur table somptueuse, aux satisfactions de toutes sortes qu’ils se donnent par-dessus le marché!  C’est inutile d’énumérer les abus de toutes sortes qu’on peut voir; c’est trop triste et humiliant pour notre religion.  Que ceux qui vivent comme le «bon» riche de l’Evangile craignent son sort en enfer, simplement pour avoir mis son bonheur dans les jouissances permises de ce monde comme la masse des prêtres font et les religieux de même.  Ce qui étonne c’est le manque de scrupule dans ces viveurs des choses permises.  Evidemment ils n’ont que leur philosophie pour se conduire et elle permet tout excepté le péché.  Il me semble que les bons prêtres, même formés à la philosophie devraient ouvrir les yeux quand ils voient les excès de tant de confrères, qui n’ont que leur doctrine philosophique.  Qu’ils sortent donc de cette religion abstraite, de leurs diaboliques «in se», qui est du pur paganisme.  Que tout prêtre prenne pour lui ses paroles de StPierre: «J’exhorte les pasteurs à paître leur troupeau non dans un intérêt sordide, mais par dévouement.» I P.  5-1 Jésus a prêché contre les deux amours naturels que nous avons tous par nature; que les prêtres fassent de même et ils auront la note juste en tout et le St-Esprit coopérera avec eux pour le salut des âmes.  C’est l’amour des créatures et l’amour de soi qui empêchent l’amour de Dieu dans nos coeurs.  Ce n’est pas seulement le péché dans tel acte, mais ces deux amours naturels.  Le monde en est plein, il est clair, et où sont les prêtres qui peuvent les attaquer systématiquement?  Pas un philosophe de la théologie ne peut le faire.  Eh bien, c’est en étudiant la vie de Jésus qu’on vient à se saturer de son esprit pour le prêcher au monde.  Il était plein de l’amour de Dieu et voulait le donner au monde; c’est pourquoi il a tant prêché contre ces deux amours païens que nous avons tous et que si peu de prêtres peuvent et savent comment attaquer.  Les prêtres qui ont les paroisses des riches et des grands sont en grand danger de se perdre parce qu’ils ont une peur bleue de déplaire à ces grands mondains.  Comme on surveille les sermons dans ces paroisses fashionables pour ne pas troubler ces riches païens!  Pensez-vous qu’on laisserait prêcher la folie de la croix et le mépris du monde à la paroisse de Hollywood?  Jamais de la vie!  Pas un mot non plus de l’enfer ni des rigueurs de la justice divine.  Ce n’est que la miséricorde et ses étoiles filantes, en bloc, n’ont qu’à se laisser faire pour arriver au ciel!  Allez donc parler contre l’empêchement de famille à la haute société!  On se ferait bâillonner vite.  On prêche de jolis beaux petits sermons parfumés à l’eau de rose avec des nuages d’encens aux «braves chrétiens» qui sont là et qui font un si grand honneur à Dieu de condescendre à venir l’adorer dans son Eglise.  Il faut dire à l’honneur des fidèles de ce genre qu’ils ne sont pas à blâmer, mais bien les prêtres qui renient Jésus pour satisfaire ce monde, qui ont plus souci de plaire aux hommes que de plaire à Jésus.  Car ces gens sont contents qu’on leur prêche toute la vérité évangélique dans toute son austérité et Jésus-Christ crucifié.  Souvent ils sont scandalisés de voir les prêtres s’abaisser à eux au lieu de les monter à Jésus-Christ tel qu’il est sur la croix.


Le vrai pasteur imite Jésus Que le bon pasteur fasse tout ce que Dieu reproche aux pasteurs d’Israël de ne pas avoir fait, comme de ne pas aller chercher les pécheurs, de ne pas aller visiter les malades, de ne pas soulager les faibles, de ne pas instruire les ignorants, etc.  Comme Jésus cultivait les pécheurs, les pauvres et les infirmes, ainsi les prêtres doivent porter secours à tous ceux qui en ont besoin dans n’importe quel ordre et autant qu’il le peut.  Comme une foule de prêtres expédient vite leurs visites aux malades; à peine une parole banale et vite ils s’en vont et reviennent quand on va les chercher.  Mais comme ces mêmes prêtres ont du temps pour cinquante niaiseries frivoles, causeront des heures de temps avec des confrères en fumant, ou assisteront à des parties pendant des heures, etc.  Il faut qu’ils soient tout aux choses de Dieu et alors ils trouveront bien le temps de s’occuper de leurs fidèles par eux-mêmes et par leurs vicaires.  Si leur paroisse est trop grande ils demanderont à l’évêque de la diviser, se souciant peu de la diminution des revenus.  Comme le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis, que les bons prêtres au moins donnent leur temps, le meilleur de leur activité, leurs aises et toutes les lumières que Dieu leur donne pour le salut du monde.  Qu’ils soient heureux de se fatiguer dans ce travail divin, de donner leur santé et tout leur cœur.  Quand ils mourront ils seront contents de trouver place à côté de leur modèle divin le bon Pasteur notre Seigneur Jésus-Christ!  Demandons au St-Esprit ses dons pour être dociles aux inspirations divines pour nous faire ressembler au bon Pasteur!

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