« C'est une grande chose d'avoir, au sein même de l'Église catholique, la foi dans son intégrité »
-Saint Augustin

« L'ignorance est notre pire ennemi. »
-Saint Pie X

« La vérité vous rendra libre »
-Jean 8, 32

mardi 20 février 2018

Père Onésime Lacouture - 2-34 - La flagellation de Jésus


TRENTE-TROISIÈME INSTRUCTION
LA FLAGELLATION.
«Je ne trouve rien en lui qui mérite la mort; je le ferai
châtier et je le renverrai.» Luc.  23-22
Plan Remarque.  (La raison ne voit que faiblesse, folie et cruauté.  Dans la Passion: (La foi voit la puissance, la sagesse et l’amour.  (Tourment affreux.  La flagellation: (Motifs de Jésus.  (Soumission à son Père.  (Sentiments de Jésus.  (Confiance en Dieu.
REMARQUE  Souvent, moins il y a d’espèces sensibles dans les mystères de la vie de Jésus plus ils cachent de richesses spirituelles pour nous.  C’est que l’amour ne se livre pas au premier venu; plus il est précieux et plus il se cache afin de se faire désirer davantage pour se faire mieux apprécier.  Ainsi les Saints ont tiré grand profit spirituel de la contemplation de ce supplice de Jésus, pourtant l’Evangile n’a qu’un mot: Il fut flagellé.  Aucun détail n’est donné, ni aucun développement.  Pourtant ce devait être un des plus grands tourments de la passion.  Ceux-là seuls qui réussiront à se frayer un passage jusqu’au Coeur de N.S.  découvriront les trésors de sagesse et d’amour que Jésus manifeste dans la flagellation.  Aucun mondain ni aucun qui a des attaches, ni ceux qui aiment le monde ne sont capables d’y pénétrer.  Il n’y a que ceux qui veulent sincèrement aimer Dieu et qui le montrent par leurs sacrifices des échantillons qui entreront dans les sentiments intérieurs de Jésus pendant sa passion.  C’est en proportion qu’un chrétien se vide le coeur des deux amours naturels que nous avons tous par nature: l’amour des créatures et l’amour de soi, qu’il lui sera permis de pénétrer dans ce foyer immense de l’amour divin.  Tout de même les imparfaits ne doivent pas abandonner la méditation des souffrances de Jésus, même s’ils restent vides.  Jésus voit leur bonne volonté et il ne manquera pas de leur donner quelque bonne grâce qui leur aidera à se vider le coeur des amours naturels.  Donc quelque soit la difficulté de méditer sur la flagellation, faisons-le avec bonne volonté et grand désir d’arriver un jour à l’amour concret de Dieu.  Demandons à la Ste-Vierge de nous aider à concevoir les sentiments de Jésus pendant cet horrible supplice.
N’allons pas aborder ce sujet avec la raison ou mieux selon la façon de juger de la raison, mais uniquement au point de vue de la foi.  Nous sommes tellement habitués à tout juger selon la raison que nous sommes exposés à le faire quand il s’agit d’un sujet surnaturel et d’une sagesse toute divine.  C’est là un échec pour plusieurs.  Ce n’est pas l’esprit qui doit pénétrer le premier dans le monde surnaturel, mais le coeur et l’amour.  Et comme les hommes ont de la difficulté de s’adapter au monde qu’ils considèrent!  Dieu est amour et Jésus dit que c’est dans sa passion qu’il nous montre le plus son amour.  Or est-ce que c’est par l’esprit qu’on gagne le coeur d’une personne?  C’est par l’amour.  L’amour se révèle à l’amour seul.  Eh bien!  ne manquons pas d’essayer de mettre le plus d’amour possible dans ces contemplations sur les mystères de la passion de Jésus. 
Dans la passion….
La raison ne voit que faiblesse, folie et cruauté.  Il est certain que la raison avec ce que les sens lui fournissent de la passion de Jésus est révoltée.  On voit un homme qui agit comme un enfant sans défense; il se laisse garrotter par les soldats de Judas, se laisse conduire chez Anne et Caïphe sans rien dire et se laisse outrager affreusement sans une plainte… et il se dit celui qui gouverne le ciel et la terre: S’il est Dieu, il était si facile de s’échapper de ses ennemis!
Quelle folie pour un médecin qui veut nous guérir en se laissant blesser!  Qui se fait pauvre pour nous enrichir: et qui meurt pour nous donner la vie!  et il veut que nous ayons confiance en lui!  La cruauté dont il est l’objet fait frémir la nature humaine.  Des pieds à la tête il n’est que plaies et après avoir été flagellé cruellement, il meurt dans un supplice infâme sur la croix.
Voilà donc comment la sagesse humaine est arrêtée au seuil de la passion de Jésus par des considérations de ce genre qui lui répugnent souverainement.  La raison se détourne de tant de choses qui la contrarient.  Par conséquent c’est parfaitement inutile d’essayer de contempler la flagellation au point de vue de la raison humaine.  Prenons tout de suite le Point de vue de la foi.
A cette lumière tout change; avec la lumière du St-Esprit la face de la terre est renouvelée et les choses sont créées de nouveau comme dans un monde nouveau.  Jésus dit qu’il doit boire le calice que son Père lui présente.  Puisque sa passion vient d’une certaine façon de son Père, c’est donc qu’elle vient de la sagesse, de la bonté et de la miséricorde infinies.  Si nous voyons le côté divin de la passion de Jésus nous finirons peut-être par voir aussi le côté divin de nos croix qui sont des échantillons de la passion de Jésus.
C’est difficile de voir ce point de vue; nous avons tant d’obstacles en nous pour arriver au divin.  Mais est-ce que les hommes regardent les difficultés quand ils savent qu’ils vont trouver la richesse au fond?  Par exemple comme les mineurs d’Alaska travaillent dur pour trouver un peu d’or à des cinquante pieds sous terre et cela à travers la terre gelée.  Eh bien, nous savons par l’Ecriture que les trésors de la sagesse et de la science divines sont cachés dans la passion de Jésus ou dans la doctrine de la croix.  Est-ce que cela ne doit pas nous suffire pour nous encourager à contempler les souffrances de Jésus malgré notre répugnance naturelle?  Dieu devait avoir de bonnes raisons pour laisser son Fils unique souffrir tous ces tourments.  Essayons de les trouver pour en faire notre profit spirituel.
Jésus montre une puissance extraordinaire pour préparer sa venue dans le monde pendant tant de siècles et en conduisant son peuple où il le voulait malgré ses ennemis et les résistances du peuple même.  Il prêche malgré ses ennemis tant qu’il le veut et il se laisse prendre quand il le veut et comme il le veut.  «Je donne ma vie et je la reprends quand je veux», dit-il.  Quand par un mot il étend les soldats qui viennent pour l’arrêter, qu’il guérit l’oreille de Malchus coupée par l’épée de Pierre: c’est de la puissance cela!  Pour le tenir attaché à la colonne de la flagellation, il faut une puissance infinie pour dominer le Tout-Puissant.  C’est l’amour infini qui est plus fort que sa toute-puissance infinie!  C’est parce qu’il veut nous sauver qu’il se fait faible aux mains des pécheurs.  Il veut expier nos péchés et nous avoir avec lui au ciel.  Voilà pourquoi il s’abandonne à ses ennemis.  On sait qu’il faut une certaine force morale pour se laisser piquer par un simple maringouin et d’autant plus qu’il est facile de le chasser et de le tuer.  Eh bien, imaginons la force morale de Jésus qui subit tant de tortures quand il pourrait d’une parole anéantir ses bourreaux!  Jésus montre sa sagesse infinie en nous enseignant l’énormité du péché et les châtiments qu’il mérite en même temps nous méritant la grâce de n’y plus retomber si nous suivons Jésus.  Les faits sont plus éloquents que les paroles.  Ces souffrances de Jésus devraient nous éloigner de tout péché quelque passionnant qu’il puisse être, puisqu’il faut l’expier si cruellement.  Que pouvait-il faire de mieux que de se montrer à nous expiant nos péchés tels qu’ils apparaissent à Dieu.  C’est la bonté infinie et la miséricorde infinie qui traitent Jésus de la sorte; alors les hommes devraient mieux comprendre la gravité des péchés et se déterminer à ne jamais plus en commettre.  Voilà ce que nos jouissances de quelques minutes ont coûté à Jésus qui n’était pas le vrai coupable!  Qu’est-ce que Dieu ne fera pas aux vrais pécheurs qui n’expient pas leurs péchés avant la mort?…
Les hommes sont portés à juger les péchés comme des péchés contre les hommes; ils sont bien indulgents les uns pour les autres; ils excusent facilement les péchés contre la pureté.  De là ils passent facilement à Dieu pour dire qu’il est si bon qu’il aura bien pitié des pécheurs et ils en profitent pour pécher encore plus.  C’est une présomption très dangereuse.  Qu’ils voient donc comment ce Dieu si bon a puni le péché dans son Fils bien-aimé.  Ils ne veulent pas considérer les souffrances de la passion comme trop grandes.  Mais voilà un fait historique d’une punition de Dieu!  Or les vrais pécheurs seront sûrement encore plus punis.  Jésus nous le dit: «Si on traite ainsi le bois vert que ne fera-t-on pas du bois (mort) sec?» La miséricorde divine était pourtant là aussi, mais la justice divine aussi.  Pourquoi tant de prêtres et de fidèles aiment tant à isoler la miséricorde comme si la justice n’était pas là?  C’est l’erreur à l’opposé de celle des Jansénistes; eux ne parlaient que de justice et les modernes ne parlent que de miséricorde; les deux sont dans l’erreur.  On ne sépare pas ces deux attributs de Dieu.  Comme on le voit dans Jésus la justice divine punit comme la miséricorde pardonne.
Quand on sait que tout ce qu’il y a de cruel dans la passion est nécessaire pour enlever la pourriture du péché, on regarde ces souffrances comme celles que cause le chirurgien pour enlever ce qui est pourri en nous.  C’est un mal pour un grand bien et cela lui enlève ce qu’il pourrait avoir d’odieux.  Dans une opération on pense plus à la vie que nous sauvons qu’au membre que nous perdons.  Qu’on fasse de même dans la passion de Jésus; pensons plus à ce qu’il nous mérite qu’à ses seules souffrances.
C’est à force de nous arrêter au point de vue divin que nous arriverons à nous affectionner à cette contemplation si utile pour la vie spirituelle.  Les saints y revenaient constamment et toujours avec plus de profit surnaturel.  Le secret est de ressembler à Jésus autant que possible.  Mieux on accepte les croix que Dieu nous envoie et plus nous pouvons comprendre le coeur de Jésus dans les souffrances et sympathiser avec lui.  Or c’est quand on commence à sympathiser avec lui qu’il manifeste aussi son amour et alors on est heureux de s’associer à ses souffrances par la contemplation de sa passion.  Quand on a passé par une opération chirurgicale difficile et dangereuse on est bien plus intéressé à la même opération dans un autre; on sympathise tout de suite avec lui.  On se comprend mieux.  Il en sera de même quand on aura souffert avec Jésus et pour lui, on comprendra bien mieux sa passion et on entrera plus facilement dans les secrets de son amour pour nous, parce qu’il nous voit intéressés à ses souffrances.
La flagellation.  Le tourment de la flagellation. 
Ce supplice eut lieu dans la cour du prétoire pavé de grandes pierres de deux pieds par trois que l’on voit encore autour et sous le couvent des Soeurs de Lion.  En 1938, en mars j’avais l’honneur et le bonheur de dire la messe à cet endroit, d’offrir le sang de Jésus où le sien a coulé réellement.
Ce supplice était tout ce qu’il y a de plus infamant, en même temps que de plus douloureux.  Dans les pénitenciers où l’on donne parfois le fouet, on en donne seulement dix coups à la fois, parce que peu d’hommes sont capables d’en endurer plus sans perdre connaissance.  Pourtant ils sont donnés par des hommes qui n’ont pas de haine contre la victime et même beaucoup de pitié.  D’après le suaire de Turin dont l’authenticité est admise par Pie XI et la plupart des critiques, les plaies, après avoir été agrandies, semblent faites par des espèces de petites haltères grosses comme des gros pois et l’on en compte quatre-vingt à part des autres.  Jusqu’à 1930 à peu près on ne connaissait que le négatif du portrait laissé par Jésus sur la toile.  Mais en le photographiant on a eu un positif qui se trouve un vrai portrait de Jésus tel qu’il paraissait sur le suaire.  C’est un vrai miracle de la Providence qui a voulu nous laisser une bonne ressemblance de Jésus après sa mort.  Il n’y a pas un artiste au monde qui aurait pu faire cela.

En tout cas avec ce que le prophète dit qu’on pouvait lui compter tous les os, le suaire peut nous aider beaucoup à faire une bonne méditation de la flagellation, qui a été très cruelle.  Pilate voulait apitoyer ces tigres, on peut imaginer comme il a été labouré par les coups de lanières avec ces billes au bout.
D’abord on commence par lui enlever tous ses habits de sorte qu’il était nu devant toute cette foule avide d’un pareil spectacle.  Puis on lui attacha les deux mains à une colonne.  Etait-elle plus basse que lui pour qu’il ait le dos courbé et que les coups frappent mieux, ou était-elle haute pour qu’il ait les bras attachés au-dessus de la tête.  Les coups qui paraissent sur la poitrine du portrait sur le suaire de Turin semblent favoriser la dernière posture.  Peu importe pour ce détail.  Que chacun prenne ce qui lui semble le plus vrai.  Deux soldats se placent de chaque côté et le frappent de toutes leurs forces encouragés par les juifs.  C’étaient de vrais brutes comme on peut le voir par leur manière de traiter Jésus aussitôt qu’il fut condamné par les prêtres.
A chaque coup la chair se tuméfiait, il se formait des bourrelets violets et le sang coulait… il frémit… se tord de douleur… il gémit… il pleure… il se lamente à son Père.  S’il avait eu les mains attachées à une basse colonne, il se serait écrasé par terre et ils n’auraient pu le battre à leur goût.  Dans les cachots de la maison de Caïphe on voit que les mains des esclaves et des prisonniers étaient attachées en haut pour qu’ils aient tout le corps bien exposé aux coups.  Pendu à cette colonne, il ne peut se défendre d’aucun coup.  Il a des blessures de la tête aux pieds.
On ne sait pas combien de temps elle a duré, mais c’était assez pour le faire mourir si le divin ne l’avait pas soutenu.  Ils se sont arrêtés quand ils virent qu’il était pour expirer afin de le réserver pour le supplice de la croix, encore plus humiliant.  Voilà donc pour la partie sensible et matérielle pour ainsi dire.  Du sensible allons maintenant à l’invisible ou aux souffrances de Jésus.  Au point de vue physique qui peut se faire une idée de ces tortures?  Ceux qui se sont déjà donné la discipline peuvent s’en faire une idée en proportion qu’ils ont eu bon bras pour se frapper eux-mêmes.  Les saints ont en général employé ce moyen de se mortifier pour imiter Jésus qui a voulu librement subir ce châtiment du fouet.  Tous les chrétiens devraient user de ce moyen facile d’expier une partie de leurs péchés et de s’attirer des grâces de Dieu.  En voyant Jésus se tordre de douleur, essayons de pénétrer dans son âme pour sympathiser avec lui.  Demandons-lui le pardon de nos péchés, surtout de la chair, en pensées, en désirs et en actes.  Promettons-lui de ne plus jamais l’offenser et de l’aimer assez pour compenser nos offenses.  Si le coeur n’est pas ému avec Jésus qu’on fasse des actes d’humilité d’avoir si peu de foi et encore moins d’amour pour lui.  Comme des parents regardent agoniser leur fils qu’ils aiment, regardons Jésus agoniser sous les coups de lanières qui déchirent son corps et le torturent épouvantablement.
Cette flagellation n’est qu’un échantillon de ce que nous aurons pour nos péchés sinon en ce monde au moins dans l’autre.  Le purgatoire est du feu et tous les péchés non expiés ici-bas le seront là avant d’entrer au ciel.  Qu’on imagine la fureur des démons en enfer contre les membres de Jésus quand Dieu leur abandonnera les pécheurs pour être torturés non pas pendant quelques minutes ou quelques heures comme Jésus, mais pendant toute l’éternité.  Mieux vaut donc imiter Jésus fouetté en ce monde que d’aller tout expier dans l’autre.  Qu’on prenne une bonne résolution de souffrir n’importe quelle tentation ou privation de jouissances défendues plutôt que de pécher et de mériter un pareil supplice; qu’on se fasse souffrir d’une manière ou d’une autre comme tous les saints l’ont fait à la suite de Jésus.
Motifs de Jésus.  Le premier est de satisfaire à son Père.  Il faut à tout prix que la justice divine soit satisfaite par un châtiment adéquat.  Un Dieu-homme seul pouvait le faire; en tant qu’homme il pouvait souffrir et en tant que Dieu son mérite était infini.  Jésus offre donc toutes ses souffrances pour cette fin.  C’est parce que nous sommes appelés à aller participer à la vie intime de la Trinité que Dieu est si exigeant sur la réparation de l’offense du péché.  Là il ne peut y avoir l’ombre même de péché ou de toute dette envers la justice divine.  Que les prédicateurs de la seule miséricorde divine réfléchissent bien sur la flagellation.  Est-ce que ce n’est pas la justice divine qui s’exerce là comme dans les autres tourments de la passion?  Est-ce que Dieu a un autre plan de réparation pour nous?  Pas du tout.  Nous sommes les membres de Jésus et nous aurons le même traitement que lui et même d’après Jésus encore plus sévère comme il le dit aux filles de Jérusalem: «Si on traite le bois vert de cette manière que ne fera-t-on pas au bois sec?»
Commençons donc tous par satisfaire la justice de Dieu et ensuite nous pourrons espérer en la miséricorde divine.  C’est absurde, c’est de la présomption que de compter sur la miséricorde sans vouloir satisfaire la justice divine.  Les protestants soutiennent que Jésus a assez souffert pour que nous n’ayons plus à souffrir.  Ce n’est pas le sens et ce n’est pas vrai.  Tout ce que les souffrances de Jésus font c’est de nous obtenir que les nôtres soient acceptées par Dieu à cause de celles de Jésus.  Tant que nous n’avons pas souffert pour nos péchés, il manque encore quelque chose à la passion de Jésus, comme le dit St-Paul.  Les prêtres ne devraient pas avoir peur de demander aux fidèles de s’imposer des pénitences volontaires; porter la croix est un art qui s’acquiert par la répétition des actes.  Les Apôtres et les Saints s’ingéniaient pour se faire souffrir de toutes sortes de façons afin d’expier leurs péchés et de ressembler davantage à Jésus qui a subi sa passion librement et volontairement.  Notre amour pour nous est ce qui détermine Jésus à vouloir satisfaire son Père.  Il veut tellement nous avoir avec lui dans la vision béatifique qu’il est prêt à endurer ce supplice et les autres que la justice divine peut exiger pour cette fin.  St-Jean dit que Jésus nous a aimés jusqu’à la limite du possible et c’est dans sa passion qu’il nous montre cet amour sans limite.  Cette constatation ne suffit pas pour nous enflammer d’amour de Dieu, mais elle nous montre au moins notre divin idéal.  Car nous devons l’aimer comme il nous a aimés; il est bon de considérer un peu jusqu’où il est allé dans son amour pour nous.  Comme St-Jean dit: il nous faut aller jusqu’à donner notre vie pour Jésus comme il a donné la sienne pour nous.  Donc il nous faut souffrir comme lui.  Personne ne peut aimer Jésus sans le montrer par sa pénitence pour ses péchés: tout le reste ne peut être que des mots et des illusions.  Nos protestations d’amour ne vont pas loin si elles ne sont pas appuyées sur la mortification réelle et concrète.  La genèse de l’amour n’est pas comme celle des idées, surtout l’amour de Dieu.  N’oublions pas que c’est en proportion qu’on se débarrasse de nos deux amours naturels pour les créatures et pour nous-mêmes que l’amour de Dieu viendra prendre la place laissée par ces deux amours.  Par conséquent c’est parfaitement inutile d’essayer ou de croire aimer Dieu sans la mortification et sans le renoncement à soi-même.  L’amour de Dieu est aussi impossible sans cela que la récolte sans semailles.  Or Jésus dans sa passion nous donne des échantillons de tous les genres de souffrances qu’il veut pour nous d’une façon ou d’une autre.  Voilà pourquoi il est important de considérer attentivement les différentes souffrances de Jésus.  On comprend maintenant qu’un prêtre ne peut pas facilement donner des considérations qui vont enflammer les autres pour l’amour de Dieu.  L’amour ne se transmet pas comme les idées.  Tout de même il est bon de faire ces considérations afin de disposer le coeur au moins à faire des sacrifices pour l’amour de Jésus et après cela l’amour divin viendra dans nos coeurs dans la même proportion qu’on se renonce.  Le prédicateur, comme certains livres, ont beau faire des actes d’amour de Dieu où s’exclamer sur notre insouciance, notre ingratitude, ou se répandre dans des exclamations d’amour, tout cela nous laisse froid.  Ce n’est pas la façon de susciter l’amour de Dieu.  Jamais on ne l’aura réellement si on n’attaque pas les deux amours naturels.  Eh bien notre modèle est bien Jésus qui les a tués parfaitement en lui-même et qui veut que nous fassions de même en nous.  Après la mortification et le renoncement qui enlèvent les obstacles positifs à l’amour de Dieu, il faut encore désirer ardemment le surnaturel; le divin veut être désiré et aimé avant de se donner.  Donc il faut prier longtemps et le vouloir de tout son coeur et le montrer par la persévérance dans la prière et dans ces désirs intenses de l’amour de Dieu.  C’est alors que le St-Esprit viendra produire en nous une augmentation d’amour.
Qu’on sache donc une bonne fois que l’amour de Dieu s’achète aux dépens des créatures captivantes ou se récolte par celles que l’on sème.  Tout autre façon est miraculeuse et exceptionnelle; on ne peut pas compter sur des miracles pour arriver au ciel.  Défions-nous des belles prières que l’on fait et des protestations d’amour que l’on lit dans les livres; tout cela est bon mais ne suffit pas.  Si ces bons sentiments ne nous poussent pas au sacrifice de nos deux amours naturels, ils sont vains.  «Ce ne sont pas ceux qui disent: Seigneur Seigneur!  qui entreront dans le royaume des cieux, mais ceux qui font la volonté de mon Père céleste.» Or cette volonté est que nous devons expier nos péchés par la pénitence concrète… pas seulement intérieure, ni seulement extérieure, mais par les deux ensemble.  Les sentiments de Jésus sont encore plus importants pour nous que ses souffrances physiques et nous devons essayer de monter jusque là avec ce que l’Ecriture nous dit des sentiments du Juste qui souffre.  On sait que les gémissements des prophètes et du psalmiste sont l’expression de l’humanité en général et donc celle de Jésus et par suite devraient être les nôtres dans nos tribulations.  On les trouve exprimés un peu partout dans ces écrits inspirés.
Ps.  31: «Aie pitié de moi, Yahweh, car je suis dans la détresse; mon oeil est usé par le chagrin ainsi que mon âme et mes entrailles.  Ma vie se consume dans la douleur et mes années dans les gémissements.  Ma force est épuisée à cause de mon iniquité et mes os dépérissent.  Tous mes adversaires m’ont rendu un objet d’opprobre, un fardeau pour mes voisins, un objet d’effroi pour mes amis.  Ceux qui me voient dehors s’enfuient loin de moi.  Je suis en oubli; comme un mort, loin des coeurs.  Je suis comme un vase brisé, car j’ai appris les mauvais propos de la foule, l’épouvante qui règne à l’entour, pendant qu’ils tiennent conseil contre moi, ils ourdissent des complots pour m’ôter la vie.  fit moi je me confie en toi Yahweh…etc.» Voilà quelques plaintes de l’humanité souffrante résumée en Jésus; tous les élus doivent y passer!  Mais après ces gémissements, il faut se réfugier dans la confiance en Dieu comme le Juste le fait ici.  Ps.  37.  Vulg.  Ce psaume est plein de ces gémissements.  «Yahweh ne me punis pas dans ta colère… il n’y a rien de sain dans ma chair à cause de ta colère, mes meurtrissures sont infectes et purulentes… Je suis courbé, abattu à l’excès, tout le jour je marche dans le deuil.  Un mal brûlant dévore mes reins et il n’y a rien de sain dans ma chair.  Je suis sans force, brisé outre mesure, le trouble de mon coeur m’arrache des gémissements; Seigneur, tous mes désirs sont devant toi et mes soupirs ne te sont pas cachés. 
Mon coeur palpite, ma force m’abandonne et la lumière de mes yeux n’est plus avec moi… c’est en toi, Yahweh que j’espère.»
Ps.  128 Vulg.  «Ils ont labouré mon dos, ils y ont tracé de longs sillons.  Mais Yahweh est juste, il a coupé les liens des méchants.» Les sentiments des lamentations de Jérémie peuvent s’appliquer à Jésus, par exemple, 3: «Je suis l’homme qui a vu l’affliction sous la verge de sa fureur; il m’a conduit et m’a fait marcher dans les ténèbres et non dans la lumière, contre moi seul il tourne et retourne sa main tout le jour.  Il a usé ma chair et ma peau, il a brisé mes os.  Il a bâti contre moi, il m’a environné d’amertume et d’ennui.  Il m’a fait habiter dans les ténèbres comme ceux qui sont morts depuis longtemps.» Plusieurs passages de Job reflètent les sentiments de l’humanité souffrante et donc celle de Jésus.
Dans nos peines et dans nos misères nous devrions aller chercher dans les psaumes et les prophètes leurs sentiments et leurs expressions pour répandre devant Dieu notre douleur.  Ces paroles et ces sentiments sont inspirés par le St-Esprit et par conséquent sont plus agréables à Dieu.  Plusieurs vont dire qu’ils n’ont pas ces angoisses de l’âme dont on parle ici.  Peutêtre.  Mais pourquoi?  c’est qu’ils commettent n’importe quel péché plutôt que de souffrir la moindre privation.  Mais ceux qui ne veulent pas à aucun prix offenser Dieu, c’est extrêmement difficile et angoissant de rester ferme.  On dirait que Dieu en profite quand il sait que nous allons endurer plutôt que de l’offenser.  Une tentation suit une autre et toujours plus forte, une épreuve suit l’autre, et l’autre.  On est porté à lui dire: Allez-vous débarquer de sur mon dos?  Que vous ai-je fait pour que vous soyez toujours contre moi?  Et toutes les plaintes des prophètes et des psaumes y passent tant cela est pénible à la longue.
Soumission à son Père.  A travers toutes ses plaintes et ses gémissements une chose reste inébranlable dans son âme, c’est sa parfaite soumission à son Père: le «que votre volonté soit faite et non la mienne» de son agonie est le refrain continuel de sa volonté humaine.  Il sait que le Père est offensé par toutes les désobéissances depuis celle d’Adam et Eve et il va les expier par son obéissance absolument parfaite.  Imitons-le dans nos épreuves à travers nos gémissements et nos douleurs intérieures, répétons ce refrain de Jésus: «Que votre volonté soit faite et non la mienne.» Là est le mérite.  Mais comme c’est pénible d’aller contre toutes les tendances de la nature!  Comme il faut de la foi pour que ces directives l’emportent sur les répugnances si fortes de la nature.  Mais la grâce de Dieu est capable de le faire si nous la demandons à Dieu habituellement dans de ferventes prières.  Le secret est de s’exercer dans les petites croix de chaque jour, autrement on ne pourra pas résister dans les grandes tentations de la vie.  Or ce sont ces grands examens de la vie spirituelle qui décident de notre salut éternel.  Préparons-nous par des exercices quotidiens que Dieu nous présente dans la vie ordinaire de tout chrétien.

Confiance en Dieu. 
Les psaumes et les prophètes sont pleins de ces expressions de confiance en Dieu.  Jésus plaide avec son Père; il lui rappelle tout ce qu’il a fait pour les patriarches et pour sa nation en général afin de le toucher davantage.  C’est un moyen que nous devrions tous employer dans nos prières.  Quand on rappelle à Dieu ce qu’il a fait pour d’autres on lui donne une gloire très sensible.  Dieu se dit: S’il remarque ce que j’ai fait pour d’autres, il me donnera bien de la gloire pour ce que je ferai pour lui.  Et il est plus porté à nous exaucer.  Judith, Daniel, Moïse et David s’en servent très souvent comme on peut le voir en lisant leurs écrits.  J’insiste sur cette idée car elle n’est pas du tout dans nos moeurs.  Nous ne voyons que notre petite personnalité et nous oublions ce que Dieu a fait aux autres.  Dieu veut que nous le glorifions pour tout ce qu’il fait dans le monde: il n’aime pas l’égoïsme étroit qui ne pense qu’à soi.
Il n’est pas probable que nous soyons fouettés comme Jésus l’a été.  Mais la divine Providence nous les donne séparément dans toutes ces petites croix qui se présentent tous les jours; essayons de les prendre comme les disciples d’un Sauveur flagellé si cruellement et chaque fois mettons notre confiance en lui pour qu’il nous pardonne nos péchés.  Ne les offrons pas d’une façon vague, mais d’abord pour nous-mêmes, puis pour tous les pécheurs du monde exactement comme Jésus a fait.  Au lieu de s’impatienter contre les choses et les personnes à l’avenir qu’on fasse des actes de conformité à la volonté divine et de confiance en Dieu qu’il nous pardonnera nos péchés puisqu’il nous fait participer à la flagellation de Jésus d’une certaine façon.  C’est quand nous commençons à endurer pour l’amour de Dieu les coups de la Providence que nous pouvons dire que nous commençons à aimer Dieu véritablement et que nous suivons Jésus-Christ de fait.  Au lieu de trouver à redire contre les croix, acceptons-les comme Jésus.


Dans ces méditations sur la passion, ne manquons pas de prier beaucoup la Sainte Vierge qui a le mieux compris l’intérieur de Jésus et qui a le mieux sympathisé avec lui et qui a le plus souffert intérieurement.  Le St-Esprit l’exige pour nous donner une augmentation de la vie de Jésus en nous.  Ayons une grande dévotion à ses sept douleurs où elle montre son immense amour pour Dieu en se soumettant parfaitement à ces croix bien pénibles pour elle. 

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