« C'est une grande chose d'avoir, au sein même de l'Église catholique, la foi dans son intégrité »
-Saint Augustin

« L'ignorance est notre pire ennemi. »
-Saint Pie X

« La vérité vous rendra libre »
-Jean 8, 32

samedi 14 avril 2018

Père Onésime Lacouture - 3-4 - Apparitions aux saintes femmes



TROISIÈME INSTRUCTION APPARITIONS AUX SAINTES FEMMES.

Les anges dirent aux femmes: Pourquoi cherchez-vous Celui qui est vivant parmi les morts? Il n’est point ici, mais il est ressuscité. Souvenez-vous de quelle manière il vous a parlé quand il était encore en Galilée, lorsqu’il a dit: «Il faut que le Fils de l’homme soit livré entre les mains des pécheurs, qu’il soit crucifié et qu’il ressuscite le troisième jour».

Nous allons faire cette méditation surtout pour mieux comprendre les voies de Dieu pour nous faire passer du monde naturel au monde surnaturel ou pour nous sanctifier. Tous ces gens étaient très bons et très dévoués à J.-C., mais ils ne comprenaient encore rien selon la foi surnaturelle. Alors il est intéressant et très utile de suivre pas à pas ce que Dieu a fait pour les amener à la foi surnaturelle.

Or Dieu est infiniment simple; ce qu’il a fait pour elles, i1 le fera pour nous, soyons bien sûrs. Alors nous allons suivre le récit des évangiles et indiquer les défauts et les qualités de ces bonnes âmes dans leur progrès vers l’union avec Jésus. Comme le Saint-Esprit a fait écrire ces choses pour notre instruction, ne perdons rien des leçons que nous pouvons glaner au cours de cette étude du texte sacré, non pas d’une façon spéculative et stricte comme en théologie, mais surtout avec le cœur pour faire entrer dans notre vie toute cette doctrine si pratique pour nous.

D’abord remarquons que ces femmes avaient suivi Jésus dans sa vie publique au moins par leurs bonnes œuvres et par les secours qu’elles donnaient aux Apôtres à cause de Jésus. Elles étaient ses familières même sans rien comprendre du surnaturel que Jésus donnait à ses amis comme à tout le monde. Il fallait un grand amour de Jésus pour le soutenir dans l’aide matérielle et morale qu’elles donnaient à Jésus, car leur foi était encore bien pauvre, si elles l’avaient même.

Voilà ce que nos chrétiens devraient faire. Soyons dévoués dans toutes les bonnes œuvres pour l’amour de Dieu, faisons des visites au Saint Sacrement souvent et longues si possible, prions beaucoup pour la conversion du monde et pour la sanctification des âmes, disons le chapelet tous les jours, communions tous les jours si possible; enfin, faisons tout comme si nous comprenions parfaitement le plan de Dieu pour nous sanctifier et comme si déjà nous étions saints. Puis, quand même nous aurions même de la répugnance à faire les Saints, faisons-le pour l’amour de Dieu.

Puis, plus tard, Dieu nous fera des grâces signalées; il nous donnera des lumières pour comprendre, pour reconnaître les inspirations divines, comme les femmes ont vu des anges et comme les anges leur parlent de Jésus d’une façon céleste, ces inspirations nous ouvriront des horizons merveilleux sur les choses du ciel et nous serons récompensés déjà pour tout ce que nous aurons fait pour Dieu. Puis ces inspirations comme les anges nous prépareront à voir clairement le divin au fond de l’âme comme ces femmes finirent par voir Jésus en personne ressuscité. Dieu veut que nous travaillions dans la nuit longtemps avant de faire lever son soleil divin dans nos âmes. Ayons confiance!

Ce n’est pas un simple conseil que nous donnons; c’est la façon de faire de Dieu… et qu’on la prenne tout de suite! Que d’égoïstes dans le monde qui travailleraient pour Dieu s’il les payait tous les jours! Jamais Dieu ne fera cela; il exige des preuves que nous le préférons à tout au monde… et l’amour ne se prouve pas ordinairement par un seul acte. Dieu nous dit de toutes les façons que notre récompense est au ciel, et bien! attendons le ciel. Mais travaillons comme si nous l’avions tout de suite. Dieu le dit: ce devrait être assez pour n’importe quel catholique. Comme il faut du jugement, de la volonté et de l’amour solide de Dieu pour faire les saints, sans aucune consolation présente, sans murmure et sans bouder le bon Dieu!

Nous avons l’exemple de ces saintes femmes qui ne reçoivent leur récompense qu’après trois ans de service de Jésus. Ce sera la même chose pour nous. Mais travaillons ferme! quand même!…

Une bonne preuve de leur grand amour de Jésus est que même après sa mort, elles lui restent fidèles et, ayant acheté des aromates, elles viennent de bonne heure après le sabbat pour finir l’embaumement.

On dirait qu’elles se sont donné rendez-vous au tombeau et elles arrivent en différents groupes, ce qui explique quelques variantes dans le récit évangélique. En route, elles se demandaient qui leur enlèverait la pierre devant le tombeau, car elle était très grosse. Elles s’inquiètent pour rien, car lorsqu’elles arrivent au tombeau, la pierre est enlevée.

Jésus, dans le sermon sur la montagne nous défend de nous inquiéter pour l’avenir. Quand on travaille pour Dieu, faire ce qui est possible dans le présent et laisser à Dieu le soin de l’avenir. On voit des catholiques qui ont toujours bien mangé dans leur vie et qui s’inquiètent pour l’avenir. C’est faire insulte à Dieu. Supposons qu’un enfant, un jour, se mette à pleurer; ses parents lui demandent le pourquoi de sa peine. Il répond qu’il a peur qu’ils ne lui donnent pas à manger demain! Comme ils seraient froissés à bon droit de ce manque de confiance insensé, quand ils ont toujours eu bien soin de lui. Eh bien! Plusieurs font de même pour Dieu. Ils se défient de Lui. Ces gens n’accompliront jamais grand-chose pour Dieu avec si peu de confiance en Lui. Quand on fait quelque chose pour Dieu et qu’on le juge utile ou nécessaire, on l’entreprend et Dieu donne les moyens pour l’accomplir.

Aussitôt que Marie-Madeleine vit la pierre ôtée et le tombeau vide, elle courut tout de suite avertir Pierre et Jean qu’on avait enlevé le corps de Jésus. Pendant ce temps-là, les autres femmes entrèrent dans le sépulcre et virent un jeune homme assis du côté droit, vêtu d’une robe blanche, et elles en furent épouvantées. Mais l’ange leur dit: «Vous, ne craignez point; je sais que vous cherchez Jésus de Nazareth, qui a été crucifié. Il est ressuscité, il n’est point ici. Venez et voyez le lieu où le Seigneur avait été posé et hâtez-vous d’aller dire à ses disciples et à Pierre qu’il est ressuscité et qu’il vous précède en Galilée. C’est là que vous le verrez, comme il vous l’a dit lui-même. Voilà que je vous le prédis».

Cet ange est la figure des inspirations que Dieu donne à ses fidèles amis qui lui ont été dévoués longtemps. Ce n’est pas encore Dieu, mais ses messagers qui leur parlent de Dieu pour mieux préparer l’âme à recevoir Dieu lui-même.
Cet ange représente aussi les prêtres qui sont les messagers de Dieu, ils nous transmettent la doctrine de Jésus qui nous conduira à lui si nous la suivons. Ne nous arrêtons jamais à leur personne, mais uniquement à Celui qu’ils représentent. Même s’ils nous parlent que de la vie extérieure de Jésus, aimons ce qu’ils nous disent de notre divin Maître. L’ange ne fait que montrer le lieu où reposait Jésus, les bandes qui l’enveloppaient et le linceul, mais parce que les femmes sont intéressées, elles verront Jésus en personne bientôt.
Soyons bien convaincus que la venue de Jésus dans notre âme doit toujours être préparée de longue main. Ceux qui négligent toute cette préparation éloignée, quoique encore obscure dans une foi imparfaite, n’arriveront jamais à la pleine lumière. Il faut être fidèle dans les petites choses pour l’être dans les grandes. Cette idée peut s’appliquer ici. Du moment qu’on fait quelque chose pour Dieu, même d’une façon bien éloignée, ou très imparfaite, on est sûr de recevoir plus de lumière. Faisons bien nos prières de chaque jour, ne manquons jamais la messe par notre faute, soyons consciencieux en toutes choses et Dieu donnera plus de grâces pour nous faire progresser rapidement dans la vertu.
Ce groupe de femmes furent tellement effrayées qu’elles s’enfuirent sans rien dire à personne.
Aussitôt que Marie-Madeleine eut dit à Pierre et à Jean: «On a enlevé le Seigneur du sépulcre et nous ne savons où ils l’ont mis», les deux partirent à la course pour aller voir. Pierre quoique le dernier arrivé fut le premier à entrer dans le sépulcre et Jean le suivit. Ils virent les linges posés à terre et le suaire qui avait recouvert la tête de Jésus, lequel n’était point posé avec le linceul, mais plié en un lieu à part.
Cet ordre dans les linges est une bonne preuve que ce ne sont point des voleurs qui ont pris le corps; ils ne se seraient sûrement pas occupés de ces détails. Saint Jean ajoute: «Qu’ils ne savaient pas encore qu’il fallait d’après l’Ecriture que Jésus ressuscitât». Ce qui prouve que sans le Saint-Esprit, l’homme ne comprend rien dans le monde surnaturel.

Les disciples s’en retournèrent chez eux très surpris! Il n’est pas dit qu’ils virent les femmes au tombeau.

Un autre groupe de femmes avec Jeanne en tête vinrent aussi au tombeau et le trouvant ouvert, elles entrèrent et, à leur grande consternation, elles ne trouvèrent pas le corps de Jésus.

Tout à coup deux hommes, couverts d’habits resplendissants, parurent à côté d’elles et leur dirent le texte que nous avons mis en tête de cette méditation. C’est donc un autre groupe qui a vu les deux anges, alors que le premier groupe n’en avait vu qu’un seul. Parce que ces femmes aiment Jésus jusque dans la mort, Dieu les élève graduellement dans le monde surnaturel. Les anges évidemment ne sont pas de la terre, donc de l’autre monde, qui est donc bien réel, puisque ces êtres apparaissent dans notre monde.

Marie-Madeleine étant revenue, se tenait dehors, pleurant près du tombeau. Voilà bien un signe de grand amour qui va droit à Dieu. Elle ne comprend plus rien, elle ne sait rien de ce qu’est devenu le corps de Jésus qu’elle aimait tant. Alors elle se met à pleurer, le seul refuge de l’amour frustré. Elle est toute seule au tombeau. Dieu a éloigné les autres femmes pour ne pas la distraire de sa recherche de Jésus. Pourtant, dans les circonstances, il semble que toutes ces femmes auraient dû se rassembler pour parler de leurs visions des anges et de Jésus disparu.
Comme elle pleure pour l’amour de Jésus, il va accomplir la parole qu’il a dite: «Bienheureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. Jésus se cache encore à elle parce qu’elle ne croit pas encore assez à la résurrection…Dieu la prépare en lui faisant voir des anges. Tout en pleurant, elle se penche et regarde dans le sépulcre; elle voit deux anges vêtus de blanc, assis à l’endroit où avait été posé le corps de Jésus, l’un à la tête et l’autre aux pieds.

Ils lui dirent: «Femme, pourquoi pleurez-vous?». Elle leur répondit: «Parce qu’ils ont enlevé mon Seigneur et je ne sais où ils l’ont mis».

Quel beau modèle d’amour parfait de Dieu! Son cœur en est tellement plein qu’elle ne vit que pour Lui, ne cherche que Lui, ne parle que de Lui… et cela dans l’aurore encore bien sombre du christianisme. Combien de catholiques, après dix-neuf siècles de religion catholique, sont encore bien loin de son amour pour Jésus! Tous savent qu’il est réellement présent avec son corps, son âme et sa divinité dans nos tabernacles et comme ils sont rares ceux qui lui montrent un véritable amour en allant le visiter et le recevoir dans leur cœur! Comme il est facile pour chaque catholique de le prendre et de l’emporter avec lui dans son cœur! S’ils lisaient plus souvent les Ecritures qui concernent l’Eucharistie, ces textes comme les anges, les prépareraient à recevoir de bien plus grandes lumières sur la présence de Jésus dans l’Hostie consacrée.

Mais nos catholiques sont si froids et donc ont si peu de foi en Jésus Hostie qu’il ne se manifeste pas ou peu à leur cœur. Du moment qu’ils savent suffisamment ce dogme, qu’ils fassent comme s’ils avaient beaucoup de foi et Dieu avec le temps leur en donnera plus. Quand est-ce que les fidèles vont apprendre les voies de Dieu pour se donner à elles? Dieu veut que nous agissions dans la nuit de la foi comme dans la gloire de la vision béatifique; que nous agissions dans l’espérance comme dans la possession pleine au ciel, que nous agissions sans amour comme si nous l’avions déjà dans l’union divine du ciel. Allons-nous prendre cinquante ans pour le pratiquer?

Par exemple, Dieu nous a révélé avec grande certitude que Jésus est présent dans l’Eucharistie. Prenons cette vérité et agissons en conséquence avec une volonté énergique. Allons visiter Jésus qui se cache là comme dans son tombeau autrefois, mais avec la vie en plus. Faisons tout de suite ce que nous ferons devant lui au ciel: adorons-le, louons-le, remercions-le de tout ce qu’il a fait pour notre salut et cela dans le détail. Prenons notre temps et repassons ses principaux bienfaits envers nous. Essayons de lui montrer par notre conduite que nous croyons qu’il est bien là. Occupons-nous uniquement de lui dans l’église, sans jamais tourner la tête de côté et d’autre comme si nous cherchions quelqu’un de plus intéressant pour nous. Ne parlons jamais ou en très peu de mots et à voix basse. Perdons-nous en adoration profonde devant sa majesté infinie entourée d’anges!

Que de choses nous lui demanderions si nous le voyions de nos yeux du corps. Eh bien! la vue de la foi est encore plus certaine. Entendons-le nous dire: «Cherchez et vous trouverez; frappez et l’on vous ouvrira. Jusqu’à présent vous n’avez rien demandé; demandez et vous recevrez…». Nous sommes si pauvres dans les choses spirituelles. Si nous réfléchissions un peu, nous verrions là des trésors innombrables que nous pourrions demander.

Comme Marie-Madeleine, n’ayons plus d’autre amour que Jésus. Ne cherchons que Jésus par tous les moyens possibles et impossibles! Si elle peut le trouver, elle va l’emporter avec elle! Où? Qu’en aurait-elle fait? Elle l’aurait gardé! C’était fou, mais c’était de l’amour! Et elle n’aura pas à l’emporter, il va venir à elle dans toute sa vie ressuscitée. Au lieu d’un cadavre d’un être chéri, elle va voir son Dieu, qu’elle a vu mort et qui est maintenant ressuscité! Dieu est amour et c’est l’amour qui le mène! En proportion que nous l’aimions, nous ferons de lui ce que nous voudrons. Il le dit: «Je ferai la volonté de ceux qui font la mienne». Marie-Madeleine est toute à Jésus et il va la récompenser en se montrant à elle la première de toutes au monde à voir J.-C. ressuscité.

Cet amour ne doit pas être seulement dans les paroles; il faut le montrer en acte. Quand elle a connu Jésus, elle s’est donnée toute à lui dans un changement radical de toute sa vie. Son repentir s’est montré en public et avec une grande humilité, comme lorsqu’elle alla se jeter aux pieds de Jésus devant tout le monde qui était chez Simon et elle pleura amèrement ses péchés en arrosant les pieds de Jésus de ses larmes. Elle s’oublie complètement pour ne penser qu’à gagner l’affection de Jésus. Elle lui fut fidèle comme on le voit même jusqu’après sa mort. Elle cherche son cadavre et pleure parce qu’elle ne le trouve pas. Les autres s’éloignent du tombeau, mais elle reste là prise par son amour pour Jésus.

C’est à cette pécheresse publique, mais bien convertie et remplie d’amour pour Jésus qu’il apparaît en premier lieu selon l’Evangile. C’est tout à fait selon l’esprit de Jésus qui s’est occupé plus des pécheurs que des bons pendant sa vie mortelle. Il est venu comme médecin pour ceux qui se portent mal d’abord.

Après avoir répondu aux anges, Marie-Madeleine se retourne et voit quelqu’un debout; c’était Jésus, mais elle ne le reconnut pas. Jésus lui dit: «Femme, pourquoi pleurez-vous? Que cherchez-vous?». D’ordinaire ces questions indiquent que Dieu veut plus de foi et de surnaturel. Ainsi Marie-Madeleine cherche parmi les morts Celui qui est bien vivant dans sa résurrection. Mais comme elle ne croit pas encore à la résurrection, Jésus veut la faire réfléchir sur ses motifs qui ne sont pas assez parfaits.

Jésus exige encore un signe d’amour de Marie-Madeleine. Croyant que c’était le jardinier, elle dit: «Seigneur, si c’est vous que l’avez enlevé, dites-moi où vous l’avez mis et je l’emporterai!». Dans son état présent, c’est le signe d’un amour très parfait, comme les saints ont dans ce que nous appelons l’état d’union divine.

Une personne dans cet amour parfait est tellement pleine de l’amour de Dieu qu’elle y pense jour et nuit, qu’elle veut en parler à tout le monde, qu’elle pense que tous les autres y sont intéressés comme elle et contents d’en entendre parler!

Cet amour est celui du premier commandement exigé par Dieu de tous les chrétiens! Sont-ils nombreux ceux qui ont même la moindre idée des exigences de cet amour? Comme ils sont rares ceux qui veulent parler des choses de Dieu! C’est tout le contraire en général: personne ne veut en parler, personne ne suppose que les autres vont y être intéressés, ils les jugent donc comme eux-mêmes, des gens sans amour de Dieu. Ce n’est pas pour rien que Jésus dit que la bouche parle de l’abondance du cœur. Ce devrait être le cas de tous les catholiques qui sont tenus de pratiquer le premier commandement. Où sont-ils ceux-là? Qu’on essaie de tenir une conversation spirituelle avec d’autres, même des prêtres et des religieux; ils nous montrent vite que nous les embêtons.

Quand on a cet amour parfait, c’est lui qui conduit dans l’homme et non pas la raison. C’est pourquoi on leur voit faire des choses qui sont extravagantes pour les autres, mais pas du tout devant leur amour. Comme l’amour est une fin, on le veut sans limite; c’est pour cela qu’on peut faire des choses déraisonnables en apparence pour ceux qui n’aiment pas autant.

Comme cet amour vit tout en Dieu, il fait entreprendre des choses très difficiles et même impossibles aux seules forces humaines. Ces amants sont tout en Dieu et donc ils comptent en tout uniquement sur Dieu et se sentent forts de sa puissance. Ils peuvent tout en Celui qui les fortifie. Ceux qui n’ont pas cet amour de Dieu ont naturellement l’amour d’eux-mêmes. Eux aussi comptent sur ce qu’ils aiment: leur propre personne avec le résultat que Dieu ne coopère pas avec eux et qu’ils vont de fiasco en fiasco. Croissons en amour si nous voulons accomplir plus pour le bien des âmes et la gloire de Dieu. Tout le secret est là!

Après que Marie-Madeleine eut dit au jardinier, comme elle pensait: «Seigneur, si c’est vous que l’avez enlevé, dites-moi où vous l’avez mis et je l’emporterai», devant tant d’amour pour lui, Jésus se décide à se montrer à elle et il lui dit: «Marie…». Elle se retourne et s’écrie: «Rabboni! Mon Maître!». Et elle voulut lui embrasser les pieds sans doute, car il lui dit: «Ne me touche point, car je ne suis point encore monté vers mon Père, mais va trouver mes frères et dis-leur: Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu».

On se demande pourquoi Jésus ne permet à Marie-Madeleine de le toucher quand quelques minutes après il laisse les autres femmes lui embrasser les pieds. Des Pères disent que c’est parce qu’il voulait Marie-Madeleine comme témoin de sa divinité, parce qu’elle avait montré plus d’amour que les autres, et qu’il voulait les autres femmes comme témoins de son humanité. Mais personne ne le sait au juste, puisque la raison que Jésus donne est qu’il n’est pas encore monté vers son Père; mais il ne l’était pas encore lorsqu’il laisse les autres femmes lui embrasser les pieds. C’est une de ces paroles que nous comprendrons au ciel!

Pour Marie-Madeleine, enfin, elle sait que son Maître est ressuscité; ce n’est plus de la foi, puisqu’elle l’a vu. Mais il lui restera quand même un champ immense où il lui faudra exercer sa foi; il y a tout le monde surnaturel qu’elle ne verra jamais en ce monde ci et, tout de même, elle devra vivre selon ses exigences. Elle verra Jésus encore quelques fois peut-être sur terre, mais il va bientôt remonter à son Père le jour de l’Ascension et alors il lui faudra vivre de foi comme tous les autres chrétiens. Car là est le mérite: croire sans voir. Elle n’a aucun mérite d’avoir vu J.-C. ressuscité. Mais c’est un encouragement à le mieux servir.

On voit ici une pécheresse qui passe par tous les degrés de la voie qui mène au ciel. Elle part du plus profond abîme du péché et par son repentir sincère et profond, elle obtient un amour de plus en plus parfait et monte jusqu’à la plus haute cime de l’amour divin. Elle progresse aussi dans tous les degrés de la foi, parce que son amour est ardent, Dieu la fait avancer dans la foi de plus en plus.

Quel encouragement pour tous les grands pécheurs! S’ils reviennent à Dieu sincèrement et recherchent son amour comme ils ont recherché l’amour des créatures, Dieu les transformera en véritables enfants de Dieu et les fera progresser en toutes les vertus surnaturelles. Ses plus grandes faveurs vont au plus grand amour actuel, peu importe ce qu’a été la vie antécédente. Pour cela, il faut se décider à faire un changement radical dans sa vie. Il faut haïr ce qu’on a aimé et aimer ce qu’on a haï! Il faut être tout aux choses de Dieu comme on a été tout aux choses du monde.

Comme Marie-Madeleine s’en retournait pour raconter aux disciples ce qu’elle avait vu, elle rencontra les saintes femmes qui revenaient au tombeau. Quand elles apprirent de Marie-Madeleine ce qu’elle avait vu, elles furent remplies d’un extrême désir de voir Jésus. Comme elles s’étaient bien dévouées pour lui et qu’elles étaient venues au sépulcre de grand matin et qu’elles y revenaient, Jésus alla au-devant d’elles et leur dit: «Je vous salue!». Ces femmes se jetèrent à ses pieds et les embrassèrent et l’adorèrent. Jésus leur dit: «Ne craignez point, allez et dites à mes frères qu’ils se rendent en Galilée; là ils me verront». Alors elles s’en allèrent en grande hâte porter ces nouvelles aux disciples.
Voilà donc encore une apparition aux femmes avant les disciples; c’est qu’elles ont montré plus d’amour et de dévouement. Elles viennent au sépulcre quand pas un homme n’y est venu de lui-même. Même après que les femmes les avertissent que le tombeau est vide et qu’elles ont vu des anges leur affirmer que Jésus est ressuscité, ils ne bougent pas, à part Pierre et Jean.

Que les grands savants parmi le clergé s’humilient devant ce choix de Jésus. Ce n’est pas la science qu’il récompense, mais l’amour et le dévouement. C’est le cœur qu’il veut et non pas la tête. Alors mesurons donc la valeur des catholiques non pas à leur science, mais à leur amour de Dieu. Dans les séminaires et dans les maisons de formation, les Supérieurs devraient examiner surtout la sainteté des candidats et non pas leur science. Mais les saints n’ont aucune faveur; elle va aux savants, ce qui prouve combien la mentalité est païenne partout! En tout cas, Jésus juge selon l’amour et le dévouement.

Ainsi sa troisième apparition sera pour Pierre qui l’a renié. C’est parce que Pierre aime beaucoup que Dieu lui pardonne et vient le consoler en lui apparaissant tout seul et nous ne savons que le fait, mais aucun détail ne nous est parvenu.

Ensuite il apparaît à Jean, mais en groupe avec les autres. Pourtant Jésus l’aimait, mais il ne lui apparaît pas seul. Il l’a fait pour Pierre parce qu’il était le chef des Apôtres et il devait le réhabiliter devant les esprits après sa chute lamentable. Encore là quel encouragement pour les pécheurs qui regrettent sincèrement leurs fautes. Dieu oublie tout devant l’amour!

La conclusion de ces apparitions est que personne ne peut croire au surnaturel sans une grâce spéciale de Dieu. Quand Pierre fait profession de foi en la divinité de Jésus, celui-ci lui dit: «Ce n’est pas la chair et le sang qui te l’ont révélé, mais mon Père qui est dans le ciel». Eh bien! il en est ainsi pour tous nos actes de foi; il faut qu’ils viennent de Dieu directement d’une façon ou d’une autre. Ainsi Jésus a commencé à préparer ses disciples par des anges pour exciter en eux le désir de le voir et alors il s’est montré à eux. Pas un n’a cru les autres. Après que les femmes avec Marie-Madeleine eurent dit aux onze ce qu’elles avaient vu, ils les traitèrent de visionnaires et leurs récits de rêveries de femmes. Ils ne crurent pas plus Pierre et Jean.

Tous nos missionnaires devraient tenir compte de ces difficultés de croire; ils seraient moins sévères pour ceux qui n’ont pas beaucoup de foi. Ce n’est guère pratique de disputer les gens parce qu’ils ne croient pas comme s’ils le pouvaient, s’ils le voulaient. Ce n’est pas une question de volonté, c’est une question de prière et de bonne conduite.

Puisque la foi est un don gratuit de Dieu, il faut nous y disposer par une vie pure et montrer qu’on la veut en la demandant de tout son cœur. Que chacun fasse comme s’il l’avait. Qu’il soit assidu aux offices qui se font dans les églises, qu’il communie aussi souvent qu’il le pourra, qu’il lise de bons livres et fréquente de bons catholiques, qu’il fasse des bonnes œuvres… et avec le temps Dieu se manifestera à lui par une foi plus vive. Des textes qui ne l’avaient jamais frappé lui ouvriront tout un horizon nouveau dans la religion.

Par conséquent que tous les fidèles qui veulent faire la vie du monde et qui pensent qu’à la fin de leur vie ou dans un grand danger, ils auront la foi voulue pour aller voir Dieu!… Elle ne se commande pas comme un ordre au magasin. Elle est la résultante de toute une vie normalement. Si on l’a subitement, c’est un miracle sur lequel il est fou de compter. Dieu exige des années de fidélité à son service pour nous introduire dans le monde surnaturel d’une façon pratique, pour que nous en vivions réellement. Dieu nous donne assez de grâces pour que nous puissions agir comme si nous avions la foi ou une grande foi.

Par exemple, tous les catholiques doivent savoir que Jésus a dit: «Tout ce que vous faites au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous le faites». Eh bien! Quand même on n’a pas encore la grâce de pratiquer cette charité avec plaisir, on l’a sûrement pour agir comme si nous voyions Jésus en eux. Dans ces apparitions, Jésus dit aux femmes: «Allez dire à mes frères que je les précède en Galilée». Prenons cette parole comme au vol et agissons tous envers le prochain comme envers des frères que nous aimons. Si nous ne pouvons voir Jésus dans nos frères, nous ne le verrons pas plus en lui-même. C’est uniquement la lumière de la foi qui nous permettra de voir au ciel ce que nous avons cru sur terre. Hâtons-nous donc d’agir comme si nous avions une très grande foi et nous finirons bien par l’avoir.

Dans ces apparitions, ces femmes ont vu Jésus, mais nous, nous ne le verrons pas en ce monde. Mais nous devons agir comme si nous l’avions vu. Car l’enseignement de la foi est encore plus solide et plus ferme que l’activité de nos sens. Nous sommes plus fortunés que ces femmes parce que nous avons du mérite de croire que Jésus est ressuscité et qu’il est monté au ciel où il nous prépare une place en proportion que nous vivons sa doctrine intégrale et que nous voulons l’aimer de tout notre cœur.

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