dimanche 3 juin 2018

Père Onésime Lacouture - 3-16 - Le rôle du Verbe dans Jésus comme Dieu, comme homme



QUINZIÈME INSTRUCTION
RÔLE DU VERBE DANS JÉSUS-CHRIST.

«Ne croyez-vous pas que je suis dans mon Père et mon Père en moi. Philippe, celui qui me voit, voit aussi mon Père». Jo. 14.

Après avoir jeté un regard sur la Trinité, il s’agit maintenant de la rapprocher de nous pour ainsi dire en la considérant comme agissant par le Verbe dans J.-C., qui est homme comme nous. En lui, elle a trouvé sûrement un sujet parfait à son activité trinitaire. Si nous pouvons trouver sa manière d’agir en lui, elle pourra nous servir pour mieux l’imiter en nous. C’est aussi en tant qu’homme que Jésus se dit la voie pour aller à son Père. Avec les Ecritures, on peut découvrir une bonne partie de l’activité de la Trinité dans J.-C. C’est ce que nous voulons faire dans cette instruction avec la grâce de Dieu.

Saint Paul dit que toute la divinité habite corporellement en J.-C. Voilà donc un homme comme nous qui vit toute la Trinité dans un corps mortel comme le nôtre et dans une âme créée et limitée comme la nôtre. Nous devrions pouvoir l’imiter de loin au moins. En tout cas, c’est la volonté de Dieu bien expresse que nous soyons une seule chose avec Jésus comme il l’est avec son Père. Donc nous aussi nous devons vivre la Trinité dans notre corps mortel. Jésus est notre modèle et notre exemplaire.

C’est en étudiant les actes et les paroles de l’Homme-Dieu que nous découvrirons l’activité trinitaire en lui et que nous apprendrons à nous l’assimiler avec la grâce de Dieu. C’est un travail extrêmement difficile à cause de notre peu de foi et notre habitude naturelle de ne saisir que ce qui vient des sens. Dans cette étude, tout nous vient uniquement de la foi et nous ne pouvons-nous servir que de nos deux facultés spirituelles: l’intelligence et la volonté.

Par exemple, j’entends Jésus dire qu’il ne fait jamais sa volonté, mais toujours celle de son Père céleste. Voilà un point important de la vie de Jésus; je dois le prendre pour moi tout de suite et moi aussi, à l’avenir, je ne dois plus jamais faire ma volonté, mais uniquement celle de Dieu qui m’est manifestée de différentes manières que nous connaissons bien. Il faut faire entrer ce point dans ma vie; en tout, je dois me demander ce que veut la volonté divine et c’est ce que je dois vouloir, moi aussi. malgré tous les cris de la nature pour le contraire! Rien d’autre chose ne doit influencer ma volonté que celle de Dieu.dans Jésus-Christ en tant que Dieu.

DANS JÉSUS-CHRIST, EN TANT QUE DIEU

CONNAÎTRE LE PÈRE.

Commençons par essayer de comprendre le rôle du Verbe dans Jésus en tant que Dieu. Il est évident qu’il continue en Jésus son rôle divin comme au sein de la Trinité. Quelle est sa fonction essentielle en la Trinité? Elle sera la même en J.-C. Dans la Trinité, son rôle est de faire… connaître son Père qui est infiniment intelligent. L’acte éternel par lequel le Père se connaît est ce qu’on appelle son Verbe. Il est ce par quoi il exprime la connaissance infinie qu’il a de lui-même. Un peu comme lorsque j’ai conscience de mon idée que forme mon esprit. Cette intelligence infinie voit d’un seul coup absolument tout ce que contient l’essence divine. C’est donc par cet acte que l’essence divine se révèle à l’intelligence divine. C’est donc comme si Dieu étalait les trésors infinis de la divinité pour en faire l’inventaire et les connaître. Evidemment il ne peut pas faire cela par un autre être que lui-même. C’est donc lui-même qui se connaît parfaitement. C’est cet acte par lequel il se connaît que nous appelons: le verbe de Dieu, comme s’il extériorisait son essence. A cause de la ressemblance avec l’homme, quand il manifeste son idée par une parole ou un verbe, on dit que cet acte est le Verbe divin.

Donc la fonction éternelle du Verbe est de manifester ou de glorifier son Père. Il passe son éternité à contempler, à admirer les trésors infinis de Dieu. C’est pourquoi il dit: personne ne connaît le Père si ce n’est le Fils et ceux à qui le Fils l’a révélé. Le Verbe prend donc toute sa science dans le Père, toute son essence vient du Père: il est le resplendissement de la substance divine ou le miroir dans lequel on peut voir l’essence divine.

Nous voyons la nécessité d’étudier J.-C. pour découvrir la science divine qui se trouve renfermée dans le Verbe incarné. C’est là que nous découvrirons les ressorts intérieurs qui le faisaient agir et parler de telle ou telle manière, ou les motifs qui dirigeaient ses actions. Comme il dit à Philippe: celui qui le voit agir, voit le Père agir en lui et par lui.

Il est important de nous mettre bien avant dans l’esprit cette fonction essentielle du Verbe, afin de la chercher en J.-C. pour arriver aux trésors infinis de la sagesse divine. Autrement on ramène toujours à soi et aux idées du monde même bon, mais monde tout de même. Par exemple, dans le fait cité plus haut, quand Jésus dit: «Je ne fais jamais ma volonté, mais toujours celle de mon Père», on lui laisse cette belle parole pour lui-même, on l’admire peut-être, mais on ne va pas plus loin. Il faudrait tout de suite se dire: si Jésus si parfait en tout et si puissant obéit toujours à son Père, avec combien plus de raison, moi, si imparfait, si vil, je dois toujours faire la volonté de Dieu! Il m’enseigne d’un façon pratique à faire ce que le Père veut de moi. Si je voyais au moins par la foi ce que Jésus voit du Père infini en tout, je n’aurais aucune difficulté de toujours lui obéir. Quand même je ne vois pas la majesté divine comme le Verbe, je puis toujours accorder mon obéissance avec celle de Jésus. Car je sais que lui, voit le fond de l’essence divine, comme il le montre bien par son entière soumission à son Père. Ce qui nous empêche d’obéir, c’est notre ignorance des perfections divines et notre connaissance bornée de nos petits talents limités, qu’on oppose à celle des perfections divines.

Disparaissons devant l’infinie majesté de Dieu et soumettons nous complètement à Dieu en tout et partout!

Plus l’homme s’efface et plus Dieu prend sa place. En substituant les idées de J.-C. aux nôtres, nous nous trouvons à pénétrer un peu dans la connaissance du Père par Jésus. Car nous sommes bien sûrs que le Verbe continue une fois incarné à faire ce qu’il fait éternellement selon son essence: faire connaître le Père.

Comme nous savons ce rôle à priori, nous devons étudier J.-C. en vue de découvrir en lui et par lui cette connaissance du Père que le Verbe incarné veut certainement nous communiquer par ses exemples et par ses paroles. Par exemple, quand il dit à la Samaritaine: «Le Père cherche des adorateurs en esprit et en vérité», il nous montre quelque chose du Père, de sa nature. C’est un esprit et veut être adoré en esprit, et donc avec nos deux facultés spirituelles: l’intelligence et la volonté dans la foi seule ou selon la foi pure.

Ne cherchons donc pas des sentiments sensibles ou des goûts sensibles dans nos rapports avec le Père, mais tout uniquement selon la foi pure. Que notre esprit aille en Dieu par la foi pour recevoir de Dieu les connaissances spirituelles qu’il veut bien nous donner par J.-C. dans les Ecritures. Par exemple, quand je suis en état de grâce, je sais que la Trinité habite en mon âme. C’est à moi à adorer le Père aussi parfaitement que si je le voyais dans le ciel. Je sais qu’il est en moi et je l’adore de tout mon esprit et de ma volonté en me prosternant devant sa divine majesté pour lui indiquer mon néant et ma révérence suprême en face de son infinie majesté.

Jésus nous dit ouvertement que l’œuvre que le Père lui a confiée est de le faire connaître, le glorifier devant les hommes. Or le Verbe ne commence rien en s’incarnant, dans ses rapports avec la Trinité et en particulier avec son Père. Son rôle est donc bien de faire connaître le Père même dans son Incarnation. Par Philippe, il nous dit donc que celui qui connaît J.-C., connaît aussi le Père, puisque le Père est en lui et qu’ils sont une seule chose.

Quelle conclusion tirer? Tout le divin que nous pouvons découvrir en J.-C. et par lui est une connaissance plus intime de l’activité de la Trinité et nous manifeste un attribut ou une perfection divine, comme sa miséricorde, sa justice et sa bonté. On voit l’importance d’étudier constamment J.-C. pour mieux découvrir les trois foyers de divin: la vie, la sagesse et l’amour des trois Personnes divines. C’est donc bien vrai que connaître J.-C., c’est la vie éternelle!

AIMER LE PÈRE est une conséquence logique de le connaître. Comment connaître les perfections divines de Dieu sans l’aimer? Nous sommes faits pour le bien et le beau. L’humanité de Jésus était aussi faite pour le bien et le beau. Alors son amour pour le divin que le Verbe lui montrait était en proportion de la perfection de sa vision du divin. Nous savons que Jésus aimait son Père parce qu’il lui a obéi en tout et jusqu’à mourir pour son amour. «Il faisait toujours ce qui plaisait à son Père», nous dit-il. «Afin que le monde sache que j’aime mon Père», dit-il à ses disciples au Cénacle, sortons d’ici pour aller à la mort!

Or cet amour que Jésus nous montre pour son Père n’est qu’un faible échantillon de l’amour infini que le Verbe porte à son Père; on sait que cet amour constitue le Saint-Esprit, égal au Père et au Fils en tout et Dieu comme eux.

Comme il s’agit d’amour de Dieu, il faut nous rappeler que c’est par l’amour que nous pénétrons l’amour de Dieu. Ce n’est pas seulement par la tête ou l’esprit seul, mais surtout par le cœur. Dans les choses divines, c’est par l’amour qu’on les pénètre, parce que Dieu est amour et que pour demeurer en Dieu, il faut demeurer dans l’amour. Ce ne sont donc pas de savantes considérations qu’il faut pour découvrir l’amour de Dieu en Jésus, mais de l’amour sincère et purement surnaturel.

Le signe de l’amour est l’union des volontés. Or on ne peut jamais trouver une plus grande union des volontés qu’en J.-C. et son Père. «Il vient en ce monde pour faire la volonté de son Père, c’est sa nourriture, dit- il, c’est sa vie, son bonheur, son essence!». Il va jusqu’à mourir crucifié pour faire la volonté de son Père. Or, en Jésus, c’est le Verbe qui dicte toute la conduite: pensées, paroles et actions viennent toutes du Père et donc par le Verbe en lui.

Voici un point important de la vie spirituelle trop ignoré des prêtres et des fidèles. Il y a deux parties dans le chrétien: la partie physique, qui demeure la même chez le païen et chez le saint, par exemple, manger, travailler, se reposer, le corps avec tous ses besoins, l’âme avec ses facultés. Mais il y a l’autre partie, où s’exerce la liberté et les intentions avec les motifs. C’est dans cette partie que la vie surnaturelle tranche complètement avec la vie naturelle. Mais parce que dans l’autre partie substantielle, il n’y a pas de différence ou très peu, les chrétiens sont portés à ne pas faire beaucoup plus de distinction dans la partie surnaturelle et la partie libre naturelle. Les démons ont tout fait pour embrouiller les concepts des fidèles sur ce point à leur grand détriment.

C’est uniquement dans cette orientation de notre activité libre que nous pouvons et devons reproduire les trois activités des trois Personnes divines: la vie, la sagesse et l’amour qui sont méritoires pour le ciel, parce que là seul se trouve notre liberté et donc notre mérite réel. La grâce sanctifiante n’est pas le mérite mais une condition nécessaire au mérite. Nous n’avons aucun mérite à la recevoir, puisque personne ne peut la mériter; elle est un pur don de Dieu. Est-ce qu’un enfant a du mérite à recevoir la vie? Nous n’en avons pas plus à être engendrés par Dieu dans l’ordre surnaturel par la réception de la grâce sanctifiante.

Tout chrétien devrait comprendre l’énorme distance entre un motif naturel et un surnaturel. Ce motif range mon acte dans l’ordre divin ou humain selon sa qualité. Par conséquent, n’est-ce pas là que nous pouvons imiter et reproduire l’activité trinitaire?

Pour aimer le Père comme Jésus l’aime, il faut l’aimer uniquement pour des motifs surnaturels comme Jésus. Notre amour de Dieu pour des raisons ou des motifs naturels ne vaut absolument rien pour le ciel. Par conséquent, il faut nous mettre dans l’esprit la grande importance des différents motifs. Or nos philosophes ne s’en font pas sur cette question! Pour eux des motifs surnaturels sont simplement meilleurs que les autres, qui leur suffisent à eux parce qu’ils n’ambitionnent pas une perfection bien haute: ils semblent satisfaits de l’absence de péché. Mais ils sont à cent lieues de J.-C. à tous les points de vue. Ils confondent les deux parties du chrétien dans sa mentalité libre comme dans sa substance physique. C’est pourquoi ils donnent à Dieu juste le strict nécessaire selon eux et le reste, ils le gardent dans l’ordre naturel même dans les intentions.

Donc, pour aimer le Père comme le Verbe l’aime en J.-C., nous devons donc le faire uniquement pour lui-même ou pour ses propres perfections divines et donc, uniquement pour des motifs surnaturels absolument. Qu’il n’y ait rien de naturel dans cet amour, comme pour nos avantages temporels. Nous devons aimer Dieu tout de suite comme nous le ferons dans le ciel: uniquement pour lui-même. Nous pouvons vouloir l’aimer pour les avantages éternels de notre âme, très bien quoique les autres motifs soient plus parfaits. Jésus lui-même nous donne ces motifs de notre utilité spirituelle dans les béatitudes.

Soyons donc tous parfaitement tranchés dans nos motifs, même quand il nous faut faire un acte animal, comme de manger, ou de païen, comme d’étudier, quand même ces actes doivent se faire dans les deux ordres, c’est-à-dire, qu’on soit païen ou saint, qu’on n’aille jamais les faire selon l’ordre naturel, mais toujours et uniquement selon l’ordre surnaturel… dans les motifs. Par conséquent, autant que possible, pensons-y! Ainsi quand on fait un acte d’amour de Dieu, soyons sûrs que nous le faisons par un pur motif surnaturel… Il n’y a pas un seul motif naturel dans la Trinité. Or c’est son activité libre que nous voulons reproduire en la nôtre. Donc que ce soit réglé une fois pour toutes, en autant que nous le pouvons, avec la grâce de Dieu, quand nous agissons avec un bon motif naturel nous ne reproduisons pas l’activité de la Trinité… mais du païen! Même quand nous sommes en état de grâce. C’est là que nous montrons notre amour pour Dieu… Ce n’est pas dans l’acte lui-même, mais dans le motif! Donc nos motifs doivent être tous surnaturels pour faire plaisir à Dieu! Voilà comment Jésus agissait sous l’influence du Verbe et voilà comment nous devons tous agir pour être unis à Jésus et par lui à son Père.

GLORIFIER LE PÈRE OU LE MANIFESTER AU MONDE.

En proportion qu’on le connaît et qu’on l’aime, il est évident qu’on voudra procurer le même bonheur aux autres. L’amour est un feu qui se répand vite; on veut embraser les autres du même feu dont on brûle. Faire connaître le Père pour lui attirer des louanges et de l’amour est le but de la vie de Jésus, parce que le but de la vie du Verbe est en lui. Dans notre Père, il nous fait demander que son Nom soit sanctifié, en bénédiction, c’est donc ce que Jésus faisait lui-même, selon l’essence du Verbe qui le continue en partie, il veut glorifier son Père.

Saint Paul dit que Dieu a créé ce monde pour faire connaître l’autre du ciel. Eh bien! Comme Jésus s’est souvent servi de cette idée pour faire connaître et pour glorifier son Père. Absolument tout dans la nature lui sert pour faire connaître quelque perfection du Père. Les qualités de l’eau naturelle font connaître les qualités de la grâce ou de la vie divine; elle purifie les péchés, étanche la soif des biens terrestres et donne la soif des biens célestes. Une drachme, une brebis, un enfant, montrent l’estime que Dieu a de nous. Les ailes d’une poule lui servent à illustrer la Providence de Dieu. Les trésors terrestres lui font penser aux trésors célestes, etc… Que de fois il dit: «Le royaume de Dieu est semblable à telle et telle chose: festin de noces, perle précieuse, banquet, etc.». Accoutumons-nous donc à imiter Jésus dans cette façon d’agir: voir le divin à travers tout l’humain et le terrestre!

Le meilleur moyen de commencer à glorifier Dieu est d’imiter Jésus en remontant des créatures au Créateur, ou des échantillons aux perfections divines en elles-mêmes. Prenons vite l’habitude de nous mettre en face de la Trinité par la foi et de la glorifier de toutes nos forces, comme si déjà nous étions dans le ciel. Louons-la pour l’amour elle-même; elle le mérite bien assez! Nous sommes tellement égoïstes, nous pensons tellement à nos propres intérêts sur la terre que nous le restons même en face de Dieu. Nous ne nous occupons que de ce qui paye directement; c’est encore nous préférer à Dieu! Nous n’irons pas loin sur le chemin du ciel avec cette mentalité égoïste!

Que font les élus et les anges au ciel? Est-ce qu’ils passent leur temps à quémander des faveurs à Dieu? Non, ils passent leur éternité à louer, à adorer Dieu. Comme Saint Jean raconte dans ses visions de l’Apocalypse: c’est un immense concert de louanges et de remerciements qui s’élève de tous les élus à la gloire de Dieu. Commençons donc tout de suite sur la terre dans la foi et par la grâce de Dieu. Exerçons nous à notre fonction éternelle du ciel! C’est le conseil que Saint Paul donne aux chrétiens: chantez des hymnes et des cantiques de louange dans vos cœurs et des actions de grâces.

N’oublions pas que dans l’ordre surnaturel, Dieu n’accepte que ce qui vient du cœur: il est l’amour et il veut de l’amour et n’accepte que ce qui vient de l’amour. Par conséquent qu’on se défie de ce qu’ils croient méritoire devant Dieu. Pas du tout. Ceux qui aiment cette admiration toute de tête que tant de nos philosophes ont et le monde tant soit peu et qui ont des attaches ne sont pas capables de glorifier Dieu dans l’ordre surnaturel ou par un amour surnaturel, dans la même proportion qu’ils ont de l’amour pour les créatures.

Nous pouvons glorifier Dieu non seulement par nos paroles, mais aussi et surtout par nos actions quand elles sont faites pour l’amour de Dieu et donc pour des motifs surnaturels. Jésus dit: «Vous êtes la lumière du monde… Que votre lumière brille devant les hommes, afin qu’ils voient vos œuvres et qu’ils glorifient votre Père qui est dans les cieux». Jésus disait aux Juifs que ses œuvres rendaient témoignage de lui, prouvaient que son Père était avec lui. On sait combien les premiers chrétiens édifiaient les païens par leur bonne conduite et leur charité fraternelle. On peut donc montrer Dieu aux autres par sa bonne conduite et c’est là le glorifier devant les hommes. Ces gens iront un jour le glorifier au ciel devant les anges et les élus. Remarquons que les gens sont édifiés qu’en autant qu’ils découvrent le divin dans nos intentions. C’est là qu’est notre liberté et donc c’est là aussi qu’est notre mérite et donc la gloire de Dieu.

On voit dans ce souci de Jésus de faire ressortir le divin dans ses paroles, dans ses actions et dans toute sa vie, le souci du Verbe en lui de continuer sa fonction essentielle, qui est de faire connaître Dieu le Père pour lui attirer des louanges et des actions de grâces, ce qui constitue la gloire de Dieu.

Eh bien! Du moment qu’on saisit ainsi la fonction essentielle du Verbe, nous devons la prendre pour nous-mêmes, absolument, afin de faire une seule chose avec Jésus. Autrement nous ne sommes pas du tout avec lui, puisqu’il ne s’occupe que de la gloire de son Père. C’est dans la mesure que nous exerçons cette fonction du Verbe que nous avons des chances d’aller au ciel avec Jésus qui accomplit lui-même en tant qu’homme cette fonction de glorifier Dieu.

RÔLE DU VERBE DANS L’HUMANITÉ DE JÉSUS
LA DIVINISER.

D’abord le Verbe l’empêche d’être une personne. Au moment où il la crée, il l’assume immédiatement de sorte qu’elle n’a jamais été indépendante, ce qui est nécessaire pour être une personne. Il a donc pris la nature humaine toute seule sans la personne humaine. Car la personne est maîtresse de ses opérations et c’est à elle qu’on attribue le mérite de ses actions. Mais J.-C. ne voulait pas deux maîtres en son composé du Verbe et de l’humanité. Il a donc uni son humanité dans la Personne du Verbe de sorte qu’il n’y a qu’une personne en J.-C., celle du Verbe et deux natures nature divine et nature humaine.

Cette union de la nature humaine dans la personne du Verbe fait que toutes ses actions ont un mérite infini, puisqu’elles appartiennent à une Personne divine et que J.-C. en tant qu’homme est le Fils de Dieu par nature, tandis que nous ne le sommes que par adoption.

On a là une idée de ce que Dieu veut faire avec nous quand il vient s’unir à nous. Il ne veut pas plus deux maîtres dans ce composé. Or par nature, nous sommes déjà des personnes quand il s’unit à nous. Eh bien! Pour le satisfaire et imiter son Incarnation, chacun doit renoncer moralement à sa personnalité. Il doit agir avec Dieu comme s’il n’était pas une personne, comme son esclave. Il doit prendre toutes ses directives et tous ses jugements en Dieu seul. On comprend maintenant cette parole de Jésus: «Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il se renonce lui-même!». Cela veut dire: mourir à soi, comme Saint Paul l’explique plusieurs fois. «Vous êtes morts et votre vie est cachée en Dieu par J.C.». «Ignorez-vous que nous tous qui avons été baptisés en J.-C., nous avons été baptisés en sa mort? Car nous avons été ensevelis avec lui par le baptême pour mourir au péché, afin que comme J.-C. est ressuscité d’entre les morts pour la gloire de son Père, nous aussi nous marchions dans une vie nouvelle!». «Si donc nous sommes morts avec J.-C., nous croyons que nous vivrons aussi avec J.-C.». 2 Rom. 6.

Donc nous devons mourir à notre personnalité naturelle pour ne plus vivre qu’en J.-C., qui sera notre unique Maître de toute notre nouvelle activité surnaturelle. Le païen ne doit plus exister en nous! Mais uniquement le nouvel homme créé dans le Christ et donc l’homme surnaturel. Or, pour vivre cela, il faut surnaturaliser absolument tous nos motifs ou la partie libre de notre activité mentale où se trouve notre mérite.

Dans J.-C., le Verbe n’a pas voulu du tout de cette activité naturelle libre de son humanité. Pourtant, elle aurait été bonne en soi. Mais il la voulait absolument surnaturelle. C’est donc la même chose qu’il veut de nous. La différence est que nous l’avons par naissance, mais raison de plus de nous en défaire librement et avec mérite. Peu importe qu’elle soit bonne en soi, Jésus n’en veut pas!

Quel malheur que nos philosophes ignorants des voies de Dieu protègent et enseignent cette activité intentionnelle libre et naturelle parce que bonne en soi! Peu importe, elle n’est pas du tout surnaturelle! Donc bonne à rien dans un chrétien qui vit la vie de Jésus. Tous nos motifs doivent être surnaturels comme ceux de Jésus.

Quel dommage que les prêtres n’aient pas mieux saisi cette grande vérité pour la prêcher aux fidèles après l’avoir pratiqués eux-mêmes! Les fidèles n’en entendent pas parler. Qui sait ce que veut dire: se renoncer soi-même? Surtout où sont ceux qui essaient même de le pratiquer? Même parmi les prêtres et dans les communautés. Chacun est tout à ses propres intérêts; chacun parle de lui-même et de ce qui le concerne. Comme ils sont tous chatouilleux sur leur honneur! Comme ils sont tous susceptibles aux reproches et comme ils critiquent contre tout ce qui les contrarie tant soit peu. C’est donc qu’ils ne sont pas morts à eux-mêmes, mais que leur païen est bien vivant! La faute est aux prêtres qui ignorent ce renoncement à la personnalité morale, puisqu’ils n’en parlent jamais ou trop peu. Pourtant c’est notre personnalité morale païenne qui est la cause de tous nos maux et le grand obstacle à tout progrès dans la sainteté.

Puisque le Verbe n’a pas voulu de la personne humaine dans son incarnation, il n’en veut pas plus en nous quand il vient pour s’incarner comme dans les membres mystiques de J.-C. Voilà une Personne de la Trinité qui nous montre bien ce qu’elle pense de notre moi païen. Si nous voulons que la Trinité vienne en nous faire son séjour, prenons cette idée tout de suite: c’est une des plus importantes pour notre union avec elle.

L’erreur de nos philosophes est de se contenter de notre divinisation par la seule grâce sanctifiante, dans notre substance. Ils aiment à dire que c’est avec cette grâce que la Trinité vient habiter en nous: c’est vrai, mais pour agir, il faut le faire dans la mentalité et là, notre moi païen est le pire obstacle. Il paralyse absolument toute l’activité de la Trinité dans notre partie libre ou des intentions et des motifs. Après que le Père nous a donné sa Vie divine, il veut produire en nous son Fils et cela se fait dans notre intelligence, à condition qu’elle renonce à sa petite sagesse humaine pour ne suivre que la sagesse divine du Fils. De même le Saint-Esprit doit être produit par les deux autres Personnes dans notre volonté ou dans notre cœur. Se contenter donc de la grâce sanctifiante, c’est aussi insensé et ignorant que de se contenter d’une seule Personne de la Trinité et négliger les deux autres.

L’Humanité de Jésus n’était pas une personne, mais elle avait son intelligence et sa volonté. Le Verbe va les diviniser toutes les deux parfaitement. Comment?

D’abord prenons l’intelligence de Jésus en tant qu’homme. Par nature, c’est la plus parfaite que Dieu pouvait créer de sa puissance absolue et donc qui arrive sur les confins de la divinité de l’infini sans y entrer. Eh bien! A cette intelligence humaine, le Verbe communique sa sagesse infinie et donc divine qui se substitue à la sagesse humaine qu’elle aurait par nature de telle sorte que ses lumières naturelles sont totalement éclipsées par les lumières divines qu’elle reçoit du Verbe. Elle peut dire comme Saint Paul: «Ce n’est plus moi qui comprend, mais c’est le Verbe qui comprend en moi. Elle reçoit tous ses jugements du Verbe en tout, de sorte qu’elle est divinisée aussi parfaitement qu’une créature peut l’être par la puissance infinie de Dieu, sans devenir infinie elle-même, puisque créée.

Il en est ainsi de la volonté ou de l’amour. Avec la vie divine et et la sagesse divine, sa volonté se porte de tout son poids vers l’amour divin et en reçoit jusqu’à la limite du fini.

LA SOUTENIR.

On sait qu’avec le péché et l’humanité à racheter, la sainte Humanité de Jésus devait souffrir affreusement une douloureuse passion et une mort cruelle sur la croix. Comment aurait-elle pu endurer pareil martyre sans la force du ciel? C’est le Verbe qui la soutint dans sa persécution et dans sa passion. Ça n’a pas été sans une lutte terrible pour cette pauvre nature humaine, comme Jésus l’a montré dans son agonie à Gethsémani. Il est bon de constater que c’est du divin seul que la nature humaine a puisé sa force et physique et morale pour accepter son crucifiement. Ce qu’il dit de nous était vrai pour sa nature humaine: «Sans moi vous ne pouvez rien!».

Elle a souffert comme n’importe lequel de nous aurait souffert à sa place, mais elle était soutenue par le divin du Verbe. N’allons jamais dire comme certains ont osé le dire que Jésus s’est mis en extase, de sorte qu’il ne sentait pas ses souffrances. C’est une folie exécrable de dire pareille sottise. Quel modèle pour nous tous qui devons réellement porter nos croix et souffrir réellement dans un Sauveur qui a évité la souffrance, qui aurait fait semblant de souffrir seulement! Saint Paul dit qu’il était pareil à nous en tout, excepté le péché. Donc ses douleurs étaient comme les nôtres et ses souffrances semblables aux nôtres. Par conséquent, n’allons jamais dire comme on l’entend parfois: «Ce n’était pas pénible pour lui de souffrir, puisqu’il était Dieu!». Ce n’était pas la divinité qui a souffert, mais l’humanité et seulement soutenue par la divinité.

Nous sommes dans le même cas: si nous souffrons pour l’amour de Dieu, sa grâce nous soutient pour nous faire endurer la souffrance, pas pour nous l’enlever, C’était la même chose pour le Verbe dans son humanité. Il n’a pas enlevé la douleur, mais il a donné la grâce d’endurer, ce qui est signifié par l’ange qui est venu le fortifier dans son agonie. Est-ce que Saint Paul ne dit pas: «Je puis tout en celui qui me fortifie!». Nous pouvons donc aussi endurer tous les tourments avec la grâce de Dieu pour nous soutenir exactement comme pour J.-C.

Comme nous aussi nous devrons porter notre croix et y être crucifié d’une manière ou d’une autre, nous devons demander à Dieu le secours de sa grâce pour endurer tout ce que sa bonté nous destine comme partage du calice de J.-C., afin de partager son bonheur au ciel. Nous tous, nous aurons notre agonie un jour. Car nous devrions savoir que Dieu va nous demander des épreuves terribles où nous devrons être prêts à mourir plutôt que d’offenser Dieu. Alors le pourrons-nous? Tout dépend des prières que nous faisons d’avance pour obtenir la victoire sur nous-mêmes, sur le monde et sur les démons. Ce sont des ennemis terribles et sans une assistance particulière de Dieu, nous ne pourrons pas les vaincre. Que de fois Jésus a averti ses disciples de prier parce que la tentation s’en venait… et ils ont dormi! Et ils sont tombés… Ils l’ont abandonné! Bien imprudent donc celui qui ne prie pas constamment pour résister aux démons qui rôdent autour de nous, cherchant qui dévorer! Rappelons-nous ce que Jésus disait: «Veillez et priez, afin de ne pas tomber dans la tentation». Eh bien! Puisque nous serons fortement tentés et que sans lui nous ne pouvons rien, la conclusion est claire: il faut demander du secours à Dieu par la prière fervente et persévérante. La grâce seule peut nous soutenir dans les épreuves: donc demandons-la!

LA DIRIGER.

En Jésus, il y avait trois sciences: la vision béatifique, la science infuse et la science acquise. C’est de cette dernière que l’Ecriture parle quand elle dit que Jésus croissait en science. Elle se perfectionnait constamment par l’expérience de la vie, comme celle de n’importe quel homme.

Ces trois sciences restaient distinctes, mais la plus parfaite aidait celle qui lui était inférieure. Les deux natures en Jésus ne se confondent pas; chacune garde son activité propre quoique sous la tutelle de la Personne du Verbe. Eh bien! Le Verbe dirigeait chacune de ces trois sciences selon le mode propre à chacune.

Est-ce que Dieu ne dirige pas ma raison dans son ordre en même temps qu’il me dirige par la foi dans l’ordre surnaturel? Les deux restent distinctes tout en s’aidant l’une l’autre dans sa sphère propre. Par exemple, la raison, par la vertu, disons, de prudence, aide à appliquer à notre vie les lumières que la foi nous apporte. Quand je crois en la présence réelle de Jésus dans l’Eucharistie, il faut me servir de mon bon sens humain pour préparer ma communion ou ma visite au saint Sacrement ou pour m’entretenir avec Jésus dans l’Hostie consacrée, et ainsi de suite dans toute la pratique de la religion.

Jésus montre bien qu’il est dirigé par Dieu quand il dit: «Je ne fais jamais ma volonté, mais toujours celle de mon Père». Et encore: «Mes actions, mes pensées et mes paroles ne sont pas de moi, mais de mon Père qui me les donne».

Eh bien! Voilà ce que tout chrétien qui veut faire une seule chose avec Jésus doit faire. Il doit aller dans le divin de la foi chercher toutes ses pensées, ses paroles et ses actes. Il n’est plus son Maître du tout; il n’est que l’esclave de Dieu en lui et il doit avoir toujours les yeux fixés sur son Maître pour recevoir ses directives d’en haut et accepter de faire tous les actes que Dieu lui demande.

Voilà ce que serait la conséquence de se renoncer, de rejeter son moi païen pour que le Verbe le conduise comme il dirigeait J.-C. Mais comme ils sont rares ceux qui sont morts à eux-mêmes pour ne plus vivre qu’en Jésus et pour Jésus! Chacun continue de diriger sa vie exactement comme s’il était sur le chemin des limbes. Quel malheur! Quelle perte de mérites! Et même peut-être de salut!

Commençons donc tout de suite notre vie du ciel! Qui va nous diriger là? Sûrement Dieu seul! Eh bien! Commençons tout de suite dans la foi et avec la grâce de Dieu ce que nous ferons dans la gloire du Dieu éternel du ciel! Rappelons-nous ce que Saint Paul dit aux Rom. 8-14: «Ceux-là sont les enfants de Dieu qui se laissent conduire par l’Esprit de Dieu». Donc ce n’est qu’en proportion qu’on prend en Dieu ses lumières pour se conduire sur la terre que nous agissons comme des enfants de Dieu. Ceux qui se conduisent par leur petite raison humaine ne sont donc pas sur le chemin du ciel. Que de philosophes sont dans ce cas! Et combien de leurs disciples! Ces gens ont constamment à la bouche des expressions de vrais païens: «Ça a du bon sens! Ça n’a pas de bon sens! Je le veux! Je ne le veux pas! etc.». Et ils agissent comme de vrais païens, comme s’ils étaient leurs vrais maîtres. Donc ils ne sont pas unis à J.-C.; ils vivent sans lui… ils mourront bien sans lui… et ils seront sans lui éternellement… s’ils ne suivent pas mieux la foi!

Que le Saint-Esprit les éclaire et que Marie intercède pour eux!

mercredi 30 mai 2018

Père Onésime Lacouture - 3-15 - La Sainte Trinité



QUATORZIÈME INSTRUCTION 
LA SAINTE TRINITÉ.

«Jésus, ayant été baptisé et priant, le ciel s’ouvrit et le Saint-Esprit descendit sur lui sous la forme sensible d’une colombe et on entendit une voix du ciel: «Vous êtes mon Fils bien-aimé en qui j’ai mis toutes mes complaisances». Luc, 3-21.

Nous allons l’étudier surtout en vue de la vivre davantage dans notre propre vie quotidienne. Puisque nous nous en allons au ciel pour participer à la vie, à la sagesse et au bonheur de la Trinité, nous devons commencer sur terre cette vie divine en union avec la Sainte Trinité, par sa grâce et dans la foi.

Peu de chrétiens s’occupent de la Trinité; ils parlent ordinairement de Dieu. C’est quelque chose évidemment, mais ce n’est pas suffisant. Puisque nous avons été baptisés au nom de la Trinité, nous devons continuer de la vivre dans toute notre vie. Dans le ciel, le bonheur va justement être dans la contemplation des processions divines des trois Personnes et dans notre participation à leur vie réciproque; donc il nous faut commencer tout de suite dans la foi, cette vie trinitaire.

Les prêtres sont bien responsables de cette ignorance des fidèles au sujet de la Trinité. Quand même c’est un mystère, il y a une foule de choses très pratiques pour notre vie spirituelle que nous connaissons déjà par révélation de J.-C., nous devons nous en servir pour nous sanctifier.

C’est un sujet difficile parce qu’il dépasse non seulement la raison, mais aussi sa façon ordinaire de comprendre. Ce que la raison trouve pénible, c’est d’être guidée par une lumière qui ne vient pas d’elle-même et dans un monde qu’elle ne peut pas se représenter dans l’imagination ou dans les sens. Elle se trouve comme perdue entre ciel et terre. Elle trouve dur de suivre une lumière qui ne l’éclaire pas selon son mode ordinaire de comprendre et qui pour elle est ténèbres. Il faut qu’elle accepte d’être conduite par un autre qu’elle n’a jamais vu ni connu par elle-même.

LA FOI EST NOTRE SEUL GUIDE

Son cas est exactement celui d’un aveugle qui se laisse conduire par un autre, un guide. S’il s’abandonne à son guide, tout en restant aveugle, il se trouve à voir pour ainsi dire par les yeux de son guide. Eh bien! Il en est ainsi pour la raison: si elle suit fidèlement la foi, qui voit clair dans les choses divines, la raison finira par voir comme la foi avec les yeux de la foi. Mais la difficulté reste quand même. Il faut beaucoup d’humilité et d’amour de Dieu pour se soumettre ainsi à la révélation et organiser sa vie selon les exigences de la foi.

Prenons un exemple dans l’Eucharistie. L’homme voit du pain, goûte du pain et touche du pain; c’est bien assez pour que la raison conclue que c’est bien du pain. Cependant elle doit se renoncer et juger selon la foi qui lui dit: Il n’y a pas de pain là du tout, mais seulement les apparences du pain et c’est l’Humanité sainte de Jésus avec sa divinité.

Combien de chrétiens acceptent dans la pratique de la vie cet enseignement de la foi? Qui vont voir Jésus en personne à l’église? Qui vont le recevoir souvent dans la sainte communion, qui s’entretiennent avec lui dans le Tabernacle? Quelle foi faible! Le mal vient de ce qu’ils ne prient pas assez pour avoir une foi vive et ardente. Elle ne vient pas seule; il faut la demander et l’augmenter encore par la prière.

Si c’est difficile de croire, ce l’est encore bien plus de vivre cette foi. Là évidemment on rencontre le «païen» partout avec son aveuglement, ses convoitises qui nous attirent aux choses sensibles et tous les attraits qu’offre un monde jouisseur secondé par les démons.

Enfin, ces vérités divines sont pleines de mystères pour nous, habitués aux choses de la terre et à notre manière de comprendre de la terre. Ces choses surnaturelles nous semblent donc difficiles à saisir par notre pauvre raison humaine.

Mais Dieu vient à notre secours en nous éclairant lui-même par ses illuminations intérieures et les dons du Saint-Esprit, en proportion qu’il nous voit enclins à les recevoir et à nous disposer selon ses exigences que nous pouvons étudier dans les bons auteurs spirituels.

On sait que tout ce que Dieu a fait pour conduire les Juifs en Terre Promise était la figure de ce qu’il veut faire pour chacun de nous sur la route du ciel. Eh bien! Il n’a pas voulu laisser les Juifs se conduire eux-mêmes dans le désert, mais c’est lui-même qui les conduisait par une colonne de nuage le jour et une colonne illuminée le soir. Cette nuée est la figure de la foi; elle nous conduit sûrement à notre Terre Promise, au ciel, mais il nous faut sacrifier notre raison et suivre aveuglement cette nuée de la foi; elle nous conduira sûrement au ciel. Or combien ne veulent pas s’abandonner à la foi! Ils prennent seulement ce qui concorde avec leur petit bon sens humain, aussi ces gens risquent gravement leur salut éternel.

J.-C. a pris la peine de venir sur la terre pour nous porter son message divin qui nous conduira certainement au ciel si nous le suivons fidèlement. Dieu a donné à chaque être une lumière pour le conduire dans son monde particulier. Ainsi les animaux ont leur instinct pour les conduire dans les choses sensibles. L’homme a la raison pour le conduire dans les sciences et dans sa vie humaine et raisonnable. Or Dieu nous a élevés de la vie humaine dans la vie divine; il devait donc nous donner une lumière capable de nous conduire dans les choses divines; c’est la foi…

J’insiste donc que c’est la foi seule qui doit nous conduire dans les choses divines… et non pas la raison. Il faut expliquer cela, les gens sont tellement embrouillés sur ce point. L’Eglise a défini qu’il n’y a pas d’opposition entre la foi et la raison, mais accord parfait! Voici une conclusion erronée qu’on tire de là; on en conclut que du moment qu’on suit la raison, on se trouve à suivre la foi, puisqu’il y a accord parfait entre les deux!

Il y a accord entre les deux au point de vue de la vérité historique, ontologique ou des faits. S’il est vrai que Napoléon a existé, c’est vrai aussi dans l’ordre surnaturel où la foi l’admet aussi. S’il y a de fait trois Personnes en Dieu, dans la Trinité, la raison ne peut pas le nier. Si l’essence de l’homme pour la raison est d’être un animal raisonnable, c’est aussi vrai dans la foi.

La grande erreur d’une foule de prêtres et de fidèles est d’affirmer que la raison et la foi s’accordent toujours en tout. Eh bien! Non. Au point de vue de l’orientation de notre activité, les deux s’opposent habituellement! Agir selon la raison contredit agir selon la foi et vice versa. L’Evangile est rempli de ces directives données par la foi et qui sont directement contraires à celles que donnerait la raison. Par exemple:

«N’aimez pas le monde, ni ce qui est dans le monde; si quelqu’un aime le monde, la charité du Père n’est pas en lui».

La raison dit tout le contraire: Aimez le monde et tout ce qui est dans le monde… et c’est justement ce que font les fidèles et la plupart des prêtres et des religieux.

«Aimez vos ennemis et faites-leur du bien et priez pour eux».

La raison dit tout le contraire et la preuve: combien peu de chrétiens sont capables d’aimer leurs ennemis!

Ce soir, il y a une heure sainte à l’église et tout à côté on donne des vues dans un cinéma; combien vont suivre la foi et aller à l’église plutôt que de suivre la raison et aller au cinéma?

Un mari encore jeune se voit abandonné par sa femme qui s’en va vivre avec un autre; combien vont suivre la foi et rester parfaitement chaste de toutes les façons? La plupart diraient: «Ça n’a pas de bon sens et je vais faire comme elle!».

C’est que la foi veut nous faire mener une vie toute céleste, tandis que la raison nous fait mener une vie terrestre, si différente de l’autre! Puisque nous sommes maintenant des enfants de Dieu, nous devons vivre comme Dieu, dans l’ordre surnaturel et donc cesser de vivre comme des païens malgré les cris de la nature.

L’Ecriture dit que notre élévation à l’ordre surnaturel est une nouvelle création, une vie nouvelle et donc surtout dans la partie libre de notre activité et donc dans les motifs qui doivent tous être absolument surnaturels comme notre fin dernière l’est. Comme l’Apôtre dit: notre conversation doit être dans le ciel, ce qui veut dire notre manière de vivre doit être toute celle du ciel. Nous devons donc vivre uniquement dans le surnaturel et donc suivre notre lumière surnaturelle qui est la foi et non pas la raison. Un païen fait œ qu’il veut, il se dirige selon sa raison, mais un chrétien doit faire ce que Dieu veut à tout instant, du jour ou de la nuit. Il doit consulter son Maître en tout ce qu’il fait et suivre ses directives. Un païen prend en lui-même la direction de son activité; un chrétien la prend en dehors de lui-même, en Dieu et en sa foi qui lui indique la volonté de Dieu.

LA TRINITÉ EST…

LA VIE DIVINE du Père. 
Jamais la raison n’aurait même pu soupçonner ce que la foi enseigne au sujet de l’existence de la Sainte Trinité et encore bien moins de l’habitation de la Sainte Trinité en nous. Nous n’avons donc qu’à prendre ce que la foi nous enseigne et avec la raison essayer de tirer les conclusions pratiques pour notre propre conduite spirituelle. Du fond de l’éternité, Dieu décida de créer des êtres capables de le connaître et de l’aimer, afin de leur communiquer son propre bonheur! Il est amour et l’amour aime à se répandre. Comme il est infini, il devait faire cela d’une façon digne de son infinité. Il lui faudrait recevoir le maximum de l’amour de la création. Il pouvait faire cela en qualité et en quantité.

D’abord en qualité. Par l’Incarnation de son Verbe, il lui donna la plus parfaite âme humaine qu’il était capable de créer par sa puissance absolue, pour qu’elle soit digne du Verbe, infini en tout comme son Père. Ce n’est que par ce moyen qu’il pourrait avoir un être créé, en dehors de lui-même, et qui pourrait l’aimer de la plus parfaite manière possible en dehors de l’infini. C’est la sainte Humanité de J.-C. Si elle n’avait pas toutes les perfections possibles pour aimer Dieu le plus parfaitement possible, Dieu n’aurait pas pu dire qu’il trouvait toutes ses complaisances en elle. Ce que le Père dit du haut du ciel sur le Thabor, s’adresse évidemment à Jésus en tant qu’homme aussi bien qu’en tant que Dieu tel qu’il était en personne sur la montagne sainte.

A cette âme si parfaite, Dieu communique la plus parfaite grâce sanctifiante qu’il pouvait créer aussi par sa puissance absolue. L’Humanité de Jésus a donc reçu la plus grande et la plus parfaite communication de la vie divine que Dieu pouvait donner à un être créé. En voilà donc une capable d’aimer Dieu du maximum d’amour en dehors de Dieu même. Comme elle est unie dans la Personne du Verbe. Voilà une création digne de Dieu!

Mais ce Fils n’est que le premier-né évidemment de toute une autre lignée de fils qu’il aura moins parfaits que Jésus, mais semblables à lui par adoption: les hommes. Il nous crée des animaux raisonnables et nous élève au rang divin en nous donnant la grâce sanctifiante qui est une participation créée de sa vie divine. Nous devenons donc ses véritables enfants, dignes de participer à sa vie trinitaire et à aller plus tard jouir de son bonheur éternel dans la vision béatifique.

C’est une adoption autrement parfaite que l’adoption simplement humaine. Dans cette dernière, l’enfant n’est accepté que pour participer aux biens communs de sa famille d’adoption. Mais cela ne le fait pas vraiment enfant de la famille. Tandis que dans l’adoption divine, nous devenons participants non seulement des biens de Dieu, mais de sa vie même. Nous devenons vraiment ses enfants dans toute la force du mot, puisqu’il nous donne sa vie propre par la grâce sanctifiante.

Si nous croyons à cette vie et que nous aimons Dieu, il dit que la Trinité viendra en nous et fera là sa demeure! Elle ne nous fait pas égaux à Dieu, mais de même race ou des êtres vraiment divins, ou comme on dit: déiformes ou semblables à Dieu. Il se trouve à être vraiment notre Père et nous ses enfants réels avec tous les droits que ce privilège comporte.

LA SAGESSE DIVINE est attribuée à la deuxième Personne de la Sainte Trinité. Le Fils est comme la Pensée du Père, il est son Verbe et sa Sagesse, car Dieu est infiniment sage et c’est cette Sagesse qui constitue la deuxième Personne de la Trinité, ça par quoi il se comprend lui-même. Comme elle vient du Père, on dit qu’elle est son Fils.

Notre intelligence n’est qu’un échantillon de la sienne et comme nous l’apprécions! Sûrement autant que notre vie! Est-ce qu’on ne dit pas devant un idiot: Il serait aussi bien mort! On estime les hommes au poids de leur intelligence. C’est elle qui manifeste la vie, qui l’exploite en lui faisant donner son rendement. Comme nous apprécions notre intelligence! Un compliment sur nos talents réjouit le cœur pour des années! comme un blâme sur ce point attriste profondément!

L’Ecriture dit que le Verbe ou la Sagesse divine est comme le reflet de la substance divine et de sa splendeur ou le miroir de la divinité. C’est elle qui manifeste ce qu’il y a en Dieu. Elle est infinie comme Dieu.

Nous sommes appelés à aller participer à cette sagesse divine au ciel qui fera notre bonheur éternel. Mais pour cela, il nous faut commencer sur terre dans la foi ce que nous voulons faire dans la gloire céleste. Toute la vie du chrétien devrait se passer à chercher cette sagesse divine pour y conformer ses pensées et ses jugements. Nous devons prendre tout de suite la mentalité de J.-C., suivre son esprit et juger comme lui en tout.

Où trouver cette divine sagesse sinon dans les Ecritures? Dieu a mis là tout ce qui concerne notre sanctification, afin que nous ne soyons pas seulement ses enfants, mais que nous agissions comme tels et soyons parfaits selon sa sainte volonté. C’est là que nous apprendrons à penser comme Jésus, à parler comme lui, à agir comme lui en tout. De cette sorte, nous ferons une seule chose avec lui et donc avec son Père avec lequel il est intimement uni.

En proportion que nous vivrons de cette sagesse divine, nous approuverons tout ce qu’elle fait dans le monde ou qu’elle permet. Nous ne devons donc pas murmurer jamais contre quoi que ce soit en dehors du péché, car tout est dirigé par la sagesse divine pour notre plus grand bien spirituel; c’est à nous de faire accorder nos jugements avec ceux de Dieu, peu importe ce que notre petit bon sens humain en pense. Ceux qui s’impatientent, qui murmurent et qui se fâchent contre les personnes ou les événements insultent cette sagesse divine qui veut les choses ainsi pour notre sanctification.

Tandis que ceux qui approuvent tout ce que Dieu fait dans le monde lui font grand plaisir et l’honorent en le glorifiant. Dans la même mesure, ils jouiront de lui au ciel.

Le plus grand obstacle à cette sagesse divine en nous est notre propre sagesse humaine que nous tenons tant à garder. Mais si nous ne voulons pas la sacrifier pour suivre celle de Dieu, elle ne viendra pas en nous. Il nous a donné la nôtre pour que nous puissions la semer, afin de récolter la sienne: c’est le prix de sa sagesse! «Dieu a choisi ce qui est insensé selon le monde, afin de confondre les sages!». Ceux qui mettent leur confiance en leur raison humaine se rendent indignes de recevoir la sagesse divine. Dieu veut toute la gloire du bien que nous faisons: il faut donc le faire selon et avec sa sagesse divine.

L’AMOUR DIVIN est l’attraction mutuelle entre le Père et le Fils. On l’appelle le Saint-Esprit parce que les deux premières Personnes l’ont comme exhalé dans leur soupir réciproque d’amour. L’activité divine part donc du Père, passe par le Fils et revient au Père par le Saint-Esprit. Le cycle est donc complet et fermé; il ne peut pas y avoir d’autre relation entre ces trois Personnes divines. Toute l’activité trinitaire se trouve donc dans la vie, la Sagesse et l’Amour divin.

Comme le Saint-Esprit procède du Père et du Fils, ainsi, notre amour de Dieu en nous procédera de la quantité ou du degré de notre vie divine et de notre sagesse divine. Sans la grâce sanctifiante, il est impossible d’aimer Dieu sincèrement. De même celui qui ne vit pas selon la sagesse divine de la foi ne peut pas aimer Dieu assez pour être sauvé. Ceux qui ne jugent pas selon Dieu les événements et les personnes, n’arriveront jamais à l’amour divin. Est-ce qu’on peut aimer une personne que l’on trouve sotte? Eh bien! Si on dispute contre ce que Dieu a fait dans le monde, comment peut-on l’aimer? Les trois personnes sont solidaires l’une de l’autre. Pour augmenter dans l’activité de l’une, il faut augmenter dans l’activité des deux autres. Par conséquent, si on n’aime pas la manière de Dieu de gouverner le monde par sa sagesse infinie, c’est Dieu même qu’on n’aime pas dans la même mesure.

Dieu est amour et pour demeurer en Dieu, il faut demeurer en l’amour. Or, l’amour est une fin; on la veut sans limite; on y pense constamment, on en parle à tout le monde et l’on fait tout en vue de son amour. Eh bien! Sont-ils nombreux les chrétiens qui aiment Dieu vraiment? Où sont ceux qui aiment à en parler? A en entendre parler? Comme ils sont rares! Rares donc sont ceux qui aiment Dieu! Quand on aime, on cherche à mieux connaître. Quand on aime, on cherche à se trouver souvent avec l’objet de son amour. Ceux qui aiment Dieu recherchent donc les choses de Dieu le plus possible; ils veulent s’instruire de tout ce que concerne Dieu et le fréquentent le plus possible là où il est: dans le Tabernacle et la sainte communion.

Comme le Saint-Esprit agit en nous surtout par ses dons, nous devons les lui demander souvent et nous disposer à les recevoir. Nous savons maintenant ce que cela veut dire: nous défaire de toute attache qui empêche l’exercice des dons en nous. Car comment Dieu peut-il nous donner la perfection de son amour quand on trouve qu’il ne nous suffit pas et que nous cherchons de l’amour dans les créatures? C’est une insulte à lui faire et nous la payons en étant privés de ces touches divines qu’il ne donne qu’à ceux qui mettent tout leur amour en lui seul.

Une autre façon de le montrer est qu’il s’agit ici de l’amour surnaturel de Dieu, le seul qui nous donne le ciel. Car nous pouvons avoir un certain amour, que j’appelle naturel et qui aurait suffi pour aller aux limbes. C’est une espèce d’admiration intellectuelle pour l’être suprême et créateur que la raison toute seule peut découvrir. Combien de prêtres philosophes n’ont actuellement que cet amour de tête seulement!

Or, l’amour surnaturel s’achète aux dépens de l’amour des créatures. Par conséquent, dès que je conçois ce qu’est Dieu pour moi dans l’ordre surnaturel et dans ma destinée surnaturelle, je dois retirer mon amour de toutes les créatures pour le concentrer totalement sur Dieu seul comme il le veut dans son premier commandement où il veut accaparer absolument toute notre capacité d’aimer. La mesure d’aimer Dieu est de l’aimer sans mesure!

SON HABITATION EN NOUS
LE PÈRE NOUS DONNE SA VIE.

Quand la Trinité vient en nous, il est évident qu’elle continue en elle-même son activité divine, comme dans le ciel. Mais plus que cela puisqu’elle vient en nous, c’est pour faire en nous ce qu’elle fait en elle-même. Chacune des Personnes veut nous communiquer son activité propre, afin de nous rendre semblables à elle-même. Le bienfait est tellement grand qu’il vaut la peine d’être considéré en particulier.

Voyons d’abord le rôle du Père en notre faveur. Il veut nous donner sa vie divine par la grâce sanctifiante, donc créer et par suite toujours limiter et donc susceptible d’augmentation. Ce que Jésus disait un jour: «Je suis venu pour qu’ils aient la vie et qu’ils l’aient en abondance», il ne faisait que répéter ce qu’il avait entendu dire à son Père. Donc quand le Père vient en nous, il vient pour augmenter notre vie divine dans la grâce sanctifiante.

Mais nous savons qu’il ne s’impose pas: il exige notre coopération libre. Il produira donc cette vie en proportion que d’abord nous enlevons les obstacles et ensuite que nous montrions notre désir intense et notre amour [notre haine] pour les créatures. C’est parfaitement inutile de demander plus de grâce sanctifiante, si on ne diminue pas son amour pour les créatures en les sacrifiant pour l’amour de Dieu.
De même si on espère l’augmenter, il faut le montrer en l’exerçant de plus en plus dans la pratique de la vie. Par exemple, en nous occupant de plus en plus de choses spirituelles et en coupant dans les choses du monde. Car Dieu regarde les œuvres et pas seulement les désirs.

Quel bienfait inouï que de savoir que la Sainte Trinité peut et veut nous communiquer toutes ses processions comme en elle-même pour nous rendre semblables à elle dans la foi pour nous faire goûter son bonheur dans la gloire du ciel! Ce qu’elle a fait dans la sainte Humanité de Jésus, elle veut le faire en nous. Nos deux amours naturels sont les pires obstacles à l’action trinitaire Or, l’on sait comment les prêtres philosophes ne les attaquent jamais et même les protègent par toutes sortes de sophismes comme on a montré ailleurs. Ils empêchent donc Dieu de reproduire devant Dieu. Que Dieu ait pitié d’eux et leur ouvre les yeux dans leur erreur de tactique, dans leurs «in se» purement spéculatifs.

Ceux qui veulent favoriser l’action du Père pour nous donner sa vie divine seront ardents à prendre tous les moyens que Dieu nous a déjà donnés pour nourrir cette vie divine, comme la communion surtout, la lecture et la méditation des Ecritures, car Jésus a dit que l’homme ne se nourrit pas seulement de pain mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu, donc des Ecritures. Enfin, qu’il pratique toutes les vertus; elles nous apportent le divin dans la mesure que nous les pratiquons. Il ne faut pas oublier la prière absolument nécessaire, même avec les autres moyens. Dieu exige que nous lui demandions ses dons, afin de nous les faire apprécier et d’avoir sa gloire quand il nous les donne.

LE FILS NOUS DONNE SA SAGESSE.

A la dernière Cène, Jésus dit: «Je ne vous appellerai plus mes serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que son maître fait, je vous appelle mes amis parce que je vous ai fait connaître tout ce que j’ai entendu de mon Père». Comme son rôle dans la Trinité est de manifester le Père, une fois incarné ce rôle demeure en J.-C.: c’est encore lui qui par sa vie et par sa doctrine nous enseigne la véritable sagesse divine qui nous mène à Dieu. Avant de mourir Jésus dit: «Je vous ai fait connaître au monde, je vous ai glorifié, j’ai accompli l’œuvre que vous m’aviez confiée». Or connaître Jésus et Celui qui l’a envoyé, c est la vie éternelle. C’est donc connaître la Trinité et les trésors immenses de sagesse divine qu’elle renferme.

Quelle immense faveur que de pouvoir pénétrer avec la grâce de Dieu dans le plan divin insondable à l’esprit humain! C’est Jésus qui nous a apporté la connaissance des secrets de Dieu cachés en son éternelle sagesse. Mais il reste à chacun de nous de les comprendre dans notre propre esprit, aidé de la foi divine. Le chrétien peut passer toute sa vie à s’appliquer à lui personnellement les trésors de sagesse renfermés dans les paroles de Jésus, telles que rapportées dans les évangiles et les épîtres.

Pour participer à la sagesse de J.-C., qu’il veut bien nous donner, il nous fait renoncer à notre propre jugement. Par exemple, quand on l’entend dire qu’il faut mépriser le monde et tout ce qu’il y a dans le monde, il faut cesser d’estimer les choses du monde malgré les répugnances de la nature, changer son jugement à ce sujet et prendre celui de J.-C. Il faut agir de la sorte pour tout ce qui contredit notre jugement pour juger de tout selon la sagesse de Jésus.

•791 Comment se fait-il qu’il faille tant de temps pour sacrifier notre pauvre petit jugement si étroit pour prendre celui de J.-C., notre Dieu? Jésus nous fait dire par son Apôtre: «N’ayez de goût que pour les choses de Dieu et non pour celles de la terre!», et nous continuons de préférer celles de la terre à celles du ciel! Quel abîme d’aveuglement quand l’homme est laissé à lui! Pourtant Dieu l’éclaire, mais il ne veut pas voir! Il ferme les peux pour rester dans les ténèbres!

LE SAINT-ESPRIT NOUS DONNE SON AMOUR… dans la proportion que nous vivons l’activité des deux premières Personnes. C’est pourquoi il faut insister surtout sur les deux premières, afin de s’assurer l’activité du Saint-Esprit. Suivons l’ordre établi par Dieu dans la Trinité, si nous voulons aboutir à l’amour de Dieu. Surtout sacrifions l’échantillon d’amour que Dieu nous a donné pour nous-mêmes et pour le monde. Pour récolter l’amour de Dieu, il nous faut semer nos deux amours naturels. Autrement c’est aussi impossible que pour un cultivateur de récolter sans avoir semé. Jésus dit qu’il en est ainsi! Allons-nous prendre cinquante ans pour croire qu’il est plus sage que nous? Qu’il sait ce qu’il dit?

Quand je dis que le Saint-Esprit nous donne son amour, cela veut dire qu’il se donne lui-même à nous. C’est lui qui vient habiter dans notre âme et en faire son temple et son sanctuaire. De même pour le Fils et le Père: ce sont eux qui se donnent pour être notre vie et notre sagesse divines.

C’est en nous laissant envahir par ces trois Personnes divines ou par leurs activités réciproques que nous sommes transformés en êtres divins de plus en plus parfaitement avec la grâce de Dieu.

Comme la Trinité s’est communiquée aussi parfaitement que possible à l’Humanité de Jésus, ainsi elle veut se donner à nous pour continuer en nous son activité trinitaire comme en elle-même. Dans la mesure que nous enlevons les obstacles à son action et que nous nous disposons à la recevoir, le Père nous donnera de plus en plus de sa vie divine que l’on reçoit dans la grâce sanctifiante, le Fils nous donnera sa sagesse et le Saint-Esprit son amour divin.

Le travail de la perfection consiste donc pour nous à faire de la place pour cette activité trinitaire en nous. Comment le faire? En faisant mourir en nous la vie humaine dans notre mentalité, ou nos affections naturelles et nos motifs naturels qui sont des obstacles positifs à la vie divine. Dieu n’a rien de ces affections ou de ces motifs naturels; donc un chrétien ne doit plus en avoir. On a beau dire qu’ils sont bons en soi, est-ce que Dieu a tout ce qui est bon en soi? Un chien est bon en soi, est-ce que le chien existe en Dieu? Donc qu’on nous laisse la paix avec ces motifs bons en soi. Ils sont humains, donc Dieu n’en veut pas! Il ne veut que du pur divin en lui. Et comme nous devons être transformés en êtres divins, il n’en veut pas plus en nous qu’en lui.

De même ceux qui veulent suivre leur sagesse humaine n’agissent pas comme des êtres divins, car Dieu ne suit pas la sagesse humaine, mais sa sagesse divine. Si donc nous voulons devenir une seule chose avec lui, nous devons abandonner de suite notre bon sens humain pour ne suivre que la sagesse divine qui nous est manifestée par la foi.

Enfin, si nous voulons vivre d’amour divin, il faut cesser de suivre l’amour humain, quelque bon qu’il soit en lui-même. Dieu n’a que du divin, nous devons donc n’avoir nous aussi que du divin dans notre activité libre et volontaire. Eh bien! Tout amour naturel est un obstacle positif à l’amour du Saint-Esprit. Son amour est tout divin; si je veux son amour, je dois diviniser tout le mien et donc rejeter absolument toute affection naturelle quelque bonne qu’elle soit.

La Vie, la Sagesse et l’Amour sont les trois foyers d’activité intentionnelle libre, qui sont païens par nature en nous, et donc que nous devons rejeter absolument pour ne prendre que les trois foyers divins correspondants en la Trinité. C’est le travail de toute une vie! Commençons tout de suite!
NOS DEVOIRS ENVERS LA TRINITÉ

L’ADORATION.

Dès que nous croyons fermement que la Trinité habite en nous, le premier mouvement de l’âme doit être l’adoration, car elle est le temple du Saint-Esprit, elle est un sanctuaire où Dieu habite. Elle reconnaît sa majesté infinie et sa propre bassesse; elle s’incline dans une révérence profonde devant la grandeur de Dieu: c’est là un acte d’adoration dû à Dieu seul. Aussitôt que la Sainte Vierge comprit que le Verbe s’incarnait en elle, elle adora Dieu et chanta sa reconnaissance dans son célèbre Magnificat, que l’Eglise continue de redire constamment pour la gloire de Dieu. Que ce soient nos sentiments habituels puisque la Trinité habite en nous réellement, si nous sommes en état de grâce. Disons comme Marie: «Mon âme magnifie le Seigneur, parce qu’il a fait en moi de grandes choses! Et son nom est saint!». Prenons tout de suite l’attitude que nous aurons au ciel devant la Sainte Trinité: c’est celle de l’adoration profonde.

L’AMOUR.

D’abord Dieu l’exige par un commandement bien formel. Mais ceux qui ont tant soit peu de cœur devraient lui donner leur amour en considération de tous les bienfaits qu’ils doivent à chacune des trois Personnes divines: au Père la création, au Fils la rédemption et au Saint-Esprit la sanctification avec toutes les conséquences pratiques que ces ineffables faveurs comportent. Dieu nous demande de l’aimer: Mon fils, donne-moi ton cœur! Comment lui refuser l’amour après tout ce qu’il a fait pour nous? Que de péchés il nous a pardonnés! Que de bienfaits il a ajoutés à ses pardons! Surtout puisque la Trinité vit en nous pour inspirer, influencer, conduire, protéger et bénir toute notre activité libre, afin de la rendre semblable à la sienne: toute divine! Il veut nous garder de tout mal et de tout péché, il veut nous diviniser dans toutes les fibres de notre être, afin de nous faire participants de son bonheur au ciel. N’est-ce pas assez pour l’aimer de toute la capacité de notre être?

Mais pour arriver là, il nous faut retirer notre amour des échantillons où il se perd inutilement pour le ciel, et nuisiblement même pour notre salut. Car tout brin d’amour que nous donnons aux échantillons est une insulte à Dieu et nous fait perdre sa grâce et donc nuit à notre salut.

L’IMITATION.

Si nous admettons tout ce qui précède, il nous reste à vouloir reproduire dans la pratique de la vie tout ce que la Trinité fait en elle-même en autant que nous le pouvons avec la grâce de Dieu. Comme Fils adoptifs de Dieu, nous avons l’obligation stricte de vivre en enfants de Dieu pour nous rendre dignes de la société des trois Personnes divines au ciel en commençant dans la foi et par la grâce de Dieu.

Les Apôtres se sont servis souvent des conséquences que nous pouvons tirer de ce que nous sommes les enfants de Dieu. «Ne savez vous pas que vous êtes les temples de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous? Si quelqu’un souille le temple de Dieu, Dieu le détruira: car le temple de Dieu est saint, et ce temple c’est vous». 1 Cor. 3-16.

C’est cette idée que nous devons reproduire, la Trinité en nous, que les Apôtres et les Pères de l’Eglise ont souvent exploitée pour exhorter les fidèles à la sainteté. C’est autrement efficace que de leur parler des péchés à éviter. C’est cette prédication positive de la nécessité de revivre la vie divine en nous qui fait le plus de bien aux âmes et que le Saint-Esprit bénit davantage.

Cultivons surtout notre vie divine; étudions-là, pratiquons-la le plus possible en augmentant notre grâce sanctifiante par tous les moyens à notre disposition, comme la messe, la communion et les sacrifices.

Soyons sûrs de toujours juger toutes les choses comme Jésus le fait et que nous le savons par l’Ecriture. Par exemple, quand il dit de nous aimer les uns les autres, faisons-le! Aimons toutes les personnes par le même motif que nous aimons Dieu.

Enfin, surveillons notre amour qu’il soit tout aux choses de Dieu et uniquement là. C’est pour nous communiquer toute sa vie trinitaire que la Trinité vient en nous; vivons donc comme elle en tout et partout! Insistons souvent dans nos prières pour obtenir ces grâces.