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vendredi 19 février 2016

Instruction sur la pénitence du carême - Abbé Ballet


INSTRUCTIONS
SUR LA PÉNITENCE DU CARÊME,
TIRÉES DE L'ÉCRITURE, DES CONCILES ET DES PÈRES

Chapitre XLIV

Le déchet de la sainte pénitence du carême qui nous afflige aujourd’hui, est une suite du déchet de la foi.

Pour peu qu’on réfléchisse sur l’antiquité de la pénitence du carême, qu’on fasse attention à l’autorité de ceux qui l’ont établie, aux témoignages de ceux qui en ont parlé, à la ferveurs des chrétiens qui l’ont observés si religieusement pendant une longue suite de siècles, à l’esprit de l’Eglise qui n’a jamais varié sur l’essence de cette sainte pratique, et à la solennité avec laquelle elle annonce encore aujourd’hui ces jours de jeûne et d’abstinence; on aperçoit un déchet déplorable de la foi : on ne trouve plus aucune conformité avec celle de nos pères.

La plus vénérable antiquité, les traditions apostoliques, les lois de l’Eglise, la soumission de ses enfants, tout est critiqué, censuré, blâmé aujourd’hui.

Or d’où vient ce mépris? Quelle est la source de cette révolte, de ces désobéissances, de ces transgressions publiques? L’irréligion de notre siècle, les funestes progrès de l’incrédulité, les coupables productions de certains savants superbes, sans religion.

L’esprit a voulu régner, briller; ses sacrilèges efforts ont séduit, on les a admirés; la simplicité de la foi a déplu, parce qu’elle humilie l’orgueilleuse raison de l’homme. On n’a pas redouté les écrits des savants incrédules, on les a lus, ils se sont débités, ils ont même reçu des applaudissements. De là des doutes sur les plus grandes vérités, ensuite des désaveux solennels des faits les plus graves les mieux attestés; enfin, les progrès du déisme, du matérialisme, et de tous les systèmes qui s’accommodent aux penchants, aux passions du cœur humain.

On gémit aujourd’hui de ces funestes progrès, on aperçoit le danger pour la foi dans ce royaume : ce ne sont pas seulement certains savants, certains mondains distingués, mais ce sont des chrétiens de tous les états qui ont été séduits, qui méprisent la simplicité de la foi, que ses saintes obscurités révoltent, qui critiquent et raillent les lois, les pratiques de l’Eglise les plus sacrées.

Des libelles impies passés de main en main à la faveur des ténèbres ont corrompu tous les cœurs et séduit tous les esprits.

Le chrétien fidèle redoute la compagnie des autres chrétiens, parce qu’armées des anecdotes scandaleuses, des réflexions libertines, des décisions téméraires d’un savant accrédité, on raille, on combat, on nie même les dogmes de la religion dans un cercle, à une table; toutes les vérités de la foi semblent n’être plus aujourd’hui que des problèmes dans la bouche des enfants du siècle : Diminuatae sunt veritates a filiis hominum : (Psal. XI.)

Or il n’est pas douteux que cet esprit d’irréligion si accrédité, est aujourd’hui la cause de ce déchet déplorable de la pénitence du carême, qui nous afflige : qu’on y fasse attention, il a augmenté à mesure que l’incrédulité a fait des progrès.

Remontons aux premiers siècles de l’Eglise, ces temps où la foi était si vive, si soumise. Nous y verrons la pénitence du carême pratiquée avec une rigueur qui nous étonne, et dont nous nous croyons incapables.

Les jeûnes et les abstinences de la quarantaine étaient regardés comme des préceptes dont on ne pouvait pas se dispenser sans s’exposer à la damnation, sans manquer au respect dû à une institution apostolique, à une loi sacrée de l’Eglise, parce que les fidèles étaient animés de cette foi qui ne sait pas disputer, mais se soumettre et mourir même pour la doctrine du Sauveur. Ils étaient tous dans ce saint temps, sans distinction, des pénitents sincères.

Pendant douze cents ans, la pénitence du carême a été observée avec cette sévérité que nous nous contentons d’admirer. Pourquoi? Parce que la foi était plus vive, plus soumise; parce qu’on ne s’érigeait pas audacieusement en censeurs des lois de l’Eglise, qu’on ne lui disputait pas son autorité.
Ensuite se sont introduits les adoucissements dans les grands jeûnes, que la tendresse de l’Eglise a tolérés; mais les chrétiens, en profitant de ces adoucissements, pratiquaient avec respect le jeûne et l’abstinence, il fallait encore une infirmité réelle pour se dispenser du jeûne ou de l’abstinence, et l’on peut dire que ce mépris scandaleux de la pénitence du carême n’a fait ces progrès étonnants qui nous affligent, que dans notre siècle où l’on se pique tant d’esprit et de lumières.

Il n’y a pas longtemps que les infracteurs de la loi du carême ne se cachent plus, qu’ils s’applaudissent hautement, et tournent en ridicule ceux qui ne les imitent pas. D’année en année, le nombre des pénitents diminue : le carême n’est presque plus rien aujourd’hui : je n’en suis pas étonné, ce déchet de la pénitence est une suite du déchet de la foi.

Comment respectera-t-on la loi de l’Eglise? On a répandu sur ses conciles, sur ses décisions les plus solennelles, sur les écrits de ses saints docteurs, des nuages, des obscurités. L’incrédule audacieux défigure, flétrit ses plus beaux siècles par ses sacrilèges subtilités et ses spécieuses objections. Il est écouté, applaudi; on respecte ses découvertes, ses lumières; on lui sait gré de faire tomber le bandeau importun de la foi, et de faire triompher la raison qui était obligée de se taire.

Ah ! il n'est pas étonnant que des hommes de doutes, d'incertitudes, méprisent l'autorité de l'Eglise, lui prêtent des vues de politique, d’intérêt, et se fassent une gloire de leur désobéissance. Ses ennemis ne seront jamais des hommes de foi et de piété.

Nous voyons donc avec douleur, ô mon Dieu! dans ces jours, l'irréligion et la licence des mœurs triompher. L'une est une suite de l'autre : ce déchet de la piété et de la soumission est le fruit de l'erreur accréditée. Rendez, ô mon Dieu! la paix à votre Eglise. Quand elle n'aura plus d'enfants rebelles, elle n'aura plus dans son sein d'infracteurs audacieux de ses préceptes. La pénitence solennelle du carême sera observée comme dans les siècles précédents, où l'on disputait moins, mais où l'on vivait mieux.

CHAPITRE XLV.
     .
Les motifs qui doivent consoler les chrétiens affligés du déchet de la sainte pénitence du carême.

Je le sais, ô chrétiens fidèles et soumis à la sainte pénitence du carême! une douleur amère afflige votre cœur dans ce saint temps. Cette foule d'enfants rebelles qui désobéissent à l'Eglise, qui insultent à son deuil, vous attriste : vous êtes dans la désolation en voyant ce contraste qui étonne nos ennemis. Dans le sein même de l'Eglise, un spectacle de piété, de larmes, de pénitences; un spectacle de plaisirs, de délices, de licences. Notre zèle s'excite, s'alarme comme celui des Moise, des Phinées, des Matathias, à la vue de ces infracteurs de la loi : votre zèle est louable ; mais contentez-vous de prier, de gémir dans la retraite, ou au pied des saints autels : fuyez le commerce de ces chrétiens désobéissants.

C'est dans le saint temps de carême, que l’âme fidèle pourrait dire avec le saint roi d'Israël: Je m'éloigne du monde pendant la sainte quarantaine, je me retire à l'écart ; je me ferai une solitude dans ma maison, je n'en sortirai que pour aller prier et gémir dans le saint temple, et répandre mon Aine affligée devant le Dieu des consolations : Elongavi fugiens, et mansi in solitudine. (Psal. LIV.) Pourquoi? Parce que je vois régner partout, dans ce saint temps, l'iniquité et la contradiction : Quoniam vidi iniquitatem et contradictionem in civitate. (Ibid.)

Je vois dans une ville chrétienne des hommes 'qui se font gloire des péchés qu'ils commettent; qui accréditent par leurs exemples la désobéissance aux plus saintes lois ; je vois une contradiction dans ceux qui professent la même foi, qui m'ébranlerait si l’Evangile ne m'apprenait pas que le nombre des élus est petit.

Des chrétiens fidèles jeûnent, se mortifient; les offices sont plus longs, les exhortations plus fréquentes : on s'efforce de toucher le Seigneur par sa douleur et ses gémissements, et tous les autres chrétiens se délicatent, s'engraissent, se livrent aux plaisirs, vont aux spectacles, et désavouent publiquement la nécessité de cette pénitence : Vidi iniquitatem et contradictionem incivitate. Ah! je ne porterai pas nies yeux sur ce monde d'infracteurs; je le fuirai pour me consoler avec le troupeau fidèle qui obéit à l’Eglise.

La première réflexion qui doit vous rassurer et vous consoler, âmes fidèles, dans ce déchet déplorable de la sainte pénitence du carême, c'est l'esprit de l'Eglise qui est -toujours le même. Elle a combattu clans tous les siècles et la doctrine des hérétiques et le relâchement de ses enfants sur la pénitence du carême. Les décisions de ses derniers conciles, comme celles des premiers ; les mandements des évêques d'aujourd'hui, comme ceux des premiers siècles; les exhortations des pasteurs, les discours des prédicateurs, vous annoncent la pénitence du carême, comme on l'annonçait autrefois. Si la misère, la rigueur des saisons, la représentation des magistrats l'a déterminée à user d'indulgence, ce n'est qu'en gémissant, et en vous rappelant l'ancienne sévérité du carême de nos premiers frères, qu'elle vous l'accorde.

Ce déchet de la pénitence du carême qui vous afflige est donc non-seulement désavoué, mais encore condamné par l'Eglise. Quelle consolation pour vous, âmes fidèles, d'entrer, autant que vous en êtes capables, dans l'esprit de l’Eglise!

Quoique vous ne pratiquiez point les rigueurs des premiers chrétiens, vous avez toujours la consolation d'imiter leur respect pour la loi de l'Eglise. Vos jeûnes ne sont pas aussi longs, vos repas aussi frugals, vos privations aussi parfaites : mais, en observant la sainte pénitence du carême, avec les seuls adoucissements que l'Eglise permet; en ajoutant le jeûne spirituel au jeûne corporel ; en priant, en gémissant avec l'Eglise pendant la sainte quarantaine, vous entrez dans son esprit, vous ne vous séparez pas des saints pénitents, comme les mondains qui violent toute la pénitence du carême.

Oui, mon Dieu, ce qui me console dans l'amertume de mon cœur, c'est que cette pénitence du carême, combattue par les hérétiques, méprisée et abandonnée par les mondains, a été pratiquée par des enfants de l'Eglise, fervents et soumis dans tous les siècles ; c'est qu'elle a toujours été annoncée solennellement dans le même temps ; c'est que les plus grands Saints, ceux que vous avez distingués par le don des miracles et de prophétie, les plus illustres docteurs, les empereurs et les puissants du siècle, ont eu une profonde vénération pour la loi de votre Epouse ; aucun ne croyait s'en dispenser : vous vous réservez, Seigneur, dans tous les états, des âmes fidèles que le monde ne séduit pas, et qui condamnent par leur obéissance la coupable révolte des mondains.

Dans ce siècle même, tout corrompu qu'il est, dans ces jours de révolte et d'incrédulité, je vois, ô mon Dieu par votre miséricorde, de saints pénitents ; j'en vois dans tous les états et dans toutes les conditions : je vois ceux qui vous sont fidèles faire des efforts pour pratiquer les jeûnes et les abstinences selon l'esprit de votre Eglise : il y en a mémé plusieurs qui pratiquent les grands jeûnes, et dont on est obligé de modérer les rigueurs qu'ils voudraient s'imposer dans ce saint temps. Je vois aussi avec plaisir, ô mon Dieu ! la pénitence du carême respectée et observée à la cour. Les ennemis du jeûne et de l'abstinence sont obligés d'y tenir un autre langage que celui qu'ils tiennent dans le cercle des libertins et des incrédules. L'exemple d'un grand roi et d'une grande reine les confond. Ils y sont témoins d'une soumission parfaite à la loi du jeûne et de l'abstinence, et jamais d'aucune transgression.

C'est cette fidélité de ceux qui vous craignent, qui me console, Seigneur, dans le déchet étonnant de la pénitence du carême.

Après avoir médité ces motifs de consolation, il, faut implorer le secours du ciel pour ne pas être ébranlé ou séduit par les coupables exemples que donnent les ennemis de la pénitence du carême. Il faut imiter la foi et la fidélité de Noé, ce fidèle serviteur de Dieu.


Pendant que des hommes corrompus se livraient aux plaisirs des sens, qu'ils buvaient et mangeaient, peu en peine de fléchir le Seigneur irrité de leurs crimes, par une sincère pénitence, le juste Noé s'appliquait à mériter grâce devant Dieu par sa foi, son obéissance et son travail. Pendant ce déluge d'iniquités dont notre siècle ne rougit point ; pendant que les mondains se livrent aux plaisirs, et se moquent de ceux qui jeûnent et se mortifient, respectez la loi de l’Eglise, cette arche précieuse; pratiquez la pénitence qu'elle vous impose, et vous vous sauverez.

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