« C'est une grande chose d'avoir, au sein même de l'Église catholique, la foi dans son intégrité »
-Saint Augustin

« L'ignorance est notre pire ennemi. »
-Saint Pie X

« La vérité vous rendra libre »
-Jean 8, 32

dimanche 27 mai 2018

Père Onésime Lacouture - 3-11 - La Pentecôte



DIXIÈME INSTRUCTION
LA PENTECÔTE.

«Et ils virent paraître comme des langues de feu qui se partagèrent et s’arrêtèrent sur chacun d’eux. Aussitôt ils furent tous remplis du Saint-Esprit et ils commencèrent à parler diverses langues, selon que le Saint-Esprit leur donnait de parler». Actes, 2.

En partant pour le ciel, Jésus dit à ses disciples qu’il leur enverrait le Saint-Esprit qui leur rappellerait tout ce qu’il leur avait dit. Sans bien comprendre, ils obéissent à Jésus et s’en vont au cénacle pour prier en l’attendant. Ils sont dociles comme des orphelins qui ont tout perdu et qui se cramponnent à tout espoir qui leur promet une amélioration de leur sort.

Dans cette méditation, nous allons nous arrêter à l’action extérieure du Saint-Esprit telle que décrite dans l’Ecriture. Etudions comment le Saint-Esprit s’est donné ouvertement aux disciples et les conditions qu’il a exigées pour se donner. Quand il voudra se donner à nous mystiquement et invisiblement, il exigera les mêmes conditions en proportion qu’il veut se donner à nous. Etudions-les.

COMMENT LES APÔTRES S’Y PRÉPARENT

PAR L’ÉTUDE DE JÉSUS. Le Saint-Esprit est descendu sur les disciples qui avaient été avec Jésus pendant sa vie publique et qui avaient entendu sa doctrine, vu ses miracles et sa sainte vie. Ils mangeaient avec lui, voyageaient en sa compagnie et ne vivaient que pour lui. Il est vrai qu’ils ne comprenaient pas au point de vue surnaturel, mais cela montre qu’ils aimaient Jésus et qu’ils voulaient être tout à lui.

Essayons de faire de même avec les moyens que Dieu nous a laissés pour cultiver la familiarité avec Jésus et vivre sa vie en nous. Le Saint-Esprit ne nous viendra que par Jésus comme pour les Apôtres. Il s’agit donc pour chacun de nous de reproduire le plus possible la vie de Jésus en nous est c’est Jésus en nous qui nous donnera le Saint-Esprit. On peut objecter que c’est le Saint-Esprit qui reproduit en nous la vie de Jésus. C’est vrai, c’est par sa grâce que Jésus est formé en nous, mais ensuite il reste à vivre divinement avec le divin qui est en nous et ainsi l’augmenter: l’un aide l’autre et réciproquement.

C’est le Saint-Esprit qui va mettre en branle cette vie divine de Jésus que nous aurons en nous; c’est lui qui nous fera agir divinement dans notre activité libre des intentions et des motifs. Par exemple, les Apôtres vivaient pour ainsi dire matériellement la vie de Jésus; mais ils n’y comprenaient rien et ne pouvaient pas agir divinement dans leur mentalité ou activité libre. Le Saint-Esprit leur à ouvert l’intelligence à tout ce que Jésus avait mis en eux.

Nous devons faire quelque chose de semblable. Qu’on en ait le goût ou non, qu’on cultive la vie et la familiarité de Jésus, je dirais matériellement: agissons comme si nous aimions Jésus, cultivons-le de toutes les façons qui sont à notre disposition… et après un certain temps le Saint-Esprit viendra en nous comme pour les Apôtres, mais d’une façon invisible.

En d’autres termes, travaillons pour avoir une connaissance acquise par notre industrie et après un certain temps, le Saint-Esprit nous donnera une connaissance infuse de Jésus. Il récompense ainsi notre travail personnel, même s’il est fait avec sa grâce, comme il doit l’être. C’était une grande grâce pour les Apôtres d’avoir vécu trois ans en compagnie de Jésus, mais c’est une autre grâce autrement précieuse que celle que le Saint-Esprit donne dans la mentalité pour comprendre cette vie divine.

Voici quelques moyens à notre disposition et pour tout le monde sans exception: ce n’est pas seulement pour les religieux et les prêtres, c’est aussi pour les laïques.

1.—LE PLUS IMPORTANT EST DE LIRE LA BIBLE ASSIDÛMENT. C’est là qu’on apprend ce que Dieu a fait pour préparer les Juifs à recevoir le Messie. Quand même que par leur faute ils l’ont mal reçu, ce n’est pas la faute de Dieu; il avait fait sa part pour cette préparation. Dans le Nouveau Testament, on trouve les paroles de Jésus que les Apôtres ont entendues pendant trois ans. Quand même nous ne comprendrions rien ou peu, ce contact matériel avec la doctrine de Jésus nous attirera un jour les lumières du Saint-Esprit pour les comprendre. Ce n’est que lorsque le Saint-Esprit verra que nous aimons Jésus, que nous voulons le connaître et le vivre, et que notre bonheur est dans l’Ecriture sainte, qu’il nous donnera notre petite Pentecôte, qu’il échelonnera sur tout le cours de notre vie.

Chaque famille catholique devrait avoir une Bible, la mettre à la portée de tout le monde et en lire très souvent et en parler entre eux. Les prêtres sont grandement responsables de cette négligence des fidèles à lire la Bible. Eux-mêmes n’en ont pas le goût en général. Comment pourraient-ils le donner aux fidèles?

Que ni les prêtres ni les fidèles ne disent qu’ils n’ont pas le temps; qu’ils le prennent! Qu’ils sabrent tous dans cinquante niaiseries qui occupent leurs loisirs! Qu’ils cessent la lecture des journaux, remplis de nouvelles parfaitement inutiles pour nous et si souvent contredites le lendemain. On commence par lire les grandes lignes de la première page, puis à peu des autres et finalement on lit tout d’un bout à l’autre. Toutes les sottises sont publiées et prennent une importance capitale parce que tous ces liseurs en parlent partout et constamment. On tombe facilement dans ce piège de Satan pour perdre son temps dans des bagatelles.

Qu’ils cessent tous de se passionner pour les parties, les vues, la télévision, etc., etc.! Pas seulement les prêtres et les religieux, mais même les laïques aussi doivent avoir une aversion entière pour tout ce que le monde aime et embrasse pour mettre tout leur amour uniquement dans les choses de Dieu comme l’Evangile l’enjoint à tout le monde.

2.—LE DEUXIÈME MOYEN AUSSI IMPORTANT QUE LE PREMIER EST DE VIVRE UNE VIE EUCHARISTIQUE AVEC JÉSUS réellement présent dans le Tabernacle, comme il l’était pour les Apôtres, excepté qu’ils voyaient son Humanité et nous ne la voyons pas dans l’Hostie consacrée. Ce n’est que par la foi que nous pouvons développer une certaine familiarité avec Jésus dans l’Eucharistie, et c’est justement là notre mérite: de croire qu’il est là sans le voir. Saint Paul dit que ce n’est que par la foi que nous pouvons approcher de Dieu: c’est la même foi pour approcher Jésus dans l’Eucharistie que la foi pour l’approcher dans le ciel.

Par conséquent, que tout catholique: prêtre, religieux ou laïque cultive cette présence de Jésus le plus qu’il peut. Quand même ce contact ne lui dirait rien, qu’il le laisserait aussi froid que les Apôtres avant d’avoir reçu le Saint-Esprit, qu’il persiste à le visiter, à le recevoir dans la communion, et après des années de cette fréquentation froide, le Saint-Esprit finira par se donner à eux en proportion de leur persévérance. Qu’on ne s’occupe pas du tout des sentiments, mais qu’on agisse envers Jésus comme si on était tout feu pour lui. Un jour il allumera le feu de l’amour divin dans le cœur et alors on comprendra la vie divine comme les Apôtres après la Pentecôte. Il faut du courage et de la volonté; eh bien! Dieu peut nous donner les deux; servons-nous en… et prions pour recevoir le Saint-Esprit. En plus de leur vie avec Jésus, il a exigé d’eux dix jours de prières. Ajoutons donc nous aussi à nos études de Jésus la prière, comme dans notre vie de société avec lui.

Tout chrétien, surtout les prêtres et les religieux, devrait tenir compagnie à Jésus au Tabernacle au moins une bonne heure par jour, en dehors de la messe, de la communion et de leurs autres exercices spirituels. Moins on a de temps et plus on devrait semer cette heure pour en récolter plus; c’est le plan divin, quand un cultivateur veut plus d’avoine, il en jette en terre et Dieu lui donne beaucoup plus. C’est exactement le même plan pour le temps, cela se récolte comme de l’avoine à condition d’en semer pour l’amour de Dieu. Ceux qui ne veulent pas faire leur heure d’adoration en perdent plusieurs à fumer, à badiner sur les vanités du monde, à suivre les sports, etc. Ces gens n’aiment pas Jésus dans l’Eucharistie ou très peu et alors ils ne recevront pas ou très peu le Saint-Esprit. On remarque que ces égoïstes ne comprennent pas grand-chose aux vérités surnaturelles et les aiment encore moins. Si une heure passée avec Jésus les ennuie sur la terre, il les ennuiera dans l’éternité… et ce ne sera pas au ciel!

Encore une fois qu’on fasse comme les Apôtres qui ne comprenaient rien aux choses divines, mais parce qu’ils ont persisté dans la prière et à rester avec Jésus, il leur a envoyé l’Esprit Saint pour les éclairer sur ce qu’ils avaient entendu dire par Jésus. Restons matériellement avec Jésus et il finira par nous éclairer de son Esprit et alors tout sera intéressant et sanctifiant.

3.—ENFIN, UN AUTRE MOYEN DE FRÉQUENTER JÉSUS EST DE LIRE LA VIE DES SAINTS. Ils ont été spécialistes dans l’union avec Jésus et à force de les lire, on prend leur mentalité qui est justement celle de Jésus. Combien de ces Saints le sont devenus par la lecture de la vie des Saints! Ils finissent par être éclairés par le Saint-Esprit sur les voies de Dieu et par les pratiquer.

Qu’on fasse l’expérience de ces moyens et l’on sera surpris de voir comme on s’intéresse vite aux choses de Dieu. Si les échantillons sont si captivants, combien plus les perfections divines le seront! En tout cas, rappelons-nous ce principe pratique: que la mort ne donne rien, mais ne fait qu’immortaliser ce qu’elle trouve en nous. Si donc nous voulons jouir de la société de J.-C. au ciel, il faut commencer tout de suite sur la terre. Qu’on pratique donc ce que nous venons de dire!

L’ISOLEMENT est une condition ordinaire pour que le Saint-Esprit se donne à une âme. Il est l’amour divin et il ne veut aucun amour naturel avec le sien. C’est pourquoi il éloigne ses amis des créatures pour les empêcher de leur donner leur amour. C’est ainsi que Dieu éloigna de son pays et de ses amis, Abraham, Joseph, Moïse, Judith et les prophètes. Ainsi c’est pendant qu’Ezéchiel se promenait sur les bords du fleuve Chobar que le Saint-Esprit s’empara de lui pour en faire son prophète. De même, c’est pendant que Daniel méditait sur les bords du fleuve Tigre qu’il eut ses plus belles visions.

De même Jésus appelle à lui ses Apôtres et les sépare du monde et de leurs familles pour les garder avec lui tout le temps. Puis il leur recommande de se retirer à l’écart et de prier, afin de recevoir le Saint-Esprit.

Voilà une condition de sanctification que les prêtres devraient prêcher aux fidèles… en commençant par leur donner l’exemple. Avec leur philosophisme, ils n’ont dans la tête que de faire éviter le péché; alors ils les poussent même à se livrer aux amusements simplement pour s’amuser. Quand même ce serait un moyen d’éviter le péché, ce qui est très contestable, un chrétien doit se diviniser. Or, l’affection pour ces plaisirs terrestres empêche le Saint-Esprit de les diviniser. C’est aussi important de reproduire la vie de Jésus que d’éviter le péché.

Les Apôtres prêchaient la fuite du monde le plus possible, des bonnes choses comme des mauvaises, en ce sens, de ne leur donner aucun amour, mais de les prendre par nécessité ou utilité, mais jamais par affection. On sait que Jésus s’isolait souvent des foules pour aller prier dans la solitude. Voilà ce que les prêtres devraient commencer par faire eux-mêmes, puis ensuite le prêcher aux fidèles.

Non seulement nous devons nous séparer des foules physiquement, mais aussi mentalement, en ce sens, de ne même pas penser aux plaisirs du monde, mais ne rechercher que les choses d’en haut et non celles de la terre, comme dit Saint Paul. N’allons donc pas nous remplir l’esprit et le cœur des vanités de la terre en lisant les journaux et les revues, les magazines de toutes sortes que le monde et les démons répandent partout. Occupons-nous des choses de Dieu et le Saint-Esprit nous en donnera l’amour, alors nous aurons le dégoût des folies de la terre. Saint Thomas (Ia, IIæ, q. 108, 4) dit que Dieu a placé notre cœur entre les créatures et le Créateur; en proportion qu’il va d’un côté il s’éloigne de l’autre. Allons donc du côté des choses de Dieu, puisque nous voulons aller en jouir un jour au ciel!

La familiarité avec Jésus est donc impossible pour ceux qui goûtent les plaisirs de la terre et qui ont des attaches même aux choses permises, comme à un chien, à un chat, aux sports, aux cinémas, au tabac fumé ou prisé, à la radio, etc. Tout l’amour gaspillé là suffit pour empêcher le Saint-Esprit de donner son amour divin. Saint Jean de la C. dit qu’une seule attache met un mur infranchissable entre l’âme et Dieu et empêche l’intelligence des choses divines. Ca devrait suffire pour que les prêtres et les fidèles fassent une guerre à mort à toutes leurs attaches. Ils n’auront jamais l’intimité avec Jésus tant qu’ils cultiveront une seule attache et alors jamais le Saint-Esprit ne leur ouvrira l’intelligence des choses de Dieu.

LA PRIÈRE devient facile dans la mesure qu’on pratique les deux points précédents. Dégagés de l’amour des créatures et connaissant bien J.-C., nous avons tout ce qu’il faut pour bien prier. Le cœur s’élèvera facilement vers Dieu quand il ne sera plus pris par l’amour des créatures.

Ne perdons pas de temps à demander des choses terrestres, mais uniquement celles du ciel selon l’enseignement clair de Jésus: «Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice et tout le reste vous sera donné par surcroît». Ne manquons pas de prier souvent pour recevoir le Saint-Esprit avec ses dons. C’est ce que Jésus recommande aux disciples de faire en l’attendant.

Une bonne manière de prier est de demander les mêmes grâces que Jésus et la Sainte Vierge demandaient dans leurs prières. Quand même on ne sait pas ce qu’ils demandaient, Dieu le sait lui et il sera content de nous voir demander justement ce que les deux personnes les plus aimées par lui, lui demandaient. Tous les jours les catholiques devraient demander le Saint-Esprit, il y en a trop qui n’y pensent jamais ou trop peu. Les fidèles ne s’occupent pratiquement pas de lui. Est-ce surprenant qu’ils n’avancent pas ou si peu en vertu? Si Jésus nous a rachetés, c’est le Saint-Esprit qui nous sanctifie: prions-le donc souvent et ardemment!

LA SIGNIFICATION DES SIGNES

Puisque Dieu a manifesté son opération d’une façon visible en donnant le Saint-Esprit aux disciples, il est évident qu’il voulait nous enseigner les voies du Saint-Esprit et ses propriétés par ces signes visibles. Saint Paul dit que Dieu a créé les choses visibles, pour nous faire connaître les invisibles. Servons-nous donc de cette idée pour mieux comprendre ce qu’est le Saint-Esprit.

UN VENT IMPÉTUEUX.

L’ancienne Loi avait été donnée sur le Sinaï au milieu des éclairs et des tonnerres pour montrer aux Juifs dans la plaine la puissance et la majesté de Dieu. La nouvelle Loi devait aussi indiquer la puissance et la majesté de Dieu, quoique d’une façon moins terrible que la première parce que celle-ci est la loi de l’amour surtout.

Ce grand coup de vent soudain attirait l’attention sur une intervention divine spéciale et les disposait ainsi à recevoir le divin, qui allait suivre. Mais pourquoi un coup de vent?…

Ce coup de vent souligne les caractères de l’amour qui est prompt, ardent, même violent et ne souffre pas d’opposition. On voit ces notes de l’amour des gens pour les choses du monde. Quelle fièvre! Quelle ardeur pour se les procurer! Combien plus devrions-nous rechercher les biens célestes qui durent éternellement! Notre amour des choses de Dieu devrait balayer toutes les vanités de la terre de notre cœur comme le vent fait pour la paille.

Avis aux paresseux dans les choses de Dieu: ils ne sont pas poussés par le Saint-Esprit. Ceux qui communient rarement, qui arrivent en retard à la messe, qui sortent les premiers de l’église, qui ne s’intéressent pas à la lecture de la Bible et des livres spirituels quand ils pourraient le faire, ne sont pas poussés par le souffle du Saint-Esprit; de même ceux qui ne vont pas à la messe sur semaine quand ils le pourraient!

Mais comme ces gens sont actifs pour les choses du monde! Ils prennent tout ce qu’ils peuvent des plaisirs qui sont à leur portée. Ils ne recevront pas le souffle de l’esprit Saint, comme les disciples qui étaient en prière et séparés du monde dans le Cénacle.

Il est dit que le vent venait du ciel parce que c’était le plus grand don que Dieu devait faire aux hommes. Saint Jacques dit que tout don parfait vient d’en haut et descend du Père des lumières. Il vint tout d’un coup pour signifier que la grâce ne dépend en rien de la terre; Dieu la donne comme il veut et quand il veut. Quand les trois jeunes gens furent jetés dans la fournaise de Babylone, le Saint-Esprit descendit avec eux comme un vent rafraîchissant pour empêcher que les flammes ne leur fassent du mal. Il fera de même pour éteindre dans les hommes les feux des passions… s’ils ont rempli les conditions que Jésus a posées pour nous envoyer le Saint-Esprit.

LES LANGUES évidemment signifient la prédication qui serait la fonction principale des Apôtres et de leurs successeurs. «Allez, enseignez toutes les nations». Ils vont prêcher toute leur vie et le plus possible, comme on peut voir d’après les Actes; ils prêchent dans le Temple, dans les synagogues, sur les places publiques et dans les maisons privées: partout ils parlent constamment de Jésus et de sa doctrine. Ils en ont le cœur plein et ils parlent de l’abondance du cœur. Aussi le Saint-Esprit coopère avec eux et il se fait un grand bien. C’est qu’ils donnent J.-C. à manger comme une nourriture et une vie à vivre tout de suite. Dans ce cas, les fidèles écoutent volontiers la parole de leurs pasteurs. Comme ils sont tout aux choses de Dieu, elles constituent leur vie et leur bonheur: alors ils prêchent ce qu’ils vivent et ce qu’ils aiment; ils sont donc très intéressants et les gens les écoutent bien.

A un moment donné, ils sont tellement débordés par les œuvres de charité que le Saint-Esprit les éclaire pour confier la distribution des aumônes aux diacres et ils se réservent la prière pour se remplir de divin, et la prédication pour la déverser sur les fidèles.

Quel dommage que les prêtres de nos jours ne les imitent pas mieux! Puisqu’ils trouvaient indigne d’eux de distribuer des aumônes aux pauvres, combien plus ils repousseraient les organisations païennes de nos prêtres, comme les bingos, etc., et toutes ces organisations des loisirs de païens pour nos fidèles où les prêtres perdent tant de temps qu’ils devraient donner aux choses de Dieu.

Comme nos prêtres philosophes sont tout aux choses de la terre avec leur fameux principe: Qu’il n’y a pas de mal à cela! Leur vie, leur amour et leur bonheur sont dans les vanités de la terre; ils sont bien exposés à parler de ces niaiseries ou bien à parler des choses de Dieu purement de tête, puisqu’ils ne les ont pas dans le cœur. Alors ils étalent leur science théologique purement spéculative et abstraite, qui ne vient pas du cœur et qui ne peut pas aller au cœur. Ils l’exposent comme en l’air et elle reste là! Le Saint-Esprit n’a rien à faire là: aussi les gens s’ennuient et les prêtres eux-mêmes s’ennuient d’ennuyer les autres. Les prêtres n’aiment pas à prêcher et les fidèles n’aiment pas à les entendre parce qu’ils ne leur donnent que de la paille à manger!

Voilà pourquoi on abrège les sermons et qu’on les supprime même le plus possible. Aux Etats-Unis et ailleurs de plus en plus on ne prêche plus pendant trois ou quatre mois de l’été à cause de la chaleur. Quelle honte pour le clergé! A Jérusalem et dans toute l’Asie mineure, il fait terriblement chaud en été, mais cela n’a pas empêché les Apôtres de prêcher partout et toujours tant qu’ils le pouvaient. Est-ce que les théâtres et les cinémas sont fermés en été? Est-ce que les jeux cessent en été? Des milliers passent des heures et des heures en plein soleil à se faire rôtir pour voir du sport! Des milliers vont exprès sur les plages ou ailleurs pour s’exposer au soleil tout nu pour se faire chauffer et griller comme de vrais pourceaux! C’est bien le même démon de l’impureté qui tenait son homme nu au temps de Jésus. Il chassa ces deux mille démons qui étaient en lui et ils s’en allèrent dans des pourceaux près de là et tous allèrent se précipiter dans le lac. Ceux qui se mettent nus en public méritent donc bien le nom de pourceaux! Et dire que les prêtres ont supprimé les sermons à cause de la chaleur dans l’église, à l’ombre! Tas de païens!…

Un prêtre me disait un jour qu’après avoir fait ma retraite il voulut expérimenter ma façon de prêcher. Il avait coutume d’ennuyer son monde pendant un quart d’heure de sermon. Le dimanche suivant, il prêche comme de coutume un sermon spéculatif sur ses «in se» païens et les gens étaient nerveux, agités et n’écoutaient pas bien. Après un quart d’heure, au lieu de descendre de chaire, il aiguille son sermon sur la nécessité de vivre la doctrine de Jésus. Il se fit un calme si subit et si grand qu’il entendait le tic tac de sa montre sur la chaire. Il faillit éclater en larmes en constatant ce grand changement. Il prêcha un autre quart d’heure et il me dit qu’il aurait pu les tenir encore plus longtemps, s’il avait voulu! Voilà la différence de parler de Jésus et de le donner comme une vie à vivre tout de suite. Pour réussir là, il faut commencer par le vivre soimême pour en parler du cœur!

LE FEU est le signe de l’amour. Jésus dit qu’il est venu apporter le feu sur la terre et que son ardent désir est qu’il s’allume. Le voici le feu qui doit embraser les cœurs de la charité divine. Or le feu vit aux dépens de la matière qu’il consume. Le feu de l’amour divin a besoin aussi de matière pour l’activer. Cette matière est tout ce qui est humain dans notre personne libre, et donc nos affections et nos motifs dans l’ordre naturel qui alimentent l’amour divin en nous, mais en se consumant. Le surnaturel vit aux dépens du naturel libre.

On ne peut pas augmenter en amour de Dieu sans sacrifier quelque chose de notre amour naturel. Chacun peut donc savoir d’une certaine façon s’il augmente en amour de Dieu en surveillant les sacrifices qu’il fait des plaisirs terrestres. Défions-nous de l’amour de parole; c’est facile à dire à Dieu: je vous aime, mais cela ne vaut rien s’il n’est pas accompagné de quelque privation d’un plaisir quelconque.

Les langues de feu signifient que la prédication des prêtres doit être saturée et pénétrée de l’amour de Dieu et de l’amour surnaturel de Dieu qui consiste comme on sait dans l’amour de Dieu qu’on a acheté aux dépens de nos deux amours naturels. Or, la plupart des prêtres se contentent de prêcher le bien de préférence au mal. Cela suffirait sur le chemin des limbes, mais dans l’ordre surnaturel, c’est l’amour de Dieu de préférence pas au péché, mais au bien naturel qu’il faut prêcher… et la masse des prêtres ne le fait pas! Toute leur prédication consiste à faire éviter le péché et pratiquer les vertus morales naturelles. C’est du paganisme tout pur! Voilà pourquoi nos gens restent païens avec la prédication qu’ils entendent en général. Evidemment, les philosophes qui se contentent des motifs naturels et de la bonté naturelle vont trouver cette assertion exagérée, mais elle ne l’est pas quand on se met au seul point de vue surnaturel accepté de Dieu.

Pour prêcher l’amour de Dieu surnaturel, il ne suffit pas d’attaquer les péchés; il faut attaquer toute notre activité naturelle des intentions, ce que les prêtres ne font pas. Ils prêchent la bonté naturelle de préférence aux péchés: ce n’est pas du christianisme, mais du paganisme. Le christianisme exige qu’on préfère Dieu à ses bonnes créatures! Voilà ce qui serait de l’amour de Dieu! Voilà ce que les langues de feu signifient.

QUELQUES EFFETS DANS LES DISCIPLES

ILS REÇOIVENT L’INTELLIGENCE DU DIVIN, avec les dons en pleine activité. Comme ils n’ont aucune attache, les dons agissent librement en eux et efficacement. Ils comprennent tout de suite le plan de Dieu dans l’ordre surnaturel et toutes ses exigences pratiques pour nous. Ils jugent tout en fonction de l’amour de Dieu et du salut des âmes. Ils disent que leur conversation, c’est-à-dire leur manière de vivre est dans le ciel. Ils agissent comme s’ils étaient déjà là. Ils disent aux chrétiens: «Soyez saints parce que Dieu est saint».

Jamais il n’ont parlé d’une vérité «en soi», comme nos prêtres, mais toujours «en nous», comme Jésus faisait et donc en vue du salut. Qui veut un poulet «en soi»? Il le veut pour en manger et en vivre. Ayons donc cette sagesse élémentaire dans les choses de Dieu. Aussi jamais ils n’ont divisé les créatures en permises et défendues: dans le plan surnaturel, cette distinction n’est pas nécessaire ni utile. Là, on oppose l’amour de Dieu à l’amour des créatures, de toutes sans distinction, elles sont toutes du fumier par rapport à l’amour de Dieu, comme dit Saint Paul. Mais les philosophes permettent de faire ses délices avec les créatures permises, ce qui contredit l’Evangile et Saint Paul.

Les Apôtres prêchent l’absolue nécessité de reproduire la vie de J.-C. dans la nôtre et cela jusque dans sa passion inclusivement. Ils n’ont pas peur d’insister sur la nécessité de souffrir avec J.-C. pour régner avec lui au ciel.

Cette compréhension du divin est un pur don de Dieu. Pas un homme avec sa seule lumière de la raison n’est capable de pénétrer dans les voies de la sagesse divine dans l’ordre surnaturel. Car la raison ne pourrait jamais découvrir les trois personnes en Dieu, ni leur activité réciproque qui entre dans le plan divin. Or, cette sagesse dépasse la raison comme le ciel dépasse la terre, et Dieu, l’homme.

Quelle pitié que les hommes se privent de cette sublime connaissance des choses de Dieu pour l’amour d’un échantillon si insignifiant comme la cigarette, le cinéma, le sport, etc.! Quel aveuglement! Pour l’amour de Dieu que tous essaient sérieusement de se défaire de toutes ces attaches. Quelle bêtise que d’être affectionné à un chien! Combien de prêtres le sont? Ce n’est pas mieux pour des laïques non plus. En tout cas, tous ceux qui liront ces lignes sauront qu’une seule attache leur ferme l’intelligence des choses de Dieu. Ils vont rester comme de vrais païens devant Dieu. Ils parleront de ces choses, mais «en soi», jamais en eux-mêmes. Ils n’en auront jamais le goût.
L’AMOUR DE DIEU que les Apôtres ont reçu dans les Evangiles et dans les Epîtres qu’ils ont laissés. D’abord, on sait qu’ils sont morts martyrs pour l’amour de Dieu et pour attester leur foi en la divinité de J.-C. Pas un d’eux n’est philosophe! Ils sont tous bien pratiques et parlent de Jésus et de sa doctrine comme d’une vie à vivre tout de suite.

Saint Jean surtout parle beaucoup de l’amour de Dieu qu’il a pour nous et que nous devons avoir en retour pour lui. «Mes petits enfants, n’aimons ni de parole ni de langue, mais par les œuvres et en vérité. C’est par là que nous connaissons que nous sommes enfants de la vérité.» 1 Jo. 3-17.

Les Apôtres veulent que nous montrions notre amour pour Dieu en gardant ses commandements, en aimant nos frères en actes, en leur faisant du bien, en supportant leurs défauts et en voyant J.-C. en eux. «Si quelqu’un n’aime pas son frère qu’il voit, comment peut-il aimer Dieu qu’il ne voit pas?», dit Saint Jean, 1, 14-20. Il va jusqu’à dire que nous devons être prêts à mourir pour nos frères comme Jésus est mort pour nous.

Tous ceux qui travaillent contre la charité fraternelle, qui ont l’esprit de contention, qui murmurent et critiquent, etc. sont du diable et ils n’aiment pas Dieu.

Ils [les Apôtres] sont tellement remplis de l’amour de Dieu que leurs écrits en sont pleins comme leur cœur. Que d’exhortations à aimer Dieu! Surtout ils veulent des œuvres d’amour de Dieu. Ils veulent que toute la vie suinte le surnaturel, que les chrétiens soient des images parfaites de J.-C., afin que les autres glorifient Dieu dans le ciel. Quels beaux modèles pour nous! Ils sont débordants de l’amour de Dieu et en parlent constamment.

Cet amour n’est pas seulement dans les joies spirituelles, mais aussi dans les pires épreuves, dans les souffrances de la part des hommes et des démons. Ils aiment Dieu quand il les châtie comme lorsqu’il les bénit. Saint Paul énumère toutes les misères possibles et il fuit en disant que rien au monde ne pourra le séparer jamais de la charité de Dieu. Tous évidemment ont ces mêmes dispositions Ils sacrifieront absolument tout au monde jusqu’à leur vie pour ne pas offenser Dieu et pour le glorifier, pour lui gagner des âmes. Leur vie, c’est Jésus; c’est l’amour de Dieu!

LE MÉPRIS DU MONDE est la contrepartie du point précédent. Comme les Apôtres sont remplis d’amour de Dieu, ils n’en ont pas du tout pour les créatures. Ils comprennent si bien maintenant les grandeurs des perfections divines, qu’ils n’ont que le mépris le plus souverain pour les créatures. Saint Paul dit qu’elles ne sont que fumier en comparaison de l’amour de Jésus. Il résume là le sentiment des autres Apôtres comme on peut le voir par l’effet de leur prédication. Les premiers chrétiens se dépouillaient de leurs biens pour en distribuer le prix aux pauvres. Les Apôtres ne connaissaient pas le truc de nos prêtres philosophes pour jouir de leurs biens et en accaparer le plus possible, se disant «strictement parlant», ce n’est pas mal en soi! Ou bien, notre renoncement est affectif sinon effectif! Ils ignoraient ces distinctions vraies mais païennes dans l’usage que nos philosophes en font!

Le Saint-Esprit leur a fait comprendre la pauvreté de Jésus et donc son mépris pour les créatures. En les refusant toutes, il les condamne toutes! «Il n’a pas où reposer sa tête!». Or ce n’est pas parce qu’il ne pouvait pas s’en procurer, mais simplement pour nous montrer que tout notre cœur doit aller à Dieu et pas du tout aux créatures… Les Apôtres ont imité leur Maître dans leur grande pauvreté et donc dans leur mépris des choses créées.

A mesure qu’une âme se sanctifie, elle s’éloigne instinctivement des plaisirs de la terre. Elle garde tout son cœur pour Dieu seul. C’est ce que Dieu veut pour nous tous. Par l’ardeur que tous les gens mettent en général à rechercher les plaisirs du monde, on peut bien conclure qu’il y a très peu d’amour de Dieu parmi les chrétiens. La faute est aux prêtres philosophes avec leurs «in se» diaboliques par l’usage qu’ils en font, comme on l’a montré plusieurs fois.

Le Saint-Esprit vient nous enseigner à vivre sur terre comme dans le ciel. Or là tout notre amour sera sûrement pour Dieu seul: commençons tout de suite sur terre à ne vivre que pour Dieu et les choses de Dieu. Voilà ce que font ceux qui ont reçu la Pentecôte privée! Que le Saint-Esprit vienne nous éclairer et nous embraser de son amour! Que la Sainte Vierge Médiatrice de toute grâce nous obtienne celle de recevoir le Saint-Esprit avec l’abondance de ses dons en activité pour nous mieux guider dans le chemin de la perfection!

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