« C'est une grande chose d'avoir, au sein même de l'Église catholique, la foi dans son intégrité »
-Saint Augustin

« L'ignorance est notre pire ennemi. »
-Saint Pie X

« La vérité vous rendra libre »
-Jean 8, 32

samedi 24 janvier 2015

Père Onésime Lacouture - 1-24 - Le souverain domaine de Dieu partie 2

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VINGT-DEUXIÈME INSTRUCTION 

LE SOUVERAIN DOMAINE DE DIEU: DANS LES PERSONNES. 

DEUXIÈME PARTIE: 

DIEU SE SERT DES PERSONNES

Plan (Par les antécédents à notre acte. Dieu contrôle notre liberté… (Par la divergence des qualités (Par le défaut des qualités Conséquences pratiques… (Comment concilier «massacre» avec «amour» (Exemple du chirurgien. (Différents textes.   

Dieu contrôle notre liberté 

Voici une question extrêmement importante et pas du tout connue par les fidèles en général. Parce que les gens sont libres dans leur acte présent, on pense qu’ils sont les seuls responsables de cet acte, comme si Dieu n’avait aucune part dans cet effet produit par leur acte. Que de prêtres mêmes ignorent en pratique l’action de Dieu dans les nôtres. Un jour, un religieux prêtre me racontait qu’il venait de visiter une famille dont un enfant venait d’être écrasé par un taxi. Dans tout ce qu’il avait dit à la mère désolée, il n’y avait pas un mot de surnaturel. Alors je lui glisse cette remarque: «Vous avez dit sans doute à la mère que c’était le bon Dieu qui était venu chercher son enfant?» Il se fâche et me dit: «Ce n’est pas le bon Dieu, mais cet imbécile de chauffeur qui ne regardait pas où il allait!» Voilà bien un «païen» qui ne voit pas plus loin que son nez! Il ne voit que l’instrument de Dieu: c’est aussi borné que celui qui répondrait à ma question: Qui vous a opéré? C’est un scalpel! Que de prêtres même raisonnent comme ce Père en vrai païen! Tous ceux qui s’impatientent contre les oublis, les gaucheries, les sottises de leurs vicaires ont cette mentalité païenne. Comme les vicaires qui font de même avec les fidèles, et les fidèles entre eux dans la famille: comme ils sont nombreux dans tous les rangs de la société ceux qui ne peuvent supporter la moindre contrariété et qui disputent contre tout le monde. Combien à table surtout ne voient pas Dieu du tout en arrière de ce qui est mis sur la table: les mets ne sont jamais à leur goût; comme ils sont particuliers! Ils ne voient donc pas Dieu dans tout ce qui se présente à eux au jour le jour. Tous ont donc grand besoin des idées qu’on expose ici. Voyons donc comment Dieu obtient tout ce qu’il veut des hommes malgré ou avec leur liberté. 

1. - Dieu contrôle notre liberté par les antécédents à l’acte présent. Un homme veut selon tout ce qu’il a dans son être. Or que de choses influent sur la formation d’une mentalité! Nous héritons plus ou moins des qualités bonnes ou mauvaises de nos ancêtres; Nous subissons l’influence du milieu pour former nos jugements. Ainsi, depuis des siècles que Dieu travaille à la formation du caractère canadien, différent de celui des autres. Ainsi, quand Dieu arrache le Canada à la France pour le jeter dans les bras de l’Angleterre protestante et ennemie déclarée des Français, cela pouvait paraître un malheur aux contemporains, mais l’histoire des Canadiens montre que ce fut une vraie bénédiction du ciel. La révolution française arrivait et elle nous aurait tout arraché au point de vue de la foi comme elle a fait en France. Pendant ce temps, comme nous nous défions des Anglais, nous n’avons pas pris leur religion et elle nous a protégés de l’influence française si mauvaise alors. Dieu nous gardait la foi par des moyens absurdes au point de vue humain afin que nous lui donnions toute la gloire de ce bienfait. Si donc nous pensons en bons catholiques, c’est dû en bonne partie à cette lointaine victoire des Anglais sur les Français. Dans mon cas personnel, Dieu se sert de la dépression économique au Canada et de la prospérité aux États-Unis pour faire émigrer mes parents dans ce pays où l’on prend facilement leur esprit pratique et où l’on ne s’occupe pas des traditions ancestrales! Ce qui m’a fait détester une foule d’idées courantes qu’on appréciait autour de moi parce qu’elles venaient des anciens. Je pèse les idées comme l’argent à leur valeur actuelle… en américain! On se fait traiter de révolutionnaire par les traditionalistes, mais on tient bon quand même! Qu’est-ce qui m’a décidé d’entrer dans la Compagnie de Jésus? J’avais le goût des études, Dieu sait pourquoi! Ce n’était pas l’ambiance des autres élèves des écoles publiques que je fréquentais. Quand j’ai appris que les études étaient longues, c’était justement ce que je voulais et j’ai choisi de me faire Jésuite… parce que je l’ai voulu, mais Dieu pourrait me dire: parce qu’il m’avait donné du goût pour les études.

Que ces exemples suffisent pour montrer la vérité du principe énoncé que Dieu contrôle notre liberté actuelle par toutes sortes d’antécédents qu’il met dans notre vie et qui influent sur notre décision libre actuelle. Tout ce qui forme la personnalité influe sur nos décisions, puisque chacun veut selon sa personnalité propre. C’est un principe, il me semble, évident, et comme on n’en tient pas compte dans nos jugements sur les autres. Ils ont été formés comme nous dans les milieux voulus par Dieu et par des antécédents de toutes sortes comme nous; alors, laissons-les donc user de leur liberté selon ce que Dieu a mis en eux. Il connaissait parfaitement l’avenir et il leur a donné ce qu’il voulait pour qu’ils prissent telles décisions libres mais en harmonie avec ce que Dieu voulait au fond de sa providence.

2.- Par la divergence des Qualités. Comme aucune créature ne peut donner une idée adéquate des perfections divines, Dieu en a créé sans nombre pour que chacune puisse suppléer à ce qui manque aux autres. Ainsi, il y a des échantillons de la bonté de Dieu et il y en a de sa justice et ainsi de toutes ses autres perfections. Comme elles sont toutes ensemble en Dieu, de même il les mélange sur terre. Par exemple, si la rose est charmante et agréable à voir, elle pousse à travers des épines qui nous blessent. Quand on se promène à travers les champs ou dans les bois, on voit beaucoup de belles fleurs, mais aussi des chardons! Des oiseaux qui chantent gaiement, mais des moustiques qui nous piquent et des serpents repoussants. Il y a des animaux domestiques qui sont bons et doux, utiles à l’homme, mais il y a aussi les carnassiers qui sont dangereux. Or, les hommes ont les deux vies: végétative et animale: on peut donc s’attendre à trouver les caractéristiques des deux dans les hommes. Il y en a de bons et doux, aimables et cultivés; il y en a de méchants, chicaniers, traîtres, et des rustauds et mal élevés. Il y en a de sournois comme les serpents qui se glissent sous l’herbe, il y en a de simples comme les colombes; il y en a de forts qui ruineront les faibles, comme les requins mangent les autres poissons, etc. Dieu n’a qu’à juxtaposer des hommes de qualités diverses pour obtenir ce qu’il veut de part et d’autre des sacrifices de toutes sortes qui entrent dans le «massacre» des païens par Dieu! Il prend deux antipodes et les met ensemble dans la même maison ou dans la même besogne: comme ils vont se faire souffrir réciproquement! Un lambin travaille avec un ardent et vif; un lymphatique avec un nerveux, un homme d’ordre avec un négligent; un affectueux avec un sans-coeur. Enfin, on n’a qu’à examiner les différentes familles pour voir toutes ces divergences de qualités et de caractères qui se font souffrir les uns les autres. Mais, dans une doctrine si difficile à pratiquer dans le concret de la vie, donnons un exemple avec ces détails concrets pour mieux faire entrer cette doctrine si importante et si peu pratiquée. Voici deux garçons élevés par leur famille d’une façon toute différente sur un point en particulier: l’une est gaspilleuse, l’autre est économe. Supposons que les deux se font religieux et entrent dans la même communauté. L’économe devient supérieur, et le gaspilleux, procureur! Le supérieur a été élevé à ménager en tout: il ramassait les boutons, les bouts de fer, de bois en se disant: cela pourra servir un jour! On ne jetait rien à la cuisine, tout était réchauffé et servi, jusqu’au dernier morceau; et l’on raccommodait et l’on raccommodait encore! Il est clair que ce supérieur va garder la formation de sa mère! Il ménage, et il ménage en tout: on n’achète pas un meuble: les vieilles chaises peuvent encore servir! S’il en avait eu d’aussi bonnes chez lui! Il laisse les murs comme il les a trouvés en se disant que la peinture coûte cher; et c’est autant de sauvé pour plus tard! On ne sait pas s’il ne viendra pas des temps plus durs, et alors on sera content d’avoir un peu d’avance! Puis nous sommes des pauvres, il faut pratiquer la pauvreté! Il dit souvent que c’est la richesse qui a perdu les communautés… et pendant qu’il parle de pauvreté à tout le monde et que ses gens se serrent la ceinture, il remplit ses coffres en banque comme un Juif!

Le pauvre supérieur ne sait pas ce qui va arriver à ses coffres débordants! À-t-on jamais vu dans la nature une chose qui monte toujours? Les vagues de la mer montent et descendent, le soleil monte et descend! Les bouteilles et les barils se remplissent et se vident! Les hommes naissent et meurent! Eh bien! il en est ainsi avec les coffres en banque: Dieu a créé des hommes pour les remplir et d’autres pour les vider! Maintenant que ceux-ci sont pleins, Dieu change le supérieur et met le gaspilleux qu’il prépare depuis des années à vider des coffres. Il arrive donc en tête de la communauté affamée, enguenillée et ennuyée par le régime précédent, et dans une maison sale et négligée. «Il n’a pas été élevé dans la crasse, grâce à Dieu! sa mère était propre et il va brosser tout dans la maison!» Les vieux meubles s’en vont au bûcher avec les vieilles paillasses, et sont remplacés par des neufs. Il fait un ménage en règle dans toute la maison et fait peinturer tout ce qui en a besoin. La table a son attention spéciale, évidemment au grand bonheur de tout le monde. Tous répètent que c’était justement le supérieur qu’ils auraient dû avoir depuis longtemps! Ils sont fous en parlant de la sorte! Cet homme n’est préparé par Dieu qu’à vider des coffres pleins! Il fallait donc un autre homme créé et mis au monde pour remplir des coffres! Ce supérieur a ses motifs surnaturels aussi pour agir de la sorte. C’est par charité pour ses inférieurs: ils travaillent fort, ils doivent bien manger et être bien logés; ils donneront un meilleur rendement pour la plus grande gloire de Dieu!… qui s’accorde si bien avec ses dispositions généreuses!!! Il dit qu’il fait tout cela par charité: quand les gens sont bien nourris, ils sont de bonne humeur et pratiquent plus facilement la vertu! Comme tous les gaspilleux, il a une confiance illimitée dans la providence qu’il prend pour modèle pour jeter à pleines mains ce que l’autre a ramassé avec tant de soin. Voyez donc, dit-il à son procureur navré de voir son bien passer par les portes et les fenêtres, comme le bon Dieu gaspille sans limites! Que de fruits se gâtent dans les vergers! Que de grains dans les champs! Que de gibiers se perdent dans les bois! Que de poissons dans la mer! Que de fleurs répandent leur parfum inutilement dans les déserts et perdent leurs belles corolles dans les solitudes! Et que d’astres enfin au fond des espaces que les hommes ne verront jamais!… Lequel est meilleur? Tout dépend des motifs. Si notre procureur actuel avait la foi, il saurait que Dieu fera remplir les coffres une fois vides. Déjà une mère économe prépare son fils à devenir un supérieur à remplir les coffres! Elle lui enseigne qu’il faut avoir bien soin de tout ce que Dieu nous donne, même d’un croûton de pain, d’un bout de ficelle etc. Ce sera facile pour lui de remplir les coffres, car le mobilier sera encore très bon, la maison bien propre et les dépenses et les panses bien remplies de sorte qu’il n’aura que les dépenses ordinaires à faire et il remplira ses coffres… et tout se répétera jusqu’à la fin des temps… et combien de chrétiens auront appris les voies de Dieu dans sa providence?

Ce que Dieu voulait de ces hommes, c’est que chacun renonçât un peu à sa mentalité pour faire plaisir à l’autre et donc à Dieu en son prochain. C’est la foi que Dieu veut voir en tous. C’est le détachement, pas pour épargner en ce monde, mais pour donner tout son coeur à Dieu seul. Ainsi, les gaspilleux devraient essayer d’imiter pas seulement le Père éternel dans la création, mais la vie humaine de Jésus-Christ, qui veut que nous l’imitions en tout. Or, lui n’a rien gaspillé et pourtant il n’a pas rempli de coffres pour l’avenir! Il n’a pas fait comme le supérieur qui passe son temps à tout améliorer pour satisfaire ses «païens»! Il est bon de donner le nécessaire, mais il faut pratiquer aussi la pauvreté à l’exemple de NotreSeigneur. Celui qui ménage pour accumuler en vue de l’avenir a beau dire qu’il le fait pour Dieu, il peut y avoir du vrai… et beaucoup d’illusion. On ne peut pas dire que la doctrine de Jésus et des Apôtres était une doctrine de remplisseurs de coffres; ils ont même prêché tout le contraire, et Jésus donne l’exemple des oiseaux qui n’amassent pas et pourtant Dieu les nourrit. Combien plus vous, hommes de peu de foi! Ne soyons donc ni chiches ni gaspilleux! Les gaspilleux sont exposés à se satisfaire en tout au nom de Dieu ce qui est loin d’être évangélique. Les chiches ont beau dire que c’est pour Dieu qu’ils ramassent, ils ont l’esprit pas mal dans leurs coffres pleins et que de coffres vides ils voient qui devraient être pleins!!! On ne peut pas dire que c’était l’esprit de Jésus-Christ de penser ainsi aux choses matérielles de ce monde…. même s’il avait été procureur! Pour les communautés comme pour les familles, Dieu donne des biens pour faire désirer ceux du ciel, puis il les enlève pour faire mériter ceux du ciel. Tous les chrétiens devraient savoir cela et s’y résigner tout de suite. Donc que ceux qui ont des biens s’attendent à les perdre s’ils ne les donnent pas avant, car Dieu les leur a donnés comme de la monnaie pour acheter le ciel; qu’ils donnent donc leur monnaie ou Dieu viendra la leur enlever pour la passer à d’autres qui s’en serviront pour acheter le ciel. Que chacun accepte donc de souffrir les contrariétés qui lui viennent de ces divergences de qualités. Au lieu d’essayer de les réformer comme tout le monde fait, qu’on les laisse tels que le bon Dieu les faits et changeons notre mentalité de païen pour les juger selon la foi et alors nous aurons la paix ici-bas et un grand mérite au ciel.

3.- Par défaut de qualités, ce qui revient passablement au point précédent, mais comme j’ai dit, dans cette manière si peu connue et si peu pratiquée, il est avantageux de repasser plusieurs points même s’ils se ressemblent. C’est à force de ruminer ces choses qu’elles pénètrent dans le coeur. C’est bien curieux que les hommes prennent tant de temps pour se convaincre qu’ils sont bien limités en tout. Mais, notre ignorance des choses même matérielles dans le monde est aussi vaste que le monde pratiquement! Notre ignorance des sciences est aussi sans limites et que savons-nous de ce qui se passe dans le monde des esprits ou intellectuel? Que de sottises, que d’oublis, que d’erreurs de jugement en nous tous! Allons-nous prendre cinquante ans pour savoir que tous les humains sont limités en tout? Ne soyons donc pas surpris de le constater souvent. Où est l’homme qui peut donner des qualités à un autre? Pourquoi alors lui reprocher de ne pouvoir s’en donner à lui-même?

Nous devrions savoir que c’est Dieu qui est le seul responsable du manque de qualités chez les hommes comme il est le seul responsable du fait qu’un boeuf ne vole pas ou que la fourmi n’est pas grosse comme un éléphant. Dieu aurait pu le faire. Mais le fait est qu’il ne l’a pas voulu. Les hommes ne peuvent rien changer en eux-mêmes ou dans les autres de ce que Dieu a fait. Quelle exception si parfois un autre prend un conseil de changer sa façon de vivre ou de faire! Quelle illusion quand on pense que nos conseils vont être pris souvent parce qu’on a réussi une fois! Si une personne ardente et vive doit travailler ou vivre avec une autre qui est lente et flegmatique, qu’elle fasse son sacrifice tout de suite… et même qu’elle ralentisse ses mouvements pour faire plaisir à Dieu dans l’autre personne. Mais qu’elle n’entreprenne jamais de la rendre comme elle-même. Elle ne réussira pas plus que d’essayer de changer une tortue en lièvre! Qu’elle dispute tant qu’elle voudra, sa tortue restera tortue toute sa vie! Ce que Dieu veut, c’est qu’elle renonce en autant qu’elle le peut à sa nature de lièvre pour faire plaisir à sa compagne la tortue. Voilà où doivent tendre ses efforts; pas du tout à changer la tortue en lièvre comme elle. Nous devrions faire comme pour les malades: on les soigne tels qu’ils sont sans les disputer parce qu’ils sont malades et on leur rend tous les soins que la charité chrétienne demande de nous… Eh bien! Faisons de même pour les ignorants: abaissons-nous à leur niveau pour leur faire tout le bien que nous pouvons sans les disputer d’être ignorants. Faisons ainsi pour les nigauds, les faibles de corps et d’esprit, etc. Voici une idée des plus importantes à ce sujet.

Au ciel nous allons participer à l’activité divine; eh bien, Dieu veut que nous commencions tout de suite sur terre en lui aidant d’achever son oeuvre imparfaite dans notre prochain: plus nous l’améliorons et que nous lui faisons du bien et plus nous glorifions Dieu et plus il nous honore. Par exemple, un sculpteur qui finirait toute une statue montrerait qu’il n’a aucune confiance en ses élèves. Tandis qu’en proportion que sa statue est laissée pour lui inachevée, dans la même proportion il honore ses élèves et les associe à sa propre gloire. C’est justement ce que Dieu a fait pour nous: il a laissé ses statues vivantes bien imparfaites afin de nous honorer et de nous associer à sa gloire. Voilà pourquoi Dieu nous a rendus tous dépendants les uns des autres; les riches ont été créés pour subvenir aux besoins des pauvres; les forts pour défendre les faibles; les intelligents pour aider les ignorants; les bons pour convertir les méchants, etc. etc. Est-ce que les élèves du sculpteur tempêtent contre leur maître quand il leur confie un bloc de marbre à peine équarri, ou une statue à peine ébauchée? Pas du tout: ils sont contents et honorés. Eh bien, quand nos chrétiens vont-ils prendre cette attitude intelligente en face des statues mal ébauchées qu’il a mises dans le monde? Voyons donc là la volonté de Dieu dans ces déficiences de toutes sortes chez le prochain. Ce devra être notre attitude devant les élus qui seront de différentes beautés: prenons-la tout de suite dans la foi pour la continuer dans la gloire.

CONSÉQUENCES PRATIQUES  

1.- Comment concilier ce «massacre» avec l’amour de Dieu pour nous? Maintenant que nous savons comment Dieu agit sur la liberté des hommes pour obtenir d’eux ce qu’il veut, comment concilier ce massacre avec son amour pour nous. Un communiste attaquait un jour l’existence de Dieu devant un groupe de chrétiens en raisonnant de cette façon-ci. Les prêtres disent que le bon Dieu envoie des épreuves à ceux qu’il aime. Pour moi, c’est ridicule et je ne voudrais pas d’un Dieu qui agit de la sorte; je vous le prouve! J’ai un fils de quinze ans, me voyez-vous prendre une barre de fer et lui casser une jambe parce que je l’aime? ou lui crever un oeil par amour pour lui? Ce serait aussi fou pour Dieu: par conséquent ce n’est pas vrai qu’il existe! Pas un ne pouvait lui répondre. Eh bien! Voici la réponse. L’amour des êtres de même espèce se montre par la bonté et par des actes agréables pour ceux qu’on aime. Comme entre humains, ce communiste avait raison, pas un père ne ferait du mal à ses enfants par amour. Un chat n’égratigne pas un autre chat qu’il aime, ni un chien ne mord un autre chien qu’il aime. Mais, l’amour d’un être supérieur pour des êtres inférieurs se manifeste souvent par la destruction de ces êtres inférieurs afin de les transformer en l’être supérieur. Or, pour qu’un être acquière une nouvelle forme il faut qu’il perde la sienne propre. Montrons cette loi dans la nature des choses d’abord. La plante, ayant la vie végétative, est supérieure aux minéraux; aussi, elle se les assimile en les transformant en plante et en végétaux. Qu’on ne dise pas qu’on les retrouve dans la plante. C’est vrai d’une certaine façon, mais pas comme ils étaient dans la terre; ils ont perdu leur forme. Quand même on retrouve les éléments de Baptiste dans son cadavre, parce que sa forme ou son âme n’est plus là, on dit qu’il est mort et cela est un changement radical dans Baptiste. L’animal est plus parfait que la plante; aussi, quand il les aime, il les mange pour se les assimiler à son animal; il les détruit donc comme plantes. Ainsi, le mouton qui aime le trèfle le détruit en le mangeant pour en faire du mouton, un être supérieur aux plantes. L’homme voit un beau dindon dans sa cour: son amour pour le dindon se manifeste à coups de couteau pour le pauvre dindon! Il le tue, le fait cuire et le mange pour le transformer en homme! Il faut qu’il cesse d’être dindon pour devenir homme. Est-ce qu’un amant ne dit pas parfois qu’il aime tant sa chérie qu’il pourrait la dévorer? C’est au figuré, mais l’idée de l’amour qui détruit est là. Eh bien! Dieu est supérieur à nous tous et quand il veut nous élever à son bonheur qui nous dépasse infiniment, il est obligé de nous transformer d’abord en êtres divins, car pour jouir divinement, il faut agir divinement et donc être divin en autant qu’une créature peut le devenir. Il faut donc cesser d’être humain sinon dans sa substance, au moins dans sa manière d’agir. Dans le ciel, notre bonheur sera dans la participation à la vie divine de la Trinité. Or, nous devons commencer ce bonheur dans la foi sur la terre pour le continuer dans la gloire au ciel.

Malheureusement pour nous, nous mettons notre bonheur par nature dans les choses sensibles de la terre et nous y tenons mordicus. Nous sommes trop ignorants et trop lâches pour nous «déshumaniser» tout seuls. Alors Dieu se sert des autres personnes pour nous arracher à notre bonheur humain afin de nous aider à mettre notre bonheur dans les choses de Dieu. Voilà pourquoi Dieu dans sa bonne providence oppose tant de personnes à nos goûts, à nos intérêts personnels et temporels, à nos ambitions de grandeur humaine, à nos jouissances de toutes sortes. Même s’il faut tailler dans la chair, Dieu le fera. Jésus dit que si notre oeil nous scandalise il vaut mieux l’arracher que d’aller en enfer avec ses deux yeux, et il dit la même chose pour tous les membres du corps. Personne n’a le droit de faire ces opérations sur lui-même, mais Dieu peut bien les faire faire par d’autres sur nous! Dieu est donc obligé d’user de violence pour nous dépaganiser afin que nous mettions tout notre bonheur uniquement dans les choses de Dieu comme nous le ferons au ciel. Ses instruments de «boucherie» sont les personnes qui nous entourent, les bonnes comme les mauvaises. Aussi il a mis toutes les qualités de ces instruments de boucherie dans les personnes. Les unes sont tranchantes comme des couteaux: on les trouve surtout parmi les meilleurs, comme ils sont bien trempés dans la sainteté et souvent étroits d’esprit, ils font de magnifiques scalpels pour tailler dans les autres! Il y a des «scies» qui vous rentrent dans le corps par leurs coups répétés et monotones et infatigables. Il y a des «marteaux» qui frappent à coups de poing d’abord sur les meubles puis sur les gens. D’autres sont des aiguilles qui vous piquent pour vous donner leurs injections de toutes sortes, etc. etc. La Sagesse, 5-18, nous dit de Dieu: «Il saisira son zèle comme armure et il armera la création pour se venger de ses ennemis… de son inexorable colère, il fera un glaive aigu et l’univers combattra avec lui les insensés.» Or, notre «païen» est son pire ennemi: il faut donc le massacrer. Objection: Je puis aimer mon chien sans vouloir le tuer. C’est vrai mais dans ce cas, on aime son chien comme chien et on veut le laisser chien. Mais, supposons qu’on l’aime assez pour vouloir en faire un homme et qu’on en a le pouvoir, il faudrait bien le détruire en tant que chien pour qu’il devienne homme. Pour qu’un être prenne une nouvelle forme, il faut bien qu’il perde son ancienne forme, est un principe de philosophie élémentaire absolument vrai. Or Dieu ne s’est pas contenté de nous aimer comme homme, il nous aime assez qu’il veut faire de nous des êtres divins comme lui: il faut donc que nous perdions notre forme humaine pour prendre une forme divine ce qui exige une terrible lutte contre le «païen» qui veut garder sa forme naturelle.

EXEMPLE DU CHIRURGIEN: Voici un exemple qui montre bien comment Dieu peut vouloir nous faire souffrir par amour. Supposons que j’ai une main tellement gangrenée que le chirurgien me dit qu’il faut l’amputer pour me sauver la vie.

J’aime ma main mais j’aime encore mieux ma vie; aussi je me soumets à l’opération. Puis, je paie mon chirurgien en proportion de l’importance du membre qu’il m’enlève! et pourtant je continue de l’aimer ce chirurgien, et je le recommande à tous ceux qui ont quelque chose à faire enlever! J’attribue ma vie, non pas au scalpel, mais au chirurgien; c’est pourquoi je ne m’occupe pas du tout du scalpel. Pourtant c’est lui qui a taillé dans ma chair, et exprès pour me couper la main.

Que de fois on entend des personnes dire des autres qui leur font du tort: «Il l’a fait exprès!» C’est évident! Dieu s’est servi de lui exprès pour vous faire ce qu’il vous a fait. Vous ne devriez pas plus vous occuper des personnes qui vous blessent que vous vous occupez du scalpel qui vous opère. C’est si simple et si vrai! Comment se fait-il que les hommes ne l’admettent pas selon la foi? Dieu est notre divin Chirurgien: il nous voit bien gangrenés dans tout l’être avec tant d’attaches aux choses terrestres qui nous empêcheront d’arriver au ciel. Alors, Dieu se sert des personnes autour de nous pour nous opérer! Ne soyons pas assez fous pour disputer contre nos scalpels. Au contraire ne voyons que notre divin Chirurgien qui veut nous sauver dans la vie éternelle qui est incomparablement préférable à celle-ci et son bonheur éternel à nos petites satisfactions passagères ici-bas. Mais n’oublions pas que notre Chirurgien céleste respecte notre liberté comme ceux de la terre font. Il ne vous opérera pas toujours malgré vous: il le fera au début pour vous sonder, pour voir si vous êtes susceptibles de vous améliorer. Mais, si chaque fois qu’il vous donne un coup de scalpel, vous sacrez, vous maudissez et vous péchez plutôt que de vous laisser purifier, alors, Dieu vous abandonnera à votre gangrène et vous n’arriverez jamais à la pureté infinie de Dieu au ciel. C’est ce qui explique que de grands pécheurs semblent vivre en paix au milieu de leurs jouissances: ils sont bien à plaindre; ils sont trop gangrenés pour l’opération. Un bon conseil pour tous, c’est de rester sur la table d’opération tant qu’elle n’est pas finie! Si un patient se réveillait trop vite et se sauvait, que feraient les médecins? Ils iraient le chercher et l’étendraient encore sur la table pour finir l’opération. Eh bien! C’est justement ce que fait le divin Chirurgien quand un chrétien ne veut pas endurer un coup de la providence qui lui fait mal d’une façon ou d’une autre. Dieu le poursuivra n’importe où il ira et il attrapera son coup quand même. Que d’exemples on peut donner quand on connaît cette façon d’agir de Dieu! Une jeune fille dit ne plus pouvoir endurer sa mère qui la dispute toujours; elle mariera un homme qui sera dix fois pire que sa mère. Un vicaire demande son changement parce qu’il n’aime pas son curé; l’autre le fera souffrir encore plus! Une épouse ne veut pas endurer les souffrances de la maternité: Dieu lui enverra des maladies encore plus douloureuses et plus longues… s’il veut la sauver. C’est mauvais signe pour son salut si le Chirurgien ne l’opère pas d’une autre façon! Non, il vaut mieux prendre les coups de scalpel tels qu’ils viennent de la divine Providence. Dieu nous connaît mieux que nous-mêmes et il nous aime plus que nous nous aimons; par conséquent laissons-le donc nous opérer comme il veut et quand il veut. C’est la vraie sagesse. Maintenant il faut vivre les conséquences de cette doctrine si claire et si sage. D’abord il faut attribuer à Dieu seul tous les mauvais coups que l’on reçoit des autres comme un coup de tonnerre qui tombe directement du ciel. Par exemple, vous venez de recevoir un oeil noir et quelqu’un vous demande qui vous l’a donné, répondez sans hésiter: c’est Dieu! Si on insiste pour savoir quel était son instrument, vous pourrez dire alors que c’est untel; mais détournez le sujet tout de suite sur le vrai chirurgien: Dieu. Qui parle du scalpel qui l’a opéré? Ensuite, il faut payer son chirurgien. Comme on ne peut pas donner d’argent à Dieu directement on le donne à son associé, son scalpel. Car il dit que tout ce que l’on fait au plus petit d’entre les siens, c’est à lui qu’on le fait… et vous recommanderez votre pratique à tous ceux qui voudront fermer les yeux aux choses de la terre pour les ouvrir aux choses de la foi!

On est si borné en cette doctrine, donnons encore un exemple. Paul, bon catholique prie souvent le bon Dieu de lui donner son ciel. Or, il a dix mille piastres auxquelles il est attaché sans trop le savoir. Soit par ignorance, soit par faiblesse, il n’arrive pas à se détacher de ce bien terrestre. Alors, Dieu va écouter ses prières en le débarrassant de son attachement. Un voleur apprend où se trouve l’argent de Paul et il vient le voler une nuit. Que doit faire Paul quand il découvre que c’est Baptiste qui l’a volé? S’il se conduit par la sagesse humaine, on sait bien ce qu’il va faire. Mais, s’il vit de foi, voici ce qu’il devrait faire. D’abord, remercier Dieu de l’avoir délivré de cette attache, faire le sacrifice de son argent afin de le récolter au ciel, puis enfin payer son chirurgien! Une opération de $10,000 vaut bien $100. Qu’il dise comme Job: Dieu m’avait donné dix mille piastres, Dieu me les a enlevées; que son saint nom soit béni! Puis, on paie le médecin qui endort le patient. Baptiste a fait son opération à l’insu de Paul et donc sans douleur, cela vaut bien $10.00! Tous ces services se paient cher en général. C’est la parole du Maître: «Faites du bien à ceux qui vous font du tort! Aimez vos ennemis afin que vous soyez les enfants de votre père qui est dans les cieux!» qui fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants!» Plusieurs vont crier à la folie. «Payer ses voleurs? C’est les encourager à continuer leur vilain métier?» Selon le bon sens humain, c’est vrai! Mais, devant la foi, c’est tout le contraire. Les faire mettre en prison est un acte bien naturel sans aucun mérite devant Dieu. Tandis que si on aime et qu’on paie son voleur, c’est du plus pur surnaturel qui va convertir le voleur et d’autres aussi. Un chrétien doit imiter Dieu: Eh bien, est-ce que Dieu ne continuera pas de nourrir son voleur, de lui conserver la santé, et de lui donner des grâces pour le convertir? Un chrétien doit donc agir comme Dieu et faire du bien à son voleur.

St Paul dit que faire du bien à son ennemi, c’est accumuler des charbons rouges sur sa tête pour signifier qu’il fond devant cet acte de pure charité surnaturelle comme la cire au feu. C’est le meilleur moyen de le dominer, de le gagner à Dieu. On va dire que c’est rare de voir ces conversions. Parce que c’est rare de voir des chrétiens aussi généreux. Il faut de la foi, mais c’est le temps que des chrétiens en aient! C’est le commandement de Jésus-Christ: qu’on le fasse et que le bon sens aille se promener! Après une instruction de ce genre, un jour, un voyageur de commerce me disait qu’étant au collège autrefois, il avait frappé un grand garçon qui battait les petits. Le soir, au dortoir, il vint me trouver après s’être lavé l’oeil noir que je lui avais donné et tout bonnement me demanda s’il y avait encore du sang. Je fus si ému de voir qu’il ne m’en voulait pas que j’eus une grande peine et je promis de ne plus jamais frapper personne. Pourtant la victime ne l’avait pas payé! Autre exemple: un jour, je suis invité par un curé à prêcher en faveur de notre collège dans une certaine région où d’autres religieux avaient aussi un collège. Comme j’étais pour monter en chaire, le bedeau et le vicaire m’avertissent qu’il y a un Père dans le sanctuaire qui a fait le tour de la paroisse en leur compagnie pour recruter des élèves pour leur collège, et que dans toutes les familles, il déblatérait contre les Jésuites. Je leur dis simplement: il va le payer! Or, je parlai une bonne demi-heure uniquement en faveur de ces religieux et de leur collège au grand ébahissement du curé à la banquette du vicaire et du bedeau dans la porte de la sacristie et des fidèles qui semblaient me dire: si vous saviez ce que le Père a dit contre vous autres! Je n’ai pas dit un mot en faveur de notre collège. Eh bien! Voici ce qui arriva. Le bedeau et le vicaire furent tellement surpris de ma façon de me venger qu’ils allèrent sur le perron de l’église et dirent aux gens que je savais fort bien ce que le Père avait dit contre nous. Les gens ont vite tiré la conclusion et ils nous envoyèrent leurs élèves! On doit agir de la sorte quand on est seul concerné. Mais si les intérêts des autres étaient en jeu, alors il faut sévir contre les voleurs ou les corrupteurs, ou d’autres méchants de ce genre, parce qu’alors, la charité pour la masse l’emporte sur celle de l’individu. La conclusion est donc bien claire: tout ce qui nous vient des personnes nous vient de Dieu directement et heureux ceux qui le voient!

Exemple personnel. J’avais dix-sept ans quand l’idée de devenir prêtre me vint à l’occasion d’une mission prêchée par le bon Père Rhéaume, rédemptoriste. Je finissais ma deuxième année d’école supérieure de Wayland, Mass. où je devais aller parce qu’il n’y avait pas d’école catholique dans les environs. J’essayai de gagner mes parents à l’idée d’aller à un collège classique du Canada où j’aurais une préparation catholique en vue de la prêtrise. Un jour j’aperçois mon père tout en larmes sous notre charmille: J’en demande la cause à ma mère qui me dit; nous parlions de toi tout à l’heure; il dit que si tu vas au collège il en mourra de chagrin. Comme il m’aime, pensai-je! Mais, mon avenir était en jeu. J’en parlai plusieurs fois à ma mère, mais elle me conseillait toujours d’attendre à plus tard, que Dieu arrangerait tout pour mon plus grand bien d’une façon ou d’une autre.

Quelques semaines après, le 18 septembre, mon père était foudroyé d’apoplexie et mourait en quelques heures. Heureusement que je n’étais pas parti! Je me serais reproché sa mort toute ma vie! Comme l’année ne faisait que commencer, j’essayai d’obtenir le consentement de ma mère. Mais, elle se mettait à pleurer à la pensée de mon départ. Alors, j’obéis comme on le faisait habituellement dans la maison. Mes amis me disaient que je perdais quatre ans au moins et que tout ce que j’apprenais à Wayland ne me servirait de rien. Je finis donc mes deux dernières années d’école supérieure, puis enfin, il n’y avait plus d’obstacle à mon départ et ma mère enfin consentit. Juste au moment où j’allais demander à notre curé des renseignements sur son collège de l’Assomption, près de Montréal, il me dit que le Supérieur, le Chanoine Villeneuve, devait venir le voir ce soir-là. Quand il vit que j’avais appris beaucoup de sciences et de mathématiques avec quatre ans de latin, il décida de m’accepter en Philosophie. En deux ans, j’aurais tout fini! Ce qui arriva de fait. Donc mes deux ans à Wayland comptaient avec mes deux ans de Philosophie: en quatre ans je finissais quand les «païens» autour de moi disaient que j’en perdais quatre; Dieu prenait cette sottise apparente de mes parents pour m’en sauver quatre. Ce qui prouve que les bénédictions du ciel sont toujours dans la ligne de l’obéissance… et que les personnes sont les instruments aveugles dans les mains de Dieu pour nous donner ses faveurs. Quelques textes: Scaramelli, Conf. vol. de Dieu, ch. 2, écrit: «Il faut considérer deux choses dans tout acte mauvais; la malice de l’acte que Dieu ne veut pas, mais le permet ou tolère; les effets qui résultent de ces actes mauvais, et comme ils ne renferment pas de mal moral Dieu les veut pour des fins très saintes qui concernent ordinairement notre avancement spirituel, ce que je vais expliquer. Votre ennemi nuit à votre bonheur par des médisances et des calomnies, ou vous accable d’injures. Il faut remarquer ici deux choses: d’abord la calomnie ou l’injure, que Dieu ne veut pas, qu’il déteste même et punit, mais qu’il permet; ensuite le déplaisir qu’elles vous occasionnent et celui-là Dieu le veut pour exercer votre humilité, votre patience et votre charité envers votre calomniateur. Un voleur vous dérobe quelque objet précieux, un juge prononce par aversion une sentence injuste contre vous, un de vos parents vous afflige continuellement par sa mauvaise conduite: dans toutes ces circonstances Dieu ne veut ni les injustices ni les mauvaises actions de votre prochain, cependant il veut votre affliction, il veut la croix qui résulte pour vous de la malice d’autrui et la veut pour le salut et la perfection de votre âme.» Rodriguez, Vol. Div. ch. 2: «C’est une vérité tellement appuyée sur l’autorité de la Sainte Écriture que toutes les traverses et les souffrances viennent de la main de Dieu, qu’il ne serait pas nécessaire de nous arrêter à le prouver, si le démon, par de vaines subtilités, ne tâchait de l’obscurcir et de la rendre douteuse… le mal toutefois disent-ils, qui arrive par le moyen d’un homme dont on aura été volé, ou blessé ou déshonoré, ne vient point de la main de Dieu et n’est point dirigé par l’ordre de sa providence, mais procède seulement de la malice et de la volonté vicieuse de l’homme.

On ne peut soutenir cette opinion sans être dans une dangereuse erreur. S. Dorothée dit très bien à ce sujet, en reprenant ceux qui ne reçoivent pas toutes choses comme venant de la main de Dieu: Lorsque nous entendons dire quelque chose contre nous, nous faisons comme les chiens qui courent après la pierre qu’on leur jette pour la mordre en laissant celui qui la jette. Ainsi, nous, laissant Dieu qui nous envoie ces sortes de mortifications pour l’expiation de nos péchés, nous courons à la pierre, c’est-à-dire, nous nous en prenons au prochain, et nous tâchons de nous venger contre lui.»

Tout ce que nous venons de dire devrait être assez pour convaincre n’importe qui de la nécessité de nous soumettre à la volonté de Dieu dans toutes les épreuves qui nous viennent des personnes quelque méchantes qu’elles puissent être. Cependant nous avons le droit de faire ce que nous pouvons raisonnablement pour les éviter exactement comme nous pouvons prendre les moyens convenables pour éviter une tempête, ou la pluie ou la neige que le bon Dieu envoie. Mais, ce qu’il faut éviter à l’avenir, c’est la mauvaise humeur, l’impatience et la colère avec toutes ses tristes suites. Ne prenons pas l’énervement ou l’impatience ou la colère de notre prochain: restons calmes comme lorsqu’il pleut ou qu’il neige; on s’en tire comme on peut sans maugréer. Qu’on fasse de même dans les tempêtes qui nous viennent des personnes.

Qu’on s’exerce car c’est difficile vu notre peu de foi. Surtout c’est une grâce à demander tous les jours; rien de plus important pour notre sanctification!

Puisque Dieu nous oblige à aimer notre prochain comme Dieu, il faut savoir comment s’y prendre pour l’aimer quand il est imbécile, dur, méchant, ignorant, etc. Dieu ne dit pas de n’aimer que les bons, mais aussi nos ennemis, ceux qui nous font du mal, qui nous persécutent, etc. Eh bien! c’est pratiquement impossible d’observer ce commandement de l’amour du prochain si on ne comprend pas comment Dieu s’en sert pour nous éprouver. Quand on voit qu’en arrière de toutes ses bêtises ses erreurs, ses torts qu’il nous fait, Dieu le dirigeait justement pour qu’il nous fasse souffrir ce que Dieu veut, alors on voit qu’ il n’est que l’instrument aveugle dans les mains de Dieu et il est possible alors de dire comme Jésus du haut de la croix: «Pardonnez-leur car ils ne savent ce qu’ils font!

Si on ajoute à toutes ces considérations celle de nos péchés qui méritent toutes les tortures du monde, on devrait enfin cesser de critiquer, de blâmer et de haïr le prochain pour ce qu’il nous fait souffrir de la part de Dieu.

Que le Saint-Esprit nous donne plus de foi et que la Sainte Vierge nous aide de sa puissante intercession pour que nous devenions enfin les vrais enfants de Dieu qui fait pleuvoir sur les bons et sur les méchants, qui a donné son Fils Unique pour nous si méchants. Imitons-le en aimant nos méchants et en leur faisant tout le bien que nous pourrons avec la grâce de Dieu…. et n’oublions pas le sens de ce que nous disons tous les jours sans trop y penser: «Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés!

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