« C'est une grande chose d'avoir, au sein même de l'Église catholique, la foi dans son intégrité »
-Saint Augustin

« L'ignorance est notre pire ennemi. »
-Saint Pie X

« La vérité vous rendra libre »
-Jean 8, 32

dimanche 18 janvier 2015

Père Onésime Lacouture - 1-23 - Le souverain domaine de Dieu dans les personnes - partie 1

 
VINGT-ET-UNIÈME INSTRUCTION

LE SOUVERAIN DOMAINE DE DIEU DANS LES PERSONNES.

PREMIERE PARTIE: dieu nous massacre

«Pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu’ils font.» Luc. 23-34.

Plan Principe: Dieu se sert des personnes pour nous massacrer! Dieu nous massacre… (Notre destinée surnaturelle l’exige. Pourquoi… (Pour punir nos péchés. (Pour nous faire imiter Jésus. (Par la souffrance dans l’être. Comment… (Par la sottise dans l’intelligence. (Par la malice dans la volonté.  

PRINCIPE: Après avoir vu les subdivisions du premier moyen de glorifier Dieu par les créatures ou les échantillons, il reste à considérer les subdivisions du deuxième moyen de glorifier Dieu, qui est le souverain domaine de Dieu. Nous le réduisons à la question des personnes, parce que tout le monde accepte facilement le contrôle qu’il exerce sur les créatures inanimées et irraisonnables, comme aussi sur les événements de sa Providence, comme les tremblements de terre, les tempêtes, les maladies, la vie et la mort, etc. Ce n’est donc pas nécessaire d’insister sur ce point. Mais quant au contrôle qu’il exerce sur le monde par les personnes, il est difficile à accepter à cause de la liberté des personnes. On est porté à leur attribuer toute la responsabilité des effets qu’elles produisent en nous; quand ils nous viennent directement de Dieu, comme nous voulons le montrer dans cette instruction. Ici, très peu de chrétiens ont assez de foi pour voir Dieu en arrière des coups qui leur arrivent de la part des personnes. Tous ceux qui s’impatientent, qui se fâchent, qui s’énervent et disputent à cause des contrariétés qui leur viennent des personnes, évidemment ne voient pas Dieu qui agit dans ces personnes.

Ici encore, nous ne parlerons pas des biens qui nous viennent des personnes, parce qu’il est assez facile de les attribuer à Dieu, toujours si bon pour nous. Nous allons insister sur les maux et les contrariétés qui nous viennent des personnes, précisément parce que c’est plus difficile de voir Dieu dans toutes ces choses désagréables, qui nous viennent de l’ignorance ou de la malice des gens. Au point de vue activité, une cause et son instrument ne font qu’un. Si on demande qui a pelleté le trottoir, personne ne répondra: «C’est la pelle qui a enlevé la neige», mais «c’est Pierre un tel». Il en est ainsi pour Dieu. Il a créé telle personne pour produire tels effets dans le monde en lui donnant les qualités pour cela; ces effets doivent être attribués à Dieu.

La seule chose que Dieu ne fait pas avec ses créatures, c’est le péché dans sa malice, car Dieu coopère à l’action physique du pécheur. Quand un voleur étend le bras pour prendre l’argent de son voisin, c’est Dieu qui concourt dans ce mouvement physique du bras, mais le pécheur est seul responsable de la malice du péché, qui vient de sa volonté libre dont il abuse malgré Dieu qui lui défend le vol. Dans notre principe, il y a deux propositions: Dieu nous massacre et Dieu se sert des personnes pour cela. Nous donnerons toute une instruction sur chaque partie. La première sera… Dieu nous massacre. D’abord ce mot n’est-il pas trop fort, comme si Dieu était méchant et cruel? Quand on est fortement éprouvé par Dieu et qu’on veut faire sa volonté à tout prix, on dirait qu’il en profite et les coups tombent drus sur la pauvre victime. À la longue, on est porté à s’impatienter et à lui dire quelque chose comme ceci: «Qu’ai-je donc fait pour que vous soyez toujours sur mon dos? Allez-vous me laisser respirer un peu? Qu’avezvous à me massacrer de la sorte?» Très peu se rendent là parce que la plupart vont pécher plutôt que d’endurer leurs nombreuses croix. Mais quand on veut éviter le péché à tout prix, c’est très dur de souffrir toutes les épreuves qu’il envoie. On n’a qu’à lire les grandes plaintes des prophètes et de l’auteur des psaumes contre la dureté de Dieu à leur égard. Ils préfèrent la mort à leurs souffrances. St Paul ne dit-il pas que Dieu châtie et qu’il frappe de verges ceux qu’il aime; c’est aussi fort que massacrer! C’est le côté humain des épreuves et on a le droit de le considérer. St Paul appelle bien la sagesse de Dieu: folie, parce que, de fait, la sagesse divine paraît folie aux yeux de la simple raison humaine. Je répète que toute cette instruction n’est que pour les bons catholiques qui portent leur croix; ceux-là seront contents d’entendre leur point de vue expliqué et leurs sentiments manifestés. Tous ceux qui endurent leurs épreuves ont passé par ce que nous disons ici. Les autres catholiques, à mentalité païenne, qui rejettent leur croix en péchant soit véniellement, soit mortellement, évidemment n’ont jamais la chance d’éprouver les angoisses des autres. Ils vont trouver nos idées exagérées. Ils dorlotent leur vieil homme, comme de vrais païens; ils se font une belle petite vie, exempte de sacrifices. Ces gens vont nous trouver pessimistes. Le bon Dieu ne se froisse pas de ce qu’on trouve ses croix bien lourdes et pénibles à porter. Puisque son plan est de faire mourir le vieil homme ou le païen en nous. Il sait que cela va être dur pour nous. Nous ne perdons pas notre mérite à sentir la douleur, pas plus que Jésus dans son agonie, ou les martyres dans la leur, du moment qu’on l’endure pour l’amour de Dieu.

Nous voulons donc descendre dans les sentiments de ces bons chrétiens qui souffrent en esprit de foi et leur montrer graduellement le côté divin de leurs souffrances ou la part qui revient à Dieu, afin qu’ils acceptent encore mieux leurs souffrances. C’est à force de retourner dans l’esprit cette question des épreuves qu’on arrive à saisir la façon divine de les envisager avec tous les bons résultats qui vont découler de ce point de vue divin.

POURQUOI?…

Notre destinée surnaturelle est la première raison de la nécessité de nous sacrifier. Au ciel, non seulement nous verrons Dieu, mais nous participerons à sa vie intime et trinitaire. Or, pour agir comme un Dieu il nous faut l’être, de fait, de quelque façon, car l’activité suit l’être. Or nous sommes des humains, par nature nous devons donc être transformés en êtres divins et par suite abandonner notre façon humaine d’agir pour agir d’une façon divine. Or nous sommes trop ignorants et trop lâches pour faire cela par nous-mêmes; il faut donc que Dieu mobilise toute sa création pour opérer cette transformation comme malgré nous. Or c’est justement ce que nous perdons dans l’humain que nous appelons sacrifice. C’est pourquoi plus une personne veut s’unir à Dieu et plus elle est éprouvée; plus elle veut être divinisée et plus Dieu va la «déshumaniser» par toutes sortes de sacrifices. C’est absolument normal selon son plan divin. Mais combien peu en pratique le comprennent! Ce principe est si important qu’il vaut la peine d’être expliqué dans la pratique de la vie.

D’ordinaire, les fidèles demandent à Dieu d’avancer dans son amour, sachant bien que c’est un moyen efficace d’arriver à Dieu au ciel. Mais voici ce qu’ils ne savent pas: comment Dieu va exaucer leur prière. Pour participer à l’activité trinitaire, il faut le faire par la pratique des trois vertus théologales de foi, d’espérance et de charité, qui correspond à l’activité des trois Personnes de la sainte Trinité. Or, de même que le St Esprit procède du Père et du Fils… ainsi la charité procède de la foi et de l’espérance. Donc tous ceux qui veulent augmenter en amour de Dieu doivent commencer par augmenter en foi et ensuite en espérance. Nous savons que la foi nous montre le surnaturel que l’on associe toujours avec la bonté divine. Eh bien! Pour augmenter la foi de ses amis, Dieu les entourera de gens malcommodes et même méchants, afin de leur rendre la vue du divin plus difficile et donc plus méritoire. Donnons quelques exemples.

Que de fois on remarque que de bons parents en vieillissant deviennent hargneux, critiqueurs, malcommodes et difficiles en tout. Ils veulent vraiment se sanctifier, et alors Dieu les contrarie dans toutes sortes de petites niaiseries d’enfants, mais qui, pour eux, ont une importance capitale. On voit de vieux couples de la campagne s’approcher de l’église pour mieux prier et recevoir les sacrements plus souvent. Puis ils passent leur temps à se chicaner pour des riens. Dieu veut éprouver leur foi afin de les faire augmenter en amour. Quel dommage que tant de prêtres ne puissent pas leur expliquer les voies de Dieu pour les sanctifier! Ils cesseraient leurs critiques l’un contre l’autre. Que de caractères malcommodes parmi les bonnes personnes, comme entre les époux, entre frères et soeurs, etc.! Parce qu’ils sont bons… ils se chicanent! que de mauvais sang dans les Communautés, justement parce que ces personnes veulent sincèrement augmenter en amour de Dieu. Il leur crée exprès des divergences de toutes sortes pour qu’ils aient à souffrir les uns des autres. Avis donc à tous ceux qui veulent augmenter en amour de Dieu, qu’ils s’attendent à des contrariétés dans la même mesure et par les bons comme par les méchants. Comme on le verra plus loin, la vertu subjective n’entre pas du tout en ligne de compte devant Dieu pour se servir des personnes comme instruments de sanctification pour les autres. Les saints font même de bien meilleurs scalpels que les autres… Comme ils sont bien trempés et que le zèle de la gloire de Dieu les pousse, je plains leur victime, si jamais ils l’entreprennent pour la sanctifier! Cette façon d’agir de Dieu montre bien que les sacrifices ne viennent pas seulement des péchés, mais aussi et surtout à cause de notre destinée surnaturelle à la vision béatifique. Tout être qui veut Dieu, quelque saint qu’il soit déjà, devra sacrifier sa nature pour revêtir la nature divine par participation afin de pouvoir agir comme Dieu dans la Trinité. Cette pensée est autrement encourageante que de toujours voir des péchés comme cause des épreuves que Dieu nous envoie. Au lieu de ne voir que la justice divine qui nous massacre pour nos péchés, voyons aussi la bonté divine qui nous transforme en divin pour nous rendre capables de jouir de sa vie intime au sein de la Trinité. Nos péchés sont aussi une grande cause des châtiments de Dieu qu’il nous inflige par le moyen des personnes. Nous sommes nés dans le péché originel parce que nous sommes solidaires avec Adam et Ève dans leur péché, comme nous sommes solidaires avec Jésus dans la rédemption. En plus, chacun a toute une série de péchés plus ou moins graves qui doivent être expiés avant que nous puissions pénétrer dans la vie intime de la Trinité. Nous avons si peu de foi et d’amour de Dieu que ces offenses nous paraissent minimes, tandis que du côté de Dieu elles méritent d’affreux châtiments et même éternels. Alors le pécheur qui veut vraiment arriver au ciel, doit donc s’attendre à souffrir en proportion de ses péchés. Qu’il remercie Dieu s’il daigne le punir en ce monde plutôt qu’en l’autre. Nous sommes si naturels que nous sommes exposés à juger nos offenses contre Dieu comme nous jugeons nos offenses contre les hommes. Nous sommes bien loin de la vérité. N’oublions pas que Dieu est infini dans toutes ses perfections Eh bien! nos offenses prennent leur gravité du fait qu’elles sont contre le Créateur infiniment pur et infiniment saint. Nous devrions craindre infiniment ses jugements surtout si on repasse ceux qu’il a déjà infligés à l’humanité pour ses péchés et surtout la terrible réparation qu’il a exigée de son propre Fils pour nous redonner la vie.

Dieu donc a parfaitement droit de nous massacrer pour nos péchés. Acceptons donc avec résignation, sinon avec reconnaissance les châtiments qu’il nous inflige en ce monde plutôt que dans l’autre. L’Imitation de Jésus-Christ surtout dans sa Passion. On sait que les souffrances de J-C. ne nous dispensent pas d’expier nos propres péchés, comme des protestants l’ont cru. Mais la Passion et la Mort de Jésus qu’il a offertes à son Père pour nos péchés rendent acceptables à Dieu nos expiations, qui ne le seraient pas sans cette union avec Jésus. Alors ne soyons pas surpris que Dieu nous envoie toutes sortes de châtiments pour expier nos propres péchés, malgré la Passion de J-C. comment …? … Pour toutes les raisons données et bien d’autres, en plus de la grâce que Dieu nous donne, il est obligé de nous faire expier nos péchés et même après ou en même temps, il doit nous diviniser davantage dans toute notre activité humaine. Or nous avons trois foyers d’activité naturelle que Dieu veut détruire pour y substituer son activité divine. Pour cela, il va se servir surtout des personnes. Il va envoyer toutes sortes de souffrances à notre être qui recherche toutes les jouissances terrestres, il va opposer la sottise humaine à notre intelligence; à la volonté ou au coeur ou à l’amour, il va opposer la malice des autres. Il est si difficile d’accepter ce plan de Dieu qu’il est bon de repasser ces trois points en particulier. La souffrance. Nous allons citer un texte de St Paul qui montre la nécessité de souffrir pour les trois raisons que nous avons indiquées: nos péchés, imiter Jésus, et participer à la vie divine. Il montre que Jésus a subi le châtiment de Dieu en notre nom pour nous obtenir ces trois résultats nécessaires pour nous, on ne peut pas être plus clair; toute la doctrine de cette instruction est dans ce texte si rarement exploité par les prêtres et si peu connu des fidèles, qui en auraient tant besoin pour savoir comment souffrir avec mérite. On devrait faire imprimer ces textes que nous citons ici et les répandre à profusion dans le peuple. Combien en seraient consolés! Que de critiques et de colères on ferait cesser par cette doctrine toute divine! St Paul, Héb. 1, 12: «Jetant les yeux sur Jésus, l’auteur et le consommateur de la foi, lequel, ayant en vue l’état de joie qui lui est offert a soutenu le tourment de la croix sans se mettre en peine de l’ignominie, et qui est maintenant assis à la droite du trône de Dieu, pensez donc en vous-mêmes à celui qui a supporté une telle contradiction de la part des pécheurs soulevés contre lui, afin que vous ne vous lassiez point et que vous ne perdiez pas courage. Car vous n’avez pas encore résisté jusqu’au sang en combattant le péché, et vous avez oublié la parole consolante qui s’adresse à vous comme à des enfants: Mon fils, gardezvous de mépriser la correction du Seigneur et ne vous laissez point abattre lorsqu’il vous reprend, car le Seigneur châtie ceux qu’il aime, et il frappe de verges tous ceux qu’il reçoit au nombre de ses enfants. Soutenez constamment la correction; Dieu en use avec vous comme avec des enfants. Car quel est l’enfant que son père ne corrige pas? Si vous n’éprouvez point la correction à laquelle tous les autres ont part vous êtes donc des illégitimes et non des enfants».

«D’ailleurs les pères de nos corps nous ont châtiés, et nous ne laissons pas de les respecter. Combien plus devons-nous être soumis à Celui qui est le Père des esprits, afin d’avoir la vie? Car, quant à nos pères, ils nous châtiaient comme il leur plaisait pour cette vie qui dure si peu; mais Dieu nous châtie en vue de ce qui est utile, afin de nous rendre participant de sa sainteté». D’après St Paul, il est donc vrai que Dieu nous massacre! Pour le corps il envoie toutes sortes de maladies et d’infirmités, de privations par la pauvreté, par l’avarice et l’ambition des autres. Que de gros commerçants ruinent les petits! Que de grandes industries exploitent leurs employés! Comme les gouvernements oppriment le monde par leurs exactions exorbitantes, par des taxes ruineuses pour les gens du peuple!… Puis de grands fléaux ruinent les gens: feu, inondation, tremblement de terre, sécheresse, trop de pluie, gelée, etc… Aux souffrances corporelles il faut ajouter les angoisses de l’âme dans toutes ces épreuves qu’on vient d’énumérer. Mais le monde a-t-il jamais vu un plus grand massacre des nations que ces deux grandes guerres mondiales qui se continuent dans leurs effets terribles pour faire souffrir des millions de personnes, comme en Europe actuellement. En plus il faut ajouter les misères que les gens se font dans les familles et entre parents par leurs vices et leurs défauts de toutes sortes. Que de larmes fait couler l’ivrognerie, que de colère et d’angoisse font les adultères, que de familles sont séparées à cause de ce vice impur! L’orgueil des riches et des grands leur attire d’affreux châtiments de Dieu, comme la perte de leur position, ou de leur fortune, des rivalités entre eux, qui entraînent des chicanes et des injustices qui les font bien souffrir, au moins moralement. Quel dommage que les parents ne commencent pas de bonne heure à aider dieu à nous dépaganiser! Ils devraient punir absolument tous les défauts et tous les petits péchés des enfants. Autrement ces «païens» seront des bourreaux pour leur entourage. Ils seront encore bien plus égoïstes à mesure qu’ils grandiront et plus exigeants pour les autres. Comme ces sans-coeur font souffrir les gens de la maison! Toute leur vie ce sont des brutes qui font verser des larmes! Comme Dieu devra les massacrer pour les convertir! Tandis que si les parents avaient fait leur devoir, ils auraient épargné les souffrances aux autres et à Dieu ses grands châtiments pour sauver ces égoïstes!

La sottise des autres contrarie notre jugement à peu près constamment. Que de contrariétés quand on veut pousser une oeuvre, une organisation, une réforme quelconque, etc.! Que de gens s’opposent de toutes leurs forces parce qu’ils ne pensent pas comme nous. Chacun se dit paralysé par les imbéciles qui l’entourent! C’est donc que la sottise est essentielle à la vie humaine, puisque Dieu l’a mise partout! On la trouve dans tous les rangs de la société, dans les Communautés comme dans le monde, chez les riches comme chez les pauvres, chez les vieux comme chez les jeunes; elle est partout! Chacun trouve que son voisin n’a pas de jugement! Pourquoi le nombre des imbéciles est-il si grand? Évidemment c’est Dieu qui l’a voulu! Il aurait pu donner plus de jugement à tous les hommes; c’est donc qu’il avait de bonnes raisons pour agir de la sorte. C’est à nous de les chercher afin de cesser de déblatérer contre cet instrument favori de Dieu! La sottise est en abomination seulement aux yeux des païens qui ne suivent que la raison, mais elle est l’amie de tous ceux qui vivent de foi. Montrons-le par un exemple. Si quelqu’un venait éteindre ma lumière électrique pendant que je suis à écrire la nuit, je protesterais contre sa sottise. Mais je suppose que c’est en plein jour et qu’il éteint ma lumière que j’avais oublié d’éteindre; je ne devrais pas me choquer; mais le remercier du service qu’il me rend.

Eh bien! notre raison est notre lumière naturelle et la foi le soleil; ceux qui vivent dans le soleil de la foi ne s’occupent pas de ceux qui ne suivent que la raison ou qui contredisent la leur; ils n’en ont pas besoin, ils ont le soleil de la foi, qui leur suffit. La gloire de Dieu exige la sottise humaine! Car c’est le bon sens humain qui est le grand voleur de la gloire divine: les hommes sont portés à s’attribuer tout le bien qu’ils font et ils ne donnent pas à Dieu la gloire qui devrait lui revenir, car c’est lui qui a tout fait. C’est pourquoi Dieu aime à prendre les moyens réprouvés par le jugement humain afin que les résultats ne puissent pas être attribués à la raison humaine. Par exemple, supposons qu’un inventeur met sur ma table toutes sortes de morceaux d’une machine et il me dit que c’est un clavigraphe. Je ne vois pas du tout comment il peut bâtir un clavigraphe avec de pareils morceaux et je lui dis qu’il me semble impossible de faire une machine à écrire avec ces morceaux. Or voilà qu’il les agence et il fait un bon clavigraphe. Je n’ai aucune gloire là, elle est toute à lui. Eh bien! c’est justement ce que Dieu fait; il prend ce que les hommes trouvent absurde pour produire de bons résultats, afin d’en avoir toute la gloire.

La sanctification de l’homme exige la sottise humaine!

Tout en lui doit être transformé en divin pour arriver à la vision béatifique. Il doit donc sacrifier son jugement comme tout le reste. Or pas un homme n’a le droit de faire le fou; il faut que cela vienne des autres. Dieu lui opposera dans les autres personnes des jugements contraires aux siens; c’est sa chance de semer son jugement pour faire celui des autres par amour pour Dieu et en esprit de foi. Comme nous l’expliquons ici, Dieu est en arrière des sottises des autres comme le grand responsable; heureux ceux qui le voient! Jésus dit qu’il faut se renoncer pour le suivre et donc pour nous sanctifier. Or notre moi est fait d’une intelligence et de volonté. On ne renonce donc quant à l’intelligence quand on est victime de la sottise des autres. Et comme le jugement propre est tout ce qu’il y a de plus fort en nous, il faut des milliers et des milliers d’exercices de ce renoncement, et donc de sottises des autres pour arriver à sacrifier parfaitement notre jugement. Encore une autre bonne raison! La raison a été donnée à l’homme pour contrôler tous ses intérêts personnels et temporels selon l’ordre naturel où l’homme est créé. Or comme il a été élevé à l’ordre surnaturel, il doit faire converger tous ses intérêts personnels et temporels vers l’obtention de sa fin surnaturelle. Or il ne veut pas le faire lui-même, et quand même il le voudrait, il ne serait pas toujours capable de les sacrifier; voilà pourquoi Dieu a organisé sa Providence pour que les intérêts personnels et temporels des autres viennent constamment en conflit avec les siens. Or le bon sens est un potentat, il considère comme insensés tous ceux qui attaquent son petit royaume personnel. Il voit de la sottise dans toutes ces attaques contre ses intérêts.

Je réponds à une objection de nos philosophes qui disent que «en soi» ce n’est pas fou de suivre la foi plutôt que la raison… C’est vrai mais nous parlons ici d’une façon concrète et selon la façon de juger des hommes. Ce sont eux que nous voulons éclairer et aider à comprendre la façon de faire de Dieu. Pas «in se», mais «in nobis», tout ce qui contrarie la nature humaine choque et c’est ce qu’on appelle: folie. La preuve que les hommes le voient ainsi, c’est qu’ils ne veulent pas la pratiquer, qu’ils regardent toute sottise avec horreur; c’est donc qu’ils ne la comprennent pas «en soi», comme nos philosophes si peu pratiques! Donc continuons d’éclairer ceux qui jugent les choses selon la façon ordinaire des hommes dans le concret de la vie… et tous trouvent sotte la bêtise humaine! D’ailleurs la sottise est une affaire relative comme le mouvement. Dans une gare, par exemple, on pense qu’un train avance, quand c’est le nôtre qui recule. Il en est ainsi dans les affaires humaines. Il suffit que je veuille aller vers un but pour que celui-ci qui va en sens contraire me semble fou. Un marchand veut augmenter sa clientèle; il baisse ses prix. C’est comme si les autres les élevaient et ils perdent la clientèle et vont trouver l’autre insensé de baisser ses prix! Soyons donc plus modestes à l’avenir en parlant des fous qui nous entourent. C’est peut-être tout le contraire et je ne le saurai jamais! Est-ce que nous traitons de fous tous les voyageurs qui vont en sens contraire de nous? Eh bien! Nous rencontrons autant de voyageurs dans le monde spirituel des idées; filons donc notre route sans nous faire plus de bile dans un cas que dans l’autre! C’est Dieu qui les a tous créés tels qu’ils sont, comme tels que nous sommes; respectons l’oeuvre de Dieu dans toutes les personnes du monde. Figure de cette doctrine! Quand Jésus entra en triomphe à Jérusalem, il était assis sur un âne, le symbole de la bêtise! L’animal le plus bête au monde portait la Sagesse divine! Eh bien! quand vous verrez un âne autour de vous, sachez qu’il vous apporte la sagesse divine! … et si vous en avez toute une caravane, c’est donc que Dieu trouve que vous avez grandement besoin de sagesse! N’allez plus disputer contre vos ânes, mais faites comme les Juifs: étendez vos manteaux par terre pour montrer votre joie de recevoir la sagesse divine à cheval sur vos ânes! et criez: Hosanna au Fils de David! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur!

Voilà la façon de comprendre l’utilité de la sottise humaine si en abomination auprès des hommes à mentalité païenne et qui se trouve à être un grand don de Dieu aux yeux de la foi. Cessons donc de déblatérer contre nos «fous»; ils sont nos plus précieux amis; ils sont les bourreaux de notre païen, notre pire ennemi! Soyons contents qu’ils le contredisent en tout et partout! Toute cette doctrine est dans l’Écriture, puisqu’elle est le fond de la vie de N.S. qui s’est soumis au massacre divin pour l’amour de nous. On en trouve l’enseignement dans les trois premiers chapitres de la première Épître aux Corinth. dont voici le résumé: St Paul: 1 Cor. 1-18: «Car la parole de la croix est une folie pour ceux qui se perdent, mais pour ceux qui se sauvent, c’est-à-dire pour nous, elle est la force de Dieu. C’est pourquoi il est écrit: Je perdrai la sagesse des sages et je réprouverai la prudence des prudents… et nous, nous prêchons J. C. crucifié, qui est un scandale pour les Juifs et une folie pour les Gentils, mais qui est la force de Dieu et la sagesse de Dieu pour ceux qui sont appelés, qu’ils soient juifs ou gentils. Car ce qui paraît folie en Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui paraît faiblesse en Dieu est plus fort que les hommes. En effet, mes frères, voyez ceux d’entre vous qui ont été appelés; il n’y en a pas beaucoup de sages selon la chair, pas beaucoup de puissants, pas beaucoup d’illustres, mais ce qui est insensé selon le monde, Dieu l’a choisi pour confondre ce qui est fort; ce qui est vil et méprisable selon le monde et ce qui n’est rien, Dieu l’a choisi pour détruire ce qui est afin que nulle chair ne se glorifie en sa personne». C’est donc le plan divin de contrarier toute la façon humaine de faire selon la sagesse humaine pour que pas un homme ne puisse se vanter des résultats obtenus. C’est une lutte entre deux gloires: celle des hommes et celle de Dieu. Or les hommes réclament la gloire de ce qu’ils font selon leur bon sens humain; voilà pourquoi Dieu tient tant à produire ses effets par le contraire du bon sens et donc de la sottise humaine. St Paul montre que Dieu a fait tout le contraire des hommes dans notre rédemption, précisément pour nous montrer sa façon de faire. Or il est évident qu’il va suivre les mêmes principes pour opérer le salut de chacun qui est la rédemption continuée dans les membres du corps mystique de J-C. Tout ce qu’il dit dans le texte cité s’applique donc à chacun de nous en particulier en proportion que Dieu nous veut dans son ciel et selon le degré de gloire qu’il nous destine à chacun. Faisons donc bon accueil à notre soeur la sottise, la plus chérie de Dieu et la plus utile pour nous devant la foi! Qu’on ne l’oublie plus: seuls les «païens» la détestent! Quand on ignore ces idées, comme il est dur et long de s’habituer à sa compagnie, de l’accepter enfin comme venant de Dieu! J’avais huit ans de vie religieuse quand je suis allé en Alaska et je l’ignorais complètement. C’est là dans la solitude affreuse, sur les bords du Yukon, que Dieu me mit en face d’elle pendant trois ans. Dans les grandes villes il est facile de la fuir; mais, là, c’était impossible et je l’avais en pleins yeux tous les jours. Mon jugement était contrarié cinquante fois par jour dans autant de niaiseries, mais combien difficiles à accepter! Que de larmes j’ai versées là! Que de plaintes adressées à Dieu de me faire une pareille vie, faite de tant de sottises de la part de mon âne! Avec le temps et la prière, Dieu eut pitié de moi et me fit comprendre la sagesse de son plan pour dépaganiser le païen si rebelle à la grâce de Dieu. Il me fallait tous les trois ans pour enfin voir clair… et j’en remercie Dieu de tout coeur et je voudrais tant faire comprendre cette sagesse divine aux autres avant qu’ils ne perdent la plus grande partie de leur vie à disputer contre cet immense bienfait de Dieu que la sottise humaine qui se trouve partout!

La malice est encore plus dure à accepter, car elle fait mal, fait souffrir dans tout l’être, tandis que la sottise nous choque seulement. L’homme par nature aime à faire sa volonté, met son bonheur là en grande partie; c’est pourquoi Dieu va le contrarier là comme dans son jugement. Plus la volonté est tenace et plus ses adversaires le seront aussi. Tous les disciples de Jésus rencontreront un jour leur Judas et leur Pilate pour leur faire subir des outrages, des mauvais coups et même des blessures. Ils leur feront des injustices criantes et des injures très pénibles à supporter. Ils lui arracheront ses biens où il mettait son bonheur trop naturel; ils éloigneront ses amis par toutes sortes de calomnies; enfin sa vie sera gâtée profondément par des ennemis de toutes sortes. Que de foi il faut avoir pour voir Dieu en tout cela! Pourtant, tous les chrétiens devraient avoir assez d’esprit de foi pour le faire. Que fait-on quand le ciel semble en colère, qu’il lance des coups de tonnerre formidables, qu’il nous mitraille de sa grêle et nous cravache par ses tempêtes, ou nous aveugle par ses tourbillons de neige? On se met à l’abri, si l’on peut, mais on ne dispute pas contre le ciel. Eh bien! ce n’est pas plus difficile pour Dieu de bouleverser la calotte de cet homme que de son ciel. Quand il est furieux et qu’il lance des injures, des mauvaises paroles, des pierres ou d’autres objets par la tête, qu’on se sauve devant cette tempête, qui vient de Dieu, comme une tempête en mer. Qu’on ne dispute pas plus contre cet homme que contre la mer ou le vent. Dieu fait pour nous ce que les médecins faisaient autrefois avec les sangsues. Puisqu’elles veulent du sang, les médecins les appliquaient sur des plaies pour leur en faire sucer le mauvais sang. Ainsi Dieu applique ses «furieux» sur notre «païen» qui a besoin d’être massacré pour ses péchés. On ne doit pas être une exception c’est normal pour un chrétien d’expier en ce monde ses péchés et même après, c’est normal pour lui de souffrir pour mériter pour lui et pour d’autres une plus belle place au ciel. Voici un texte de St Pierre, qui est bien catégorique sur ce point.

Malice et injustice! 1 Pierre. 2-18: «Serviteurs, soyez soumis à vos maîtres en toute crainte, non seulement à ceux qui sont bons et doux, mais même à ceux qui sont fâcheux. Car le mérite consiste devant Dieu à supporter pour lui plaire les peines qu’on nous fait souffrir avec injustice. En effet, quelle gloire y a-t-il, si c’est pour vos péchés que vous endurez des outrages? (Ce n’est donc pas seulement pour punir nos péchés que Dieu nous en envoie) Mais si, faisant le bien, vous les souffrez avec patience, voilà votre mérite devant Dieu. (Il nous en envoie donc rien que pour mériter une plus belle place au ciel!) et c’est à cela que vous avez été appelés (C’est votre vocation) puisque même Jésus a souffert pour nous, vous laissant un exemple afin que vous suiviez ses traces. Lui qui n’a jamais commis de péché, et de la bouche de qui nulle parole trompeuse n’est jamais sortie, quand on le maudissait, il ne répondait point par des injures; quand on le maltraitait, ne menaçait point; mais s’abandonnait au pouvoir de celui qui le jugeait injustement». (Pilate) Crampon a mis «avec justice», voulant marquer Dieu et non Pilate. La Vulgate a une meilleure traduction, qui suit mieux le contexte. C’est notre vocation, dit St-Pierre, de souffrir avec injustice. Cela reste clair. St Pierre dit que c’est notre vocation d’être traité injustement par nos supérieurs (légitimes) malcommodes et St Paul veut qu’on supporte constamment la correction qu’ils nous infligent; c’est donc bien normal pour un chrétien de souffrir injustement de la part de la malice des hommes, et d’ordinaire des supérieurs, puisqu’ils sont les seuls à pouvoir s’imposer à nous. Nous devons imiter J-C. là comme ailleurs. Or les Apôtres, comme on vient de le montrer, disent que le calice de Jésus était plein de souffrances, de sottises et de cruautés ou d’injustices; c’est le démon qui avait préparé tout cela avec ses instruments, les prêtres et les Scribes. Mais une fois préparés, c’est le Père éternel qui le lui présente. «Est-ce que je ne dois pas boire le calice que mon père me présente?» Or nous sommes les membres du corps mystique de Jésus et nous devons recevoir le même traitement que lui. Donc, en proportion que Dieu voudra nous faire participer à la gloire de Jésus, il mettra dans nos petits calices les mêmes souffrances, sottises et injustices que dans le calice de Jésus, ce qui sera l’oeuvre des démons, mais quand il sera temps de le boire, c’est Dieu le Père qui nous le présentera par ses représentants sur la terre, nos supérieurs. Cela est normal, pas exceptionnel, comme tant de philosophes le disent. Jésus dit que nous devons porter notre croix tous les jours de notre vie. C’est donc ordinaire, normal, c’est notre vocation de souffrir de la sorte toutes ces choses pénibles qui remplissaient le calice de Jésus. Comment se fait-il que les prêtres et les fidèles semblent ne rien savoir de cette vocation; jamais les premiers n’en parlent aux seconds. dieu doit nous massacrer, qu’on le dise donc à tout l’univers!!! Pourquoi les supérieurs ont-ils peur de cette doctrine? Ont-ils peur de perdre leur réputation en donnant cette doctrine? Les Évangélistes n’ont pas eu peur de perdre la réputation du Père éternel en disant que c’est lui qui a fait crucifier J-C., son Fils bien-aimé, que c’est lui qui lui a présenté le calice affreux! Quelle responsabilité de préférer leur gloriole humaine à la gloire de Dieu! Voici un texte d’Isaïe montrant Dieu «broyant» Jésus, le «transperçant» et le «meurtrissant»; c’est aussi fort que «massacrer»; ch. 53: «Vraiment c’était nos maladies qu’il portait, Et nos douleurs dont il était chargé; Et nous, nous le regardions comme puni, frappé de dieu et humilié. Mais, lui, il a été transpercé à cause de nos péchés; broyé, à cause de nos iniquités; Le châtiment qui nous donne la paix a été sur lui, Et c’est par ses meurtrissures que nous sommes guéris.»

Or, lui n’avait que les apparences du péché; que ne fera pas Dieu pour les vrais coupables? Attendons-nous donc à être massacrés par Dieu! Les Actes, 4-27, le disent explicitement: «Voici qu’en vérité, dans cette ville, se sont ligués contre votre serviteur Jésus, consacré par votre onction, Hérode et Pilate, avec les Gentils et le peuple d’Israël pour faire ce que votre main et votre conseil avaient arrêté d’avance». Que Dieu accorde à tous la grâce d’entrer dans cette sagesse divine si contraire à la sagesse humaine! Dieu nous châtie. Judith, 8. Voici encore un texte de l’Anc. Testament qui prouve nos affirmations… On remarquera quel merveilleux modèle de vie sainte Judith nous offre dans ces temps reculés. «Il y avait déjà trois ans et six mois que Judith était veuve. Elle s’était construit, sur le toit de sa maison, une chambre retirée, où elle demeurait enfermée avec ses servantes, les reins couverts d’un cilice, elle jeûnait tous les jours de sa vie, excepté les jours de sabbat et de nouvelle lune et les fêtes de la Maison d’Israël…» Et cela avant d’avoir la présence de J-C.!, réellement, comme nous l’avons par l’Eucharistie!… Quelle honte pour nos chrétiens qui ne visitent à peu près jamais N.S dans ses églises, qui prient peu et se mortifient encore moins! Aussi, Dieu va la choisir pour sauver tout son peuple assiégé par Holopherne. Écoutons cette vraie sagesse d’en-haut… «Maintenant mes frères, puisque vous êtes les Anciens du peuple de Dieu et que leur vie dépend de vous, relevez leurs coeurs par vos paroles pour qu’ils se souviennent que nos pères ont été éprouvés afin que l’on connût qu’ils servaient véritablement leur Dieu. Ils doivent se rappeler comment notre père Abraham a été tenté et comment, éprouvé par beaucoup de tribulations, il est devenu l’ami de Dieu. De même Isaac, de même Jacob, de même Moïse, et tous ceux qui ont plu à dieu ont passé par beaucoup d’afflictions en demeurant fidèles. Mais ceux qui n’ont pas accepté ces épreuves avec la crainte du Seigneur et qui ont donné cours à leur impatience et à d’injurieux murmures contre le Seigneur, ceux-là, l’Exterminateur les a frappés de mort et les serpents les ont fait périr. Ne nous laissons donc pas aller à l’impatience à cause des maux que nous souffrons, mais estimons que ces tourments, moindres que nos péchés, sont les verges dont le seigneur nous châtie, comme ses serviteurs, pour nous amender, et croyons que ce n’est pas pour notre perte qu’ils nous sont envoyés.» Voilà donc une doctrine que tous les fidèles devraient connaître à fond et dont ils n’entendent jamais parler. En proportion que Dieu veut sanctifier les fidèles, ils recevront tous une part du calice de J-C., pleins de sottises, d’injustices et de souffrances. Les démons préparent ce qu’il y a de pénible et d’injuste, puis c’est Dieu qui leur présente à chacun son petit calice, et d’ordinaire par leurs supérieurs, ses représentants sur la terre, exactement comme pour Jésus. Mais ce sont les philosophes et les supérieurs philosophes qui ne veulent pas qu’on donne cette doctrine au peuple, de peur de perdre leur réputation. D’abord c’est faux qu’ils la perdraient. Est-ce que le Père éternel l’a perdue quand les Évangélistes disent que c’est lui qui a préparé son calice à Jésus? Si des philosophes avaient écrit l’Évangile, ils diraient de Jésus: «après beaucoup de tribulations, il passa à une meilleure vie»! Comme nos historiens ont peur de parler des persécutions des saints par leurs supérieurs! Ainsi dans le Bréviaire on ne dit rien des persécutions de St Alphonse de Liguori par les siens, ni qu’il a été jeté hors de sa Congrégation par le Pape! On ne dit rien des persécutions de St Jean de la Croix par ses frères et ses supérieurs. Les Rédemptoristes cachent l’auteur qui révèle toutes les injustices des siens au sujet de St Alphonse. St Boniface, qui voulait sanctifier les prêtres, a été persécuté par eux et martyrisé par les siens. Ste Marguerite-Marie passait pour folle et était traitée en conséquence des années!

Quand on explique toute la doctrine il n’y a personne pour se scandaliser; tous comprennent que c’est le plan divin pour sa gloire. N.S. disait à Ste Angèle de Foligno: «À quelqu’un qui t’offense en parole ou en acte, tu crieras que tu es indigne d’une telle faveur… tu sauras que je suis en toi, si toute parole et toute action ennemies provoquent en toi, non la patience, mais la reconnaissance et le désir. Ceci est un signe certain de ma grâce. Ceux qui aiment et qui suivent la voie que j’ai suivie, la voie des douleurs, ceux-là sont mes fils légitimes. Ceux dont l’oeil intérieur est fixé sur ma passion et ma mort, sur ma mort, vie et salut du monde, sur ma mort et non pas ailleurs, ceux-là sont mes enfants légitimes et les autres ne le sont pas.»

Joseph vendu par ses frères. Gen. 50-19. Voici un bel exemple classique des voies de Dieu pour éprouver ses amis. Il mobilise toutes ses créatures: les démons, la sottise, la jalousie, l’injustice, la cruauté et la souffrance. Dieu le voulait comme figure de J-C. sur la croix pour le suivre dans la gloire. On voit comment Joseph qui connaît tout le plan de Dieu n’est pas du tout scandalisé de la méchanceté de ses frères, ni ne leur en veut. Au contraire, il les comble de bienfaits. Écoutons-le: «Vous aviez dans la pensée de me faire du mal, mais Dieu avait dans la sienne d’en faire sortir du bien, afin d’accomplir ce qui arrive aujourd’hui, afin de conserver la vie à un peuple nombreux. Soyez sans crainte, je vous entretiendrai, vous et vos enfants». C’est ainsi qu’il les consola en parlant à leur coeur. Voilà ce que seraient les sentiments des bons catholiques envers tous leurs persécuteurs, même les supérieurs, si les prêtres avaient la foi et le bon sens de tout expliquer cette doctrine à leurs fidèles. C’est ce que j’ai fait dans mes retraites sacerdotales et combien d’Évêques et de supérieurs m’ont avoué que leurs inférieurs leur obéissaient mieux que jamais. C’est donc absolument faux et ignorant ce que les prêtres philosophes pensent de cette doctrine quand ils en entendent simplement parler sans en suivre la retraite entière. Quelle magnifique doctrine pour apaiser tous ceux qui souffrent persécution!

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