lundi 10 juin 2013

Le Concile des méchants

      «Concilium malignantium obsedit me» Ps XXI, 17

Nous voudrions montrer que le XXIe Concile oecuménique, couramment appelé Vatican II, est prédit, et même schématiquement décrit, dans le Psaume XXI de la Vulgate. Ce psaume contient cette singulière locution : "Concilium malignantium obsedit me", qui signifie : le Concile des méchants m'a assiégé. Le psaume et le concile sont ainsi placés sous le même symbole numérique, particularité qui éveille déjà l'idée d'une correspondance.

Le Psaume XXI est l'un des plus anciennement commenté parce qu'il contient, énoncées d'avance par le psalmiste, quelques-unes des "paroles de la Croix". Mais, jusqu'à notre époque, l'expression "concilium malignantium" n'avait pas attiré particulièrement l'attention parce que le Concile qu'elle désigne n'avait pas eu lieu. Les prophéties ne deviennent certaines qu'après leur réalisation.

Ce vénérable psaume fait donc l'objet d'une exégèse classique que non seulement il n'est pas question pour nous de contester, mais qui va nous servir de fondement pour proposer une amplification de son sens traditionnel.

I - L'INTERPRÉTATION CLASSIQUE

Examinons d'abord l'exégèse classique du Ps. XXI, puisque c'est elle qui servira de base à notre interprétation complémentaire :

Empruntons au R.P. Fillion, professeur d'Ecriture Sainte à l'Institut Catholique de Paris dans les années 1900, son jugement très autorisé sur le Psaume XXI.

«Ce psaume a toujours été infiniment cher à l'Eglise. C'est qu'il décrit, avec une beauté et une puissance de langage vraiment insurpassable, d'une part, les plus poignants mystères de la vie du Messie, les humiliations et les souffrances de la Passion ; et d'autre part, le glorieux mystère de Sa Résurrection.

Le doute n'est pas possible sur ce point, car la tradition ecclésiastique est unanime, et elle s'appuie sur plusieurs passages du Nouveau Testament où nous voyons tantôt Jésus-Christ S'approprier Lui-même ce psaume, tantôt les apôtres et les évangélistes Lui en appliquer divers textes. Et l'accomplissement en a été d'une précision si frappante, qu'un ancien a pu écrire que l'on peut regarder ce psaume autant comme une prophétie que comme une histoire : "Ut non tam prophetia quam historia videatur !"

Tous les commentateurs font remarquer que le Ps. XXI se divise en deux parties :

La première prophétise les brutalités qui devaient être infligées au divin Crucifié. Cette première partie constitue un CHANT DE LAMENTATION.

La deuxième partie (du verset 23 jusqu'à la fin) annonce la Résurrection et le Règne du Seigneur en même temps que la gloire de l'Eglise. C'est véritablement un CHANT DE TRIOMPHE.

Cette séparation en deux "chants" d'esprit opposé dans un même psaume a été mise en évidence depuis très longtemps et elle restera donc l'une des bases de notre raisonnement.

Commençons par l'examen de la première partie, celle dont nous venons de dire qu'elle constitue un "chant de lamentation". Les plus antiques commentateurs chrétiens de l'Ecriture Sainte n'ont pas manqué de reconnaître, dans le Ps. XXI, la prophétie de la PASSION PHYSIQUE de Notre-Seigneur, prophétie qui venait de se réaliser sous les yeux  mêmes des Évangélistes et qui prouvait la "messianité" de Jésus de Nazareth.

Nous reproduisons ci-dessous la traduction française de la première partie du Ps. XXI (jusqu'au verset 23). On pourra ainsi y recourir pour situer dans leur contexte les quelques versets que nous citerons à nouveau et que nous commenterons plus particulièrement.

1. Pour la fin, pour le secours du matin, Psaume de David.

2. O Dieu, Mon Dieu, regardez-moi ; pourquoi m'avez-Vous abandonné ? La voix de mes péchés éloigne de moi le salut.

3. Mon Dieu, je crierai pendant le jour, et Vous ne m'exaucerez pas, et pendant la nuit, et l'on ne me l'imputera point à folie.

4. Mais Vous, Vous habitez dans le sanctuaire ; Vous qui êtes la louange d'Israël.

5. Nos pères ont espéré en Vous ; ils ont espéré, et Vous les avez délivrés.

6. Ils ont crié vers Vous, et ils ont été sauvés ; ils ont espéré en Vous, et ils n'ont point été confondus.

7. Mais moi, je suis un ver, et non un homme ; l'opprobre des hommes, et le rebut du peuple.

8. Tous ceux qui m'ont vu se sont moqués de moi ; de leurs lèvres ils ont proféré l'outrage, et ils ont branlé la tête.

9. Il a espéré au Seigneur, qu'Il le délivre ; qu'Il le sauve, puisqu'Il l'aime.

10. Oui, c'est Vous qui m'avez tiré du ventre de ma mère ; Vous êtes mon espérance depuis le temps où je suçais ses mamelles.

11. Au sortir de son sein, j'ai été jeté sur Vos genoux ; depuis que j'ai quitté ses entrailles, c'est Vous qui êtes mon Dieu.

12. Ne Vous retirez pas de moi, car la tentation est proche, et il n'y a personne qui me secoure.

13. Des jeunes taureaux nombreux m'ont environné; des taureaux gras m'ont assiégé.

14. Ils ont ouvert leur bouche sur moi, comme un lion ravisseur et rugissant.

15. Je me suis répandu comme l'eau, et tous mes os se sont disloqués. Mon cœur est devenu comme de la cire fondue au milieu de mes entrailles.

16. Ma force s'est desséchée comme un tesson, et ma langue s'est attachée à mon palais ; et vous m'avez conduit à la poussière du tombeau.

17. Car des chiens nombreux m'ont environné ; une bande de scélérats m'a assiégé. Ils ont percé mes mains et mes pieds.

18. Ils ont compté tous mes os. Ils m'ont considéré et contemplé.

19. Ils se sont partagé mes vêtements, et ils ont jeté le sort sur ma tunique.

20. Mais Vous, Seigneur, n'éloignez pas de moi Votre secours ; prenez soin de ma défense.

21. Délivrez, ô Dieu, mon âme du glaive, et mon unique du pouvoir du chien.

22. Sauvez-moi de la gueule du lion, et sauvez ma faiblesse des cornes des licornes.

Commençons par énumérer les passages du Psaume XXI qui prophétisent les diverses phases du Sacrifice du Calvaire.

Réduisons-nous aux quatre versets les plus caractéristiques : les versets 2, 7, 16 et 19.

Verset 2. Après l'intitulé qui est constitué par le premier verset, c'est le verset 2 qui est le véritable début du psaume. C'est lui qui contient l'exclamation fameuse de Notre-Seigneur qui fut sa dernière parole sur la Croix avant de rendre l'esprit : «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-Vous abandonné ?»

Le choix de ce passage, par Notre-Seigneur, dans un moment aussi solennel nous invite à considérer tout l'ensemble du psaume avec la plus grande attention. Il s'agit incontestablement d'un psaume privilégié.

Verset 7. «Mais moi je suis un ver et non un homme...»

Ici rien de particulier n'est annoncé mais l'Écrivain sacré synthétise l'ensemble des humiliations dont le
Rédempteur est l'objet depuis Son arrestation jusqu'à Sa mort. Il ne s'agit pas d'un Messie triomphant, mais d'un Messie souffrant.

Verset 16. «... ma langue s'est attachée à mon palais...»

Le psaume fait ici allusion à la terrible soif des crucifiés qui se manifeste par une sécheresse extrême de la gorge. Un autre psaume est encore plus précis dans la prédiction : «... et dans ma soif, ils m'ont abreuvé de vinaigre» (Ps. LXVIII, 22).

Lorsque Notre-Seigneur a prononcé Son célèbre "sitio", J'ai soif, il avait en vue l'accomplissement des Ecritures à Son sujet, comme l'évangéliste saint Jean le fait remarquer : «Après cela, Jésus sachant que désormais tout était accompli, dit, afin que l'Ecriture soit accomplie : J'ai soif». (Jean XIX, 28) C'est alors qu'on Lui présenta une éponge imbibée de vinaigre.

On voit que ces deux psaumes associés (21 et 68) avaient prophétisé cet épisode devenu si célèbre depuis qu'il a été réalisé.

Verset 19. «Ils se sont partagé mes vêtements et ils ont jeté le sort sur ma tunique».

Cet épisode, si caractéristique lui aussi, après avoir été prédit par le psaume XXI, est rapporté historiquement par saint Marc, par saint Luc et surtout par saint Jean (XIX, 23-24) qui est le plus complet et le plus explicatif :

«Quand les soldats eurent crucifié Jésus, ils prirent Ses vêtements, dont ils firent quatre parts, une pour chaque soldat, et aussi Sa tunique. Or la tunique était sans couture, toute d'un seul tissu depuis le haut. Ils se dirent donc les uns aux autres : Ne la déchirons pas, mais tirons au sort à qui elle sera. C'était pour que s'accomplit cette parole de l'Ecriture : ils se sont partagé Mes vêtements, et ils ont tiré Ma robe au sort. C'est ce que firent les soldats».

Tels sont les quatre principaux passages du Ps. XXI qui prophétisent la crucifixion du Juste avec le plus de précision.

Cependant, ce même psaume contient d'autres passages, indubitablement prophétiques eux aussi, mais dans lesquels la précision est beaucoup moindre.

Nous voulons parler des quatre autres versets 13, 14, 17 et 21. On a pu les rapporter à la Passion physique du Christ sans trop solliciter le texte. Il y a là une première interprétation communément admise et que nous allons mentionner dans un instant. Voici, tout d'abord, ces passages :

Verset 13. «De jeunes taureaux nombreux ("vituli" dans le texte) m'ont environné ; des taureaux gras ("tauri" dans le texte) m'ont assiégé».

Verset 14. «Ils ont ouvert leur bouche sur moi, comme un lion ravisseur et rugissant».

Verset 17. «Car des chiens ("canes" dans le texte) nombreux m'ont environné ; une bande de scélérats
("concilium malignantium" dans le texte) m'a assiégé».

Verset 21. «Délivrez O Dieu, mon âme du glaive, et mon unique ("unicam meam" dans le texte) du pouvoir du chien».

Voyons d'abord quelle est l'interprétation classique de ces quatre versets. Nous l'emprunterons au R.P. Fillion.

Ces versets tracent, dit-il, un vivant tableau des ennemis du Messie et de leur cruauté. "Vituli" désigne des taureaux jeunes et "tauri pingues" ("les forts de Basan" dans les Septantes) désignent des taureaux nourris sur les gras pâturages de la Province de Basan, située au pied de l'Hermon où le Jourdain prend sa source, dans la partie nord-est de la Palestine. Ces animaux, à demi sauvages, ont coutume de se ranger en cercle autour de tout objet nouveau ou extraordinaire, et pour peu qu'il les excite, ils l'assaillent à coups de cornes.

Quant aux chiens ("canes") du verset 17, ils représentent, toujours selon le R.P. Fillion, interprète de l'Ecole, la foule cruelle qui assista aux procès de Jésus, suivit le cortège jusqu'au Golgotha et observa longuement le Christ agonisant. Tous ces gens se comportaient comme des chiens faméliques qui errent la nuit dans les villages de l'Orient.

Dans le prolongement de cette même signification, l'expression "concilium malignantium" du verset 17 désigne, selon Fillion et beaucoup d'autres interprètes, une "bande de scélérats" sans pitié, acharnée à faire souffrir et à humilier le Juste.

Passons au verset 21 : «Délivrez mon unique du pouvoir du chien».

Fillion traduit "mon unique" comme désignant "la vie temporelle", en donnant pour motif qu'une fois perdue, la vie ne se remplace pas et que, par conséquent, elle est "unique". Mais alors, si suivant Fillion, on traduit "mon unique" par "ma vie temporelle" ou, comme d'autres, par "mon âme", on ne comprend pas très bien le sens de l'exclamation de Notre-Seigneur.

Nous allons donner plus bas une tout autre interprétation à ces deux mots "unicam meam".

Dans ce système interprétatif, qui est couramment accepté, on considère les "Vituli", les "Tauri" et les "Canes" comme des ennemis de Notre-Seigneur exerçant leur hostilité sur le théâtre même du Calvaire, ce qui est d'ailleurs en partie justifié par le texte : "circumdederunt ME", "super ME os suum". Le pronom ME désigne évidemment la personne du Christ. Il est donc certain que l'exégèse classique est tout à fait acceptable. Nous disons seulement qu'elle ne rend pas tout le sens du texte et que l'on peut valablement la compléter.

II - PROPHÉTIE DE LA PASSION MYSTIQUE DE L'EGLISE

Il nous semble, en effet, que les quatre versets 13, 14, 17 et 21 s'appliquent non seulement à la Passion
physique du Verbe Incarné mais aussi à la Passion mystique de l'Eglise.

Nous pensons que les lamentations du Crucifié, prophétisées dès le temps de David par le Ps. XXI, ne se rapportent pas seulement aux avanies, sévices et brutalités qui ont été infligées à la personne de Jésus-Christ. Ces mêmes lamentations s'étendent également aux épreuves que doit subir l'Eglise contemporaine du XXIe Concile. Et cela parce que cette Eglise, proche de la fin des temps, est l'objet d'une éclipse apparente, véritable mort physique que les Églises des époques précédentes n'ont pas eu à subir.

Il est logique de penser que si l'Eglise des Gentils apparaît dans la partie triomphale du psaume, comme nous le verrons dans quelques instants, rien n'interdit de reconnaître aussi sa présence dans les lamentations, dès lors que le texte y incline.

Mais alors quelques termes latins de la Vulgate vont recevoir une interprétation plus large que celle qui est communément reçue. Les assaillants du Christ en Croix vont devenir aussi des assaillants de l'Eglise. Nous allons devoir donner un nouveau sens aux termes (surtout les taureaux et les chiens) qui désignent ces assaillants de l'Eglise.

Voici les nouvelles significations qui nous paraissent expliquer le plus clairement le texte.

1 - Examinons d'abord quelle est la signification qu'il convient de donner à "vituli" et à "tauri pingues".

Quels sont ces taureaux, jeunes ou adultes, dont il est question aux versets 13 et 14 ?

Ils désignent des hommes en rapport avec l'offrande des sacrifices, que ce soit les sacrifices figuratifs de l'Ancienne Loi ou que ce soit, dans la Nouvelle Loi, le Sacrifice du Divin Rédempteur. Ces animaux figurent des prêtres car les prêtres sont institués dans la nouvelle comme dans l'ancienne Loi, pour offrir la victime.

Le taureau est l'animal emblématique du sacerdoce parce que le taureau est le plus imposant des animaux que l'on peut présenter comme victime. Le taureau ailé est l'animal emblématique de saint Luc dont l'Évangile nous présente plus spécialement Jésus-Christ comme exerçant son ministère de Pontife Universel. Le taureau est l'emblème sacerdotal. Les "jeunes taureaux", vituli, représentent les prêtres. Les "taureaux forts", tauri pingues, représentent les évêques qui sont revêtus de la plénitude du sacerdoce.

Demandons-nous maintenant quel rôle jouent les taureaux dans les versets 13 et 14 où ils sont nommés. Ce rôle est double. On nous dit qu'ils "assiègent", et aussi qu'ils "ouvrent la bouche".

D'abord ils assiègent. Deux verbes décrivent cette action : "circumdederunt" et "obsederunt". Ce sont deux verbes qui ont à peu près la même signification. Ils veulent dire tous les deux "investir" au sens fort, c'est-à-dire en accomplissant jusqu'au bout l'action exprimée par le verbe. Ils signifient donc tous les deux : envahir, occuper ce que l'on a préalablement encerclé et investi(1).

Mais les "vituli" et les "tauri pingues" ne se contentent pas d'assiéger et d'occuper. On nous dit aussi : "Ils ont ouvert la bouche contre moi". Contre moi, c'est-à-dire contre le Christ, au Prétoire d'abord, puis au Calvaire.

Mais ils "ouvrent la bouche" aussi, bien des siècles plus tard, contre l'Eglise, laquelle était donc destinée à souffrir par les prêtres du nouveau Sacerdoce comme le Christ a souffert par les prêtres du Sacerdoce d'Aaron.

Comment ouvrent-ils la bouche ? Les taureaux, jeunes ou vieux, c'est-à-dire prêtres ou évêques, sont déclarés rugir comme des lions. Cela veut dire qu'ils parlent fortement avec l'intention d'être écoutés et obéis. Mais il ne suffit pas à ces lions de rugir. Ce sont aussi des lions rapaces (rapiens), des lions qui dévorent la proie contre laquelle ils ont d'abord rugi. Ils parlent mais ils veulent aussi s'approprier.

Comment ne pas reconnaître, dans ce verbalisme, dans cet investissement et cette occupation, la prodigieuse activité parasite de tous ces conciliabules d'experts, prêtres et évêques, qui ont entouré le Concile Vatican Il et qui ont fini par s'en rendre maîtres (circumdederunt). Nous ne parlons pas des commissions régulières, mais des séances du Concile en vue de peser sur ses décisions. Ces conciliabules ont été à ce point "pontifiants" que les éditorialistes du moment leur ont donné d'un commun accord le nom de PARA-CONCILE.

2 - Considérons maintenant les "canes" du verset 17. Ceux-là ne sont pas des prêtres. Ce sont des laïques. Le texte nous dit d'abord qu'ils ont entouré le Juste (circumdederunt me). Mais ils font beaucoup plus que L'entourer. Ils constituent autour de Lui, comme nous le suggère fortement le psalmiste, une assemblée délibérante qui l'assiège : "CONCILIUM MALIGNANTIUM OBSEDIT ME". Le concile des méchants M'a assiégé. Il assiège le Christ au Golgotha c'est certain, mais il assiège aussi l'Eglise à Vatican II.

Car la locution "concilium malignantium" est visiblement superlative. Elle désigne, certes, la foule informelle qui suit le Christ au Calvaire. Mais ne désigne-t-elle pas avec plus de justesse encore, ces assises organisées et prolongées que l'on a appelées le "para-concile".

Les "canes" laïques, en effet, sont venus grossir les rangs et la force du para-concile. Ces chiens représentent globalement tous les agents médiatiques, tous les "observateurs" maçonniques, soviétiques, juifs, musulmans ou orientaux qui ont tourné autour du Concile avec mission de peser sur lui dans le sens du syncrétisme et de ravaler la Religion du Verbe Incarné au rang "des grandes confessions" qui doivent se partager le monde, dans le PLURALISME.

Concile et Para-Concile ont positivement fusionné. Ils ont réalisé ensemble un véritable bicamérisme. Il n'y eut de fait qu'un seul Parlement religieux, avec deux chambres, où les mêmes sujets ont été débattus. Une "Chambre basse" lançait les idées de réforme et une "Chambre Haute" entérinait les plus "opportunes". C'est ce Parlement assiégé et envahi que le psalmiste nous désigne sous le nom de "Concilium malignantium".

3 - Le verset 21, placé sous le même signe numérique que le psaume lui-même et que le Concile, va nous permettre de confirmer l'ensemble de cette interprétation.

Le Crucifié demande à Dieu de délivrer Son âme du glaive et Son unique du pouvoir des chiens : «Erue a framea, Deus, ANIMAM MEAM et de manu canis UNICAM MEAM».

Les interprétateurs modernes font preuve d'un certain embarras, surtout pour trouver un sens à "unicam meam", qu'ils traduisent par "ma vie temporelle", traduction qui n'est pas très satisfaisante, nous l'avons vu.

Et pourtant il existe une très ancienne interprétation qui paraît beaucoup plus judicieuse et dont nous trouvons une expression particulièrement autorisée sous la plume de Boniface VIII. Le 18 novembre 1302, le Pape Boniface VIII adresse au Roi de France, Philippe IV, la Bulle connue depuis sous le nom de "Bulle Unam Sanctam". Le Pape réunit des arguments pour montrer au Roi de France que la tête de l'Eglise ne saurait être double pas plus que son chef, le Christ, n'est double. L'Eglise représente le corps mystique du Christ et elle est unique. Voici comment s'exprime Boniface VIII :

«Nous devons reconnaître une seule Eglise, sainte, catholique et apostolique. Hors de cette Eglise, il n'y a pas de salut ni de pardon pour les pécheurs... Elle représente un seul corps mystique, duquel corps le Christ est la tête, mais Dieu est la tête du Christ. En laquelle Eglise, il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême».

Le Pape va évidemment soutenir son affirmation par les citations scripturaires que l'on avance généralement quand on veut prouver la "Note d'Unité". Il va d'abord rappeler l'unité de l'arche de Noé:
«... A l'époque du Déluge, il y eut une seule arche de Noé, préfiguration de l'Eglise unique et tout ce qui était en dehors d'elle sur la terre fut détruit».

Puis Boniface VIII invoque le psaume XXI et son verset 21 :

«Nous vénérons aussi l'Eglise comme unique car le Seigneur a dit à son prophète (mis ici pour "psalmiste") : «O Dieu, arrachez mon âme au glaive et MON UNIQUE à la main du chien». (Ps. XXI, 21).

Ne voulant négliger aucune preuve de l'unité de l'Eglise le Pape continue :

«Il a prié en effet pour Son âme, c'est-à-dire pour Lui-même, à la fois tête et corps, parce que l'UNIQUE désigne ici le corps, c'est-à-dire qu'Il a nommé l'Eglise, à cause de l'unité de l'époux, de la foi, des sacrements et de la charité de l'Eglise. Celle-ci est la TUNIQUE sans couture du Seigneur qui ne fut pas partagée, mais tirée au sort. Cette EGLISE, une et unique, n'a qu'un seul corps, une seule tête, et non deux têtes comme si elle était un monstre, c'est-à-dire le Christ et le vicaire du Christ, Pierre et le successeur de Pierre».

Il ne fait donc aucun doute que, pour Boniface VIII, l'expression "unicam meam" du verset 21 désigne l'Eglise. Et cette interprétation lui semble suffisamment assurée pour qu'il en fasse une preuve scripturaire dans un raisonnement théologique particulièrement important puisqu'il s'agit de défendre les prérogatives du Saint Siège.

Nous voilà donc confirmés dans l'orientation que nous avons donnée à notre exégèse : dans la première partie du Ps. XXI (celle dont nous avons dit qu'elle était un "chant de lamentation"), il n'est pas déplacé de voir, derrière la prophétie majeure de la PASSION PHYSIQUE de Notre-Seigneur, la prophétie mineure de la PASSION MYSTIQUE de l'Eglise.

Ainsi le "CONCILIUM MALIGNANTIUM" du verset 17 peut sans difficulté être considéré comme un épisode paroxystique de la Passion de l'Eglise. Il s'en suit que c'est bien le Concile Vatican II, 2le Concile œcuménique, qui est désigné dans le 21e Psaume, par les termes de "Concile des Méchants".

Rien d'étonnant à ce que ces fruits soient si amers.

III - UNE GRANDE ESPÉRANCE

Jésus donc, dans le Psaume XXI, demande la délivrance pour "Son unique" c'est-à-dire Son corps mystique, Son Eglise. Cette délivrance va précisément nous être décrite dans la deuxième partie de ce même psaume.

A partir du verset 23 jusqu'à la fin, nous assistons au TRIOMPHE du Christ sur tous les ennemis dont il a été question jusqu'alors. Et C'EST AUSSI LE TRIOMPHE DE L'EGLISE, laquelle est explicitement évoquée au verset 26 : «Apud te laus mea in ECCLESIA MAGNA ...» «Je vous adresserai ma louange dans une grande assemblée».

Les dix derniers versets du Psaume XXI nous apportent une grande espérance et une grande consolation, nous qui sommes plongés dans le sillage grandiloquent, tumultueux et catastrophique du "Concilium malignantium". Les lamentations du Crucifié se sont changées, d'un seul coup, en un chant de gloire pour Lui et pour Israël. Nous pouvons penser qu'il en sera de même pour son "Unique".

Le Psaume XXI invite à espérer que la douloureuse éclipse de l'Église au temps du XXIe Concile, fera place à un beau rayon de soleil.

Pour le bien comprendre il faut se souvenir que l'Église constitue "l'Israël du Nouveau Testament".

APPENDICE

1 - Reproduisons maintenant les dix derniers versets du Psaume XXI dont on aura ainsi le texte complet :

23. J'annoncerai votre nom à mes frères ; je vous louerai au milieu de l'assemblée.

24. Vous qui craignez le Seigneur, louez-Le : toute la race de Jacob, glorifiez-Le.

25. Que toute la race d'Israël Le craigne, parce qu'Il n'a pas méprisé ni dédaigné la supplication du pauvre, et qu'Il n'a point détourné de moi Son visage; mais qu'Il m'a exaucé lorsque je criai vers Lui.

26. Je vous adresserai ma louange dans une grande assemblée ; j'acquitterai mes vœux en présence de ceux qui le craignent.

27. Les pauvres mangeront et seront rassasiés, et ceux qui cherchent le Seigneur Le loueront ; leurs cœurs vivront dans les siècles des siècles.

28. Toutes les extrémités de la terre se souviendront du Seigneur et se convertiront à Lui ; et toutes les familles des nations L'adoreront en Sa présence

29. Car le règne appartient au Seigneur, et Il dominera sur les nations.

30. Tous les riches de la terre ont mangé et adoré ; tous ceux qui descendent dans la terre se prosterneront devant Lui.

31. Et mon âme vivra pour Lui, et ma race Le servira.

32. La postérité qui doit venir sera annoncée au Seigneur, et les cieux annonceront Sa justice au peuple qui doit naître, et que le Seigneur a fait.

2 - UNE CONFIRMATION NON NÉGLIGEABLE

Nous avons considéré le Psaume XXI comme énonçant deux prophéties complémentaires, l'une très
anciennement connue relative à la Passion physique de Notre-Seigneur, l'autre nouvellement découverte du fait de sa réalisation récente et concernant la passion mystique de la Sainte Eglise, Son épouse.

Or la position que nous avons prise ainsi reçoit une confirmation de principe, qui est loin d'être négligeable, dans un passage très explicite du "Catéchisme du Concile de Trente".

Les rédacteurs de ce document, qui est revêtu d'une grande autorité doctrinale, ont commenté, les uns après les autres, tous les articles du Symbole de Nicée-Constantinople, l'une des chartes les plus importantes de la Foi.

Quand ils en arrivent à l'article "Je crois à la Sainte Eglise catholique" (neuvième article du Symbole), ils s'expriment ainsi :

«... suivant la remarque de saint Augustin, les Prophètes ont parlé plus clairement et plus longuement de l'Eglise que de Jésus-Christ, car ils prévoyaient qu'il y aurait beaucoup plus d'erreurs volontaires et involontaires sur ce point que sur le mystère de l'Incarnation». (Ch. Dixième).

En mettant en évidence la partie ecclésiastique de la prophétie contenue dans le Psaume XXI (sans nuire à sa partie proprement messianique) nous n'avons fait qu'appliquer l'enseignement consigné dans le Catéchisme du Concile de Trente.

(1)    Les formes verbales "obsederunt" (v.13) et "obsedit" (v.17) peuvent provenir de deux radicaux différents : soit obsidio, soit obsideo, dont les acceptions sont d'ailleurs très voisines. Les dictionnaires de concordances font généralement dériver de "obsideo" les formes verbales des v. 13 et 17.

Jean Vaquié


vendredi 7 juin 2013

Libéralisme Ch. 23 et 24

XXIII


Convient-il en combattant l'erreur de combattre et de discréditer la personne qui la soutient ?


Passe encore la guerre contre les doctrines abstraites, diront quelques-uns. Mais convient-il de combattre l'erreur, si évidente qu'elle soit, en s'abattant et s'acharnant sur la personne de ceux qui la soutiennent ? »


Voici notre réponse. Oui, très souvent il convient et non seulement il convient, mais encore il est indispensable et méritoire devant Dieu et devant la société, qu'il en soit ainsi. Cette affirmation ressort de ce qui a été précédemment exposé, néanmoins nous voulons la traiter ici ex professo tant est grande son importance.


L'accusation de commettre des personnalités n'est point ménagée aux apologistes catholiques, et, lorsque les libéraux entachés de libéralisme ont jeté cette accusation à la tête d'un des nôtres, il leur semble qu'il ne reste plus rien à apurer pour sa condamnation. Ils se trompent cependant, oui, en vérité, ils se trompent. Il faut combattre et discréditer les idées malsaines, et de plus il faut en inspirer la haine, le mépris et l'horreur à la multitude qu'elles cherchent à séduire et à embaucher.


De même que les idées ne se soutiennent en aucun cas par elles-mêmes, elles ne se répandent ni ne se propagent de leur seul fait ; elles ne pourraient, réduites à elles seules, produire tout le mal dont souffre la société. Elles sont semblables aux flèches et aux balles qui ne causeraient de blessure à personne, si on ne les lançait avec l'arc ou le fusil.


C'est donc à l'archer et au fusilier que doit s'en prendre d'abord celui qui veut mettre fin à leur tir meurtrier. Toute autre façon de guerroyer sera libérale, tant qu'on voudra, mais elle n'aura pas le sens commun.


Les auteurs et les propagateurs de doctrines hérétiques sont des soldats aux armes chargées de projectiles empoisonnés. Leurs armes sont le livre, le journal, le discours public, l'influence personnelle. Suffit-il de se porter à droite ou à gauche pour éviter les coups ? Non, la première chose à faire, la plus efficace, c'est de démonter le tireur.


Ainsi donc il convient d'enlever toute autorité et tout crédit au livre, au journal et au discours de l'ennemi, mais il convient aussi, en certains cas, d'en faire autant pour sa personne, oui, pour sa personne qui est incontestablement l'élément principal du combat, comme l'artilleur est l'élément principal de l'artillerie et non la bombe, la poudre et le canon. Il est donc licite en certains cas de révéler au public ses infamies, de ridiculiser ses habitudes, de traîner son nom dans la boue. Oui, lecteur, cela est permis, permis en prose, en vers, en caricature, sur un ton sérieux ou badin, par tous les moyens et procédés que l'avenir pourra inventer. Il importe seulement de ne pas mettre le mensonge au service de la justice. Cela non, sous aucun prétexte il ne peut être porté atteinte à la vérité, même d'un iota. Mais sans sortir de ses strictes limites on peut se souvenir de cette parole de Crétineau-Joly et la mettre à profit : La vérité est la seule charité permise à l'histoire, on pourrait même ajouter : et à la défense religieuse et sociale.


Les Pères que nous avons déjà cités fournissent la preuve de cette thèse. Les titres mêmes de leurs ouvrages disent hautement que dans leurs luttes avec les hérésies, leurs premiers coups furent dirigés contre les hérésiarques. Les œuvres de saint Augustin portent presque toutes en tête le nom de l'auteur de l'hérésie qu'elles combattent : Contra Fortunatum Manichœum ; Adversus Adamanctum ; Contra Felicem ; Contra Secundinum ; Quis fuerit Petilianus ; De gestis Pelagii ; Quis fuerit Julianus, etc. De telle sorte que la majeure partie de la polémique du grand Docteur fut personnelle, agressive, biographique, pour ainsi dire, autant que doctrinale, luttant corps à corps avec l'hérétique non moins qu'avec l'hérésie. Ce que nous disons de saint Augustin, nous pourrions le dire de tous les saints Pères.


D'où le libéralisme a-t-il donc tiré l'obligation nouvelle de ne combattre l'erreur qu'en faisant abstraction des personnes et en leur prodiguant des sourires et des flatteries ? Qu'ils s'en tiennent là-dessus à la tradition chrétienne et qu'ils nous laissent, nous les ultramontains, défendre la foi comme elle a toujours été défendue dans l'Église de Dieu.


Que l'épée du polémiste catholique blesse, qu'elle blesse, qu'elle aille droit au cœur ! C'est là l'unique manière réelle et efficace de combattre.


XXIV


Réponse à une objection, grave à première vue, contre la doctrine des deux chapitres précédents


Une très grave difficulté, à première vue, peut être opposée par nos adversaires à la doctrine établie dans les deux chapitres précédents. Il nous parait bon avant d'aller plus loin de débarrasser notre chemin des scrupules ou autres obstacles de ce genre qui en rendraient difficile le parcours.


Le Pape, dit-on, et c'est certain, a recommandé plusieurs fois aux journalistes catholiques la douceur, la modération, le respect de la charité dans les formes de la polémique. Il veut qu'on évite les manières agressives, les épithètes dénigrantes et les personnalisations injurieuses. Or, ajoutera-t-on, la doctrine que vous venez d'exposer est diamétralement contraire aux recommandations pontificales.


Avec l'aide de Dieu, nous allons démontrer qu'il n'y a pas de contradiction entre nos indications et les sages conseils du Pape. Il nous sera même fort heureusement très aisé d'en donner la preuve évidente.


A qui s'est adressé notre saint Père le Pape dans ses exhortations répétées ?


Toujours à la presse catholique, toujours aux journalistes catholiques, et en les supposant dignes de ce nom. Par conséquent, il est de la dernière évidence que le saint Père en donnant ces conseils de modération et de douceur s'adressait à des catholiques traitant, avec d'autres catholiques, des questions libres, et non à des catholiques soutenant contre des anti-catholiques déclarés le rude combat de la foi.


Il est hors de doute que le saint Père n'a point fait allusion aux incessantes batailles entre catholiques et libéraux, car par cela même que le catholicisme est la vérité et le libéralisme l'hérésie, les combats livrés entre leurs représentants doivent être appelés en bonne logique batailles entre catholiques et hérétiques.


Il est bien certain que le Pape a voulu que ses conseils n'eussent d'applications que dans nos querelles de famille, malheureusement trop fréquentes, et qu'il n'a pas prétendu nous faire lutter contre les éternels ennemis de l'Église et de la foi, avec des armes épointées, émoussées, suffisantes tout au plus dans les joutes et les tournois.


En conséquence, aucune contradiction n'existe entre la doctrine que nous avons exposée et celle contenue dans les brefs et allocutions de Sa Sainteté, attendu qu'en bonne logique l'opposition doit être ‘ejusdem, de eodem et secundum idem , ce qui n'a pas lieu ici. Et comment pourrait-on interpréter exactement la parole du Pape d'une autre manière ? C'est une règle de saine exégèse qu'un passage des saintes Lettres doit se prendre au sens littéral, toutes les fois que le sens n'est pas en opposition avec le contexte ; on ne recourt au sens libre ou figuré, que lorsque cette opposition se présente. Entre cette règle et celle que l'on doit suivre dans l'interprétation des documents pontificaux, il existe une grande analogie.


Peut-on supposer le Pape en contradiction avec toute la tradition catholique depuis Jésus-Christ jusqu'à nos jours ?


Est-il admissible que le style et les procédés des plus célèbres apologistes et controversistes de l'Église, depuis saint Paul jusqu'à saint François de Sales soient condamnés d'un trait de plume ?


Il est évident que non ; car, s'il fallait entendre les conseils de calme et de modération donnés par le Pape dans le sens que leur prête pour le besoin de sa cause le critère libéral, il serait non moins évident que oui. Par suite, la seule conclusion admissible, c'est que les conseils du Pape, que tout bon catholique doit considérer comme des ordres, ne s'adressent pas aux polémiques entre catholiques et ennemis du catholicisme, tels que les libéraux, mais aux polémiques entre bons catholiques en désaccord. Non, de par le sens commun lui-même, il ne peut en être autrement. Jamais dans aucun combat le capitaine n'a défendu à ses soldats de blesser trop gravement leurs adversaires ; jamais il ne leur a recommandé d'user envers eux de douceur et de leur prodiguer des égards et des attentions.


La guerre est la guerre, et jamais elle ne se fit autrement qu'en causant du dommage. Celui-là passerait pour traître, qui au milieu de la mêlée parcourrait les rangs des combattants en criant : «Prenez garde de déplaire à l'ennemi ! Attention ! ne le frappez pas au cœur ! »


Que dire de plus ? Le Pape Pie IX nous a donné lui-même l'explication authentique de ses saintes paroles et nous a fait voir de quelle manière ses conseils de modération et de douceur doivent s'appliquer. Dans une circonstance mémorable, il appelle démons les sectaires de la Commune et pires que ces démons les sectaires du catholicisme libéral. Cette phrase tombée des lèvres si pleines de mansuétude du Pape, fit le tour du monde et resta gravée sur le front du libéralisme comme un stigmate d'éternelle exécration. Qui donc craindra maintenant de pousser trop loin la dureté des qualificatifs ?


Les paroles de l'Encyclique Cum multa dont l'impiété libérale a tant abusé contre les plus fermes catholiques, sont les paroles mêmes par lesquelles notre saint Père le Pape Léon XIII engage les catholiques qui écrivent, à éviter le ton de la violence dans la défense des droits sacrés de l'Église et à recourir de préférence aux armes plus dignes de la modération, de telle sorte que le poids des raisons plutôt que l'âpreté et la violence du style, donnent la victoire à l'écrivain. Il est manifeste que le saint Père n'entend parler ici que des polémiques entre catholiques et catholiques sur les meilleurs moyens de servir leur cause commune, et nullement de soumettre à cette règle les polémiques des catholiques avec les ennemis déclarés du catholicisme, tels que le sont les sectaires formels et conscients du libéralisme.


La preuve en saute aux yeux de quiconque jette un regard sur le texte du passage cité de cette admirable encyclique.


Le pape la termine en exhortant à la plus grande union les associations et les individus catholiques, et après avoir fait valoir les avantages de cette union si désirable il signale comme le plus efficace moyen de la conserver, la modération de langage dont nous venons de parler.


Voici d'ailleurs, déduit de ce qui précède, un argument sans réplique.


Le pape recommande la douceur dans le langage aux écrivains catholiques, afin qu'elle les aide à conserver la paix et l'union mutuelles. Cette paix et cette mutuelle union, le Pape ne peut, évidemment, la vouloir qu'entre catholiques et catholiques, et non entre catholiques et ennemis du catholicisme. Donc, la modération et la douceur, que le Pape recommande aux écrivains catholiques, se rapportent uniquement aux polémiques des catholiques avec les catholiques et nullement à celles des catholiques avec les sectaires de l'erreur libérale.


Plus clairement :


Le Pape demande cette modération et ce calme comme moyen de parvenir à l'union comme fin. Ce moyen, par conséquent, doit recevoir son caractère propre de la fin même à laquelle il est ordonné. Or, cette fin est purement l'union. Entre qui ? Entre catholiques et ennemis du catholicisme? Ce serait absurde (quia absurdum). Elle ne peut avoir sa raison d'être qu'entre catholiques et catholiques, elle ne regarde que ces derniers, ne peut pas s'entendre d'une autre sphère ni s'y appliquer.

mercredi 5 juin 2013

Libéralisme Ch. 21 et 22

XXI

De la saine intransigeance catholique opposée à la fausse charité libérale


Intransigeance ! Intransigeance ! J'entends une partie de mes lecteurs plus ou moins entachés de libéralisme pousser ces cris après la lecture du chapitre précédent. Quelle manière peu chrétienne de résoudre la question disent-ils. Les libéraux sont-ils, oui ou non, notre prochain comme les autres hommes ? Avec de pareilles idées où irions-nous ? Est-il possible de recommander avec une semblable impudence le mépris de la charité !


« Nous y voilà enfin ! » nous écrierons-nous à notre tour. Ah ! on nous jette perpétuellement à la face notre prétendu manque de charité. Eh bien ! puisqu'il en est ainsi, nous allons répondre nettement à ce reproche qui est pour plusieurs en ce sujet, le grand cheval de bataille. S'il ne l'est pas, du moins sert-il de parapet à nos ennemis, et, comme le dit très spirituellement un auteur, oblige-t-il gentiment la charité à servir de barricade contre la vérité.

Mais d'abord que signifie le mot charité?

La théologie catholique nous en donne la définition par l'organe le plus autorisé de la propagande populaire, le catéchisme, si plein de sagesse et de philosophie. Cette définition, la voici : La charité est une vertu surnaturelle qui nous incline à aimer Dieu par-dessus toute chose et le prochain comme nous-mêmes pour l'amour de Dieu. Ainsi, après Dieu, nous devons aimer le prochain comme nous-mêmes, et cela, non d'une manière quelconque, mais pour l'amour de Dieu et par obéissance à sa loi. Et maintenant, qu'est-ce qu'aimer ? Amare est velle bonum, répond la philosophie, « Aimer, c'est vouloir le bien à celui qu'on aime. » A qui la charité commande-t-elle de vouloir le bien ? Au prochain ! c'est-à-dire non à tel ou tel homme seulement, mais à tous les hommes. Et quel est ce bien qu'il faut vouloir pour qu'il en résulte le véritable amour ? Premièrement, le bien suprême, qui est le bien surnaturel ; immédiatement après, les biens de l'ordre naturel, qui ne sont pas incompatibles avec lui. Tout ceci se résume dans la phrase : « pour l'amour de Dieu » et mille autres dont le sens est le même.

Il suit de là qu'on peut aimer le prochain, bien et beaucoup, en lui déplaisant, en le contrariant, en lui causant un préjudice matériel et même en certaines occasions en le privant de la vie. Tout se réduit, en somme, à examiner si dans le cas où on lui déplaît, où on le contrarie, où on l'humilie, on le fait, oui ou non, pour son bien propre, pour le bien de quelqu'un dont les droits sont supérieurs aux siens, ou simplement pour le plus grand service de Dieu.

1° - Pour son bien. - S'il est démontré qu'en déplaisant au prochain, en l'offensant, on agit pour son bien, il est évident qu'on l'aime, même dans les contrariétés et les dégoûts qu'on lui impose. Par exemple : on aime le malade en le brûlant avec le cautère ou en lui coupant le membre gangrené ; on aime le méchant en le corrigeant par la répression ou le châtiment, etc., etc. Tout cela est charité, et charité parfaite.

2°- Pour le bien d'un autre dont les droits sont supérieurs. - Il est souvent nécessaire de déplaire à une personne, non pour son propre bien, mais pour délivrer autrui du mal qu'elle lui cause. C'est alors une obligation de charité que de défendre l'attaqué contre l'injuste violence de l'agresseur ; et on peut faire à l'agresseur autant de mal que l'exige la défense de l'attaqué. C'est ce qui arrive lorsqu'on tue un brigand aux prises avec un voyageur. En ce cas, tuer l'injuste agresseur, le blesser, le réduire de toute autre manière à l'impuissance, c'est faire acte de véritable charité.

3°- Pour le service dû à Dieu. - Le bien de tous les biens est la gloire divine, de même que Dieu est pour tout homme le prochain de tous les prochains. Par conséquent, l'amour dû à l'homme en tant que prochain doit toujours être subordonné à celui que nous devons tous à notre commun Seigneur. Pour son amour donc et pour son service (si c'est nécessaire), il faut déplaire aux hommes, les blesser et même (toujours si c'est nécessaire) les tuer. Remarquez bien toute l'importance des parenthèses (s'il est nécessaire) : elles indiquent clairement le seul cas où le service de Dieu exige de tels sacrifices. De même que dans une guerre juste les hommes se blessent et se tuent pour le service de la patrie, ainsi peuvent-ils se blesser et se tuer pour le service de Dieu. De même encore que l'on peut, en conformité avec la loi, exécuter des hommes à cause de leurs infractions au code humain, on a le droit, dans une société catholiquement organisée, de faire justice des hommes coupables d'infractions au code divin, dans ceux de ses articles obligatoires au for extérieur. Ainsi se trouve justifiée, soit dit en passant, l'Inquisition tant maudite. Tous ces actes (bien entendu quand ils sont justes et nécessaires) sont des actes vertueux et peuvent être commandés par la charité.


Le libéralisme moderne ne l'entend pas ainsi, ce en quoi il a tort. De là vient qu'il se fait et donne une notion fausse de la charité à ses adeptes. Par ses apostrophes et ses accusations banales d'intolérance et d'intransigeance sans cesse renouvelées, il déconcerte même des catholiques très fermes. Notre formule, à nous, est pourtant bien claire et bien concrète. La voici : la souveraine intransigeance catholique n'est autre que la souveraine charité catholique. Cette charité s'exerce relativement au prochain, quand, dans son propre intérêt, elle le confond, l'humilie, l'offense et le châtie. Elle s'exerce relativement à un tiers, quand pour le délivrer de l'erreur et de sa contagion, elle en démasque les auteurs et les fauteurs, les appelant de leur vrai nom, méchants, pervers, les vouant à l'horreur, au mépris, les dénonçant à l'exécration commune, et si cela est possible au zèle de l'autorité sociale chargée de les réprimer et de les punir. Elle s'exerce enfin relativement à Dieu, quand pour sa gloire et son service, il devient nécessaire d'imposer silence à toutes les considérations humaines, de franchir toutes les bornes, de fouler aux pieds tout respect humain, de blesser tous les intérêts, d'exposer sa propre vie et toutes les vies dont le sacrifice serait nécessaires à l'obtention d'une aussi haute fin.


Tout cela est pure intransigeance dans le véritable amour et, par conséquent, souveraine charité. Les types de cette intransigeance sont les héros les plus sublimes de la charité, comme l'entend la vraie religion. Et parce que de nos jours il y a peu d'intransigeants véritables, il y a aussi peu de gens véritablement charitables. La charité libérale, à la mode actuellement, est condescendante, affectueuse, tendre même, dans la forme, mais au fond elle n'est que le mépris essentiel des biens véritables de l'homme, des suprêmes intérêts de la vérité et de Dieu.


XXII


De la charité dans ce qu'on appelle les formes de la polémique, et si les libéraux ont raison en ce point contre les apologistes chrétiens.


Ce n'est pas là toutefois le terrain sur lequel le libéralisme tient avant tout à livrer bataille, il sait trop bien que dans la discussion des principes, il aurait à subir une irrémédiable défaite. Il préfère accuser sans cesse les catholiques de mettre peu de charité dans les formes de leur propagande. C'est même là-dessus, comme nous l'avons dit, que certains catholiques, bons au fond, mais entachés de libéralisme, essaient ordinairement de prendre pied contre nous.


Voyons ce qu'il y a à dire sur ce chef. Catholiques, nous avons raison en ce point comme en tous les autres, tandis que les libéraux n'en ont pas seulement l'ombre. Arrêtons-nous pour nous en convaincre aux considérations suivantes.


1°- Le catholique peut traiter ouvertement son adversaire de libéral, s'il l'est en effet, personne ne mettra cela en doute. Si un auteur, un journaliste, un député fait montre de libéralisme et ne cache pas ses préférences libérales, comment peut-on lui faire injure en l'appelant libéral ? Si palam res est, repetitio injuria non est : « dire ce que tout le monde sait n'est pas une injure. » A plus forte raison, dire du prochain ce qu'il en dit lui-même à chaque instant, ne peut justement l'offenser. Combien de libéraux cependant, surtout dans le groupe des paisibles et des modérés, regardent comme injurieuses les expressions de libéral et d'ami des libéraux que leur adresse un adversaire catholique.


2°- Étant donné que le libéralisme est une chose mauvaise, appeler mauvais les défenseurs publics et conscients du libéralisme, n'est pas un manque de charité.


C'est en substance, appliquer au cas présent la loi de justice en usage dans tous les siècles. Nous, catholiques d'aujourd'hui, nous n'innovons rien à cet égard. Nous nous en tenons à la pratique constante de l'antiquité. Les propagateurs et les fauteurs d'hérésies ont de tout temps été appelés hérétiques comme leurs auteurs. Et comme l'hérésie a toujours été considérée dans l'Église comme un mal des plus graves, l'Église a toujours appelé mauvais et méchants ses fauteurs et ses propagateurs. Parcourez la collection des auteurs ecclésiastiques, vous y verrez comment les apôtres ont traité les premiers hérésiarques, comment les saints Pères, les controversistes modernes et l'Église elle-même dans son langage officiel, les ont imités. Il n'y a donc aucune faute contre la charité à nommer le mal mal, méchants les auteurs, fauteurs et disciples du mal, iniquité, scélératesse, perversité, l'ensemble de leurs actes, paroles et écrits. Le loup a toujours été appelé loup tout court, et jamais en l'appelant ainsi on n'a cru faire tort au troupeau et à son maître.


3° - Si la propagande du bien et la nécessité d'attaquer le mal exigent l'emploi de termes un peu durs contre les erreurs et ses coryphées reconnus, cet emploi n'a rien de contraire à la charité. C'est là un corollaire ou une conséquence du principe ci-dessus démontré. Il faut rendre le mal détestable et odieux. Or, on n'obtient pas ce résultat sans montrer les dangers du mal, sans dire combien il est pervers, haïssable et méprisable. L'art oratoire chrétien de tous les siècles autorise l'emploi des figures de rhétorique les plus violentes contre l'impiété. Dans les écrits des grands athlètes du christianisme, l'usage de l'ironie, de l'imprécation, de l'exécration, des épithètes écrasantes est continuel. Ici l'unique loi doit être l'opportunité et la vérité.

Il existe encore une autre justification de cet usage.

La propagande et l'apologétique populaires (elles sont toujours populaires quand elles sont religieuses) ne peuvent garder les formes élégantes et tempérées de l'académie et de l'école. Pour convaincre le peuple il faut parler à son cœur et à son imagination qui ne peuvent être touchés que par un langage coloré, brûlant, passionné. Être passionné n'est pas répréhensible quand on l'est par la sainte ardeur de la vérité.

Les prétendues violences du journalisme ultramontain moderne le cèdent non seulement de beaucoup à celles du journalisme libéral, mais elles sont encore justifiées par chaque page des oeuvres de nos grands polémistes catholiques des meilleures époques, ce qui est facile à vérifier.


Saint Jean-Baptiste commença par appeler les Pharisiens : « race de vipères ». Jésus-Christ Notre-Seigneur leur lance les épithètes « d'hypocrites, de sépulcres blanchis, de génération perverse et adultère » sans croire pour cela souiller la sainteté de sa très bénigne prédication. Saint Paul disait des schismatiques de Crête qu'ils étaient des « menteurs, de mauvaises bêtes, des ventrus fainéants». Le même apôtre appelle Elymas le magicien « séducteur, homme rempli de fraude et de fourberie, fils du diable, ennemi de toute vérité et de toute justice ».

Si nous ouvrons la collection des œuvres des Pères, nous rencontrons partout des traits de cette nature. Ils les employèrent sans hésiter, à chaque pas, dans leur éternelle polémique avec les hérétiques. Bornons-nous à citer quelques-uns des principaux. Saint Jérôme discutant avec l'hérétique Vigilance lui jette à la face son ancienne profession de cabaretier. « Dès ta première enfance, lui dit-il, tu appris autre chose que la théologie et tu te livras à d'autres études. Vérifier à la fois la valeur des monnaies et celle des textes de l'Écriture, déguster les vins et posséder le sens des prophètes et des apôtres ne sont certainement pas des choses dont le même homme puisse se tirer à son honneur ». Il est facile de se rendre compte de la prédilection du saint controversiste pour cette manière de discréditer son adversaire. Dans une autre occasion, s'attaquant au même Vigilance qui niait l'excellence de la virginité et du jeûne, il lui demande avec son enjouement ordinaire s'il parle ainsi : « Pour ne point porter atteinte au débit de son cabaret ». Grand Dieu ! quels cris aurait jetés un critique libéral, si un de nos controversistes avait écrit de la sorte contre un hérétique du jour !

Que dirons-nous de saint Jean Chrysostome ? Sa fameuse invective contre Eutrope n'est comparable, au point de vue du caractère personnel et agressif, qu'aux plus cruelles invectives de Cicéron contre Catilina ou contre Verrès. Le doux saint Bernard n'était certainement pas de miel lorsqu'il s'agissait des ennemis de la foi. S'adressant à Arnaud de Brescia, le grand agitateur libéral de son temps, il le nomme en toutes lettres « séducteur, vase d'injures, scorpion, loup cruel ».


Le pacifique saint Thomas d'Aquin oublie le calme de ses froids syllogismes pour lancer contre son adversaire Guilhaume de Saint-Amour et ses disciples les violentes apostrophes qui suivent. «Ennemis de Dieu, ministres du diable, membres de l'Antéchrist, ignorants, pervers, réprouvés ». Jamais l'illustre Louis Veuillot n'en a tant dit ! Le séraphique saint Bonaventure si plein de douceur se sert contre Gérald des épithètes « d'impudent, de calomniateur, d'esprit de malice, d'impie, d'impudique, d'ignorant, d'imposteur, de malfaiteur, de perfide et d'insensé ». Dans les temps modernes nous voyons apparaître la ravissante figure de saint François de Sales que sa délicatesse exquise et son admirable mansuétude ont fait appeler la vivante image du Sauveur. Croyez-vous qu'il eut des égards pour les hérétiques de son époque et de son pays ? Allons donc ! il leur pardonna leurs injures, il les combla de bienfaits, alla jusqu'à sauver la vie de ceux qui avaient attenté à la sienne, jusqu'à dire à un de ses adversaires : « Si vous m'arrachiez un œil, je ne laisserais pas avec l'autre de vous regarder comme un frère » ; mais avec les ennemis de la foi, il ne gardait aucun tempérament, aucune considération. Interrogé par un catholique désireux de savoir s'il était permis de mal parler d'un hérétique qui répandait de mauvaises doctrines, il répondit : « Oui, vous le pouvez à la condition de vous en tenir à l'exacte vérité, à ce que vous savez de sa mauvaise conduite, présentant ce qui est douteux comme douteux et selon le degré plus ou moins grand du doute que vous aurez à cet égard ».


Dans son Introduction à la vie dévote, livre si précieux et si populaire, il s'exprime plus clairement encore : « Les ennemis déclarés de Dieu et de l'Église, dit-il à Philotée, doivent être blâmés et censurés avec toute la force possible. La charité oblige à crier au loup, quand un loup s'est glissé au milieu du troupeau et même en quelque lieu qu'on le rencontre ».


Sera-t-il donc nécessaire que nous fassions un cours pratique de rhétorique et de critique littéraire à l'usage de nos ennemis ? En somme, nous venons de dire tout ce qu'il y a de vrai dans la question tant rabattue des formes agressives usitées par les écrivains ultramontains, c'est-à-dire en langue vulgaire par les véritables catholiques. La charité nous défend de faire à autrui ce que raisonnablement nous ne voudrions pas qu'on nous fît à nous-mêmes. Remarquez bien l'adverbe raisonnablement, il renferme toute l'essence de la question.


La différence essentielle qui existe entre notre manière de voir et celle des libéraux à ce sujet, consiste en ce qu'ils considèrent les apôtres de l'erreur comme de simples citoyens libres, usant de leur plein droit lorsqu'ils opinent en matière de religion autrement que nous. Par suite ils se croient tenus de respecter l'opinion de chacun et de n'y contredire que dans les termes d'une discussion libre. Nous autres, au contraire, nous voyons en eux les ennemis déclarés de la foi que nous sommes obligés de défendre. Nous ne voyons pas dans leurs erreurs des opinions libres, mais de hérésies formelles et coupables, ainsi que nous l'enseigne la loi de Dieu. C'est donc avec raison qu'un grand historien catholique a dit aux ennemis du catholicisme : « Vous vous rendez infâmes par vos actes et j'achèverai de vous couvrir d'infamie par mes écrits ». En cette même façon la loi des Douze Tables ordonnait aux viriles générations des premiers temps de Rome : Adversus hostem æterna auctoritas esto, ce qui peut se traduire ainsi « A l'ennemi, point de quartier ».

samedi 1 juin 2013

Libéralisme Ch. 19 et 20

XIX
Principales règles de prudence chrétienne que doit observer tout bon catholique dans ses rapports avec les libéraux
Ne vous y trompez pas cependant, ô lecteurs ! Il faut, au siècle où nous sommes, vivre avec les libéraux exaltés, les libéraux modérés et les catholiques misérablement entachés de libéralisme.

Ainsi vécurent les catholiques avec les ariens au quatrième siècle, avec les pélagiens au cinquième, avec les jansénistes au dix-septième. Il est impossible de ne pas avoir quelques relations avec eux, parce qu'on les rencontre partout ; dans les affaires, dans les plaisirs, dans les visites, jusque dans les églises et même parfois dans la famille. Comment donc se comportera le bon catholique dans ses relations avec de pareils pestiférés ? Comment parviendra-t-il à prévenir, éviter ou tout au moins à diminuer, les risques continuels d'infection qu'il court ?

Il est extrêmement difficile d'indiquer des règles précises pour chaque cas, mais on peut donner les maximes générales de conduite, et laisser à la prudence de chacun le soin de les appliquer en ce qui le concerne individuellement.

Il nous semble, que tout d'abord, il convient de distinguer trois classes de relations possibles entre un catholique et le libéralisme, ou mieux entre un catholique et un libéral.

Nous nous exprimons ainsi, parce que, dans la pratique, les idées ne peuvent se considérer comme séparées des personnes qui les professent et les soutiennent. Le libéralisme idéologique réel et pratique réside dans les institutions, les personnes, les livres et les journaux libéraux. Eh bien donc, on peut supposer trois classes de relations entre un catholique et un libéral :

1) Relations nécessaires,
2) Relations utiles,
3) Relations de pure affection et de plaisir.

Relations nécessaires. - Les relations nécessaires sont imposées à chacun par son état et sa position particulière : elles ne peuvent s'éviter.

Telles sont celles qui doivent exister entre père et fils, mari et femme, frères et sœurs, inférieurs et supérieurs, maîtres et domestiques, disciples et professeurs.

Il est évident que, si un fils bien pensant a le malheur d'avoir un père libéral, il ne doit pas l'abandonner pour cela, ni la femme son mari ni le frère sa sœur, ni le parent un membre de sa famille, le cas excepté pourtant, où le libéralisme de ces personnes en arriverait à exiger de leurs inférieurs respectifs des actes essentiellement contraires à la religion, les induisant à l'apostasie formelle ; il ne suffirait pas qu'il entravât seulement leur liberté dans l'accomplissement des préceptes de l'Église. On sait que l'Église n'entend jamais obliger les personnes dont il s'agit ici sub gravi incommodo.

En tous ces cas le catholique doit supporter avec patience sa situation pénible et s'entourer de toutes les précautions en son pouvoir pour éviter la contagion du mauvais exemple. Comme tous les traités de l'occasion prochaine et nécessaire le conseillent, il doit tenir son cœur élevé vers Dieu, prier chaque jour pour son propre salut et pour les malheureuses victimes de l'erreur, fuir autant que possible les conversations et les discussions sur ces matières, et ne les accepter que bien pourvu d'armes offensives et défensives. Ces armes lui seront fournies par la lecture des livres et des journaux jugés bons par un directeur prudent. Contrebalancer l'influence des personnes infectées de ces erreurs par la fréquentation d'autres personnes de science et d'autorité, en possession constatée de la saine doctrine, obéir à son supérieur en tout ce qui ne s'oppose pas à la foi et à la morale catholique, mais renouveler souvent le ferme propos de refuser l'obéissance à qui que ce soit, en tout ce qui directement ou indirectement serait en opposition avec l'intégrité du catholicisme. Dans une semblable occurrence, il ne faut point perdre courage : Dieu qui nous voit soutenir la lutte ne nous refusera pas les secours dont nous aurons besoin.

Il est à propos de constater ici que les bons catholiques appartenant à des pays libéraux et à des familles libérales, se distinguent, quand ils sont véritablement bons, par une vigueur et une trempe d'esprit particulières. Telle est la façon constante dont la grâce procède, son aide est d'autant plus puissante que la nécessité est plus urgente.

Relations utiles. - Il y a d'autres relations qui ne sont pas absolument indispensables mais qui le sont moralement parce que, sans elles, la vie sociale, qui repose sur un échange mutuel de services, est presque impossible. Telles sont les relations de commerce, celles du patron et de l'ouvrier, de l'artisan et de ses clients, etc., etc. Mais ici, l'étroite sujétion dont nous avons parlé plus haut n'existe pas ; par conséquent, on peut agir avec plus d'indépendance. La règle fondamentale est de ne pas entrer en contact avec de telles gens plus que ne l'exige l'engrenage de la machine sociale. Si vous êtes commerçant, n'ayez avec eux d'autres relations que celles que comporte le commerce ; si vous êtes domestique, bornez-vous à celles que le service exige ; si vous êtes artisan, contentez-vous du livré et du reçu que votre métier nécessite. A l'aide de cette règle et pourvu que l'on tienne compte des précautions recommandées précédemment, on peut vivre sans dommage pour sa foi, même au milieu d'une population de juifs, sans toutefois oublier que, dans ce cas-ci, il ne peut y avoir aucune raison de vasselage et que l'indépendance catholique a le devoir de se manifester souvent pour imposer le respect à ceux qui prétendent l'annihiler avec leur libéralisme éhonté. Cependant, si le cas d'un arbitraire évident se présentait, il faudrait le désavouer en toute franchise, et se dresser en face du sectaire qui voudrait l'imposer, avec toute la noble et ferme simplicité d'un disciple de la foi.

Relations de pure amitié. - Ce sont celles que nous nouons et entretenons par goût et inclination et que nous pouvons rompre librement par le seul fait de le vouloir. Nous devons éviter toute relation de ce genre avec les libéraux, comme autant de dangers certains pour notre salut. La parole du Sauveur qui aime le danger y périra a sa place toute marquée ici. Il en coûte ? Qu'importe, il faut rompre le lien dangereux qui met en péril ; et pour y parvenir aidons-nous des considérations suivantes qui sans doute produiront en nous la conviction, et à son défaut la confusion. Si cette personne était attaquée d'un mal contagieux, la fréquenteriez-vous ? Assurément non. Si vos relations avec elles compromettaient votre réputation, les continueriez-vous ? Pas davantage. Iriez-vous la visiter si elle méprisait votre famille ? Non, certainement. Eh bien ! dans cette question qui touche à l'honneur de Dieu et à notre santé spirituelle, faisons ce que la prudence humaine nous conseille de faire pour notre intérêt matériel et notre honneur humain.

Nous nous souvenons, à ce propos, d'avoir entendu dire à un personnage aujourd'hui très haut placé dans l'Église : « Rien de commun avec les libéraux ! Ne fréquentez pas leur maison, ne cultivez pas leur amitié. » L'Apôtre saint Paul l'avait déjà dit, du reste, de leurs congénères : « Ne vous mêlez pas à eux. Ne conmisceamini » « Ne vous asseyez même pas à leur table. Cum ejusmodi nec cibum sumere ».

Horreur donc, ayez horreur de l'hérésie, de ce mal au-dessus de tout mal !

La première chose à faire dans un pays infecté par la peste, c'est de s'isoler. Ah ! qui nous donnera le pouvoir d'établir aujourd'hui un cordon sanitaire absolu entre les catholiques et les sectaires du libéralisme !

XX
Combien il est nécessaire de se précautionner contre les lectures libérales
S’il convient d'observer envers les personnes la conduite que nous avons indiquée, il importe encore davantage, ce qui est heureusement beaucoup plus facile, de l'observer pour les lectures.

Le libéralisme est un système comme le catholicisme, quoiqu'en sens contraire. Il a par conséquent ses arts, ses sciences, sa littérature, son économie, sa morale, c'est-à-dire un organisme entièrement propre, animé de son esprit, marqué de son sceau et de sa physionomie. Les plus puissantes hérésies, par exemple l'arianisme dans l'antiquité, et le jansénisme dans les siècles modernes, présentaient la même particularité.

Il existe donc, non seulement des journaux libéraux, mais des livres libéraux, ou teintés de libéralisme ; ils abondent même et il est triste d'avoir à le dire : la génération actuelle s'en nourrit principalement, et c'est pour cette raison que, sans le savoir et sans s'en douter, tant de personnes sont misérablement victimes de la contagion.

Quelles règles tracer pour ce cas ? Des règles analogues ou presqu'identiques à celles que nous avons indiquées pour les personnes. Relisez ce qui a été dit, il n'y a qu'un instant, relativement aux individus, et appliquez-le aux livres. Ce n'est point là un travail difficile, et il aura l'avantage d'éviter à nos lecteurs ainsi qu'à nous-mêmes l'ennui des répétitions.

Nous nous bornerons ici à une seule recommandation, qui du reste se rapporte spécialement à la question des livres. C'est que nous devons nous garder de nous répandre en éloges sur les livres libéraux, quel que puisse être leur mérite scientifique ou littéraire, à moins que ces éloges ne soient accompagnés de grandes réserves et ne tiennent compte de la réprobation qu'ils méritent pour leur esprit et leur saveur libérale.

Appesantissons-nous un peu sur ce point. Beaucoup de catholiques, par trop naïfs (même dans le journalisme catholique), veulent être tenus pour impartiaux, et se donner un vernis de savoir toujours flatteur. Aussi battent-ils la grosse caisse, et soufflent-ils dans la trompette de la renommée en faveur de n'importe quelle œuvre scientifique ou littéraire qui vient du camp libéral. En agissant ainsi, ils espèrent prouver qu'il n'en coûte pas aux catholiques de reconnaître le mérite partout où il se trouve, c'est, leur semble-t-il, un moyen d'attirer à soi l'ennemi ; malheureux système d'attraction qui nous fait jouer à qui perd gagne, puisqu'insensiblement c'est nous qui sommes attirés. C'est enfin, sans s'exposer à aucun péril, faire preuve d'un remarquable esprit d'équité.

Quelle peine nous avons ressentie, il y a quelques mois, en lisant, dans un journal catholique fervent, éloges sur éloges d'un poète célèbre, qui en haine de l'Église a écrit des poèmes tels que : La vision de frère Martin, et La dernière lamentation de lord Byron ! Qu'importe que son mérite littéraire soit grand ou non, s'il sert à perdre les âmes que nous devons sauver ? Autant vaudrait savoir gré au bandit du brillant de l'épée avec laquelle il nous assaille, ou des damasquinures qui ornent le fusil avec lequel il tire sur nous. L'hérésie enveloppée des charmes artificieux d'une riche poésie est mille fois plus dangereuse que l'hérésie revêtue de syllogismes scolastiques, arides et fastidieux. L'histoire nous l'apprend : la grande propagande hérétique de presque tous les siècles a été puissamment aidée par des vers sonores. Les ariens eurent leurs poètes de propagande ; les luthériens en eurent aussi, parmi lesquels beaucoup, avec leur Erasme, se vantaient d'être d'élégants humanistes. Quant à l'école janséniste, d'Arnauld, de Nicole et de Pascal, pas n'est besoin de dire qu'elle fut essentiellement littéraire. Chacun sait à quoi Voltaire a dû le commencement et la durée de son effrayante popularité. Comment serait-il donc possible que nous, catholiques, nous nous fissions les complices de ces sirènes de l'enfer ? Quoi ! nous contribuerions à leur donner nom et renommée ! Nous les aiderions à fasciner et à corrompre la jeunesse ! Celui qui lit dans nos journaux que tel ou tel poète est un admirable poète, quoique libéral, court chez le libraire, achète les productions de ce poète admirable, quoique libéral ; il les dévore avidement, quoique libéral, il se les assimile au point de s'empoisonner tout le sang et finalement il devient aussi libéral que son poète favori. Que d'intelligences et de cœurs ont été perdus par le malheureux Espronceda ! Combien par l'impie Larra ! Combien presque de nos jours par le déplorable Becquet ! Sans parler des vivants, si facile qu'il nous fût, hélas ! de les citer par douzaines. Pourquoi rendre à la Révolution le service de prôner ses gloires funestes ? Dans quel but ? Pour paraître impartial ? Non, l'impartialité n'est point permise quand elle tourne à l'offense de la vérité dont les droits sont imprescriptibles. Une femme de mauvaise vie est infâme si belle qu'elle soit, et elle est d'autant plus dangereuse qu'elle est plus belle. Serait-ce par gratitude ? Non, car les libéraux, plus prudents que nous, ne recommandent pas nos œuvres, quoiqu'elles soient, au point de vue du beau, aussi remarquables que les leurs.

Au contraire, ils ne cherchent qu'à les discréditer par la critique, ou à les enterrer par le silence.

Saint Ignace de Loyola, d'après ce que raconte son illustre historien, le P. Ribadaneyra, était si sévère en ce point, qu'il n'autorisa jamais dans ses classes l'explication d'aucune des œuvres d'Erasme de Rotterdam, le fameux humaniste de son temps. Il en donnait pour raison que, si un grand nombre des écrits élégants de cet auteur ne traitaient pas de religion, la majeure partie d'entre eux avaient une saveur protestante.

Nous intercalerons ici un magnifique fragment du P. Faber (qu'on n'accusera pas d'être illettré) au sujet de ses deux illustres compatriotes Milton et Byron.

Le grand écrivain anglais s'exprime ainsi dans une de ses lettres : « Je ne puis m'expliquer cette étrange anomalie des gens du monde qui citent, avec éloge, des hommes comme Milton et Byron, tout en témoignant qu'ils aiment le Christ, et placent en lui toutes leurs espérances de salut. Si on aime le Christ et l'Église, pourquoi donc louer en société ceux qui blasphèment l'un et l'autre ? On parle, on tonne contre l'impureté si odieuse aux yeux de Dieu, et l'on exalte un auteur dont la vie et les œuvres sont saturées de ce vice. Je ne puis pas comprendre cette distinction entre l'homme et le poète, entre les passages purs et les passages impurs. Si quelqu'un insulte l'objet de mon amour, il m'est impossible de recevoir de lui ni consolation, ni plaisir, et je ne puis pas concevoir qu'un amour ardent et délicat pour Notre-Seigneur se complaise dans les œuvres de ses ennemis. L'intelligence admet des distinctions, le cœur n'en admet pas. Milton (maudite soit la mémoire du blasphémateur!) passa une grande partie de sa vie à écrire contre la divinité de mon Sauveur, mon unique espérance et mon unique amour. Cette pensée m'exaspère ! Byron, foulant aux pieds les devoirs du patriote et toutes les affections naturelles, s'abaissa honteusement jusqu'à revêtir le crime et l'incrédulité d'une somptueuse parure de vers. Le monstre qui plaça (oserai-je l'écrire ?) Jésus-Christ au niveau de Jupiter et de Mahomet, n'est pour moi qu'une ‘’bête féroce’’, même dans ses passages les plus purs, et jamais je ne me suis repenti d'avoir jeté au feu une superbe édition de ses œuvres en quatre volumes, pendant que j'étais à Oxford. L'Angleterre n'a pas besoin de Milton ! Et comment mon pays aurait-il besoin d'une politique, d'un mérite, d'un talent ou de tout autre chose maudite de Dieu ? Comment le Père éternel bénirait-il l'esprit et l'œuvre de celui qui a renié, ridiculisé et blasphémé la divinité de son Fils ? Si quis non amat Dominum Nostrum jesum Christum, sit anathema, ainsi parlait saint Paul.»

Voilà en quels termes s'exprimait l'illustre catholique anglais qui est une des plus grandes figures littéraires de l'Angleterre moderne, et il est bon de noter ici que le passage cité fut écrit avant l'abjuration complète du P. Faber. C'est ainsi que toujours s'exprimèrent la saine intransigeance catholique, et le vrai sens de la foi.
Je suis confondu quand je pense au nombre de discussions et de polémiques qui ont eu lieu sur la question de savoir si l'éducation classique basée sur l'étude des auteurs grecs et latins, atténuée dans ses effets par la distance des siècles, la différence des idées et la diversité des langues, convenait oui ou non à la jeunesse, tandis que presque rien n'a encore été écrit sur le venin mortel de l'éducation révolutionnaire, que beaucoup de catholiques donnent ou laissent donner sans scrupule à leurs enfants.