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dimanche 24 mai 2020

Maxime Leblanc - Nouvelle réponse à Jean-Claude Dupuis (2)

Suite à mon article ici, j’ai reçu une réponse de M. Jean-Claude Dupuis et pour être honnête je suis plutôt déçu. Je m’attendais à une réponse beaucoup plus profonde venant d’un historien ayant plusieurs années d’expérience. Étrangement, j’ai l’impression de lire un article qui avait paru dans l’Ami de la religion, un journal gallican qui est devenu un organe du « catholicisme » libéral. Il y a aussi des raccourcis décoiffants. Certes, il faudrait laisser une chance, à notre historien qui a l’insulte facile, de se reprendre.

D’abord M. Dupuis nous invite par honnêteté intellectuelle de publier sa réponse, ce qui sera fait. A-t-il été honnête intellectuellement de son côté? A-t-il employé cette médecine avec sa réponse? Médecin guérit-toi, toi-même. Il a relevé ici deux pages de citations qui semblent problématiques de toutes les œuvres de Mgr Gaume qui compte plus ou moins 80 livres. 

Ensuite, je laisse ma réponse au bas des commentaires de M. Dupuis.


RÉPONSE DE JEAN-CLAUDE DUPUIS :

Voici ma réponse en pièce jointe. Je vous invite à la publier sur votre blog par honnêteté intellectuelle. Vous avez le droit de ne pas être d'accord avec moi, mais je vous saurais gré de ne pas m'insulter en disant que je n'ai pas lu les auteurs dont je parle. 

Mgr Gaume écrivait dans son ouvrage Du catholicisme dans l’éducation (édition 1884) :

Au risque d’être taxé de novateur [oui, Mgr Gaume était un « novateur » par rapport à la tradition pédagogique de l’Église], exprimons encore une autre pensée, que nous nous empressons de mettre sous le patronage de deux noms célèbres [Eckstein et Ballanche : deux gnostiques]. Toute l’activité du monde savant se concentre aujourd’hui sur l’Orient (…) Initier la jeunesse à la connaissance des langues de l’antique Orient [allusion au sanskrit pour ceux qui savent lire entre les lignes] telle est la tâche sacrée [le « sacré » touche à la religion] que les circonstances lui imposent (…) Écoutons là-dessus un homme dont la voix n’est que l’écho de l’Allemagne savante [la « science » allemande du XIXe siècle était obnubilée par l’Inde, ce qui a conduit au nazisme] : « L’étude de la poésie, de la philosophie, de la tradition religieuse de l’Orient, dit M. le baron d’Eckstein, fera comprendre d’une manière plus vaste la littérature classique. Cette étude répandra une lumière inattendue sur les écrits de Moïse et des prophètes. (…) Plus les livres religieux des Perses et des Indiens nous seront connus, plus s’affermiront les bases de notre foi, à la vérité desquelles ces écrits apportent de magnifiques témoignages. [Étudier la Bible à l’aide des Védas?] (…)

Voici maintenant un autre philosophe non moins profond, et dont les paroles sont encore plus explicites sur le sujet qui nous occupe : « Il est impossible, dit M. Ballanche, de se le dissimuler plus longtemps : les études littéraires doivent prendre une direction nouvelle, être assises sur d’autres fondements... La langue latine n’a plus rien à nous apprendre (…). Bannissons donc dès à présent le latin de la première éducation. [Mgr Gaume précise en note qu’il trouve cette affirmation trop absolue, mais qu’il est d’accord pour dire que le latin et le grec doivent occuper une place secondaire dans l’éducation, la première place revenant aux langues orientales.] Le temps est venu de commencer à introduire dans les premiers rudiments de l’éducation l’étude des langues orientales : de se former de nouvelles traditions littéraires. (…) Je le répète, le latin est épuisé, le grec le sera tout à l’heure... Les langues orientales contiennent des trésors que nous commençons à peine à soupçonner … » 
[Je pourrais appuyer mes autres affirmations sur Mgr Gaume par des citations, mais je vous invite plutôt à lire directement l’ouvrage, qui ne « sonne pas très catholique ». Bien des gens étaient mélangés au XIXe siècle, comme de nos jours d’ailleurs.] 

Voici donc ma réponse :

Dans un précédent courriel, j’ai posé des questions claires qui méritaient des réponses claires. J’ai obtenu des citations de deux auteurs que Mgr Gaume prenait pour référence, qui ne prouvent rien aux accusations qui sont portées contre lui.

Étrangement, j’ai trouvé de grandes similitudes entre l’article de M. Dupuis et la critique du livre Du catholicisme dans l’éducation parue dans l’Ami de la religion. Je rappelle que ce journal est un organe libéral. Est-ce la source où M. Dupuis a puisé? Révélateur? Par honnêteté intellectuelle, une des bases primordiales d’un historien est de citer ses sources. Avec la méthode de critique sur des citations nous pourrions rendre plusieurs personnages le contraire total de ce qu’ils sont. Par exemple, un auteur anticommuniste pourrait « devenir » un communiste par les simples citations qu’il met pour exprimer une idée ce qui n’équivaut guère à le cautionner. Honnêteté intellectuelle?

Je mets les pages de la critique parue dans le journal ainsi que la réponse de Mgr Gaume.














Maintenant, je répondrais aux commentaires laissés par M. Dupuis : 

« la « science » allemande du XIXe siècle était obnubilée par l’Inde, ce qui a conduit au nazisme »

Il y a tout un raccourci ici, c’est un commentaire complètement inutile qui n’a aucun lien avec Mgr Gaume.

« Mgr Gaume précise en note qu’il trouve cette affirmation trop absolue, mais qu’il est d’accord pour dire que le latin et le grec doivent occuper une place secondaire dans l’éducation, la première place revenant aux langues orientales. »

Voici la note de bas de pages du livre Du catholicisme dans l’éducation au complet de Mgr Gaume :

« Ce précepte de M. Ballanche nous paraît trop absolu : le latin est la langue de l’Église catholique; il doit tenir dans l’éducation des jeunes chrétiens une place proportionnée à l’importance des vérités qu’il est chargé de transmettre. »

Ai-je besoin d’en dire plus? Honnêteté intellectuelle?

L’autre note de bas de page qui ne doit pas être mêlée avec celle ci-dessus :

« M. Ballanche veut dire, sans doute, que le grec ne devra plus occuper qu’un rang très-secondaire dans la première éducation, et nous sommes tout-à-fait de son avis. »

J’aimerais bien savoir où Mgr Gaume a-t-il dit que la première place revenait aux langues orientales. Honnêteté intellectuelle?

N’oublions surtout pas que Mgr Gaume a publié une trentaine de livres d’auteurs chrétiens latins et grecs aux éditions Gaume et frères.

Je continue ?

Voici un Bref de Grégoire XVI donné à Mgr Gaume en 1842. Souvenons-nous que Mgr Gaume a écrit Du Catholicisme dans l’éducation en 1835.

BREF À MONSEIGNEUR GAUME
GREGOIRE XVI, PAPE
A NOTRE CHER FILS J. GAUME, PRÊTRE, CHANOINE DE L’EGLISE CATHÉDRALE DE NEVERS

Cher Fils, salut et bénédiction apostolique.

C'est pour Nous un bonheur et une coutume de décerner des éloges, des récompenses honorables et des témoignages de Notre bienveillance Pontificale, surtout aux ecclésiastiques qui, distingués par le talent et la vertu, professent un attachement inébranlable pour cette Chaire de Pierre, et mettent toute leur gloire à bien mériter de la Religion catholique. C'est pourquoi, sachant d'une manière certaine qu'étant orné des plus belles qualités de l'esprit et du cœur, et recommandable par une piété, une intégrité de vie et une gravité de mœurs connues de tous, vous n'omettez ni soin, ni travail, ni effort pour procurer le bien de la religion catholique à laquelle les ouvrages que vous avez publiés n'ont pas rendu un médiocre service, et que vous professez pour Nous et pour ce siège Apostolique un dévouement et une vénération singulière : pour toutes ces causes, Nous avons jugé convenable de vous donner une preuve de Notre bienveillance à votre égard. Voulant donc vous honorer d'un honneur particulier, après vous avoir absous, à cette fin seulement, et vous déclarant absous de toute excommunication, suspense, interdit et autres censures ecclésiastiques, sentences et peines portées, de quelque manière et pour quelque cause que ce soit, si par hasard vous en aviez encouru quelqu'une, en vertu de Notre Autorité Apostolique, Nous vous créons et nommons, par les présentes Lettres, chevalier de l'Ordre de la Milice Dorée, dernièrement restauré par nous et environné d'un nouvel éclat ; Nous vous associons à cet ordre, et vous mettons au rang et au nombre des Chevaliers qui le composent. En conséquence, Nous vous accordons et octroyons de porter la croix de l'Ordre, d'user et de jouir de tous et de chacun des privilèges, prérogatives, faveurs, dont usent et jouissent les autres Chevaliers du même ordre, ou dont ils peuvent et pourront user et jouir, sauf les facultés supprimées par le Concile de Trente, approuvé par l'autorité de ce Siège Apostolique : nonobstant les constitutions et décrets apostoliques et autres dispositions contraires, quelles qu'elles soient. Or, Nous voulons que vous portiez l'insigne de l’Ordre, c'est-à-dire la Croix d'or octangulaire, ayant au milieu, sur un champ émaillé d'argent, l'image du Souverain Pontife saint Sylvestre, suspendue à la poitrine avec un ruban rouge et noir, liséré de rouge, sur la partie gauche de l'habit, suivant l'usage ordinaire des Chevaliers, et d'après la forme prescrite par Nos Lettres Apostoliques, en date du 31 octobre de l'an 1841, concernant le même ordre ; autrement vous perdriez les privilèges de cet indult. Et afin que vous connaissiez de plus en plus Notre bienveillance à votre égard, Nous avons ordonné que la Croix elle-même vous fût remise de Notre part.

Donné à Rome, à Saint-Pierre, sous l'anneau du Pêcheur, le 29 mars de l'an 1842, et de notre Pontificat le douzième.

A. Gard. LAMBRUSCHINI.

« Bien des gens étaient mélangés au XIXe siècle, comme de nos jours d’ailleurs. »

Si des gens étaient « mélangés » comme vous dites, et vous incluez Mgr Gaume, dois-je comprendre que les Papes qui lui ont attribué des Brefs étaient mélangés aussi? C’est déjà une grande grâce de recevoir un seul bref, imaginez en recevoir 6 comme Mgr Gaume, celui que vous dites écrire une œuvre qui  « ne sonne pas très catholique ». Où est la condamnation de ce livre? 

Mgr Gaume allait porter lui-même à la Congrégation de l’Index ses ouvrages traitant de la question des classiques. À ce que je sache, aucun de ses livres ne s’est retrouvé à l’Index, mais il a plutôt reçu des Brefs d’approbation, une décoration et ensuite nommé protonotaire apostolique.

Était-il si mélangé que le prétend M. Dupuis? Honnêteté intellectuelle?

Il y aurait bien d’autres choses à rajouter, mais je vais m’arrêter ici. À une prochaine fois peut-être.

Maxime Leblanc



samedi 16 mai 2020

Maxime Leblanc - Réponse à Jean-Claude Dupuis sur la question des Classiques


Voici un article de M. Jean-Claude Dupuis auquel j’ai annoté (en rouge) quelque questionnement. Suite à un court échange avec M. Dupuis pour avoir des réponses à mes questions j’ai eu pour seule réponse un renvoi vers un article de l’abbé Athanase Sauget auquel La Voix des Francs numéro 25 avait déjà répondu. (Voir à la fin de l’article)


Suite à l’envoi de la réponse de La Voix des Francs j’ai reçu comme réponse : « Non, je n’ai pas eu le temps. […de lire l’article] »

Je m’interroge sur le sérieux du billet de M. Dupuis dépeignant Mgr Gaume comme un ésotériste, « apparemment » antilibéral, « traditionnaliste » condamné par Grégoire XVI ainsi que « des tendances gnostiques des modes médiévales contemporaines. »

Il n’a certainement rien compris de la question des classiques de Mgr Gaume mais il peut se rassurer, il n’est pas le premier.

Beaucoup l’ont condamné sans même avoir pris le temps de le lire et pourtant Pie IX l’a défendu à maintes reprises et aussi indirectement en défendant, en autre, Mgr d’Avanzo et le Cardinal Gousset pour ne nommer qu’eux.

« Mon éloge d’Antigone et de la culture classique en général a pu scandaliser les « gaumistes », en supposant qu’il s’en trouve encore.

Mgr Jean-Joseph Gaume (1802-1879) était un brillant polémiste contre-révolutionnaire français. Dans Le vers rongeur des sociétés modernes ou le paganisme dans l’éducation (1851), il soutenait que la Révolution française était le fruit des études littéraires gréco-latines. Les élites européennes s’étaient détournées de Dieu parce que les collèges classiques leur avaient inculqué le culte des héros de l’Antiquité païenne plutôt que celui des saints du Moyen Âge. Mgr Gaume suggérait de remplacer l’enseignement du latin classique de Cicéron par celui du bas-latin de saint Augustin. Une authentique civilisation chrétienne, disait-il, devait s’imprégner de la Bible et de la Patrologie plutôt que d’Homère et de Virgile. (Où Mgr Gaume a-t-il dit qu’il voudrait remplacer les auteurs classiques par celui du bas?!-latin de saint Augustin?)

La question des classiques païens a soulevé la controverse, en France et au Québec. L’abbé Alexis Pelletier (1837-1910) a propagé le gaumisme chez nous. Le clivage opposait généralement les catholiques ultramontains (gaumistes) aux catholiques libéraux (anti-gaumistes). Mais ce n’était pas toujours clair. Les jésuites, très ultramontains, défendaient néanmoins les études anciennes, qui formaient la base de leur ratio studiorum.

Le Saint-Siège n’a pas vraiment tranché le débat, car c’était une question pédagogique plutôt que théologique. Dans Inter multiplices (1853), Pie IX a dit que l’on pouvait étudier le latin « tant dans les ouvrages si remplis de sagesse des saints Pères de l’Église que chez les auteurs païens les plus célèbres, purifiés de toute souillure ». Le Souverain Pontife ne condamnait pas le gaumisme, mais il confirmait que la pédagogie humaniste n’avait pas fait fausse route en enseignant la littérature païenne. Il recommandait seulement de censurer les passages immoraux de certaines œuvres, ad usum Delphini. (Avez-vous seulement lu Mgr Gaume pour bien comprendre? Avez-vous bien discerné ce qu’il disait sur la question des classiques?)

L’Église catholique a toujours récupéré ce qu’il y avait de bon dans la culture non chrétienne. « Tout ce qui est vrai est mien, disait saint Augustin, car tout ce qui est vrai est chrétien. » Saint Thomas d’Aquin a complété, et non pas rejeté, la philosophie d’Aristote.

Certains protestants ont parfois eu tendance à condamner en bloc la culture profane sous prétexte que la Bible pouvait répondre à toutes les questions. Leur mentalité ressemble à celle du calife Omar, qui fit brûler la bibliothèque d’Alexandrie (643) en disant : « Le Coran suffit ! »

Le gaumisme se rattachait au christianisme romantique du XIXe siècle, qui dénonçait la prétendue « dérive rationaliste » de l’Église du Concile de Trente (1542-1563) au nom d’une religiosité sentimentale qui se réclamait d’un Moyen Âge imaginaire. En réalité, l’Église médiévale n’a jamais condamné la littérature gréco-latine. Les moines recopiaient fidèlement les œuvres païennes de l’Antiquité.

Mgr Gaume était apparemment antilibéral. Mais son rejet total de la culture antique visait à promouvoir une sorte de christianisme ésotérique. (Citation?) Il adhérait au « traditionalisme philosophique » de l’abbé Félicité de Lamennais (1782-1854), le père du catholicisme libéral français. (Preuve?) Dans son ouvrage Du catholicisme dans l’éducation (1835), Mgr Gaume fait l’éloge de Platon, mais il ne consacre qu’une demi-phrase à saint Thomas d’Aquin. Il va même jusqu’à soutenir que l’on devrait étudier le sanskrit plutôt que le grec et le latin. (Citation?) Cela dit tout.

Léon XIII écrivait dans Aeterni patris (1879) : « Il est dans l’ordre de la divine Providence que, pour rappeler les peuples à la foi et au salut, on recherche aussi le concours de la science humaine : procédé sage et louable, dont les pères de l’Église les plus illustres ont fait un usage fréquent, ainsi que l’attestent les monuments de l’Antiquité ».

J’admire le Moyen Âge, mais je me méfie des tendances gnostiques des modes médiévales contemporaines. »





mardi 7 avril 2015

Abbé Jean-Bapstiste Aubry - La querelle des classiques

Je ne suis pas fixé sur toutes ces questions qui regardent la grande et célèbre querelle des classiques; et je ne voudrais pas être obligé de leur donner une réponse. Mais une chose certaine, c’est que, parmi les réclamations des partisans d’une restauration dans un sens plus chrétien et au moyens des classiques et des livres chrétiens, il en est de bien justes et de bien frappantes. En voici deux :

Ne pas cantonner l’étude de la religion dans un ordre de devoirs sans attraits; et ne pas réserver à l’étude du paganisme toute la partie littéraire, poétique et artistique de l’éducation; en sorte que les idées religieuses ne se présentent plus au jeune étudiant que sans attraits, sombres tristes et rebutantes.

Choisir toujours, ou ordinairement, pour sujet de composition littéraire à donner à l’élève des sujets chrétiens où il ait à s’enthousiasmer pour la vertu, et où son imagination, son cœur soient tout entiers occupés à vêtir une pensée pieuse de tous les attraits dont la jeunesse a besoin de vêtir les choses pour les aimer. En ceci du moins on ne pourra pas dire qu’il y ait aucun profit littéraire et intellectuel à choisir des sujets païens, ni que l’éducation ait aucun intérêt à les préférer aux sujets chrétiens; et on peut accorder cela aux ennemis de la littérature classique sans compromettre les arts.

La question des classiques, si grand bruit qu’elle ait fait, et si grandes soient les explications qu’elle a provoquées, n’est pas assez tranchée pratiquement pour qu’on ose s’aventurer à donner un plan pratique. Je me bornerai à présenter dans sa crudité et sa simplicité une réflexion qui ne me paraît pas légère.

Il est reconnu que le monde païen, au moment de la venue de Jésus-Christ, était au comble du mal intellectuel et moral, et que jamais la société n’a été et ne pourra être plus bas. Sur quoi je dis : il est bien étrange qu’en pleine civilisation chrétienne on nous donne, comme règle de l’art dans toutes ses applications, d’aller chercher les modèles de tous les arts, de la littérature, etc., dans celle de toutes les époques de l’histoire qui est reconnue et proclamée la plus livrée au mal.

L’éducation est devenue païenne. Comment, dès lors, s’étonner de la disparition de la foi? Je ne tranche pas la question des classiques; elle est grosse d’orages, et je renvoie, pour sa solution, aux hommes du métier. Mais un fait est certain, c’est que ce qu’on donne le moins à l’âme de nos enfants, même dans l’éducation des jeunes gens destinés au sacerdoce, c’est l’aliment chrétien. – Semen… verbum Dei.

Je ne voudrais pas me prononcer, mais, j’avoue que quand on a accusé les études modernes d’être païennes dans leur esprit, il y a des raisons pour cette thèse, et la plus forte, selon moi, bien qu’elle ait été peu remarquée ou peu exploitée, est celle-ci : Le fond des études rationnelles, c’est la philosophie; or, les études philosophiques modernes sont imprégnées de l’esprit de Descartes qui est un esprit païen, la destruction de la philosophie chrétienne.
Abbé J.-B. Aubry - Mélanges de philosophie catholique, p. 292-293

samedi 21 février 2015

Abbé L. Petit - De la Renaissance à la Révolution

DE LA RENAISSANCE A LA RÉVOLUTION

EN SUIVANT LES PHASES DU PÉDANTISME CLASSIQUE

Nous nous sommes plusieurs fois demandé, dans les pages de la Revue, quel était le fond de l'enseignement classique. Nous répondions : la routine, le lieu commun, le vide, le faux, le ridicule. Nous croyons avoir donné quelques raisons pour prouver la vérité de cette réponse. Un coup d'œil rapide sur trois siècles de l'histoire, depuis la Renaissance jusqu'à la Révolution, servira à la confirmer et à montrer qu'il faudrait même, pour être complétement exact, ajouter des termes encore plus sévères.

Personne n'ignore l'histoire de cette vaste révolte religieuse, intellectuelle et sociale, qui éclata au XVIe siècle sous le nom de Réforme. On connaît aussi l'esprit de la Réforme ; un seul mot le résume : séparation de Dieu. Séparation de Dieu dans l'ordre religieux, par le principe du libre examen substitué au principe de l'autorité divine de l'Église; séparation de Dieu dans l'ordre intellectuel, par le principe de la sécularisation des sciences, et la destruction du règne de la théologie; séparation de Dieu dans l'ordre civil, par le retour au principe du césarisme païen. De ces principes sont sorties toutes les erreurs et toutes les révolutions qui depuis lors ont bouleversé le monde.

Or, entre les auxiliaires qui servirent à la Réforme pour faire prévaloir ses principes et ses doctrines, la Renaissance païenne fut des plus efficaces. La Réforme se l'unit intimement; elle reconnut en elle son esprit; elle en fit sa sœur: et toutes deux travaillèrent avec un touchant accord à ruiner la foi du moyen-âge, et à faire disparaître de tout : idées, mœurs, lettres, institutions publiques, cet esprit profondément chrétien qui avait tout imprégné dans les siècles précédents. Il leur fallait du temps pour accomplir cette œuvre, mais à la fin elles devaient réussir.

C'est alors que naquit l'enseignement classique. Ce souffle d'hérésie et de paganisme qui traversait l'atmosphère européenne, entraînant par surcroît les exhalaisons du cloaque byzantin, que venait de remuer l'épée de Mahomet, excita partout comme une germination malsaine. On vit renaître sur le sol chrétien la poésie, l'éloquence, la peinture, la sculpture païenne avec toutes leurs traditions mythologiques, surtout avec leur sensualisme. Un immense engouement, ou pour mieux dire, une immense folie s'empara des esprits. Il reparut des soi-disant Virgiles et Horaces. Et les rhéteurs grecs, et les sophistes, et les philosophes de toutes écoles revécurent. Épicure même trouva des disciples. Cicéron eut presque des autels. La forme païenne domina en souveraine. Les Saintes Écritures furent considérées comme écrites en style barbare. Les saints Pères furent méprisés comme n'ayant pas l'idée de la belle latinité. On entendit un Érasme s'écrier qu'il mourrait en paix, parce que sur ses vieux jours, il avait eu le temps de se remettre en grâce avec son Cicéron Et ne vit-on pas je ne sais plus quel personnage ecclésiastique, demander l'exemption du bréviaire pour n'avoir pas le chagrin de lire le latin barbare des Ambroise, des Jérôme et des Augustin?

Au reste, il faut avouer que les lettres et les arts n'étaient pas seuls à revenir au paganisme : les mœurs suivaient la même route, et ces rhéteurs renaissants si fidèles à observer les règles du paganisme, ne manquaient point aussi de s'en permettre les licences.

Le fol entraînement du XVIe siècle se continua au XVIIe, mais alors il avait eu le temps de se régulariser. Ce n'était plus le dévergondage sans règles ; c'était un système et une méthode.

Par suite de ce système, presque plus rien de l'idée chrétienne ne subsista dans les arts. La littérature, comme l'architecture, comme la peinture, n'alla plus chercher ses inspirations et ses lois que dans les ouvrages et sur les modèles de Rome et d'Athènes. Ce fut une chose convenue que tout le moyen-âge était une époque de ténèbres et d'ignorance, et qu'il n'y fallait pas même regarder. On le flétrit en bloc du nom de gothique. De là on rompit avec toutes les traditions chrétiennes les plus glorieuses. Les faits d'armes des héros francs, les gestes de la chevalerie, le cycle si vaste et si varié des légendes nationales, ne furent plus jugés dignes de fournir des aliments à la poésie. Pour en tenir lieu, on écrivit des romans sur Cyrus et sur Alexandre.

Tout ce qui existait à cette époque d'hommes instruits, et capables d'exercer une influence sur les lettres, travaillait de concert à faire triompher l'idée païenne. Les poètes dramatiques composaient des tragédies sur des sujets grecs ou romains. Boileau écrivait son Art poétique, où il proscrivait du domaine littéraire tout élément chrétien. Au lieu des Anges, les Faunes et les Tritons: Bacchus, Cupidon et Vénus, au lieu de la sainte Vierge et des Saints ; Jupiter, au lieu de Jésus-Christ. Un archevêque, celui que les traités de littérature appellent le Cygne de Cambrai, et que le grand Roi appelait un bel esprit chimérique, imitait l'élégance et la monotonie d'Homère, dans un français non moins élégant et non moins monotone. Cette prose fleurie formait le Télémaque, dans lequel, si la mythologie venait à se perdre, on pourrait la retrouver tout entière ; et dans lequel aussi si l'on perdait les écrits de Fourier, de Saint-Simon, de Cabet et des autres semblables, on pourrait retrouver tout le système du socialisme tracé d'après Platon, et réalisé dans la république de Salente.

A côté de ces grands écrivains étaient les pédants. Les universités, les collèges étaient pleins de ces savants en perruque et en rabat, qui faisaient consister leur plus haute gloire à parfaire une période carrée. Ils étaient profonds dans la science des membres et des incises, des figures de pensées et des figures de mots. Et ils composaient, d'après Cicéron, des harangues dédiées à Monseigneur le Dauphin, ou aux princes du sang. C'était tantôt la vertu de Caton, tantôt celle de Brutus qui en faisait l'objet.

D'autres cultivaient la poésie : ils paraphrasaient et imitaient Horace : ils faisaient des odes sur Oreste et Pylade, sur Fulvie et les défaillances de Phébé, autrement dites éclipses de lune. Quelquefois ils composaient des hymnes ou traitaient des sujets sacrés; mais malheur alors au saint, malheur an mystère sur lequel tombait leur muse implacable. Bientôt comprimé dans la mesure du rythme horatien, affublé de haillons mythologiques, il perdait toute forme chrétienne. Les saints devenaient des divi heroes ; la sainte Vierge, une Diva potens la sainte Eucharistie, exigua Cereris imago ; et l'Amour divin, un jeune dieu qui, le carquois au côté, s'en allait, plein d'ardeur, lancer ses flèches sur les cimes des mortels.

Cette manie de faire entrer malgré tout; dans un moule païen des idées qui n'étaient nullement faites pour y entrer, produisait, dans la littérature latine de cette époque, une boursouflure extravagante. Tous ces écrivains chrétiens-païens du XVIIe siècle ont un style emphatique, savant, si l'on veut, mais extraordinairement contourné. Et où donc auraient-ils pu prendre une noble simplicité?

Pour le français, il faut convenir que le XVIIe siècle le parla et l'écrivit magnifiquement. Mais avec sa belle langue, et avec le grand nombre de ses grands écrivains, il nous fit une littérature qui n'est ni française, ni chrétienne. A peu près tout ce que nous réputons chef-d’œuvre est païen pour le fond. Il n'y a que fort peu d'exceptions, et ces exceptions ne furent pas toujours reçues favorablement. On sait quel accueil fut fait à Athalie.

L'esprit littéraire du XVIIe siècle s'alliait, d'ailleurs parfaitement avec l'esprit janséniste. Cette littérature solennelle, pour ne pas dire guindée, sévère sur les principes de la forme, proscrivant tout ce que l'idée chrétienne peut fournir de gracieux, de mystérieux, (le profondément poétique, était en harmonie avec les sentiments d'une secte qui rejetait tout le côté charmant et doux de la religion catholique : ses légendes, son symbolisme, un grand nombre de ses miracles, son surnaturalisme intérieur et extérieur. Le jansénisme du XVIIe siècle, avec ses allures raides et froides, préludait à l'incrédulité railleuse du XVIIe. La littérature du XVIIe siècle, avec sa forme païenne et pompeuse conduisait à la littérature élégante et impie du XVIIIe.

En effet, ce fond d'esprit do foi qui avait continué de subsister malgré tout, et qui avait sont vile encore le XVIIe siècle, disparaissait insensiblement sous les efforts inconscients des écrivains et des pédants ; et à mesure qu'il disparaissait, les idées païennes s'intronisaient de plus en plus. Le naturalisme gagnait avec le paganisme, et l'incrédulité avec le naturalisme. Le mode d'instruction était toujours le même, avec cette différence que la sève chrétienne tarissait sans cesse dans l'enseignement, tandis que le poison païen s'y insinuait davantage. Dans les collèges, le paganisme avait de plus en plus les honneurs. On lui empruntait la matière de tous les devoirs classiques. Il embellissait de son concours toutes les solennités littéraires. On ne faisait pas un compliment, à quelque personnage que ce fût, sans y introduire ou les Muses ou les Grâces, ou Cyrus ou Cicéron. Brutus était un héros : Scévola un demi-dieu. Les écoliers s'exerçaient à faire des déclamations sur tous ces sujets. Les Vies des grands hommes de Plutarque remplaçaient les Vies des saints. Rollin écrivait ses fameuses Histoires ancienne et romaine où les héros de l'antiquité font si parfaite figure qu'on rougit après eux de parler des héros chrétiens, et qu'on ne trouve plus, dans l'histoire de l'Eglise, que des sujets de honte

En même temps, à côté de ces pédants sérieux et toujours solennels, on en trouvait aussi de plaisants et de galants. A la cour, à la ville, en province, c'était partout le même pédantisme plein d'affectation, vide de naturel. Les élégants courtisans rimaient des envois à leurs Phébés et à leurs. Philis, et confiaient leurs vers à l'aile des zéphyrs. Les abbés de cour composaient des pastorales sentimentales et des madrigaux en l'honneur des dames. La poésie pastorale avait un charme particulier pour cette génération blasée, qui dormait sur les volcans, et portait dans son sein tant de monstres. Mais ces monstres eux-mêmes étaient alors à l'état de beaux esprits, et plusieurs se plaisaient à rimer des idylles.

Enfin, on ne trouvait plus dans toute la littérature, de vent, ni de grandeur : nul sentiment sincère, nulle passion du beau Tout y était : 

... Sec, compassé,
Pincé, passé, cassé, glacé,

Brillant, mais d'un éclat fragile.

L'esprit chrétien n'y existait plus : et le protestantisme païen, ayant éteint le dernier souffle de foi, cette littérature ne produisait que des œuvres de mort. Il ne restait maintenant qu'à descendre des idées païennes aux faits païens, de la théorie à la pratique. Et c'est ce qui n'allait pas tarder. Les beaux esprits et les rhéteurs de la veille allaient bientôt devenir les révolutionnaires du lendemain. Après avoir déclamé sur les vertus de Brutus, ils allaient les imiter ; après avoir chanté les douceurs de la liberté antique et la félicité des anciennes républiques, ils allaient s'efforcer de faire régner par la main du bourreau cette liberté et cette félicité.

La révolution française, née de la tradition païenne, fit, comme elle le proclamait elle-même, son type du paganisme. Son idéal fut de le faire revivre : elle prit des noms païens elle fit des lois païennes; elle établit des constitutions copiées sur le modèle des républiques classiques. Il y eut alors des fêtes nationales imitées de la Grèce : fête des époux, fête de la vieillesse, fête de l'agriculture, fête de la raison... Les magistrats y prononçaient des harangues sur la morale républicaine. Les patriotes vertueux et les vénérables matrones y menaient ensemble des danses pudiques en l'honneur de la nature : des chœurs de jeunes vierges couronnées de fleurs et de jeunes garçons couronnés de lauriers se mêlaient à ces danses, et chantaient des hymnes patriotiques composées par les poètes nationaux : Alors on portait triomphalement au Panthéon avec une pompe reproduite des triomphes romains les restes de Rousseau, de Marat, de Le Pelletier, ces hommes dont le génie ou le dévouement honoraient l'espèce humaine.

Et pour que rien ne manquât à ces fêtes, il y avait aussi des sacrifices. On immolait des hécatombes; et c'étaient, perfection du genre, des hécatombes humaines ; c'étaient des ennemis de la République que l'on dévouait pour le bonheur de la patrie, pour le salut de la nation.

Ce règne sanguinaire du paganisme sous la Convention fut suivi d'un règne d'un autre caractère, plus hideux encore, sous le Directoire. Là on se jeta à corps perdu dans le paganisme : tout fut païen : ameublements, ornements, costumes ; les femmes s'habillaient comme les déesses des grecs. Plus que tout autre chose encore, ce qui fut païen, ce furent les mœurs. Elles le furent abominablement : on en peut lire le détail dans les histoires. Sous la Convention, on marchait dans le sang : sous le Directoire, on se vautra dans la boue. Cette société révolutionnaire, tirant des idées païennes dont elle s'était nourrie, toutes les conséquences pratiques, rivalisait avec la société romaine des époques de Sylla, d'Antoine, de Néron. Digne fruit de l'éducation classique, terme fatal où devait aboutir la Renaissance, jointe à la Réforme. Pour avoir voulu substituer le paganisme au christianisme dans la langue, on l'y avait aussi substitué dans les idées, puis dans les mœurs : et la société paganisée était tombée là où nous venons de la voir, là où elle avait mérité de tomber.

Heureux au moins si elle eut su profiter de la terrible leçon ! Elle l'a fait, mais incomplètement.

On prétendra peut-être que nous avons été trop loin dans nos déductions. Nous disions que pour caractériser l'enseignement, classique, l'histoire exigerait sans doute des termes plus forts que ceux de faux et de ridicule. S'il est vrai que cet enseignement ait eu sa large part dans la grande œuvre de corruption qui s'est opérée durant les trois derniers siècles, et qui a été couronnée par la révolution, il faut convenir qu'il ne suffit pas de l'appeler ridicule. Et si, à cause de ses sanglantes conséquences, on ne veut pas que nous l'appelions de ce dernier nom, on nous permettra du moins de maintenir qu'il est faux, et d'ajouter qu'il est dangereux.

L. PETIT.

mercredi 18 février 2015

Saint Antoine du désert contre les philosophes païens.

 
 
De la prudence et de la vivacité d'esprit de saint Antoine et comme il confondit deux philosophes.
 
Il était extrêmement prudent et, ce qui est admirable, n'étant point instruit aux lettres humaines, il avait une vivacité d'esprit et une intelligence non pareilles. Comme il était sur la montagne la plus proche, deux philosophes grecs l'étant allé trouver à dessein de le surprendre, il reconnut dans leur visage qui ils étaient et, allant au devant d'eux, leur dit par un interprète: « Pourquoi vous travaillez-vous tant, o philosophe, pour venir trouver un homme stupide? » A quoi répondant que non seulement il ne l'était pas, mais qu'il était fort sage et fort habile, il leur réplique : « Si vous êtes venus vers moi comme vers un insensé, vous avez pris inutilement beaucoup de peine et, si vous m'estimez sage, devenez sages comme moi : il faut imiter ce que l'on estime bon. Et, comme si j'étais allé vers vous je vous imiterais; puisque vous êtes venus vers moi, c'est à vous à vous rendre semblables à moi. Or je suis chrétien ». Ils s'en allèrent sur cela pleins d'étonnement et ayant reconnu que les démons mêmes le craignaient.
 
D'autres de ces sages selon le monde l'étant venu trouver au même lieu et croyant se moquer de lui à cause qu'il n'avait point étudié, il leur dit : « Qui tenez-vous être le premier, ou l'esprit ou les sciences et lequel des deux est la cause de l'autre, ou l'esprit des sciences ou les sciences de l'esprit? » Sur quoi répondant que l'esprit précédait les sciences, puisqu'il en était l'inventeur, il leur répliqua : « Les sciences ne sont donc pas nécessaires à celui qui a l'esprit sain et solide ». Cela les ayant surpris et tous ceux qui étaient présents, ils s'en allèrent avec admiration de voir une si grande vivacité d'esprit dans un homme sans lettres.
 
Sa manière d'agir, qui n'avait rien de rustique ni de sauvage, n'était point d'une personne nourrie et vieillie sur une montagne. Mais il était civil et agréable et ses discours étaient tellement assaisonnés du sel d'une sagesse divine que tous ceux qui le venaient voir recevaient de la joie et de la consolation de ses entretiens, sans pouvoir trouver à redire à ses actions.
 
 
 
Vie de Saint Antoine par Saint Athanase

lundi 3 novembre 2014

Auteurs parmis d'autres sur la question des classiques.

 Abbé Alexis Pelletier
1837-1910
Aumônier des Sœurs du Bon-Pasteur d'Angers à Montréal

Cardinal Pie
1815-1880
Évêque de Poitiers

 
Dom Prosper Guéranger
1805-1875
abbé de Solesmes

Jules-Paul Tardivel
1851-1905
Fondateur du journal La Vérité
 
Louis Veuillot
1813-1883
journaliste à L'Univers
 
Monseigneur Gaume
1802-1879
Protonotaire apostolique
 
Pape Pie IX
1792, pape 1846-1878
 
Donoso Cortès
1809-1853
Ambassadeur à Berlin, écrivain contrerévolutionnaire 

Père Emmanuel D'Alzon
1810-1880
Fondateur des Augustins de l'Assomption
 

Père Ventura de Raulica
1792-1861
Général des Théatins

Cardinal Gousset
1792-1866
Archevêque de Reims

vendredi 31 octobre 2014

Saint Jérôme sur la lecture de Cicéron et des auteurs classiques païens.

« J'ai voulu faire moi-même, dit-il ailleurs, cette dangereuse expérience, et voici les fruits amers que j'en ai recueillis. Depuis plusieurs années, j'avais quitté la maison paternelle, je m'étais privé de la société de mes parents, de ma sœur et de mes amis; et ce qui est plus difficile, j'avais renoncé à l’usage des aliments délicats ; tout cela en vue de gagner le ciel. Ayant l'intention de me rendre à Jérusalem pour combattre les combats du Seigneur, je ne pouvais me passer de la bibliothèque que je m'étais composée à Rome avec un soin extrême et une peine infinie. Ainsi, malheureux que je suis, je me privais de tout, je jeûnais pour lire Cicéron. Après les fréquentes veilles de mes nuits, après des larmes abondantes versées au souvenir de mes fautes passées, je prenais Plante dans mes mains. Si quelquefois, revenant à moi-même, j'essayais de lire les Prophètes, leur stylo inculte me faisait horreur; et parce que mes yeux malades ne voyaient pas la lumière, je croyais que ce n'était pas la faute de mes yeux, mais du soleil.»

« Pendant que j'étais ainsi le jouet de l'antique serpent, je fus tout à coup ravi en esprit et traîné au tribunal du souverain Juge. Tel était l'éclat de la lumière qui jaillissait de sa personne, ainsi que des anges dont il était environné, que je restai prosterné contre terre sans oser lever les yeux. Interrogé sur ma condition, je répondis que j'étais chrétien. Tu mens, répliqua le Juge ; tu es cicéronien, et non pas chrétien; car là où est ton trésor, là est aussi ton cœur. A ces mots, je me tus, et le Juge ordonna de me frapper, et les coups que je recevais m'étaient moins cruels que les remords dont ma conscience était déchirée. Je me rappelai cette parole du prophète : Qui pourra vous louer dans l'enfer? Cependant je commençai à crier et à dire en sanglotant : Seigneur, ayez pitié de moi. Enfin ceux qui environnaient le tribunal se jetèrent aux pieds du Juge et lui demandèrent grâce pour ma jeunesse, et délai pour faire pénitence de ma faute, lui disant que je me soumettais au supplice si jamais je retournais à la lecture des auteurs païens. Moi-même, dans celte extrémité, je faisais encore de plus grandes promesses; je jurai, en invoquant le nom de Dieu, que si jamais il m'arrivait de conserver des livres païens, je voulais être regardé comme un apostat.»

 « Ce serment à peine prononcé, je suis relâché, je reviens à moi-même. Au grand étonnement de ceux qui m'entouraient, j'ouvre les yeux tellement inondés de larmes, que cela seul suffisait pour prouver aux incrédules la violence de la douleur que j'avais endurée. Ce ne fut point un sommeil ou un vain songe, comme ceux qu'on éprouve quelquefois. J'en prends à témoin ce tribunal devant lequel j'étais étendu; j'en prends à témoin la redoutable sentence qui me glaça de frayeur, Aussi jamais il ne m'arrivera de m'exposer à subir une pareille question, dans laquelle j'ai eu les épaules meurtries par des coups dont j'ai ressenti longtemps la douleur, et après laquelle j'ai étudié les saintes Écritures avec autant d'ardeur que j'en avais mis à étudier auparavant les ouvrages profanes. » Le saint docteur fut fidèle à son serment. Non-seulement il ne lui arriva plus de lire aucun auteur païen, mais il craignit encore d'en citer les passages qui lui revenaient naturellement à la mémoire. À ceux qui lui disaient ce qu'on répète aujourd'hui, que, sans la connaissance de ces auteurs, on ne saurait bien parler ni bien écrire, il répondait : Ce que vous admirez, je le méprise, et je le méprise, parce que j'ai goûté la folie de Jésus-Christ, et la folie de Jésus- Christ, sachez-le bien, est plus sage que toute la sagesse humaine.»

Le ver rongeur de Mgr Gaume P.107 à 110 

mercredi 29 octobre 2014

La Voix des Francs Catholiques Numéro 25 de Juillet 2012

Réponse au bulletin
n°269 Notre Dame de la Sainte Espérance
juin 2012, de M. l’abbé Belmont.
Suite de la partie 2

1er point : sa justification pour encourager certains de ses fidèles à recevoir la confirmation dans le rite traditionnel, d’un évêque conciliaire, sacré avant Vatican II.


2ème point : son rejet d’un certain nombre d’auteurs catholiques éminents publiés aux éditions Saint-Remi, en particulier Mgr Gaume.


3ème point : son rejet de la mission divine de la France.

II.


Abordons maintenant l’opposition de M. l’abbé Belmont à la ligne éditoriale des éditions Saint-Remi
[14], et en particulier au dénigrement de Mgr Gaume dont nous avons publié toutes les œuvres pour le plus grand bien d’un très grand nombre de lecteurs qui nous l’ont manifesté.

Pour cela il s’appuie sur une courte citation lapidaire de Dom Guéranger
[15] :

« L’abbé Gaume est profondément ignorant, vous ne pouvez le suivre en aucune façon » (Histoire du Cardinal Pitra par Dom Cabrol, Paris 1893, p. 193)

Vu les innombrables approbations dont a bénéficié Mgr Gaume de la part de Rome
[16] (Papes, concile provincial d’Amiens sanctionné par Rome sous la direction du Cal Gousset), et des plus grand penseurs catholiques de son époque, face à cette citation contradictoire et incohérente, nous sommes allés voir le chapitre complet de l’ouvrage en question, et voilà que mise dans son contexte on s’aperçoit que Dom Guéranger a été trompé par un faux rapport sur un ouvrage (Le Ver Rongeur des Sociétés Modernes) qu’il n’a manifestement pas lu.


Plus ! Dom Guéranger propose à Dom Pitra exactement ce que Mgr Gaume prônait : « L’abbé de Solesmes n’eut garde de refuser à dom Pitra la permission de donner son sentiment sur la question, d’autant qu’il partageait toutes ses idées : « J’approuve de tout point, lui dit-il, votre manière de voir. Le contraire est absurde, seulement je voudrais dans les classes l’étude parallèle des classiques profanes et des classiques sacrés
[17]. » C’est tout le combat de Mgr Gaume, qui a d’ailleurs mis au point une bibliothèque des classiques grecs et païens de 24 volumes pour toutes les classes, dont nous avons réédités certains volumes.


Dom Cabrol avoue dans ce même chapitre que Dom Pitra a un jugement trop sévère sur l’abbé Gaume : « Tout serait à louer dans cette lettre, fond et forme, si l’enthousiasme de dom Pitra pour l’antiquité classique ne l’eût entraîné à un jugement que nous serions tenté de trouver trop sévère, au sujet de l’abbé Gaume. Le livre du paganisme dans l’éducation contient au milieu de thèses paradoxales bien des idées justes et des vérités piquantes sur le moyen âge chrétien, la renaissance païenne du seizième siècle et l’éducation chrétienne. » La preuve est faite que Dom Guéranger a été trompé par Dom Pitra, et que par conséquent son jugement lapidaire est erroné.

Il n’est donc pas très correct de discréditer ainsi Mgr Gaume par une citation sortie de son contexte.

Mais voyons de plus près si Mgr Gaume était profondément ignorant, où si ceux qui l’accusent ainsi malgré le recul de l’histoire (que Dom Guéranger n’avait pas en 1851), ne manifestent pas eux-mêmes leur propre ignorance.


Mgr Jean-Joseph GAUME fut le neuvième enfant d’une famille patriarcale de cultivateurs qui, aux plus mauvais jours de la Révolution, avait donné asile aux prêtres persécutés. Il naquit à Fuans (Doubs), le 5 juin 1802. Il fit ses études littéraires au petit séminaire d’Ornans et sa théologie au grand séminaire de Besançon sous la direction de l’abbé Busson, son cousin, dont le père avait été condamné à la guillotine par le tribunal révolutionnaire de Maîche, le 14 octobre 1793. Ordonné prêtre en 1825, il fut deux ans vicaire à Vesoul. Sur l’indication de l’abbé Gerbet, Mgr Millaux, évêque de Nevers, le demanda, en 1827, pour professer le dogme dans son grand séminaire et il le nomma chanoine honoraire. L’abbé Gaume n’occupa la chaire de dogme que durant l’année scolaire 1827-1828. En 1828, il devint supérieur du petit séminaire de Nevers et il réorganisa avec succès cette maison sous le triple rapport de la piété, de la science et de la discipline. En 1829, tout en gardant cette charge, il fut chanoine titulaire de la cathédrale. Le gouvernement français exigea, en 1831, des supérieurs des maisons d’éducation qui ne faisaient pas partie d’une congrégation approuvée, le serment imposé par les ordonnances du 11 juin 1828. Quoique prêtre séculier, l’abbé Gaume refusa une déclaration que le pouvoir civil n’avait pas le droit de lui demander, et il quitta le petit séminaire. Il dirigea dès lors le catéchisme de persévérance des jeunes filles de toute la ville, œuvre dont il fut chargé pendant vingt ans. Il initiait ses élèves, dont le nombre dépassait 300, à la pratique des bonnes œuvres, et il était lui-même président de l’œuvre Saint François-Xavier pour les ouvriers et directeur de la conférence de Saint Vincent de Paul. Au cours d’un voyage à Rome en 1842, il reçut du pape Grégoire XVI, la croix de l’ordre de Saint Sylvestre en récompense de son dévouement et des services qu’il avait rendus à la religion par ses ouvrages. Le 19 août 1843, il donna sa démission de chanoine titulaire pour être vicaire général de Mgr Dufêtre ; il eut part à l’administration diocésaine à ce titre jusqu’en 1852 ; il démissionna alors en raison de son dissentiment avec le prélat au sujet des classiques chrétiens. Il avait ouvert la controverse sur l’abandon des auteurs païens de l’antiquité et il menait campagne avec Louis Veuillot contre Mgr Dupanloup. Au mois de novembre 1852, l’évêque de Nevers adressa à son clergé une circulaire dans laquelle il prenait parti contre les idées de son vicaire général. L’abbé Gaume quitta Nevers, tout en demeurant chanoine d’honneur de la cathédrale, et se retira à Paris auprès de ses frères, qui étaient libraires-éditeurs. Le comité ecclésiastique de Pontarlier l’avait présenté au suffrage des électeurs de l’arrondissement, en 1849, pour la députation. L’université de Prague lui avait donné le titre de docteur en théologie, le 28 août 1848 ; les évêques de Reims, de Montauban et d’Aquila le nommèrent vicaire général (ce dernier, le 13 juin 1856). Le pape Pie IX l’éleva, en 1854, à la dignité de protonotaire apostolique ad instar participantium. En 1872, le préfet de la Propagande lui confia la charge de directeur général de l’Œuvre apostolique, destinée à venir en aide aux missionnaires. Il mourut à Paris le 19 novembre 1879. Il fut, toute sa vie, un prêtre pieux et zélé, d’un caractère bon et affable, très dévoué à l’Église et au siège apostolique.


À propos de la controverse sur les classiques païens il faut dire à l’encontre de Dom Pitra, que Rome a parlé, la dispute est donc terminée. Dom Cabrol qui écrit en 1893 ignore-t-il ce bref de Pie IX qui donne raison à Mgr Gaume, suite à la publication de PIE IX ET LES ÉTUDES CLASSIQUES, APPEL AUX PÈRES DE FAMILLE ET AUX INSTITUTEURS DE LA JEUNESSE où est cité en sus ce Bref de Pie IX ?

PIE IX, PAPE.


« Cher fils, salut et bénédiction apostolique.


« Nous avons reçu avec joie la lettre filiale et les offrandes que, en votre nom et au nom des pieux fidèles dont vous dirigez la conscience, vous Nous avez adressées. En vous voyant si plein de sollicitude pour Nous, Notre ardent désir est que vous jouissiez de cette félicité de l’âme, que ni l’iniquité des temps ni la haine des hommes ne peuvent ôter aux justes et aux sages.


« Aussi, que les oppositions et les critiques malveillantes de quelques-uns ne vous émeuvent pas, puisque, comme vous le dites, le but unique de vos écrits a été de défendre, dans la question des études, les règles que vous saviez être par Nous approuvées : savoir, faire étudier à la jeunesse, avec les ouvrages classiques des anciens païens, purgés de toute souillure, les plus beaux écrits des auteurs chrétiens.


« C’est pourquoi nous jugeons à propos que vous bannissiez toute anxiété, bien plus, que vous reposiez dans une parfaite tranquillité. Car ceux qui dans leur conduite ne se proposent que la gloire de Dieu et le salut des âmes, sont assurés de s’acquérir de grands mérites devant Dieu et une solide gloire aux yeux des hommes sages. Et ce sont des titres de gloire préférables à ceux qui reposent sur les vains jugements et opinions du vulgaire.


« Soyez donc plein de courage et d’ardeur et recevez comme gage des faveurs divines la bénédiction apostolique, que Nous vous donnons dans toute l’effusion de Notre cœur, à vous et aux fidèles nommés plus haut, qui se sont unis à vous pour Nous offrir l’hommage de leur piété filiale.


« Donné à Rome, près Saint-Pierre, le 22 avril 1874. De Notre pontificat l’année vingt-huitième.


PIE IX, Pape ».


Est-il vrai que Monseigneur Gaume soit profondément ignorant ? Laissons parler l’abbé Pelletier
[18] qui en a assuré déjà il y a bien longtemps la défense, en s’appuyant sur le Magistère de l’Église, sur les auteurs les plus éminents et sur le bon sens :


« On a dit, et sur tous les tons, que Mgr Gaume est un exalté, un exagéré, un homme à idées singulières. Soit. Mais à présent que les adversaires de cet illustre auteur veuillent bien examiner un instant avec moi certains de ses ouvrages où n’est pas traitée la question des classiques, son Manuel des Confesseurs, par exemple. Oh ! ici nous nous trouvons parfaitement d’accord pour louer et admirer. Nous n’hésitons pas à dire que ce Manuel est une œuvre unique, parfaite, si excellente que c’est quasi un devoir pour tout prêtre de le lire aussi assidûment que l’Écriture Sainte. Nous proclamons encore que ce livre, ne fût-il qu’une pure compilation eût exigé comme tel dans son auteur une science, une érudition, une prudence, une sagesse, un esprit de discernement, u n bon sens pratique chrétien plus qu’ordinaire.


Qui n’admirerait encore Les Trois Rome qui décèlent une étude si approfondie, une connaissance si parfaite des temps anciens et surtout des premiers âges de l’Église ? Et sans parler de plusieurs autres livres excellents, sortis de la plume du même auteur, ne suffit-il pas de nommer l’Histoire de la Société domestique, Le Signe de la Croix au dix-neuvième siècle
[19], que S. E. le cardinal prince Altiéri, préfet de la S. C. de l’Index., appelle un livre admirable, et particulièrement ce beau Catéchisme de Persévérance qui a conquis une popularité européenne et même américaine. Souvenons nous enfin que Grégoire XVI, dans un Bref adressé à Mgr Gaume et par lequel il le crée Chevalier de l’ordre de la Milice Dorée, lui dit, après les éloges les plus flatteurs donnés à ses grands talents et à sa piété, que ses ouvrages n’ont pas rendu un médiocre service à la religion.


Quand donc un prêtre, aussi grave, aussi savant, aussi zélé, aussi expérimenté que l’est celui qui a doté la bibliothèque chrétienne de ces précieux ouvrages, entreprend de parler de la réforme à opérer dans l’enseignement, on doit à priori, raisonnablement supposer qu’il n’a point entrepris de traiter une question de cette importance, sans savoir ce qu’il disait, sans faire de longues réflexions et de sérieuses études, sans prendre de nombreux et sûrs conseils. Un bon sens, assez peu cultivé même, nous dit qu’il faut tenir compte de tout un ensemble de faits lorsqu’il s’agit de mesurer l’estime qu’on accorde à quelqu’un. Si les adversaires de Mgr Gaume eussent daigné suivre ce dictamen de la commune raison, ils n’auraient pas été aussi prompts à s’écrier qu’ils ne voyaient dans sa thèse contre le paganisme dans l’enseignement, qu’un amas d’accusations dont le titre seul révèle l’inanité, des témérités d’opinion et de langage, des emportements d’esprit, des déclamations violentes, bonnes seulement à produire le trouble et le scandale, enfin, une aberration.


Qu’est-ce donc maintenant que cette thèse de Mgr Gaume qui a soulevé en France de si chaudes et de si vives discussions ? Cette thèse ? Elle se résume à dire : eu égard aux penchants de l’homme déchu, eu égard surtout à l’état du monde actuel, païen dans le luxe et l’immodestie de ses habits, païen dans sa littérature dont le fonds est ou puéril ou immoral, païen dans ses arts d’agrément, qui ont fait servir le pinceau, le ciseau, la musique à reproduire des objets que la pudeur ne nomme pas, à exalter des sentiments dont la présence est une souillure, païen dans sa philosophie qui ne tend qu’à émanciper la raison individuelle, païen dans sa politique qui nie les droits de Dieu en proclamant ceux de l’homme, qui veut le règne de la démocratie pure et l’anéantissement de toute influence religieuse sur le pouvoir civil, païen enfin dans toutes ses aspirations qui sont grossières, terrestres, bestiales, il est d’une extrême importance de nourrir la jeunesse chrétienne et catholique de christianisme et de catholicisme.


Mgr Gaume fait ensuite voir de quel contre bon sens l’éducation se rend coupable depuis trois siècles en donnant, pour précepteurs et pour modèles, à des âmes baptisées toute cette pléiade de prétendus grands hommes de l’antiquité qui, sans en excepter le divin Platon et l’immaculé Cicéron, peuvent tous être désignés par ce mot d’un Père de l’Église : Animalia gloriæ et voluptatis. Il nous révèle les ignominies de ces grands modèles de perfection humaine et nous fait voir que tous leurs mouvements, au lieu de tendre vers en haut, tendent vers ce qu’il y a de plus bas ; qu’au lieu de s’élever comme l’aigle, ils rampent comme la chenille ; qu’au lieu de se nourrir comme l’abeille du suc parfumé des fleurs, comme la mouche stercoraire ils s’abattent sur l’ordure. Pas une violation de la plus sainte des lois devant laquelle ils reculent ; pas une souillure qu’ils s’épargnent.


Voilà probablement c e qui a mérité à Mgr Gaume le titre d’insulteur de l’Église, et en effet il y avait de quoi. Passe pour jeter une poignée de boue à la face d’un saint Père avec un sourire niaisement impie, ce n’est là qu’une peccadille ; mais attaquer Ciceron ! Platon ! le divin Platon ! oh ! pour le coup un tel attentat doit exciter une indignation universelle ; c’est un attentat trois fois sacrilège !


Qu’est-ce encore que la thèse de Mgr Gaume ? C’est un long et magnifique commentaire de l’un des décrets du Vè concile général de Latran qui déclare que la philosophie et la littérature païenne sont infectes dans leurs racines, et qui n’en permet l’étude qu’après avoir exigé des précautions infinies ; c’est la démonstration parfaite, histoire en main pour prouver par des faits nombreux les terribles ravages exercés dans le monde moderne par la mise en honneur du paganisme gréco-romain, de la sagesse divine qui inspirait le Saint Concile de Trente quand dans la VIIè des X règles de l’Index, éditées par son ordre, il défendait pour aucune raison de laisser lire aux enfants, même sous prétexte d’élégance de style et de langage, les livres des païens qui renferment des choses lascives et obscènes.


Il importe encore de signaler ici que l’Église avait formulé cette thèse, même dès les premiers siècles de son existence, par l’organe de ses membres les plus saints et les plus éclairés, je veux dire les Saints Pères. C’est ce que reconnaît Rollin lui-même, tout saturé de paganisme qu’il était lorsqu’il dit : « La lecture des poètes, condamnée si unanimement par les Pères, et même par les païens, peut-elle donc être permise dans les écoles ? (Tr. Des Et. p. 576.) Pour abréger, je n’en citerai que deux : saint Augustin et saint Jérôme. Le premier, qu’on ne traitera certainement pas d’esprit léger, regarde la coutume où l’on était, de son temps, d’expliquer les fables des poètes dans les écoles chrétiennes comme un funeste torrent auquel personne ne résistait, et qui entraînait les jeunes gens dans l’abîme éternel. (Conf. lett. ch. XVI.) Le second ne craint pas de qualifier très énergiquement l’ensemble de la philosophie et de la littérature païenne, en l’appelant nourriture des démons. Cibus est, dæmoniorum, sæcularis philosophia, car- mina pœtarum, rhetoricorum pompa verborum (Lt.,Hier. Epist. ad. Dam. de decob. filiis opp. t. IV, p. 153).


Ces textes sont précis, comme on le voit, et vont directement au but ; ils ne permettent guère de regimber. Toutefois on a trouvé le moyen de leur faire signifier toute autre chose que ce qu’ils veulent dire, pris dans leur sens naturel, et l’on a même eu le courage de composer de gros volumes pour prouver que donner la préférence aux classiques chrétiens sur les classiques païens, loin d’être conforme à l’esprit de l’Église, était en complète opposition avec lui, et que par conséquent les ouvrages de Mgr Gaume contre le Paganisme dans l’éducation était digne de censure. Il fallait une pareille sortie pour faire briller la vérité dans tout son jour. Aussi Mgr Gaume alla-t-il lui-même à Rome soumettre à la Congrégation de l’index les ouvrages où il avait traité la question des classiques, et, quelques temps après, le Père Cirino, consulteur des clercs réguliers, lui fit parvenir la consultation suivante

“Monsieur et très respectable abbé, les principes de foi et de zèle, qui vous ont inspiré le rare courage de soulever une question aussi utile et aussi délicate qu’est la question de l’abus des classiques païens dans les écoles seront infailliblement reconnus et admirés de quiconque voudra se procurer l’avantage de lire ce que vous avez publié à ce sujet.


“Attaquer de front une coutume invétérée et universelle a paru à quelques-uns une présomption et une injure envers l’Église. Rassurez-vous cependant ; car d’un autre côté des personnages, non point en petit nombre ou obscurs, mais en grand nombre et on ne peut plus distingués, vous encouragent, vous secondent et se font vos compagnons d’armes dans cette guerre contre le paganisme, infiltré dans l’éducation et débordé contre les sociétés modernes.


“ (…) Empêcher les jeunes gens qui doivent étudier le grec et le latin de puiser leurs premières idées dans les auteurs païens, desquels, excepté la langue, on n’apprend rien de bon et dont on peut apprendre beaucoup de mal, et d’autre part, leur mettre entre les mains des livres chrétiens où, tout en apprenant une langue, qui est aussi une langue grecque ou latine, l’esprit et le cœur des enfants, faciles à recevoir et fidèles à retenir les premières impressions, se pénètrent, presque sans s’en apercevoir, de religion, de vertu, de piété, qui, en fin de compte, sont l’essentiel de la vie morale de l’homme : rien de tout cela assurément ne peut être appelé un outrage à l’Église. Je dirai plutôt que c’est un moyen de seconder ses vues.


“ (…) Il me semble que c’est faire trop d’honneur à Homère et à Virgile, à Démosthène et à Cicéron, que de déclarer l’Église solidaire de l’injure qu’on leur fait en les bannissant de quelques écoles. Je ne sache pas que l’Église ait jamais fait de canon pour sanctionner une règle, un programme d’études élémentaires. Aussi, chaque évêque, chaque congrégation religieuse, a pleine liberté de suivre telle méthode qu’elle reconnaît plus appropriée aux circonstances des temps et plus conforme à la pratique des lieux, ou bien d’introduire un système qui lui soit tout à fait propre. Dans ce dernier cas, ce serait une nouveauté, jamais une injure aux autres évêques ou aux autres congrégations, bien moins encore à l’Église.


“L’Église n’a pas imposé l’usage des classiques païens, elle l’a toléré. Elle ne regardera donc pas comme une injure si on éloigne d’elle ce qui était en elle, mais qui ne venait pas d’elle. L’usage des classiques païens fut imposé par les exigences du siècle, et à grand regret adopté par les pasteurs spirituels. Que ne fit pas saint Charles pour exclure du programme d’études de son séminaire les auteurs païens ? Par une prudente condescendance, il dut cependant tolérer qu’on les y introduisit ”.


On sait en effet que la crainte, hélas ! trop fondée, de voir la jeunesse milanaise prendre le chemin des universités et des gymnases protestants, où régnaient Homère et Virgile, contraignit saint Charles à modifier son premier plan.


Le Père Cérino termine en disant :


“Pour conclure je dirai à Votre Révérence que, suivant ma manière de voir, elle peut sans inquiétude, sans difficulté ou inconvénient soutenir sa thèse, laquelle seconde les vues de l’Église, loin de les contrarier ”.


Voilà ce qui peut s’appeler un témoignage fort explicite en faveur de la thèse ; il part de haut comme on voit, et de toute son autorité il confirme l’interprétation qu’a donné Mgr Gaume aux paroles des Saints Pères, aux actes solennels de l’Église dans les conciles de Trente et de Latran.


Mais voici bien autre chose ; une voix part encore de plus haut et parle absolument dans le même sens que celle que nous venons d’entendre. C’est à décourager tous les représentants des vieilleries païennes. En réponse à une lettre de S. E. le Cardinal Gousset, partisan zélé du plan d’études de Mgr Gaume et qui l’a même adopté pour tous les séminaires de son diocèse, comme nous le verrons tout à l’heure, le cardinal Antonelli écrivait de Rome le 30 Juillet 1852 :


“Éminentissime et Révérendissime Seigneur, outre le grand prix que j’ai coutume d’attacher aux communications de Votre Éminence, celle que vous avez adressée, sous le pli du 13 du courant, à propos de la fâcheuse divergence qui s’est récemment élevée en France, sur le choix des livres pour l’enseignement littéraire, a une extrême importance.


“La parfaite connaissance, que l’on a de la sagesse et du profond discernement qui distinguent votre Éminence, était déjà une raison plus que suffisante de compter sur la justesse et l’étendue de vos vues dans l’appréciation de la susdite controverse. Cette assurance, conçue d’avance, et que le Saint Père, à bon droit, partageait avec moi a été parfaitement confirmée.


“ (…) En applaudissant hautement à l’intérêt que Votre Éminence a attaché à cette affaire, et qu’elle a fait servir avec un zèle et une sagesse admirables à atteindre un but pleinement conforme aux vues du Saint Siège, je suis heureux de vous offrir en même temps l’assurance du profond respect avec lequel je vous baise humblement les mains”.


L’année suivante, 1858, la thèse de Mgr Gaume recevait de Rome l’approbation la plus encourageante, bien qu’implicite, par la confirmation de tous les actes et décrets du concile d’Amiens, tenu le 10 janvier de cette année sous la présidence de S. E. le Cardinal Gousset. Voici les décrets de ce concile relatifs à l’éducation. La citation est longue, mais comme le concile parle d’or, je crois qu’on la lira avec un sensible plaisir.


“Voici quel est le principe fondamental qui doit présider au régime des écoles ; le but de l’Éducation est de former les jeunes gens à la vie chrétienne surtout, et en même temps à la vie civile et aux sciences qui s’y rapportent. Les collèges, qui sont pour les enfants comme une seconde famille, ne doivent pas satisfaire moins parfaitement à ce devoir que l’éducation domestique à laquelle ils suppléent.


“Pour que les écoles soient vraiment dirigées vers cette fin, il ne suffit pas que les jeunes gens assistent aux instructions religieuses qui leur transmettent la connaissance des vérités surnaturelles, mais il est nécessaire en outre que les sciences naturelles qu’ils apprennent dans les classes non seulement ne nuisent pas à la culture chrétienne des esprits, mais lui servent et en dépendent, de sorte que la religion soit comme une âme qui donne le mouvement à la masse des études et se répande dans tout le corps de l’enseignement.


“Cet ordre a dû sans doute être toujours suivi dans l’éducation de la jeunesse, mais les conditions du temps présent l’exigent plus strictement encore, car il n’est rien que l’éducation ne doive tenter pour rendre les jeunes gens fermes et robustes dans la foi, puisqu’’au sortir des écoles ils sont entourés de tous côtés par les séductions et les assauts des mauvaises doctrines.


“Dans cette organisation chrétienne des études, il faut porter une attention spéciale sur trois grandes parties de l’enseignement qui embrassent les lettres, l’histoire et la philosophie. Leur sage direction dépend d’une vérité que les professeurs doivent méditer avant tout, et sur, laquelle roule toute éducation chrétienne, savoir que l’ordre naturel et l’ordre surnaturel, quoique essentiellement distincts, sont tellement unis chez les chrétiens, que, par suite de cette union, l’ordre naturel reçoit de l’autre des lumières supérieures, qui le pénètrent et le perfectionnent de diverses manières”.


“Ainsi, dès le début, nous voyons les Pères du concile désapprouver cette séparation qui, cependant, fait le fond, la base et l’essence de toute la philosophie actuellement enseignée. En effet, on fait une profession ouverte de n’enseigner en philosophie que ce qui peut être découvert par les seules forces de la Raison.


“Les Pères du concile continuent en disant : « Et d’abord, dans la littérature, on voit briller les éléments du beau naturel, que le génie de l’homme perçoit et élabore par ses propres forces. Ce genre de beauté se fait remarquer dans un grand nombre d’ouvrages païens, où il consiste, en grande partie, dans un soin exquis de la forme et dans un art merveilleux. (Remarquons ici en passant que le beau naturel, que les Pères du concile reconnaissent exister dans un grand nombre d’ouvrages païens, est surtout le beau de la forme ; ils ne préconisent pas les idées que revêtent ces belles formes). Mais après que l’Évangile eut éclairé et échauffé les âmes, lorsqu’il eut ouvert à l’intelligence et au cœur de l’homme des régions plus hautes et de plus vastes espaces, on voit apparaître un nouvel ordre de beauté surnaturelle, qui, plus sublime en soi, perfectionne la substance de l’autre ordre, et, tout en recevant les formes du beau naturel, produit néanmoins une expression qui lui est propre, comme le prouvent une foule de livres, de poèmes et de discours, dans lesquels éclate la majesté du génie chrétien. Les professeurs ne doivent donc pas expliquer les monuments de la littérature païenne sans exposer aussi les principes et les modèles de la littérature chrétienne, en ayant soin de bien faire remarquer l’influence des éléments qui lui sont propres.


« Il faut en dire autant de l’histoire. On retrouve chez tous les peuples les éléments naturels de la société civile, savoir : la famille, le mariage, les relations des parents et des enfants, la distinction des riches et des pauvres, les droits publics et privés, le pouvoir et l’obéissance, et tout ce qui dérive de cet ordre de choses. Mais il est évident que chez les peuples éclairés par la lumière surnaturelle de l’Évangile, ces termes ont une signification, à certains égards, différente de celle qu’ils avaient dans les ténèbres du paganisme, et que la notion chrétienne de ces éléments sociaux, non seulement diffère beaucoup des idées corrompues qui dominaient chez les païens, mais aussi qu’elle est bien supérieure aux notions même justes qu’ils pouvaient concevoir par la seule lumière naturelle. D’où il suit que les principes de la société civile, élaborés et comme transformés par la vertu de la révélation évangélique, ont été élevés à un degré supérieur de dignité et d’excellence. Que les professeurs d’histoire n’épargnent donc aucun soin pour faire saisir graduellement à leurs élèves cette union des éléments naturels et de l’élément surnaturel, ainsi que les merveilleux effets qu’elle a produits. »
[20] »


Au regard de tous ces témoignages à la fois du Magistère de l’Église et des personnages catholiques les plus éminents de cette époque, au regard de notre propre connaissance des ouvrages si érudits de Mgr Gaume
[21], nous trouvons particulièrement choquant de traiter ainsi Mgr Gaume de « profondément ignorant ». Car cette accusation retombe logiquement sur ceux qui ont dit le contraire : Grégoire XVI, Pie IX, le Cal Gousset, un grand nombre de prélats, Donoso Cortès, Louis Veuillot[22] et bien d’autres. Nous laissons donc juge le lecteur de la valeur d’une telle appréciation.


Voici donc réfuté cette première accusation ridicule que Mgr Gaume serait profondément ignorant.



* * *


Abordons maintenant l’accusation de « relent de traditionalisme et de fidéisme » contre Mgr Gaume de la part de M. l’abbé Belmont, petite phrase regrettable qui vient déprécier un auteur pourtant si clairvoyant. Essayons d’expliquer au lecteur de quoi il s’agit, et d’où vient de la part de M. l’abbé Belmont une telle idée. Nous allons voir que cette accusation est dénuée de fondement, et que ceux qui la soutiennent devraient se demander a contrario s’ils ne sont pas atteints d’une sorte de semi-rationalisme.


Le père Hugon résume bien le traditionalisme et le fidéisme :


« Le Traditionalisme enfin est directement atteint. On sait qu’il y a trois degrés dans cette erreur : les fidéistes, avec Huet, prétendent que la raison sans la foi est frappée d’impuissance absolue d’autres avec Bonnetty et Ventura, disent que, si la raison peut arriver à certaines vérités de l’ordre sensible et physique, elle ne saurait s’élever jusqu’à Dieu sans le secours de la foi, au moins de la foi humaine ; enfin Ubaghs et son école requièrent l’institution de la société ; et, en dernière analyse, la révélation. La première forme est hérétique, la seconde forme est pour le moins voisine de l’hérésie, la troisième est pour le moins erronée. »


Or Mgr Gaume dans son livre Du Catholicisme dans l’éducation affirme bien :


« Il est bien vrai, suivant le concile de Trente, que par la chute originelle, la volonté n’a pas été anéantie, mais seulement brisée et affaiblie, fracta et debilitata ; qu’ainsi l’homme peut, sans le secours de la révélation évangélique, connaître quelques vérités, comme il peut, sans la grâce, pratiquer quelque bien dans l’ordre naturel. »


Il n’est donc en rien traditionaliste ou fidéiste. Par contre il dit aussi dans le même ouvrage :


« Mais pour donner à l’homme l’intelligence de lui-même et de la création, quelle doit-être la philosophie ? À cette question il n’y a pas deux réponses possibles : la philosophie doit être fille respectueuse de la foi. En effet, être contingent, l’homme n’a pas plus la vérité en lui que la vie ; il la reçoit ; or, il ne peut la recevoir que par la foi à l’enseignement primordial donné par les parents et qui vient originairement de Dieu. Un certain nombre de vérités premières, indémontrables, admises de confiance sur la parole de l’autorité, telle est donc, dans toutes les hypothèses imaginables, la base nécessaire de toute philosophie. »


D’ailleurs, le père Hugon précise bien :


« Le concile du Vatican tout en retenant ces titre par lesquels l’Écriture désigne le vrai Dieu, n’entendait pas définir, cependant, que la raison arrive par ses seules forces à démontrer le dogme complet de la création, que Dieu a tiré toutes choses du néant. »


Et cette approche de la philosophie a été reprise par les Pères du concile d’Amiens présidé par le Cal Gousset (il est le père spirituel de Mgr Gaume). N’oublions pas qu’à ce concile l’erreur du Traditionalisme a été également dénoncée, et que vu le nombre de détracteurs qu’avait Mgr Gaume, ils n’auraient pas manqué de le faire accuser de traditionalisme ou de fidéisme. Mais lisons plutôt :


« Quant à la philosophie, (redoublons ici d’attention) il y a sans doute dans les écoles catholiques, plusieurs éléments que les forces de l’esprit humain ont fourni même aux philosophes païens ; mais il y en a d’autres qui ne dérivent pas de cette unique source. Il est très faux de dire que l’enseignement de la philosophie soit chez nous le produit de la seule raison naturelle.


« Car les professeurs ont, dans la doctrine catholique, une règle qui leur indique les thèses à rejeter, et qui les avertit en outre que tel ou tel raisonnement renferme quelque chose de vicieux, par cela même qu’il conduit à des conclusions contraires aux dogmes. De là vient que, dans les écoles catholiques, il y a un parfait et solide accord sur plusieurs vérités démontrées par des arguments philosophiques, vérités sur lesquelles on ne trouve que le doute ou les plus grandes discussions dans les écoles auxquelles la lumière de la foi ne sert pas de flambeau. Ceux donc qui soutiendraient que les leçons de philosophie dans les collèges catholiques doivent être faites de telle sorte qu’on s’y tienne en dehors de la lumière surnaturelle, rêveraient une abstraction purement fictive, ou, si cette abstraction avait réellement lieu, les enseignements philosophiques, perdant l’unité qu’il y a dans nos écoles, s’égareraient à la suite de doctrines diverses et étrangères, et le plus souvent se laisseraient emporter à tout vent de doctrine, comme il arrive dans les écoles qui sont en dehors de notre influence.


« Il y a plusieurs notions sur Dieu et Ses attributs, sur l’origine de l’univers, la Providence, la religion, les vertus, la fin de l’homme, que les philosophes chrétiens, après qu’ils les ont apprises de la révélation, prouvent par leurs arguments, mais qui n’ont pas été inventées par la philosophie humaine.


« (…) La philosophie, étant donc unie de plusieurs manières avec la lumière surnaturelle de la Révélation, étant dirigée, vivifiée et agrandie par elle, on livrerait l’esprit des jeunes gens à une bien dangereuse illusion sur les forces de la Raison, si leur enseignement était conçu de telle sorte dans nos écoles qu’ils pussent attribuer à l’opération de la Raison seule, la droite méthode, le progrès et la perfection de l’enseignement philosophique. Les professeurs doivent donc leur faire comprendre que cette science, à divers égards, n’est pas chez nous celle qu’un philosophe formerait en employant le seul secours de l’esprit humain ; mais celle que la théologie, fondée sur la Révélation, éclaire, régularise et complète ».


On le voit, les rapports entre la foi et la philosophie ainsi exposés par le concile d’Amiens sont en tout conformes à ce que Mgr Gaume expose sur cette question. Faudra-t-il accuser également le concile d’Amiens ratifié par Rome de « relent de traditionalisme et de fidéisme » ?


L’éminent Cal Pie s’est magnifiquement exprimé sur cette question, et le lecteur constatera la même doctrine :


« L’histoire est le flambeau de la philosophie. En effet, si la philosophie se sépare des faits, si elle met de côté l’histoire réelle de l’humanité ; elle risque de n’avoir rien de positif et de séjourner éternellement dans la région nuageuse des hypothèses, très voisine de celle des chimères. Or, cela étant, comment peut-il être philosophique d’interdire à la raison du philosophe d’aborder ces grandes questions historiques qui touchent à tous les points culminants des affaires humaines : l’homme a-t-il été laissé, a-t-il même été créé dans l’état de pure nature ? Dieu a-t-il parlé aux hommes ? Dieu est-il venu sur la terre ?… On comprend l’importance immense de ces questions historiques pour le philosophe. »


« Or quoi de plus intime et de plus personnel pour l’humanité que de savoir si son état actuel et réel est ou n’est pas l’état de pure raison et de pure nature ? »


« Et cette même philosophie se retranchera éternellement dans ce qui n’est point, dans ce qui historiquement n’a jamais été un fait réel, mais dans ce qui est simplement une hypothèse et une possibilité, je veux dire, l’état de raison pure ou de pure nature. En vérité, la philosophie peut-elle s’anéantir et s’exterminer plus radicalement elle-même, à moins qu’elle ne prétende qu’il est de son essence de demeurer dans les hypothèses et de n’avoir rien de commun avec les choses positives ? »
[23]


« Sans doute la philosophie et la théologie sont des sciences distinctes ; mais, autre chose est la distinction, autre chose est la séparation, l’opposition, l’incompatibilité. La philosophie diffère de la théologie, comme la raison diffère de la foi, comme la nature diffère de la grâce. De même que la foi ne s’impose pas partout à la raison et qu’il y a un certain exercice possible et réel des facultés naturelles sans l’intervention de la grâce, de même, il y a un certain ordre de sciences humaines qui peuvent exister et se développer sans le secours direct de la doctrine révélée. Ce principe n’a rien d’étonnant et il doit être accepté de tout le monde. Mais d’imaginer et de construire un système général, un cours complet de philosophie qui se termine si exclusivement dans la sphère de la nature et si rigoureusement en de- hors de toute relation avec l’ordre surnaturel… : ce procédé quel qu’il soit et quelques autres qualifications qu’on doive lui donner, non seulement n’est pas chrétien, …, mais il n’est même pas philosophique, parce qu’il n’est pas conforme à la raison même naturelle de l’homme. Saint Thomas d’Aquin l’a dit avec un à propos merveilleux : “ la foi, il est vrai, n’est pas un apanage de la nature humaine, mais il est dans la nature humaine que l’âme de l’homme ne répugne pas à l’action intérieure de la grâce, ni à la prédication extérieure de la vérité ; c’est pourquoi, sous ce rapport, l’infidélité est contre nature[24]. ”


« Chaque fois qu’on vous présentera, Messieurs, un livre quelconque de philosophie s’annonçant comme un cours complet de philosophie d’après les seules lumières naturelles, soyez assurés de constater bientôt deux choses : premièrement d’immenses lacunes dans ce cours complet, et secondement des traces manifestes de religion révélée dans ce livre de pure raison. »
[2

« Encore une fois rappelons-nous que les actes et décrets du Concile d’Amiens doivent être reconnus exempts d’erreur, puisqu’ils ont été examinés et révisés par Rome, avec toute la maturité et gravité ordinaire en pareille circonstance. Grâce donc aux Pères du concile d’Amiens, la cause des classiques chrétiens est gagnée sans exclusion complète des classiques païens, et sans aucun détriment pour la perfection des études littéraires. Ce résultat est le seul qu’ait ambitionné Mgr Gaume.

Outre ces approbations si solennelles et qui émanent de l’autorité la plus haute et la plus compétente en pareille matière, Mgr Gaume a encore reçu toutes celles des intelligences d’élite qui, comme M. Alberdingk Thyim, le grand catholique de Hollande, l’immortel Pugin et le pieux lord Philipps, en Angleterre, le célèbre publiciste baron Moy de Sens, le docteur Reithmeier, en Allemagne, Donoso Cortès, en Espagne, Louis Veuillot et Montalembert, en France, l’abbé Martinet, le R. P. Ventura et tant d’autres l’ont honoré de toutes leurs sympathies et encouragé de tous leurs efforts dans sa lutte contre le paganisme dans l’éducation.


Les paroles de Donoso Cortès sont trop remarquables pour ne pas être citées. Il écrivait â Mgr Gaume, le 25 avril 1851, la lettre suivante :


“Mon cher ami, votre ouvrage, le Ver Rongeur, est excellent. Il n’y a que deux systèmes possibles d’éducation : le chrétien et le païen. La restauration du dernier nous a conduits à l’abîme dans lequel nous sommes, et nous n’en sortirons certainement que par la restauration du premier. Cela veut dire que je suis complètement d’accord avec vous. Il faut que votre ouvrage soit publié et répandu. L’exécution répond au but : vous êtes toujours clair, logique, perspicace, et personne jusqu’ici n’a mis si décidément le doigt dans la plaie”.


Et cette autre lettre qu’écrivait à Mgr Gaume, le 6 décembre 1857, un des plus nobles enfants de l’Angleterre, pourrions-nous la passer sous silence ? Impossible, dut-on nous accuser de citer trop souvent ; voici ce qu’on y lit à propos de La Révolution, récent ouvrage de Mgr Gaume, en douze volumes, qui est le magnifique développement de la thèse soutenue dans le Ver Rongeur, et d’où, M. le Rédacteur du Courrier du Canada a extrait les belles pages qui font connaître les causes de la Révolution française :


“Laissez moi vous dire une parole sur votre œuvre. Ayez courage, mon cher ami. Dieu, je pense, vous a suscité, comme Jean-Baptiste dans l’esprit d’Elie, pour préparer les voies du Seigneur et prêcher la pénitence à toutes les nations chrétiennes qui ont offensé Dieu en beaucoup de choses, mais surtout, et avant tout, par ce péché abominable d’avoir restauré le damnable art païen en couvrant l’Europe des exécrables représentations de la mythologie idolâtrique des païens, et en étudiant plus les ouvrages des auteurs païens que ceux des auteurs illuminés de l’esprit de Dieu et des sublimes vérités de son Église catholique. Votre glorieux ouvrage a levé l’étendard. Déjà ce livre a eu un immense retentissement dans toute la chrétienté, ici, en Angleterre surtout. J’ai entendu un des premiers ministres de la Reine dire en propres termes : Oui, M. Gaume a mille fois raison ; et si le catholicisme est vrai, nul Homme ne peut contester sa thèse.


“Même dans nos grandes universités d’Oxford et de Cambridge, les hommes les plus éminents commencent à voir et à proclamer que vous êtes logique, que vous avez raison, que ce que vous dites est incontestable. Que vous rencontriez une grande opposition, c’est tout naturel. L’orgueil des hommes en est la cause ; ils n’aiment pas à fléchir tout d’un coup. Il est difficile de chasser le démon qui a si longtemps possédé l’esprit public des nations chrétiennes. Et aussi, Dieu, je pense, permet cette opposition afin de faire éclater davantage la logique de votre argument, et afin que tous ceux qui travaillent pour cette grande réforme s’affermissent dans l’humilité et dans le sentiment de leur propre néant”.


“J’ai fait lire La Révolution, dit encore à Mgr Gaume un savant théologien de Rome, à l’un de vos plus chauds adversaires. En me la remettant il m’a dit : La négation n’est plus possible, la démonstration est mathématique”.


Ajoutons que les journaux de toutes les parties de l’Europe, les mieux inspirés et qui ont toujours été les organes les plus accrédités de la presse catholique se sont empressés d’annoncer La Révolution de Mgr Gaume, d’en rendre le compte le plus avantageux, et surtout, ils ont conjuré tous les hommes sérieusement préoccupés du mal actuel et des dangers de l’avenir, de méditer cet ouvrage.


En France, le Messager du Midi, la Bretagne, le Messager de l’Ouest, l’Univers, ont consacré à La Révolution plusieurs articles très remarquables. La Sentinelle du Jura s’exprime ainsi :


“Dans notre numéro du 23 novembre, 1857, nous avons annoncé l’ouvrage de Mgr Gaume, LA RÉVOLUTION, recherches historiques sur l’origine et la propagation du mal en Europe, depuis la Renaissance jusqu’à nos jours, en promettant d’en rendre compte.


“Il n’y a pas aujourd’hui deux questions en Europe, il n’y en a qu’une : c’est la question révolutionnaire. L’avenir appartiendra-t-il oui ou non, à la Révolution ? Tout est là. Poser une semblable question, c’est en montrer l’importance. Mais comment l’Europe est-elle arrivée dans ce défilé redoutable, où d’un instant à l’autre elle peut périr ? Cette situation extrême n’est pas l’œuvre d’un jour. Ce qui est, émane de ce qui fut. Nous sommes fils de nos pères, et nous portons le poids de leur héritage. Cela dit assez que l’histoire généalogique du mal actuel est d’une importance capitale.


“Or personne, à notre connaissance, n’a sondé cette question avec plus de pénétration et de profondeur que le célèbre auteur de La Révolution ; personne n’a mis au service d’une raison supérieure une érudition plus abondante et plus sûre. À proprement parler, ce n’est pas Mgr Gaume qui raisonne, c’est l’histoire qui parle. Les raisonnements sont des faits. Ou ne pas lire l’ouvrage, ou se soumettre ; car si rien n’est éloquent comme un chiffre, rien n’est brutal comme un fait : et ici il y en a des milliers. Mais comment ne pas lire ; c’est-à-dire comment rester indifférent à la question révolutionnaire ? Qui donc n’est pas intéressé à connaître l’origine et la nature de cette puissance formidable qui menace également le trône des rois et la borne des champs, le coffre-fort du capitaliste et la caisse d’épargne de l’ouvrier ?


“N’avons-nous pas quelque chose à faire pour remédier au mal ? et si nous avons quelque chose à faire, quel est ce quelque chose ?


“À quiconque veut avoir la réponse à ces questions capitales, nous conseillons la lecture des ouvrages de Mgr Gaume. Nous la conseillons aux personnes qui désirent avoir la clef des événements contemporains, si étranges, si complexes, quelquefois si effrayants et toujours si mystérieux par la rapidité même avec laquelle ils s’accomplissent, aussi bien dans l’ordre politique que dans l’ordre religieux”.


Le plus courageux comme le plus distingué défenseur de la Religion et de l’Église en Piémont, l’Armonia s’exprime ainsi :


“Qui ne connaît Mgr Gaume et l’ouvrage intitulé le Ver rongeur des sociétés modernes, qui a fait tant de bruit en Europe ? Cet illustre écrivain, fortement convaincu que le mal actuel vient de l’élément païen, réintroduit par la Renaissance au sein des sociétés chrétiennes, a entrepris de le prouver dans un ouvrage intitulé La Révolution. Il ne discute pas, il raconte. Les volumes parus sont on ne peut plus graves, riches de faits et de témoignages, et méritent une sérieuse attention. On s’est trop habitué à juger un ouvrage par le nom qu’il porte. Cela n’est ni poli ni équitable. Il faut d’abord lire et ensuite prononcer, en opposant les faits aux faits, les documents aux documents. La patiente Germanie, qui étudie sérieusement, s’est empressée de s’approprier l’ouvrage de Mgr Gaume en le traduisant en allemand. Ce serait rendre un grand service à l’Italie que de le traduire dans notre langue”. Cet article est du 15 novembre 1856.


Le Bien Public de Gand et la Régénération, qui dans la noble Espagne se dévoue au triomphe pratique du catholicisme, parlent de La Révolution absolument dans le même sens que l’Armonia.


Enfin les suffrages les plus illustres et qui portent comme un cachet d’autorité viennent confirmer et corroborer tous les autres. Les princes de l’Église, les prélats n’ont, comme les laïques pieux et éclairés qu’une voix pour préconiser les œuvres de l’immortel Mgr Gaume sur le Paganisme dans l’Éducation et débordé sur les sociétés modernes.


Le 25 janvier 1857, S. E. le cardinal prince Altieri lui adressait de Rome la lettre suivante :


“Monseigneur, j’ai lu avec une inexprimable satisfaction votre excellent ouvrage intitulé La Révolution. J’y ai trouvé le développement des idées fort justes et fort sages qui, appuyées sur le témoignage de faits irrécusables, jettent une immense lumière sur une thèse jusqu’ici très peu considérée, et dont on ne peut cependant contester l’évidence sans se mettre en opposition avec la vérité la plus manifeste, et sans compromettre l’avenir religieux de la société humaine.


“Tous ceux, qui désirent voir éloigner les effrayants dangers qui de toutes parts nous menacent, espèrent que vous continuerez à travailler toujours avec le même zèle pour la défense et la propagation d’une réforme de l’instruction de la jeunesse, réforme éminemment utile à la religion et à la véritable civilisation”.


S. E. le cardinal Gousset, écrivait à Mgr Gaume, en date du 2 juin 1852 :


“N’ayant pas été tout à fait étranger à la publication du Ver rongeur des sociétés modernes, je n’ai pu être insensible aux attaques violentes dont vous avez été l’objet à l’occasion de cet ouvrage. On ne peut vous accuser d’avoir émis des opinions exagérées, absurdes, irrespectueuses envers l’Église et capables de troubler les consciences, etc., sans faire retomber une accusation aussi grave sur ceux qui en approuvant votre livre d’une manière ou d’une autre, comme je l’ai fait moi-même, se seraient rendus solidaires des erreurs qu’on vous reproche. Néanmoins, comme le procès me paraît suffisamment établi, et que vos Lettres à Monseigneur l’Évêque d’Orléans ne laissent rien à désirer pour le fond et pour la forme, je n’entrerai pas dans la discussion ; je préfère mettre la main à l’œuvre en adoptant incessamment, pour les petits séminaires de mon diocèse, le plan d’éducation que vous proposez”
[26]. »[27]


En conclusion nous tenons à dire que les œuvres de Mgr Gaume continuent leur action évangélisatrice par la diffusion que les éditions Saint-Remi en assurent, Dieu soit loué ! Puisse notre contradicteur lire et nous aider à diffuser les ouvrages d’un si grand, si savant[28] et si brillant défenseur de la foi, mort en odeur de sainteté, il y trouverait une richesse que nous pensons fort utile à la fécondité de son sacerdoce.  [14] « En quoi serais-je tenu d’estimer une école de pensée dans laquelle vous placez des auteurs très inégaux et disparates ? Je ne me laisse pas impressionner par l’espèce de terrorisme intellectuel qui voudrait que ces auteurs soient tous des maîtres inégalés et que ceux qui ne l’admettent pas sont définitivement des imbéciles ou des libéraux.


Je n’ai pas à me justifier de préférer cent fois un Dom Guéranger ainsi que ceux qui, comme lui, jouissent d’une science et d’un sensus fidei d’une autre envergure, et qui présentent l’avantage de n’avoir aucun relent de fidéisme ni de traditionalisme (ce n’est pas le cas de tous ceux que vous énumérez, loin s’en faut, mais tant pis pour vous, c’est vous qui les amalgamez). Tenez, pour vous amuser, voici l’appréciation de Dom Guéranger sur l’abbé Gaume (c’était à propos de l’affaire des classiques qui a rendu Gaume célèbre) : « L’abbé Gaume est profondément ignorant, vous ne pouvez le suivre en aucune façon » (Histoire du Cardinal Pitra par Dom Cabrol, Paris 1893, p. 193)


Je vous mets au défi d’apporter un seul fait qui puisse vérifier votre paragraphe sur les éditions Saint-Rémi auxquelles je n’ai « de cesse de couper l’herbe sous les pieds ». Décidément, auriez-vous l’esprit binaire : si l’on n’est pas d’accord avec une ligne éditoriale, on est adversaire ? » Abbé Belmont, NDLSE n°269.
[15] Précisons que les éd. Saint-Remi ont publié la quasi-totalité des œuvres de Dom Guéranger. Si donc Mgr Gaume dérange tant M. l’abbé Belmont, il peut au moins recommander notre maison d’édition pour Dom Guéranger.[16] Il reçut six Brefs pontificaux de papes.[17] Lettre du 9 novembre 1851.[18] MGR GAUME, SA THÈSE ET SES DÉFENSEURS, les classiques chrétiens et les classique payens dans l’enseignement, 35 p. 5 €[19] Après avoir lu ce livre, Pie IX a accordé une indulgence de 50 jours à cet acte de religion : « C’est pourquoi, confiant en la miséricorde du Dieu tout-puissant et en l’autorité de ses bienheureux apôtres Pierre et Paul, Nous accordons, dans la forme accoutumée de l’Église, à tous et à chacun des fidèles de l’un et de l’autre sexe, toutes les fois qu’au moins contrits de cœur, et en ajoutant l’invocation de la très-sainte Trinité, ils feront le signe de la croix, cinquante jours d’indulgences pour les pénitences qui leur auraient été imposées ou qu’ils devraient pour une autre raison quelconque ; Nous accordons de plus, miséricordieusement dans le Seigneur, que ces indulgences puissent être appliquées, par manière de suffrage, aux âmes des fidèles qui ont quitté ce monde dans la grâce de Dieu. »[20] Abbé Pelletier, MGR GAUME, SA THÈSE ET SES DÉFENSEURS, les classiques chrétiens et les classique payens dans l’enseignement, 35 p. 5 €[21] La multitude des références en note dans les ouvrages de Mgr Gaume, montre qu’il avait une parfaite connaissance de la Sainte Écriture, des Pères de l’Église, des auteurs païens, de Saint Thomas d’Aquin et de Saint Alphonse de Liguori. De plus il maîtrisait parfaitement le latin, l’italien et l’espagnol et connaissait le grec. On aimerait bien avoir des prêtres aussi savant, que certains osent qualifier de profondément ignorant ![22] L’épouse de Louis Veuillot était la nièce de Mgr Gaume.[23] Œuvres complètes du Cardinal Pie, T. III, p. 158. Disponibles aux ESR.[24] Somme Théologique II, IIae, q. 10, art. 1, ad 1[25] Ibidem, page 162-163[26] Les Lettres de Mgr Gaume à Mgr Dupanloup sont véritablement admirables pour le fond et pour la forme. Elles sont peut être plus concluantes encore que le Ver Rongeur. Nous exhortons fort tous ceux qui s’intéressent à la question à se procurer ce charmant petit volume.[27] Abbé Pelletier : MGR GAUME, SA THÈSE ET SES DÉFENSEURS, les classiques chrétiens et les classique payens dans l’enseignement, 35 p. 5 €[28] Notons par exemple que Mgr Gaume maîtrisait parfaitement le latin, connaissait le grec, et maîtrisait l’italien et l’espagnol comme l’atteste ses ouvrages (Horloge de la Passion de St Alphonse traduit de l’italien au français, sa correspondance en espagnol avec Donoso Cortès