dimanche 5 août 2018

Père Onésime Lacouture - 3-23 - Contemplation pour obtenir l'amour de Dieu



VINGT-DEUXIÈME INSTRUCTION
CONTEMPLATION POUR OBTENIR L’AMOUR DIVIN.

« Que rendrai-je au Seigneur pour tous les biens qu’il m’a faits? »

Comme toute cette troisième série de méditations concerne l’amour de Dieu, qu’on ne soit pas surpris qu’on revienne à cette idée constamment. Nous voulons en faire notre vie, notre bonheur: il faut qu’il pénètre absolument toutes les fibres de notre être et tous les brins de notre activité consciente. Son champ est immense: il est dans toute la création, et naturelle et surnaturelle; il est à notre portée partout. Mais nous sommes si bornés, si fermés aux choses divines que nous devons faire des efforts pour nous appliquer à le découvrir à travers la création où Dieu l’a semé abondamment. C’est le but de cette méditation. Nous voulons prendre tous les moyens possibles pour obtenir cette dilection de Dieu que Jésus nous recommande tant dans son discours après la Cène.

Quand même les différents points seraient vrais pour l’ordre naturel et qu’un païen pourrait arriver à un grand amour naturel de Dieu en les méditant, il est évident que nous ne voulons pas nous contenter de cet amour naturel de Dieu. Il est incapable de nous donner le ciel, alors nous ne nous y arrêterons pas, mais nous passerons tout de suite aux considérations qui sont capables de nous donner l’amour surnaturel.

Pour arriver à cet amour surnaturel de Dieu, il nous faut suivre la foi, seule lumière divine qui peut nous donner une connaissance surnaturelle de Dieu et un amour correspondant. Pour cela, il faut nous adapter au mode surnaturel d’agir dans les choses de la foi. Il ne faut pas compter sur notre façon ordinaire de comprendre les choses du monde.

Si on m’annonçait un don de cent mille dollars, cette nouvelle ne produirait rien dans mes sens, mais mon intelligence me montrerait les grands avantages de toutes sortes de recevoir une si grosse somme d’argent. Je tiendrais à cet argent quand même je ne l’ai pas encore.

Faisons quelque chose de semblable pour le monde surnaturel, Quand j’apprends que par mon baptême je deviens enfant de Dieu et hériter du ciel, mes sens ne trouvent rien là pour eux. Mais mon intelligence éclairée par ma foi me montre des biens éternels et divins qui vont faire mon bonheur au ciel. Alors quand même la nature n’a rien pour le moment, je tiens à ces biens célestes justement pour les jouissances immenses qu’ils vont me procurer dans l’éternité. Et déjà je me réjouis en espérance d’une jouissance solide et réelle d’une certaine façon.

Cette méditation doit produire dans la volonté une détermination ferme à chercher Dieu dans toutes les choses créées, afin de nous unir à son activité divine tout de suite sur la terre dans la foi comme au ciel plus tard dans la gloire. Puisque nous participerons au ciel à l’activité de la Trinité, il faut trouver moyen de le faire tout de suite dans la foi. Eh bien! Comment se manifeste Dieu ou la Trinité pour nous? Evidemment par toutes les créatures dans les deux ordres naturel et surnaturel. Eh bien! Dans cette contemplation, nous voulons découvrir ce divin, afin de nous y unir le plus étroitement possible, afin d’aimer Dieu davantage.

Parce que les choses créées dont nous jouissons ou qui nous sont données en particulier nous touchent davantage, essayons de nous arrêter surtout aux bienfaits de Dieu que nous avons reçus ou qui nous sont offerts.

BIENFAITS DE DIEU

Commençons par le monde naturel et matériel et que cette énumération ne soit pas seulement pour l’esprit mais surtout pour le cœur. Quand une mariée étale ses présents de noces et les énumère aux visiteurs, elle le fait d’une manière à manifester son amour pour ses donateurs. Eh bien! Faisons quelque chose de semblable pour nos cadeaux de «noces» que Dieu nous a faits. Lui aussi nous épouse dans son immense amour et il nous fait des cadeaux incomparables dans tous les ordres de la création.

D’abord, jetons un coup d’œil sur notre demeure merveilleuse au sein de l’univers. Il a pris des millions d’années pour élaborer la terre, afin de la rendre habitable pour nous. Examinons-la en dehors du péché avant qu’elle produise des ronces et des épines pour le châtiment de l’homme pécheur. Tout était uniquement pour le bonheur de l’homme que Dieu a créé immortel pour jouir du palais superbe qu’il lui avait bâti. Si un roi me bâtissait le plus beau palais du monde, est-ce que je ne serais pas porté à l’aimer?

Eh bien! Puisque Dieu nous a donné la terre pour demeure avec tout ce qu’elle contient pour le bonheur des hommes, nous devrions donner un bon coup de volonté pour aimer Dieu à cause de ce don précieux. N’attendons pas d’attrait sensible pour cet amour: le bienfaiteur nous reste invisible malgré ses dons visibles. Il faut donc mobiliser ce que notre foi nous dit de lui pour nous aider à l’aimer comme s’il était visible! C’est donc un amour de volonté que l’on doit exciter en nous. Disons nous sincèrement: il faut que j’aime Dieu pour cette belle demeure qu’il m’a construite par amour pour moi. Arrêtons-nous un peu pour goûter cette bonté immense de Dieu envers nous. Mais pour remonter au Bienfaiteur, il faut commencer par admirer la demeure elle-même. Combien peu d’hommes prennent le temps de considérer l’ensemble de ce beau monde que Dieu a créé pour eux! C’est le temps de le faire actuellement! •1209 Qui s’arrête à ce beau soleil, source de tant de confort pour l’homme qu’il éclaire, qu’il réchauffe et aide aux récoltes de toutes sortes pour faire vivre les hommes. Puis, la nuit, Dieu a semé dans l’espace des millions d’étoiles pour agrémenter les ténèbres de la nuit.

Quelle immensité dans le firmament, afin de nous faire penser à l’immensité divine qui, non seulement dépasse toutes les bornes, créées, mais qui est infinie comme l’essence divine.

Imaginons des astres des millions de fois plus gros que notre soleil et cependant à peine visibles avec les plus forts télescopes au monde. Ils sont donc à des trillions de trillions de milles de la terre et nous sommes sûrs qu’il y en a encore d’autres par millions qui sont absolument invisibles, même avec ces plus forts télescopes du monde.

Je sais que l’esprit humain est à peine touché par ces constatations de la science humaine et reste parfaitement à sec! Mais, c’est là que le chrétien doit ajouter la foi pour remonter jusqu’à Dieu et se dire: c’est pour mon bonheur surnaturel au ciel que Dieu me fait connaître ces merveilles de la création. C’est pour que je me dise: ce n’est qu’un échantillon de ce que Dieu fera pour moi dans son monde divin dans l’éternité. Quand même une femme ne pourrait rien faire avec un petit échantillon de beau drap qu’un voyageur lui montre, il suffit pour lui faire désirer toute la pièce qui lui servirait bien pour faire une robe.

Faisons de même pour l’échantillon du ciel éternel que Dieu a mis dans notre ciel stellaire et essayons de concevoir de l’amour pour Dieu qui nous prépare une demeure divine incomparablement plus belle que notre demeure terrestre. Faisons un acte positif d’amour de Dieu pour son amour pour nous sur ce point, peu importe qu’on ressente ou non cet amour dans les sentiments. Là est notre mérite à faire ces actes d’amour par la volonté seule. C’est alors qu’on agit avec la foi pure.

Disons-lui: «Mon Dieu, je veux vous aimer sans limite comme le bonheur sans limite que vous me préparez au ciel et pour l’amour infini que vous avez eu pour moi». Répétons cet acte plusieurs fois dans toute sa sécheresse pour les sentiments! Dieu veut des adorateurs en esprit et en vérité, dit Jésus à la Samaritaine. Eh bien! Exerçons-nous à ces actes de l’esprit pur et de la volonté pure selon la foi.
Si nous considérons le monde microscopique, les merveilles nous écrasent autant que les merveilles du monde télescopique En effet, les savants constatent que toutes les merveilles du monde télescopique se retrouvent dans une molécule et même dans un atome formé comme notre monde stellaire! C’est ce monde qui transforme notre nourriture en notre chair et qui entretient notre vie. Le premier monde nous éblouit par sa grandeur et sa splendeur, et l’autre nous écrase par sa petitesse et sa sagesse en nous faisant vivre notre vie naturelle. Que d’amour pour nous dans ces deux mondes merveilleux! Donnons-lui en donc en retour! Faisons encore là des actes positifs d’amour de Dieu. Disons-lui: pour toutes ces merveilles créées pour moi, je veux vous aimer de toutes mes forces et je vous demande votre grâce pour le faire comme vous le méritez.

Ce que Dieu a fait pour notre vie animale est autrement merveilleux. Quelle sagesse dans nos sens pour venir en contact avec les créatures extérieures et prendre en elles ce qui est nécessaire à notre vie propre et à son exercice. Quel fameux système de nerfs pour transmettre au cerveau toutes les impressions sensibles et qu’à son tour il réagisse pour le bien-être de tout l’organisme humain, en passant par l’imagination, l’intelligence et la volonté. Par cet organisme, il pourvoit aux nécessités de notre vie humaine et animale et nous protège contre les choses qui pourraient lui nuire.

Quand nous arrivons au monde intellectuel, on voit qu’il dépasse incomparablement toutes les merveilles du monde matériel et animal. C’est par nos facultés spirituelles que nous sommes créés à l’image de Dieu qui est esprit comme notre âme. Une seule âme vaut tout le monde visible. C’est par elle que l’homme découvre les lois qui régissent le monde matériel, afin de pouvoir mieux s’en servir pour son utilité générale, pour développer les sciences qui lui permettent de tirer profit de tout ce que Dieu a mis dans la nature. C’est par ces facultés spirituelles que l’homme peut même étudier Dieu pour le connaître et mieux le servir.

Arrêtons là cette énumération des bienfaits de Dieu dans l’ordre naturel, pour faire une constatation: comme elle nous laisse à sec! Froids. Encore une fois, il ne faut pas s’en étonner. Justement parce que nous sommes dans le monde naturel, nous restons froids par rapport à l’amour de Dieu. Ce dernier monde est un tout autre monde que le monde naturel. Pour éprouver les sentiments de l’amour divin, il nous faut monter dans le monde divin. Si on monte là seulement par l’esprit de la volonté, nous restons encore dans le monde naturel de notre activité naturelle.

Mais, pour monter dans le monde de l’amour surnaturel de Dieu, il nous faut encore suivre la foi. Or, elle est absolument obscure pour l’esprit humain. Elle n’est lumineuse pour lui qu’à condition qu’il consente à ne pas juger selon sa propre lumière Si j’étais perdu dans une forêt et qu’un guide se présente à moi; je bénéficierais de son jugement que si je mets le mien de côté. Je me suis perdu en suivant le mien: j’en sortirai si je renonce au mien et prends celui de mon guide. C’est exactement notre cas avec la foi. Pour suivre ses lumières dans son monde surnaturel, il faut que nous fermions notre esprit pour les suivre. Voilà ce qui explique cette sécheresse pour notre esprit devant cette énumération des bienfaits de Dieu dans l’ordre naturel.

Donc, pour être touché de l’amour de Dieu envers nous, il nous faut monter dans le monde surnaturel de Dieu d’où il a agi en notre faveur. Or, ce n’est que par la grâce de Dieu que nous pouvons monter dans le monde de l’amour divin. Il faut donc la demander a Dieu dans la prière fervente et humble. Nous faisons notre énumération partielle des bienfaits de Dieu simplement pour nous inciter à concevoir de l’amour surnaturel de Dieu. Mais pour le concevoir, il nous faut le Saint-Esprit comme il fallait cet Esprit à Marie pour qu’elle conçût J.-C. Alors, la consolation ou la ferveur de l’amour divin ne peut pas venir de cette seule énumération, mais uniquement de la prière. Voilà où il nous faut faire porter notre effort dans cette contemplation comme dans toutes les autres.

J’insiste sur ce point parce que tant de chrétiens ne sont pas capables de faire une méditation de ce genre parce qu’ils la trouvent sèche pour l’esprit. Bien oui, elle l’est comme l’esprit lui-même qui est bien sec dans le monde de l’amour. Il fait la même fonction que les yeux qui regardent une jolie personne: ils restent secs, mais c’est le coeur qui s’émeut, car c’est lui qui est le siège de l’amour au moins selon la façon de voir des humains et cela suffit pour notre exemple.

Quand l’amour de Dieu entrera dans le coeur, on trouvera du bonheur à énumérer ses bienfaits, comme un avare est heureux de compter ses piastres parce qu’il a mis son amour dans l’argent, ainsi le chrétien sera heureux d’énumérer les bienfaits de Dieu quand il aura mis son amour en Dieu et vice versa, cette énumération augmentera son amour de Dieu.

DIEU PRÉSENT DANS SES DONS

Voici une idée de nature à nous donner plus d’amour pour Dieu: notre Bienfaiteur est présent dans ses dons, évidemment de différentes manières, mais il y est quand même. Dans les choses matérielles, il est là par son essence: c’est lui qui unit toutes ces molécules et ces atomes pour leur donner leur consistance, et leur attraction particulière. C’est lui qui donne à l’eau ses qualités pour me désaltérer, pour me laver et pour préparer ma nourriture. C’est lui qui agence tous les éléments d’un être pour que je m’y complaise et fasse mon bonheur en partie du moins. Il est donc présent puisqu’il agit dans les êtres.

Si un millionnaire se dérangeait assez pour venir me porter lui-même un beau cadeau, n’est-ce pas que je l’apprécierais davantage? Eh bien! Le Créateur lui-même se présente à nous dans ses dons de toutes sortes. Comme c’est lui qui les maintient dans l’existence, on peut dire qu’il est présent en eux par son immensité.

Comme toute la bonté d’un être lui vient d’une communication de l’existence divine, on peut dire que Dieu est présent en eux pour les faire agir chacun selon le degré de bonté qu’il a reçu de Dieu. Il l’est d’autant plus que cet être a plus reçu de Dieu. Ainsi, une âme humaine a plus de la présence divine qu’un simple animal; Dieu est plus présent dans un ange que dans un homme et plus présent dans la Sainte Humanité de Jésus que dans le plus grand saint au monde.

Sa présence est la plus parfaite dans les êtres qui possèdent la grâce sanctifiante, parce qu’elle est une véritable participation créée à sa nature divine.

Le don de Dieu par excellence est l’Eucharistie où Jésus est réellement présent par son corps, son âme et sa divinité. Quelle source d’amour divin nous avons là à notre portée si nous le voulons. Un catholique devrait rechercher les dons de Dieu en proportion qu’ils ont plus de divin évidemment. C’est le meilleur moyen d’arriver à découvrir l’immense amour que Dieu a eu pour nous tous.

Eh bien! Puisque le degré d’amour pour chacun de nous se manifeste par le degré de bonté que Dieu a mis dans chacun de ses dons, si nous voulons arriver à cet amour divin, surveillons justement ce côté divin dans chaque être. Par nature, nous avons l’habitude de ne considérer que le côté matériel ou naturel des êtres et c’est pour cela que nous préférons les plaisirs naturels qu’ils nous apportent au divin que Dieu nous offrait par eux. Aussi dans quels nombreux péchés nous tombons plus ou moins tous les jours au contact des créatures.

Par exemple, quand le bon Dieu, pour éprouver les anges, leur présenta dans une vision le futur Messie à adorer, Lucifer regarda surtout la partie matérielle ou animale de cet Homme-Dieu et il ne voulut pas l’adorer. Mais Saint Michel s’arrêta à la partie divine: c’est Dieu qui le veut! Dieu est dans ce Messie! Je l’adore donc! Et du coup il mérita son ciel, tandis que Lucifer mérita l’enfer.
Remarquons que dans tous nos péchés c’est que nous avons surtout considéré la partie sensible ou animale ou naturelle et nous l’avons préférée à la volonté de Dieu. Si nous nous arrêtions surtout au côté divin, se dire que c’est Dieu qui le veut! On choisirait cette partie divine et l’on ferait la volonté de Dieu.

Voici un bon principe dans l’usage des créatures: c’est de voir dans chaque créature, comme en Saint Jean-Baptiste, une voix qui crie dans le désert: préparez les voies du Seigneur qui s’en vient. En effet, chaque créature annonce l’arrivée de quelque chose de divin pour nous, à condition que par la foi nous nous arrêtions au côté divin de cette créature. Alors nous entrons parfaitement dans le plan de Dieu et nous recevrons sa grâce qu’il nous avait préparée dans cette créature. Comme la voix fait penser à celui qui parle, rappelons-nous que Dieu nous parle par ses créatures et écoutons sa voix divine.

DIEU AGISSANT DANS SES DONS

Au point de vue de l’activité, on attribue à l’agent ce que fait son instrument. Personne n’attribue son opération à un scalpel, mais à tel chirurgien qui maniait le scalpel. Eh bien! C’est ce que fait Dieu avec tous les êtres qui lui servent d’instruments pour produire l’effet que lui, le Chirurgien divin, voulait produire. Tout est donc attribuable à Dieu en dehors du péché. Par exemple, c’est Dieu qui nous éclaire par son soleil et qui nous réchauffe par lui. C’est Dieu qui nous nourrit par nos parents, qui exerce notre activité par tous les êtres qui viennent en contact avec nous.

C’est Dieu donc qui agit pour nous dans les personnes, telles qu’elles sont avec leurs défauts et leurs qualités. Si un homme n’a qu’un talent, il ne peut pas agir avec dix et c’est Dieu qui en est responsable. Quand un lion mange un homme, c’est Dieu qui agit dans le lion pour manger cet homme. Quand un homme meurt de tuberculose, c’est Dieu qui l’a fait manger comme par autant de lions dans les microbes qui l’ont tué aussi efficacement qu’avec des lions!

Mais là où Dieu agit plus directement et plus efficacement, c’est dans les êtres surnaturels en proportion qu’ils participent à sa nature divine. Ainsi il agit plus dans les vertus théologales de foi, d’espérance et de charité que dans les vertus morales et plus dans les vertus infuses que dans les vertus acquises. Il agit plus dans la sainte communion que dans un simple morceau de pain que l’on mange.

Par conséquent, plus les êtres sont surnaturels et plus Dieu agit en eux et par eux. Par conséquent, ces catholiques qui vivent habituellement dans le surnaturel sont donc en contact avec Dieu dans la même mesure. Dieu agit en sa faveur constamment, de sorte que ce chrétien devrait développer un grand amour surnaturel de Dieu.

Ainsi, dans la foi, c’est Dieu lui-même qui éclaire notre intelligence et fortifie notre volonté pour qu’elle comprenne les vérités surnaturelles et que la volonté les veuille de toute sa forme. De même dans les autres vertus théologales. Par conséquent, plus nous vivrons ces hautes vertus surnaturelles et plus nous subissons l’activité directe de Dieu. Or, rien ne peut faire naître et faire augmenter l’amour comme la familiarité dans l’action. Les Apôtres ont appris à aimer J.-C. en passant trois ans dans sa compagnie et en subissant son action directe pendant ces années. 

Eh bien, Dieu fait pour nous ce que Jésus a fait pour ses Apôtres; il nous instruit de plusieurs manières du royaume de Dieu, il prend soin de nous pendant tout ce temps, il nous donne sa grâce pour améliorer notre union avec lui et pour nous approcher davantage de lui dans la sainteté. Pourquoi tout cela si ce n’est pas pour exciter en nous son amour? Dieu fait tout par amour et pour l’amour, car il est amour. Pour lui, tout commence dans l’amour et finit dans l’amour. Faisons de même!

La conclusion est que tout le bien-être, toute la sagesse et tout le bonheur que nous procurent les êtres sont autant de bienfaits de Dieu directement. Si nous aimons tant les bienfaits, combien plus devrions-nous aimer le Bienfaiteur! Surtout quand nous savons que ce qu’il fait pour nous en ce monde n’est qu’un échantillon de ce qu’il fera pour nous dans l’éternité. De plus, si l’on pense à tous les autres bienfaits que Dieu nous aurait faits sans nos péchés, nous avons là encore une raison de plus de l’aimer davantage.

Si nous prenons l’habitude de toujours penser à cette action divine par tous les êtres qui viennent en contact avec nous, l’amour suivra rapidement car le coeur suit la pensée. Ce à quoi un homme pense habituellement indique ou est son amour. Essayons donc de penser à cette action divine et nous finirons par aimer Dieu dans la même proportion.

L’AMOUR EXIGE LA COMMUNAUTÉ DES BIENS

L’amour égalise tout. Un riche qui marie une personne pauvre tient à l’enrichir en proportion qu’il l’aime. Nous avons vu comment Dieu nous a enrichis de toutes sortes de biens par la création et que par Jésus surtout, il nous a enrichis de tous les biens de l’ordre surnaturel par la grâce en ce monde et plus tard dans la gloire du ciel.

Eh bien! Dans la mesure que nous l’aimons, nous devons lui donner de nos biens en retour de tout ce qu’il a fait pour nous. Le Père nous a aimés jusqu’à nous donner non seulement son ciel mais Celui en qui il avait mis toutes ses complaisances, son Fils unique. Il ne s’est donc pas contenté de paroles à notre égard, mais il nous a aimés en actes et il a été à la limite de ce qu’il pouvait faire pour nous.

Jésus se plaignait un jour à Sainte Angèle de Foligno que les hommes l’aimaient trop pour rire! «Je ne t’ai pas aimée pour rire, moi!», lui disait-il. Il était bien sérieux dans son amour pour nous quand il s’est fait pauvre de riche qu’il était, qu’il a souffert sa cruelle passion et qu’il a été crucifié pour nous avoir avec lui au ciel: c’était de l’amour sérieux et en acte! Il s’est livré entièrement en donnant jusqu’à sa vie pour l’amour de nous.

Eh bien! Devant cet amour infini et éternel, personne n’a le droit d’être mesquin avec Dieu. Que chacun commence par donner son activité personnelle à Dieu. Que tout ce qu’il fait, soit pour Dieu seul et totalement. Par exemple, si on donne à Dieu un voyage que l’on fait, que ce ne soit pas seulement le début de ce voyage qui soit pour Dieu, mais que tout le voyage jusqu’au terme et tout ce qu’on fait durant ce voyage soit sûrement pour Dieu. Combien commencent pour Dieu et ensuite ils se contentent dans toutes sortes de plaisirs comme de vrais païens pour leur propre satisfaction. Ce sont des demi-mesures que Dieu n’aime pas du tout. Ce n’est pas là l’aimer comme il nous a aimés… sans mesure.

Si on donne à Dieu nos travaux comme nous le devons faire, qu’ils soient faits avec la plus grande perfection que nous pouvons y mettre pour l’amour de Dieu. On n’offre pas à Dieu des travaux mal faits. On y met tous les talents que Dieu nous a donnés.

N’oublions pas que dans nos travaux il ne suffit pas de dire en soi et au début: je veux faire ce travail pour Dieu ou je vous offre ce travail et ensuite rechercher sa propre gloriole par des motifs naturels quelconques. Il faut que tous nos motifs soient absolument surnaturels. Autrement quel besoin Dieu a-t-il de nos oeuvres? Il ne les accepte qu’en autant qu’elles contiennent de l’amour divin. Or l’amour divin se manifeste par les motifs surnaturels. Les motifs indiquent le genre d’amour qui nous fait agir. Par conséquent, tout catholique doit s’assurer que ses motifs sont bien surnaturels s’il veut que ses travaux soient acceptables à Dieu. C’est l’amour qu’il veut. «Donne-moi ton coeur», ditil! Voilà qu’il veut en retour de tout l’amour qu’il nous a montré. Comme nous devons tous nous surveiller dans nos motifs. Les saints ont dû se surveiller sur ce point. Ils nous avertissent qu’on a beau commencer quelque chose pour Dieu, la nature est là au fond de l’être avec sa concupiscence et, si nous ne sommes pas sur nos gardes, c’est elle qui finit par nous suggérer nos motifs naturels et alors tout est perdu pour Dieu.

Si on assiste à la messe pour Dieu, que toute la messe soit pour Dieu et pas seulement la signe de croix au commencement… et ensuite surveiller tous les fidèles qui entrent et qui sortent, surveiller leurs habits, etc. Habituons-nous à donner absolument tout à Dieu. Toute la messe, tout un repas, pas seulement la prière du début, et ensuite s’empiffrer comme un païen et ne choisir que ce qui plaît au palais, etc. Que pas un motif naturel ne s’y glisse! Car alors c’est une affection naturelle qui vole l’offrande faite à Dieu.

Si un prêtre offre son sermon à Dieu, que tout ce qu’il dit et la manière de le dire soit tout pour Dieu. Qu’il n’aiguille pas son sermon à sa propre gloire pour faire plaisir aux fidèles plutôt qu’à Dieu.

Mais le don par excellence que nous pouvons et devons faire à Dieu est le don de soi-même, pas simplement par une formule d’offrande qui dure le temps qu’on la récite, mais un don complet et total pour la vie et l’éternité. Or, on sait que notre moi est fait de nos deux amours naturels: de soi et des créatures. Eh bien, se donner à Dieu comme il le veut, c’est faire mourir ces deux amours naturels en leur soustrayant tout ce que peut les alimenter et en acceptant de Dieu tout ce qui les contrarie. Ce qui veut dire qu’on ne s’impatiente plus du tout de rien! Qu’on ne murmure contre rien, qu’on ne cultive aucune attache même à une chose permise.

Ce moi est fait de tout ce que j’aime, de tout ce qui m’intéresse et qui m’occupe du matin au soir, dont j’aime à parler à tout le monde et que je voudrais enrichir de tous les biens du monde! Voilà le don de soi tel qu’il devrait être devant la foi. Je me suis si bien donné à Dieu que je n’existe plus! Je suis mort! Ce n’est plus moi qui vis, c’est J.-C. qui vit en moi! Combien de chrétiens seraient capables de parler de la sorte? Pourtant, c’est la volonté de Dieu expresse. Une fois mort mystiquement, rien au monde ne devrait m’inquiéter. Dans une épreuve, je ne dois pas me plaindre, c’est Dieu qui vient chercher simplement ce que je lui ai donné de plein coeur!

Disons donc avec Saint Ignace: « Prenez, Seigneur, toute ma liberté! Tout ce que je suis et tout ce que j’ai, je l’ai reçu de vous. Je vous remets le tout pour que vous en fassiez ce que vous voudrez. Je vous donne mon intelligence et ma volonté pour que vous vous en serviez uniquement pour votre gloire et le salut de mon âme! Donnez-moi votre grâce, cela me suffit! »

samedi 4 août 2018

Père Onésime Lacouture - 3-22 - Le discours après la Cène partie IV



VINGT-ET-UNIÈME INSTRUCTION
LE DISCOURS DE JÉSUS APRÈS LA CÈNE.
(QUATRIÈME PARTIE)

PLAN

«JE VOUS AI DIT CES CHOSES AFIN QUE VOUS TROUVIEZ LA PAIX EN MOI. VOUS AUREZ À SOUFFRIR DES AFFLICTIONS DANS LE MONDE; MAIS AYEZ CONFIANCE, J’AI VAINCU LE MONDE».

«MON PÈRE, L’HEURE EST VENUE, GLORIFIEZ VOTRE FILS AFIN QUE VOTRE FILS VOUS GLORIFIE, COMME VOUS LUI AVEZ DONNÉ PUISSANCE SUR TOUS LES HOMMES, AFIN QU’IL DONNE LA VIE ÉTERNELLE À TOUS CEUX QUE VOUS LUI AVEZ DONNÉS».

«OR, LA VIE ÉTERNELLE EST QU’ILS VOUS CONNAISSENT, VOUS LE SEUL VRAI DIEU, ET J.-C. QUE VOUS AVEZ ENVOYÉ».

«JE VOUS AI GLORIFIÉ SUR LA TERRE; J’AI ACHEVÉ L’ŒUVRE QUE VOUS M’AVIEZ CHARGÉ DE FAIRE… J’AI FAIT CONNAÎTRE VOTRE NOM AUX HOMMES QUE VOUS M’AVEZ DONNÉS DU MONDE…».

«ET VOUS, MON PÈRE, GLORIFIEZ-MOI MAINTENANT EN VOUS-MÊME DE CETTE GLOIRE QUE J’AI EN VOUS AVANT QUE LE MONDE FÛT».

«JE NE PRIE PAS POUR LE MONDE, MAIS POUR CEUX QUE VOUS M’AVEZ DONNÉS, PARCE QU’ILS SONT À VOUS».

«ILS NE SONT PAS DU MONDE COMME JE NE SUIS PAS MOI-MÊME DU MONDE. SANCTIFIEZ-LES DANS LA VÉRITÉ. VOTRE PAROLE EST VÉRITÉ».

« AFIN QU’ILS SOIENT TOUS UNE SEULE CHOSE, COMME VOUS, MON PÈRE, VOUS ÊTES EN MOI ET MOI EN VOUS, ET QU’ILS SOIENT DE MÊME UNE SEULE CHOSE EN NOUS, AFIN QUE LE MONDE CROIE QUE VOUS M’AVEZ ENVOYÉ ».

« ET QUE LE MONDE CONNAISSE QUE VOUS M’AVEZ ENVOYÉ ET QUE VOUS LES AVEZ AIMÉS COMME VOUS M’AVEZ AIMÉ ».

« MON PÈRE, JE VEUX QUE LÀ OÙ JE SUIS, CEUX QUE VOUS M’AVEZ DONNÉS, SOIENT AUSSI AVEC MOI, AFIN QU’ILS CONTEMPLENT MA GLOIRE QUE VOUS M’AVEZ DONNÉE PARCE QUE VOUS M’AVEZ AIMÉ AVANT LA CRÉATION DU MONDE ».

« AFIN QUE L’AMOUR DONT VOUS M’AVEZ AIMÉ SOIT EN EUX, ET QUE JE SOIS MOI-MÊME EN EUX ».

« JE VOUS AI DIT CES CHOSES AFIN QUE VOUS TROUVIEZ LA PAIX EN MOI. VOUS AUREZ À SOUFFRIR DES AFFLICTIONS DANS LE MONDE; MAIS AYEZ CONFIANCE, J’AI VAINCU LE MONDE ».

Tous les catholiques par conséquent, qui veulent garder la paix intérieure avec Dieu malgré tous les bouleversements que le monde et les démons leur feront subir dans leur vie, doivent méditer ce dernier discours de Jésus et s’en remplir le cœur afin de prendre les sentiments qu’il nous enseigne là pour le suivre dans le chemin de la croix.

Ceux qui ne prennent pas ces principes surnaturels que Jésus donne ici sont bouleversés et scandalisés de la conduite de la Providence à leur égard, Dieu attaque nos deux amours naturels par ses événements si les prêtres ne le font pas par leur prédication. Tant pis pour ceux qui n’ont jamais étudié les voies de Dieu dans les Evangiles et dans les meilleurs auteurs spirituels. Dieu fait tout le contraire de leur petit bon sens qui est la seule lumière qu’ils suivent. Alors ils sont scandalisés et aigris et murmurent contre ce que Dieu fait pour les sauver. Comment seront-ils sauvés en regardant comme un mal ce que Dieu fait par amour pour eux?

En tout cas, Jésus a donné dans ce discours tout ce qu’il faut comprendre pour avoir la paix à travers les persécutions du monde et des démons. Heureux ceux qui le méditeront et prieront pour avoir la lumière du Saint-Esprit pour le comprendre et le vivre.

Il nous avertit encore que nous aurons des afflictions dans le monde et donc que le monde sera contre nous si nous sommes avec J.-C. et que le monde nous traitera comme il a traité J.-C.

Mais que notre confiance soit en Jésus. Si nous vivons comme lui et avec lui, il nous donnera la victoire sur tous nos ennemis comme lui-même les a vaincus. Mais cette victoire n’est pas selon le monde, mais selon les voies de Dieu qui exigent souvent la ruine totale de notre vie humaine pour nous donner une nouvelle vie toute divine d’abord dans la foi et ensuite dans la gloire du ciel. Attendons-nous donc à être bafoués, foulés aux pieds par le monde: comme le grain il faut être moulu pour devenir un seul païen avec J.-C. ou comme le raisin qui est écrasé pour faire du vin qui donne la vie! Puisque Jésus dit qu’il doit être tué et enterré comme le grain de blé pour donner une récolte, ainsi nous pouvons nous attendre à subir la même faveur! «Quand vous serez calomniés, persécutés, qu’on vous maudira à cause de moi, réjouissez-vous, car une grande récompense vous est réservée dans le ciel». Le ciel! Le ciel, voilà l’explication de tout au monde! C’est parce que nous sommes destinés au ciel que Jésus permet tout ce qui nous fait souffrir en ce monde! Le ciel vaut la peine de souffrir tous les tourments pour le gagner!

Si nous vivons la vie surnaturelle de Jésus, nous aurons la grâce et la lumière pour tout endurer en union avec Jésus et avec la même force morale, qui nous viendra par sa grâce, qu’il nous donne en proportion que nous voulons vivre sa vie divine. Mais pour obtenir ce résultat, il faut tuer nos deux amours naturels quand même les prêtres n’en parlent pas ou trop peu! Etudions les bons auteurs pour compenser ce manque de doctrine dans les sermons ordinaires des prêtres philosophes.

« MON PÈRE, L’HEURE EST VENUE, GLORIFIEZ VOTRE FILS AFIN QUE VOTRE FILS VOUS GLORIFIE, COMME VOUS LUI AVEZ DONNÉ PUISSANCE SUR TOUS LES HOMMES, AFIN QU’IL DONNE LA VIE ÉTERNELLE À TOUS CEUX QUE VOUS LUI AVEZ DONNÉS ».

L’heure est venue d’offrir son grand sacrifice à Dieu sur la croix par lequel il va racheter le monde et prouver sa divinité. Par toutes les interventions divines que Dieu va accomplir dans les mystères de la résurrection, ascension et descente du Saint-Esprit, avec toutes ses apparitions après sa mort certaine, Dieu le Père va sûrement donner une très grande gloire à J.-C. Il faut être Dieu pour se relever des humiliations et de la mort ignominieuse sur la croix et monter au ciel visiblement. Le Père l’a donc bien glorifié même sur terre.

« Afin qu’il donne la vie éternelle à ceux que vous lui avez donnés ». Le Père n’a donc pas donné tous les hommes à Jésus! Les théologiens peuvent affirmer que le salut est offert à tous les hommes sans exception, mais c’est dit bien clairement ici que Jésus donne la vie éternelle seulement à ceux que le Père lui a donnés. Toute l’Eglise catholique depuis les Apôtres parlent des élus. Un élu est choisi parmi d’autres très bons qui ne sont pas élus, voilà tout. Où serait la gloire de Dieu de nous choisir de préférence aux démons? Pour qu’il ait de la gloire et nous du mérite, il faut donc qu’il choisisse ceux qu’il veut… et qu il en laisse d’autres de côté.

Comme nos philosophes n’admettent que le ciel et l’enfer, il est évident qu’il est dur d’affirmer que Dieu en choisit quelques-uns pour le ciel… et que les autres iraient en enfer simplement parce qu’ils n’ont pas été choisis pour le ciel. Rien que cette difficulté devrait leur ouvrir les yeux sur la nécessité des limbes ouvertes aux bons païens adultes comme aux enfants. Quand Dieu choisit, disons, Paul, pour le ciel, et qu’il ne choisit pas Pierre, il ne fait aucune injustice à Pierre, puisque s’il suit sa raison, que Dieu lui a donnée, il ira à son bonheur naturel aux limbes et bénira là Dieu éternellement, comme les heureux de la terre doivent le faire. Alors on peut dire que Paul est élu et Pierre ne l’est pas, mais pas damné pour cela. Comme cette question est une question libre dans l’Eglise, j’ai le droit de dire ce que j’en pense… jusqu’à ce que l’Eglise se prononce pour ou contre et alors je veux suivre l’Eglise.

La seule solution pour une foule de cas incompréhensibles est d’ouvrir les limbes pour tous les hommes qui ne sont pas élus pour le ciel ou que le Père n’a pas donné à Jésus et qui vivent selon la raison. S’ils n’ont jamais eu la foi et que ce ne soit pas de leur faute, ces gens enfilent tout droit au bonheur naturel des limbes. C’est évidemment l’immense majorité des humains qui irait là. Alors les théologiens n’auraient pas à tordre l’expression de Jésus pour lui faire dire tout le contraire de ce qu’il dit, à savoir que le nombre des élus est petit, non pas par rapport aux damnés, mais par rapport aux damnés et aux païens dans les limbes.

Alors pas besoin de fermer les yeux sur notre texte ici: «Afin qu’il donne la vie éternelle à ceux que le Père lui a donnés! Il ne les lui donne pas tous alors! Or, comme personne ne le sait, tous doivent travailler, comme dit Saint Pierre, pour rendre notre vocation certaine, par nos bonnes œuvres.

Quand Jésus envoie ses Apôtres, il leur dit: « Allez, enseignez toutes les nations, ceux qui croiront seront sauvés et ceux qui ne croiront pas seront condamnés…». On conclut qu’il n’y a donc que l’enfer et le ciel. C’est vrai pour ceux à qui l’on prêche. Pour eux, il n’y a que cette alternative. Mais pour ceux à qui on ne prêche pas, c’est évident qu’ils ne vont ni en enfer ni au ciel normalement parlant, à moins que leurs péchés contre leur conscience ne les jettent en enfer. Si ces gens suivent leur raison, ils iront aux limbes.

Saint Paul dit que les Juifs seront jugés selon la loi de Moïse, que les chrétiens le seront selon la loi de J.-C. et les païens selon leur conscience. Or la conscience naturelle ne peut pas par elle-même se faire une idée du ciel ni par conséquent le désirer. Le bon païen n’ira donc pas là à moins d’intervention particulière de Dieu, qu’on ne peut pas donner comme règle générale.

Les prêtres qui n’admettent que l’enfer ou le ciel évidemment trouvent dur d’envoyer nos bons païens en enfer et comme il n’y a pas de milieu pour eux, ces théologiens font intervenir Dieu pour les envoyer au ciel. Mais il n’y a rien dans l’Ecriture pour appuyer ces interventions miraculeuses pour chaque bon païen. On peut bien le souhaiter, mais c’est tout.

La conclusion est que nous, qui avons la foi, devrions être extrêmement reconnaissants envers Dieu et tout faire au monde pour vivre selon notre vocation surnaturelle, afin de nous en rendre dignes et mériter la persévérance finale, pas en stricte justice, puisque personne ne peut la mériter de cette façon, mais par la miséricorde divine. Travaillons de toutes nos forces pour nous sanctifier. Quel gros risque pour tous ceux qui sont assez satisfaits avec la petite vertu qu’ils ont, qu’ils n’en désirent plus! Si Dieu peut refuser la grâce finale à ceux qui font tout pour l’avoir, quelle folie que de rester en route!

Remarquons que Jésus dit qu’il faut être à lui pour arriver à la vie éternelle. Pour cela, il ne suffit pas de donner son nom à l’Eglise catholique, mais il faut vivre la vie de Jésus. Que chacun examine bien si sa vie ressemble à celle de Jésus; si sa mentalité est la même que celle de Jésus, enfin s’il ne vit que pour Jésus Les paroles suivantes confirment cette idée.

« OR, LA VIE ÉTERNELLE EST QU’ILS VOUS CONNAISSENT, VOUS LE SEUL VRAI DIEU, ET J.-C. QUE VOUS AVEZ ENVOYÉ ».

Connaître, dans le sens biblique, veut dire aussi: accepter, adhérer à Jésus et donc être tout à lui et le suivre parfaitement. La vision béatifique consiste donc dans la connaissance du Père et du Fils… et dans la même proportion l’amour suivra. Or nous aurons une vision du ciel en proportion que nous vivrons de foi sur terre. En proportion que nous connaissons Jésus et par lui le Père selon la foi, nous les verrons dans la gloire. Car la foi est le commencement de la vision béatifique en germe. Les deux sont la même lumière divine au fond, l’une est obscure et l’autre brillante. Par conséquent, nous devons tout faire pour augmenter notre connaissance de Jésus, par les Ecritures, la méditation, la prière et la fuite du monde et le renoncement à soi. Plus nous détruirons nos deux amours naturels et plus le Saint-Esprit nous fera connaître J.-C. d’une façon amoureuse, ce qui est nécessaire pour la vie éternelle.

Puisque la vision béatifique et la foi sont la même lumière divine, vivons uniquement de foi et non pas de bon sens humain. La raison n’est pas divine du tout, mais toute naturelle. Que les chrétiens cessent donc de toujours parler de bon sens humain! Au lieu de dire: cela a du bon sens, ou n’a pas de bon sens, qu’ils jugent de tout selon la foi en disant: Dieu le veut, Dieu ne le veut pas! La foi l’enseigne, cela suffit! Par exemple: il faut aimer son ennemi, évidemment cela n’a pas de bon sens, mais peu importe, la foi le veut, faisons-le! La foi seule nous révèle J.-C. et comme c’est lui que nous devons connaître pour avoir la vie éternelle, étudions-le selon la foi, pas selon le bon sens humain. C’est le grand mal des philosophes de prendre de la religion ce qui cadre avec la raison humaine: ils en font une religion païenne, voilà tout.

Et ce sont les Ecritures qui nous révèlent ce que nous devons connaître de J.-C. pour commencer notre vie éternelle tout de suite dans la foi. Ceux donc qui veulent travailler pour améliorer leur vision béatifique doivent étudier de plus en plus les Ecritures. Jésus dit que nous vivons par toute parole sortie de la bouche de Dieu. Eh bien! C’est là qu’on trouve les paroles de Dieu. Allons donc là puiser la vie éternelle… et la mort de nos deux amours naturels qui constituent notre voie païenne en ce monde. C’était le cas des premiers chrétiens qui méditaient constamment les Evangiles et qui les vivaient; ils étaient tout aux choses de Dieu. Mais la prédication de nos prêtres philosophes laisse les fidèles tout aux choses du monde sans aucun scrupule, puisqu’eux-mêmes donnent l’exemple aux fidèles. Leurs conversations sont tout aux choses de la terre. Ils n’ont donc pas encore commencé leur vie divine toute dans les choses de la foi; ils ne sont donc pas sur le chemin de la vision béatifique qui est toute aux choses de Dieu. Vouloir la vie éternelle et vouloir J.-C., le connaître, c’est la même chose. Soyons donc tout aux choses de Jésus pas seulement pour en parler, mais pour en vivre dans toutes nos actions.

« JE VOUS AI GLORIFIÉ SUR LA TERRE; J’AI ACHEVÉ L’ŒUVRE QUE VOUS M’AVIEZ CHARGÉ DE FAIRE… J’AI FAIT CONNAÎTRE VOTRE NOM AUX HOMMES QUE VOUS M’AVEZ DONNÉS DU MONDE… ».

Jésus attribue toutes ses pensées, ses paroles et ses actions à son Père. Il s’efface devant lui en toute occasion. Il parle de lui souvent; il dit qu’il est venu en son nom, que c’est lui qui l’a envoyé, qu’il doit retourner à lui avec les hommes qu’il aura sauvés.

Dans sa prière qu’il nous a enseignée lui-même, les trois premières demandes sont pour la gloire de son Père. «Notre Père, qui êtes aux cieux, que votre nom soit sanctifié, que votre règne arrive, que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel». S’il veut faire du bien dans le monde, c’est toujours pour la gloire de son Père.

Tout catholique devrait attribuer à Dieu le Père tout ce qui se fait au monde, excepté le péché. Mais que de chrétiens attribuent simplement aux hommes tout ce qui arrive dans le monde. S’ils reçoivent une faveur, c’est dû à un tel, s’ils reçoivent une croix, c’est la faute d’un autre. Comme ils ont de la peine à voir Dieu opérant tout par ses créatures pour le salut des âmes et la gloire de Dieu! Ceux-là ne glorifient pas le Père! Ils n’imitent donc pas Jésus!

Glorifier Dieu, c’est donc le mettre en avant de toute notre activité et le but de toute notre vie. Combien parmi nous pourront dire à l’heure de la mort: je vous ai glorifié sur la terre, je vous ai fait connaître autant que j’ai pu, j’ai travaillé uniquement pour vous et pour votre gloire! Comme ils seront rares ceux-là si on en juge d’après leur manière de vivre. Ils sont tout aux choses de la terre et à leur propre gloire. Ils tournent justement pour eux-mêmes les trois premières demandes de Notre Père. Chacun dit: «Que mon nom soit en bénédiction! Que mon règne arrive! Que ma volonté soit faite partout!». Ils sont leur propre Dieu, ils cherchent leur propre gloire. Comme ces gens sont à plaindre à l’heure de la mort! Ils ne pourront pas imiter Jésus pas plus qu’ils ne l’ont imité dans ses œuvres. Voyons-y pendant qu’il en est encore temps!

Voici un point où très peu de chrétiens voient Dieu: c’est dans les contrariétés surtout qui viennent des personnes. Comme elles sont libres, on leur attribue facilement la responsabilité de leurs actions. C’est vrai, mais quand même c’est Dieu qui s’en sert comme d’instrument aveugle; il a bien des moyens pour influencer leur liberté pour obtenir ce qu’il veut d’elles. Saint Pierre donne l’exemple de Jésus qui a souffert une foule d’outrages sans se plaindre et pour faire la volonté de son Père. «Est-ce que je ne dois pas boire le calice que mon Père me présente?». Puis Saint Pierre dit que c’est notre vocation d’endurer des outrages et des insultes et toutes sortes de contrariétés et que nous devons les accepter comme Jésus sans murmurer! Ce n’est pas une question de luxe en perfection, c’est une obligation pour tous de se taire dans les épreuves, comme c’est une obligation pour tous de souffrir avec Jésus pour régner avec lui au ciel! Voilà comment glorifier Jésus et son Père céleste… Or, très peu le font!

Nos prêtres philosophes avec leur religion de raison surtout qui consiste à éviter le péché ne parlent pas de ces sujets importants pour nous faire reproduire la vie de Jésus. Tout ce qui concerne notre divinisation ne les intéresse pas ou ils le regardent comme du luxe en perfection pour quelques fervents. Ils n’étudient pas l’ascétisme en général, ni la mystique. Leurs professeurs philosophes ne leur ont jamais donné le goût des choses divines et ils ne l’acquièrent pas dans la vie païenne du monde où ils sont jetés par la force des choses. Comme ils n’ont pas ce qu’il faut pour s’en préserver ils suivent le courant du monde si païen en général.

« ET VOUS, MON PÈRE, GLORIFIEZ-MOI MAINTENANT EN VOUS-MÊME DE CETTE GLOIRE QUE J’AI EN VOUS AVANT QUE LE MONDE FÛT ».

C’est donc bien la gloire divine et éternelle que Jésus demande pour lui et donc pour son humanité. Il nous la donnera donc aussi à nous qui sommes ses membres mystiques. On voit là la nécessité de mener une vie divine pour participer à la gloire toute divine de Jésus. Tout revient donc toujours à reproduire le plus possible la vie concrète et pratique de Jésus telle que racontée dans les Evangiles. Ce n’est pas une admiration de tête qui produira ce résultat, mais la pratique réelle de la vie.

« JE NE PRIE PAS POUR LE MONDE, MAIS POUR CEUX QUE VOUS M’AVEZ DONNÉS, PARCE QU’ILS SONT À VOUS ».

Quelle parole terrible pour le monde! Jésus ne prie pas pour lui! Il ne sera donc pas sauvé! Quel est ce monde? C’est évidemment le monde qui ne veut pas de Jésus, ni de sa doctrine Ce n’est pas non plus seulement le monde des pécheurs, c’est aussi le bon monde mais païen, le monde de ceux qui sont satisfaits d’une vie toute naturelle, avec leur bonheur dans les créatures. C’est le monde qui persécute les disciples de Jésus. Or il n’y a pas que les pécheurs qui persécutent Jésus et ses disciples. Quand Saint Pierre refuse de se laisser laver les pieds, Jésus lui dit: «Si je ne te lave les pieds, tu n’auras point de part avec moi!». Pierre ne péchait pas, mais il suivait son bon sens au lieu de la volonté de Jésus. Quand Pierre prend à part Jésus et qu’il veut le dissuader d’aller mourir, Jésus l’appelle Satan. Pierre ne péchait point encore et pourtant il n’était pas de Jésus, mais du monde. Quand Jésus dit: «Je ne suis pas du monde», il ne veut pas dire qu’il n’est pas pécheur seulement, mais qu’il n’est pas du monde naturel, païen, du monde qui est tout aux choses de la terre. Il veut dire qu’il est divin et tout aux choses de Dieu.

Je sais bien qu’on dit que Jésus a souffert pour tous les hommes, que Dieu appelle tous les hommes au salut. Mais ici Jésus demande de donner la vie éternelle de fait. Eh bien! Là, tout le monde, qu’ils soient des millions ou non, qui ont mis leur bonheur dans les créatures, qui ont gardé leurs deux amours naturels, sont exclus du ciel de fait, dans la même proportion. Vous ne pouvez pas servir Dieu et le monde, vous aimerez l’un et haïrez l’autre. Eh bien! Voilà le monde pour lequel Jésus ne prie pas à ce moment où il demande la gloire éternelle pour les siens seulement. Puisqu’il ne la demande pas pour ceux qui trouvent leur bonheur dans les choses de la terre… ils ne l’auront pas! Il faut donc appartenir à Jésus, il faut donc vivre sa vie, sa doctrine, pour être inclus dans sa prière sacerdotale et finale extérieurement.

Evidemment pour les prêtres philosophes qui suppriment les limbes pour les bons païens adultes, c’est bien terrible de mettre en enfer tous ceux qui vivent pour le monde quand ils ne pèchent pas gravement dans les cas isolés. Mais quand on admet ces bons païens aux limbes, il n’y a plus de difficulté à comprendre que Jésus les exclut de sa prière ici que de comprendre qu’il ne les appelle pas au ciel. Les saints sont des élus, donc des choisis parmi d’autres bons qui auraient pu avoir été choisis et qui ne le sont pas. Qui dirait que Paul choisi parmi les démons est un élu? Est-ce qu un garçon dirait qu il a choisi sa femme parmi un troupeau de vaches? Il faut qu’il 1’ait préférée à d’autres bonnes et belles filles pour qu’il ait le bonheur d’avoir choisi celle-là.

Toute la mentalité des prêtres sur cette question vient de ce qu’ils ont supprimé les limbes pour les bons païens adultes. Alors ils sont obligés de forcer les textes pour en sauver le plus possible de l’enfer.

Remarquons que Jésus prie pour ceux qui croiront à la parole des disciples. Or, croire pour Jésus, c’est accepter sa doctrine pour en vivre, pour y mettre son bonheur et donc pour être tout à lui. Ceux qui ne feront pas cela, seront exclus de la prière présente de Jésus. En tout cas si jamais l’Eglise se prononce sur ce point, j’accepte d’avance sa décision!

« ILS NE SONT PAS DU MONDE COMME JE NE SUIS PAS MOI-MÊME DU MONDE. SANCTIFIEZ-LES DANS LA VÉRITÉ. VOTRE PAROLE EST VÉRITÉ ».

C’est bien clair que Dieu sanctifie ceux qui ne sont pas du monde, qui n’en ont pas l’esprit, qui n’y cherchent pas leur bonheur et donc qui n’ont pas mis leur amour-là. Ce qui prouve qu’une fois purifiés de nos péchés, il reste encore à nous purifier de l’amour du monde et de l’amour-propre. N’oublions pas que l’absence de péché ne constitue pas la sainteté. Elle est dans la transformation de notre bonne activité naturelle en activité surnaturelle. Ce n’est pas tout de tuer le vieil homme, il faut développer le nouvel homme dans la grâce du Christ.

Comme nos prêtres philosophes vivent de fait dans l’ordre naturel, pour eux l’idéal du chrétien c’est éviter les péchés. Du moment qu’on a la grâce sanctifiante tout finit là. Mais ce n’est pas vrai: la grâce sanctifiante n’est pas la sainteté. Quand même elle est une participation à la nature divine. Est-ce qu’il suffit qu’un homme ait la nature humaine pour être sage, savant? Combien d’idiots l’ont et ne sont pas sages ni savants.

C’est évident qu’il faut la grâce sanctifiante pour devenir saint. Mais la sainteté est dans la perfection des vertus morales infuses et surtout les trois vertus théologales. Il faut qu’un catholique soit éminent en Foi, en Espérance et en Charité. C’est là dans la mentalité qu’est le travail de la sainteté, ce n’est pas dans la grâce sanctifiante. La sainteté est donc dans la perfection surnaturelle de l’activité libre de nos deux facultés spirituelles.

Jésus l’enseigne clairement ici quand il demande à son Père de sanctifier ses amis dans la vérité. Votre parole est la vérité C’est donc en proportion qu’on croit à sa parole, qu’on espère en les biens qu’elle nous révèle et qu’on l’aime assez pour en vivre dans toute la pratique concrète de ses actions, qu’on est saint. Eh bien! Tout ce monde de notre activité libre surnaturelle est fermé pour nos prêtres en général. Elle ne constitue pas le fond de leur vie, ni de leur prédication ni de leur amour. La preuve est qu’ils ne l’étudient pas. Les auteurs ascétiques et mystiques ne sont pas en honneur dans le clergé ni régulier, ni séculier, ils n’en parlent jamais en général parce qu’ils les ignorent et qu’ils ne les intéressent pas. De plus, la parole de Dieu est dans l’Ecriture sainte… que si peu de prêtres étudient. Ils ne cherchent donc pas la sainteté. Eh bien! C’est pour ces paresseux, ces ignorants volontaires et qui sont heureux dans les échantillons de Dieu que Jésus ne prie pas dans cette prière où il demande le ciel uniquement pour ceux qui lui appartiennent par la similitude de la vie et de l’amour. Tous ces gens-là seront aussi loin de Dieu dans l’autre monde qu’ils le sont actuellement dans la foi et l’amour surnaturel de Dieu. Ces prêtres acceptent bien de tête l’évangile, ils savent que là est la vie divine. Cette tactique ne donne pas plus la vie surnaturelle que la pensée du pain engraisse le corps. Il faut le manger et le digérer pour en vivre. Eh bien, il faut manger la parole divine et la digérer dans la pratique de la vie pour qu’elle donne de la vie surnaturelle. Ce n’est donc pas la science de la parole de Dieu qui sanctifie, mais la manger et la digérer dans la mentalité.

Pour l’amour du bon Dieu que tous les prêtres reviennent donc à la lecture assidue des évangiles et qu’ils exhortent les fidèles à les lire de plus en plus. Les derniers Papes le demandent, accordent des indulgences à tous ceux qui lisent la Bible. Comment se fait-il que les prêtres soient encore si fermés à cette idée? Les démons font tout pour empêcher cette lecture qui ferait un bien immense à tout le monde. Que chaque famille s’achète tout de suite une Bible et une très belle et qu’on lui donne la plus belle place dans la maison comme on ferait pour l’Eucharistie: c’est la même nourriture de l’âme, quoique d’une façon différente. •1185 Quand Jésus dit qu’il se sanctifie pour nous, est-ce que cela veut simplement dire qu’il reçoit la grâce sanctifiante? Pas du tout: il l’a depuis sa conception. Mais, c’est comme l’évangile dit qu’il croissait en grâce et en sagesse devant Dieu et devant les hommes dans ses facultés spirituelles. La grâce sanctifiante augmentait à cause de l’augmentation de sainteté dans son activité libre et mentale.

Comme les prêtres sont ignorants sur cette question fondamentale de la sainteté! Quand est-ce qu ils expliquent la psychologie de la sainteté? Quand est-ce qu’ils indiquent où elle se trouve? Ils la mettent tous dans la grâce sanctifiante. Ce n’est pas vrai que la sainteté soit là. Elle n’est qu’une condition essentielle à la sainteté, elle n’est pas plus la sainteté que le solage est la maison. La sainteté, c’est l’adhésion de nos facultés spirituelles aux perfections divines… et ce n’est pas là la grâce sanctifiante. Si la grâce sanctifiante était la sainteté, pourquoi Saint Pierre après Jésus dirait aux chrétiens qui doivent être en état de grâce: «Soyez saints parce que Dieu est saint!». Elle dépend donc de notre liberté et de notre volonté en bonne partie.

Que les prêtres cessent donc de tant parler de la grâce sanctifiante et qu’ils parlent donc des moyens de se sanctifier quand on a la grâce sanctifiante! Or, les principaux moyens, nous l’avons dit bien des fois… mais nos philosophes ne l’ont probablement pas encore saisi! sont la lutte acharnée contre les motifs naturels pour les remplacer tous par des motifs absolument surnaturels. Voilà ce que les prêtres devraient expliquer aux fidèles… et qu’ils n’expliquent jamais parce qu’ils ne connaissent pas la question des motifs dans l’ordre surnaturel. Les fidèles n’en ont jamais entendu parler.

Tout ce qu’ils ont entendu dire c’est qu’il y a une bonne intention et une mauvaise intention… et tout finit là. Eh bien! Cette division est incomplète et donc bonne à rien. C’est absolument faux qu’il n’y ait que ces deux sortes d’intentions. La bonne intention se divise en deux: une intention bonne mais naturelle et donc bonne à rien pour le ciel. Donc il y a deux intentions à rejeter complètement pour un catholique: une mauvaise intention ou peccamineuse, une bonne intention naturelle qui n’est pas péché mais bonne à rien pour le ciel. Enfin il y a une bonne intention surnaturelle… et c’est la seule qui compte pour le mérite éternel. Donc c’est la seule que des catholiques doivent avoir dans toutes leurs actions en autant qu’ils le peuvent avec la grâce de Dieu. Quand est-ce qu’on va entendre un prêtre expliquer cette distinction en chaire?… et surtout insister sur l’absolue nécessité de toujours et partout avoir un motif surnaturel dans leurs actions? Voilà ce que le Saint-Esprit attend de tout son clergé de haut en bas, des séculiers comme des religieux et de tous les fidèles au monde! Quand les prêtres vont-ils commencer à voir clair dans cette question fondamentale?

« AFIN QU’ILS SOIENT TOUS UNE SEULE CHOSE, COMME VOUS, MON PÈRE, VOUS ÊTES EN MOI ET MOI EN VOUS, ET QU’ILS SOIENT DE MÊME UNE SEULE CHOSE EN NOUS, AFIN QUE LE MONDE CROIE QUE VOUS M’AVEZ ENVOYÉ ».

Voici le but de tout ce que Dieu a fait pour l’homme sur la la terre: l’union parfaite avec la Trinité par Jésus-Christ. En proportion que nous serons une seule chose avec Jésus, nous le serons avec la Trinité comme lui-même fait une seule chose avec elle.

Au ciel, est-ce que nous serons unis seulement au Père par la grâce sanctifiante. Ce serait absurde de le croire! Nous participerons aussi à l’activité du Verbe qui est la sagesse de Dieu et à l’amour du Saint-Esprit. Or, si en ce monde nos sommes unis avec le Père par une participation créée à sa vie divine qui est la grâce sanctifiante, il nous faut aussi commencer dans la foi notre participation à la sagesse du Verbe et à l’amour du Saint-Esprit, ce que nous pouvons faire par nos facultés spirituelles. Donc diviniser notre mentalité est aussi important que d’avoir sa grâce sanctifiante. Que les prêtres parlent donc de cette partie de notre divinisation!

Donc en proportion qu’un catholique a vécu les trois participations aux trois activités de la Trinité, il jouira de leur bonheur au ciel. Mais tout cela doit se faire en union avec J.-C. Nous devons pouvoir dire un jour comme Saint Paul: «Ce n’est plus moi qui vis, c’est J.-C. qui vit en moi». Or comment vivre la vie de Jésus si nous l’ignorons? Il faut donc la méditer et l’étudier constamment. C’est par l’Ecriture que nous apprendrons à vivre la vie de Jésus. Vite que chacun lise sa Bible tous les jours! Qu’on sauve du temps sur les niaiseries de la vie du monde. Puis Jésus répète la même idée: c’est donc qu’il y tient beaucoup!

« Je suis en eux et vous en moi, afin qu’ils soient consommés dans l’unité ». Or, Jésus nous a dit un jour qu’il était tout aux choses de son Père. Combien de chrétiens le sont? Ceux qui sont tout aux choses du monde, ne peuvent donc pas faire une seule chose avec Jésus, ni donc avec la Trinité. Eh bien, chacun peut savoir si son cœur est aux mêmes choses que Jésus: de quoi parle-t-il ordinairement? A quoi pense-t-il habituellement? C’est l’amour qui suggère et les pensées et les paroles. Ceux qui pensent et parlent des choses de Dieu sont une seule chose avec Jésus… et ceux qui pensent et qui parlent des choses du monde ne sont pas une seule chose avec Jésus en ce monde. Comment le serontils dans l’autre? Que chacun commence tout de suite à accorder sa vie avec celle de Jésus… et encore une fois cela n’est pas seulement par la grâce sanctifiante, mais par la sainteté de la mentalité ou par les pensées, les paroles et les actions qui doivent être absolument surnaturelles par les motifs surnaturels. Pour cela que chacun pratique cette parole du premier psaume: «Heureux l’homme qui a son plaisir dans la loi de Yahveh et qui la médite jour et nuit! Il est comme un arbre planté près d’un cours d’eau, tout ce qu’il fait, réussit». Car Dieu est avec ceux-là qui mettent leur bonheur dans les Ecritures.

« ET QUE LE MONDE CONNAISSE QUE VOUS M’AVEZ ENVOYÉ ET QUE VOUS LES AVEZ AIMÉS COMME VOUS M’AVEZ AIMÉ ».

Cette conduite céleste des chrétiens est sûrement la meilleure preuve que leur Maître est saint et divin. Dieu seul peut transformer des hommes si méchants par nature, si enclins à tous les vices en des saints qui résistent aux tentations du monde et des démons. Saint Paul dit: «Notre conversation ou notre manière de vivre est dans le ciel». Ils vivent sur terre comme s’ils étaient déjà dans le ciel. C’est exactement ce que Jésus veut de nous tous. Ces premiers chrétiens étaient tout aux choses de Dieu comme Jésus l’avait été: alors ils le glorifiaient beaucoup. De nos jours, combien rares sont les catholiques qui font penser à Jésus par leur conduite parfaite! Or, tous devraient le faire! Personne ne pourra le faire en suivant nos philosophes tout aux choses de la terre comme les pharisiens autrefois.

« MON PÈRE, JE VEUX QUE LÀ OÙ JE SUIS, CEUX QUE VOUS M’AVEZ DONNÉS, SOIENT AUSSI AVEC MOI, AFIN QU’ILS CONTEMPLENT MA GLOIRE QUE VOUS M’AVEZ DONNÉE PARCE QUE VOUS M’AVEZ AIMÉ AVANT LA CRÉATION DU MONDE ».

Quelle force dans ce JE VEUX! Il ne demande plus, il parle en Dieu! Quel idéal pour nous! Si nous sommes unis à Jésus, nous contemplerons la gloire éternelle du Verbe qu’il avait avant la création du monde, et donc sa gloire infinie, éternelle. Ce bonheur éternel est un effet de l’amour de Dieu pour nous. Le degré de son amour est le degré des grâces qu’il nous fait. Ce devrait être assez pour nous enflammer de son amour en retour du sien.

Comme Jésus finit en disant:
« AFIN QUE L’AMOUR DONT VOUS M’AVEZ AIMÉ SOIT EN EUX, ET QUE JE SOIS MOI-MÊME EN EUX ».

Tout a commencé dans l’amour et tout finit dans l’amour! Remarquons qu’il s’agit de l’amour du Père qu’il a eu pour son Fils. Jésus le veut pour nous, Jésus veut que le Père nous aime comme il a aimé le Fils Incarné. C est donc un amour absolument divin que nous devons avoir pour J.-C., donc basé sur la foi, la lumière divine et sur la grâce, le secours divin. Or, cet amour divin dont le Père a aimé le Verbe est le Saint-Esprit ou l’amour substantiel divin. Donc Jésus veut que le Saint-Esprit habite en nous tous comme il habite en lui.

Jésus a commencé sa vie publique par la manifestation de la Sainte Trinité et il finit sa vie en nous conviant à l’union intime et céleste avec la Trinité, d’abord selon la foi et dans la grâce et ensuite selon la même mesure dans la gloire de la vision béatifique au sein de la Trinité au ciel.

Quelle destinée!… Et la masse des hommes comme du clergé et régulier et séculier ne voient pas cette sublime vocation d’une façon pratique. Ils le savent de tête, mais tout finit là pour le grand nombre! Quel malheur! Que tous ceux qui ont un peu de cœur et d’amour de Dieu commencent sérieusement une toute nouvelle vie uniquement dans les choses de Dieu et en union avec J.-C., afin d’aller avec lui dans l’éternité contempler le bonheur de la Trinité au milieu des anges et des élus… pour toute l’éternité! Que Dieu nous accorde cette grâce et que la Sainte Vierge, Médiatrice de toute grâce, nous aide à l’obtenir par sa puissante intercession!