jeudi 1 février 2018

Père Onésime Lacouture - 2-28 - Le lavement des pieds


VINGT-SEPTIÈME INSTRUCTION
LE LAVEMENT DES PIEDS.
«Vous m’appelez Maître et Seigneur et vous dites bien, car je le suis.  Si donc je vous ai lavé les pieds, moi, votre Maître et Seigneur, vous devez aussi vous laver les pieds les uns aux autres; car je vous ai donné l’exemple afin que comme je vous ai fait, vous fassiez ainsi vous-mêmes.» Jo.  13-13
Plan Remarque.  Manducation de l’Agneau pascal.  (Pierre.  Lavement des pieds: attitude de: (Judas.  (Tous.  (Pureté.  Sa signification:……………… (Humilité.  (Charité. 
La science ne suffit pas; il faut la pratique.
REMARQUE  Jésus a attaqué l’amour des créatures par son exemple et par sa doctrine; il va maintenant attaquer le deuxième amour naturel que nous avons: l’amour propre ou de soi.  Il va s’humilier, il va souffrir tout ce qui est de nature à détruire l’amour propre et il va le faire avec une perfection de Dieu… jusqu’à la dernière limite.  La dernière Cène et le fait qu’il s’en va à sa mort donnent un cachet particulier et une importance capitale à cette action banale et simple en elle-même.  St-Jean introduit cette cérémonie avec un exorde des plus solennels: «Avant la fête de Pâques, Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde à son Père, comme il avait aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’à la fin… Jésus qui savait que son Père lui avait mis toutes choses entre les mains, qu’il est sorti de Dieu et qu’il retourne à Dieu, se leva de table, quitta ses vêtements et ayant pris un linge, il le mit autour de lui, puis ayant versé de l’eau dans un bassin, il commença à laver les pieds de ses disciples…» Jésus lui-même attire leur attention sur ce qu’il fait pour eux.  Jésus tient beaucoup aux leçons qu’il veut nous donner dans cette action.  Des enfants ont coutume de prendre au sérieux les dernières recommandations de leur père mourant; eh bien portons une grande attention à ces dernières recommandations de Jésus qui s’en va à la mort.
la manducation de l’agneau pascal. 

Elle avait été ordonnée par Dieu pour commémorer la délivrance des Juifs de l’esclavage de l’Egypte.  Avant d’entrer dans la Terre promise Dieu avait fait opprimer les Juifs pendant quatre cent ans; c’était assez pour nous montrer la nécessité de l’expiation des péchés.  C’est ce même Dieu que nous offensons par nos péchés et il nous destine non pas à la Palestine, mais à la vision béatifique.  S’il a fait payer la figure si cher, combien plus sévère il sera pour faire payer la réalité, le ciel!  Eh bien!  depuis plus de quatre mille ans que le démon exerce son empire sur les hommes pour les entraîner avec lui autant qu’il le peut.  Jésus le véritable Agneau va mourir pour briser cet esclavage de Satan sur le monde.

C’est la dernière fois que l’agneau figuratif va être mangé avant la réalisation de la mort du véritable Agneau de Dieu pour la rémission des péchés.  Jésus s’en va trahi par l’un des siens qui mange la pâque avec lui et qui ne bronche pas devant les paroles de Jésus qui annonce cette trahison et devant la tristesse générale des Apôtres qui sentent bien qu’ils sont arrivés à la fin de leur vie avec Jésus; il leur a dit clairement qu’il allait à la mort, mais ils ne semblent pas avoir compris toute la portée de ses paroles.  Après la manducation de l’agneau, il y avait le repas ordinaire et c’est alors que Jésus leur aurait lavé les pieds. 
le lavement des pieds.  Attitude de Pierre. 
En voyant Jésus à ses pieds, son humilité le fait protester énergiquement: Vous, me laver les pieds?  En voulant dire: Jamais!  Mais il va apprendre que l’obéissance vaut mieux que les victimes.  Jésus prend la peine de le calmer en disant: Tu ne sais pas maintenant ce que je fais mais tu le sauras dans la suite.  Jésus n’est donc pas froissé du refus humble de Pierre.  Mais celui-ci ajoute: Jamais vous ne me laverez les pieds!  Jésus lui répondit d’une façon aussi catégorique: «Si je ne te lave les pieds, tu n’auras point de part avec moi!» Le bon naturel de Pierre n’a pas grand chance avec Jésus!  Quelques temps avant quand Jésus annonça aux disciples qu’il s’en allait à Jérusalem et que là il serait mis à mort par les Juifs, Pierre l’avait pris à part pour le dissuader; il reçut cette apostrophe: «Arrière, Satan!  Tes sentiments ne sont pas ceux de Dieu, mais des hommes.» Jésus condamne donc clairement en Pierre un bon sentiment naturel, et il le condamne simplement parce qu’il est naturel, et donc selon sa raison humaine.  Pourquoi le traitet-il de Satan s’il pense comme les hommes: il aurait suffi de le traiter de païen!  Mais c’est que le naturel n’étant pas pour lieu est contre Dieu et donc comme Satan l’est.  Le naturel intentionnel va avec les démons, selon Jésus!… et la très grande majorité des prêtres le mettent avec Dieu dans le surnaturel.  Ces prêtres sont de travers avec Jésus.  Ici encore Pierre a encore un très bon sentiment d’humilité sincère et vrai, mais naturel, et Jésus n’en veut pas de cette humilité naturelle.  Si Pierre tient à son humilité naturelle, Jésus le rejette de lui pour toujours.  Ce sentiment naturel était un des meilleurs qu’on puisse avoir et cependant Jésus ne veut pas de Pierre s’il garde ce sentiment naturel.  Mais Pierre n’a pas péché aux yeux des hommes.  Mais ici encore Jésus met ce naturel avec le péché et avec Satan comme dans la protestation précédente de Pierre.
Les prêtres qui sont froissés de m’entendre appeler les chrétiens et les prêtres, païens, quand ils agissent avec des motifs naturels, ont leur réponse ici.  Jésus lui, les appelle Satan… Il rejette Pierre pour toujours s’il garde ce sentiment très bon «en soi», mais naturel.  Nous avons donc raison de dire que des motifs naturels insultent Dieu et conduisent au péché.  Il est vrai que ne pas avoir de part avec Jésus pouvait dire simplement qu’il perdait sa belle vocation d’apôtre.  Mais en concédant cela, le «bon» sentiment naturel de Pierre quand même froisse Jésus puisqu’il rejette Pierre comme son apôtre.  Les prêtres vont-ils apprendre leurs leçons au sujet des motifs et des sentiments naturels?  et les docteurs qui défendent les motifs naturels vont-ils finir par avouer leur erreur?  Est-ce que nous allons plus loin que Jésus dans nos dénonciations des motifs naturels?  A l’avenir je crois qu’il serait préférable d’appeler tout motif naturel: diabolique ou infernal!  Ce serait plus en harmonie avec les expressions de Jésus!  Alors Pierre dit: «Seigneur, non seulement les pieds, mais encore les mains et la tête».  Jésus lui dit: «Celui qui s’est baigné n’a pas besoin de se faire laver, si ce n’est les pieds, car il est propre tout entier.» Là encore Pierre est allé trop loin, c’est du naturel et Jésus n’en veut pas.  Tous ces mouvements chez Pierre sont admirables de générosité, d’amour et d’humilité, mais c’est du naturel et Jésus n’en veut pas.  Jésus le traite de Satan quand il pense comme les hommes et ici il menace de le rejeter pour toujours, encore pour du naturel.  Quand les prêtres vont-ils imiter Jésus dans son attitude envers le naturel, et tout naturel intentionnel?  Tout mouvement qui ne vient pas du St-Esprit n’est pas acceptable par Dieu, quelque bon qu’il soit «in se».  Quand vont-ils se mettre à attaquer tous ces mouvements naturels chez les fidèles puisque Jésus n’en veut pas du tout.  Que Dieu récompense St-Pierre pour nous avoir donné une occasion de montrer que la doctrine qui attaque partout et toujours les motifs naturels est bien de Dieu et selon la façon d’agir de Jésus.  Attitude de Judas.  L’Evangile ne dit rien de lui en particulier dans cette cérémonie, mais on sait qu’il a vu Jésus à ses pieds et il a dû essayer de le gagner par quelque regard et quelque grâce; mais pourquoi Jésus n’a-t-il pas réussi?  C’est que Judas avait une attache: il aimait l’argent et plus que Dieu puisqu’il l’offensait en volant dans la bourse dont il était chargé.  Quand une fille est amourachée d’un homme elle reste indifférente aux avances des autres.  Or Judas avait une affection particulière pour l’argent depuis longtemps.  Il ne s’était pas intéressé à Jésus excepté dans l’espérance de faire fortune avec lui un jour.  Quand il vit que les événements tournaient contre Jésus il crut bon d’en sortir en faisant encore un profit aux dépens de son Maître, et il le vendit pour trente pièces d’argent.  Eh bien: n’importe quel chrétien, prêtre ou religieux, qui a une attache, est insensible aux avances de la grâce, il n’est pas touché par l’amour de Dieu.  Il est satisfait de ce qu’il a et sa conscience est en paix parce qu’il use d’une chose permise «en soi».  Cela lui suffit.  Quand on lui parle de plus de sainteté, il avoue que c’est une bonne chose pour ceux qui en ont la dévotion, mais lui n’est pas prétentieux.
Comme leur amour est dans le naturel, Dieu les châtie en ne leur donnant que du naturel pour juger des choses.  Leur point de comparaison est ordinairement le péché et l’enfer, exactement comme la morale serait sur le chemin des Limbes.  Ils observent la loi naturelle dans ses grandes lignes et cette bonté toute naturelle leur suffit.  Cet aveuglement est leur châtiment de ne pas tout juger en fonction de l’amour de Dieu surnaturel puisque nous devons vivre dans le surnaturel.  Ces païens ont toujours les yeux sur le diable et l’enfer et le péché mortel; c’est la base de leur vie spirituelle.  Mais dès qu’ils ne voient plus de péché dans une chose ils la prennent ou la font de sorte que leur idéal est tout négatif.  Voilà pourquoi ils resteront toujours fort médiocres et bien loin de l’amour surnaturel de Dieu.
Quelle pitié de voir tant de prêtres et de religieux qui n’ont pas d’autre idéal que d’éviter le péché!  Que dirions-nous d’un mari qui prendrait comme règle de conduite dans le ménage de ne pas tuer sa femme!  qui comparerait les coups qu’il lui donne au meurtre et qui répéterait souvent: ce coup de poing n’est toujours pas mortel!  J’aurais pu te tuer et je ne l’ai pas fait; sois contente d’avoir un bon mari comme moi!  Eh bien!  cette abomination se trouve dans des milliers de prêtres et de religieux et évidemment chez une foule de fidèles qui comparent leurs actions païennes au péché mortel et se glorifient de ne pas être des démons de méchanceté!  Quand ces prêtres et ces religieux prendront le vrai point de vue théologique des vérités révélées, c’est la Trinité en Jésus qu’ils prendront comme point de comparaison.  Quel levier comparé à la vue du diable, de l’enfer et du péché mortel!  Quel merveilleux moyen pour avancer dans la vertu que de se comparer à Jésus même et à la Trinité: «Soyez saints comme moi je suis saint» contient autrement d’amour que le refrain ordinaire des philosophes: ce n’est pas mortel, je ne l’ai pas tué, je ne suis pas un démon.  C’est vrai, mais vous pouvez bien n’être qu’un simple païen entre le démon et le Bon Dieu.  Or comme les païens ne vont pas au ciel, vous prenez le chemin du démon.  «Celui qui n’est pas avec moi est contre moi,» dit Jésus.  Judas est aussi le type des hypocrites; il cache son jeu; il fait semblant de suivre Jésus, mais son coeur n’est pas là du tout.  Il fait machinalement ce que les autres font, mais sans aucun amour.  Pendant trois ans il a entendu Jésus expliquer les merveilles du royaume de Dieu et son amour pour les hommes, mais rien n’a pénétré dans son coeur parce que ce coeur est déjà plein de l’amour des choses créées ou mieux d’une seule chose créée: l’argent et cette attache suffit à le satisfaire pleinement.
Combien de chrétiens viennent à la messe et reçoivent les sacrements de temps en temps, simplement pour cacher leur vie coupable dans des attaches qui captivent leur coeur.  Comme Judas ils reçoivent la communion en état de péché mortel et ils vivent ainsi tant que durent ces attaches.  Les sermons et les bons exemples de leur entourage ne les touchent pas parce que le coeur est déjà pris par des créatures.  Au début, tous ces gens ont suivi la philosophie des prêtres qui leur permettaient des attaches aux choses permises, puis comme la ligne entre elles et les choses défendues n’est pas visible dans le concret, graduellement ils sont passés de l’autre côté de la ligne sans s’en rendre parfaitement compte et les voici pris par des attaches maintenant coupables et, les démons aidant, ils ne peuvent pas s’en défaire ou très difficilement.  Il peut fort bien arriver que la grâce se taise devant eux comme Jésus s’est tu devant Judas, sachant que toute remarque était inutile avec l’attache qu’il avait.  Jésus a disputé Pierre plusieurs fois parce qu’il aimait Jésus, mais on ne voit pas qu’il ait disputé Judas parce qu’il avait de l’amour pour lui.  Avis à ceux qui n’ont pas de remords de conscience et cependant ne suivent que la philosophie des docteurs en Israël.  Jésus dit qu’il ne faut pas jeter des perles aux pourceaux pour signifier qu’il ne jette pas ses grâces à ceux qui ne les accepteraient pas parce qu’ils ignorent et que leur coeur est pris dans des attaches même permises.  Ces gens auront la paix, mais je les plains!
Attitude de tous.  Juste au moment si triste où Jésus va s’en aller à la mort et où il s’humilie jusqu’à se mettre à genoux aux pieds de ses Apôtres, ils ont une discussion d’orgueil pour savoir lequel est le plus grand parmi eux!  Après trois années d’instruction de Jésus ils n’ont pas la moindre idée de l’humilité.  Voilà ce que sont les païens sans la foi et sans les dons du St-Esprit.  Que de maux cette question de préséance a fait dans l’Eglise!  Que de chicanes parmi les prêtres et les religieux et entre les différents religieux!  Que de jalousie et d’envie elle a suscitées dans le monde!  Après 19 siècles de christianisme combien pratiquent cette parole de Jésus: «Que celui qui est le plus grand devienne le plus petit et que celui qui a la préséance soit comme celui qui sert.» Et il se donne en exemple: lui qui est le Seigneur et le Maître et qui leur lave les pieds!  Ce zèle à défendre les droits naturels de sa personnalité vient du plus pur paganisme; c’est l’idolâtrie du moi si naturel à tous ceux qui jugent selon les sens seulement.  C’est pour cela que Dieu n’en veut pas du tout.  Dans le monde surnaturel où nous sommes tous appelés c’est Dieu seul qui est Maître souverain et il faut commencer à le reconnaître dans ce monde par la foi et avec sa grâce.  Ceux qui sont conduits par l’Esprit-Saint aiment à s’abaisser devant leurs frères comme devant Dieu qui vit en eux selon la doctrine du corps mystique.  Il faut un grand esprit de foi pour vaincre les tendances contraires de la nature.  Aussi combien rare cette sainteté!  Au moins les prêtres et les religieux devraient l’avoir!

Ceux qui sont constitués en dignité, cachant souvent leur orgueil naturel sous le zèle de la dignité de Dieu, s’éloignent énormément de Jésus en agissant de la sorte.  Jésus avait incomparablement plus de dignité et d’autorité que tous nos supérieurs ensemble puisqu’il était infini en tout.  Pourtant comme il s’humilie et est humilié!  Jamais il ne se défend sous prétexte qu’il est un avec son Père, mais il subit les pires outrages sans rien dire.  Eh bien!  que nos dignitaires prennent leurs humiliations avec humilité et patience au moins.  Au lieu d’en appeler à leur autorité divine pour refuser les humiliations, qu’ils aient le même zèle pour imiter Jésus dans ses opprobres; cette prérogative de Jésus vaut ses autres prérogatives.  Tout chrétien quelque haut qu’il soit en dignité est tenu par une obligation aussi réelle que possible de marcher sur les traces de Jésus bafoué et maltraité par le monde.  Est-ce que Jésus a cru que l’honneur du Père était en jeu quand il était humilié?  Eh bien!  que nos dignitaires donnent l’exemple de Jésus humilié quand l’occasion se présente.  Je ne dis pas que les inférieurs doivent le faire, mais dans sa divine Providence, Dieu ménagera des humiliations aux dignitaires et aux supérieurs de l’Eglise comme aux inférieurs dans la mesure qu’il veut les sanctifier.  C’est aussi normal pour eux que pour nous; c’est aussi leur vocation comme pour nous d’être traité injustement comme dit St-Pierre.  Si Jésus dit qu’il attirera tout à lui dès qu’il sera élevé de terre, cela est vrai pour nous tous et pour les dignitaires et les supérieurs de toutes sortes dans l’Eglise.  Quand ils seront sur la croix et humiliés comme Jésus ils attireront les fidèles à eux.  Tandis que leur orgueil connu ou non de fait éloigne les âmes d’eux.  Les fidèles ont du flair pour connaître toute imitation de Jésus.  Jamais ils ne mépriseront un prêtre, un religieux ou un dignitaire parce qu’ils sont persécutés ou maltraités.  C’est l’effet tout contraire qui se produit ordinairement.  Plus ils tiennent à leur dignité et moins les fidèles leur en donnent.  Car moins ils ressemblent à Jésus moins les fidèles entendent leurs paroles comme Jésus l’insinue dans la parabole du Bon Pasteur.  La leçon de Jésus est claire et nette pour tout le monde.  Il dit à ses Apôtres… et il n’y a personne de plus grand au monde… Si moi, votre Seigneur et votre Maître, je vous ai lavé les pieds, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres.  Que plus on est grand sur terre plus on doit suivre Jésus dans son humilité aux pieds de ses Apôtres!  C’est absolument contre nature; alors il faut faire un effort extraordinaire pour faire même attention à cette obligation et encore plus pour la pratiquer.  Que chacun donc considère sérieusement cette parole de Jésus: Si moi je l’ai fait, vous devez le faire aussi.  Mais comme ces paroles sont vite oubliées, si on n’y fait pas attention, tant elles sont contre nature.  Prions le St-Esprit qu’il les tienne bien devant notre cœur et que Marie nous aide à faire ce qu’elle faisait elle-même en gardant dans son cœur tout ce qu’elle entendait dire de Jésus.
sa signification.

Il est évident que Jésus n’a pas lavé les pieds de ses Apôtres parce qu’ils étaient sales, mais bien pour sa signification au point de vue spirituel, ainsi que les pères l’ont compris.  Arrêtons-nous à en considérer trois: la pureté, l’humilité et la charité.  Ne l’acceptons pas trop vite comme évident pour ne rien faire ensuite.  Il s’agit pour nous de les faire passer dans la pratique de notre vie; pour cela il faut les examiner dans quelques détails pour qu’elles puissent descendre dans le coeur et de là passer dans la vie!

La pureté.  Notre mentalité païenne n’est pas fort exigeante en fait de pureté d’âme.  Des époux qui ne s’aiment pas sont passablement indifférents aux familiarités que l’un peut donner à d’autres.  Ainsi quand on ne vit que pour le monde, on prend les idées du monde.  Or on sait comme il s’occupe peu de Dieu ou pas du tout.  Mais on remarque que plus des époux s’aiment et plus ils sont exigeants; le moindre écart est vivement senti.  Eh bien!  Dieu nous aime infiniment et de plus il nous appelle à participer à sa propre activité intime et donc toute d’amour.  Il doit donc exiger la même sorte de pureté en nous qu’en Lui.  C’est cette idée qui nous rendrait plus soigneux en pureté d’âme si nous pouvions nous ancrer dans le cœur notre fin dernière qui est de devenir une seule chose avec Jésus et la Trinité.  Purs comme Jésus.  Voilà ce que nous devons réaliser avant d’arriver au ciel.  Un cultivateur pourrait aller dîner en salopettes chez un autre cultivateur, mais comme il soignerait sa tenue s’il devait aller dîner chez un roi.  Mais non seulement nous devons aller dîner à la cour du Roi des rois, mais nous sommes destinés à devenir une seule chose avec lui.  On ne peut donc pas exagérer la pureté qu’il nous faut pour communier en ce monde dans la foi et communier au ciel dans la gloire.  Le purgatoire devrait nous convaincre de l’exquise pureté que Dieu exige pour nous admettre à sa vie intime, puisqu’il plonge dans un feu terrible ses meilleurs amis qui ne sont pas assez purs encore.  Si on n’est pas sévère pour soi-même Dieu le sera dans le feu du purgatoire.  Mieux vaut donc nous purifier des moindres souillures en cette vie plutôt que d’aller le faire dans le feu du purgatoire.  Pourquoi nos gens sont-ils si peu délicats en fait de pureté de coeur?  Eh bien!  c’est l’ivraie du diable qui en est responsable.  C’est la philosophie de nos docteurs en Israël qui en est la coupable.  Ces philosophes comparent les péchés en eux au lieu de les rapporter à Dieu et naturellement tout pivote sur le péché mortel qu’ils prennent tous comme point de départ.  Du coup les péchés véniels assez sérieux deviennent rien en comparaison d’un péché mortel et les imperfections ne valent pas la peine d’une mention même.  C’est sûrement Satan en personne qui a inspiré cette morale que nous suivons tous dans l’Eglise malheureusement.  «In se» ces comparaisons sont vraies mais pas du tout pratiques devant Dieu.  Prenons un exemple concret: l’amour que je dois à ma mère.  Nous pouvons toujours raisonner selon l’amour humain pour l’amour divin, parce que nous n’avons qu’un coeur pour aimer Dieu et nos parents sur la terre.  Donc ce qui est vrai dans ce cas l’est pour Dieu aussi.  Eh bien!  Supposons que je dise à ma mère qu’«en soi» un coup de revolver est mortel tandis qu’un coup de poing ne l’est pas et que pour lui montrer que je ne veux pas la tuer, je lui donne un coup de poing en pleine face.  Qui dirait que j’aime ma mère?  Personne.  Surtout si je répète mon coup de poing assez souvent.  Au point de vue de l’amour de ma mère, ce coup de poing est mortel; elle est profondément blessée et ces coups de poing répétés tuent l’amour dans mon coeur sinon «in se».  Si j’aime ma mère tant soit peu, je ne lui donnerai pas plus un coup de poing qu’un coup de revolver.
Eh bien!  les philosophes raisonnent ainsi pour Dieu.  Comme ils comparent les péchés entre eux au lieu de les comparer en Dieu, c’est évident que les péchés véniels et les imperfections ne sont rien en comparaison du péché mortel qui tue Dieu dans l’âme.  Parce que c’est vrai «in se», ces imbéciles vont agir de la sorte dans le concret et ils arrivent avec tous ceux qui les suivent à ne faire pratiquement aucun cas des péchés véniels et encore moins des imperfections.  Pourtant ils sont condamnés dans le sermon sur la montagne.  Les pharisiens qui étaient les philosophes de la loi de Moïse disaient aussi qu’il ne fallait pas commettre l’adultère, mais les péchés véniels qui y conduisaient n’étaient pas grand-chose comparés à l’adultère.  Jésus leur dit: «Mais moi je vous dis que quiconque regarde une femme pour la convoiter a déjà commis le péché dans son coeur!» Vouloir le commettre et donc avoir de l’affection consentie à ce péché c’est comme le péché même!  Jésus condamne donc tout ce qui conduit au péché mortel comme le mortel.  Car pour l’amour de Dieu c’est la même chose, quand même «in se» ce n’est pas la même chose.  Ce n’est que la science pharisaïque des philosophes qui fait ces distinctions entre péchés: dans le coeur on n’en fait pas.  Comme je l’ai dit, si j’aime ma mère tant soit peu, jamais de la vie il me viendrait à l’idée de comparer que si je lui donnais un coup de poing ce serait moins grave que de la tuer d’un coup de revolver.  Je ne ferais pas plus l’un que l’autre.  Voilà la morale de l’amour que les prêtres devraient enseigner et les moralistes aussi, au lieu de cette morale bête des «in se», non pas parce qu’elle n’est pas utile, mais bête, parce que les prêtres et les moralistes s’en contentent.  Un prêtre doit la connaître, mais simplement pour sa propre science, mais jamais comme règle des actions concrètes des fidèles.  Malheureusement c’est ce qui est arrivé.  Voilà pourquoi nos gens ont la conscience si épaissie et qu’ils ne font aucun cas des fautes que Jésus punira très sévèrement, sinon en enfer, du moins en purgatoire.  Au diable, à l’avenir le péché mortel!  N’allons plus jamais le prendre comme point de départ ou de comparaison dans les péchés.  Mais prenons uniquement l’amour de Dieu où nous nous en allons par notre destinée surnaturelle.
Voilà ce que les Apôtres prêchaient après Jésus-Christ.  Les premiers fidèles ne péchaient plus du tout après leur baptême.  Les Apôtres tenaient devant leur esprit constamment cette idée qu’ils sont le temple du St-Esprit, qu’ils sont les membres, vivants de J.-C.; qu’ils sont les enfants de Dieu, qu’ils doivent être saints comme Dieu est saint.  etc… Voit-on un Apôtre considérer les péchés «in se».  Jamais de la vie.  Ils les rapportent tous à notre fin dernière, Dieu, et les jugent selon leurs rapports qu’ils ont avec cette fin.  St-Paul dit qu’on ne doit pas plus pécher qu’un mort.  St-Jean qu’on ne doit pas plus pécher que Dieu.  C’est aussi catégorique que possible.  Ils ne font pas de distinction entre mortel et véniel.  Elle a été inventée par les philosophes sous l’inspiration de Satan.  Car comme on l’a montré ailleurs personne au monde est capable de mettre le doigt sur la ligne de démarcation dans le concret, c’est donc qu’elle n’est pas pratique.  Il y a des cas connus clairement, mais ils sont si rares qu’on ne peut pas dire que c’est une règle pratique de conduite.  Pour la communion sans doute il y a de petites fautes qui n’empêchent pas la communion sans confession, mais qui peut savoir au juste la limite?  Est-ce que le refus de St-Pierre était véniel ou mortel?  Personne n’oserait dire qu’il était mortel puisque c’était par respect pour son Maître que Pierre a agi de la sorte.  Cependant Jésus lui dit qu’il n’aura pas de part avec lui s’il persiste dans son refus!  Nos docteurs en Israël seraient bien perdus ici avec leurs «in se».  La conclusion qui s’impose est que tout chrétien doit prendre l’amour de Dieu et en Dieu et en lui comme critère pour juger les péchés.  Or à ce point de vue ils sont tous mortels à l’amour, dans ce sens qu’ils blessent sérieusement l’amour.  On raconte que Blanche de Castille se lamentait d’une faute légère et quelqu’un lui dit: Ce n’est toujours rien qu’un péché véniel.  Mais pour moi, répondit-elle, il est mortel à mon coeur!  La théologie du coeur vaut bien celle de la tête et on devrait la suivre plutôt que l’autre dans le concret de la vie.  C’est alors que nous aurions tous une grande délicatesse de conscience comme Dieu veut que nous ayons pour l’amour de lui. 
L’amour ne veut pas la moindre poussière dans l’âme, pas plus que dans l’œil.  Les imperfections nuisent grandement à la vie spirituelle.  Un peut dire que ce sont des actions non peccamineuses, mais qui ne sont pas rapportées à Dieu d’une façon ou d’une autre, comme sont des motifs naturels et des attaches aux choses permises au moins dans les débuts, car même celles-là peuvent devenir vite péchés véniels.  Par exemple Dieu se montre très froissé de ce que le roi d’Israël va consulter le roi d’Égypte, un païen.  Ce n’était pas un péché «in se» diraient nos philosophes, mais n’empêche que Dieu le punit très sévèrement par la mort de milliers d’hommes.  Eh bien!  quand un chrétien qui a la foi donc, va consulter le bon sens humain, quand il pourrait consulter sa foi, Dieu est aussi froissé et sûrement il punira d’une façon ou d’une autre ce manque d’égard envers lui.  N’est-ce pas qu’un mari serait froissé si sa femme allait consulter un autre homme au sujet d’une entreprise quelconque?  Voilà des imperfections.  Dieu soustrait ses grâces ou ne les donne pas dans ces cas.  A la longue cela peut devenir très sérieux.  Ce n’est pas mal de prendre un exercice physique au lieu d’un repas, mais celui qui répéterait cet exercice souvent finirait par mourir, non pas à cause de cet exercice, mais parce qu’il manque son repas chaque fois.  C’est ainsi que les imperfections nous empêchent de recevoir les grâces actuelles dont nous avons besoin pour notre vie surnaturelle.  Quand les grandes tentations surviennent, on tombe dans le péché parce qu’on est trop faible spirituellement.  Lavons-nous donc le plus possible de ces indélicatesses qui sont très sérieuses à l’amour!  du coeur sinon aux «in se» de la tête… et Dieu veut le coeur, pas la tête!  La preuve du tort immense que font ces imperfections est dans ce fait que ceux qui en ont, comme les fumeurs, les sports, les joueurs de cartes, etc… ne veulent pas entendre parler de choses spirituelles ni en lire même, ils n’ont plus de goût pour les choses de la foi; en un mot ils ne tiennent plus du tout à avancer.  Ce sont des blasés dans l’ordre surnaturel.  Mais c’est un état d’âme affreux!  Et la majorité des prêtres et des religieux et des fidèles en sont!  J’ai déjà montré que pour StIgnace tous les motifs naturels quelque bons «en soi» sont désordonnés et doivent être rejetés absolument pour plaire à Dieu.  J’ajoute ce texte de St-Jean de la Croix qu’il faut jeter à la face de tous nos philosophes le plus souvent possible: «L’âme qui met son affection dans les créatures n’aura pas l’intelligence des choses divines et demeurera ensevelie dans cette ignorance.  Jusqu’à son entière purification elle ne pourra posséder Dieu ici-bas par la pure transformation de l’amour ni là-haut dans la claire vision.» M.  du C.  L-I ch.4.  Que le StEsprit débarrasse au plus vite son Eglise de cette bande de philosophes, nos pharisiens modernes, qui empêchent l’amour divin d’arriver aux fidèles par leur philosophie «in se»…
L’Humilité est le renoncement à son amour propre pour le transférer sur Dieu, c’est s’abaisser pour l’amour de Dieu, c’est s’oublier soi-même pour mettre Dieu à sa place.  Comme l’amour de soi n’est pas un péché «en soi» nos philosophes de la théologie ne l’ont jamais attaqué systématiquement.  Quand est-ce que les prêtres enseignent d’une façon suivie le mépris de soi par l’humilité?  S’ils étaient convaincus de ce renoncement, on les verrait le pratiquer.  Voit-on beaucoup de prêtres aimer à prendre les dernières places?  à servir les autres?  à prendre pour eux-mêmes les corvées?  à ne rien faire pour les louanges et à bien prendre les blâmes qu’on leur fait?  En général c’est à qui dominerait sur les autres.  Dans ce lavement des pieds l’humilité est recommandée d’une façon spéciale par Jésus quand il dit: «Vous m’appelez Maître et Seigneur et vous dites bien car je le suis.  Si donc moi votre Maître et Seigneur je vous ai lavé les pieds, vous devez, vous, aussi, vous laver les pieds les uns les autres».  Quelque grand qu’on soit, il faut s’abaisser jusqu’à rendre des services semblables à nos frères, en nous rappelant ce que Jésus dit ailleurs.  «Tous ce que vous faites au plus petit d’entre les miens c’est à moi que vous le faites».  Si nous avions assez de foi pour voir Dieu dans notre prochain, ce ne serait pas difficile de nous abaisser devant lui.  Mais parce que nous jugeons selon les sens comme de vrais païens, l’humilité n’entre pas dans notre cœur.  Il faut réfléchir, prier et s’exercer même extérieurement à des actes d’humilité envers le prochain; c’est un art qui s’apprend par la pratique comme tous les arts.  Chaque acte nous apporte de la grâce pour le suivant.
C’est donc inutile de nous comparer à d’autres personnes pour devenir plus humbles; cette comparaison horizontale ne vaut rien.  Il faut la comparaison verticale ou avec Dieu selon la foi.  Alors on arrive à pouvoir s’humilier devant le prochain, en qui nous voyons Dieu.  Comme celui qui regarde le soleil ne voit plus rien autour de lui, ainsi quand on se remplit l’esprit des grandeurs de Dieu, on ne voit plus sa propre excellence qui disparaît devant l’autre.  Si nous pouvions assez nous recueillir pour considérer les différents abaissements du Verbe, il me semble que nous gagnerions beaucoup en véritable humilité.  D’abord il se rapetisse infiniment pour s’unir à notre humanité.  St-Paul nous recommande cette humilité, Phil.  2-5: «Ayez en vous-mêmes les mêmes sentiments qu’avait Jésus, qui ayant la forme et la nature de Dieu, n’a point cru que ce fut pour lui une usurpation de s’égaler à Dieu, et cependant, il s’est anéanti luimême, prenant la forme de l’esclave, se faisant semblable aux hommes, et étant reconnu pour homme par tout ce qui a paru en lui en dehors; il s’est humilié lui-même, se rendant obéissant jusqu’à la mort et à la mort de la croix.» Donc deux formidables sauts vers le néant, pour ainsi dire: union d’abord à la nature humaine, puis union à la nature humaine pécheresse et subissant pour elle son châtiment.  Après ces humiliations, le fait de laver les pieds de ses disciples est peu de chose, mais c’est une de celles que nous pouvons imiter.  Il faut être saturé de la doctrine du grain de blé pour être humble.  On sait qu’il doit pourrir et mourir avant que Dieu lui donne sa récolte.  Eh bien, c’est dans la proportion que la personne s’humilie, s’efface, s’anéantit que le divin croîtra en elle.  Le divin est un monde qui nous dépasse infiniment; pour entrer là il faut donc sortir de notre monde naturel.  Or l’orgueil veut garder ce naturel et met tout son bonheur là, tandis que l’humilité veut le divin à tout prix et elle sait que ce n’est que par les sacrifices de tout son naturel qu’elle peut arriver à Dieu; voilà pourquoi elle s’abaisse afin de s’élever en Dieu.  La charité.  St-Jean le dit: «Jésus ayant aimé les siens, les aima jusqu’à la fin.» C’est parce qu’il nous aime tant qu’il nous veut absolument purs et humbles.  Ces deux conditions sont nécessaires pour enfiler dans la Trinité.  Dieu est charité et pour arriver à lui il faut la charité.  Mais c’est surtout la charité du prochain qui ressort.  Comme Jésus leur lave les pieds parce qu’il les aime, il veut que chacun rende les mêmes services au prochain par amour pour Dieu.  Nous n’avons qu’à lire les actes et les épîtres pour voir combien fortement les Apôtres ont insisté sur la charité fraternelle.  Cette charité faisait l’admiration des païens qui disaient au sujet des chrétiens: Voyez comme ils s’aiment!  Se laver les pieds, dans ce pays, était un acte de vraie charité.  Par coutume ils allaient nu-pieds sur les routes poudreuses et rocailleuses de la Palestine.  après quelque temps de marche les pieds étaient dans un état pitoyable.  On comprend qu’un bon bain de pieds ait été grandement apprécié.  Ce n’est donc qu’un échantillon des oeuvres de charité que Jésus veut que nous exercions envers nos frères.  A mesure que la philosophie remplace la vraie théologie, la pratique de la charité fraternelle disparaît chez les chrétiens.  Comme c’est contre nature d’une certaine façon, il est facile de se trouver des raisons pour ne rien donner aux autres.  Mais le jugement général se fera sur les oeuvres de charité quand même les gens du xxième siècle ne la pratiqueraient pas ou peu.
La charité organisée a du bon, mais la charité privée bien faite est la meilleure.  Envoyer porter un jambon à une pauvre famille est bien sans doute, nais aller le porter soi-même est encore bien mieux.  Le contact personnel est précieux dans la pratique de la foi et pour développer la charité.  Comment s’aimer quand on ne se voit pas?  Ce serait donc mieux si les riches allaient eux-mêmes porté leurs aumônes aux pauvres afin de les mieux connaître pour les mieux aimé.  Il faut la pratique de la vertu.  Jésus dit à la fin: vous serez heureux pourvu que vous le fassiez.  Voilà une parole d’or.  Ce n’est pas tout de savoir une chose et de l’admirer, c’est quand on la fait que Dieu donne le mérite.  Combien de chrétiens approuvent toutes les vertus, mais en pratiquent peu!  Ils savent tout ce qu’ils doivent faire… et ils ne le font pas!  Dieu jugera en nous les œuvres, non la science, ou les œuvres selon la science que nous savons.

Le monde se meurt d’intellectualisme; on pense satisfaire à son devoir quand on connaît et qu’on admet ce devoir.  Jésus, lui, a commencé à faire ou par faire; voilà ce que nous devons prendre pour nous; pratiquer ce que nous connaissons de la doctrine de Jésus.  Mais pour cela c’est la théologie qu’il nous faut, pas la philosophie de la plupart des prêtres.  C’est elle qui est responsable de l’intellectualisme dans le monde; elle est satisfaite quand elle considère en Dieu et en nous pour le salut de notre âme et donc dans la pratique.  Que Dieu nous accorde la grâce de vivre ce que nous connaissons de Jésus et de sa doctrine.  Savoir que du pain est nourrissant ne nourrit pas le corps, eh bien, savoir Jésus et sa doctrine ne nourrit pas plus l’âme.  C’est quand on mange le pain qu’il nourrit, c’est aussi quand on mange Jésus qu’on en fait une vie et de lui et de sa doctrine qu’il nous nourrit.  Que Dieu nous accorde cette grâce avec l’aide de l’intercession de la Ste-Vierge!

mercredi 31 janvier 2018

Père Onésime Lacouture - 2-27 - Les apôtres


VINGT-SIXIÈME INSTRUCTION
LES APÔTRES.

«Allez donc enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père et du Fils et du St-Esprit; leur apprenant tout ce que je vous ai commandé, Et voici que je suis avec vous jusqu’à la consommation des siècles.» Mt.  28-10
Plan Remarque.  (Ignorants.  (Leurs défauts… (Timides.  (Ambitieux.  Leur personne: (Droits.  (Leurs qualités… (Actifs.  (Endurants.  (Compagnons de Jésus.  (Son but ……… (Fonder l’Eglise.  (Salut du monde.  Leur vocation: (Promptitude.  (Ses conditions… (Détachement.  (Charité.  (Guérir.  (Sa fin………… (Prêcher.  (Glorifier Dieu.  Leur mission: (Pauvreté.  (Ses caractères… (Epreuves.  (Confiance en Dieu.
REMARQUE  Nous venons de considérer le bon Pasteur, l’idéal par excellence du prêtre et de l’Apôtre; il peut être utile maintenant de considérer les meilleurs disciples de Jésus, ceux qu’il a formés lui-même pendant trois ans de vie commune et d’enseignement continu au sujet des choses de Dieu.  Ceux-là étaient exactement comme nous; de la même masse déchue, avec les mêmes défauts que nous, les mêmes faiblesses et la même mentalité païenne.  Leur transformation en véritables apôtres mérite d’être étudiée par tous les prêtres et même par les fidèles qui doivent tous devenir des apôtres de l’action catholique selon la volonté de Dieu et des papes.  Ce que Jésus a fait pour eux il peut le faire pour nous si nous n’y mettons pas d’obstacles et si nous nous disposons à recevoir sa grâce d’après les exigences du surnaturel.  Comme les Apôtres nous devons continuer l’œuvre de Jésus à travers le monde et par conséquent nous avons besoin de la même formation, par les mêmes moyens et pour les mêmes motifs: le salut des âmes et la gloire de Dieu.  En voyant ce qu’étaient les Apôtres et ce que Jésus en a fait tout prêtre devrait avoir confiance que Jésus veut la même transformation pour lui et qu’il peut devenir un véritable apôtre selon le cœur de Notre-Seigneur.  Qu’il fasse sa part d’abord et Jésus fera la sienne aussi.  Qu’il commence par tout quitter comme les Apôtres et qu’il se donne tout aux choses de Dieu pendant quelques années.  Même s’il ne comprend rien, qu’il n’a aucun goût et qu’il ignore où tout cela aboutit, qu’il tienne bon comme les Apôtres pendant trois ans.  Ces pauvres hommes n’avaient pas encore reçu le St-Esprit et ne comprenaient rien aux voies de Dieu ni même à l’enseignement de Jésus pourtant si clair et si simple.  Mais le jour de la pentecôte ils sont abondamment récompensés pour leur longue attente.  Le voile du paganisme tombe et la lumière divine les inonde de sorte qu’ils voient le plan divin et les moyens pour le réaliser.  Eh bien, il en sera de même pour nous.  Commençons par nous donner tout aux choses de Dieu en quittant les attaches de toutes sortes même permises.  Les Apôtres ont abandonné leurs filets et leurs barques et quelques-uns leur femme: toutes choses permises, pour suivre Jésus.  Eh bien!  faisons de même.  Puis quand même nous ne goûterions pas les choses divines pendant des années; soyons fidèles à les cultiver le mieux que nous pourrons à travers le vide et l’ignorance ou le dégoût et l’ennui; notre pentecôte viendra, non pas subitement, mais graduellement.  Dieu récompensera sûrement notre fidélité à le suivre.  Mais il faut le suivre assez longtemps pour lui prouver que nous le préférons à tout au monde.  Ce n’est qu’alors qu’il se découvrira à notre âme émerveillée afin de saisir le plan divin pour notre salut éternel.  N’oublions pas que Dieu fait payer le divin par beaucoup d’humain, comme il est juste qu’il fasse.  Après Jésus nous avons là nos meilleurs modèles; étudions-les donc dans cette méditation. 

leur personne.

Ne soyons pas surpris que Jésus choisisse de bien pauvres instruments pour le salut du monde.  Il nous dit clairement que sans lui nous ne pouvons rien.  Dans le monde surnaturel surtout toute activité est divine et appartient donc à Dieu seul.  Alors l’efficacité du divin ressort encore plus quand les instruments dont il se sert ne valent rien ou très peu.  Plus ces instruments sont imparfaits et plus est grande la gloire de Dieu dans ce qu’ils accomplissent.  C’est donc normal pour Dieu d’affectionner des hommes imparfaits pour les instruments de sa gloire.  Quel encouragement pour la plupart d’entre nous!  Voyons d’abord leurs défauts puis ensuite leurs qualités.  Leurs défauts: Ignorants, timides, ambitieux.  Ignorants.  Les Actes le disent: «Lorsqu’ils virent l’assurance de Pierre et de Jean, sachant que c’étaient des hommes du peuple, sans instruction, ils furent étonnés: ils les reconnurent en même temps pour avoir été avec Jésus.» 4-13.  Jésus leur reproche souvent leur peu d’intelligence, évidemment pour les obliger à faire plus attention à ce qu’il leur dit.  Mt.  15-16: «Vous aussi, vous êtes donc sans intelligence; vous ne comprenez pas.  Mt.  16-9: «Pourquoi ne comprenez-vous pas?» Mc.  6-52: «Les Apôtres n’avaient pas compris.» L.  16-24: «Ils ne comprirent rien à cela.» Jo.  16-18: «Que signifie ce qu’il nous dit?  Nous ne savons de quoi il parle.»
Ils sont donc ignorants et en plus lents à comprendre même les choses qui nous apparaissent les plus simples au monde.  Dans le monde surnaturel ils n’y comprennent rien avant d’avoir reçu le Saint-Esprit à la Pentecôte.  Mais au moins après cela ils comprennent tout et sont tout aux choses de Dieu.  Ils prêchent les vérités les plus renversantes pour la nature humaine comme le mépris des créatures et le renoncement à soi-même.  Eh bien, où en sont les prêtres au sujet de la doctrine de Jésus?  Après des années de séminaire ou de formation religieuse où ils ont appris une foule de choses qui sert peu à la conversion des âmes, ils ignorent les idées fondamentales de la doctrine de Jésus que St-Paul appelle: la sagesse et la force de Dieu.  Ce sont donc les idées principales du plan divin qui produisent vraiment des résultats merveilleux quand on les donne.  Ce sont le mépris des créatures et le mépris de soi-même ou le renoncement à soi-même.  Ce sont les deux idées opposées aux deux amours naturels qui empêchent l’amour de Dieu de venir en nous.  Elles sont donc essentielles à la transformation des chrétiens ou enfants de Dieu, non seulement par la grâce sanctifiante, mais aussi par la mentalité comme l’exige St-Paul, Rom.  8-14.  «Sont enfants de Dieu ceux qui sont conduits par l’Esprit de Dieu.» Les prêtres ignorent tellement ces deux idées essentielles au christianisme que dès qu’un prêtre essaie de les prêcher il est persécuté comme un hérétique par la masse des prêtres qui appellent ces deux idées une doctrine étrange et contraire aux traditions de l’Eglise.  Et cela non seulement après la Pentecôte, mais après l9 siècles de christianisme!  Comme il faut être aveugle pour ignorer ces choses!  Ils connaissent bien les textes qui les enseignent, mais cela reste dans l’abstrait pour nos philosophes.  Ils n’ont rien compris dans le concret de cette doctrine.  Ils le montrent bien par leurs attaques acerbes contre tout prédicateur qui essaie de les faire vivre par le peuple et par les prêtres.  La masse des prêtres ignore donc «la force de Dieu et la sagesse de Dieu» d’une façon concrète et ne s’en servent pas en général.  S’ils ont le Saint-Esprit, ses dons sont liés en eux par leurs attaches à différentes choses créées et permises.  Alors ils comprennent matériellement comme s’ils n’avaient pas du tout le Saint-Esprit.  On ne peut pas assez le répéter ce que dit StJean de la Croix: «Ceux qui ont une attache n’auront pas l’intelligence des choses de Dieu.» Voilà un des tristes résultats de la philosophie de la religion; elle permet les attaches et ainsi ferme le coeur aux dons du St-Esprit, de sorte que la plupart des prêtres ignorent les points essentiels de l’Evangile dans la vie pratique.  Ils n’ont pas le don de sagesse pour goûter la moelle de l’Evangile.  Très peu agissent selon ces dons du Saint-Esprit; c’est un très grand malheur pour l’Eglise que ses prêtres soient mus surtout par la raison purement humaine.  Et dire que cette ignorance des dons justement nécessaires pour la sainteté de vie existe après 19 siècles de christianisme, quand tout le monde sait lire et que cette doctrine est imprimée et publiée par le monde!  C’est incompréhensible, mais c’est l’effet des diaboliques «in se» de la philosophie de la religion.
Ils sont timides parce qu’ils vivent de naturel; tous les païens sont peureux devant les effets d’une force surhumaine.  Ainsi quand les Apôtres voient Jésus marcher sur les eaux, ils sont remplis d’une grande frayeur; quand ils sont dans la barque avec lui pendant une tempête, ils ont peur.  Jésus leur dit souvent: «Pourquoi êtes-vous craintifs, hommes de peu de foi?» C’est donc ce manque de foi qui est au fond de la peur.  Tout naturel a peur des sacrifices, puisque c’est la mort du naturel dans la même proportion.  C’est l’instinct de la préservation que tout le monde a.  Tant que le point de vue naturel n’est pas remplacé par le point de vue surnaturel, on a peur de tout sacrifice.  Après la Pentecôte, les Apôtres n’ont plus peur de rien excepté de Dieu.  Il n’y a pas de tourment qui les effraie, absolument rien ne peut les séparer de la charité de Dieu.  Voilà ce que vivre de foi fait pour l’âme; cette vie la trempe comme de l’acier, rien ne peut la faire broncher dans le devoir.  Eh bien, comparons les prêtres aux apôtres afin de mieux voir ce qui nous manque devant Dieu.  Combien de prêtres agissent comme les Apôtres encore païens de mentalité!  Comme les prêtres juifs ils ont peur que les Romains viennent prendre leur ville, ou leur paroisse, ou leur diocèse, ou leur position avantageuse devant le monde.  Combien évitent la prédication du mépris du monde et du renoncement à soi-même pour ne pas être critiqué par les fidèles, pour ne pas avoir d’affaires avec les supérieurs, pour ne pas être dénoncés comme des Jansénistes, des exagérés, des novateurs, etc.  Comme on est habile pour cacher le vide de sa vie et de sa doctrine derrière les «in se».  Cette exposition purement théorique est vraie et manifeste une certaine science qui satisfait l’esprit païen et qui permet toutes sortes d’attaches aux jouissances de la terre et pour les prêtres et pour les fidèles.  Tous sont satisfaits de ce régime naturel qui préserve de toute persécution et du monde et des démons et le bon Dieu n’a qu’à attendre la dernière maladie où on aura bien le temps de l’amadouer avec un acte de contrition parfaite ou une Extrême-onction… et on aura joui du monde at on jouira du ciel! 
Combien ont peur des supérieurs majeurs afin d’être bien vus pour les promotions possibles et si souvent enviées!  Et les chrétiens sont-ils plus braves?  Pas du tout.  Sont-ils nombreux ceux qui résistent au respect humain?  Par exemple, pour suivre la mode?  pour ne pas manger de la viande quand les autres en mangent?  pour aller communier quand les autres n’y vont pas?  pour ne pas voler le gouvernement ou les grosses compagnies quand les autres les volent?  pour avoir des enfants quand les autres n’en ont pas?  Combien ont peur de pratiquer l’Evangile intégral?  Ils ont peur de paraîtres trop dévots.  Enfin peur de tout, excepté de Dieu!  L’amour des créatures et l’amour de soi sont au fond de la peur; on a peur de perdre quelque chose qu’on a ou qu’on est.  Mais quand on a mis dehors au moins une bonne partie et que l’amour de Dieu commence à prendre la place, la peur disparaît dans la même proportion, parce qu’on n’a plus peur de perdre rien de ces deux choses; du monde et de soi-même.
Ils sont ambitieux comme tous ceux qui jugent selon les sens et qui sont affectionnés aux choses de la terre et à eux-mêmes.  On veut tout ce qui apporte des jouissances, des louanges; c’est l’égoïsme du païen qui veut accaparer le plus possible parce qu’il a mis son bonheur dans les créatures de ce monde.  Ainsi les Apôtres ont des querelles de préséance assez souvent.  Au moment le plus solennel de la vie de Jésus, à la dernière Cène, ils ont une contestation pour savoir qui était le plus grand parmi eux.  Quelle cause de trouble dans l’Eglise que cette question de préséance!  Que d’ecclésiastiques sont blessés au vif par un manque quelconque d’égard à leur dignité!  Ils ont beau se cacher sous l’honneur de l’Eglise qu’ils représentent, il est clair que c’est du paganisme tout pur avec son orgueil égoïste.  Jésus s’est soumis non seulement aux manques d’égards envers lui, mais à toutes les plus grandes humiliations sans craindre le déshonneur pour la Divinité qu’il avait et qu’il représentait.  Rien de plus glorieux pour l’Eglise fondée par un Chef couronné d’épines que des prêtres et des évêques humiliés et résignés dans leurs humiliations!  Quand allons-nous voir ce phénomène si rare que des ecclésiastiques qui imitent leur divin Maître?  Que d’ambition chez les prêtres et chez les religieux!  Comme on est habile pour plaire aux hommes afin d’avoir leurs suffrages pour monter en charge!  Que de supérieurs sacrifient les règles et la doctrine même qui embarrasse le naturel des motifs, par exemple, afin que les inférieurs n’écrivent pas contre eux aux supérieurs majeurs!  C’est une des grandes causes de décadence dans la vie religieuse et dans le clergé.  Qu’un supérieur tienne simplement aux règles et aux exigences de la vie religieuse que les religieux ont tous voué de garder… et de suite il est dénoncé aux supérieurs majeurs comme un tyran qui rend la vie amère aux confrères et les supérieurs majeurs pour les mêmes raisons lui ordonnent de mettre de l’eau dans son vin, d’être charitable pour ces chers religieux qui se lèvent quand ils veulent, vont où ils veulent et font ce qu’ils veulent!  Si les plaintes continuent on le dépose tout simplement comme inapte à gouverner Tous essaient de sauver les apparences au moins et encore…!  Quelle politique et diplomatie!  Quel camouflage chez des hommes voués au travail de la perfection!  Que d’humain là et de paganisme!  Comme pour les apôtres le jour de la Pentecôte il n’y a que les dons du St-Esprit pour détruire ces défauts qui gâtent la vie chrétienne.  Tous ceux qui ont la grâce sanctifiante ont les dons, mais ils sont ordinairement paralysés par toutes sortes d’attaches même aux choses permises.  Ainsi les fumeurs n’agissent pas selon les dons; ils n’en manifestent aucun.  Ni les amateurs de sports, ni les coureurs de grands salons, ou de vues, ou des chemins dans leurs superbes automobiles, ni les joueurs de cartes, ou d’argent, etc.  etc.  Tous ces prêtres, religieux ou laïcs, qui ont de telles attaches, ne sont pas conduits par les dons du St-Esprit.  Voilà pourquoi ils manifestent tous ces défauts des Apôtres avant qu’ils eussent reçu le St-Esprit.  Guerre donc à toutes ces attaches permises par la philosophie païenne des diaboliques «in se», mais absolument condamnées par la vraie théologie de Jésus et des Saints… et de ceux qui veulent les suivre.  Leurs qualités sont très grandes: la simplicité de leur vie les a protégés contre l’hypocrisie, la diplomatie et une foule de défauts des gens qui vivent en ville en général.  Voyons quelques qualités qui appartiennent à la vie de l’Apôtre: ils sont francs, actifs, endurants.  Ils sont francs: ils parlent comme ils pensent et n’agissent jamais sournoisement.  Cette franchise plaît beaucoup à Jésus et l’on s’attend à cette vertu dans les disciples de Jésus.  Comme on aimerait à voir cette belle franchise chez tous nos fidèles et chez les prêtres réguliers et séculiers!  Est-ce qu’il ne faut pas prendre des garanties quand on traite avec les prêtres et les religieux comme avec n’importe quel Juif?  On trouve des supérieurs qui accordent et refusent une permission en même temps.  Si elle cause des inconvénients, ils se glorifient de l’avoir refusée; si elle tourne au bien, ils se vantent de l’avoir accordée.  Ils ont dit: oui et non!  Alors arrive que pourra, leur réputation est sauve.  Plusieurs ont appris à mentir avec nos fameuses restrictions mentales, permises par la morale.  «In se», c’est possible, mais dans le concret on ne devrait jamais s’en servir.  Car les gens finissent toujours par savoir la vérité et ils sont scandalisés de ce mensonge du prêtre.  Nous ne devrions jamais l’employer à cause du scandale qui en résulte ordinairement.  Et qui sait exactement les limites entre les restrictions mentales et les mensonges?
Ils sont actifs.  Leur pauvreté les a obligés à travailler fort pour vivre; aussi, ils ne regimbent jamais au travail; ils ne se plaignent jamais de leur travail et pourtant leur vie avec Jésus était sûrement pénible, l’accompagnant partout sur les routes rocailleuses de la Palestine, au soleil brûlant, et, jamais chez eux, mais couchant n’importe où et mangeant dehors ce qu’ils pouvaient trouver.  Plus tard dans leurs missions apostoliques, ils ont parcouru des pays entiers prêchant sans mesurer ni leur repos ni leurs sueurs.  Ils se sont jetés corps et âme dans leur apostolat pour l’amour de Jésus et des âmes.  Le travail est une loi de Dieu qui oblige tout homme à faire valoir les talents que Dieu lui a donnés.  Tout prêtre devrait être actif d’une façon ou d’une autre pour les âmes et pour la gloire de Dieu, à l’exemple de Jésus, son Maître.  Mais qu’il le soit uniquement dans les choses de Dieu.  Combien perdent leur temps dans toutes sortes d’organisations profanes comme jeux, bazars, parties de cartes, vues animées et soirées.  Que d’énergie perdue chez les prêtres pour toutes sortes de bagatelles païennes sous prétexte de garder leurs gens dans la paroisse, ou de les préserver du péché… et le meilleur de leur vie y passe… et les choses de Dieu sont négligées et pour eux-mêmes et pour les fidèles.  Tout cela s’adresse aux fidèles aussi.
Ils sont endurants.  Ils sont habitués à la vie dure de pêcheurs à attendre le poisson souvent la nuit comme le jour avec toutes les intempéries des saisons.  Avec Jésus il arrive qu’ils n’ont pas de quoi manger ou le temps de manger et ils ne se plaignent pas.  Une fois ils marchèrent de Jéricho à Jérusalem dans une journée, ce qui demandait des forces peu ordinaires.  Combien d’autres courses ne sont pas mentionnées par les évangélistes!  Les Saints ont tous été endurants parce qu’ils voulaient d’abord expier leurs propres péchés, puis ceux des autres.  De plus ils voyaient à la lumière de la foi tout le bien qu’il y avait à faire et le peu d’hommes capables de le faire.  Alors ils se dévouaient de toutes leurs forces, sachant qu’ils travaillaient pour Dieu qu’ils aimaient grandement.  Prions le St-Esprit qu’il nous forme des prêtres des deux clergés endurants dans leurs travaux pour le salut des âmes.  Combien acquièrent vite après la prêtrise l’art de ne rien faire ou de paraître travailler sans rien produire, qui laissent aux confrères les corvées et qui vont se balader aux amusements de toutes sortes ou courir les routes en automobile.  Comme il y en a qui se trouvent des malaises devant un travail quelconque!  Mais qui peuvent passer des heures au froid pour suivre une partie de gouret, ou de balle, ou autre amusement de leur choix.  Combien se plaignent d’un sermon ou d’une séance de confessions, ou d’une course aux malades, mais qui vont passer une partie de la nuit à jouer aux cartes, ou faire des centaines de milles en automobile pour aller à une fête, ou à une partie! 
Quand on travaille pour le bon Dieu on ne se plaint pas.  Les plaignards sont ceux qui font l’œuvre de Dieu «à la diable» et dont le cœur est aux choses du monde, à leurs propres satisfactions et pour leurs propres intérêts.  Ils estiment les choses du monde et de leur personne.  Tout ce qui enlève quelque chose l’est intolérable pour leur païen.  Ils mesurent leurs pas quand ils vont aux choses de Dieu, mais ils ne comptent rien quand ils vont à leurs plaisirs favoris.  Eh bien, demandons au St- Esprit la grâce de tout voir aux yeux de la foi et de nous laisser conduire par ses dons divins.  Pour cela que chacun retranche au plus vite les attaches qui l’empêchent d’agir… voilà du bon travail pour un chrétien!  leur vocation Dès les débuts de sa vie publique Jésus se choisit quelques disciples stables qu’il voulait former pour continuer son oeuvre quand il serait retourné au ciel.  Il en choisit douze qu’il nomma Apôtres: leurs noms sont bien connus, avec Pierre leur chef.  Comme nous sommes les continuateurs de l’oeuvre des Apôtres nous pouvons tirer profit en méditant sur la grandeur de cette vocation.  D’abord… Son but.
Etre compagnons de Jésus; dans sa vie quotidienne, témoins de ses actions, manger avec lui, travailler avec lui, dormir à ses côtés, enfin être ses amis intimes.  Il leur expliquerait dans le détail tout le plan divin pour le salut du monde et les voies de Dieu en général.  Plus tard ils pourront témoigner comme St-Jean l’affirme, I Jo.  l-l: «Ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons considéré, ce que nos mains ont touché du Verbe de vie, nous vous l’annonçons afin que vous entriez vous-mêmes en société avec nous et que notre société soit avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ.» Nous sommes tous appelés à cette même familiarité avec Jésus, par les Stes Ecritures, et par la foi en sa divinité.  De plus dans l’Eucharistie, il est avec nous corps et âme et divinité comme il était avec les Apôtres.  Il nous assure que si quelqu’un croit en lui et observe ses commandements la Trinité viendra en lui et se manifestera à lui.  Mais comme les Apôtres sont devenus ses familiers en abandonnant tout ce qu’ils avaient même de permis, ainsi, Jésus répète sur tous les tons qu’il se communique aux hommes en proportion qu’ils se défont de l’amour des créatures et de l’amour d’eux-mêmes.  Pour pratiquer le premier mépris il faut se défaire de tout motif naturel qui jaillit des affections naturelles pour les créatures et pour pratiquer le second il faut se renoncer; donc accepter tout ce qui contrarie le jugement et la volonté.  Tout chrétien, prêtre ou religieux, qui ne fait pas la guerre à ces deux amours en lui de la sorte ne goûtera jamais la familiarité de Jésus; il restera étranger à Jésus quel que soit son genre de vie, sa vocation, qu’il soit prêtre, religieux ou laïque.  On ne peut pas aimer le monde, aimer soi-même et aimer Dieu! 
C’est Jésus qui le dit en toutes lettres dans le sermon sur la montagne.
La preuve que le clergé ne cultive pas cette familiarité avec Jésus est dans ce fait que peu de prêtres étudient St-Jean de la Croix, le Docteur par excellence de l’union avec Jésus; ils l’évitent comme un mauvais livre, car le païen flaire là l’ennemi acharné de ses attaches, de ses jouissances dans sa vie de bourgeois, de ses affections pour le créé qui fait si bien son affaire… et qui n’est pas défendu «in se».  Partout dans le monde on rencontre cette opposition du clergé à St-Jean de la Croix et aux mystiques en général; les spécialistes de la pratique de l’amour de Dieu!  Il faut donc qu’il y ait quelque chose de foncièrement faux dans la formation des prêtres et des religieux!  Nous l’avons souvent dit: c’est qu’ils ne reçoivent que de la philosophie de la religion, ils l’apprennent seulement dans leurs infernal «in se» ou simplement au point de vue naturel ou païen.  On comprend que nos spécialistes puissent étudier sans remords de conscience Jésus-Christ dans les savants athées et allemands et juifs ou anglais ou américains; ils passent le meilleur de leur temps à fouiller dans ces athées pour connaître Jésus-Christ!  Quelle pitié!  Aussi quel fiasco pour la formation de nos prêtres et de nos religieux!  Fonder l’Eglise d’abord sur Pierre comme chef: «Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise.» Puis il les envoie tous enseigner aux nations tout ce qu’il leur a enseigné lui-même et il leur promet de rester avec eux jusqu’à la fin des temps.  Au temps des Apôtres les premiers fidèles se dépouillaient de leurs biens, comme de leurs maisons et de leurs fermes pour en donner le prix aux pauvres; c’est donc que les Apôtres ne prêchaient pas seulement de sacrifier les choses défendues comme les prêtres de nos jours; mais aussi les choses permises.  Quand allons-nous revenir à cette doctrine apostolique?  Quand nous nous serons débarrassés de nos Philosophes de la théologie, de nos docteurs aux «in se» païens qui permettent toutes les affections aux choses permises et donc qui font l’œuvre des démons en conservant l’amour naturel pour les choses créées et pour soi-même.  Revenons au plus vite à la vraie théologie où l’on considère les choses au point de vue du salut de l’âme et pas seulement «in se», mais en nous.
Le salut du monde est sûrement la plus belle œuvre possible.  Passer sa vie à envoyer des âmes au ciel et à faire connaître Dieu, que peut-on imaginer de plus grand pour de simples mortels.  Eh bien, les Apôtres se donnent corps et âme à cette œuvre et jour et nuit.  Ils ne se mettent pas à organiser des clubs de jeunesse ou des bazars, ou des amusements.  Même ils n’ont pas voulu perdre leur temps à distribuer des aumônes.  Quand celles-ci devinrent abondantes, le St-Esprit leur fit savoir qu’ils ne devaient pas perdre leur temps à ce «ministère» comme l’appelle St-Paul, mais ils choisirent des laïques qu’ils ordonnèrent diacres pour ce travail… réservant tout leur temps pour la prière et la prédication.  Les prêtres ont-ils jamais lu ce passage dans les Actes?  Comment cet enseignement du St-Esprit ne les a-t-il pas frappés?  Le St-Esprit trouve indigne de ses prêtres le «ministère» de distribuer des aumônes aux pauvres.  Que ne dirait-il pas à tant de prêtres qui organisent des jeux, même le dimanche, qui font danser les gens, qui passent leurs veillées dans des salles de pool ou de vues animées à bourrer les fidèles de jouissances sensibles quand ils ont été choisis justement pour les sevrer de ces jouissances!  Comme ces prêtres sont loin de l’esprit de Jésus-Christ et des Apôtres!  Ses conditions.
La Promptitude est exigée par Jésus parce qu’elle est le signe de l’amour qu’il veut toujours dans les siens.  Si on offrait un million à un homme, dirait-il qu’il est trop pressé, qu’il le prendra un autre jour?  Eh bien, Jésus nous offre plus qu’un million.  Si on offrait la guérison à un malade, dirait-il: il n’y a pas de presse, c’est aussi bien plus tard?  Eh bien, le ciel est encore plus que tous ces biens terrestres.  Il veut donc de l’empressement dans ceux qui veulent le suivre.  Un jour on lui demande le temps d’aller enterrer son père, Jésus répond: «Laissez les morts enterrer les morts».  Mt.  8-21.  Un autre lui dit: «Souffrez que j’aille faire mes adieux à ma famille.» Jésus répond: «Celui qui met la main à la charrue et regarde en arrière est impropre au royaume de Dieu»… Plus on vit selon la foi et plus on obéit vite à Dieu.  Le Détachement des choses créées et de soi-même a déjà été suffisamment expliqué un peu partout.  On comprend sa nécessité; il faut vider le coeur des deux amours naturels pour que Dieu donne.  La charité qui prend la place des deux autres amours dans la proportion qu’on les rejette du cœur.  C’est ce que les Apôtres ont fait et que nous devons tous faire pour aimer Jésus comme il l’exige. 
leur mission.  Sa fin. 
Jésus les envoie pour guérir, prêcher et glorifier Dieu par le salut des âmes.  Guérir les corps d’abord comme Jésus a fait pour gagner la confiance des gens.  Comme on le voit par la parabole du bon Samaritain.  Jésus tient à ce que les prêtres s’occupent de guérir les maladies et les infirmités quand ils le peuvent, pas nécessairement par eux-mêmes, mais par des organisations qu’ils peuvent confier à des laïques comme les Apôtres ont fait pour les diacres.  Quand les malades demandent aux prêtres de les guérir, ils doivent volontiers accéder à leur demande en leur donnant une bénédiction et en priant pour eux.  C’est un ordre que Jésus donne à ses Apôtres: guérissez les malades!  C’est une humilité mal placée qui refuse de les guérir.  Est-ce que s’ils étaient plus parfaits, ils feraient des miracles?  Parfaits ou imparfaits, c’est toujours Dieu seul qui guérit et un prêtre devrait le savoir.  Alors inutile de refuser sous prétexte qu’on est imparfait.
Prêcher.  Que le prêtre se rappelle que Jésus dit: «… leur apprenant à observer tout ce que je vous ai dit.» Donc pas une partie seulement de l’Evangile, pas un choix selon le naturel, pas ce qui flatte les fidèles; rien de tout cela, mais tout ce que Jésus nous donne dans l’Evangile et uniquement parce que c’est Jésus qui nous le donne, peu importe ce que les fidèles en pensent ou ce qu’on aime soi-même.  On donne la doctrine intégrale de Jésus telle qu’il l’a donnée lui-même.  Ce n’est pas de la philosophie que Jésus a prêchée, mais sa propre vie et les vérités non pas «in se», mais en nous et en Dieu, ou pour notre salut éternel.  Jésus n’est pas une science abstraite, mais une vie à vivre tout de suite dans le concret des actions.  Qu’on étudie les Epîtres et l’on verra comment les Apôtres étaient concrets et comme ils exigeaient la pratique de ce qu’ils enseignaient. 
Jamais ils ne parlent selon le «in se», des païens, mais toujours des vérités vécues en nous.  Que Dieu nous délivre de la diabolique philosophie des prêtres et qu’il nous donne la théologie des Apôtres et des Saints.  Glorifier Dieu, c’est mettre en avant le Père en tout ce qu’on fait, c’est attribuer tout le bien qu’on fait à Dieu et c’est prêcher de façon à donner Dieu aux fidèles, en se faisant oublier soi-même.  Ce n’est pas avoir derrière la tête des motifs de sa propre louange et pour s’attirer des compliments du monde, mais c’est avoir uniquement sur Dieu les yeux tournés et s’effacer soi-même parfaitement.  Voici un bon signe qu’on travaille uniquement pour Dieu; c’est quand on est aussi content du bien que les autres font que celui qu’on fait soi-même et aussi content des louanges que les autres reçoivent que de celles qu’on nous donne.  Ceux qui sont jaloux ou envieux du bien des autres montrent clairement que leur point de vue est purement païen et égoïste.  Car s’ils travaillaient pour Dieu seul, ils devraient savoir que les autres en font autant et alors ils devraient donner à Dieu sa gloire dans ce que les autres font comme dans ce qu’ils font eux-mêmes pour Dieu.  Mais comme c’est rare de voir cet esprit de foi!  Que de jalousie cachée au fond du cœur!  Si on veut s’amuser qu’on loue un prêtre en présence d’un confrère et qu’on surveille les réactions de ce confrère.  Comme il perd vite la parole!  Comme un besoin pressant le prend pour s’esquiver ou comme il va compenser par des critiques contre ce prêtre!  C’est du naturel tout pur!  Ses caractères peuvent être divins par l’œuvre qu’ils ont à accomplir: ils doivent détruire les deux amours naturels dans le coeur des hommes: l’amour des richesses et l’amour de soi.  Donc Jésus va exiger d’eux la pauvreté, les épreuves et alors viendra l’amour de Dieu avec la confiance en Dieu.
La Pauvreté doit reluire dans celui qui vient montrer la nécessité de se débarrasser de l’attache aux biens terrestres.  Il faut qu’il en ait le cœur net pour demander aux autres cette pureté de coeur qui n’est souillé par aucune affection aux choses créées.  Que l’apôtre montre son amour pour la pauvreté dans ses habits, dans sa manière de manger, dans sa chambre et enfin en tout où il peut montrer son mépris pratique ces jouissances terrestres.  Combien sont extrêmement exigeants à la table.  Quelle honte pour un prêtre de parler beaucoup de nourriture, critiquant ce qu’il n’aime pas et vantant ce qu’il aime afin que les gens le lui servent.  Les Curés qui nous reçoivent sont si bons et généreux que nous devons faire attention pour ne pas nous laisser aller à la gourmandise et à prendre l’habitude de si bien manger qu’on devienne ensuite difficile.

Les Epreuves: elles sont inévitables pour les véritables apôtres.  Dès qu’on prêche Jésus-Christ comme une vie à vivre, tout de suite l’enfer suscite des tempêtes de persécutions et de dénonciations très pénibles surtout dans les débuts.  Mais c’est normal pour un prédicateur de la Théologie Catholique.  Il n’est pas plus que son Maître.  Ce que les Pharisiens, les philosophes de l’ancien Testament ont fait à Jésus, les pharisiens modernes le feront aussi sûrement et aussi bien que les anciens, pour tuer votre Jésus que vous prêchez si bien que l’enfer enrage.  C’est alors qu’il faut la prudence du serpent et la douceur de la colombe.  On ne peut pas préparer son plan de campagne d’avance.  Le St-Esprit inspirera la tactique pour le moment présent et à la grâce de Dieu pour le reste.  Peu importe ce qui arrivera, il faut le prendre en union avec Jésus qui a reçu toutes ces mêmes épreuves avant nous.  Qu’on se garde bien d’en vouloir aux instruments immédiats de Satan et de Dieu pour des raisons différentes.  C’est l’émondage normal de tous ceux qui portent des fruits et le bon Dieu se sert des philosophes comme d’instruments aveugles pour la sanctification des apôtres de la théologie véritable; c’est à peu près le seul bien qu’ils font dans leur vie quoique à leur insu!  La confiance en Dieu est absolument nécessaire à l’apôtre, précisément à cause de ces persécutions et aussi à cause de la doctrine divine qu’il prêche.  S’il comptait tant soit peu sur ses propres forces et ses propres talents, Dieu lui retirerait son secours et seul il ne ferait rien de bon.  Quand on voit la majorité des prêtres contre soi et ses meilleurs amis aussi, il faut une bonne dose de confiance en Dieu pour continuer quand même dans la même voie.  Si on écoutait le monde et son propre cœur, comme il serait facile d’aiguiller un tout petit peu vers les «in se» et tous les démons iraient se coucher et nous aurions la paix comme les docteurs en Israël l’ont.  Jésus, lui, donne la paix dans le cœur avec la conscience du devoir accompli même aux dépens de sa réputation, mais c’est la guerre avec le monde et les démons à l’extérieur.  «Parce que vous m’appartenez, le monde vous hait comme il m’a haï et il vous persécute comme il m’a persécuté; mais ayez confiance, j’ai vaincu le monde».  Examinons notre confiance; quand elle est en nous les fiascos se succèdent; quand elle est en Dieu, c’est le succès dans les choses de Dieu.

Père Onésime Lacouture - 2-26 - Le Bon Pasteur


VINGT-CINQUIÈME INSTRUCTION
LE BON PASTEUR.

«Je suis le bon Pasteur: le bon Pasteur donne sa vie pour ses brebis.» Jo.  10-11

Plan La vie du berger.  Par son exemple.  Il nous nourrit.  Par sa doctrine.  Par sa grâce.  Contre les démons.  Jésus est pasteur: Il nous défend.  Contre le monde.  Contre nous-mêmes.  Il nous aime.
Le mercenaire: Se nourrit.  Se défend.  S’aime lui-même.  Le vrai pasteur imite Jésus.

LA VIE DU BERGER.  Jésus venait d’avoir une des plus fortes discussions avec les Juifs au sujet de la guérison de l’aveugle-né.  Celui-ci les condamne par son témoignage en disant: «Jamais on a ouï dire que personne ait ouvert les yeux à un aveugle-né; si cet homme n’était pas Dieu il ne pourrait rien faire de semblable.» Alors Jésus montre la mauvaise volonté des Juifs qui n’écoutent pas la parole de Jésus parce qu’ils ne sont pas de Dieu et il leur donne la parabole du Bon Pasteur.  La vie du berger avec ses brebis est le meilleur échantillon de la vie du prêtre qui a charge d’âmes.  Un troupeau de moutons est incapable de se protéger contre ses ennemis et si un va d’un coté tous les autres suivent aveuglément.  Les brebis n’entendent que la voix de leur propre berger et ne suivent que lui.  C’est très intéressant de voir les bergers à Jérusalem ramener leurs troupeaux en ville vers le coucher du soleil.  Ils se rencontrent, se croisent, se mélangent dans les bazars ou dans les carrefours de la ville, mais les moutons finissent toujours par retrouver leur propre berger en distinguant sa voix de celle des autres.  On a beau essayer d’imiter la voix du berger, pas un mouton n’y fait attention.  Quelle parfaite confiance en leur berger!  Quelle union avec lui!  Quel abandon absolu au berger!

Le berger connaît toutes ses brebis parfaitement, si une retarde à paraître avec les autres, il reste là sur place et l’appelle tant qu’elle ne revient pas; j’en ai vu passer en sens inverse des troupeaux sans s’occuper d’eux, mais suivant de loin la voix du berger qui l’appelait.  C’est une vie isolée du monde; les pâturages ne sont pas dans les villes, mais dans la campagne, loin des habitations.  En visitant la Palestine, on en voit partout dans les solitudes mêmes les plus affreuses.  Je n’oublierai jamais le désert autour de Corozaïn, tout couvert de cailloux de toutes les grosseurs au monde; on ne peut pas mettre le pied sur de la terre, mais sur des roches.  Il y a cependant un peu d’herbe autour des cailloux.  Eh bien, il y avait des troupeaux de moutons avec leurs bergers.  J’ai failli en mourir de cette course à Corozaïn, dans une journée… et eux passent leur vie dans ces déserts maudits par Jésus!… Leur vie est très pénible; ils sont obligés de subir les intempéries des saisons.  Le soleil est brûlant et dès qu’il se cache on gèle.  C’est que la Palestine est très élevée et l’air raréfié de sorte qu’il ne se réchauffe pas au soleil et ne garde pas sa chaleur.  Peu importe la température ou le temps, il faut que les moutons mangent.  Alors les bergers sont obligés de les conduire au pâturage quand même.  C’est l’unique souci des bergers; leurs propres fatigues n’entrent pas en ligne de compte, ni leurs ennuis, ni leur isolement.  Ils sont tout au service de leurs brebis et se sacrifient pour elles.  C’est une merveilleuse vie s’ils ont la foi; ils sont loin des folies du monde et de ses vains bruits; ils peuvent contempler à la journée le beau ciel bleu de Palestine et les lointains horizons qui leur parlent de l’immensité de Dieu.  Aucune attache ne peut retenir leur esprit à la terre, car ils sont bien pauvres et ne peuvent apporter grand chose dans le désert.  Ils n’ont rien pour les distraire de leur union avec Dieu, étant toujours seuls; ils ont l’avantage de pouvoir écouter la voix de Dieu au fond du cœur s’ils veulent s’en donner la peine.  On sait que plusieurs se sont sanctifiés en gardant les moutons, comme le Curé d’Ars, Bernadette, Jeanne d’Arc, et une foule d’autres.  Tout est favorable à entretenir l’union de l’âme avec Dieu.  C’est une vie de pauvreté nécessairement.  Ils n’ont rien avec eux dans la solitude et le soir ils sont tellement fatigués qu’ils se couchent de bonne heure et par conséquent ils ne peuvent prendre part aux amusements ordinaires des gens des villes ou même des villages.  Isolement, privations et souffrances résument la vie du berger.  Voilà l’échantillon que Dieu nous donne de la vie des chrétiens qui vivent vraiment la vie de Jésus. 

jésus est pasteur

Jésus a toujours affectionné la vie des bergers.  Il s’est fait annoncer par les prophètes comme le futur berger de son peuple.  Jer.  23-3: «Et moi je rassemblerai le reste de mes brebis de tous les pays d’où je les aurai chassées et je les rassemblerai dans leurs pâturages; elles croîtront et se multiplieront.  Et je susciterai sur elle des pasteurs qui les paîtront; elles n’auront plus ni craintes ni terreur et il n’en manquera plus.» Eze.  34-12: «Comme un pasteur passe en revue son troupeau au jour où il se trouve au milieu de son troupeau épars, ainsi je passerai mes brebis en revue et je les retirerai de tous les lieux où elles ont été dispersées.  Je sauverai mes brebis.  Je leur susciterai un seul pasteur et il les fera paître, mon serviteur David; c’est lui qui les paîtra et c’est lui qui sera pour elles un pasteur.» On sait que Jésus a passé son titre de pasteur avec sa fonction à l’Eglise dans la personne de Pierre quand il lui donna les clefs du paradis en lui disant: pais mes agneaux, pais mes brebis.  A son tour Pierre et les Papes ses successeurs ont transmis leurs pouvoirs aux Evêques et aux prêtres.  Dans les premiers siècles de l’Eglise cette idée du Pasteur était très en vogue parmi les chrétiens et les Pères de L’Eglise s’en servent souvent.  Cette idée du bon Pasteur devrait être étudiée par tous les prêtres du monde, car elle contient un splendide résumé de leurs devoirs et de leurs fonctions envers les fidèles qui sont comme de vrais moutons.  Ils suivent leurs prêtres aveuglément, aussi s’ils sont païens de mentalité, les paroissiens le seront aussi; s’ils sont des sports, les paroissiens le seront aussi; s’ils ne les voient jamais faire de visites au T.S.S., ils n’en feront pas non plus, s’ils ne les entendent jamais parler des choses de Dieu, mais des bagatelles de la terre, ils les imiteront; ce sont moutons!  Les prêtres devraient le savoir et se conduire en conséquence.  Puisque Jésus tient tant à son titre de pasteur, c’est donc qu’il contient l’essence de sa vie et de sa doctrine, il vaut donc la peine d’être étudié à ce point de vue.  Un bon pasteur nourrit, défend et aime ses brebis.  Voyons ces trois qualités dans Jésus avec la volonté de l’imiter en ces trois points.  Jésus nous nourrit.  Le principal but qu’a un berger, c’est de trouver des pâturages abondants pour son troupeau; c’est sa principale préoccupation comme la vie du troupeau est essentielle.  Quand même ces pâturages sont loin ou difficiles d’accès, il se donne la peine de les trouver et d’y conduire son troupeau.  C’est un échantillon de ce que Jésus fait pour nous.  D’abord on sait qu’il est venu pour nous donner la vie surnaturelle de la grâce afin de nous rendre semblables à Lui.  C’est cette vie qu’il veut entretenir en nous de trois façons par ses exemples, par sa doctrine, par sa grâce.  Par ses exemples.  Comme cette grâce est une vie, elle se nourrit par l’exercice ou par la pratique et donc des actes de cette vie.  Eh bien, il nous montre par toutes ses actions comment exercer cette vie.  Ce qu’il dit au lavement des pieds: Je vous ai donné l’exemple afin que vous fassiez ce que vous m’avez vu faire, s’applique à toute sa vie, en autant que nous pouvons l’imiter avec le secours de sa grâce.

Les premiers chrétiens étudiaient la vie de Jésus.  Les ermites allaient dans le désert pour ne pas être dérangés par les affaires du monde et ils se livraient uniquement à l’étude de la Bible pour mieux connaître et mieux imiter la vie de Jésus.  De la crèche à la croix ils trouvaient toutes sortes de vertus à imiter, comme sa pauvreté, son humilité, sa bonté, son esprit de prière, etc.  En faisant entrer ces actions de Jésus dans leur propre vie, ils se trouvaient à reproduire la vie de Jésus; leur vie se développait selon celle de Jésus.  L’exemple sera toujours la meilleure forme de prédication.  L’homme doué de sensibilité est affecté beaucoup par ce qu’il voit, qu’il entend et qu’il touche; c’est là surtout qu’il est «mouton».  Les prêtres, les supérieurs de religieux et les évêques devraient savoir qu’ils sont le point de mire des inférieurs qui vont les imiter en tout. 

Ils ont beau cacher leurs attaches ou leurs défauts, ils sont toujours découverts avec le temps… et les inférieurs feront comme eux.  D’abord c’est un scandale pour eux, puis avant longtemps, le démon aidant, ils se trouvent des raisons pour les imiter.  Même si leurs sermons donnent la vraie doctrine, les fidèles et les inférieurs suivent surtout les exemples.  Qu’un prêtre fumeur aille donc essayer de dire aux gens de ne pas avoir cette attache et donner la doctrine des Saints sur les attaches, tout est absolument perdu dès qu’ils le verront fumer son cigare.  «Lui fume bien!» fera le tour de la paroisse bien vite.  Les prêtres le savent bien, aussi ils n’iront jamais conseiller aux autres des choses qu’ils ne pratiquent pas euxmêmes.  Jamais un fumeur ne donnera la doctrine de Jésus sur les attaches.  Voilà pourquoi tous les fumeurs préfèrent la philosophie de la religion où il n’est jamais question ni de la mentalité ni des attaches aux créatures permises.  Il en est ainsi pour tous ceux qui ont des attaches quelconques.  Voilà pourquoi tant de prêtres expliquent les choses «in se» ou «en soi» comme de vrais païens qu’ils sont dans la mentalité.  Cette philosophie n’attaque jamais «l’amour» des choses créées permises ni «l’amour» de soi-même, les deux pires ennemis de l’amour de Dieu dans l’âme.  Comme Jésus a vécu sa doctrine, que les évêques et les prêtres vivent aussi le christianisme dans toute leur vie.  En dehors des offices de l’Eglise où la gloire de Dieu peut permettre du luxe, qu’ils vivent le mépris des choses créées dans leurs maisons, leurs voyages, dans leurs habits et dans leurs conversations.  Nous devons prêcher une religion austère, contraire à l’amour des créatures, alors montrons-le dans notre façon de vivre.  Quelle belle prédication si les Curés avaient des presbytères pauvres comme les parloirs des Carmélites, des Trappistes et des plus pauvres religieux! 

Pourquoi tiennent-ils tant à imiter le luxe du monde au lieu d’imiter la pauvreté de Jésus?  Est-ce que c’est le monde qu’ils doivent prêcher ou Jésus?  Alors qu’ils vivent comme celui qu’ils doivent reproduire dans leur propre vie et dans la doctrine.  Les convenances avec Jésus sont aussi obligatoires que les convenances avec le monde que tout chrétien doit mépriser comme du fumier!  Tandis que Dieu nous commande d’aimer Jésus de toutes nos forces; alors les convenances de notre amour pour Jésus sont autrement importantes que les convenances avec le monde que nous devons haïr.  Mais est-ce que la façon de vivre de beaucoup d’ecclésiastiques n’indique pas le contraire; qu’ils sont amants du monde à la folie et qu’ils sont indifférents pour Dieu?  Si leur coeur est avec Jésus, qu’ils le montrent en l’imitant dans son mépris concret pour les échantillons et dans le renoncement à soi-même et donc par l’humilité pratique.

Qu’ils vivent aussi sa charité pour le monde en étant patients avec les gens souvent ignorants, ennuyeux et importuns.  Or comme les prêtres sont souvent impatients!  Comme ils ne sont pas capables de supporter les contrariétés!  Chacun doit porter sa croix tous les jours, dit Jésus.  Eh bien, les prêtres aussi donc!  Voilà une doctrine qu’on aimerait à leur voir vivre dans le concret, afin que les fidèles apprennent la patience des prêtres.  Comme ils sont rares ceux qui peuvent donner cet exemple aux fidèles!  c’est normal pour nous d’être importunés, d’être méprisés, d’être contrariés.  Est-ce que Jésus ne l’a pas été habituellement?  St-Pierre ne dit-il pas que lorsqu’on insultait Jésus, qu’on le maltraitait, il ne répondait pas par des injures, mais il s’abandonnait à celui qui le jugeait injustement.  Eh bien, quand verrons-nous des prêtres, des religieux et des évêques capables de supporter des affronts en imitant la patience de Jésus?  Ils ont toujours comme prétexte qu’il faut sauver leur dignité.  Mais est-ce que Jésus n’avait pas autant de dignité à sauver que n’importe quel évêque ou prêtre?  Chacun se cache derrière sa dignité pour repousser les humiliations de la vie; ce n’est pas ainsi que Jésus a agi.  Il nous donne l’exemple de toutes les vertus pénibles à pratiquer et contre nature; nous tous nous devons l’imiter en cela.  Supposons qu’un prêtre est rudoyé ou insulté, qu’il se taise, qu’il remercie son insulteur et qu’il lui fasse du bien.  Cette douceur dans un prêtre fera plus pour faire connaître Jésus que plusieurs de ses sermons auraient pu faire… Les gens diront: c’est un saint!  Alors ils écouteront ce saint quand il leur parlera de Jésus.  Jésus n’allait pas aux amusements; que tout chrétien et à plus forte raison tout prêtre et tout religieux s’abstienne d’y aller.  Et quand il va dans une maison, que tout le monde sache que c’est toujours pour une raison de ministère, jamais pour banqueter, pour fumer de gros cigares et boire de bonnes liqueurs avec les riches.  Ces sorties pour jouir ne se rencontrent pas dans la vie de Jésus et ne devraient pas se rencontrer dans la vie d’un chrétien, encore moins dans celle d’un prêtre ou d’un religieux.  N’oubliez pas que vos «moutons» vous surveillent et feront comme vous!

Jésus nous nourrit aussi de sa doctrine.  «L’homme ne vit pas seulement de pain, comme dit Jésus à Satan au désert, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.» Ce qu’est le pain pour le corps, la parole de Dieu, reçue avec foi, l’est pour l’âme.  C’est la foi en cette parole qui alimente notre vie divine.  La parole et par suite la prédication est d’une importance capitale dans notre religion, c’est elle qui tient ensemble les fidèles comme la voix du berger tient ensemble les brebis.  Mais il faut qu’elle soit la parole de Jésus et donc la doctrine intégrale de Jésus, pas simplement ce qui va avec le naturel en l’homme, ou ce qui est agréable à la nature, mais aussi le mépris du monde et la folie de la croix avec le renoncement à soi-même.  Voilà ce qui est la sagesse de Dieu et la force de Dieu, comme dit St-Paul, Or, c’est justement la partie que les prêtres en général laissent de côté.  Comme Jésus prêchait tout ce que son Père lui avait commandé de prêcher, ainsi, les prêtres doivent prêcher tout ce que Jésus leur a commandé de prêcher.  Or quand il envoie ses Apôtres, à son Ascension, il dit bien clairement: «Allez, enseignez aux nations tout ce que je vous ai appris.» Ce n’est donc pas aux prêtres de faire un choix selon le naturel ou selon le goût du public, mais ils sont tenus de donner absolument toute la doctrine de Jésus telle qu’il la donnait lui-même.  Trop de prêtres tendent l’oreille à l’opinion du peuple pour lui donner ce qu’il veut; ils ont peur de le contrarier pour ne pas être critiqués ni persécutés.  Aussi comme ils sont habiles pour aiguiller la prédication sur la simple philosophie de la religion.  Leurs explications des «in se» ne dérange pas un démon en enfer ni un fidèle sur la terre… et ils ont la paix comme le monde la donne, mais non comme Jésus la donne.  C’est la raison fondamentale de la platitude de la plupart des sermons.  Ces prédicateurs débitent ce qu’ils savent de la religion simplement pour se débarrasser de leur sermon qu’ils sont bien obligés de donner.  Mais rien ne vient de leur coeur, même quand ils font gronder leur tonnerre sans éclair pour mieux couvrir le vide de leur doctrine.  On comprend qu’ils aient conscience d’ennuyer les gens et qu’ils le sont eux-mêmes.  Aussi ils abrègent leurs sermons.  Mais là n’est pas le remède: ce n’est pas la quantité qui embête ordinairement, c’est la qualité.  Cinq minutes «d’in se» est aussi indigeste qu’une pincée de brin-de-scie pour nous.  Jésus n’a jamais donné un seul «in se», mais il était toujours concret et pratique; c’était de la vie vécue qu’il leur donnait.  Il ne dit pas «Bienheureuse la pauvreté», en parlant dans l’abstrait, mais «bienheureux les pauvres.» Il ne parle pas de la filiation divine, il dit que nous sommes les enfants de Dieu.  Il se sert constamment de la petite vie insignifiante et journalière des gens qui l’entourent pour illustrer sa doctrine céleste.  De même les prêtres devraient être plus concrets; qu’ils sortent donc de leur stratosphère de l’abstrait qui embête tout le monde et qui ne fait aucun bien.  Pour cela il faudrait donner sa propre vie ou prêcher selon ce qu’on a dans le coeur et malheureusement ils sont bien rares ceux qui vivent dans l’amour la vie de Jésus; voilà pourquoi il y a tant «d’acteurs» dans la chaire de nos églises, mais peu d’apôtres, peu de prêtres qui sont capables de donner la vie de Jésus telle qu’ils la vivent eux-mêmes.  Il n’y a aucun artifice d’éloquence qui peut remplacer le don de Dieu et les gens ne s’y trompent pas.  Dès qu’un prêtre ne donne pas le Jésus qu’il vit, ils n’écoutent plus sa parole, pas plus que des «moutons» n’écoutent la voix d’un berger étranger.  Avis à ceux qui se plaignent que les fidèles n’écoutent pas bien leurs sermons; c’est qu’ils ne prêchent pas la parole du Maître, mais qu’ils font de la philosophie abstraite et insipide pour le coeur des fidèles.

Dès que l’on prêche le Jésus que l’on vit dans le coeur, on goûte un grand plaisir à le prêcher et l’on prend toutes les occasions possibles pour le faire.  Ainsi Jésus prêchait du matin au soir, dans les synagogues, dans les maisons privées, sur le bord du lac, dans les champs, et partout où la foule se trouvait.  Il avait à coeur de faire connaître son Père et le royaume de Dieu.  Il voulait sauver le plus d’âmes possibles; c’était là l’aiguillon qui le faisait marcher.  Que Dieu nous donne des prêtres de cette trempe surnaturelle.  Jésus nous nourrit aussi par sa grâce, qui est une participation créée à sa propre vie divine et par laquelle nous devenons les véritables enfants de Dieu.  C’est surtout par l’Eucharistie qu’il nous donne sa grâce comme nourriture.  «Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle en lui…» Et encore: «Je suis le pain descendu du ciel, si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement, et le pain que je lui donnerai c’est ma chair pour le salut du monde…» Et il ajoute: «Celui qui ne mange pas de ce pain n’aura pas la vie éternelle.  «Les bergers se contentent de trouver des pâturages pour leurs brebis, mais Jésus le bon Pasteur se donne à manger à ses brebis!  On ne peut pas faire plus pour elles.  Jésus se donne encore dans toutes les grâces actuelles qu’il nous offre au jour le jour.  En résumé Jésus nous nourrit par ses exemples, par sa doctrine et par sa grâce.  Il se donne donc lui-même avec ses dons.  Tout pour son troupeau!  Combien de prêtres pourraient se rendre ce témoignage que toute leur vie est aux fidèles exclusivement?

Jésus nous défend.  Contre nos ennemis qui sont les démons, le monde et nous-mêmes.

Contre les démons. 

D’abord Jésus par ses mérites a brisé l’empire que les démons exerçaient sur le monde de sorte que ceux qui s’appuient sur Jésus peuvent les vaincre avec sa grâce.  Mais comme les démons continuent de nous tenter, toute notre vie, là encore Jésus par sa grâce vient à notre secours si nous le prions avec foi et amour.  St-Paul avait cette doctrine dans l’esprit quand il écrit aux Ephésiens, 6: «Au reste, mes frères, fortifiez-vous dans le Seigneur et dans sa vertu toute-puissante.  Revêtez-vous de l’armure de Dieu afin de pouvoir résister aux embûches du diable.  Car nous n’avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les princes, contre les puissances, contre les dominateurs de ce monde de ténèbres contre les esprits mauvais répandus dans l’air.  C’est pourquoi, prenez l’armure de Dieu afin de pouvoir résister au jour mauvais et après avoir tout surmonté, rester debout.»
C’est   donc    bien     certain             que      les       démons           sont continuellement à nous tendre des embûches pour nous faire tomber dans le péché après nous avoir aveuglés sur la doctrine et sur le plan de Dieu.  D’ordinaire ils laissent tranquilles les prêtres philosophes et les fidèles à mentalité païenne, dans ce sens qu’ils ne les font pas persécuter, mais ils les poussent au péché quand même.  Mais quand on veut vivre Jésus-Christ et le donner au monde, alors ils suscitent des persécutions pour faire cesser cette prédication qui ruine leur emprise sur les hommes.  «Tous ceux qui veulent vivre pieusement dans le Christ souffriront persécution.» Il ne faut pas en avoir peur; nous serons avec notre Maître qui a bien été crucifié pour l’amour de nous.  Jésus nous enseigne le jeûne comme le meilleur moyen de résister au démon.  Joint à la prière, il est très efficace contre les démons.  Voilà pourquoi les premiers chrétiens jeûnaient tant et priaient beaucoup à l’exemple de Jésus.  Aussi ils vivaient purs de tout péché et étaient capables d’aller au martyre pour leur foi.  Jésus nous enseigne comment éviter la stratégie du démon par la mortification de nos deux amours naturels pour les créatures et pour nous-mêmes.  Mais surtout en nous donnant la vie divine et avec les moyens pour nous sanctifier nous avons là tout ce qu!  il nous faut pour résister aux démons.

Les prêtres devraient tenir compte de l’action des démons contre les chrétiens; plusieurs n’y attachent aucune importance comme si les démons n’existaient pas.  On comprend que les philosophes aient cette mentalité puisque leur philosophie ne fait aucun tort aux démons, mais ils s’en vont avec leurs fidèles à la dérive sur le courant d’un grand paganisme mental qui suffit pour tenir les masses loin de Dieu.  St-Paul appelle les démons les princes de ce monde, les puissances, les principautés.  Ephé.  6; c’est donc qu’ils agissent comme s’ils étaient les maîtres du monde naturel.  Jésus les appelle les dieux de ce siècle.  Voilà pourquoi ils essaient de tenir les hommes dans le naturel de vie et des motifs, car là ils en font ce qu’ils veulent.  tandis que lorsqu’un homme monte dans le surnaturel pour sa vie et ses motifs, il échappe au contrôle du démon.  Voilà pourquoi le démon fait du tapage seulement quand on veut sortir du monde naturel pour se diviniser soit dans l’âme par la grâce sanctifiante soit dans la mentalité par les motifs surnaturels.  On voit pourquoi maintenant les philosophes ne sont jamais molestés par les démons; ils sont païens de mentalité et ils y restent avec leur philosophie de sorte qu’ils se trouvent à être contre lui, comme dit Jésus: «Celui qui n’est pas avec moi est contre moi.» Contre le monde.  Jésus, par ses exemples, sa doctrine et sa grâce, nous préserve de sa contagion païenne.  Celui qui suit ces trois choses évite l’esprit du monde et ses pièges, comme les premiers chrétiens faisaient.  On peut reconnaître les esclaves du monde par le respect humain.  Ceux qui ont une peur bleue de lui déplaire le reconnaissent évidemment comme leur prince, comme leur dieu.  C’est la très grande majorité des chrétiens.  Combien se livrent à toutes sortes d’attaches pour faire comme les autres.  Prenons l’exemple du tabac.  On commence à fumer pour faire son homme, pour faire comme les autres.  On fait ainsi pour toutes les attaches au monde.  Ces gens ne se demandent jamais ce que Dieu pense de telle jouissance ou de telle attache, mais toujours ce qu’on va dire autour d’eux; ils scrutent l’horizon et écoutent l’opinion du monde pour agir en conséquence.  Eh bien, Jésus par sa vie et son enseignement nous délivre de cet esclavage.  Il nous ramène sous notre véritable maître: Dieu.  Ceux qui le suivent ont toujours les yeux fixés sur lui pour voir ce qu’il veut, et ils agissent selon sa volonté.  Il est leur maître comme il doit l’être de tous les hommes et ils vivent uniquement pour lui comme tout chrétien doit faire.  Voilà donc ce que nous devons faire à l’avenir: être tout à Jésus, notre unique Maître et souverain Seigneur du ciel et de la terre.

Contre nous-mêmes, c’est-à-dire contre nos tendances naturelles qui nous attirent aux créatures.  En nous protégeant contre les démons et contre le monde, il supprime ce qui alimente nos tendances naturelles et ainsi les mortifie.  Il nous protège contre de mauvaises rencontres où nous l’offenserions sûrement, il nous donne de bons conseils par les prêtres, nos parents et nos amis, par des inspirations de sa grâce et par une foule de moyens qui seraient trop long d’énumérer et que l’on connaît bien.  Les prêtres devraient essayer de faire de même pour les âmes qui leur sont confiées; qu’ils réfléchissent souvent comment leur venir en aide et comment les protéger de la contagion du monde, des pièges du démon et de leur amourpropre.  Pour cela on voit que les prêtres doivent étudier la vie ascétique et mystique et connaître les voies de Dieu et des démons pour suivre les premières et éviter les secondes.  Jamais des fumeurs, des sports, des joueurs de cartes, des coureurs de grands chemins, des amateurs de bonne chère se livreront à ces études et encore moins à ces pratiques.  On voit pourquoi nos chrétiens sont si païens de mentalité.  Jésus nous aime.  Si Dieu s’est donné tout entier au salut des hommes c’est qu’il les aimait profondément, il les a créés, il les a rachetés et il veut les sanctifier pour les avoir avec lui au ciel.  Voilà le ressort qui le fait agir dans toute sa vie terrestre.  Pour nous, prêtres, comment arriver à aimer les hommes que Dieu met sur notre chemin de la même façon?  Eh bien, ce n’est qu’en passant par Jésus-Christ.  A mesure qu’il sera formé en nous, nous prendrons ses idées et son amour.  C’est en devenant une seule chose avec lui par la sainteté de vie, en pratiquant tout ce que nous savons être utile pour cette fin.  Remarquons, que Dieu nous a aimés lorsque nous étions pécheurs et qu’il s’est livré pour nous racheter.  Eh bien, que les prêtres essaient donc d’aimer leurs pécheurs de l’amour de Jésus pour nous et qu’ils se donnent corps et âme pour leur salut.  Enfin cet amour de Jésus pour nous est trop évident pour que nous nous y arrêtions plus longtemps.  le mercenaire.  Il s’occupe de son troupeau surtout pour ses propres intérêts à lui; il fait tout le contraire du bon pasteur; il se nourrit lui-même, il se défend et il s’aime luimême.  Il prend le plus possible du troupeau et lui donne le moins possible.  Il leur donne un semblant de doctrine mais vide de toute substance pour l’âme.  Ezéchiel écrit un chapitre contre les mercenaires que tout prêtre devrait méditer parfois.  «Ainsi parle Yahweh: “Malheur aux pasteurs d’Israël qui n’ont fait que se paître eux-mêmes”.  N’est-ce pas le troupeau que les pasteurs devaient paître?  Vous mangiez la graisse, vous vous revêtiez de la laine, vous tuiez ce qui était gras, vous ne paissiez pas le troupeau.  Vous n’avez pas fortifié les brebis débiles, vous n’avez pas soigné celles qui étaient malades, vous n’avez pas pansé celles qui étaient blessées, vous n’avez pas ramené celles qui s’étaient égarées, vous n’avez pas cherché celles qui étaient perdues, mais vous avez dominé sur elles avec violence et cruauté et elles se sont dispersées faute de pasteurs et elles sont devenues la proie des bêtes de tous les champs.  Voici que je viens aux pasteurs, je redemanderai à leurs mains mes brebis et je ne leur laisserai plus de troupeau à paître et les pasteurs ne se paîtront plus eux-mêmes.» c.  34.

Comme ces paroles s’appliquent à une foule immense de prêtres qui le sont pour vivre richement!  On les reconnaît en les entendant comparer les paroisses entre elles.  Quand le font-ils au point de vue de la sainteté?  C’est ordinairement selon les revenus.  On estime les paroisses en fonction des piastres, pas des âmes à donner à Jésus!  Que ces prêtres méditent le 34e chapitre d’Ezéchiel très souvent!  On les reconnaît au luxe de leurs presbytères et à leur table somptueuse, aux satisfactions de toutes sortes qu’ils se donnent par-dessus le marché!  C’est inutile d’énumérer les abus de toutes sortes qu’on peut voir; c’est trop triste et humiliant pour notre religion.  Que ceux qui vivent comme le «bon» riche de l’Evangile craignent son sort en enfer, simplement pour avoir mis son bonheur dans les jouissances permises de ce monde comme la masse des prêtres font et les religieux de même.  Ce qui étonne c’est le manque de scrupule dans ces viveurs des choses permises.  Evidemment ils n’ont que leur philosophie pour se conduire et elle permet tout excepté le péché.  Il me semble que les bons prêtres, même formés à la philosophie devraient ouvrir les yeux quand ils voient les excès de tant de confrères, qui n’ont que leur doctrine philosophique.  Qu’ils sortent donc de cette religion abstraite, de leurs diaboliques «in se», qui est du pur paganisme.  Que tout prêtre prenne pour lui ses paroles de StPierre: «J’exhorte les pasteurs à paître leur troupeau non dans un intérêt sordide, mais par dévouement.» I P.  5-1 Jésus a prêché contre les deux amours naturels que nous avons tous par nature; que les prêtres fassent de même et ils auront la note juste en tout et le St-Esprit coopérera avec eux pour le salut des âmes.  C’est l’amour des créatures et l’amour de soi qui empêchent l’amour de Dieu dans nos coeurs.  Ce n’est pas seulement le péché dans tel acte, mais ces deux amours naturels.  Le monde en est plein, il est clair, et où sont les prêtres qui peuvent les attaquer systématiquement?  Pas un philosophe de la théologie ne peut le faire.  Eh bien, c’est en étudiant la vie de Jésus qu’on vient à se saturer de son esprit pour le prêcher au monde.  Il était plein de l’amour de Dieu et voulait le donner au monde; c’est pourquoi il a tant prêché contre ces deux amours païens que nous avons tous et que si peu de prêtres peuvent et savent comment attaquer.  Les prêtres qui ont les paroisses des riches et des grands sont en grand danger de se perdre parce qu’ils ont une peur bleue de déplaire à ces grands mondains.  Comme on surveille les sermons dans ces paroisses fashionables pour ne pas troubler ces riches païens!  Pensez-vous qu’on laisserait prêcher la folie de la croix et le mépris du monde à la paroisse de Hollywood?  Jamais de la vie!  Pas un mot non plus de l’enfer ni des rigueurs de la justice divine.  Ce n’est que la miséricorde et ses étoiles filantes, en bloc, n’ont qu’à se laisser faire pour arriver au ciel!  Allez donc parler contre l’empêchement de famille à la haute société!  On se ferait bâillonner vite.  On prêche de jolis beaux petits sermons parfumés à l’eau de rose avec des nuages d’encens aux «braves chrétiens» qui sont là et qui font un si grand honneur à Dieu de condescendre à venir l’adorer dans son Eglise.  Il faut dire à l’honneur des fidèles de ce genre qu’ils ne sont pas à blâmer, mais bien les prêtres qui renient Jésus pour satisfaire ce monde, qui ont plus souci de plaire aux hommes que de plaire à Jésus.  Car ces gens sont contents qu’on leur prêche toute la vérité évangélique dans toute son austérité et Jésus-Christ crucifié.  Souvent ils sont scandalisés de voir les prêtres s’abaisser à eux au lieu de les monter à Jésus-Christ tel qu’il est sur la croix.


Le vrai pasteur imite Jésus Que le bon pasteur fasse tout ce que Dieu reproche aux pasteurs d’Israël de ne pas avoir fait, comme de ne pas aller chercher les pécheurs, de ne pas aller visiter les malades, de ne pas soulager les faibles, de ne pas instruire les ignorants, etc.  Comme Jésus cultivait les pécheurs, les pauvres et les infirmes, ainsi les prêtres doivent porter secours à tous ceux qui en ont besoin dans n’importe quel ordre et autant qu’il le peut.  Comme une foule de prêtres expédient vite leurs visites aux malades; à peine une parole banale et vite ils s’en vont et reviennent quand on va les chercher.  Mais comme ces mêmes prêtres ont du temps pour cinquante niaiseries frivoles, causeront des heures de temps avec des confrères en fumant, ou assisteront à des parties pendant des heures, etc.  Il faut qu’ils soient tout aux choses de Dieu et alors ils trouveront bien le temps de s’occuper de leurs fidèles par eux-mêmes et par leurs vicaires.  Si leur paroisse est trop grande ils demanderont à l’évêque de la diviser, se souciant peu de la diminution des revenus.  Comme le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis, que les bons prêtres au moins donnent leur temps, le meilleur de leur activité, leurs aises et toutes les lumières que Dieu leur donne pour le salut du monde.  Qu’ils soient heureux de se fatiguer dans ce travail divin, de donner leur santé et tout leur cœur.  Quand ils mourront ils seront contents de trouver place à côté de leur modèle divin le bon Pasteur notre Seigneur Jésus-Christ!  Demandons au St-Esprit ses dons pour être dociles aux inspirations divines pour nous faire ressembler au bon Pasteur!

jeudi 25 janvier 2018

Editions saints Martyrs canadiens

Nous vous présentons le site des Editions saints Martyrs canadiens qui aura pour tâche de reproduire des livres catholiques antilibéraux à prix modiques tout en gardant la qualité. Des livres inédits prendront place à la boutique du site.
Vos suggestions et vos idées sont les bienvenues. 

Un premier livre sera en vente dès le 9 avril 2018 sur les Œuvres de l'abbé Alexis Pelletier.