dimanche 27 mai 2018

Père Onésime Lacouture - 3-10 - L'espérance



NEUVIÈME INSTRUCTION
 L’ESPÉRANCE.

«Demeurons inébranlables dans la profession que nous avons faite d’espérer ce qui nous a été promis, car Celui qui nous a promis est fidèle». Héb. 10-23.

SA NATURE

L’espérance, d’abord dans l’ordre naturel, est un sentiment ou un attrait pour un bien absent et difficile à obtenir, et pour cette raison, une espèce de passion qui tient à tout prix à se procurer ce bien éloigné. Cette vertu est au fond de toutes les grandes entreprises. Un cultivateur travaille fort sur la terre dans l’espérance d’avoir de bonnes récoltes; un commerçant traverse les mers, achète de la marchandise dans l’espoir de faire de l’argent. Il faut donc entrevoir des profits quelconques pour entreprendre de grands travaux pour les réaliser.
Eh bien! Dans l’ordre surnaturel, la foi nous montre les biens surnaturels qu’il nous faut acquérir au ciel; c’est déjà beaucoup! Mais cela ne suffit pas. Si on m’annonce qu’un beau palais m’est offert en France, c’est une bonne nouvelle pour moi. Mais si je ne vais pas plus loin, si je ne fais aucune démarche pour en prendre possession, je le perds, Il en est ainsi pour l’annonce des biens célestes que la foi me fait: si je ne passe pas à l’espérance, je ne les aurai jamais. Elle est donc un complément de la foi.

ELLE DÉPEND DE LA FOI. 

En proportion qu’on prend au sérieux les révélations de la foi, on a des chances d’avoir une espérance ferme. Ceux qui se contentent simplement d’entendre parler de Dieu et des choses de Dieu et qui ne les méditent pas souvent dans leur cœur, ont une foi de surface; elle ne descend pas dans le cœur et dans la vie. Alors comment ces gens pourraient-ils avoir une espérance solide dans les biens à venir? On voit bien leur peu d’intérêt que le ciel suscite en eux; ils ne font rien pour étudier ces choses divines, ils n’en parlent à peu près jamais. Ces gens ont donc une foi bien superficielle et leur espérance est encore moindre. Comme il y a peu de véritable espérance chez les prêtres, chez les religieux et par suite chez les fidèles! On les entend rarement soupirer après les choses de Dieu, mais ils sont tout aux choses de la terre.

Ceux qui prennent au sérieux les révélations de la foi et qui croient fermement aux paroles de J.-C., ces biens divins sont pour eux une réalité mystique dans leur âme; ils s’y affectionnent et prennent tous les moyens à leur disposition pour se les procurer. Alors ils sont actifs dans leur vie spirituelle et font de grands progrès en sainteté. Comme ils sont tout aux choses de Dieu, ils en parlent volontiers et ne veulent pas perdre leur temps à parler des bagatelles de la terre.

Ce sont ces chrétiens qui sont bien préparés pour faire des actes d’espérance surnaturelle et très agréables à Dieu. Ils vivent d’espérance comme ils vivent de foi; ils n’ont pas seulement les idées dans les choses de Dieu, mais ils ont leur cœur et leur amour en Dieu et tout cela passe dans leur vie pratique: ce sont de véritables enfants de Dieu qui agissent divinement en tout, au moins en général. Tous sont tenus de vivre de surnaturel de la sorte. L’espérance requiert l’aide de la volonté.

ELLE EXIGE UN EFFORT DE VOLONTÉ. 

Car cette vertu théologale a Dieu pour objet immédiat et requiert des moyens surnaturels pour obtenir l’objet de l’espérance. Tout cela dépasse les forces de la nature; il nous faut donc les secours de Dieu. Or, pour les donner, il exige que nous les voulions de toutes les forces de notre volonté. C’est ce que Jésus veut dire quand il proclame que le ciel souffre violence et qu’il n’y a que les violents qui le gagnent.

Il faut beaucoup de volonté parce que son acte est aussi difficile que l’acte de foi. Il faut mépriser et rejeter nos deux amours naturels qui font notre vie naturelle, et s’élever au-dessus de notre façon ordinaire de penser, de comprendre pour agir selon la lumière divine de la foi. Comment faire un acte de véritable espérance surnaturelle dans les choses divines quand on a le cœur plein de choses de la terre? C’est pratiquement impossible. Quand un homme est amouraché d’une fille, il n’en désire aucune autre. L’amour de l’homme est trop limité pour se porter sur des objets rivaux, comme le sont les choses de la terre et celles du ciel. Jésus nous dit carrément que nous ne pouvons pas aimer les deux.
Nous avons vu ce qu’il faut changer en nous pour vivre de foi avec la grâce de Dieu, eh bien! ce n’est qu’en proportion que nous nous sommes dépouillés ainsi de tout naturel libre que nous pouvons faire des actes de véritable espérance surnaturelle.

Encore une fois ce dépouillement pour vivre de foi n’est pas une question de luxe en perfection, mais il est absolument nécessaire pour le salut. Eh bien! De même l’espérance surnaturelle est aussi nécessaire pour le salut. Sans elle, on se damne! Donc, il faut y mettre toute sa volonté et tout son cœur. Il faut travailler de toutes ses forces pour cultiver cette espérance divine.

Voici un homme riche qui voyage sur un beau gros paquebot; il espère bien arriver au port, mais comme cela ne l’inquiète pas beaucoup! Il a tant de bons moyens et il se fie sur tant d’autres qui surveillent le paquebot, qu’il se fie à eux pour l’amener au port heureusement.

Mais supposons qu’un homme a fait naufrage près des côtes et il sait que son unique salut est dans ses propres forces pour nager jusqu’au rivage. Comme cet homme espère arriver au rivage! Comme il y met toute sa volonté! Sachant que c’est son seul salut! Comme il regarde le rivage avec amour et désir!

Dans l’ordre naturel, la volonté suit facilement l’intelligence qui lui montre son objet. Mais dans l’ordre surnaturel entre croire aux biens célestes et les vouloir, il y a un abîme que la grâce de Dieu seule peut combler. Il faut donc prier pour avoir l’espérance comme pour avoir la foi. C’est une autre vertu théologale distincte de la foi et qui exige des grâces spéciales pour l’avoir. Elle dépend donc beaucoup de la volonté comme condition pour avoir la grâce. «Demandez et vous recevrez», s’applique surtout pour avoir ces vertus théologales.

Nos prêtres philosophes n’insistent jamais sur l’absolue nécessité de l’espérance. Comme ils permettent les affections aux bonnes choses créées avec leur doctrine des «in se», c’est tout cet amour de moins pour les choses de Dieu. Comme il y a assez de bonnes choses pour satisfaire l’homme sur la terre, il ne peut pas être bien anxieux d’avoir les choses du ciel. C’est donc à cause de ce philosophisme que le clergé et les fidèles ne s’occupent guère de l’espérance. Ils sont tout aux choses de la terre en général.

Aussi Dieu envoie des fléaux et des tribulations de toutes sortes pour dépouiller les gens de leurs biens terrestres, afin qu’ils mettent leur espérance en Dieu seul et dans les choses de Dieu. Par nature, les hommes aiment les biens créés, alors Dieu les leur enlève pour qu’ils transfèrent leur amour sur les biens célestes.

Si les prêtres prêchaient plus le mépris des créatures et l’amour surnaturel de Dieu, Dieu leur épargnerait une foule d’épreuves. Dieu ne hait pas ce qu’il a créé, mais il ne veut pas que les hommes s’y affectionnent pour elles-mêmes. Quel dommage que les chrétiens ne soient pas assez sages pour aller au-devant des coups et renoncer eux-mêmes aux attaches pour mettre leur espérance uniquement dans les choses du ciel! Dieu ne serait pas obligé de les massacrer!

Saint Paul aux Héb. 10, écrit: «Rappelez en votre mémoire ce premier temps où, après avoir été éclairés, vous avez soutenu le grand combat des souffrances. D’une part, mis en spectacle dans les opprobres et les tribulations et, de l’autre, devenus les compagnons de ceux qui ont ainsi souffert. Car vous avez compati à ceux qui étaient dans les chaînes et vous avez souffert avec joie l’enlèvement de vos biens, sachant que vous avez une richesse meilleure et à jamais durable. Ne perdez donc pas la confiance que vous avez et qui sera suivie d’une si grande récompense. Car la patience vous est nécessaire, afin que, faisant la volonté de Dieu, vous puissiez obtenir les biens qui vous sont promis».
La perte des biens de ce monde sert donc grandement à exciter en nous l’espérance des biens impérissables du ciel. Mais à condition que nous ayons une grande foi, qui nous montre la gloire céleste en échange pour les plaisirs de la terre. Où sont les fidèles qui sont si bien ancrés dans la foi qu’ils acceptent volontiers de perdre leurs biens terrestres pour avoir une plus grande récompense au ciel? Comme il y en a peu pour lever les yeux au ciel et dire: «Mon Dieu, prenez vos échantillons et donnez-moi le ciel!». Que de plaintes pour la plupart! On voit bien qu’ils avaient mis leur bonheur dans les choses de ce monde puisqu’ils sont si navrés de les perdre!

La difficulté de vivre d’espérance est donc grande parce qu’elle exige le dépouillement de tout ce que nous aimons par nature. C’est pourquoi il nous faut une volonté très ferme pour faire ces grands sacrifices. Une fois détaché, ce n’est plus difficile de vouloir les jouissances éternelles. Mais pour se détacher de l’ensorcellement des créatures, c’est très dur; il faut une volonté de fer… et surtout la grâce de Dieu. Mais il la donne à ceux qui veulent sérieusement vivre d’espérance.

ELLE COMPREND LA CONFIANCE qui ajoute à l’espérance une conviction intime qu’on obtiendra ce qu’on espère. Il y a bien des sortes de confiance selon les motifs de l’exercer. On nous dit que notre confiance en Dieu doit être sans limite. C’est vrai, mais de notre côté nous posons bien des limites à Dieu.

Par exemple, nos péchés, notre insouciance pour les choses du ciel, nos imperfections de toutes sortes sont certainement des obstacles à notre espérance. C’est pourquoi il s’y glisse nécessairement une certaine crainte en proportion qu’on est imparfait.

Pour ceux qui vivent bien, qu’ils se défient de mettre leur confiance dans leur petite perfection. Rien ne choque Dieu comme celui qui s’appuie sur sa vertu pour gagner le ciel. Quelque grande qu’elle soit, elle ne mérite rien par elle-même. C’est un point extrêmement important pour progresser dans la sainteté. On sait combien le pharisien qui énumérait les bonnes âmes, même à leur insu. Plus ou moins inconsciemment, elles comptent sur leur vertu pour avoir confiance en Dieu. Leur confiance ne vient donc pas uniquement de Dieu, comme elle doit venir. Ceux-là ne sont pas encore tout à fait morts à eux-mêmes, puisqu’ils se croient capables d’enrichir Dieu par leurs biens spirituels! Ou qu’ils peuvent le payer pour la confiance qu’il leur donnera!

Notre confiance doit venir uniquement de Dieu. C’est pour nous obliger à le reconnaître que Dieu envoie tant de tentations aux hommes et qu’il les laisse même tomber dans toutes sortes de péchés. Quand nous sommes irrémédiablement perdus, il ne nous reste plus qu’à mettre toute notre confiance dans la miséricorde divine, et c’est ce que Dieu veut!

La confiance la plus parfaite est celle qui s’appuie uniquement sur les mérites de N.S. et la miséricorde infinie de Dieu. Nous devrions tous savoir que Dieu n’agrée que J.-C. et ce qui vient de lui et rien autre chose! C’est donc inutile d’essayer de mettre sa confiance en soi d’une façon ou d’une autre. L’histoire de l’humanité le montre bien. Saint Paul dit que Dieu a laissé tomber les Juifs dans l’infidélité, afin qu’ils n’espèrent qu’en sa miséricorde et il a été chercher les païens dans l’infidélité pour qu’eux aussi n’espèrent qu’en sa miséricorde divine. Voilà pourquoi Dieu laisse les hommes tomber dans tant de péchés et de misères de toutes sortes, afin qu’ils soient obligés de compter uniquement sur les mérites de J.-C. pour être sauvés. Tous ces misérables pécheurs n’ont qu’à s’unir aux souffrances et aux misères de J.-C. et Jésus les sauvera!

Comme Isaïe dit que le Messie a pris sur lui nos iniquités, J.-C. fera encore cela pour nous tous si nous allons à lui en esprit de foi et de confiance et d’amour.

C’est la grande idée de la doctrine de Saint Paul: que Dieu nous éprouve de toute façon justement pour que nous mettions notre confiance uniquement dans sa miséricorde et dans les mérites de J.-C. Il ne se décourage pas dans ses épreuves, il s’en glorifie même, afin de donner une chance à la vertu de Jésus de se manifester. C’est quand il est faible en lui-même qu’il est fort en J.-C. Il meurt pour que Jésus vive en lui. Ce sont donc nos misères et physiques et morales qui attirent la sympathie et les grâces de Dieu par J.-C.

•485 La preuve que cette doctrine vient bien de Dieu est dans ce fait qu’à mesure que ses amis s’approchent de Dieu, il les éclaire surtout sur leurs misères de toutes sortes, il leur découvre la méchanceté de leur fond naturel, la laideur de leur orgueil, de leur esprit de suffisance et enfin de tout ce qui est absolument contraire à la sainteté de Dieu, l’objet de leur amour. On dirait qu’il les jette positivement dans la stupeur devant l’abîme de leur pourriture, dans le découragement sur leurs chances de salut avec la vie qu’ils ont faite.

Or, c’est en proportion qu’ils se sentent perdus, qu’ils ne voient plus moyen de remonter la côte, comme on dit, qu’ils avouent leur absolue incapacité pour se sanctifier, qu’il leur donne d’abondantes grâces pour les sanctifier. Comme dans le ciel, nous avouerons sûrement que c’est Dieu seul qui nous a mis là, Dieu veut que nous soyons convaincus avant de mourir. Plus vite nous le sommes et plus vite nous commençons notre vie du ciel dans la foi.

Il ne s’agit donc pas d’avoir confiance en Dieu malgré nos faiblesses; il faut avoir confiance en lui à cause de nos misères! Jésus a pris sur lui nos misères, c’est donc par elles que nous sommes un objet de pitié de Jésus et donc que nous attirons ses grâces, qu’il multiplie les pains pour que la foule ne meure pas en route. C’est alors qu’il fait des miracles de grâces pour nous sauver… à condition que nous venions à lui à cause de nos péchés et que nous lui demandions notre guérison, notre vie et notre bonheur…

C’est bien naturel pour nous d’aimer à étaler nos perfections devant Dieu comme pour l’épater! On réussit ainsi à le dégoûter, parce qu’on y mêle ainsi quelque chose de soi et quel est le résultat? Il nous laisse tomber dans le péché, afin de nous apprendre à nous glorifier dans nos misères pour faire ressortir la vertu de J.-C. et non la nôtre!

C’est donc plus divin de lui étaler nos faiblesses et nos misères et nos péchés, afin d’attirer sa compassion et la miséricorde de Dieu pour glorifier les mérites de J.-C. et la miséricorde divine. Durant sa vie, Jésus a guéri ceux qui lui étalaient leurs misères et lui demandaient du secours pour guérir leurs misères. S’ils s’étaient vanté devant lui de quelque bonne qualité qu’ils avaient sûrement, Jésus ne les aurait pas guéris de leur infirmité respective. Il est venu pour ceux qui se portent mal! Quand on a de mauvaises dents, on ne montre pas au dentiste ses bons pieds ou ses belles mains, on lui montre les dents malades. Si j’ai une attaque d’appendicite, je ne montre pas au chirurgien mes belles dents, mais je lui indique où se trouve la douleur, afin qu’il la guérisse s’il le peut. Qu’on prenne ces remarques au sérieux! Tout le monde en a besoin! Puisque nous sommes tous pécheurs et méchants dans notre fond animal; allons voir notre divin Médecin pour lui exposer nos misères!

Ce que le Verbe a fait avec son humanité, il veut le faire avec tous les membres de son corps mystique, membres mystiques de son humanité. C’est tous les hommes qu’il voulait racheter par les souffrances de son humanité, c’est pourquoi il l’a fait passer par une passion douloureuse et une mort infâme sur la croix. Il a laissé déchaîner contre elle tous les démons et tous les hommes. Seule, elle n’aurait jamais pu les vaincre, mais par la puissance du Verbe elle est sortie glorieuse de toutes ces misères. Eh bien! Dieu nous fait passer par toutes sortes de tribulations et de tentations justement pour avoir la gloire de nous faire triompher de tous nos ennemis par la vertu de J.-C., si nous nous unissons à lui par la foi, l’espérance et la charité.

La conclusion est que plus nous sommes éprouvés et misérables et plus nous devons avoir grande confiance en Dieu miséricordieux. C’est quand nous sommes réduits à avouer que nous ne pouvons plus rien faire pour sortir de nos misères que Dieu aime à nous secourir. Disons-le donc au plus vite!

Dieu, en ces dernières années, a pris la peine de nous donner un beau modèle de confiance en Dieu dans la personne de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus. Parce qu’elle se sentait incapable de quoi que ce soit pour se sanctifier, elle a mis toute sa confiance en Dieu… et il l’a sanctifiée!

Ceux qui vivent dans l’ordre naturel ne sentent pas ce besoin de se fier à Dieu parce qu’il est facile de vivre comme un païen. Mais dès qu’on veut agir en tout comme des enfants de Dieu et qu’on vise à la sainteté, alors les difficultés et les tentations sont bien plus grandes et tellement qu’il faut se confier uniquement en Dieu pour vaincre les obstacles, qui sont formidables dans l’ordre surnaturel.

Les psaumes sont remplis d’expressions de cette confiance en Dieu au temps des épreuves: nous ferions bien de nous en pénétrer l’esprit et le cœur, afin de nous en servir dans nos propres épreuves, qui viennent à mesure que nous voulons être tout à Dieu. Cela ne devrait pas nous décourager après ce que nous venons de dire. Voici un échantillon de cette confiance en Dieu dans les épreuves:

PS. 3: Yahveh, que mes ennemis sont nombreux! Quelle multitude se lève contre moi!

Nombreux sont ceux qui disent à mon sujet:

«Pas de salut pour lui auprès de Dieu!» Mais, toi, Yahveh, tu es mon bouclier; Tu es ma gloire et tu relèves ma tête!

De ma voix, je crie vers Yahveh

Et il me répond de sa montagne sainte.

…Yahveh est mon soutien,

Je ne crains pas devant le peuple innombrable Qui m’assiège de toutes parts.

Essayons de mettre tout l’amour possible dans notre confiance, car cet élément touche le cœur de Dieu par-dessus tout. Voyons comme les enfants qui aiment leurs parents ont confiance en eux facilement. On se fie à ceux qu’on aime. Plus nous aimerons Dieu et plus nous aurons confiance en lui.

Saint Paul insiste sur la fermeté de notre espérance. «C’est pourquoi Dieu, voulant faire voir avec plus de certitude aux héritiers de la promesse l’immutabilité de sa résolution, a fait intervenir le serment, afin qu’appuyé sur ces deux choses inébranlables par lesquelles il est impossible que Dieu nous trompe, nous avons une puissante consolation, nous qui avons mis notre refuge dans la possession des biens qui nous sont proposés par l’espérance, laquelle sert à notre âme comme d’une ancre sûre et ferme…». Héb. 6-19.

SES MOTIFS

LES PROMESSES DE DIEU sont un bon motif d’espérer en Dieu. Il nous dit de bien des façons que ceux qui mettent leur confiance en lui ne seront pas déçus, que ceux qui demandent reçoivent. Voici un beau texte en St Math., 7-9: «Lequel d’entre vous, si son fils lui demande du pain, lui donne une pierre, ou s’il lui demande un œuf, lui donne un scorpion! Si donc vous, tout méchants que vous êtes, savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père céleste vous donnera-t-il les biens du ciel que vous lui demandez». Dieu est fidèle; il gardera sa parole si nous remplissons les conditions qu’il exige dans nos demandes ou dans notre vie.

Nous pouvons le faire manquer à sa promesse par notre faute. Il avait promis aux Juifs de les conduire de l’Egypte en terre promise, mais tous périrent en chemin excepté deux hommes. Les autres par leurs péchés furent punis de Dieu et n’arrivèrent pas au terme promis. Il avait promis à Jonas de détruire Ninive, mais comme les habitants firent pénitence, Dieu les épargna.

En tout cas, du côté de Dieu, il est absolument fidèle à ses promesses: nous pouvons donc nous y fier. Si nous pratiquons sa doctrine comme il nous le demande, nous aurons sûrement ses bénédictions qu’il nous promet. Quand il dit, par exemple: «Bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu», il est bien certain que celui qui garde son cœur pur de tout péché ou qui le répare parfaitement, verra Dieu au ciel.

LA PUISSANCE DE DIEU. Nous avons besoin de méditer ce point parce que nous sommes toujours portés à mesurer la puissance de Dieu sur la nôtre, qui ne vaut rien du tout. Par exemple, prenons le cas d’Abraham. Quand Dieu lui demande d’immoler Isaac après lui avoir promis qu’Isaac serait l’ancêtre du Messie, la promesse de Dieu ne pouvait plus s’accomplir selon la sagesse humaine. Combien d’hommes auraient refusé d’obéir à Dieu en se disant: cela ne se peut faire par les hommes et donc ni par Dieu! Mais Abraham par la grâce de Dieu n’a pas tiré cette conclusion sotte: je ne puis pas, donc Dieu ne peut pas non plus!

De même, quand Dieu demanda à Marie de devenir Mère de son Fils sans l’homme, c’était physiquement impossible et combien auraient dit à Dieu: cela ne peut se faire; donc je ne veux pas! Mais Marie a eu la sagesse de croire en Dieu plus puissant qu’elle et elle a cru en sa parole et a espéré son accomplissement en s’abandonnant à la puissance de Dieu.

Nous devrions tous savoir que Dieu nous demandera tôt ou tard dans la vie des épreuves de ce genre-là; des choses qui nous paraîtront absolument irréalisables humainement parlant et pourtant nous devrions lui obéir en comptant sur sa puissance. Par exemple, Dieu nous prêche le détachement de toutes les créatures. Alors, comment l’homme peut-il être heureux sans ces jouissances naturelles et humaines? Comme la vie va être insipide, se dit-on! Mais nous devrions nous dire: si Dieu a pu me rendre heureux avec de simples échantillons de ses perfections, combien plus le pourra-t-il avec ses perfections divines elles-mêmes, qu’il peut me communiquer par sa grâce dès ce monde dans une très grande mesure?

SA FIDÉLITÉ suit les deux autres notes ou motifs. Si Dieu nus fait des promesses et qu’il est capable de les accomplir, il est bien certain qu’il va bien le faire si nous n’y mettons pas d’obstacles. Il y a une foule de textes de l’Ecriture qui affirme la fidélité de Dieu dans ses promesses. C’est tellement évident qu’il est inutile d’insister.

SES EFFETS

ELLE NOUS UNIT À DIEU qui est l’objet propre de cette espérance surnaturelle. C’est lui que nous désirons posséder un jour au ciel pour participer à sa vie trinitaire par J.-C. Evidemment, ce n’est que pour ceux qui pratiquent ce que nous avons dit de la foi. Ceux qui continuent de chercher leur bonheur dans les plaisirs de la terre sont incapables de se porter sérieusement vers Dieu de tout leur cœur comme ces vertus théologales l’exigent. Pour tendre vers Dieu par l’espérance et vivre dans l’attente du ciel, il faut mépriser les échantillons.

ELLE NOUS ATTIRE SES FAVEURS. Dieu veut se donner à nous complètement, mais nos deux amours naturels l’empêchent. Mais celui qui, par la foi et l’espérance s’est dépouillé des biens terrestres et surtout de leur affection, est apte à recevoir les faveurs divines de Dieu.

ELLE NOUS DONNE DU COURAGE. Ce qui nous affaiblit est le sentiment de nos faiblesses morales et de nos défauts. Mais quand on considère que justement, à cause de nos misères, nous devons espérer quand même en la miséricorde divine, cela nous donne du courage et une grande force morale pour endurer les épreuves de la vie et les humiliations de nos péchés.

« Ceux qui se confient en Yahveh renouvellent leurs forces; ils élèvent leur vol comme l’aigle, ils courent et ne se fatiguent point; ils marcheront et ne se lasseront point». Is. 40-31.

« C’est pourquoi nous ne perdons pas courage, mais quoiqu’en nous l’homme extérieur se détruise, néanmoins l’homme extérieur se renouvelle de jour en jour. Car nos tribulations présentes qui ne durent qu’un moment et qui sont si légères, nous produisent un poids éternel de sublime et incomparable gloire». II Cor. 4-16.

Elle nous donne aussi la patience dans les sacrifices. Puisque l’espérance nous montre les biens célestes qui en sont la récompense. Saint Paul aux Heb. 10-35: «Ne perdez donc pas la confiance que vous avez et qui sera suivie d’une si grande récompense. Car la patience vous est nécessaire, afin que, faisant la volonté de Dieu, vous puissiez obtenir les biens qui vous sont promis».

Un exemple: un médecin qui veut de la gloire va-t-il en trouver à soigner des cas faciles! Au contraire, plus ses patients sont désespérés et plus il a de gloire à les guérir. Eh bien! Dieu est notre Médecin et il a le droit à la plus grande gloire possible. Il la trouve en guérissant et sauvant les pires malades moraux et en purifiant d’abominables péchés. Sa gloire est plus grande ainsi que s’il nous avait empêché de tomber. Que plusieurs en abusent pour se damner, ne vient pas de Dieu; ils ne l’ont pas voulu et c’est malgré Dieu qu’ils se sont perdus. Or la gloire de Dieu vaut plus que leur bonheur qu’ils n’ont pas voulu.

Avec ces idées, qui peut se plaindre de ne pas pouvoir espérer en la miséricorde de Dieu? Qu’ils espèrent contre toute espérance! «C’est leur ancre de salut», dit Saint Paul.

Mgr Pierre Martin Ngô-dinh-Thuc - Déclaration du 25 février 1982 + Déclaration au sujet de Palmar

De nos jours, dans quel état nous apparait l’Église Catholique ? À Rome, le "Pape" Jean-Paul II règne entouré du collège des cardinaux et de nombreux évêques et prélats. 

En dehors de Rome, l’Église Catholique avec ses évêques et ses prêtres apparait florissante - le nombre des catholiques est immense - Tous les jours la Messe est célébrée dans de nombreuses églises et le Dimanche elles reçoivent de très nombreux fidèles qui y écoutent la Messe et y communient. 

Mais aux yeux de Dieu, quel est l’état de l’Église ? Les Messes quotidiennes ou dominicales auxquelles les fidèles assistent plaisent-elles à Dieu ? Nullement parce que cette Messe est la même pour les catholiques et les protestants. Pour cette raison, elle ne plait pas à Dieu et elle est invalide. La seule Messe qui plait à Dieu est la Messe de St. Pie V, qui est célébrée par un petit nombre de prêtres et d’Évêques dont je suis. 

Pour cette raison on doit autant que possible ouvrir pour les candidats au sacerdoce un séminaire qui plaise à Dieu. 

En plus de cette "Messe" ne plaisant pas à Dieu, il y a de nombreuses choses où Dieu refuse sa grâce, par exemple dans l’ordination sacerdotale, dans la consécration épiscopale(1), dans les sacrements de confirmation et d’extrême onction. 

En outre les "prêtres" cultivent 
1. le modernisme, 
2. le faux œcuménisme, 
3. le culte de l’homme, 
4. la liberté étendue à toutes les religions ; 
5. ne condamnent et n’excluent pas les hérétiques. 

Pour cela, en tant qu’Évêque de la Ste. Église Catholique Romaine, je juge que le Siège de l’Église Catholique Romaine est vacant et qu’il me faut comme évêque, tout faire pour que l’Église Catholique Romaine continue à conduire les âmes au Salut Eternel. 

Voici que j’ajoute les principaux documents :

1. Bulle « Quo primum » de Pie V.

2. Concile de Trente, sess. XXII.

3. Lettre « Adorabile exharistiae » Pie VII, au Concile de Florence : Décret pro Armenis  ; décret pro Jacobitis.

4. Missale Romanum Pie V : De Defectibus in celebratione Missarum : « De Defectibus forae ».

5. Constitution « Auctorem fidei » Pie VI ; Décret « Lamentabili » Pie X ; Encyclique « Pacendi domminici gregis » Pie X.

6. Concile de Florence : Decretum pro Jacobitis ; Encyclique « Quanta Cura » Pie IX; « Sanctam Unam » Boniface VIII.

7. Codex Juris Canonici, can. 1322.

8. Bulle « Cum ex Apostolatus officio » Paul IV ; Codex Juris Canonici, can. 188, n. 4(2).

9. Pontificale Romanum : « De consecratione electi in episcopum », « Forma juramenti » et «Examen».

Munich, 25 Février 1982 

(sig.:) Petrus Martinus Ngô-dinh-Thuc Archiepiscopus


DÉCLARATION AU SUJET DE PALMAR


Je certifie avoir procédé aux ordinations de Palmar en complète lucidité.
Je n’ai plus aucune relation avec Palmar depuis que son chef s’est nommé Pape.
Je désapprouve tout ce qui se fait à Palmar.
La déclaration de Paul VI a été faite sans moi ; je n’en ai entendu parler qu’après coup.

Donné le 19 décembre 1981 à Toulon en complète possession de toutes mes facultés.

( signé : ) Pierre Martin Ngo-Dinh-Thuc
Archevêque titulaire de Bulla Regia


(1) Voir le site : Rore Sanctifica ou se procurer les livres sur : Editions Saint-Remi
(2) En plus du canon 188 qui contient la Bulle de Paul IV dans le Code de droit canonique de 1917, la Bulle est présente dans les canon 167, 218, 373, 1435, 1556, 1657, 1757, 2198, 2207, 2209, 2264, 2314 et 2316. Pour en savoir plus voir la vidéo ici



vendredi 25 mai 2018

jeudi 17 mai 2018

Père Onésime Lacouture - 3-9 - La vie de foi



HUITIÈME INSTRUCTION VIVRE DE FOI.

« Mon juste vit de foi ». Héb. 10-38.

Dans les méditations précédentes, nous avons médité les fondements de notre foi: la résurrection et les diverses apparitions de Jésus qui prouvent clairement sa mission divine et sa divinité. Cette conviction de tête ne suffit pas; il nous faut maintenant accorder notre vie à notre foi. Jésus veut que nous devenions une seule chose avec lui et donc que nous reproduisions toute sa vie dans la nôtre. Or, la nôtre est toute dans le plan naturel par nature, toute selon la raison purement humaine. La vie de Jésus n’est pas cela du tout. Sa vie est divine dans son être et son activité. C’est celle-là qu’il nous faut substituer à la nôtre par la grâce de Dieu.

Ce travail est assez compliqué parce qu’il dépasse la raison; il faut accorder notre vie avec celle de Jésus qui nous dépasse complètement. C’est en lui qu’il nous faut aller chercher tous nos motifs d’agir et toute notre doctrine surnaturelle. Comme il est tout divin dans l’orientation de son activité, nous aussi nous devons être tout divin dans nos intentions. Nous y reviendrons plus loin.

Cette vie de foi n’est pas seulement pour une élite, mais pour tous les chrétiens qui veulent suivre J.C. Saint Paul la prêchait aux ignorants du peuple et l’exigeait tout de suite du peuple, des chrétiens dès leur conversion. Il ne veut pas que les esclaves obéissent à leurs Maîtres pour des motifs naturels, mais uniquement pour l’amour de Dieu. Tous sont donc capables de la comprendre assez pour en vivre. C’est aux prêtres de s’en remplir l’esprit et surtout le cœur et l’exiger ensuite de tout le monde.

SA NATURE

Il s’agit pour nous de vivre tout de suite dans ce monde la vie surnaturelle qu’il faudra vivre au ciel dans la gloire. Evidemment, ce n’est qu’en germe, mais elle est de même nature que celle du ciel. Comme la récolte est de même nature que la semence que l’on jette en terre, comme le chêne est déjà dans le gland qui va le produire. Pour mieux comprendre cette vie de foi, nous allons examiner les deux éléments essentiels qui sont la grâce sanctifiante et la mentalité qu’elle doit développer dans le chrétien. Il y a tant d’erreurs à ce sujet que tous devraient prendre au sérieux ce que nous allons expliquer ici.

LA GRÂCE SANCTIFIANTE est ce qui nous élève dans l’ordre surnaturel. Elle est une communication créée de la vie divine, qui nous fait participants de la nature divine, enfants de Dieu et héritiers du ciel; elle nous est ordinairement donnée au baptême. Un peu comme un fer rougi au feu, prend la nature et l’activité du feu tout en restant fer. Ainsi un homme en état de grâce reste homme, mais il participe à la nature divine et à son activité.

Il n’y a pas de mérite dans cette grâce, pas plus qu’un enfant mérite devant ses parents d’être engendré par eux. Mais elle est la condition absolument nécessaire pour le mérite, comme un enfant mérite auprès de ses parents, parce qu’il est humain comme eux; mais son mérite n’est pas dans le fait d’être humain, mais quand il agira comme un être humain.

Ainsi, la grâce sanctifiante est un don extraordinaire de Dieu, mais l’homme n’y a aucune part; il n’a donc aucun mérite à la recevoir mais, une fois reçue, s’il agit selon sa nouvelle nature divine, alors, il fait plaisir à Dieu et il mérite devant lui. Un nouveau-né qui meurt tout de suite après son baptême ira au ciel mais sans aucun mérite de sa part et donc sans avoir donné de la gloire à Dieu. Qu’est-ce qu’un nouveau-né donne aux parents? Rien qui vienne de lui-même. Ils sont contents de voir leur nature en lui et c’est tout.

Les prêtres philosophes s’extasient devant la grandeur de ce don de Dieu et avec raison. Jamais on ne pourra en dire assez sur cette participation à la nature divine. Le malheur est qu’ils en restent là. Ils devraient savoir que Dieu donne ce don merveilleux pour que l’homme puisse agir en Dieu, en être divin. La grâce sanctifiante est comme un instrument pour travailler pour Dieu, comme Dieu. Le plaisir vient de 1’usage de cet instrument. La nature humaine en soi est merveilleuse, mais dans un idiot elle ne vaut pas grand-chose. De même dans un chrétien qui n’agit pas selon sa nature divine, elle ne vaut pas grand-chose. Les philosophes disent que si on meurt en état de grâce, on va au ciel… et ces imbéciles concluent ou laissent entendre donc qu’elle suffit pour les chrétiens. C’est vrai s’ils meurent… et encore? Mais s’ils vivent, il leur faut agir selon elle pour la garder; ils doivent l’exercer et la nourrir par l’activité divine, comme pour garder la vie du corps, il faut le faire manger.

Quand les prêtres croient un homme en état de grâce, ils ne lui demandent plus rien; ils l’abandonnent à sa grâce sanctifiante. C’est aussi insensé que si des parents ne faisaient rien pour leurs enfants, puisqu’il leur suffit d’être humains! Parce qu’ils le sont les parents veulent qu’ils agissent comme tels! Voilà ce que les prêtres devraient s’informer de lui, s’il agit toujours et partout en enfant de Dieu! Comme s’il était déjà dans le ciel! Qui a jamais fait cela?

Que dirait-on de médecins que visitent un hôpital et surveillent si tous ces malades ont la nature humaine! Cela leur suffit pour qu’ils sortent de là, contents de leur visite aux malades. Ces malades sont paralysés, contaminés, souffrants, etc. mais ce sont des humains essentiellement parfaits! Eh bien! notre grâce sanctifiante est limitée en nous; elle peut être liée par des attaches et donc paralysée, elle peut être contaminée par des motifs naturels, par des péchés véniels, par la paresse spirituelle ou attaquée de la maladie du sommeil!… Et tout cela laisse les prêtres indifférents! C’est malheureux pour les prêtres et les fidèles!

Voit-on des parents ou des instituteurs toujours répéter aux enfants qu’ils sont humains et qu’ils doivent garder leur vie? Personne ne fait cette sottise; il faut aller dans le clergé pour la trouver! Que de sermons pour vanter la grâce sanctifiante! Pour exhorter les gens à la garder… et plus bête que tout le reste… d’insinuer qu’elle suffit à un chrétien!… Jamais on ne trouve d’aussi fous dans l’ordre naturel! Mais tous enseignent comment développer la vie naturelle et humaine et comment en tirer profit. Qu’on fasse donc de même dans l’ordre surnaturel, qu’on montre aux fidèles comment développer leur vie divine en agissant divinement. C’est pourquoi en plus de la grâce sanctifiante, il faut…

UNE MENTALITÉ CHRÉTIENNE qui consiste à diviniser notre activité intentionnelle libre en agissant pour des motifs surnaturels. Car la grâce sanctifiante ne divinise pas automatiquement nos intentions; je puis agir comme un vrai païen avec des motifs purement naturels tout en étant en état de grâce. Or, ces motifs naturels n’apportent pas de surnaturel à notre grâce sanctifiante pour l’alimenter. C’est comme si je me contentais de respirer de l’air au lieu de manger; je finirais par mourir de faim.

Jésus dit que notre victoire sur le monde viendra de la foi; il ne dit pas: de notre grâce sanctifiante. Dans tout le sermon sur la montagne il nous parle de l’esprit de foi et de notre activité libre des motifs. Il termine en disant que celui qui pratique cette doctrine ne péchera pas et les autres pécheront. Cette doctrine est donc aussi importante que la grâce sanctifiante en pratique. Agir en homme est aussi important que d’être homme. Que dit-on d’un idiot et qui est bien un homme, mais qui n’agit pas en homme, qu’il serait mieux mort.

Si Saint Jean dit que nous sommes les enfants de Dieu par la grâce sanctifiante, Saint Paul dit que ceux-là sont les enfants de Dieu qui sont conduits par l’esprit de Dieu. Rom. 8-14. On est conduit par l’Esprit de Dieu quand on agit selon cet Esprit et donc pour des motifs surnaturels. Pour l’amour du bon Dieu que les prêtres qui nous liront prennent donc ce texte de Saint Paul et se l’écrivent sur le front et sur le cœur! Qu’ils s’en remplissent donc la tête et le cœur pour le vivre et le prêcher aux autres. C’est dans ce sermon sur la montagne que Jésus donne le moyen de garder sa grâce sanctifiante en évitant le péché… et il ne parle pas d’elle du tout.

« In se », la vie est plus importante que la nourriture, mais « in nobis » la nourriture est aussi nécessaire que la vie, puisque sans elle on meurt. Eh bien! quand même que la grâce sanctifiante est plus importante «in se» que les motifs surnaturels, en nous ces motifs surnaturels sont la nourriture de notre vie divine: en pratique, ils sont donc aussi importants.

Aussi les Apôtres insistaient beaucoup sur la nécessité d’agir uniquement pour des motifs surnaturels et jamais pour des motifs naturels. Par exemple…:

Saint Paul aux Col. 3-23: « Tout ce que vous faites, faites-le de bon cœur comme le faisant pour le Seigneur et non pour les hommes ». On trouve cette idée souvent dans leurs écrits. Ils font écho à la doctrine du sermon sur la montagne où Jésus ne veut que des motifs surnaturels pour nous tous.

Comme un idiot a la nature humaine, mais agit comme un animal seulement, ainsi le chrétien qui a la nature divine et qui n’agit que comme un païen, est un idiot devant Dieu. Il nous a donné la grâce sanctifiante précisément pour que nous agissions comme ses enfants, en êtres divins. On ne peut le faire librement que dans nos facultés spirituelles en orientant notre activité vers Dieu, ce qui se fait par les motifs surnaturels.

C’est là que nous devons exercer l’esprit de foi; c’est organiser notre vie selon ce que Dieu veut! Ceux qui organisent leur vie selon la raison seule sont des païens! Dans le ciel, nous agirons sûrement uniquement selon la lumière divine que Dieu nous communiquera dans la gloire. Eh bien! C’est ce que nous devons faire tout de suite dans la foi et selon la foi… et la raison n’a qu’à exécuter ce que la foi lui montre.

La conclusion est que les prêtres devraient cesser de parler de la grâce sanctifiante et expliquer aux fidèles la psychologie nécessaire ou les moyens subjectifs pour la garder. Qu’on vante une viande tant qu’on voudra en soi, c’est uniquement ce que mon estomac en digère qui est bon pour moi. Ainsi c’est l’usage que je fais de ma grâce sanctifiante qui m’aide à la garder et à l’augmenter. Voilà la vie de foi: agir comme un être divin.

Les prêtres philosophes n’arrivent pas à cette mentalité chrétienne parce qu’ils sont enfargés dans leurs «in se» abstraits et ne se rendent pas aux «en nous, in nobis», ou à la vie en nous, qui sont les seuls pratiques pour nous sanctifier. Car c’est le travail subjectif et psychologique en nous que Dieu surveille et récompense. Là seul s’exerce notre liberté, essentielle au mérite.

Supposons qu’un roi adopte un fermier pour vivre en sa cour; ce fermier est élevé au rang «royal», mais s’il n’agit jamais en fils de roi, s’il reste là figé comme un glaçon ou comme une colonne de marbre, le roi le jettera dehors bien vite! Eh bien! Le chrétien qui vit dans le surnaturel de la grâce sanctifiante et qui n’agit pas comme tel est une nuisance pour Dieu comme le fermier pour le roi.

Qu’on nous laisse la paix avec la grâce sanctifiante! Mais qu’on s’occupe activement d’agir dans le surnaturel selon sa nature divine! Surveillons ce qui nourrit cette vie divine. Or, ce sont les intentions ou les motifs surnaturels qui le font. Le souci des parents est de nourrir leurs enfants très bien, sachant que c’est ainsi qu’ils ont plus de chance de vivre. Que les prêtres montrent donc le même sens surnaturel pour la vie divine de la grâce! Qu’ils s’occupent de sa nourriture: les motifs surnaturels et alors les chrétiens auront toutes les chances de garder leur grâce sanctifiante.

Que dirait-on d’un homme qui passe son temps à se demander s’il vit… ou s’il meurt et qui ne fait rien pour alimenter sa vie? On ne rencontre jamais pareil imbécile dans les choses humaines; mais dans les choses surnaturelles, on en rencontre par milliers dans le clergé! Où sont les prêtres qui surveillent si les chrétiens vivent bien en enfants de Dieu, s’ils agissent uniquement avec des motifs surnaturels comme Jésus, les Apôtres et les saints le veulent? Qui massacrent tous les motifs naturels même bons en soi, comme Saint Ignace fait dans tous ses Exercices spirituels et Saint Jean de la Croix et bien d’autres. Où sont ces prêtres-là? Y en a-t-il un sur mille? J’en doute! Mais dès que les prêtres voient qu’un chrétien ne commet pas de gros péchés mortels, ils le laissent parfaitement tranquille. Qui a jamais entendu un prêtre lui demander s’il n’agit que pour des motifs surnaturels en tout et qui lui défend d’agir pour de bons motifs naturels en lui disant qu’il agit comme un païen?

Où sont les prêtres qui défendent aux fidèles d’avoir des affections naturelles pour les choses de la terre même bonnes en soi? Or, tous les Saints avec Jésus condamnent absolument tout amour donné à une créature pour elle-même. Pas un philosophe ne le fait. Pas un prêtre ne devrait tolérer aucune activité naturelle libre dans les chrétiens et presque tous le font. C’est leur doctrine des «in se» qui les tient sur la grâce sanctifiante au lieu d’aller travailler sur l’orientation intentionnelle des motifs. Ne les suivons donc pas là!

Saint Paul aux Gal. 5-11, écrit: « Conduisez-vous selon l’esprit et vous n’accomplirez point les désirs de la chair ». C’est encore l’usage qu’on fait de la grâce sanctifiante que l’Apôtre loue.

Aux Eph. 3-16: « Afin que selon les richesses de sa gloire, il vous fortifie dans l’homme intérieur par son esprit. Que J.-C. habite par la foi dans vos cœurs et qu’étant enracinés et fondés sur la charité, vous puissiez comprendre avec tous les saints la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur de ce mystère et connaître l’amour de J.-C. que surpasse toute science, afin que vous en soyez remplis selon toute la plénitude de Dieu ». Il ne parle pas de la grâce sanctifiante, mais de ce qu’on doit faire quand on l’a.

SA DIFFICULTÉ

C’est facile d’expliquer ce qu’il faut faire pour vivre de foi, mais c’est autre chose de le faire. Examinons les difficultés en les divisant, afin de mieux savoir comment les vaincre. Il y a des difficultés qui viennent de l’intérieur ou de la nature de la foi et d’autres de l’extérieur ou de l’influence des créatures contre la vie de foi. Voyons-les séparément.

DIFFICULTÉ INTRINSÈQUE. On sait que l’homme est un animal raisonnable. Eh bien! Pour vivre de foi, il faut aller contre nos deux éléments constitutifs: l’animal et la raison.

D’abord contre l’animal: vivre de foi, c’est vivre comme si nous étions de purs esprits: en effet, c’est aller prendre dans la révélation toute la doctrine divine que nous devons pratiquer surnaturellement et donc selon la foi. Il n’y a rien là pour notre animal ou notre corps charnel. La foi veut que nous vivions comme des anges ou de purs esprits. C’est donc au-dessus et donc contraire à la vie animale en nous.

Toutes les créatures continuent de s’offrir à nous comme si nous n’étions que des païens ou des animaux. Il faut donc les rejeter constamment au grand déplaisir de l’animal… et l’animal, c’est nous! Quand on se satisfait au jour le jour, on ne trouve aucune difficulté évidemment, mais quand on veut rejeter tous ces plaisirs terrestres, on remarque plus leur interminable série… et y résister est extrêmement pénible à la nature humaine.

Même quand nous sommes obligés de prendre certains plaisirs, nous n’avons pas le droit de nous y affectionner; c’est absolument contraire à la vie spirituelle et très dangereux même pour le salut. Saint François de Sales le dit dans le vingt-troisième chapitre du premier livre de son Introduction à la vie dévote: « Ce n’est pas mal de prendre un repas modéré, mais c’est mal de s’y affectionner!

Saint Paul défend de s’attacher même aux choses nécessaires. « Que ceux qui ont des femmes soient comme n’en ayant pas, que ceux qui se réjouissent comme ne se réjouissant pas. Enfin que ceux qui usent de ce monde comme n’en usant pas, car la figure de ce monde passe». 1 Cor. 7-29. Rien donc en ce monde ne vaut la peine qu’on lui donne la moindre affection. Dieu seul doit être aimé selon le premier commandement.

Ailleurs il dit: « Si vous êtes ressuscités avec J.-C., recherchez les choses d’en haut; n’ayez de goût que pour les choses du ciel et non pour celles de la terre». C’est une véritable mort au monde. On dit qu’un homme est mort quand les choses de ce monde n’ont plus aucune influence sur lui. Eh bien! Quand on vit de foi, les choses du monde n’ont plus d’influence sur le cœur; on s’en sert par utilité ou nécessité, jamais par amour. Ceux qui se laissent guider par la raison, ne peuvent jamais arriver à cette mort aux choses du monde. Il n’y a que la foi pour nous aider à produire ce résultat.

Si on monte à la partie intellectuelle de l’homme, vivre de foi est encore plus difficile; car s’il est difficile de renoncer aux choses extérieures, c’est autrement difficile de se renoncer soi-même. Comme il est pénible aux hommes d’agir contre la raison! Or la foi demande une foule de choses contraires à la raison humaine et païenne. Par exemple, aimer et récompenser ses ennemis, mépriser les biens de la terre, organiser sa vie non pas selon la raison, mais selon la foi: comme ils sont rares les chrétiens qui sont capables de le faire! Ils trouvent donc cela bien trop difficile pour eux.

La foi nous enseigne à nous défaire de notre personnalité morale, de notre moi païen et de mourir à nous-mêmes et de se faire comme les esclaves de Jésus, nous seul Maître. « Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il se renonce lui-même! C’est dur; eh bien! qu’il porte sa croix tous les jours». Les Apôtres et Jésus ne prêchaient pas cette doctrine à des Carmélites, mais aux plus ignorants imaginables des gens du monde. « Vous êtes morts et votre vie est cachée en Dieu par J.-C. ». Où sont même les prêtres et les religieux qui essaient même de pratiquer cette doctrine si claire? En proportion qu’on la pratique, qu’on est mort à soi on ne critique plus, on ne s’impatiente plus, on ne se met plus en colère, on ne fait jamais d’excès ni dans les joies ni dans les peines, on s’approche de l’attitude du mort dans sa tombe par rapport aux choses créées. Où sont ces chrétiens? Où sont ceux qui restent calmes dans les contrariétés? Dans les souffrances? En proportion qu’on se fâche contre les personnes et les choses, c’est signe qu’on ne vit pas de foi, mais de bon sens païen.

« Mais voici l’épreuve des épreuves! Au début de la vie de foi, Dieu nous attire vers lui par des consolations intérieures, comme la conviction que nous faisons plaisir à Dieu et que nous progressons dans le chemin de la vertu. Mais avec le temps, il nous supprime tout ce miel; il semble se retirer de nous; le ciel est d’airain; il n’entend plus nos prières… tout semble mort là-haut! C’est l’époque la plus difficile de la perfection, non pas en soi, mais pour nous qui sommes encore faibles dans la foi. Nous n’avons plus les jouissances des créatures que nous avons rejetées, nous perdons même les jouissances spirituelles dans la conviction de faire bien et maintenant nous perdons le sentiment de la présence de Dieu; il ne reste plus rien pour nous!

Eh bien! C’est la perfection de la foi; il ne nous reste plus que la confiance en sa parole, sans aucun appui humain nulle part. Nous ne voulons plus de la terre et le ciel semble ne pas vouloir de nous. Nous sommes comme suspendus entre le ciel et la terre. Ce vide immense que Dieu laisse dans l’âme de celui qui le recherche sincèrement est extrêmement pénible surtout au début.

Cette foi pure est la meilleure préparation à la vertu d’espérance qui consiste à mettre sa confiance dans des biens que nous ne possédons pas encore. Quand on ne voit plus rien autour de soi, il est plus facile d’exercer son espérance dans les biens à venir du ciel.

Ceux qui n’ont pas encore eu ces difficultés n’ont évidemment pas commencé à vivre de foi; ils sont dans la foi, mais ne vivent pas selon la foi.

DIFFICULTÉS EXTRINSÈQUES. Celui qui vit de foi, va nécessairement contre le monde et contre le démon; il les aura tous deux contre lui pour lui faire la guerre.

D’abord les hommes seront contre lui. Lui ne suit pas le bon sens humain, mais la foi, tandis que la plupart des hommes suivent la raison humaine et donc se permettent tout ce qui n’est pas péché, cultivent les attaches aux plaisirs permis sans aucun scrupule. Or, la foi condamne toute attache, pas nécessairement comme péché, mais comme contraire à l’amour de Dieu et donc très dommageable à la vie de perfection que tous doivent essayer de pratiquer.

Dès qu’on ne suit plus le monde dans ses affections pour les plaisirs de la terre, on se fait critiquer et ridiculiser par son entourage. Combien de chrétiens cultivent toutes sortes d’attaches pour faire comme les autres et donc pour éviter de se faire critiquer! Sont dans ce cas une foule de fumeurs, d’amateurs de sport, de filles qui suivent la mode, etc. Si nous continuons de vivre de foi, les gens du monde nous abandonnent et nous vivons isolés des autres, ce que peu de chrétiens peuvent supporter.

Les pires ennemis de la vie de la foi évidemment sont les démons qui prévoient bien que les hommes qui vivent de foi leur échappent sûrement. Ils font tout pour les persécuter, afin de les ramener au «bon sens»! Ils se servent d’abord des pécheurs et des mondains pour leur vanter les plaisirs qu’ils ne prennent pas, pour les exposer à la tentation et les y faire tomber.

Puis ils se serviront des amis, des bonnes personnes qui nous entourent et même des prêtres ou des religieux. Ces gens feront tout pour nous ramener «au juste milieu», à la modération, au bon sens de tout le monde. Surtout on fera valoir la charité pour les autres, pour les mettre à l’aise, pour les gagner au bien et nous les attirer en faisant comme eux!

Les démons profitent de ces attaques qu’ils ont suscitées pour nous tenter. Ils se serviront de nos meilleurs amis et même des prêtres pour nous dire: Est-ce que tu ne vas pas trop loin dans ta singularité? N’est-ce pas de l’orgueil que de vouloir passer pour meilleur que les autres? Combien jouissent des créatures et pourtant ils sont aussi bons que toi! Que de prêtres fument, vont aux joutes de toutes sortes et pourtant ils sont respectés et font bien leur ministère. Le Saint-Esprit te donnerait-il à toi seul la lumière pour te conduire contrairement à tout le monde et même aux prêtres et aux religieux? C’est dur!

Cependant pour ceux qui persévèrent dans cette vie de foi, ils goûtent un immense bonheur. Comme le cultivateur est heureux de jeter son grain en terre par l’espérance de la récolte, ainsi le chrétien qui sème ses plaisirs ou ses deux amours naturels est heureux dans l’espérance de la récolte céleste qu’il aura à sa mort. De plus, le bon Dieu est plus actif pour le soutenir que le démon pour le renverser. La vie d’union avec Dieu que cette foi suppose est une source incomparable de bonheur solide pour l’âme qui jouit incomparablement plus avec Dieu qu’avec ses échantillons.

SON MODÈLE: L’HUMANITÉ DE JÉSUS

Elle avait une intelligence et une volonté, mais comme elle n’était pas une personne, c’est le Verbe qui la conduisait et l’éclairait en tout. Jésus dit que ses pensées, ses paroles et ses actions viennent toutes du Père qui les fait en lui. Peu importe pour le moment que Jésus ait eu une foi comme nous ou non, il est certain que son humanité se laissait guider absolument par la lumière divine qui était en lui. C’est là que nous le montrons comme notre modèle. Nous aussi, nous avons une lumière divine dans le don de la foi, eh bien! il s’agit pour nous de lui obéir aussi fidèlement que la sainte humanité obéissait à la lumière divine qui la guidait.

D’ordinaire, nous manquons de logique et de conviction: par exemple, la foi nous dit carrément que J.-C., en corps, en âme et en divinité est réellement présent dans l’Eucharistie. Alors, marchons d’après cette lumière! Croyons-là absolument! Et agissons en conséquence… sans attendre cinquante ans pour la pratiquer!

Entrons dans l’Eglise comme dans le ciel! Que toute notre âme et toute notre attention soient uniquement concentrées sur J.-C. présent là et occupons-nous de lui! Pour le louer, le remercier, lui parler et l’écouter au fond du cœur. Cessons de tourner la tête de tous côtés, cherchant quelqu’un de plus intéressant que J.-C. Ne passons jamais devant une église sans entrer pour saluer Jésus et nous entretenir avec lui selon le temps dont nous disposons. Au moins saluons-le en enlevant notre chapeau ou en faisant le signe de la croix pour montrer que nous respectons sa présence. Quelle ardeur on devrait mettre à le recevoir corporellement dans notre cœur! Car il est là avec son corps, son âme et sa divinité.

Si un homme devait être adopté par un roi pour aller vivre en son palais, disons l’an prochain, est-ce qu’il n’y penserait pas toujours? Qu’il en parlerait constamment et qu’il se préparerait pour sa nouvelle fonction royale? Eh bien! A plus forte raison, un chrétien qui s’attend d’aller bientôt vivre en la cour céleste dans la Sainte Trinité doit aller là chercher toutes ses pensées, ses paroles et ses actions. C’est ce que faisait l’humanité de Jésus: imitons-la donc dans sa vie toute divine dans l’union intime avec le Verbe.

Jésus dit que ses voies et ses pensées sont aussi différentes des nôtres que le ciel est élevé au-dessus de la terre. Celui donc qui vit de foi nécessairement, doit se « singulariser » parmi les autres qui sont tout aux choses de la terre. Son amour est en Dieu et dans les choses de Dieu, tandis que l’amour des autres est tout dans les choses de la terre; il diffère donc complètement des autres à mentalité païenne plus ou moins.

Comme la vie de Jésus condamnait le monde qui ne vit que pour les choses de la terre et que le monde l’a haï et persécuté et tué, ainsi, de nos jours, encore, ceux qui vivent de foi se trouvent à condamner ceux qui vivent selon le monde et ils s’attirent la même haine du monde et la même persécution.

Souvent on entend dire quand on est tout aux choses de Dieu: ne soyez pas trop tranchant! Mettez des nuances dans votre doctrine pour ne pas aliéner les gens du monde. On peut leur répondre que Jésus devait avoir assez de jugement pour savoir mettre les nuances voulues et pourtant il n’a pas réussi à gagner ceux qui suivent l’esprit du monde: ils ont été ses ennemis.

N’oublions pas que c’est une lutte entre deux amours opposés: celui de Dieu et celui de Satan. Comment amadouer Lucifer? Par conséquent, c’est inutile de vouloir éviter la persécution quand on veut vivre de foi. On a le monde, soi-même et les démons contre soi. Il n’y a que Dieu seul pour nous donner la victoire de si puissants ennemis. Voilà pourquoi il faut être un homme de profonde prière et bien uni à Dieu pour remporter la victoire sur eux. Mais cette victoire surnaturelle s’achète aux dépens de beaucoup de sacrifices comme Jésus a fait durant sa vie.

Jésus nous avertit: « Votre victoire sur le monde viendra de votre foi! ». Tout chrétien doit donc s’efforcer de vivre de divin exactement comme Jésus pour vaincre ses ennemis. Jamais vivre de raison produira le même résultat. C’est le divin de la foi qui nous obtiendra toutes les grâces nécessaires pour rester fidèles à Dieu à travers toutes les embûches du démon contre nous.

Ce n’est donc pas une doctrine pour une élite, mais absolument pour tous les chrétiens. Que tous surveillent leurs motifs pour qu’ils soient absolument surnaturels, exactement comme les motifs de Jésus. Nous sommes corps et âme dans l’ordre surnaturel; vivons donc là! et de là! Prenons notre vie uniquement en Dieu; prenons là seulement nos motifs et donc qu’ils soient tous surnaturels!

SON MÉRITE…

lui vient de ce qu’on fait grand plaisir à Dieu en nous renonçant dans la partie la plus noble: le jugement et la volonté, pour agir exactement comme Jésus. Non seulement nous sommes les enfants de Dieu, mais par la foi nous en montrons notre appréciation en agissant selon notre nature divine que nous avons par la grâce sanctifiante. Nous honorons Dieu en allant chercher en lui notre lumière pour agir. Comme les parents sont contents quand les enfants vont les consulter pour faire juste ce qu’ils aiment et comme ils aiment que leurs enfants agissent.

Si nous agissons comme si nous étions dans le ciel avant de l’être, quelle gloire pour Dieu! C’est donc que nous avons une grande confiance en sa bonté, que nous croyons à sa parole et donc que nous l’aimons. Voilà le fond de notre mérite quand nous agissons selon la foi et donc que nous vivons de foi.

Dans le onzième ch. aux Héb., Saint Paul montre l’excellence et l’efficacité de la foi et comme elle est agréable à Dieu et donc méritoire pour nous. Il donne plusieurs exemples de ceux qui ont obtenu de grandes faveurs de Dieu, à cause de leur grande foi. Il est bon d’en repasser quelques-uns pour nous encourager à croire davantage à ce que Dieu dit.

Il commence par dire que «la foi est la substance des choses qu’on doit espérer, une pieuse conviction de celles qu’on ne voit pas». Il veut dire que par la foi les choses divines prennent corps en nous, une espèce d’existence mystique qui se continuera dans la gloire céleste. Puisque Dieu est fidèle, elles nous deviennent présentes grâce à notre espérance en Dieu. C’est comme un chèque qui n’est pas encore de l’argent, mais qui nous donne droit à l’argent que ce chèque représente.

Aussi c’est par la foi que les anciens pères ont reçu de Dieu un témoignage si avantageux. Dieu a montré sa satisfaction en leur accordant ce qu’ils ont cru. Ainsi il agréa les sacrifices d’Abel parce qu’il mettait plus de foi que Caïn. C’est par la foi qu’Hénoch fut enlevé, afin qu’il ne vît pas la mort et on ne le trouva plus parce que Dieu l’avait transporté. Car l’Ecriture lui rend ce témoignage qu’avant d’avoir été ainsi enlevé, il plaisait à Dieu. Or sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu, car pour s’approcher de Dieu, il faut croire qu’il est et qu’il récompense ceux qui le cherchent.

C’est par la foi qu’Abraham quitta son pays sans savoir où il allait, qu’il séjourna dans une terre étrangère, habitant sous des tentes, car il attendait cette cité qui a un ferme fondement, dont Dieu même est le fondateur et l’architecte… tous ceux-là sont morts dans la foi, n’ayant pas reçu les biens promis, mais les regardant et les saluant de loin, et confessant qu’ils étaient étrangers et voyageurs sur la terre, c’est-à-dire, la patrie céleste… C’est par la foi qu’Abraham, lorsque Dieu voulut le tenter, offrit Isaac, et c’était son fils unique qu’il offrait, lui qui avait reçu les promesses et à qui il avait été dit: c’est d’Isaac que naîtra la postérité qui portera votre nom, etc… ».

Ces exemples donnent une bonne idée de ce que doit être la vie de foi. C’est vivre dans ce monde physiquement, mais par l’amour c’est vivre uniquement dans le ciel par l’espérance et donc en proportion qu’on y croit. Ceux-là alors ne sont pas intéressés aux choses de la terre. Ils pratiquent à la lettre ce que Saint Paul nous recommande: « Si vous êtes ressuscités avec J.-C., recherchez les choses d’en-haut où J.-C. est assis à la droite de son Père; n’ayez de goût que pour les choses du ciel et non pour celles de la terre ».

Comme nos catholiques qui vivent de foi sont rares! Ils sont dans la foi, mais ne vivent pas de foi. Ils sont tout aux choses de la terre, ne parlent que des choses humaines; donc leur amour est sur la terre, pas dans le ciel! Ils sont heureux dans le monde; ils ont une peur bleue de mourir et s’ils pouvaient vivre éternellement sur la terre, ils ne voudraient pas du ciel.

Sont-ils nombreux les prêtres et les religieux qui vivent de foi?

Qui parlent volontiers des choses du ciel? Non, ils ne sont pas nombreux! Si on en veut une preuve, qu’on essaye de leur parler des choses surnaturelles! On peut les intéresser à tout excepté aux choses de Dieu: donc ils ne vivent pas de ce que la foi nous montre! Appliquons le critère donné par Jésus même: que la bouche parle de l’abondance du cœur. Eh bien! Leur abondance est toute des choses de la terre comme leurs conversations le montrent bien.

Essayons donc de changer de vie! Sortons de l’animal, de l’esprit pour entrer de plain-pied uniquement dans le monde surnaturel, et restons-y pour l’éternité avec la grâce de Dieu!