samedi 4 août 2018

Père Onésime Lacouture - 3-21 - Le discours après la Cène partie III



VINGTIÈME INSTRUCTION
LE DISCOURS DE JÉSUS APRÈS LA CÈNE.
(TROISIÈME PARTIE)

PLAN

« CE N’EST PAS VOUS QUI M’AVEZ CHOISI, MAIS C’EST MOI QUI VOUS AI CHOISIS, AFIN QUE VOUS MARCHIEZ, QUE VOUS RAPPORTIEZ DU FRUIT ET QUE VOTRE FRUIT DEMEURE ET QUE MON PÈRE VOUS DONNE TOUT CE QUE VOUS LUI DEMANDEREZ EN MON NOM».

« CE QUE JE VOUS DEMANDE, C’EST DE VOUS AIMER LES UNS LES AUTRES».

« SI LE MONDE VOUS HAIT, SACHEZ QU’IL M’A HAÏ AVANT VOUS. SI VOUS ÉTIEZ DU MONDE, LE MONDE AIMERAIT CE QUI EST À LUI, MAIS PARCE QUE VOUS N’ÊTES PAS DU MONDE ET QUE JE VOUS AI CHOISIS DU MILIEU DU MONDE, LE MONDE VOUS HAIT À CAUSE DE MOI. SOUVENEZ-VOUS DE LA PAROLE QUE JE VOUS AI DITE: LE SERVITEUR N’EST PAS PLUS GRAND QUE LE MAÎTRE; S’ILS M’ONT PERSÉCUTÉ, ILS VOUS PERSÉCUTERONT AUSSI; S’ILS ONT GARDÉ MES PAROLES, ILS GARDERONT AUSSI LES VÔTRES ».

« ILS VOUS CHASSERONT DES SYNAGOGUES; LE TEMPS VIENT OÙ QUICONQUE VOUS FERA MOURIR, CROIRA FAIRE UNE CHOSE AGRÉABLE À DIEU. ILS VOUS TRAITERONT AINSI PARCE QU’ILS NE CONNAISSENT NI MON PÈRE NI MOI ».

« PARCE QUE JE VOUS AI DIT CES CHOSES, VOTRE CŒUR EST REMPLI DE TRISTESSE. CEPENDANT JE VOUS LE DIS EN VÉRITÉ: IL VOUS EST UTILE QUE JE M’EN AILLE; CAR SI JE NE M’EN VAIS PAS, LE PARACLET NE VIENDRA PAS À VOUS, MAIS SI JE M’EN VAIS JE VOUS L’ENVERRAI ET IL VOUS ENSEIGNERA TOUTE VÉRITÉ, CAR IL NE PARLERA PAS DE LUI-MÊME, MAIS IL DIRA TOUT CE QU’IL AURA ENTENDU ET IL VOUS ANNONCERA LES CHOSES À VENIR. IL ME GLORIFIERA PARCE QU’IL RECEVRA DE CE QUI EST À MOI »…

« QUAND CET ESPRIT DE VÉRITÉ SERA VENU, IL VOUS ENSEIGNERA TOUTE VÉRITÉ; CAR IL NE PARLERA PAS DE LUI-MÊME, MAIS IL DIRA TOUT CE QU’IL AURA ENTENDU ET IL VOUS ANNONCERA LES CHOSES À VENIR; IL ME GLORIFIERA PARCE QU’IL RECEVRA DE CE QUI EST À MOI ET IL VOUS L’ANNONCERA. TOUT CE QU’A MON PÈRE EST À MOI, C’EST POURQUOI JE VOUS DIS: IL RECEVRA DE CE QUI EST À MOI ET IL VOUS L’ANNONCERA ».
« EN VÉRITÉ, JE VOUS LE DIS: VOUS PLEUREREZ ET VOUS GÉMIREZ ET TOUT LE MONDE SE RÉJOUIRA; VOUS SEREZ DANS LA TRISTESSE, MAIS VOTRE TRISTESSE SE CHANGERA EN JOIE… QUAND JE VOUS VERRAI DE NOUVEAU, ET VOTRE CŒUR SE RÉJOUIRA ET PERSONNE NE VOUS RAVIRA VOTRE JOIE ».

« JUSQU’ICI, VOUS N’AVEZ RIEN DEMANDÉ EN MON NOM. DEMANDEZ ET VOUS RECEVREZ, AFIN QUE VOTRE JOIE SOIT PARFAITE ».

« CE N’EST PAS VOUS QUI M’AVEZ CHOISI, MAIS C’EST MOI QUI VOUS AI CHOISIS, AFIN QUE VOUS MARCHIEZ, QUE VOUS RAPPORTIEZ DU FRUIT ET QUE VOTRE FRUIT DEMEURE ET QUE MON PÈRE VOUS DONNE TOUT CE QUE VOUS LUI DEMANDEREZ EN MON NOM ».

C’est bien dit clairement que notre vocation à la foi est un pur don de Dieu. Est-ce qu’un ver de terre pourrait aspirer à devenir homme? C’est encore aussi impossible pour un homme de vouloir être enfant de Dieu. Personne ne peut donc mériter cette faveur; Dieu seul en est donc l’auteur.

Notre élection purement gratuite devrait donc nous remplir de reconnaissance et d’amour de Dieu tellement que nous ne vivions plus que pour lui. Puisqu’il nous a choisis du milieu du monde pour nous destiner à son bonheur du ciel, sortons donc corps et âme de ce monde, que toute notre mentalité libre, qui n’est pas encore surnaturalisée de fait par notre vocation surnaturelle, soit elle-même surnaturalisée par notre travail de chaque jour, par nos efforts et nos motifs en tout évidemment avec la grâce de Dieu aussi et surtout. Mais il faut notre coopération libre de notre volonté pour que notre mentalité suive notre élévation surnaturelle. C’est par ce travail que nous montrons notre reconnaissance à Dieu de nous avoir appelés à la vie divine.

« CE QUE JE VOUS DEMANDE, C’EST DE VOUS AIMER LES UNS LES AUTRES ».

C’est encore une façon pratique de montrer notre parfaite appréciation de notre élection au surnaturel, car ce n’est qu’au point de vue surnaturel qu’on peut s’aimer de la sorte. Il faut être bien avancé dans cette conviction que nous sommes divinisés par la grâce pour pratiquer cette charité fraternelle. Ce n’est pas une perfection de luxe, mais exigée pour tous les chrétiens sans exception. Ailleurs, il dit que c’est le signe que nous lui appartenons si nous nous aimons les uns les autres. Ce signe était frappant chez les premiers chrétiens; les païens en étaient étonnés et ils disaient: voyez comme ils s’aiment!

Or cette charité fait lamentablement défaut chez nos catholiques, qui sont si susceptibles, si rancuniers, si médisants et même si haineux quand ils sont insultés ou outragés. Mais c’est justement quand on est maltraité par les autres qu’on doit les aimer quand même. «Aimez vos ennemis» est le commandement de Jésus! Il faut garder sa parole si on veut l’aimer! Dieu le veut! Qu’on ne vienne pas s’excuser! Qu’on demande sa grâce et qu’on aime absolument tout notre prochain quelque malcommode qu’il soit. Dieu nous a aimés quand nous étions ses ennemis dans le péché, eh bien! aimons notre prochain, même méchant!

N’oublions pas que notre amour de Dieu ne vaut pas plus que le plus bas degré de notre amour pour le prochain. Saint Jean a une parole terrible (1 Jo. 4-20): «Si quelqu’un n’aime pas son frère qu’il voit, comment peut-il aimer Dieu qu’il ne voit pas?». Il confirme donc ce que nous venons de dire. On va crier à la difficulté de le faire, je réponds qu’il le faut et qu’on demande la grâce de Dieu pour aimer son ennemi comme Dieu le veut!

Dieu est amour et il faut tout juger selon cet amour, voilà tout! Que ce soit là tout le travail de tout chrétien durant toute sa vie!

« SI LE MONDE VOUS HAIT, SACHEZ QU’IL M’A HAÏ AVANT VOUS. SI VOUS ÉTIEZ DU MONDE, LE MONDE AIMERAIT CE QUI EST À LUI, MAIS PARCE QUE VOUS N’ÊTES PAS DU MONDE ET QUE JE VOUS AI CHOISIS DU MILIEU DU MONDE, LE MONDE VOUS HAIT À CAUSE DE MOI. SOUVENEZ-VOUS DE LA PAROLE QUE JE VOUS AI DITE: LE SERVITEUR N’EST PAS PLUS GRAND QUE LE MAÎTRE; S’ILS M’ONT PERSÉCUTÉ, IL VOUS PERSÉCUTERONT AUSSI; S’ILS ONT GARDÉ MES PAROLES, ILS GARDERONT AUSSI LES VÔTRES ».

Les prêtres philosophes et les fidèles qui les suivent n’éprouvent pas cette opposition du monde et des démons, car ils vivent avec la même mentalité qu’eux: tout au naturel. Ils sont satisfaits d’une justice païenne qui veut simplement éviter le péché exactement comme si nous étions sur le chemin des limbes. L’amour surnaturel de Dieu n’entre pas, ce n’est qu’un amour naturel qui ne froisse ni le monde ni le démon. Ces gens ne sont pas du tout aux choses de Dieu, mais au monde. On comprend que le monde et les démons les laissent bien tranquilles.

Un Evêque disait récemment à un de mes amis qui prêche le mépris des créatures et la folie de la croix: «Vous avez une doctrine trop sévère, vous bouleverserez les consciences. Prêchez donc les commandements et les sacrements comme les autres prêtres qui ne troublent personne!». Comme il faut être ignorant et païen pour parler de la sorte! Jésus vient nous donner une nouvelle vie et il ne faudrait pas déranger les gens dans leur vieille vie païenne! Jésus dit qu’il est venu apporter la contradiction et un Pontife ne veut pas qu’on dérange le monde dans sa vie toute naturelle aux choses de la terre! Evidemment celui-ci ne vit que dans la loi toute naturelle des limbes où il n’y a qu’à prêcher contre le péché. Que Dieu ait pitié de son âme! Encore une fois le christianisme n’est pas une question de simplement éviter le péché et se contenter d’une justice naturelle. C’est une question d’amour!
Il nous met en présence de deux amours radicalement contraires: l’amour de Dieu et l’amour du monde soutenu par tous les démons. Autant le démon hait Dieu, autant il hait l’amour de Dieu, l’amour surnaturel de Dieu! Car il n’y a pas d’opposition entre l’amour naturel de Dieu qui consiste simplement dans une admiration toute de tête de Dieu considéré comme Créateur et ne devant jamais être possédé, comme ç’aurait été sur le chemin des limbes, et l’amour des créatures. Dans ce cas, on peut aimer Dieu et les créatures sans rendre Dieu jaloux parce que nous ne devons jamais les posséder au ciel. Que les philosophes se rappellent leur cher patron et modèle, le jeune homme riche, qui aimait ses richesses et qui dit qu’il aime Dieu. C’est sûr qu’il pouvait faire les deux sans opposition l’un à l’autre. Mais il était dans l’ordre naturel. Deux évangélistes disent qu’il lui manquait encore une chose pour entrer dans la vie! Avec ses deux amours naturels et l’observation des commandements de la loi naturelle, c’est le vrai portrait de nos prêtres philosophes en général. Mais il lui manquait encore une chose pour entrer dans la vie éternelle! Donc il n’était pas sauvé avec justement la vertu qui satisfait nos prêtres en général.

Quelle condamnation pour la mentalité de notre clergé qui a choisi ce jeune homme riche comme son patron et modèle! Quelle ignorance et aveuglement! Que Dieu donne la lumière à ces pauvres aveugles… et à la plupart des Evêques qui pensent comme eux!

Ces persécutions du monde et des démons sont un bon signe que nous appartenons à J.-C.

Donc il n’y a que l’amour surnaturel de Dieu qui est opposé à l’amour du monde, défendu par les démons. C’est pourquoi les démons ne suscitent aucun embarras à ceux qui ont un amour naturel, ce qui se fait aux dépens de l’amour du monde, les démons viennent au secours de leurs amis en faisant une lutte terrible contre ceux qui veulent sortir de cet amour naturel. Ils suscitent des persécuteurs contre ces gens trop «austères»! Ils font attaquer par leurs serviteurs, les philosophes dans tous les rangs du clergé, ces chrétiens qui veulent obtenir cet amour surnaturel de Dieu par le mépris des créatures, les instruments des démons pour nous garder dans l’amour naturel de Dieu qui ne vaut rien pour le ciel.

Comme c’est une question d’une lutte entre les deux amours les plus forts du monde, dès qu’on veut l’amour surnaturel de Dieu, on a tout le monde et les démons contre soi. Ni le monde ni les démons molestent ceux qui leur appartiennent. Tant pis pour tous les prêtres qui ne sont jamais persécutés! Je ne voudrais pas être à leur place dans l’éternité! Je ne veux pas dire qu’ils sont tous damnés, mais ils seront bien loin de Dieu, comme ils le sont dans le monde. Dieu est amour et son amour est exclusif en nous! D’après le premier commandement, il est évident qu’il ne tolère pas qu’on donne le moindre amour aux créatures pour elles-mêmes… ce que les philosophes permettent à tout le monde. Ils sont donc de travers avec l’amour surnaturel de Dieu.

Ces persécutions du monde et des démons sont un bon signe que nous appartenons à J.-C., comme il le dit lui-même, puisque ses ennemis nous haïssent, comme ils l’ont haï.

Quel changement dans l’Eglise! Jésus dit que tous ses amis seront haïs du monde et persécutés, donc c’est un signe qu’ils lui appartiennent. Eh bien! Maintenant la plupart des Evêques et des supérieurs prennent justement cette persécution comme un signe que nous sommes contre J.-C.! Quelle aberration de jugement! Ils nous diront donc: prêchez de façon à ne pas contrarier le monde! A ne pas bouleverser sa vie! Mettez du bon sens dans votre prédication: prêchez les parties qui ne froissent pas le monde! Comme ces pasteurs sont loin de Jésus et de sa doctrine!

Jésus ne parle pas seulement des grandes persécutions contre tout un pays, mais il parle aussi des persécutions individuelles que chacun de ses amis sincères et fervents aura à subir d’une façon ou d’une autre. N’est-ce pas justement la persécution de son entourage que chaque catholique craint en se donnant tout à Dieu d’une façon spéciale? Comme ils vont tout faire pour l’en dissuader! Ils vont lui dire qu’il se singularise, qu’il a une conduite étrange, surtout qu’il doit craindre la folie religieuse incurable! Il n’y en a pas beaucoup qui sont capables de supporter la moindre persécution. Ils sont habiles à se convaincre qu’ils ne sont pas tenus à une si grande perfection, que du moment qu’ils peuvent se trouver une petite place au ciel, ils seront contents. Au fond, ce raisonnement montre la peur des autres. On a plus peur du monde que de Dieu; c’est donc qu’on l’aime encore plus que Dieu. Quel affreux risque ces gens prennent!

D’un autre côté, ceux qui sont persécutés ne doivent pas se décourager; c’est normal pour eux de l’être du moment qu’ils sont avec J.C. Comme c’est le clergé juif, poussé par les démons, qui ont persécuté J.-C., nous pouvons nous attendre à ce que les philosophes avec les mêmes démons, à leur insu, nous persécutent avec les mêmes arguments et les mêmes moyens que les Pharisiens ont pris contre Jésus.

Combien de chrétiens sacrifient leur conscience pour éviter les critiques et les persécutions des autres! Les filles et les femmes subissent la mode même indécente de peur de faire rire d’elles! Pourquoi tant de jeunes se mettent-ils à fumer sinon pour faire comme les autres et éviter de se faire critiquer? Pourquoi tant de prêtres ne prêchent-ils pas le mépris du monde et la folie de la croix sinon parce qu’ils ont peur d’être critiqués et persécutés par leurs confrères et leurs supérieurs? Aussi chacun évite habilement tout ce qui peut contrarier les idées du monde pour avoir la paix… et ils l’ont comme le monde la donne!

Pourtant ceux qui veulent suivre Jésus doivent être prêts à souffrir toutes les persécutions comme leur maître! Un chrétien est né pour se battre contre le monde et les démons comme un poisson pour nager, comme un soldat qui va à la guerre pour se battre. C’est normal! Jésus nous en avertit de toutes les façons. Pourquoi en être renversé quand on rencontre de l’opposition? Qu’il affronte les moqueries, les insultes et même les coups comme son maître! Il faut porter sa croix tous les jours! La porter, pas simplement admettre qu’il faut la porter. C’est normal comme manger pour vivre. Il augmente sa vie surnaturelle en perdant sa vie naturelle. Le nouvel homme augmente à mesure que le vieil homme dépérit.

Voilà une doctrine bien authentique de J.-C. que peu de prêtres osent prêcher au peuple… parce qu’ils seraient vite dénoncés et persécutés par leurs confrères et leurs supérieurs, dont un si grand nombre sont philosophes comme les autres. Eh bien! La conclusion est que ceux qui évitent la persécution évitent J.-C. par le fait même. Comme il y en a peu pour suivre J.-C.! Nous devrions tous remercier Dieu de ces persécutions qui nous aident si bien à tuer notre païen qui doit mourir à tout prix pour que Jésus vive en nous. Celui qui perd sa vie la sauve et celui qui la garde la perd. Alors quel bienfait est la persécution qui nous aide à faire mourir notre païen, notre pire ennemi intérieur. C’est l’idéal d’être dénoncé, d’être calomnié, d’être exilé, d’être abandonné de tout le monde! Tout cela est nécessaire pour que Dieu entre et vienne vivre en nous. Soyons contents! Tous nos persécuteurs sont nos meilleurs amis, puisqu’ils nous aident à tuer notre pire ennemi: le païen en nous. Aimons-les et payons-les!

Ne soyons pas surpris que les gens remarquent si bien lorsque nous nous donnons tout à Dieu: ce sont les démons qui leur inspirent de la défiance, puis de la haine pour notre conduite.

Ils sont furieux parce que les démons le sont contre nous. Sans qu’on n’ait rien fait contre eux, ils nous détestent et nous critiquent pour des riens. Ils sont simplement les victimes des démons. On le voit pour Saint Paul: quand il arrivait dans une ville, elle était déjà bouleversée à son sujet quand il n’avait pas encore commencé à prêcher. Si un chrétien est tout à Dieu, assez pour mépriser les créatures, les démons lui suscitent des ennemis dans son entourage. Il y a des gens très bons, qui ne sont jamais persécutés. D’ordinaire, c’est qu’ils n’attaquent jamais nos deux amours naturels. Dans ce cas, les démons les laissent tranquilles.

« ILS VOUS CHASSERONT DES SYNAGOGUES; LE TEMPS VIENT OÙ QUICONQUE VOUS FERA MOURIR, CROIRA FAIRE UNE CHOSE AGRÉABLE À DIEU. ILS VOUS TRAITERONT AINSI PARCE QU’ILS NE CONNAISSENT NI MON PÈRE NI MOI ».

Cette parole ne s’applique pas seulement aux grandes persécutions des premiers siècles; elle est vraie pour tous les temps et toutes les conditions de vie et dans tous les rangs de la société, dans les temps calmes et dans les tempêtes politiques; elle est dite pour tout chrétien sans exception, dans le clergé comme dans les communautés religieuses, dans les campagnes comme dans les villes populeuses. Si nos mœurs ne permettent pas qu’on mette un homme à mort pour sa religion, elles permettent qu’on le persécute de toutes sortes d’autres façons, assez pénibles que personne n’en veut! Comme ils sont rares ceux qui souffrent persécution pour l’amour de Dieu!

D’abord on va objecter que ces persécutions sont bien rares. De fait, mais pourquoi? C’est parce que la plupart des catholiques le sont à moitié; ils sont surtout philosophes avec la religion naturelle du bon sens plutôt que de la foi.

Voici pourquoi. Le démon hait seulement l’union du divin avec l’humain surtout dans la partie libre et intentionnelle de notre activité mentale. Or là quand est-ce qu’on est divinisé? C’est quand on rejette une affection naturelle ou des motifs naturels pour agir uniquement avec des motifs surnaturels. C’est là que le Saint-Esprit se donne à nous et donc forme Jésus en nous de plus en plus. Or c’est justement cette union du divin avec notre humain que le démon déteste. La persécution est donc seulement pour ceux qui attaquent le naturel des motifs ou le païen libre et qui veulent réellement se surnaturaliser, que les démons font persécuter. Tant qu’on ne touche pas aux motifs naturels, il n’y a pas un démon qui bouge. Mais dès qu’on les attaque, tout l’enfer vient à leur défense. Et comme la plupart des prêtres formés par les philosophes ne connaissent à peu près rien de la psychologie des motifs, ils ne s’en occupent guère. C’est pourquoi les démons les laissent bien tranquilles dans tout le reste qu’ils prêchent: cela ne peut faire grand tort aux démons ni grand bien à Dieu. La raison fondamentale est que lorsqu’on attaque les motifs naturels, on se trouve à attaquer les affections naturelles qui appartiennent aux démons. On attaque donc l’amour du monde qui est l’amour des démons, car le monde naturel libre leur appartient, ils en sont les princes, dit Jésus. Ce n’est donc que lorsqu’on attaque l’amour des créatures que les démons volent à la défense du fumier, selon l’expression de Saint Paul. Rien autre chose ne les inquiète. Qu’on prêche sur les sacrements et les commandements tant qu’on voudra, qu’on parle du S.C., de la Sainte Vierge, pas un démon ne fera persécuter un tel prédicateur. Mais s’il ose attaquer l’amour des créatures et de soi, tout de suite l’enfer bondit et possède une foule de philosophes dans tous les rangs de la hiérarchie pour réduire au silence cet audacieux qui veut détruire leur meilleur moyen pour perdre les âmes: l’amour du monde.
C’est pour cela que tout a l’air compliqué dès qu’on veut attaquer les motifs naturels. Les démons embrouillent les esprits et troublent les consciences, font un tapage du diable pour énerver tous les prêtres et les supérieurs qui prennent peur et bâillonnent vite des prédicateurs de l’amour de Dieu aux dépens de l’amour des créatures… ce que les philosophes n’ont jamais compris.

Il n’y a pas de doute qu’un vrai catholique est embarrassant pour les païens autour de lui. Ils sont tout aux choses du monde; ils n’y voient pas de mal et s’y livrent en toute sûreté de conscience avec le clergé en tête. Alors les voilà qui parlent avec enthousiasme de leurs amusements païens, mais bons en soi et qu’ils y vont tant qu’ils peuvent. Mais les vrais catholiques n’ont aucune affection pour ces plaisirs créés, ils ne les intéressent pas du tout. Les autres le voient vite; leur froideur refroidit leur ardeur et ils se sentent mal à l’aise en leur présence. Ils les fuient et ne les aiment pas, puisqu’ils ne pensent pas du tout comme eux. Quand ils parlent de leur sujet favori, la religion, ils sont aussi embêtés que quand eux parlent de sport; alors ce sont deux mentalités irréductibles et incompatibles, deux amours contraires qui ne pourront jamais faire la paix entre eux. C’est donc une guerre plus ou moins ouverte qu’ils se font les uns les autres. Un malaise continu règne entre eux et c’est inévitable. Comme chacun garde son amour, il n’y a pas d’union possible. Chacun finit par vivre dans son monde tout le contraire de celui des autres. Il faut un grand courage et une grande grâce de Dieu pour ne pas céder à l’esprit du monde si facile et si général. Voilà pourquoi les vrais amis de Jésus qui veulent vivre uniquement de motifs surnaturels seront persécutés… et eux seuls ordinairement, les autres ne font pas de tort aux démons, parce qu’ils en font aux fidèles même à leur insu en n’attaquant pas leurs deux amours naturels qui empêchent l’amour de Dieu d’entrer dans leur cœur.

Ces persécuteurs peuvent être très bons et consciencieux, comme sont beaucoup de nos philosophes. Ils ne connaissent pas mieux. Ils ignorent la théologie pratique de l’amour de Dieu, mais ils sont sincères et croient que ces prédicateurs sont exagérés et même hérétiques plus ou moins, car ils ne connaissent que la théologie spéculative des «in se».

Aussi les affirmations des prédicateurs de l’amour surnaturel de Dieu leur semblent erronées.

Alors pour la pureté de la doctrine catholique, ils sont capables de tout comme les pharisiens autrefois contre Jésus.

« PARCE QUE JE VOUS AI DIT CES CHOSES, VOTRE CŒUR EST REMPLI DE TRISTESSE. CEPENDANT JE VOUS LE DIS EN VÉRITÉ: IL VOUS EST UTILE QUE JE M’EN AILLE; CAR SI JE NE M’EN VAIS PAS, LE PARACLET NE VIENDRA PAS À VOUS, MAIS SI JE M’EN VAIS JE VOUS L’ENVERRAI ET IL VOUS ENSEIGNERA TOUTE VÉRITÉ, CAR IL NE PARLERA PAS DE LUI-MÊME, MAIS IL DIRA TOUT CE QU’IL AURA ENTENDU ET IL VOUS ANNONCERA LES CHOSES À VENIR. IL ME GLORIFIERA PARCE QU’IL RECEVRA DE CE QUI EST À MOI »…

Jésus explique le rôle du Saint-Esprit dans la distribution de ses mérites. Jésus doit d’abord s’en aller au ciel, afin de faire accepter son sacrifice par son Père et de négocier notre rachat du péché et lorsque la justice du Père sera satisfaite, les hommes pourront en bénéficier. C’est alors que J.-C. pourra envoyer le Saint-Esprit pour qu’il applique les mérites de Jésus aux hommes. De la sorte, chacune des trois personnes a sa part à notre salut: Dieu le Père nous crée, Dieu le Fils nous rachète et le Saint-Esprit nous applique les mérites de Jésus et ainsi nous sanctifie. Chaque rôle est aussi nécessaire que les deux autres. Il faut les trois pour finir notre œuvre de sanctification.

On a un bon exemple dans le cas des Apôtres. Ils sont instruits par Jésus lui-même pendant trois ans, ils vivent dans sa compagnie intime, ils conversent avec lui souvent, ils sont témoins de sa passion et de sa mort, de sa résurrection et de son ascension… et ils n’ont absolument rien compris au royaume de Dieu! Pourtant Jésus devait savoir comment leur parler.

Mais parce qu’ils ont persévéré avec Jésus, il leur envoie le Saint-Esprit qui leur fait comprendre toute la doctrine de Jésus et le plan divin pour le salut du monde, y compris tout ce qu’il a de plus contraire à l’homme: le mépris du monde et la folie de la croix ou la condamnation de nos deux amours naturels.

Mais pourquoi donc le Saint-Esprit n’éclaire-t-il pas mieux les fidèles de nos jours? Il y en a si peu de changés comme les Apôtres pour être tout aux choses de Dieu comme eux? La réponse est bien simple! C’est que nos prêtres philosophes ne donnent qu’une doctrine spéculative uniquement pour la tête! Ils ne donnent rien pour le cœur. Or le Saint-Esprit ne travaille que dans le cœur, car il est l’amour divin. De plus, ces philosophes laissent subsister nos deux amours naturels dans le cœur des fidèles; alors l’amour divin ne peut entrer dans ce cœur déjà rempli d’amour naturel.

C’est à cause de cette doctrine sèche et spéculative que les prêtres philosophes donnent aux fidèles que le Saint-Esprit ne peut pas agir dans les cœurs. Alors les fidèles s’ennuient et le prédicateur le voit bien et il s’embête lui aussi. Comme la plupart n’aiment pas à prêcher! Ils écourtent leurs sermons, ils les suppriment tant qu’ils peuvent. Aux Etats-Unis les voilà à ne pas prêcher pour trois ou quatre mois sous prétexte qu’il fait chaud. C’est ridicule! Les gens s’assemblent dans les théâtres des heures de temps ou dans les champs pour les amusements en plein soleil ou sur les plages à se faire rôtir par le soleil.

Si les prêtres savaient qu’il faut l’action du Saint-Esprit après leurs sermons, ils en parleraient plus souvent et surtout ils donneraient une chance au Saint-Esprit d’agir dans les cœurs de leurs auditeurs. Ils devraient leur enseigner comment réfléchir sur le sermon et leur donner le temps pour cela… quand même ce n’est pas la coutume… Qu’on l’introduise!

Quand je prêchais des missions au peuple, j’exposais le S.S. après les sermons et là je leur donnais dix minutes de silence complet pour toute l’église. Nécessairement ils pensaient au sermon. Le Saint-Esprit évidemment prenait sa chance d’agir en eux d’après le grand recueillement qu’on observait dans l’église; on sentait que tous réfléchissaient et priaient.

La grande objection vient des curés qui ont peur que les gens s’en aillent. Une fois, un curé irlandais me dit, furieux, après le retour au presbytère: «La mission est finie, les gens ne reviendront plus, vous ne ferez pas méditer les Américains comme les Canadiens!». Heureusement je n’avais pas voulu lui parler de ces dix minutes de réflexion, car il m’aurait certainement défendu d’en parler. Je lui dis pour toute réponse: «M. le curé, pour votre pénitence, vous serez obligé de charrier plus de chaises à tous les soirs…», et à tous les soirs les fidèles augmentaient et le curé charriait des chaises!…

Les missionnaires philosophes manquaient leur coup. Car le Saint-Esprit remet dans l’esprit des fidèles ce que le prédicateur a dit pour faire aimer Jésus et pour le faire vivre dans les cœurs. Ces philosophes qui ne s’adressent qu’à la tête avec leurs «in se» ne donnent rien à faire au Saint-Esprit. C’est en proportion que le prédicateur fait la guerre à nos deux amours naturels qu’il aura le Saint-Esprit pour le seconder dans les cœurs. Mais si on n’attaque pas à fond de train ces deux amours rivaux de Dieu, comment le Saint-Esprit peut-il donner l’amour de Dieu? Il ne le fera pas! Quand même les gens méditeraient des heures de temps! C’est Jésus qui envoie le Saint-Esprit; or il dit que pour le suivre, Lui, il faut renoncer à soi-même et à l’amour du monde. Ceux qui ne font pas cela n’auront pas le Saint-Esprit. Est-ce que Saint Jean de la Croix ne dit pas que pour une seule attache à une créature, on n’aura pas l’intelligence des choses de Dieu?

Voilà ce qui manque à la prédication de nos prêtres philosophes dans le monde entier: ils ne font pas la guerre à nos deux amours naturels, les pires ennemis de l’amour de Dieu, en nous; voilà pourquoi le Saint-Esprit ne se donne pas aux catholiques! Nos vieux parents qui étaient pauvres d’esprit et qui savaient se renoncer étaient plus surnaturels que la plupart des prêtres de nos jours, tout aux choses de la terre. Le Saint-Esprit agissait dans leur âme parce qu’ils étaient détachés des folies de la terre. Sans ce détachement, toute la science de nos savants docteurs philosophes ne dérange pas le Saint-Esprit.

Or, pour le salut, ce n’est que la connaissance que le Saint-Esprit produit dans le cœur qui est utile. C’est elle seule qui passe dans la pratique de la vie. Les prêtres devraient le savoir et donc instruire les fidèles bien plus sur cette nécessité de constamment prier le Saint-Esprit pour ses lumières divines. Nos prêtres manquent donc de deux choses essentielles à l’action du Saint-Esprit. Leur doctrine n’est que spéculative quand ils devraient donner la théologie pratique de l’amour surnaturel de Dieu, puis ils ne font pas assez prier le Saint-Esprit à l’année! Que tous nos savants docteurs en théologie n’oublient pas que toute leur science ne vaut absolument rien pour le salut du monde si le Saint-Esprit ne produit pas la science du cœur. Ce qu’il fera d’autant plus que ces docteurs ne comptent pas du tout sur leur science spéculative. Où sont-ils ces humbles parmi eux? Espérons qu’il y en a!…

Ainsi les meilleurs prédicateurs sont ceux qui passent leur vie à vouloir se sanctifier dans l’amour surnaturel de Dieu et du mépris du monde. Ce sont ceux-là que le Saint-Esprit éclaire le mieux et leur donne des trouvailles qui vont droit au cœur des fidèles. Ils font un grand bien surnaturel, parce que le Saint-Esprit coopère avec eux.

Dans les séminaires et dans les maisons de formation des religieux, le principal souci est d’acquérir la seule science de tête et les candidats sont choisis selon leur capacité de passer des examens au point de vue spéculatif. On ne voit pas de rivalité au point de vue ascétique et mystique: la sainteté n’est guère appréciée et on n’en parle pas. On n’entend jamais dire: c’est un saint! Mais souvent: c’est un premier de classe! C’est un génie! Alors comme on ne cherche pas d’abord le royaume de Dieu et sa justice, on n’a ni le succès dans les choses de la terre ni la sainteté.

Parce qu’ils n’ont pas le culte du Saint-Esprit à la hauteur de leur estime de la science pure, ils font un beau fiasco dans leurs efforts pour amender le monde. Après des années dans le ministère, la plupart reculent dans la perfection au lieu d’avancer; ils ne sont donc pas capables de sanctifier les autres avec leur doctrine qui ne les sanctifie pas eux-mêmes. Comme ils ne sont pas pris dans le monde de l’amour divin, ils n’ont pas eu la coopération de l’Esprit de l’amour divin… Voilà pourquoi rien n’est changé dans la vie des fidèles tout aux choses de la terre en général.

« QUAND CET ESPRIT DE VÉRITÉ SERA VENU, IL VOUS ENSEIGNERA TOUTE VÉRITÉ; CAR IL NE PARLERA PAS DE LUI-MÊME, MAIS IL DIRA TOUT CE QU’IL AURA ENTENDU ET IL VOUS ANNONCERA LES CHOSES À VENIR; IL ME GLORIFIERA PARCE QU’IL RECEVRA DE CE QUI EST À MOI ET IL VOUS L’ANNONCERA. TOUT CE QU’A MON PÈRE EST À MOI, C’EST POURQUOI JE VOUS DIS: IL RECEVRA DE CE QUI EST À MOI ET IL VOUS L’ANNONCERA ».

C’est donc bien vrai que le Saint-Esprit nous éclairera seulement sur ce qui vient de Jésus, que nous aurons entendu de Jésus. Il ne révélera pas une nouvelle religion. Il nous mettra dans le cœur ce que Jésus ou les évangiles pour nous ont mis dans notre tête. Nous devons donc essayer d’acquérir une connaissance spéculative de Jésus, c’est nécessaire! Mais il faut ensuite prier le Saint-Esprit, insister pour avoir ses lumières et ses grâces pour produire dans notre cœur cette nouvelle science du cœur ou de l’amour qui diffère de la première comme le ciel de la terre, Dieu de l’homme! Il y a donc un abîme infranchissable à toute créature entre la science spéculative et la science du cœur. Le Saint-Esprit seul peut franchir cet espace par sa grâce. Demandons-la donc à deux genoux tous les jours de notre vie. Donner la science spéculative de la religion et rester là, comme la masse des prêtres font, est une ignorance crasse et une sottise! C’est comme dire à des affamés: mangez donc, quand ils n’ont rien à manger; ou à ceux qui ont froid: chauffez-vous donc! Eux qui n’ont pas de feu! Que de prêtres disent aux gens d’être purs, d’être saints, etc. et ils ne leur indiquent pas les moyens pratiques pour cette fin. La théologie spéculative n’est pas plus faite pour sanctifier que l’air pour nourrir. Est-ce surprenant que les catholiques soient si mal nourris devant la foi? Qu’ils tombent si fréquemment dans le péché, faute de nourriture solide et divine?

Il glorifie J.-C. parce qu’il parle au cœur et qu’il forme en nous J.-C. pour remplacer notre païen. C’est par cette action du Saint-Esprit qu’on s’enflamme de Jésus, qu’on veut le vivre, le faire connaître et le faire aimer. Les prédicateurs qui n’arrivent pas à amouracher les âmes de Jésus montrent qu’ils n’ont pas rempli les conditions données plus haut pour que le Saint-Esprit agisse en eux. Ils n’en vivent pas, ils ne peuvent donc pas le donner aux autres. Tout chrétien et tout prêtre surtout devrait dire avec tout son cœur le Veni Creator ou toute autre prière au Saint-Esprit au moins sept fois par jour pour s’enflammer d’amour.

« EN VÉRITÉ, JE VOUS LE DIS: VOUS PLEUREREZ ET VOUS GÉMIREZ ET TOUT LE MONDE SE RÉJOUIRA; VOUS SEREZ DANS LA TRISTESSE, MAIS VOTRE TRISTESSE SE CHANGERA EN JOIE… QUAND JE VOUS VERRAI DE NOUVEAU, ET VOTRE CŒUR SE RÉJOUIRA ET PERSONNE NE VOUS RAVIRA VOTRE JOIE ».

Tous ceux qui veulent les joies de la vie spirituelle en J.-C., doivent donc se résigner à souffrir, à pleurer dans leur tristesse. La joie céleste est la récolte des joies terrestres qu’il faut semer sur la terre. Il faut donc être triste pendant un temps sur la terre pour se réjouir avec Jésus dans le ciel. C’est donc normal et c’est nécessaire de passer par toutes sortes de tristesses et d’ennuis pour arriver au bonheur de J.-C. dans la gloire. Qu’on cesse donc de tout faire pour éviter les sacrifices et les tristesses de la vie! La quantité du calice de Jésus que nous boirons sur terre sera la quantité de gloire dans le ciel. Alors si l’on veut le dernier, il faut vouloir le premier.

Les joies de la terre passent bien vite, mais la joie surnaturelle d’être avec Jésus demeure éternellement. Pour laquelle allons-nous travailler à l’avenir?

« JUSQU’ICI, VOUS N’AVEZ RIEN DEMANDÉ EN MON NOM. DEMANDEZ ET VOUS RECEVREZ, AFIN QUE VOTRE JOIE SOIT PARFAITE ».

Puisque la joie dont il parle leur viendra de sa nouvelle vie après la résurrection et par la venue du Saint-Esprit, il est évident qu’il veut que nous demandions les choses surnaturelles du ciel. Ailleurs il le dit formellement: cherchez le royaume de Dieu et sa justice… Il est venu pour nous apporter les biens surnaturels du ciel, ce sont ceux-là qu’il veut que nous demandions.

Combien ne demandent que des biens temporels: une bonne position, une guérison, être débarrassé d’un malcommode, etc. Ne perdons plus notre temps à demander ces choses insignifiantes quand le bon Dieu nous offre les biens éternels du ciel!

Voyons ce à quoi Dieu nous destine et demandons en conséquence! Il nous destine à participer à son activité trinitaire, d’abord dans la foi puis ensuite dans la gloire. Eh bien! Voilà ce qu’il faut demander avec le plus d’insistance. Demandons une plus grande participation à la vie divine du Père, ce qui est une augmentation de la grâce sanctifiante; elle est le fond de toute notre vie surnaturelle. Puis demandons une augmentation de l’activité du Fils, qui est la Sagesse divine. Demandons de penser, de parler, et de juger toutes choses et d’agir comme J.-C. Enfin demandons une augmentation d’amour du Saint-Esprit qui complète le cycle de l’activité trinitaire.

Enfin demandons une augmentation de foi, d’espérance et de charité. Puis la grâce insigne de vivre la vie intérieure de la Sainte Vierge et de l’Humanité de Jésus. Qu’on fasse des prières au moins tous les jours… et Jésus ne nous dira plus que «jusqu’ici vous n’avez rien demandé!». Il est certain que le reste sera ajouté par surcroît.

mardi 31 juillet 2018

Père Onésime Lacouture - 3-20 - Le discours après la Cène partie II



DIX-NEUVIÈME INSTRUCTION
LE DISCOURS DE JÉSUS APRÈS LA CÈNE.
(DEUXIÈME PARTIE)

« JE SUIS LA VIGNE ET MON PÈRE EST LE VIGNERON… ET VOUS ÊTES LES BRANCHES».

« MON PÈRE EST LE VIGNERON ».

« MON PÈRE RETRANCHERA TOUTES LES BRANCHES QUI NE PORTENT PAS DE FRUIT EN MOI ».

« MON PÈRE ÉMONDERA CELLE QUI PORTE DES FRUITS AFIN QU’ELLE DONNE PLUS ».
« JE SUIS LA VIGNE ET VOUS ÊTES LES BRANCHES. CELUI QUI DEMEURE EN MOI ET EN QUI JE DEMEURE, PORTE BEAUCOUP DE FRUIT; CAR VOUS NE POUVEZ RIEN FAIRE SANS MOI ».

« SANS MOI, VOUS NE POUVEZ RIEN FAIRE ».

« SI QUELQU’UN NE DEMEURE PAS EN MOI, IL SERA JETÉ DEHORS COMME UN SARMENT INUTILE, IL SÉCHERA ET ON LE RAMASSERA POUR LE JETER AU FEU ET LE BRÛLER ».

« COMME MON PÈRE M’A AIMÉ, JE VOUS AI AUSSI AIMÉ. DEMEUREZ DANS MON AMOUR ». 

« MON COMMANDEMENT EST QUE VOUS VOUS AIMIEZ LES UNS LES AUTRES COMME JE VOUS AI AIMÉS. PERSONNE NE PEUT AVOIR UN PLUS GRAND AMOUR QUE DE DONNER SA VIE POUR SES AMIS ».

« VOUS ÊTES MES AMIS SI VOUS FAITES LES CHOSES QUE JE VOUS COMMANDE ».

« JE SUIS LA VIGNE ET MON PÈRE EST LE VIGNERON… ET VOUS ÊTES LES BRANCHES».

Remarquons comment Jésus a toujours pris des exemples concrets dans la nature pour illustrer sa doctrine divine. Car Dieu a créé ce monde pour faire connaître l’autre; les prêtres devraient toujours imiter J.-C. et expliquer leur doctrine avec des exemples pris dans la nature. C’est respecter le plan divin qui veut que nos idées nous viennent par les sens et donc par les choses visibles et tangibles de ce monde. Mais on a beau le dire et insister, combien peu de prêtres vont changer leur tactique de philosophes spéculatifs. Aussi les fidèles s’ennuient et trouvent les sermons toujours trop longs, justement parce que les sens et l’imagination n’ont rien à faire et donc ne donnent rien à l’intelligence. Personne ne devrait enseigner une vérité sans l’illustrer par quelque chose de concret dans le monde. Jésus a trouvé des exemples pour toute sa doctrine; que les prêtres l’imitent donc sur ce point important! Est-ce qu’on ne dit pas en philosophie que rien n’entre dans l’esprit sans passer par les sens? Alors donnons donc toujours quelque chose aux sens pour expliquer une vérité.

La vigne est formée de son cep et de ses branches. La même vie circule dans les deux. Eh bien! Dans l’ordre surnaturel, Jésus est comme un cep et nous sommes les branches; c’est dire que la même vie divine circule en Jésus et en nous quand nous sommes en état de grâce.

Or, en J.-C., c’est la vie de la Trinité qui le fait vivre; donc la vie du Père, la sagesse du Fils et l’amour du Saint-Esprit. Or, la vie du Père pour nous, c’est la grâce sanctifiante. Combien de nigauds restent là et s’en contentent! Est-ce que Jésus s’est contenté de la seule vie divine? Pas du tout. Il avait la sagesse du Verbe et l’amour du Saint-Esprit. Eh bien! Nous tous aussi devons reproduire les activités (3) des trois personnes divines.

Donc nous devons penser comme notre Cep, juger comme lui, estimer les choses comme lui. Puis nous devons aimer comme lui Dieu par le Saint-Esprit. Qu’on nous laisse donc la paix avec la seule grâce sanctifiante: elle n’est que le tiers de Dieu pour ainsi dire. Il faut en plus agir avec la sagesse du Fils et l’amour du Saint-Esprit.

Dans la vigne si une branche ne reçoit qu’une partie de la vie du cep, elle se dessèche vite. Eh bien! Le chrétien en qui ne coule qu’une partie de la vie divine va vite se séparer du Père. S’il n’en pense pas, s’il n’en juge pas comme Jésus, il ne gardera pas longtemps la vie du Père ou la grâce sanctifiante. Ceux qui ne sont pas conduits par l’Esprit de Dieu ne sont pas ses enfants! Ils vont vite cesser de l’être!

« MON PÈRE EST LE VIGNERON ».

C’est lui qui plante sa vigne. C’est lui qui lui donne ses branches. Il nous a choisis par pure bonté et librement. Quelle ne devrait pas être notre reconnaissance pour cette élection divine sans aucun mérite de notre part! Rendons donc notre vocation certaine par nos bonnes œuvres, comme nous dit Saint Pierre. Car les branches peuvent tomber de la vigne! Prions pour que cela ne nous arrive pas!

Personne ne sera enté sur J.-C. si Dieu ne l’appelle pas. La foi qui nous est nécessaire pour appartenir à Jésus est un pur don de Dieu absolument gratuit. Jésus le dit bien à Pierre quand il professa ouvertement que Jésus était le Fils de Dieu vivant. Jésus lui dit que ce n’était pas la chair ni le sang qui le lui avait révélé, mais son Père qui est dans le ciel. Cela est vrai pour tout surnaturel.

Apprécions cette vie surnaturelle: Jésus a été crucifié pour nous la mériter! Faisons donc les sacrifices nécessaires pour ne jamais commettre de péché mortel qui la tue. Mieux que cela, évitons comme le démon tout ce qui nous conduit au péché. Or la plus grande cause objective des péchés en nous est dans les motifs naturels. C’est par là que le démon nous prend: ce sont les filets de Satan.

« MON PÈRE RETRANCHERA TOUTES LES BRANCHES QUI NE PORTENT PAS DE FRUIT EN MOI ».

Porter des fruits en Jésus, c’est évidemment porter des fruits surnaturels de sainteté. Par conséquent, ceux qui ont la grâce sanctifiante… et qui n’agissent pas en enfants de Dieu, mais comme des païens, avec des affections naturelles et des motifs naturels, tomberont dans le péché et ainsi seront retranchés de l’union avec Jésus dans la même proportion.

Comment le Père nous retranche-t-il? Voici la façon ordinaire. Un catholique qui agit avec des motifs naturels ne reçoit pas de divin pour ces motifs. S’il agit de la sorte très souvent, il est comme un homme qui se prive de nourriture longtemps, il finit par mourir. De même dans l’ordre spirituel, si on agit de manière à ne pas recevoir la grâce pendant longtemps, on finit par succomber de faiblesse et là c’est le péché véniel d’abord, puis le péché mortel.

Jésus ailleurs enseigne cette même doctrine quand il dit que la maison bâtie sur le sable tombera dans les tempêtes. Le sable est le naturel des motifs et le roc est le surnaturel des motifs. Donc la « branche » qui vit de naturel intentionnel finit par se dessécher et tombe. Faisons donc la guerre à tous les motifs naturels qui vont finir par nous séparer de J.-C.

« MON PÈRE ÉMONDERA CELLE QUI PORTE DES FRUITS AFIN QU’ELLE DONNE PLUS ».
Est-ce qu’un vigneron ne coupe pas de bonnes branches quand il prévoit qu’elles ne porteront pas de fruit et parce qu’elles vivent aux dépens des bonnes? Dieu fera de même. Il taillera dans toute cette bonne activité des motifs naturels parce qu’il prévoit qu’elle ne produira rien pour le ciel et parce que son activité naturelle vit aux dépens de l’autre.

Quelques exemples… autrement on ne prend pas la doctrine! Voici un mari qui « adore » sa femme pour ses belles qualités naturelles. Ce n’est pas péché, mais cet amour naturel devant Dieu ne vaut rien. Alors Dieu va enlever ces bonnes qualités réellement ou apparemment pour le mari. Dieu ne veut pas qu’il cesse d’aimer son épouse, mais qu’il cesse de l’aimer pour ses qualités naturelles. Il va être obligé de dire: naturellement je n’aime pas ma femme, mais uniquement pour Dieu; pour vous, mon Dieu, je vais l’aimer de mon mieux! S’il avait désavoué ses motifs naturels dès le début, Dieu lui aurait laissé ses bonnes qualités.

On peut dire que la plupart des épreuves sont pour détruire les affections naturelles avec leurs motifs naturels. Dieu se sert d’autres païens pour détruire le païen en nous. Un ambitieux rencontrera d’autres ambitieux, qui lui feront de l’opposition; un orgueilleux recevra des coups d’autres orgueilleux. Dès que des gens se plaignent des défauts des autres, on peut être pas mal sûr qu’ils les ont eux-mêmes.

Avis aux parents qui aiment trop naturellement leurs enfants; Dieu les rendra malcommodes et même méchants pour détruire dans les parents cette affection toute naturelle qui déplaît à Dieu. Qu’ils essaient de se dépouiller de cette affection naturelle pour ne les aimer que pour Dieu et en Dieu et alors Dieu ne sera plus jaloux et il laissera les enfants toujours beaux et bons. Que tous surveillent donc leurs affections naturelles partout et toujours, autrement vous paierez pour!…
Plus que cela Dieu veut tellement sa gloire qu’il émonde même les bonnes branches qui portent du fruit, afin qu’elles en portent plus.

Les vignerons taillent leurs bonnes vignes justement pour qu’elles produisent plus de raisins.

Si nos philosophes donnaient un peu de spiritualité dans les séminaires, les jeunes prêtres sauraient tout de suite pourquoi tant de curés les limitent et les arrêtent dans le ministère surtout dans les débuts. Ils arrivent pleins de zèle et d’ardeur pour travailler beaucoup. Voici que le curé s’oppose à peu près à toutes leurs initiatives. S’ils avaient la foi, ils sauraient que Dieu entre justement dans leurs idées et parce qu’il veut qu’ils produisent beaucoup de bien, il commence par les émonder pour qu’ils portent plus de fruit. Ils devraient se jeter à plus de prière, faire des heures d’adoration tous les jours, continuer leurs études d’Ecriture sainte et commencer à écrire des instructions pour le peuple. Se remplir de surnaturel, n’est pas du temps perdu pour celui qui a la foi!

Mais que font ces jeunes prêtres? Ils boudent leur curé, ils se blasent et se jettent à toutes sortes de niaiseries pour tuer le temps sans aucun avantage pour leur ministère plus tard.

Dieu voulait les émonder et ils ne se sont pas laissés faire. Alors ils perdent leur récolte de mérite. Ils ennuieront leurs fidèles quand ils seront curés et ne laisseront pas plus leurs vicaires travailler pour cinquante motifs naturels comme ils vivent habituellement dans le naturel.

Que tous les fidèles cessent donc de déblatérer contre les « émondeurs ». C’est Dieu qui le fait en personne, peu importe son instrument. Il le prend autour de la victime et les plus saints lui serviront comme les païens. A quoi bon se plaindre des ciseaux? C’est le Père éternel qui s’en sert comme il veut. Que de temps précieux perdu dans la direction à cause de cette ignorance! On plaide avec la direction pour revoir les consolations perdues, ou se plaindre des douleurs de l’émondage d’un supérieur, ou d’une supérieure. On est découragé parce que Dieu met des bâtons dans les roues, parce que les supérieurs restreignent notre activité. C’est aussi imbécile que si la vigne se plaignait d’être émondée! Tout chrétien devrait connaître cette parole de l’Evangile et s’y soumettre comme un homme! Comme un chrétien! C’est pour nous faire produire plus de fruit! Où est le mal? Pourquoi regimber contre l’émondage? Que d’aveugles!

Dieu agit de la sorte dans tous les degrés de la vie spirituelle. Jusqu’à la fin de la vie et même dans les sommets avancés de la sainteté, on garde toujours un fond d’activité naturelle intentionnelle que Dieu ne peut supporter. C’est comme une gangrène insupportable pour lui! C’est pourquoi à mesure que nous avançons dans la vertu, Dieu nous purifie de plus en plus de ce paganisme latent et caché jusque dans les profondeurs du cœur. Nous ne pourrions jamais les découvrir par nous-mêmes; alors Dieu nous envoie des épreuves plus ou moins terribles pour nous purifier de cette gangrène naturelle. Si nous étions plus fidèles à lutter contre tous nos motifs naturels, nous nous épargnerions beaucoup d’épreuves.

« JE SUIS LA VIGNE ET VOUS ÊTES LES BRANCHES. CELUI QUI DEMEURE EN MOI ET EN QUI JE DEMEURE, PORTE BEAUCOUP DE FRUIT; CAR VOUS NE POUVEZ RIEN FAIRE SANS MOI ».

Il répète qu’il est la vigne pour nous montrer encore que tous nos fruits de vertu viennent uniquement de Dieu comme cause; notre part d’activité n’est qu’une condition pour qu’il agisse en nous. Ainsi la récolte vient uniquement de Dieu, mais si le cultivateur n’avait pas fait de semailles, Dieu ne lui aurait rien donné: les semailles sont la condition pour que Dieu donne une récolte. Car sans Dieu il n’y aurait pas de récolte, même si les semailles étaient faites.

Ceux qui veulent faire beaucoup de bien devraient donc commencer par améliorer leur union avec Jésus. Il faut se remplir de Dieu d’abord avant de vouloir le donner au monde. Personne ne donne ce qu’il n’a pas. Le prêtre qui passe des heures devant le S.S. est plus pratique que celui qui perd son temps dans toutes sortes d’organisations extérieures pour amuser le monde. Celui qui étudie l’ascétisme et la mystique pour mieux savoir comment se sanctifier est encore plus pratique que celui qui lit les journaux, les revues, court les cinémas et les sports pour faire de l’apostolat à la mode, qui n’en est pas du tout. Jésus dit que notre victoire sur le monde viendra de notre foi et donc de ce que la foi nous montre. Il n’a pas dit: des organisations pour amuser le peuple. En proportion que les prêtres sont païens, ils font des organisations pour amuser le peuple.

Le Saint-Esprit a dit aux Apôtres de cesser de perdre leur temps à distribuer des aumônes aux pauvres, mais de choisir des laïques pour cela. C’est alors qu’ils ont institué les diacres pour ces distributions d’aumônes. Et qu’est-ce qu’il leur dit de faire? Etre tout à la prière pour se remplir de divin et ensuite le déverser aux fidèles par la prédication. Voilà donc la vie des prêtres bien indiquée dès le début du christianisme par le Saint-Esprit lui-même: se remplir de divin et ensuite le donner aux fidèles par la prédication! Le reste doit être laissé aux laïques: comme faire les quêtes dans les églises, ce n’est pas le rôle du prêtre et ceux qui l’imposent aux vicaires seront punis par Dieu. Pas plus de compter les quêtes.

Les curés ont remarqué que la quête est meilleure quand ce sont les prêtres qui la font. Eh bien! Justement cela montre quel païen de curé ils ont! Ils n’attaquent donc jamais les motifs naturels. Quelle belle chance de le faire à l’occasion des quêtes! Si lui-même en appelait aux motifs surnaturels partout et toujours, les gens seraient assez surnaturels pour donner à l’église peu importe le collecteur. Comme ces curés n’ont pas l’intelligence des choses de Dieu… à cause de leurs attaches de toutes sortes: tabac, cinéma, etc…

Tous les prêtres devraient savoir qu’il n’y a aucun bien surnaturel à attendre de tout ce qu’ils font pour des motifs naturels comme ces organisations pour amuser le peuple. Jésus dit que notre victoire sur le monde viendra de notre foi et donc de ce que la foi donne, donc du surnaturel en tout et partout. Que les prêtres se sanctifient d’abord, puis sanctifient leurs ouailles et ensuite peu importe qui fait des quêtes, les fidèles ne donneront que pour le bon Dieu.

Que de prêtres, de religieux et de laïques pourraient faire une heure d adoration tous les jours devant le S.S., s’ils voulaient. Ils puiseraient là des flots de vie divine qu’ils pourraient ensuite répandre sur leur entourage et même sur une foule d’inconnus. Est-ce que les contemplatifs ne convertissent pas un grand nombre d’âmes qu’ils ne connaissent pas? Que personne ne dise qu’il n’a pas le temps pour cette heure d’adoration! Combien on en perd dans cinquante niaiseries à cœur de jour! D’ailleurs, le bon Dieu se venge et il leur envoie des fatigues ou des maladies ou des contrariétés qui leur font perdre plus de temps que leur heure par jour. Qu’on l’essaie pendant un an! On s’apercevra qu’on a fait plus d’ouvrage que jamais! Que d’exemples chez les saints qui ont fait énormément plus d’ouvrage que n’importe qui de nos organisateurs de moyens et de motifs naturels pour occuper le monde.

« SANS MOI, VOUS NE POUVEZ RIEN FAIRE ».

Il ne dit pas: peu; il dit rien. Puisque nous sommes dans son monde divin qui nous dépasse infiniment, il est évident que sans lui nous ne pouvons rien. Que pourrait faire un ver de terre en philosophie? Eh bien! Le surnaturel nous dépasse encore plus. Le signe qu’on est convaincu de son impuissance réside dans l’usage de la prière que nous faisons.

Ces prêtres ou laïques qui font peu de prière montrent que ce sont des païens qui vivent dans le monde naturel où ils se croient capables de tout faire. Le bon Dieu ne bénit jamais ces naturels. Aussi on les entend disputer contre leurs fidèles qui ne sont pas fervents, qui pêchent beaucoup, etc… S’ils avaient des pasteurs surnaturels, ils auraient des chances de les suivre! Sont dans ce groupe ces prêtres qui ne font pas de méditation, pas d’action de grâce, pas de visite au S.S., qui n’étudient pas l’ascétisme et la mystique, etc. Ils ne sont pas aux choses de Dieu et ils ne sont pas capables de montrer à leurs gens comment se diviniser, puisqu’ils ne le sont pas eux-mêmes.

La sainteté de l’apôtre est la source des fruits qu’il fait, nous dit Jésus; donc que chacun travaille pour devenir le plus saint possible, avec la grâce de Dieu. Pour cela, il faut étudier ces matières, lire les meilleurs auteurs sur l’ascétisme et sur la mystique et surtout prier pour avoir la grâce de vivre cette science divine.

« SI QUELQU’UN NE DEMEURE PAS EN MOI, IL SERA JETÉ DEHORS COMME UN SARMENT INUTILE, IL SÉCHERA ET ON LE RAMASSERA POUR LE JETER AU FEU ET LE BRÛLER ».

Donc celui qui n’aura pas la grâce sanctifiante à l’heure de la mort, sera jeté au feu de l’enfer. Mais comme nous pouvons mourir à n’importe quel moment, nous devons tout faire pour toujours être en état de grâce. Or, nous l’avons dit souvent, les microbes qui rongent notre vie surnaturelle sont les motifs humains que nous fournissent nos affections humaines et naturelles. Jésus nous dit carrément que tout ce naturel libre de notre activité est le sable qui fera crouler notre maison spirituelle. Que chacun donc fasse la guerre à tous ses motifs naturels qui le conduiront au péché mortel tôt ou tard. Or ce n’est pas toujours aussi facile qu’on le pense d’entrer en grâce avec Dieu. Dieu envoie des tentations justement pour savoir le degré de notre amour pour lui. Si on préfère la créature dans cet examen, qui nous assure que la préférence de Dieu après la tentation vaut quelque chose devant lui? Après qu’on s’est contenté, c’est facile de dire à Dieu que maintenant on l’aime plus que ce plaisir qu’on vient de prendre, mais qui peut affirmer que cela est l’amour qui donne le ciel?

« SI VOUS DEMEUREZ EN MOI ET QUE MES PAROLES DEMEURENT EN VOUS, VOUS DEMANDEREZ TOUT CE QUE VOUS VOUDREZ ET IL VOUS SERA ACCORDÉ ».

Dieu dit qu’il fera la volonté de ceux qui font la sienne. « Demeurez » en moi, veut dire non seulement être en état de grâce, mais vivre comme Jésus, avoir ses pensées, parler comme lui et agir comme lui en être divin; c’est avoir le cœur débordant d’amour de Dieu. C’est donc la même mesure que nous vivons comme lui qu’il exaucera nos prières. Il ne suffit pas de faire les fervents seulement quand on prie, puis ensuite être tout au monde comme tant de chrétiens. « Demeurer » veut dire toujours être là avec Jésus comme son ami intime.

Par exemple que de dévotes communient tous les jours et ensuite passent la journée à disputer contre leur entourage; elles ne seront pas exaucées facilement. Il faut voir Jésus dans les personnes comme dans l’hostie consacrée, quoique pas de la même manière. Si on a de l’amour pour l’hostie, on doit en avoir aussi pour les personnes. Suivons donc la foi partout et toujours! Pas seulement dans l’église. Aimons Dieu partout où il se montre et tel qu’il se montre. Jésus n’était pas beau à voir tout couvert de crachats et de sang durant sa passion, mais c’était Dieu quand même! Pour exercer notre foi, il se présente sous les espèces du pain dans l’Eucharistie et sous les espèces de toutes sortes de personnes dans le monde; respectons-le partout!

Quand on a des faveurs à solliciter d’un homme, est-ce qu’on l’insulte avant? Qu’on le méprise? Eh bien! Si on veut des faveurs de Dieu, faisons-lui plaisir partout et toujours puisque nous avons besoin de lui partout et toujours. N’allons jamais enfreindre une seule de ses lois et de ses bons plaisirs et alors nos prières auront des chances d’être exaucées. Jésus dit: « Si mes paroles demeurent en vous ». Or, ses paroles sont dans les Ecritures et elles ne comprennent pas seulement les commandements de la loi naturelle! Elles comprennent aussi le mépris des créatures et la folie de la croix ou le renoncement à soi-même avec toutes ses conséquences pratiques pour la vie. Quand on aime, on aime toutes les paroles et toutes les volontés de la personne aimée. Qu’on applique le même principe à Jésus!…

« COMME MON PÈRE M’A AIMÉ, JE VOUS AI AUSSI AIMÉ. DEMEUREZ DANS MON AMOUR ».

Dans ce « comme », il n’y a pas que le fait d’aimer, mais aussi la manière et le degré. Il nous a aimés de toute éternité et d’un amour infini. Son Père a voulu dans son Fils incarné une créature qui lui donnerait une gloire infinie et un amour infini à cause de son union dans la personne du Verbe. Le Père a voulu donner un bonheur infini et éternel à cette même créature.

Eh bien! Jésus nous aime de la même façon: il veut faire de nous des enfants de Dieu qui lui donneraient une gloire et un amour multipliés dans chaque catholique qui se laisserait diviniser par Jésus. C’est l’amour que son Père a eu pour lui que Jésus nous donne en se donnant à nous. Il a mis toutes ses complaisances en Jésus, nous aussi nous devons mettre toutes nos complaisances en Jésus. Nous devons chercher notre bonheur uniquement en lui et dans les choses qui l’intéressent. N’oublions pas que c’est un amour surnaturel qu’il nous a donné et donc c’est un amour surnaturel que nous devons lui donner. Or l’amour surnaturel s’acquiert par le sacrifice de l’amour naturel pour les créatures. En proportion qu’on aime Dieu de l’amour qu’il a eu pour nous, on se sépare des créatures pour donner tout son cœur à Dieu seul.

Comme Jésus nous a aimés jusqu’à donner sa vie pour l’amour de nous, ainsi nous devons aimer tellement Jésus que nous soyons prêts à donner notre vie pour lui. Combien le font? Ce ne sont pas ceux qui pêchent dans les tentations qui aiment Jésus. Ils lui préfèrent un échantillon passager, un plaisir d’un instant au bonheur éternel avec Jésus. Ils ne l’aiment donc pas. Si on est prêt à donner sa vie pour l’amour de Dieu, on devrait être capable de lui donner n’importe quel plaisir qui se présente à tout instant de la vie. Le Père éternel nous a donné non seulement le droit au ciel, mais aussi le roi du ciel, donc tout ce qu’il avait de meilleur. Eh bien! Si nous voulons aimer Dieu comme il nous a aimés, donnons-lui aussi tout ce que nous avons de meilleur: notre vie humaine, notre bonheur naturel et tout notre amour pour les créatures!… Alors nous aimerons Jésus un peu comme il nous a aimés!

Pour nous, il manifeste son amour en donnant sa vie pour nous; si donc nous voulons l’aimer comme il nous a aimés, nous devrions donner notre vie pour le prochain. Ce n’est pas probable que Dieu nous donne l’occasion d’être crucifiés pour le prochain, mais que de petits sacrifices il nous demande au jour le jour pour la conversion du monde. Chaque fois qu’on lui offre une peine, une douleur, une souffrance en union avec Jésus, c’est notre part du crucifiement de Jésus qui va au salut du prochain. C’est souffrir ce que Saint Paul dit qui manque à la passion du Christ. Que chaque chrétien se lève tous les jours avec l’idée bien arrêtée qu’il doit faire sa part pour le salut du monde en endurant les petites croix que Dieu va mettre sur son chemin aujourd’hui. Cela donne un but merveilleux à la vie! Le chrétien se sanctifie lui-même, afin d’avoir plus d’accès aux trésors célestes de grâce pour aider à sauver le monde avec la grâce de Dieu.

Ceux-là seuls qui ont ce zèle de sauver leurs frères ont l’amour que Jésus a eu pour nous. Seuls ils ont la vie que Jésus a menée sur la terre, la vie d’un sauveur pour ses frères. Comme ils sont rares! Que Dieu les multiplie davantage pour sa plus grande gloire et le salut du monde!

« MON COMMANDEMENT EST QUE VOUS VOUS AIMIEZ LES UNS LES AUTRES COMME JE VOUS AI AIMÉS. PERSONNE NE PEUT AVOIR UN PLUS GRAND AMOUR QUE DE DONNER SA VIE POUR SES AMIS ».

Il répète encore comment nous devons nous aimer: comme il nous a aimés en donnant notre vie pour le prochain. Il l’insinue ici, mais Saint Jean le dit carrément: que nous devons nous aimer jusqu’à donner notre vie pour le prochain comme Jésus a fait pour nous. Ceux donc qui veulent bien aimer le prochain à condition qu’il ne leur en coûte rien n’ont pas l’amour que Jésus a eu pour nous. Pensons-y sérieusement. Ce n’est pas une ressemblance de luxe, mais absolument nécessaire pour le salut. Ce n’est pas facile de mettre le doigt sur tel acte, mais une raison de plus d’en faire une vie de sacrifice pour sauver le prochain comme la vie de Jésus a été un long sacrifice pour nous sauver.

Dieu nous a aimés lorsque nous étions ses ennemis et en état de péché; eh bien! nous aussi nous devons aimer tous les hommes sans exception et malgré leurs défauts et leurs vices. Ce n’est pas si difficile qu’on ne le pense si on monte dans l’ordre surnaturel. Là la foi nous dit que Jésus l’aime et qu’il est un membre du corps mystique de Jésus, qu’il faut l’aimer sous peine de damnation! Comme ces considérations facilitent l’amour des ennemis! J’aime bien mon bras, mais s’il était question de me l’amputer sous peine de mort, je sacrifierais volontiers ce bras que j’aime tant. Mais j’aime ma vie encore plus. Je n’aime pas un tel, mais je n’aime pas non plus l’enfer! Entre les deux je préfère aimer cet homme que d’être damné éternellement…

« VOUS ÊTES MES AMIS SI VOUS FAITES LES CHOSES QUE JE VOUS COMMANDE ».

Que de fois Jésus répète que l’amour est dans les œuvres! Il ne suffit pas de savoir cette vérité, de l’accepter de tête, comme font tant de philosophes et ceux qui les suivent. Il ne suffit pas non plus d’observer le premier commandement qui mobilise absolument tout notre amour pour Dieu seul. Or, pour lui montrer cet amour, il faut retirer absolument tout notre amour des créatures et de soi. Ce point seul fait pratiquer une bonne partie de l’Evangile ordinairement négligée par nos philosophes: l’évangile du renoncement à soi et le mépris des créatures, ce que les prêtres prêchent rarement!

Remarquons que ces recommandations de Jésus à l’heure de sa mort roulent surtout sur l’amour de Dieu d’une façon concrète et pratique. Nos philosophes n’ont rien saisi ici. Ils en font une question de justice et de péché. Ils se contentent de faire éviter le péché et tout finit là. C’est absolument insuffisant; c’est de l’amour positif que Dieu veut. Jésus ne s’est pas contenté d’effacer nos péchés, il nous a donné en plus sa vie divine et son bonheur divin. Eh bien! Cet amour céleste doit commencer dans la foi sur terre pour se continuer là-haut. La beauté de Jésus ne consiste pas seulement dans l’absence de péché mortel, mais dans ses perfections divines que nous devons tous essayer de reproduire autant que possible avec la grâce de Dieu. Il exige un amour absolument divin et surnaturel de Dieu et du prochain, après qu’on s’est débarrassé de ses péchés. Qu’on ne croie donc plus que la grâce sanctifiante est l’absence de péché mortel, comme certains enfants du catéchisme disent sottement.