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samedi 15 août 2015
curé Paul Schoonbroodt - La validité du sacerdoce catholique en voie d'extinction
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vendredi 14 août 2015
Le juste mérite le ciel par la souffrance
La
croix remplie de ducats.
Les
maux que Dieu nous envoie sont en réalité des bienfaits, car en souffrant patiemment nous
acquérons des mérites éternels. Chaque souffrance endurée avec patience est en
quelque sorte une pierre précieuse dans notre couronne au ciel. Un célèbre
prédicateur s'est servi de la comparaison suivante pour faire comprendre à ses
auditeurs cette vérité fondamentale : « Supposons, dit-il, que sur le sommet
d'une montagne voisine, se trouvent une grande quantité de croix en bois. Si je
vous disais que chacun de vous peut en choisir une et la - considérer comme lui
appartenant, à condition qu'il la porte lui-même à la maison, je crois que peu
d'entre vous seraient tentés d'y aller. Mais supposons les croix creuses et
remplies de ducats, ce serait autre chose : on se disputerait à qui aurait la
plus lourde et la peine serait comptée pour rien. Les souffrances sont des
croix de ce genre : ceux qui n'ont pas la foi et qui par conséquent ignorent
les récompenses éternelles, prix des souffrances, murmurent et s'en désolent,
les saints au contraire, qui connaissaient la valeur éternelle des souffrances,
les aimaient et s'en réjouissaient. De là la devise de sainte Thérèse: « Seigneur!
ou souffrir ou mourir! » C'est pour cette raison aussi que, au milieu de la
souffrance, Job chante les louanges de Dieu en disant : «Il en est arrivé comme
il a plu au Seigneur, béni soit son nom !»
Les souffrances sont un signe de la faveur divine.
Dieu,
père et médecin.
Quand
un père remarque des défauts dans l'enfant qu'il aime, il le punit pour lui
faire perdre ses mauvaises habitudes. Si au contraire le même père remarque des
fautes chez un enfant étranger, il ne le punit pas, parce que cet enfant ne lui
appartient pas.
Voilà,
ce que fait aussi Dieu, notre père. Lui aussi, il éprouve souvent ceux qu'il
aime, en leur envoyant des souffrances et des revers, pour les purifier de
leurs imperfections. Ainsi s'explique la parole de l'archange Raphaël à Tobie «
Parce que tu étais agréable à Dieu, tu as dû subir l'épreuve.» S. Paul de son
côté dit que le Seigneur châtie celui qu'il aime. — Quand un médecin voit qu'il
peut sauver son patient, il lui fait prendre des médicaments et le soumet à la
diète. S'il voit au contraire que la maladie est incurable, il permet au malade
de manger ce qu'il veut. — Dieu agit de même. Voit-il qu'un pécheur peut encore
être sauvé, il lui envoie des maux, qui le délivrent de toute attache criminelle
aux biens de ce monde, car les souffrances lui rendent amères toutes les joies
de la terre et tous les plaisirs sensuels. Quant aux pécheurs endurcis et qui
ne veulent pas se corriger, Dieu les laisse faire, et ainsi l'on rencontre
parfois des impies qui jouissent ici-bas d'un semblant de bonheur. C'est d'eux
que Saint Augustin a dit : « Il n'y a pas de plus grand malheur que le bonheur
des pécheurs », ou encore : « C'est une grande croix de n'avoir pas à porter de
croix. »
jeudi 6 août 2015
Père Onésime Lacouture - 2-6 - L'Incarnation
SIXIÈME
INSTRUCTION L’INCARNATION.
«Le
Verbe s’est fait chair, et Il a habité parmi nous!» Jo I.
Plan
Son importance. Triste état du genre
humain. (La gloire de Dieu. L’intention divine est: (Racheter le monde. (Nous donner la vie divine. (Paroles de l’Ange à Marie. L’exécution: L’Annonciation. (Paroles de Marie à l’Ange. L’Incarnation: (Le Verbe se fait chair. (L’humanité de Jésus. Effets de l’Incarnation dans: (La Sainte
Vierge. (Le chrétien.
SON
IMPORTANCE
Ce
mystère est la merveille des merveilles: Dieu ne peut rien faire de plus
parfait qu’un homme-Dieu dans notre monde visible. L’Incarnation est le principe et le fondement
de notre religion; de là nous viennent tous les trésors de science et de
sagesse de Dieu avec la vie surnaturelle et la vision béatifique. Il dépasse tellement les hommes que peu sont
capables d’en saisir la portée pour notre vie surnaturelle. Les fidèles comme les prêtres devraient
s’appliquer davantage à exploiter ces grands mystères que Jésus est venu en
personne nous révéler et dont les Pères de l’Eglise se sont servis pour la
sanctification des fidèles de leur temps.
Il semble qu’on en tirait plus de profit alors que de nos jours. On se contente trop de simplement les exposer
«en soi»: on devrait ensuite les donner à vivre dans le détail de la vie.
Cette
union réelle de la divinité avec l’humanité dans la Personne du Verbe est
sûrement la plus difficile à croire au monde.
Aussi depuis dix-neuf siècles qu’elle a été attaquée de toutes les
façons possibles. Mais Dieu a pris soin
de l’établir sur des bases tellement solides et si bien prouvées que tout
esprit droit est tenu de l’admettre.
Elle repose surtout sur les prophéties et sur les miracles opérés par
cet Homme-Dieu au nom de Dieu. Ce n’est
pas le lieu de prouver que Jésus était Dieu et homme en même temps; ce n’est
pas une classe de théologie, mais une retraite où on sert les mets à manger,
non pas à analyser. Nous voulons la
méditer ici afin d’en tirer une bonne nourriture pour nos âmes. Nous savons déjà que le Verbe s’est fait
homme afin de nous faire des êtres divins; c’est justement dans cette intention
que nous allons étudier en priant ce grand mystère qui nous apporte tous les
biens du ciel. Le mieux est d’aborder
cette méditation surtout avec le coeur et l’amour de Dieu plutôt qu’avec la
tête et notre petite science acquise.
C’est la lumière divine que nous voulons et que nous attendons du
St-Esprit. En repassant ce que la
Révélation nous enseigne de ce mystère, nous comptons sur ces touches
intérieures du St-Esprit qui fait passer les vérités de la foi dans la pratique
de la vie quotidienne. Prions dans cette
intention tout en méditant.
TRISTE
ÉTAT DU GENRE HUMAIN
Pour
mieux apprécier le grand bienfait de l’Incarnation, il est bon de jeter un coup
d’oeil sur la déchéance épouvantable où les hommes sont tombés après le
péché. Le contraste avec le magnifique
plan de Dieu pour le bonheur des hommes excitera peut-être notre reconnaissance
et allumera un peu d’amour de Dieu dans notre coeur. Le péché a irrité Dieu contre les hommes
qu’il poursuit maintenant de sa justice comme auparavant par son amour. St.
Paul dit aux Rom. 5-: «C’est par
le péché d’un seul que tous les hommes sont tombés dans la condamnation.» Comme
les enfants sont solidaires de leur père, si celui-ci vient à perdre sa
fortune, les enfants en souffrent aussi comme lui, ainsi Dieu a fait pour la
race humaine. Personne n’a le droit de
se plaindre puisqu’il les rend solidaires aussi avec le Christ Rédempteur,
comme le dit S. Paul dans le même texte:
«C’est par la justice d’un seul que tous les hommes reçoivent la justification
de la vie.»
La
vie de l’homme est devenue un châtiment; il naît en pleurant et il meurt en
pleurant. Entre ces deux extrêmes, sa
vie est un travail pénible; la terre produit des ronces et des épines et il
gagne son pain à la sueur de son front.
Que de maladies et d’infirmités dans le monde! Les hommes ont animalisé l’esprit au lieu de
spiritualiser l’animal. Ils se
maltraitent les uns les autres et s’entre-tuent dans des guerres fréquentes
avec tous les maux qui s’ensuivent pour tout le monde. Au point de vue moral, leur vie est encore
plus lamentable; ils commettent tous les crimes possibles et se servent de leur
esprit pour accentuer les mauvaises tendances de l’animal, ce que les animaux
ne font pas.
Le
terme final serait l’enfer pour plusieurs et au mieux dans les Limbes où
iraient ceux qui auraient suivi la loi naturelle. C’est pour nous faire descendre dans le
concret que S. Ignace énumère les races
de différentes couleurs, les différents soucis de chacun, etc. Pour être pratique il faut aller dans les
détails, quelque insignifiants qu’ils puissent paraître en eux-mêmes. Ce tableau des moeurs dépravées du genre
humain avant l’Incarnation peut bien ne pas nous frapper d’étonnement, puisque
même après on voit la masse du monde presque aussi corrompue. N’empêche que cette corruption actuelle se
produit par le même éloignement de Dieu que chez les vrais païens. L’électricité nous fournit une fameuse belle
lumière, mais ceux qui ne s’en servent pas, ne sont pas mieux qu’avant son
invention, mais la faute n’est pas à l’électricité, mais à la sottise de ceux
qui ne veulent pas s’en servir. De même
ceux qui ne veulent pas de Jésus tombent aussi bas que les païens par leur
propre faute ou par leur ignorance.
C’est aux prêtres à expliquer plus souvent ce grand mystère de notre foi
et cela d’une façon pratique et concrète pour que les fidèles puissent en tirer
profit spirituel pour leurs âmes. C’est
dans l’Incarnation que nous apprendrons le moyen de nous laisser diviniser là
ou le Verbe s’est humanisé. Car il se
fait homme précisément pour nous faire des êtres divins. La racine de notre divinisation est donc dans
ce mystère d’un Dieu fait homme. Plus
les saints avancent en vertu et plus ils s’approchent de l’Homme-Dieu, non
simplement «en soi», mais dans la transformation qu’il fait de l’humain en
lui-même afin de nous montrer comment le faire aussi en nous. C’est l’activité entre les deux qui doit nous
intéresser le plus: c’est là que se fait l’échange entre la nature divine et la
nature humaine. C’est ce commerce
merveilleux qu’il faut comprendre à fond pour savoir comment travailler
efficacement à sa sainteté. Ne perdons
pas ce point de vue} il est capital.
Jésus est une vie qui circule dans l’être, un feu qui dévore l’humain et
une lumière qui éclaire toutes les facultés de l’homme. l’intention divine.
Dans
les oeuvres de Dieu, il est toujours bon d’essayer quand on peut, de se mettre
comme à la place de Dieu pour prendre son point de vue ou ses intentions quand
elles nous sont connues par la révélation.
On comprend autrement mieux en projetant ces lumières divines sur le
mystère que l’on considère. Voyons donc
dans le détail quelques unes des intentions divines dans l’Incarnation.
La
gloire de Dieu est la première et la plus importante. Etant l’Infini Bien, Dieu veut se manifester,
faire connaître ses perfections infinies.
Comme les riches de la terre aiment à étaler leurs richesses précisément
pour avoir des louanges et de l’honneur.
Ce n’est qu’un faible échantillon de la gloire que Dieu veut pour
lui-même, et Lui, non pas par caprice ou injustement comme les hommes, mais par
essence. Comme le Verbe est par essence
la manifestation ou le reflet du Père, il continue sa fonction essentielle en s’incarnant. Il vient donc sur la terre avant tout pour
faire connaître le Père et les joies du paradis en union avec le Père. Il dira à la fin de sa vie terrestre: «Je
vous ai glorifié; j’ai accompli l’oeuvre que vous m’aviez donné de faire.»
Quand les disciples lui demandent comment prier, Jésus mettra encore la gloire
de son Père avant toutes autres choses: «Que Votre Nom soit sanctifié!» Quand
sa mère lui reproche de l’avoir laissée, Jésus lui dit: «Ne saviez-vous pas que
je devais être tout aux choses de mon Père?» Glorifier Dieu est donc toute sa
vie et éternelle et temporelle: en tant que Dieu et en tant qu’homme. Puisque notre vie doit aboutir à reproduire
le mieux possible celle de Jésus, on voit tout de suite ce qui doit dominer
dans notre esprit et dans notre coeur: la même chose qu’en Jésus: glorifier
Dieu. Rayonner le divin est donc le but
de la vie de tout chrétien. Il doit
déverser sur le prochain les flots de l’amour divin dont il doit être plein. Il ne fera cela seulement qu’en proportion
qu’il vit uni à Jésus et qu’il reproduit sa vie dans le courant, dans le détail
de sa vie. Or, sont-ils nombreux ceux
qui débordent de divin? qui parlent de
Dieu et des choses de Dieu? qui ne sont
intéressés qu’aux choses de Dieu? Comme
ils sont rares! Comme ils sont rares
donc ceux qui connaissent leur vocation de chrétien et la nécessité de vivre la
vie de Jésus! Il y a trop de prêtres
philosophes qui se contentent de faire un étalage de leur science spéculative
de Jésus simplement pour en parler, mais qui ne le connaissent pas comme une
vie à vivre tout de suite. Pour cela il
nous faudrait plus de prêtres théologiens qui donnent Jésus à vivre, comme un
amour à vivre. Que Dieu les multiplie
pour sa gloire! Racheter le monde.
Le
Verbe incarné en venant chez les hommes déchus ne pouvait pas accomplir sa
fonction essentielle de donner son Père avant de guérir les blessures faites
par le péché. Il faut qu’il enlève cet
obstacle. Un médecin vient chercher un
ami pour un banquet; mais il trouve son ami malade, il faut qu’il le guérisse
d’abord avant de le faire participer à son banquet. C’est un peu ce que Jésus a fait. Il trouve le genre humain fort malade; alors
il se fait médecin pour guérir ses plaies et donc Rédempteur. Il faut qu’il expie les péchés des hommes et
qu’il satisfasse la justice divine offensée par les hommes. Pour notre esprit, il voit là deux idées:
souffrir puis ensuite faire connaître son Père, mais dans le concret c’est en
souffrant dans sa vie mortelle qu’il glorifie Dieu en même temps. Pendant qu’il est persécuté par les Juifs, il
nous parle constamment de son Père et des choses du ciel et des moyens pour y
arriver. Les bons catholiques qui
veulent avancer davantage dans la perfection et en union avec Dieu doivent
imiter le Sauveur en commençant par satisfaire la justice divine pour leurs
péchés. Trop de chrétiens pensent que du
moment qu’ils ont confessé leurs péchés et accompli leur pénitence
sacramentelle, que tout est fini. Non, il
reste encore une bonne partie de la peine temporelle due aux péchés. Cesser de faire des dettes ne suffit pas pour
les payer. Cesser de pécher ne suffit
pas pour payer ses vieux péchés. Donc il
faut faire pénitence. On voit que Dieu
demande des sacrifices à ses amis en proportion des lumières et des grâces
qu’il veut leur donner. Commençons donc
toujours par faire pénitence si nous voulons grandir en sainteté. Voilà ce qui est vivre la vie de Jésus, qui a
été une vie de souffrance et de pénitence.
Nous donner la vie divine. Dieu a
créé les hommes pour en faire des enfants adoptifs en leur communiquant sa
propre vie par la grâce. Non seulement
il nous pardonne nos péchés, mais il nous communique sa propre vie divine. Il aurait pu nous montrer son amour en nous
faisant du bien dans l’état de simples hommes que nous étions. Mais il nous élève à son rang, il nous fait de
sa race pour pouvoir nous rendre participants de sa nature et de tout son
bonheur comme Dieu. Jo. 1: «À tous ceux qui l’ont reçu, il a donné le
pouvoir de devenir les enfants de Dieu, à ceux qui croient en son nom, qui sont
nés ni du sang ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais
de Dieu même!» 1 Jo. 3: «Voyez quelle
charité le Père a eue pour nous de vouloir que nous soyons appelés et que nous
soyons réellement enfants de Dieu.» D’ordinaire, quand on parle de vie divine,
les prêtres entendent la grâce sanctifiante seulement… et bien sottement. La grâce sanctifiante est un fond de nature
divine qui nous est donnée précisément pour nous faire agir divinement. Comme Dieu nous donne la nature humaine pour
nous faire agir humainement. L’homme qui
ne se sert pas de ses facultés spirituelles est un idiot, un homme manqué dans
sa partie essentielle: la raison. Le chrétien
qui a la grâce sanctifiante et qui n’agit pas divinement dans ses facultés
spirituelles est un idiot devant Dieu, un être divin manqué dans sa partie
essentielle, la partie libre. On n’a pas
de mérite à avoir la grâce sanctifiante, car personne ne peut la mériter. Elle est une condition essentielle pour avoir
du mérite, mais elle n’est pas le mérite.
Il est dans la partie libre de la volonté. C’est donc celui qui agit divinement dans sa
mentalité qui mérite et qui glorifie Dieu.
Si
la grâce sanctifiante nous fait enfants de Dieu, St. Paul dit aussi aux Rom. 8-14: «Ce sont ceux qui sont conduits par
l’Esprit de Dieu qui sont enfants de Dieu.» Cela se fait dans les facultés
libres. Donc pour être véritablement et
complètement enfants de Dieu, il faut non seulement la grâce sanctifiante, mais
aussi suivre le divin dans sa mentalité.
Un chrétien qui agit comme un païen dans sa mentalité est un idiot
surnaturel! Et Dieu n’est pas plus
content d’eux que des parents sont contents de leur idiot naturel. Est-ce que le Père ne produit pas constamment
son Verbe et les deux ensemble exhalent le StEsprit: la connaissance et l’amour
divin? Or, la Trinité vient en nous
pour nous faire participer à cette activité divine. Dieu veut produire dans mon intelligence sa
sagesse ou son Fils pour que je pense comme Dieu, et les deux veulent produire
le St Esprit ou l’Amour de Dieu dans mon coeur ou ma volonté. Voilà pourquoi le Père me donne la vie divine
pour que j’agisse divinement dans mes facultés libres et spirituelles. Quand estce que les prêtres vont bâtir toute
leur prédication et leur enseignement selon cette activité mentale en
nous? Donc la mentalité chrétienne est
aussi nécessaire que la grâce sanctifiante de fait et dans le concret, comme
les facultés sont aussi nécessaires que l’âme.
Comme le Verbe et le Saint-Esprit sont aussi nécessaires que le
Père. Cessons de parler tant de la grâce
sanctifiante et si peu de la mentalité chrétienne qui alimente la grâce
sanctifiante. On dit souvent que si on
meurt en état de grâce on va au ciel… Oui, la grâce sanctifiante suffit pour
mourir, mais si on vit il faut la mentalité chrétienne pour garder la grâce
sanctifiante. Ainsi la vie «en soi» est
plus importante que la nourriture que nous prenons, mais «dans moi» la
nourriture est aussi importante que ma vie puisque sans nourriture je perds ma
vie. Sortons donc des «in se» et comme
on descendrait alors pratique en spiritualité!
Donc Jésus nous apporte la vie divine qui consiste et dans la grâce
sanctifiante et dans l’activité libre des facultés surnaturalisées par les
motifs surnaturels, sans quoi nous perdons la grâce sanctifiante. Qu’on ne sépare plus jamais de la vie ces
deux choses absolument nécessaires à la vie divine du chrétien. Toutes les exhortations de Jésus et des
Apôtres sont pour diviniser nos facultés et c’est par là que nous garderons
notre grâce sanctifiante. Si on veut une
bonne confirmation de ce qui précède, c’est de voir l’action des démons par
rapport à ces deux sortes de prédications.
Jamais de la vie ils attaqueront un prêtre qui prêche la grâce
sanctifiante seulement; il ne sera jamais persécuté par qui que ce soit. Mais dès qu’on insiste sur la nécessité de
diviniser aussi nos facultés ou notre mentalité en l’orientant par des motifs
surnaturels vers Dieu, tout de suite on est critiqué, dénoncé et persécuté par
une foule de docteurs en Israël ou par les philosophes de la théologie, les
instruments ordinaires des démons pour empêcher la vraie prédication de toute
la doctrine de Jésus d’une façon concrète en ligne avec l’amour de Dieu et avec
notre salut éternel.
Pour
tuer quelqu’un ce n’est pas nécessaire de le poignarder; il suffit de
l’empêcher de manger. C’est exactement
ce que les démons font à l’aide des philosophes; ils empêchent les prêtres de
prêcher une vie concrète ou d’alimenter le coeur des fidèles par une vraie
théologie et non par une simple philosophie de la religion comme les
philosophes de la théologie donnent au monde.
C’est le grand mal actuellement dans l’Eglise: les prêtres ne cultivent
pas assez la mentalité du peuple: comme les démons ont fixé leur attention sur
la grâce sanctifiante, ils ne s’occupent pas de donner la nourriture
spirituelle qui alimenterait la grâce, qui est le divin dans les facultés. Celui qui garde une mentalité païenne perdra
sûrement la grâce avec le temps et toutes les tentations qui vont lui
arriver. Comme on ne s’occupe pas de sa
vie, mais de la nourriture qui l’alimente, ainsi laissons de côté la vie divine
de la grâce sanctifiante et occupons-nous de la mentalité surnaturelle et nous
garderons bien la grâce. l’exécution:
l’annonciation Dieu n’a pas demandé seulement la grâce sanctifiante à Marie,
mais il lui a demandé de renoncer à son propre jugement et à sa volonté afin de
les soumettre et à la sagesse divine et à la volonté divine. Eh bien, Dieu fait pour nous la même chose:
Parce qu’il nous a donné sa vie il nous demande d’en faire des actes. Là est notre mérite et sa gloire: Voyons
maintenant des êtres divinisés agir divinement et qu’ils nous servent de modèles
pour toute notre vie. Le travail de la
sainteté est celui de l’Incarnation du Verbe en nous ou l’Incarnation continuée
dans les membres de Jésus. Les paroles
de l’Ange à Marie. Gabriel est l’ange
choisi pour annoncer l’Incarnation: c’est lui qui annonce à Daniel les 70
semaines d’années avant la venue du Messie; Il annonce à Zacharie la venue du
Précurseur Jean-Baptiste et enfin il est envoyé à Marie pour l’exécution de ce
mystère. Quelle sublime mission pour
Gabriel! La mission du prêtre est encore
plus belle! Non seulement il annonce Jésus,
mais il le fait descendre dans l’hostie consacrée, le donne aux fidèles, prêche
sa doctrine et pardonne les péchés en son nom.
Aucun ange peut faire cela. Que
cette comparaison, en passant, stimule les prêtres à se rendre dignes d’une si
sublime vocation! «Je vous salue, pleine
de grâce, le Seigneur est avec vous et vous êtes bénie entre les femmes.» Il la
loue en elle-même devant Dieu et devant les hommes. Voilà trois louanges que tout chrétien et
surtout tout prêtre qui doit donner Jésus au monde doit mériter! Il doit être saint en lui-même, être saint
devant le monde, et saint devant Dieu.
Le peuple a une espèce d’instinct pour découvrir l’hypocrisie dans un
acteur; il sait quand un prêtre parle du coeur ou seulement de la tête. La sainteté est une affaire de longue
haleine; on n’est pas saint du jour au lendemain. La Sainte Vierge a passé toute sa vie dans la
prière, le mépris du monde et dans l’union avec Dieu. Tout chrétien doit aussi prendre toute sa vie
pour se sanctifier et non pas seulement certaines époques comme les retraites,
ou la réception d’un sacrement ou une maladie sérieuse; c’est tous les instants
de la vie qui doivent être consacrés aux choses de Dieu. Dieu nous le commande expressément à cause de
notre destinée surnaturelle: «Vous serez saints parce que je suis saint.» Nous
nous en allons pour participer à la vie de Dieu qui est la sainteté même; nous
devons donc nous efforcer d’être saints dans toute la force du mot. Pour cela il faut être tout aux choses de
Dieu comme la Ste Vierge l’était et que Jésus le sera. Nous appartenons à la même famille!
Comme
Marie est toute surprise de cette salutation inouïe, l’ange ajoute: «Ne
craignez pas, Marie, car vous avez trouvé grâce devant Dieu.» Il veut dire
qu’il vient en ami de la part de Dieu pour lui annoncer de bonnes choses. Toujours l’humain tremble devant le divin; il
le dépasse tellement que la nature frémit devant le céleste. Puis l’archange délivre son message, le plus
sublime au monde et de toute l’éternité: l’union de la nature divine avec la
nature humaine dans la Personne du Verbe.
Depuis quatre mille ans que le monde attend ce Sauveur annoncé par tant
de prophètes, par tant de figures et l’objet des prières de tant de saints. Enfin les paroles de l’Ange retentissent
claires, simples et fécondes dans la pauvre chaumière de Marie à Nazareth et
tombent dans l’âme recueillie et pure de Marie comme du froment pur dans une
bonne terre qui va produire du cent pour cent!
Chaque mot est plein de sens pour notre religion. «Vous concevrez dans votre sein et vous
enfanterez un fils à qui vous donnerez le nom de Jésus.» Cette première partie
regarde l’humanité de Jésus. Chaque mot
l’affirme avec une force incomparable.
Dieu savait que ce serait le dogme le plus difficile à croire pour les
hommes. Pendant plusieurs siècles toutes
sortes d’hérésies se sont attaquées à l’humanité de Jésus. On dirait que les démons ont tout fait pour
empêcher la croyance à l’humanité de Jésus.
C’est
une preuve qu’elle leur fait un grand tort et donc qu’elle est bien précieuse
pour notre sanctification. Nous devons
donc tous insister sur ce point. C’est
un fait d’expérience que les chrétiens ne sont pas portés à l’humanité de
Jésus. Ils préfèrent prier Dieu
directement que de s’adresser à Jésus-Homme.
Dieu est partout par sa divinité, mais Jésus en tant qu’homme n’est que
dans nos tabernacles sur terre et dans la communion. Quelle terrible indifférence envers Lui dans
l’Eucharistie: Comme peu vont le visiter avec amour et intérêt! Combien peu le reçoivent dans la
communion! Combien peu se servent de
l’idée qu’il était homme comme nous pour s’encourager dans les épreuves de la
vie! Au lieu de se plaindre chacun devrait
dire: je travaille bien fort, mais mon Sauveur aussi a travaillé comme moi! C’est dur d’être pauvre, mais Jésus l’était
encore plus que nous! C’est bien pénible
de souffrir, mais Jésus mon Sauveur a souffert encore plus que moi, etc. Ce n’est pas facile pour un homme de vivre
comme Dieu! C’est vrai, mais Jésus était
homme comme moi et il a vécu comme Dieu.
On va dire qu’il était Dieu, c’est vrai, mais aussi il nous donne sa
grâce divine pour nous donner la force de vivre divinement comme lui. Sa divinité ne l’empêchait pas plus de sentir
les souffrances corporelles que notre grâce sanctifiante nous empêcherait de
sentir des coups de fouet. Gardons cette
idée que c’est en tant qu’homme aussi qu’on dont l’imiter. Cultivons donc son humanité dans l’Eucharistie
en le visitant et en le recevant dans la communion. Comme l’ange commence par affirmer son
humanité ainsi nous commençons par aller à son humanité afin d’arriver à sa
divinité.
C’est
notre propre humanité qu’il va assumer et donc il sera semblable à nous en tout
excepté pour le péché. Il sera sensible
aux outrages comme nous, sensible aux louanges comme nous, cherchant l’amour
comme nous et heureux d’être aimé comme nous!
Il voudra nous avoir comme ses confidents, comme ses amis intimes, et il
s’ouvrira à ceux qui s’ouvrent à Lui; il veut que nous soyons frères dans toute
la force du mot. Il ne veut pas que nous
le voyions au ciel perdu dans les hauteurs inaccessibles pour nous; il vient en
ce monde pour être des nôtres, ayant la même nature humaine en chair et en os
avec un esprit et un coeur humains comme les nôtres. «Personne ne vient au Père que par moi». C’est vrai de son humanité comme de sa
divinité. Faisons donc un grand cas de
son humanité.
St. François de Sales dit que l’humanité de Jésus
fait la même fonction en lui que le plomb derrière une vitre pour refléter les
objets. Elle est donc le miroir de la
divinité: c’est en elle qu’il faut aller chercher le divin.
L’ange
signale trois preuves absolument convaincantes de son humanité: «Vous concevrez
dans votre sein,» donc sa conception est comme celle des autres enfants dans le
sein de leur mère. «Vous enfanterez un
fils,» évidemment le même qui a été conçu en elle. «Vous lui donnerez le nom de Jésus», qui veut
dire: sauveur; et donc qui rachètera le monde par ses souffrances et par sa
mort. Il est donc véritablement homme
comme nous. Le fait qu’il est Dieu ne
l’empêche pas plus d’être le véritable fils de Marie que le fait que son âme ne
vient pas de sa mère, mais de Dieu, ne l’empêche d’être le véritable fils de sa
mère. Arrêtons-nous longtemps sur cette
première partie des paroles de l’ange; elles sont les plus difficiles à
accepter pour nous, mais aussi les plus efficaces, non pas «en soi», mais d’une
façon concrète pour nous, parce que c’est par son humanité que nous pouvons
arriver à sa divinité. Voici maintenant
ce qui concerne sa divinité: «Il sera grand et il sera appelé le Fils du
Très-Haut. Le Seigneur Dieu lui donnera
le trône de David son père et il régnera éternellement sur la maison de Jacob
et son règne n’aura point de fin.» Toutes ces paroles sont celles des prophètes
sur lesquelles il nous faut nous appuyer pour admettre la divinité de
Jésus. En disant que Dieu lui donnera le
trône de David son père et qu’il régnera éternellement sur la maison de Jacob,
l’ange nous indique que c’est aussi en tant qu’homme qu’il est le Roi du ciel
et de la terre; c’est donc l’Homme-Dieu ou le Dieu-Homme qui est notre Roi pour
l’éternité.
Il
est le Fils de Dieu et son règne n’aura point de fin. Ce sont des idées qui devraient nous
transformer totalement. Jésus est Dieu
et éternel! et il nous veut avec lui et
en lui pour pouvoir nous communiquer par son humanité les perfections infinies
de la Trinité: nous faire jouir du bonheur des trois Personnes divines et cela
pour l’éternité.
Que
sont nos petits bonheurs de quelques années si courtes et encore mélangées de
toutes sortes de misères, comparées au bonheur de Dieu éternel? Le Verbe vient en ce monde pour nous chercher
afin de nous avoir avec lui au sein de la Trinité; Quel dommage que cette
sublime vérité nous laisse froids: Comme il faut être borné, pour ne pas sauter
tout de suite sur cette Destinée surnaturelle!
C’est que sans Jésus nous ne pouvons rien, pas même vouloir le ciel. Il faut que Dieu vienne à notre secours pour
nous éclairer l’intelligence et fortifier notre volonté. Alors sommes-nous responsables? Notre responsabilité est de ne pas prier pour
cette grâce ou de ne pas prier assez.
Nous savons que Jésus dit: Sans moi vous ne pouvez rien. C’est donc insinuer clairement que nous devons
prier pour avoir la grâce. Marie ne
pouvait pas devenir la Mère de Dieu par ses propres forces, ni même soupçonner
qu’elle pouvait le devenir même par la grâce de Dieu. Mais elle a tellement prié pour plaire à Dieu
et pour le posséder qu’il lui a donné infiniment plus qu’elle ne
demandait. Eh bien, c’est à nous de
prier tellement Dieu pour lui être agréable et pour le posséder un jour au
ciel, qu’il nous accorde une foule de grâces que nous soupçonnons même pas et
que nous n’avons jamais demandées. Les
grâces de choix que Dieu a données à ses Saints leur arrivaient à leur insu;
ils n’y avaient jamais songé. Nous
connaissons si peu le monde surnaturel que nous ignorons parfaitement ce qui
peut nous venir de là. Mais qu’on
supplie Dieu habituellement de nous donner ses biens célestes, de nous rendre
agréables à lui et de l’aimer comme on peut le faire en ce monde… et lui
choisira dans les trésors de sa sagesse ce qui fera le mieux pour notre
sainteté. On croirait que Marie eût
sauté sur ces magnifiques promesses et qu’elle eût répondu tout de suite: Oui,
avec grand plaisir! Mais, non, elle
hésite et demande des explications: «Comment cela se fera-t-il, car je ne
connais point d’homme?» Ce n’est pas un doute, mais une réelle difficulté. En entendant parler d’avoir un fils, elle
pense évidemment à un voeu qu’elle a fait de ne jamais se marier. Autrement quand même elle n’aurait pas connu
d’homme jusque là, elle pouvait faire comme les autres et se marier pour avoir
des enfants. Une espèce de promesse ou
de voeu seul justifie son objection.
Alors l’ange va résoudre sa question ou difficulté en lui laissant son
voeu. «Le St. Esprit surviendra en vous et la vertu du
Très-Haut vous couvrira de son ombre; c’est pourquoi le Saint qui naîtra de
vous sera appelé le Fils de Dieu.» Marie deviendra mère sans le concours de
l’homme. Dieu faisant par lui-même ce
qu’il a donné aux hommes de faire.
l’incarnation
Dieu
demande donc à Marie une chose physiquement impossible selon la nature. Pour l’aider à croire l’ange lui dit que sa
cousine Elisabeth a conçu dans sa vieillesse et il ajoute: «Rien n’est
impossible à Dieu.» Voilà notre réponse à nous aussi pour toutes les
difficultés à croire les choses qui viennent de Dieu et qui dépassent notre
nature. Quand Dieu demande de nous
renoncer, d’aimer la pauvreté, de rester chaste, de mépriser les créatures, de
ne vivre que pour les choses du ciel, etc…, toutes ces choses dépassent les
forces de la nature; elles sont contre nature et donc très difficiles. Mais si nous priions Dieu et que nous
comptions uniquement sur lui il nous aidera de sa grâce et nous pourrons
pratiquer toutes ces choses selon les exigences de la foi. Marie ayant eu une solution à sa difficulté
dit: «Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole.»
Chaque mot est un acte de soumission complète à Dieu. C’est le contraire de ce qu’a fait Eve et
donc un commencement de réparation. Eve
comme une païenne ne s’est arrêtée qu’au sensible dans ce que Dieu lui
défendait, comme Lucifer avant elle avait fait en s’arrêtant trop à l’humanité
de Jésus que Dieu lui demandait d’adorer et comme tous ceux qui pêchent
font. Marie, elle, ne s’arrête qu’à la
Volonté de Dieu comme St. Michel avait
fait avant elle, comme Jésus fit dans sa passion et comme tous ceux qui
obéissent à Dieu font. Ceux qui sont à
Dieu regardent d’abord la volonté de Dieu, et ensuite que le païen s’en tire
comme il le pourra; tant pis pour lui s’il doit souffrir. Ceux qui n’appartiennent pas à Dieu regardent
d’abord la chose qu’ils aiment ou qu’ils détestent, puis les réactions dans
leur païen et ensuite que Dieu s’en tire comme il peut. Le païen d’abord… Dieu ensuite… même s’il
n’est pas content… on veut contenter son païen.
A quel groupe appartenez-vous?
Pensez-vous à Dieu d’abord puis à vous-mêmes? ou à vous-mêmes d’abord puis à Dieu
ensuite? Il est temps de choisir pour
tout de bon et pour la vie… Dieu demande des choses tellement difficiles ou
impossibles à ses amis qu’ils doivent renoncer totalement à leur personnalité
morale, comme St. Michel et les bons
anges, Abraham, la Sainte Vierge et Jésus qui se fait obéissant jusqu’à la mort
de la Croix! Voilà nos modèles. Ils n’ont pas crié comme tant de chrétiens
devant les épreuves demandées par Dieu: Ça n’a pas de bon sens. C’est impossible. C’est ridicule. Mais ils ont dit: Qui est semblable à
Dieu? Lui seul mérite d’être obéi. Ou comme Abraham, qui obéit tout de suite, ou
comme Marie, qui dit: «Qu’il me soit fait selon votre parole»; ou comme Jésus:
«Que votre volonté soit faite et non la mienne». Cessons donc de nous énerver et de critiquer,
de regimber et de nous plaindre. Quelque
pénible qu’une chose puisse être, dès qu’elle vient de Dieu, disons: Que votre
volonté soit faite… Toutes ces épreuves contre nature sont normales dans la vie
de tout homme destiné au ciel; il faut que l’humain meure pour faire place au
divin; c’est pour cela que Dieu attaque le jugement, la volonté et tout l’être
humain. C’est normal, c’est ordinaire et
tout homme devrait s’y attendre et se préparer en conséquence, se préparer à
accepter de Dieu toutes ces contrariétés… et faire sa volonté.
Le
Verbe se fait chair. Après que Marie eut
dit son Fiat, le St-Esprit embellit Marie de toutes les grâces convenables pour
être la Mère de Dieu et les trois Personnes de la Ste. Trinité opèrent en elle la conception de
Jésus. Enfin le Messie est arrivé dans
le monde! Tous les soupirs et toutes les
prières des justes de l’Ancien Testament sont exaucés… Le monde va être
racheté! Il faut s’arrêter à l’humilité
du Verbe qui descend au niveau de sa créature, bien plus, à sa créature
pécheresse. Puis aussi Marie s’anéantit
devant le Verbe et elle s’abandonne complètement à Dieu comme sa servante pour
absolument tout ce qu’il voudra d’elle le reste de sa vie. Comme Dieu a tout tiré du néant pour sa
création, ainsi il tire notre rédemption de l’abaissement de son Verbe et de sa
Mère. Quelle leçon pour nous tous! Surtout pour ceux qui prétendent faire du
bien aux autres, qui veulent les diviniser.
Dieu se servira de nous en proportion que nous nous effacerons pour lui
laisser la gloire de tout ce qu’il voudra bien faire par nous. Il faut l’humilité dans la créature pour que
le Créateur agisse en elle et par elle.
Celui qui est plein de lui-même et qui s’élève va dans la direction
opposée de Jésus; il ne le trouvera jamais.
S’effacer et s’oublier est le seul chemin pour trouver Jésus. L’Incarnation est la mort et l’anéantissement
du païen en nous. Comme Marie et le
St-Esprit en elle ont opéré ce mystère, il nous faut aussi le St- Esprit et
Marie pour former en nous Jésus ou pour continuer en nous l’Incarnation du
Verbe dans les membres du corps mystique de Jésus.
EFFETS
DE L’INCARNATION
Dans
l’humanité de Jésus. Le Verbe est la
seule Personne dans ce composé du divin et de l’humain. Sa nature humaine n’a donc pas sa personne;
c’est le Verbe qui en fait la fonction et qui est le seul Maître en Jésus. Son humanité lui est donc parfaitement
soumise en absolument tout; elle acquiesce à tout ce que le Verbe veut, et ne
veut rien en dehors de lui; elle est fusionnée en lui aussi parfaitement qu’une
créature peut l’être avec son Dieu.
Voilà notre modèle d’union avec Dieu.
Nous avons déjà notre personne qui veut mener quand Jésus vient en nous. Voilà pourquoi il nous avertit
solennellement: «Si quelqu’un veut être mon disciple, qu’il se renonce
lui-même.» C’est dur. Eh bien, qu’il
prenne sa croix, et pas seulement une fois l’année, mais tous les jours. Dans la Sainte Vierge. Elle a déjà sa personne et qu’elle la garde
au point de vue physique, mais au point de vue moral, elle s’abandonne
totalement et tellement à Jésus qu’elle approche le plus au monde de la
soumission de la nature humaine de Jésus au Verbe. Jamais elle sera en contradiction avec ce que
Dieu veut d’elle et jusqu’à la mort de son Fils sur la croix qu’elle voudra
comme Jésus la veut.
Voilà
donc encore notre modèle d’effacement et d’anéantissement du païen devant le
divin, du naturel devant le céleste.
Dans le chrétien qui a déjà, lui aussi, sa personnalité et qui,
hélas! la garde ordinairement. Il veut bien recevoir Jésus, mais comme
simple visiteur qui ne doit pas déranger le chrétien dans sa vie, il veut mener
son affaire comme il l’entend. C’est mal
comprendre le plan divin. Le Verbe ou
plutôt maintenant Jésus vient en nous pour se substituer à notre personne
morale; elle doit mourir pour que Jésus vive.
Elle doit disparaître pour que Jésus prenne le contrôle de toute notre
activité libre. Le chrétien doit s’effacer
pour essayer d’approcher le plus possible l’humanité de Jésus et celle de la
Ste Vierge. Pour que Jésus dès
maintenant nous mène et nous dirige exactement comme il le fera dans le ciel au
sein de la Trinité. Voilà le but que
tout chrétien doit viser dans tout ce qu’il fait au monde. Il faut qu’il arrive à dire comme St. Paul: «Ce n’est plus moi qui vis, c’est Jésus
qui vit en moi.»
vendredi 31 juillet 2015
Saint Ignace de Loyola - Les deux étendards

INTRODUCTION A LA MÉDITATION
DES
DEUX ÉTENDARDS
Ou
prélude aux considérations à faire sur l’état de vie auquel on peut être
appelé.
(Trad. des Ex.)
Notre-Seigneur obéissant
à Nazareth à ses parents se présente à nous comme le modèle de ce premier état
de vie qui consiste à observer les commandements, et qu'on appelle vie commune.
Mais du moment que Jésus-Christ,
âgé de douze ans, abandonnant son père nourricier et celle qui selon la nature
était sa mère, se rend au temple et y demeure, afin d'y vaquer tout entier au
service de son Père éternel, comme il doit le faire pendant les trois années de
sa vie publique; il semble nous donner l'exemple et l'idée d'un second état qui
est celui de la perfection évangélique.
Il est donc à propos ici,
pendant que nous contemplons sa vie, d'examiner et de demander avec instance la
grâce de connaître quel est le genre propre et l'état de vie où il plaira
davantage à la majesté divine de nous faire servir à sa gloire.
Nous serons guidés dans
cette recherche par l'Exercice suivant, qui met en parallèle et en opposition
les pensées et les vues de Jésus-Christ avec celles de son ennemi mortel. Nous
apprendrons là quelle doit être notre disposition pour que nous arrivions à la
perfection de l'état, quel qu'il soit, que la divine bonté nous conseillera de
choisir.
LES
DEUX ÉTENDARDS.
NOTA. Cet Exercice est
une sorte de parabole, dans laquelle saint Ignace nous représente
Notre-Seigneur et Lucifer comme deux capitaines armés l'un contre l’autre, et
appelant tous les hommes sous leur étendard. Il a pour but de nous remettre
sous les yeux les droits de Jésus-Christ à nos services, et de nous fixer sans
retour sous sa bannière.
Oraison
préparatoire. — La même.
Premier
Prélude. — Considérer d'un côté Notre-Seigneur ; de l'autre,
Lucifer , qui tous deux invitent les hommes à suivre leur étendard.
Deuxième
Prélude. — Construction de lieu. — Se représenter deux vastes
plaines : dans l'une, auprès de Babylone, Lucifer rassemblant autour de lui
tous les pécheurs ; dans l'autre, auprès de Jérusalem, Notre-Seigneur environné
de tous les justes.
Troisième
Prélude. —Demander la grâce de découvrir et d'éviter les pièges
de Lucifer, de bien connaitre et d'imiter les vertus de Jésus-Christ.
PREMIER
POINT.
L'étendard
de Lucifer.
1° Représentez-vous le
prince des réprouvés, dans les vastes plaines de Babylone, sur un trône de feu,
environné d'une fumée épaisse, répandant l'effroi autour de lui par la
difformité hideuse de ses traits et ses regards terribles. Méditez le sens
caché de ces figures. Ces vastes plaines signifient la voie large où marchent
les pécheurs... Babylone, ville de confusion, désigne le désordre d'une
conscience coupable... ce trône de feu est le symbole de l'orgueil et des
passions qui dévorent les âmes comme l'incendie... cette fumée épaisse est
l'image de l'aveuglement du pécheur et de la vanité de ses plaisirs.. ces
traits hideux et ce regard terrible de Lucifer expriment la difformité du péché
et les opérations du mauvais esprit dans les âmes, c'est-à-dire le trouble,
l'agitation, l'abattement et la tristesse.
2° Considérez autour de
Lucifer la foule innombrable de ses sectateurs et de ses ministres....Là, se
trouvent réunis tous les pécheurs de tous les siècles... là, les démons qui,
les premiers, levèrent dans le ciel même l'étendard de la révolte contre Dieu,
esprits dégradés dont le mal est devenu comme la nature... là, tous les hommes
qui se sont faits esclaves des passions et du péché... les orgueilleux... les
impudiques... les ravisseurs du bien d'autrui... les homicides... tous les
scélérats qui épouvantèrent le monde de leurs crimes , etc... Dans cette
immense assemblée, pas un seul homme qui ne soit méprisable par quelque
endroit... Mais pour quel dessein Lucifer les convoque-t-il sous son étendard
?... pour le dessein le plus perfide et le plus barbare qui se puisse
imaginer... Il s'agit de séduire le genre humain tout entier, et, après l'avoir
séduit, de l'entraîner dans un malheur infini...
3° Écoutez en esprit Lucifer
s'adressant à ses ministres, leur ordonnant de tendre de tous côtés des pièges
aux hommes pour les perdre : Venite... insidiemur sanguini, abscondamus
tendiculas contrà insontem frustrà : deglutiarnus eum sicut infernus
viventem... omnem pretiosam substantiam reperiemus , implebimus domos nostras
spoliis[i]. Remarquez ses artifices
et les trois degrés ordinaires de ses tentations...comment d'abord il prend les
âmes par l'amour des riches, puis comment il les jette dans l'ambition, et
enfin de l'ambition dans l'orgueil, abime sans fond, d'où sortent tous les
vices comme de leur source. Voyez avec quelle activité et quelle patience de
zèle les ministres de Lucifer accomplissent l'apostolat qu'il leur impose...
comme ils font tout servir à la perte des rimes... les défauts de l'esprit...
les inclinations du cœur— le caractère... les habitudes... les passions... les
chutes... les vertus même, et jusqu'aux grâces de Dieu... Enfin, contemplez le
succès de l'enfer dans son entreprise... combien d'insensés se laissent prendre
tous les jours à ces pièges!... combien qui s'y jettent en aveugles, et
d'eux-mêmes... combien qui, peu contents de s'être laissé séduire, travaillent encore
à séduire leurs frères!... Faites un retour sur vous-même... étonnez-vous
d'avoir cédé si souvent et si facilement aux tentations de l'ennemi... pleurez
votre folie et votre faiblesse passée, et prenez la résolution d'être plus sage
et plus courageux à l'avenir.
SECOND
POINT.
L'étendard
de Jésus-Christ.
1° Représentez-vous une
plaine riante auprès de Jérusalem, et là, non pas sur un trône, mais confondu
au milieu de ses sujets, Notre-Seigneur, attirant tous les cœurs par la beauté
et le charme irrésistible de ses regards. Méditez le sens caché de ces figures
: cette plaine riante signifie la voie des justes, rude en apparence, mais
douce et heureuse dans la réalité... Jérusalem, cité des Saints, vision de paix,
est le symbole d'une conscience pure... Notre-Seigneur est représenté sans
trône et confondu parmi ses sujets, pour exprimer son humilité et les
anéantissements de sa vie mortelle... Il se montre comme le plus beau des
enfants des hommes... Speciosus forma proe fliis hominum (Ps. 44. 3) et avec
tous les traits sous lesquels l'ont annoncé les Prophètes... Non erit tristis
neque turbulentus[ii]
— Non enim habet amaritudinem conversatio illius, nec toedium convictus illius,
sed loetitiam et gaudium[iii]. — Calamum quassatum non
conteret, et linum fumigans non exstinguet[iv]. C'est l'image de la beauté,
de la vertu et des opérations du bon esprit dans les âmes, c'est-à-dire, de la
joie, du calme, des consolations, etc...
2° Considérez autour de
Notre-Seigneur ses disciples et ses Apôtres... où trouver une plus auguste
assemblée?.., là sont réunis les Justes et les Saints de tous les siècles..,
là, les Patriarches... les Prophètes... le Apôtres... les Martyrs... les
Pénitents... les Vierges... les Docteurs... les saints Pontifes... là, pas un
seul des vices... une seule des faiblesses qui déshonorent l'humanité... là, au
contraire, toutes les vertus et poussées jusqu'à l'héroïsme... Mais pour quel
dessein Jésus-Christ convoque-t-il ses Disciples sous son étendard?... Pour le
dessein le plus juste... le plus noble... le plus généreux qui puisse être...
pour ramener tous les hommes à la vertu, et par la vertu au bonheur du temps et
à celui de l'éternité.
3° Écoutez en esprit
Notre-Seigneur s'adressant à ses Apôtres et leur commandant de se répandre dans
le monde entier pour sauver tous les hommes... Venit Filius hominis quœrere et
salvum facere quod perierat.[v] — Ego veni ut vitam
habeant et abundantiùs habeant.[vi] — Ignem veni mittere in
terram , et quid volo nisi ut accendatur[vii]? — Ite in mundum
universum, proedicate Evangelium omni creaturoe[viii]. —Docentes eos servare
omnia quœcum que mandavi vobis[ix]. Remarquez par quels
degrés opposés aux tentations de Lucifer Jésus-Christ conduit les âmes à la
perfection... Il veut que ses Apôtres leur inspirent d'abord le détachement des
richesses, et ensuite le désir de l'abjection d'où naît comme de sa source
l'humilité, et avec elle toute vertu. Voyez avec quelle ardeur... avec quelle
constance, les Apôtres accomplissent la mission que leur confie le Fils de
Dieu. Représentez-vous tout ce que leur ministère leur coûte de travaux et de sacrifices...
In omnibus exhibeamus
nosmetipsos sicut Dei ministros , in multâ patientid, in tribulationibus , in
necessitatibus , in angustiis , in plagis , in carceribus , in seditionibus, in
laboribus, in vigiliis, in jejuniis , in castitate , in scientiâ, in longanimitate,
in suavitate , in Spiritu sancto , in charitate non fictâ, in verbo veritatis,
in virtute Dei , per arma justitiœ à dextris et à sinistris[x]. Enfin
contemplez le succès de cette entreprise... combien de pécheurs arrachés
heureusement à l'enfer... combien de disciples conquis à la pauvreté et à
l'humilité évangélique... combien d'ap6'tres formés pour le salut des âmes et
la gloire de Dieu... Retour sur vous-même et réflexions pratiques.
TROISIÈME
POINT.
Élection
entre les deux étendards.
Considérez que nous
sommes tous placés entre Jésus-Christ et Lucifer, et qu'il est également impossible
ou de les servir tous les deux à la fois, Nemo potest duobus dominis servire[xi], ou de rester neutre sans
servir ni l'un ni l'autre ; car, dit encore Jésus-Christ : Qui non est mecum ,
contra me est[xii].
Il faut donc nécessairement faire un choix. Or, pour vous décider avec sagesse,
examinez attentivement :
1° Les qualités des deux
chefs. Dans Jésus-Christ tout ce qui peut captiver votre cœur... dans Lucifer,
tout ce qui peut mériter votre aversion et votre haine.
2° Ce qu'ils ont fait
pour vous. Jésus-Christ a été pour vous le plus généreux des bienfaiteurs...
Lucifer, le plus cruel des ennemis.
3° Leur dessein. Celui de
Jésus-Christ, c'est de vous associer à ses travaux et ensuite à sa gloire...
celui de Lucifer, c'est de faire de vous d'abord le complice de ses crimes,
puis le compagnon de son supplice.
4° Leurs promesses.
Jésus-Christ vous promet des biens honorables... infaillibles... infinis... éternels...
Interrogez tous les élus... tous rendent hommage à la vérité de ses promesses...
tous confessent qu'il ne les a trompés qu'en les rendant heureux au delà même
de leurs espérances... Lucifer vous promet des biens indignes de vous...
incertains... qui laisseront le vide dans votre cœur— qui ne feront qu'ajouter
à vos dégoûts et à vos agitations... qui passeront bientôt et se termineront à
un supplice sans fin.
5° Leurs droits. Jésus-Christ a sur votre cœur les droits les plus
sacrés et les plus incontestables... rappelez-vous ce que vous lui devez comme
homme et comme chrétien... ce que vous lui avez promis tant de fois et si
librement et si solennellement... Lucifer n'a de titres qu'à votre mépris. Vous
l'avez renoncé, à la face du ciel et de la terre... sur les fonts du baptême...
à la sainte table... vous ne sauriez-vous donner à lui sans parjure.
Colloques. -- 1° Avec la
très-sainte Vierge... demandez-lui qu'elle vous obtienne de son Fils la grâce
d'être reçu et de marcher constamment sous son étendard, d'abord dans l'amour,
ou même, s'il vous y daigne appeler, dans la pratique de la pauvreté... ensuite
dans l'amour de l'abjection et de l'humilité... Ave, Maria.
2° Avec
Notre-Seigneur...lui demander la même grâce... Anima Christi.
3° Avec le Père
éternel... item... Pater noster.
EXERCICES
DES TROIS CLASSES.
Oraison préparatoire. —La
même.
Premier Prélude. —Se
représenter trois hommes atteints d'une maladie grave, qui tous désirent la
santé, mais dont l'un ne veut d'aucun remède; l'autre, que de certains remèdes
; le troisième accepte tous les remèdes nécessaires à sa guérison.
Deuxième Prélude. —Figurez-vous
que vous êtes en la présence de Dieu et des saints, et offrez au Seigneur un
sincère et ardent désir de lui plaire.
Troisième Prélude.
—Demandez la grâce d'une bonne élection, c'est-à-dire, la grâce de choisir ce
qui est le plus agréable à la divine Majesté, et le plus utile à votre salut.
OBSERVATIONS
PRÉLIMINAIRES.
Dans la méditation des
deux Étendards, nous avons résolu de nous attacher à Jésus-Christ ; il s'agit
d'examiner maintenant si 'cette résolution est sérieuse et vraiment solide. Il
y a trois manières de se donner à Jésus- Christ ; et ainsi ceux qui se disent
ses disciples se peuvent par4er en trois classes, lesquelles correspondent aux
trois sortes de malades que nous présente le premier prélude. Tous en apparence
veulent suivre Jésus-Christ, mais les uns ne veulent lui donner que des désirs;
les au¬tres, que certaines œuvres ; les troisièmes se donnent tout entiers à
lui et sans réserve. A laquelle de ces trois classes prétendons-nous appartenir
?
PREMIER
POINT.
La première classe est de
ceux qui ne veulent donner à Jésus-Christ que des désirs... A cette classe
appartiennent tous ces chrétiens qui sont convaincus de la vérité de la
Religion... des droits et du domaine de Dieu sur l'homme... de la malice du
péché mortel... du malheur d'une âme surprise par la mort dans l'état du péché...
de la nécessité du salut, etc... ils veulent, disent-ils, se sauver, se
convertir... se sanctifier... mais ils s'arrêtent là, et ils laissent de côté
tous les moyens nécessaires à la sainteté... à la conversion... au salut. Ces
chrétiens peuvent se comparer à un malade qui veut guérir, mais qui ne veut se
soumettre à aucun remède : évidemment ce malade ne veut pas sa guérison d'une volonté
sérieuse, et tous ses désirs de santé ne sont que des illusions.
Examinez devant Dieu si
cette disposition n'est pas la vôtre... Vous voulez vous convertir, vous sauver,
vous sanctifier... mais la conversion, le salut, la sainteté... exigent des
démarches, par exemple , la prière... la fréquentation régulière des sacrements...
la fuite des occasions... la réforme des passions et des habitudes mauvaises...
voulez-vous tout cela?
Si cette disposition
était la vôtre, considérez combien elle est criminelle... Elle suppose l'abus
des grâces et des inspirations de l'Esprit-Saint... Dans cet état on tonnait
l'obligation d'être à Dieu... on sent au fond du cœur le désir de se donner à
lui... on trouve autour de soi tous les moyens de conversion ou de
sanctification ; et cependant on s'arrête à une volonté stérile et
inefficace... c'est-à-dire que l'on ressemble à ces Juifs rebelles à la voix de
Notre-Seigneur, dont il a dit : Si non venissem , et locutus fuissem eis , peccatum
non haberent : nunc autem excusationem non habent de peccato suo[xiii] ; ou bien à cette terre
maudite dont parle saint Paul : Terra enim sœpè venientem super se bibens
imbrem...proferens autem spinas ac tribulos , reproba est et maledicto proxima
: cujus consummatio in combustionem[xiv].
SECOND
POINT.
La seconde classe est de
ceux qui ne veulent donner à Jésus-Christ que certaines œuvres. A cette classe
appartiennent tous ces chrétiens qui veulent se sauver, se convertir, se
sanctifier mais qui ne veulent prendre
ni les moyens les plus sûrs, ni tous les moyens de salut, de conversion, de sanctification. Ils ressemblent au malade qui veut
guérir, mais qui veut ne prendre que certains remèdes et rejeter les autres,
les seuls cependant qui soient efficaces.
Faites un retour sur
vous-même… N'y a-t-il pas certains sacrifices que Dieu demande parce qu'ils
sont, vous le savez bien, la condition nécessaire de votre sainteté ou de votre
salut, et que ce pendant vous lui disputez ? N'y a-t-il pas dans votre cœur une
passion dominante, le principe de toutes les autres, l'occasion de toutes vos
chutes, et à laquelle cependant vous voulez faire grâce?
N'y a-t-il pas certains
exercices de prière certaines règles de mortification chrétienne que demande votre retour ou votre
avancement dans les voies de la vertu, et que vous n'osez pas embrasser?
Considérez bien que
rester dans cette disposition, c'est :
1° Perdre le fruit
principal de cette retraite ; car c'est renoncer au degré de vertu auquel Dieu
vous appelait, et par conséquent à toutes les grâces qui en devaient être la
suite, et au degré de gloire qui les eût couronnées dans le ciel.
2° C'est vous exposer à
de très-graves périls du salut éternel; car Dieu a coutume de punir ceux qui
résistent à sa voix, en leur retirant les grâces surabondantes dont il
récompense les sacrifices d'une âme généreuse, et qui se donne à lui sans partage.
3° C'est accroître la
difficulté en voulant l'éviter; car Dieu a coutume do répandre plus d'amertumes
sur les passions que l'ou ménage, en sorte qu'il en coûte plus de les épargner
qu'il n'en eût coûté de les immoler.
TROISIÈME
POINT.
La troisième classe est
de ceux qui se donnent à Dieu tout entiers et sans réserve. A cette classe
appartiennent exclusivement les âmes qui veulent le salut, la conversion, la
sainteté, et qui la veulent à quelque prix que ce soit, et quoi qu'il eu coûte,
et par les moyens les plus efficaces. Ces âmes ressemblent à un malade qui veut
la santé à tout prix, et s'abandonne sans restriction entre les mains et au
traitement du médecin.
Méditez les motifs qui
vous pressent de vous fixer dans cette dernière classe.
1° L'exemple des
mondains. Ils se sacrifient sans réserve pour le monde, et pour quel monde encore!...
Ne ferez-vous pas pour Dieu ce qu'ils font pour les hommes? Et illi quidem ut
corruptibilem coronam accipiant ; nos autem incorruptam[xv].
2° L'exemple du démon.
Est-il un seul moyen qu'il néglige?... une difficulté devant laquelle il recule
lorsqu'il s'agit de perdre une seule âme ? Aurons-nous moins de courage pour
notre salut qu'il en a pour notre perte ?
3°. L'exemple de
Notre-Seigneur. S'est-il donné à nous à demi et avec réserve? Interrogeons la crèche..... la croix et le
tabernacle.... Serons-nous avares de nous-mêmes avec un Dieu si prodigue?
4° Les bénédictions
attachées d cette disposition de cœur, qui sont : la surabondance des grâces...
la paix du cœur et l'onction de l'Esprit-Saint qui adoucira tous les sacrifices
l'assurance morale du salut de grands mérites dans le temps et un poids immense
de gloire pour l'éternité.
Prenons donc la
résolution de suivre Jésus-Christ dans cette troisième classe, et disons avec
l'Apôtre: Ego autem libentissimè impendam et superimpendar[xvi]. —Nihil horum vereor,
neque facio animam meam pretiosiorem quàm me, dummodô consummem cursum meum[xvii].
Colloques. — 1° Avec la
très-sainte Vierge ; —2° avec Notre-Seigneur ; —3° avec le Père éternel, comme
dans l'Exercice des deux Étendards.
Observons ici que,
lorsqu'on se sent au fond du cœur de l'éloignement pour la pauvreté parfaite,
qui consiste non-seulement à être détaché en esprit, mais à se dépouiller
réellement de ses richesses, lorsqu'on se sent incliné au contraire vers la
possession des biens de ce monde , il est très-utile, pour détruire l'effet de
ce penchant, de demander à Dieu , malgré toutes les répugnances de la nature,
qu'il daigne nous appeler à ce détachement complet et effectif; et c'est là ce
qu'il faut non-seulement demander, mais s'efforcer de désirer et solliciter avec
instance, dans le seul intérêt du service et de la gloire de Dieu.
Manrèse ou les exercices spirituels de Saint Ignace mis à la portée de tous les fidèles
[i] «Venez avec nous;
dressons tous ensemble des embûches pour répandre le sang ; tendons en secret
des pièges à l'innocent qui ne nous a fait aucun mal : dévorons-le tout vivant
comme l'enfer dévore les hommes... nous trouverons dans sa ruine toute sorts de
biens et de choses précieuses1 nous remplirons nos maisons de dépouilles. » (
Prov. I. 41. 12. 13. )
[ii] « Il ne sera
point triste dans son abord ni précipité dans sa conduite. » (Is. 42. 4.)
[iii] « Sa conversation
n'a rien de désagréable, ni sa compagnie rien d'ennuyeux ; mais on n'y trouve
que de la satisfaction et de la joie. » (Sag. 8. 16.)
[iv] « Il ne brisera
point le roseau déjà cassé, et il n'éteindra point la mèche qui fume encore. »
(Is. 42. 3.)
[v] « Le Fils de
l'homme est venu chercher et sauver ce qui avait péri. » (Luc, 19.10. )
[vi] « Je suis venu
afin qu'ils aient la vie, et qu'ils l'aient abondamment. » (Jean, 10. 10.)
[vii] « Je suis venu
apporter le feu sur la terre, et que veux-je, si ce n'est qu'il s'embrase » (
Luc. 12. 49)
[viii] « Allez par tout
l'univers, annoncez l'Evangile à toute créature. » (Marc. 10. 15. )
[ix] « Leur apprenant
à observer toutes les choses quo je vous ai prescrites. » (Matth. 28. 20.)
[x] « Agissant en toutes choses comme des
ministres de Dieu, rendons-nous recommandables par une grande patience dans les
maux , dans les nécessités pressantes et dans les extrêmes afflictions ; dans
les plaies, dans les privations, dans les séditions, dans les travaux, dans les
veilles, dans les jeûnes ; par la pureté, par la science, par une douceur
persévérante, par la bonté, par lies fruits du Saint-Esprit, par nue charité
ardente , par la parole de vérité, par la force de Dieu , par les armes de la
justice, pour combattre à droite et à gauche. » (2. Cor. 6. 4, t, 6, T.)
[xi] « Nul ne peut
servir deux matira. » (Matth. 6. 24.)
[xii] « Celui qui n'est
point avec moi est contre moi. » (Luc, 11.23.)
[xiii]
«
Si je ne fusse point venu et que je ne leur eusse point parlé, ils n'auraient
pas de péché à se reprocher ; mais maintenant ils sont inexcusables. » (Jean.
15. 22.)
[xiv] « Une terre
souvent abreuvée des eaux de la pluie qui l’arrose, si elle ne produit que des
ronces et des épines, est en aversion à son maître, menacée de sa malédiction,
et à la fin il y met le feu. » (Hébr. 8.7, 8.)
[xv] « Voilà ce qu'ils
font pour gagner une couronne corruptible, au lieu que nous en attendue* une
immortelle » (1. Cor. 9. 25. )
[xvi] « Pour ce qui est
de moi, je donnerais volontiers tout ce que j'ai ; et je me donnerais encore
moi-même. » (2. Cor. 12. 15.)
[xvii]
« Je ne
crains rien de toutes ces choses, et ma vie ne neuf pas plus précieuse que moi-même.
» (Act. 20. 21.)
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