samedi 14 avril 2018

Père Onésime Lacouture - 3-5 - Apparition aux disciples d'Emmaüs



QUATRIÈME INSTRUCTION
APPARITIONS AUX DISCIPLES D’EMMAÜS.

«O, insensés dont le cœur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit! Ne fallait-il pas que le Christ souffrît ces choses et qu’ainsi il entrât dans sa gloire?». Luc, 24-25.

PLAN
REMARQUE.
DÉCEPTION DES DISCIPLES.
MODÈLE DE CONVERSATION.
JÉSUS LEUR DONNE UNE FORTE LEÇON.
JÉSUS LES ENFLAMME D’AMOUR.
JÉSUS LES RÉCOMPENSE.
REMARQUE

Puisque le Saint-Esprit fait raconter cet épisode dans le détail, c’est qu’il y a mis de bonnes leçons pour notre vie spirituelle. Chacune des apparitions contient des leçons particulières et importantes pour notre perfection surnaturelle. Ici c’est la nécessité de souffrir pour être glorifié au ciel. Prenons-la tout de suite, non seulement de tête; mais de cœur, afin qu’elle passe dans la pratique de la vie.

Que de projets n’avons-nous pas formés pour le bien des âmes et la gloire de Dieu! Mais les années s’écoulent et notre idéal fuit comme le mirage dans le désert! On arrive sur le déclin de la vie et l’on cherche encore les œuvres accomplies selon nos rêves de jeunesse. Une certaine tristesse assombrit la vie et l’on se demande si l’on n’a pas fait fausse route quelque part! Nous avons donc tous besoin de nous instruire à l’exemple de ces deux disciples que Jésus lui-même instruit si puissamment.

Après dix-neuf siècles de christianisme, nous devrions avoir plus de foi qu’eux et mieux comprendre le pourquoi des fiascos de la vie et l’utilité des épreuves. Mais comme nos chrétiens ne profitent pas des leçons des autres! Dès qu’ils ne réussissent pas dans une entreprise quelconque, ils s’attristent et perdent confiance en Dieu. Etudions cet exemple pour devenir plus forts dans les épreuves de la vie et ne plus croire que Dieu est mort, parce que nous ne le voyons plus ou que nous n’éprouvons plus sa présence.

LEUR DÉCEPTION

Ils avaient tout quitté pour suivre Jésus qu’ils croyaient le Messie. Ils lui avaient consacré trois ans de leur vie comme ses familiers et ses compagnons dans ses courses à travers les pays… Ils avaient été témoins de ses nombreux miracles et de tout le bien qu’il avait fait au peuple… Ils espéraient qu’il établirait son royaume en Israël pour la prospérité et la gloire des Juifs… mais Jésus est mort et enterré!…

Que de belles promesses il leur avait faites: il soumettrait toutes les nations à son règne; il ferait asseoir ses disciples à sa table dans son royaume et il les servirait lui-même! Mais il est mort et enterré!

Les princes des prêtres et les anciens, choisis par Dieu précisément pour faire connaître le Messie, n’ont pas voulu de Jésus de Nazareth; ils l’ont condamné à être crucifié comme imposteur; est-ce possible que tous les prêtres soient dans l’erreur? Et voici le troisième jour qu’il est mort et enterré!

Leur cœur se révolte à ce mot d’imposteur! il était trop bon et trop saint. Il a fait tant de miracles que Dieu aurait dû l’empêcher d’en faire s’il était imposteur. Comme l’aveugle-né disait aux Pharisiens: «Personne ne pourrait donner la vue à un aveugle-né si Dieu n’était pas avec lui… Mais il est mort et enterré!

Ils marchent lentement, la tête baissée; ils n’ont pas hâte d’arriver chez eux; ils vont être la risée de tous; ils vont passer pour fous d’avoir perdu leur temps avec cet homme… mort et enterré!

Dans leur angoisse, ces braves gens repassent les principaux événements de sa vie comme pour se cramponner à leur foi si durement éprouvée. Cette revue leur apporte quelques bribes de consolation vite évanouies devant le fait qui les accable: il est mort et enterré.

Tous ceux qui se donnent à Jésus devront passer plus ou moins par cette épreuve de la foi Au début du service de Dieu, on y met beaucoup d’humain sans le savoir, on s’accroche aux consolations sensibles, aux affections naturelles, soit pour les personnes soit pour les choses. On réussit plus ou moins dans son travail pour les âmes et pour la gloire de Dieu.

Quand Dieu juge à propos de purifier notre âme de toute cette activité naturelle dans les intentions, il sabre dans tout ce naturel par toutes sortes de contrariétés et contradictions. Tout le monde semble ligué contre nous, nos amis mêmes se tournent contre nous, les gens nous ridiculisent, nous méprisent et nous abandonnent. Le vide se fait autour de nous. Nous avons nos scribes et nos pharisiens pour nous persécuter comme J.C. l’a été. Dieu semble se retirer aussi et le ciel est d’airain, pour nous!

Le démon profite de cet isolement pour nous décourager: est-ce possible que tu aies raison contre tout le monde? Que les prêtres soient dans l’erreur et toi seul dans la vérité? Le Saint-Esprit aurait-il abandonné son Eglise pour toi? N’est-ce pas de l’orgueil de vouloir se singulariser de la sorte? Fais donc comme tous les autres. Rien de plus dangereux que trop de religion!

Dans cet abandon, il y a toutes les nuances à partir de celui qui diminue ses communions parce qu’il n’y goûte plus les mêmes consolations sensibles du début jusqu’à celui qui tombe dans le désespoir où il se croit damner.

Pour les disciples, Dieu a enlevé tous les fondements de la foi, excepté la parole de J.-C. Voilà ce que Dieu veut de tous ses amis; il veut qu’ils le croient sur parole! Rien autre chose! C’est l’exercice qu’il a donné aux Juifs dans le désert pendant 40 ans. Il fait tout le contraire du bon sens humain en tout et constamment. L’eau jaillit des rochers, le pain tombe du ciel; il les guide par un nuage obscur le jour et lumineux la nuit. C’est lui seul qui fait tout pour eux!…

Plus vite nous accepterons cette doctrine que c’est Dieu qui fait tout et que sans lui nous ne pouvons rien, plus vite Dieu nous comblera de ses bénédictions. La confiance en nous-mêmes est, un grand obstacle à l’action de Dieu en nous. Que de déboires Dieu nous envoie parce que nous avons compté sur nous-mêmes, sur nos forces naturelles! Ainsi pour les disciples, Dieu leur enlève toutes les raisons naturelles qu’ils avaient de croire en la divinité de J.-C., afin que leur foi ne repose en rien sur l’humain, mais uniquement sur la parole de Dieu. Car pour tous ceux qui viendront après les Apôtres, il ne leur restera que le témoignage divin. «Bienheureux ceux qui croiront sans avoir vu».

Ainsi, d’après la raison, toute l’œuvre de Jésus est anéantie et les disciples sont vis-à-vis de rien. Et comme ils comptaient sur des raisons humaines pour croire en Jésus, cette foi naturelle est complètement ébranlée puisque Jésus est mort et enterré! S’ils s’étaient appuyés uniquement sur sa parole, ils auraient cru à sa divinité et à sa résurrection, malgré toutes les apparences du contraire.

Habituons-nous donc à nous fier à sa parole. Par exemple, Jésus dit que tout ce que nous demanderons à son Père en son nom nous sera accordé. Eh bien! Prions de la sorte et ensuite ayons confiance d’être exaucés d’une façon ou d’une autre… et nous le serons! Il nous dit: «Venez à moi et je vous soulagerai». Dans les épreuves, allons donc à lui d’abord; allons le consulter sur ce qu’il y a à faire, lui exposer nos misères et lui demander du secours… et il nous en donnera sûrement. Sinon, il nous donnera d’autre chose d’aussi bon ou même de meilleur.

Dans le surnaturel Dieu ne permettra jamais que l’homme puisse s’attribuer quoi que ce soit. Il ne pourra jamais dire: c’est moi qui ait fait telle chose. Quelle sagesse si nous pouvions vivre selon ce principe d’humilité parfaite! Dans l’ordre naturel, Dieu laisse les hommes croire plus ou moins qu’ils sont les auteurs d’une foule de choses, parce que cet ordre ne conduit point à Dieu. Mais dans l’ordre surnaturel qui nous conduit à Dieu, il ne tolérera jamais que l’homme puisse lui voler sa gloire.

A quoi bon alors s’appuyer sur son moi païen pour pénétrer dans le monde surnaturel? Dieu va massacrer toute cette confiance en notre personne morale ou notre moi. Qu’on n’essaie donc jamais de tirer quoi que ce soit de notre moi pour nous faire avancer dans le surnaturel! Autrement notre vie sera une déception après l’autre!

MODÈLE DE CONVERSATION

Ils ont tant aimé Jésus qu’ils sont intarissables à son sujet; aussi il est au milieu d’eux selon sa parole que lorsque deux ou trois se réuniront en son nom, il sera au milieu d’eux. Mais comme ils ont peu de foi, Jésus ne se montre pas à eux. Mais tout de même il est content de les entendre parler de lui et il les stimule en s’informant de quoi ils parlent pour montrer l’intérêt qu’il prend à ces conversations spirituelles. Il leur demande pourquoi ils sont si tristes, montrant qu’il sympathise avec eux.

Cléophas lui dit: «Etes-vous seul étranger à Jérusalem que vous ne sachiez pas ce qui s’y est passé ces jours-ci?». «Et quoi?», leur ditil… «Touchant Jésus de Nazareth qui fut un prophète puissant en œuvres et en paroles devant Dieu et devant les hommes. Comme les princes des prêtres et les Anciens l’ont livré pour être condamné à mort et qu’ils l’ont crucifié?».

Ces paroles montrent l’estime qu’ils avaient de lui et un certain degré de foi en lui aussi. Mais ce qui suit est moins beau: «Nous espérions que ce serait lui qui rachèterait Israël; et cependant après tout cela, voici déjà le troisième jour que ces choses se sont accomplies». Ils ont donc perdu leur espérance en lui, puisqu’il est mort et enterré.

«Quelques femmes, il est vrai, de celles qui étaient avec nous, nous ont effrayés, car elles sont allées avant le jour à son sépulcre et n’ayant pas trouvé son corps, elles sont venues disant que des anges même leur étaient apparus, qui les ont assurées qu’il est vivant. Et quelques-uns des nôtres sont allés au sépulcre et ont trouvé toutes choses comme les femmes les avaient rapportées, mais pour lui, ils ne l’ont pas trouvé». •195 Comme ils étaient épais pour ne pas aller voir par eux-mêmes! Comme les hommes sont fermés au surnaturel! Ils avaient passé trois ans avec lui, le croyant le Messie et donc Fils de Dieu et il leur avait dit plusieurs fois qu’il serait mis à mort sur la croix et qu’il ressusciterait le troisième jour… Ils n’ont pas le cœur d’aller voir pour vérifier ce que les femmes leur disent de la résurrection! Ils s’en vont chez eux, abandonnent tout sans s’occuper du corps de Jésus qui est disparu du tombeau! Quel aveuglement! Dieu seul peut nous éclairer dans le monde surnaturel. Voilà pourquoi nous devons prier beaucoup pour obtenir cette lumière du Saint-Esprit qui nous donne l’intelligence des choses de Dieu. Sans quoi nous sommes comme le bœuf devant la science! Nous n’y comprenons rien!

Par exemple qui peut leur jeter la pierre de n’avoir pas eu la foi en la divinité de Jésus? Après dix-neuf siècles de christianisme sont-ils nombreux les chrétiens qui croient vraiment à la présence réelle de Jésus dans le tabernacle? Si on en juge par les actes des chrétiens, ils sont très rares ceux qui y croient fermement. Combien peu font des visites aux églises et combien peu le reçoivent dans la communion! Il veut que nous traitions tout le monde sans exception, même nos ennemis, comme si c’était J.-C. en personne. Eh bien! Combien peu le font! Ils ne croient donc pas à la parole de Jésus, pas plus que les disciples avant la Pentecôte, ou pas beaucoup mieux même que les gens instruits comme les prêtres et les religieux qui n’agissent pas selon la foi qu’ils devraient connaître; ils ne s’en occupent pas ou très peu… et agissent comme de vrais païens en une foule de choses de leur vie.

Cela prouve qu’on ne prie pas assez le Saint-Esprit pour avoir le don de vivre de foi; on a beau connaître la religion, il faut une grâce bien spéciale pour la vivre dans le monde dans le concret. Voilà ce que trop de catholiques négligent de demander à Dieu. A l’avenir, insistons sur cette grâce!

En tout cas, c’est parce que ces disciples parlaient de Jésus qu’il s’est joint à eux, qu’il les a accompagnés et finalement qu’il s’est montré à eux. On voit l’importance et l’avantage de parler des choses de Dieu. Ce que Jésus a fait là visiblement, il le fait mystiquement pour ceux qui aiment à parler des choses divines. Dieu remplira leur cœur de son amour surnaturel.

Le secret de pouvoir parler des choses divines, c’est d’en avoir l’amour; la bouche parle de l’abondance du cœur, dit Jésus. Il est donc facile de savoir où est l’amour d’un homme: c’est ce qui fait le sujet ordinaire de ses conversations. L’expérience est facile à faire. Qu’on aiguille la conversation sur les choses de Dieu et l’on verra vite la réaction. S’il garde le silence, cela veut dire: ces choses ne l’intéressent pas! La plupart se lèvent et s’en vont; ils montrent bien leur aversion pour ces sujets spirituels. Evidemment leur amour est tout aux choses du monde: tout les intéresse là. Que de prêtres et de religieux ne parlent jamais des choses de Dieu et ne veulent pas en parler. Leur amour n’est donc pas là… et comment peuvent-ils être sauvés? Ce triste état de mentalité dans le clergé vient de son philosophisme. Leur religion toute spéculative et abstraite des «in se» se tient en dehors de l’amour pratique et concret de Dieu. C’est un amour tout naturel qui n’influence pas le cœur. Or, c’est le cœur qui alimente les conversations.

L’amour divin, qui alimente les conversations spirituelles, doit être un amour surnaturel qui ne s’acquiert que par le sacrifice de l’amour des créatures. Comme il y en a peu qui font ces sacrifices des plaisirs permis, il y en a peu qui ont cet amour surnaturel de Dieu qui est le seul qui passe dans la vie pratique. Voilà pourquoi si peu parlent des choses de Dieu.

JÉSUS LEUR DONNE UNE FORTE LEÇON

«O, insensés et lents à croire ce que les prophètes ont dit: ne fallait-il pas que le Christ souffrît ces choses et qu’ainsi il entrât dans sa gloire?». «Et commençant par Moïse et tous les prophètes, il leur expliquait dans toutes les Ecritures ce qui avait été dit de lui».

Evidemment cette leçon est pour tout le monde. Que de chrétiens dans la suite des âges ont mérité et méritent encore ce reproche sévère de N.S.! Comme nous sommes lents à croire ce qui est écrit dans la Bible pour notre instruction! D’abord combien peu la lisent! Que dirait-on d’un jeune homme qui ne lirait jamais les lettres de sa fiancée? Evidemment, il ne l’aime pas! Eh bien! Dieu nous a écrit des lettres d’amour depuis le commencement du monde; si nous ne les lisons pas, c’est donc que nous ne l’aimons pas. Nous savons que les Ecritures saintes contiennent tout ce qu’il faut pour nous éclairer et nous sanctifier; pourquoi ne les lisons-nous pas plus souvent et avec plus de soin?

Qu’il y ait des passages obscurs, cela n’excuse personne. Il y en a assez de clairs pour nous sanctifier; cela doit suffire pour nous. A force de la lire, une partie de la Bible explique une autre et surtout le Saint-Esprit nous récompense pour nos efforts en nous donnant des lumières particulières pour la mieux comprendre selon l’Esprit de l’Eglise toujours. Car nous ne devons jamais nous écarter de l’interprétation de l’Eglise.

Les prêtres et les fidèles devraient se faire des collections de textes sur les vérités les plus importantes de la doctrine de Jésus, surtout sur les points qui répugnent le plus à la nature humaine afin de les faire entrer davantage dans l’esprit et ensuite dans le cœur pour de là en vivre constamment.

Par exemple qu’ils se fassent une liste de textes qui exigent la guerre à nos deux amours naturels: l’amour de soi et l’amour du monde, qui sont des obstacles à notre salut. Aussi les textes qui enseignent le mépris même des bonnes choses permises. De même sur la nécessité de faire des œuvres de miséricorde temporelle et spirituelle.

Autrement, à l’heure de la mort, J.-C. pourra dire ce qu’il disait aux deux disciples: «Insensés et lents à croire ce que les Ecritures disaient de la nécessité de pratiquer la folie de la croix et le mépris des créatures…». Et il repassera tous ces textes qui confondront les malheureux qui ne les ont pas pratiqués, faute de lire l’Evangile et d’étudier la doctrine de Jésus. Les prêtres ont une grande responsabilité de ne pas expliquer l’Evangile intégral. S’ils n’ont pas le temps durant les messes, qu’ils le fassent les jours de semaine.

En tout cas, tant pis pour ceux qui auront ignoré par leur faute tout ce qui concerne la lutte à faire contre nos deux amours naturels avec toutes leurs conséquences pour la vie surnaturelle.

Les disciples d’Emmaüs étaient les victimes des prêtres du temps, scribes et pharisiens qui ne donnaient que la philosophie des Ecritures comme nos prêtres philosophes, et cependant Jésus les traite d’insensés et d’épais de ne pas avoir mieux connu les Ecritures. Nos chrétiens actuels sont donc responsables aussi de leur ignorance des Ecritures. Qu’ils les lisent et les relisent pour mieux les comprendre, même si les prêtres ne leur en parlent pas ou trop peu. Ils doivent savoir que là est toute la doctrine de Jésus; qu’ils aillent la chercher pour leur propre compte! Que chaque famille ait sa Bible et que tous la lisent dans leurs loisirs, et qu’ils en trouvent pour cela!

Remarquons le point important: «Ne fallait-il pas que le Christ souffrît ces choses pour entrer dans sa gloire?». Or nous savons que Jésus a enseigné que nous devons le suivre en portant notre croix. C’est l’idée que Saint Paul donne en disant que nous devons souffrir ce qui manque à la passion du Christ. Porter notre croix tous les jours est donc la vie du chrétien. Jésus le dit et les Apôtres le disent. Que tous cessent donc de se plaindre à la moindre croix que Dieu leur donne! C’est le chemin du ciel et il n’y en a pas d’autre. Allons-nous être de ces insensés et de ces épais qui n’ont rien compris à ces paroles si claires dans l’Evangile.

Voici une des causes de cet aveuglement pour les choses spirituelles dans l’Ecriture: c’est que la plupart sont absorbés dans la poursuite des plaisirs sensibles du monde. Ils y mettent leur amour, leur temps et leur argent… Il ne leur reste pas de temps pour s’occuper des choses de leur âme. Or, quand on met son amour dans les choses naturelles, on devient l’esclave du démon qui peut faire ce qu’il veut avec des païens. Il n’est pas pour les pousser à l’amour de Dieu!

La conclusion est que chacun doit mettre son amour, tout son cœur, pour étudier les évangiles, afin de bien connaître tout ce que Dieu exige pour nous donner la vie du ciel. Mais ce travail est impossible pour ceux qui ont déjà mis leur cœur dans les plaisirs du monde. Il faut donc qu’ils retranchent de leur vie tous ces amusements qui consument leur amour bien limité et il n’en reste plus pour les choses de Dieu. Ce n’est donc qu’en proportion qu’on sacrifie une jouissance quelconque que Dieu donne un peu de grâce pour mieux aimer ses choses. Au lieu d’aller aux vues, qu’on reste chez soi et qu’on lise la Bible et alors le Saint-Esprit donnera plus de goût spirituel pour en lire davantage.

JÉSUS LES ENFLAMME D’AMOUR

Pendant que Jésus leur déroule les textes concernant la nécessité de souffrir pour sauver le monde, les disciples sentent leur coeur embrasé d’amour de Dieu et ils sont heureux comme jamais de leur vie. C’est que là se trouve le plus grand amour que Jésus peut montrer pour ses amis en mourant pour eux. Alors ces textes ont une force extraordinaire pour susciter l’amour dans les cœurs. Tout ce qui nous pousse à reproduire ses souffrances nous pousse à son amour par le fait même. Nous-mêmes nous ne pouvons pas montrer un plus grand amour pour Dieu qu’en sacrifiant notre amour naturel et nos aises naturelles et nos jouissances naturelles pour mieux posséder Dieu dans le monde surnaturel. C’est donc en repassant les souffrances de J.-C. que nous découvrirons son amour pour nous, comme c’est en souffrant pour lui que nous lui montrerons notre amour sincère.

Ce que Jésus produit sur ses disciples, les prêtres le produiraient sur les fidèles s’ils leur parlaient plus souvent des souffrances de la passion de Jésus, s’ils leur citaient tous ces textes comme Jésus le fait. Ils ont une vertu merveilleuse pour toucher le cœur des fidèles. Que de saints se sont enflammés d’amour de Dieu par la méditation de ces mêmes textes! Qu’on les prenne souvent pour sujet de méditation quotidienne!

Voici une autre cause qui touche le cœur des disciples: c’est que Jésus parle lui-même du cœur et des choses vécues par lui-même. L’esprit va à l’esprit et le cœur au cœur. Tous ces prêtres qui ne parlent que de la tête, qui exposent une doctrine spéculative, sont incapables de toucher les cœurs.

Mais quand un prêtre vit l’évangile et donc qu’il l’aime, les fidèles s’en aperçoivent bien et le Saint-Esprit aussi! Il agit alors puissamment dans le cœur des auditeurs pour les sanctifier, Dieu est amour et pour approcha de lui, il faut de l’amour, mais de l’amour surnaturel de Dieu que s’achète aux dépens de l’amour des créatures. Il nous faut sacrifier nos deux amours naturels pour gagner l’amour surnaturel de Dieu.

Ainsi, parce que les disciples d’Emmaüs avaient tout sacrifié pour Jésus, ils sont ouverts à l’amour surnaturel de Jésus même avant qu’ils aient reçu le Saint-Esprit. L’amour de Jésus passe dans leur cœur pendant qu’il leur explique les Ecritures au sujet de sa passion.

Si nous étudions les textes qui nous prêchent le renoncement à nos deux amours naturels, il est certain que nous sentirons nos cœurs embrasés de l’amour de Dieu, qui vient prendre la place de ces deux amours païens. Voilà le bon moyen de recevoir l’amour de Dieu tout indiqué dans ces textes qui nous enseignent à détruire ces deux amours païens en nous. Profitons-en!

JÉSUS LES RÉCOMPENSE

Comme ils arrivaient au terme du chemin, Jésus fait mine de continuer sa route, mais les deux disciples ont été si heureux avec cet étranger, qui leur a expliqué le plan divin pour notre rédemption, qu’ils l’invitent et insistent pour qu’il reste à souper avec eux, vu que le jour est sur son déclin. Alors Jésus accepte pour leur faire plaisir.

On voit ici ce que Jésus aime dans la prière; il aurait passé outre si les disciples n’avaient pas insisté pour le garder. C’est donc une bonne tactique à prendre dans nos prières: insister beaucoup, c’est un signe que nous apprécions bien les faveurs que nous demandons. Or, pour apprécier les biens célestes, il faut les comparer souvent avec les biens terrestres qui ne sont que des échantillons des choses divines. C’est dans la méditation qu’on doit faire ces comparaisons pour monter aux choses de Dieu.

Ainsi c’est à force d’entendre Jésus expliquer les Ecritures que les disciples ont appris à apprécier Jésus et à l’aimer sans le connaître. Parce qu’ils écoutaient des choses spirituelles, la grâce agissait dans leur cœur pour les attirer à l’amour divin.

Dans sa parabole de l’homme qui vient la nuit chez son ami pour emprunter un pain, Jésus nous exhorte positivement à importuner Dieu dans la prière. Lui-même dans son agonie, est-ce qu’il ne demandait pas toujours la même chose? Lui qui n’avait pas besoin de tant répéter sa prière; c’était pour nous donner l’exemple de ce que nous devons faire. Ce n’est pas que Dieu soit sourd, mais c’est nous qui ne voulons pas assez sérieusement; nous demandons du bout des lèvres parce que nous ne tenons pas assez aux biens surnaturels. Dieu veut une volonté ferme dans le bien. Pierre avait déjà dit qu’il aimait Jésus, puis il le renia quand même. C’est pourquoi après sa résurrection Jésus lui demande trois fois s’il l’aime plus que les autres. Pierre voit alors que Jésus veut qu’il soit bien sérieux cette fois-ci.

Pourquoi Jésus se montre-t-il seulement à la fraction du pain? C’est évidemment pour nous rappeler sa présence réelle dans l’Eucharistie. C’est quand nous le mangeons là qu’il ouvre les yeux de notre âme à la foi en la divinité, comme il a ouvert les yeux de ses disciples à la fraction du pain. Cherchons donc Jésus avec la foi en Jésus dans la sainte communion; c’est là qu’il se manifestera à l’âme d’une façon surnaturelle.

Enfin Jésus récompense leur amour et leur prière pour le garder à souper en se montrant à eux un instant seulement, parce que leur foi n’est pas encore assez forte. Mais cet éclair céleste les comble de joie et transforme leur vie. De tristes et découragés qu’ils étaient, les voilà pleins de vie et de bonheur. Ils en sont si pleins qu’ils ne peuvent garder leur faveur pour eux seuls; ils partent à l’instant pour retourner dire aux autres ce qui leur est arrivé. Il est donc ressuscité! Ce que les femmes avaient dit, était donc vrai! Ils ont marché longtemps et ils ont parlé avec lui et l’ont entendu expliquer les Ecritures, ils ont mangé avec lui! Il est donc vivant dans l’autre monde et il ne fait qu’apparaître un peu en ce monde pour leur montrer qu’il n’est plus de ce monde! Il a triomphé de ses ennemis, de la mort et de Satan. Personne ne peut plus le faire souffrir!

Ce mystère est l’image de la vie des chrétiens. Que de choses on entend du ciel et des conditions pour les gagner! Mais pour plusieurs raisons, nous ne les prenons pas au sérieux; nous nous amusons trop avec les vanités de la terre. Puis, vers la fin de la vie, on s’en va vers la mort la tête baissée et tristes d’avoir si peu profité des grâces de la vie! Que par la prière nous puissions réparer, racheter le temps perdu et gagner la grâce suprême de mourir en état de grâce et les mains pleines de mérites!

Père Onésime Lacouture - 3-4 - Apparitions aux saintes femmes



TROISIÈME INSTRUCTION APPARITIONS AUX SAINTES FEMMES.

Les anges dirent aux femmes: Pourquoi cherchez-vous Celui qui est vivant parmi les morts? Il n’est point ici, mais il est ressuscité. Souvenez-vous de quelle manière il vous a parlé quand il était encore en Galilée, lorsqu’il a dit: «Il faut que le Fils de l’homme soit livré entre les mains des pécheurs, qu’il soit crucifié et qu’il ressuscite le troisième jour».

Nous allons faire cette méditation surtout pour mieux comprendre les voies de Dieu pour nous faire passer du monde naturel au monde surnaturel ou pour nous sanctifier. Tous ces gens étaient très bons et très dévoués à J.-C., mais ils ne comprenaient encore rien selon la foi surnaturelle. Alors il est intéressant et très utile de suivre pas à pas ce que Dieu a fait pour les amener à la foi surnaturelle.

Or Dieu est infiniment simple; ce qu’il a fait pour elles, i1 le fera pour nous, soyons bien sûrs. Alors nous allons suivre le récit des évangiles et indiquer les défauts et les qualités de ces bonnes âmes dans leur progrès vers l’union avec Jésus. Comme le Saint-Esprit a fait écrire ces choses pour notre instruction, ne perdons rien des leçons que nous pouvons glaner au cours de cette étude du texte sacré, non pas d’une façon spéculative et stricte comme en théologie, mais surtout avec le cœur pour faire entrer dans notre vie toute cette doctrine si pratique pour nous.

D’abord remarquons que ces femmes avaient suivi Jésus dans sa vie publique au moins par leurs bonnes œuvres et par les secours qu’elles donnaient aux Apôtres à cause de Jésus. Elles étaient ses familières même sans rien comprendre du surnaturel que Jésus donnait à ses amis comme à tout le monde. Il fallait un grand amour de Jésus pour le soutenir dans l’aide matérielle et morale qu’elles donnaient à Jésus, car leur foi était encore bien pauvre, si elles l’avaient même.

Voilà ce que nos chrétiens devraient faire. Soyons dévoués dans toutes les bonnes œuvres pour l’amour de Dieu, faisons des visites au Saint Sacrement souvent et longues si possible, prions beaucoup pour la conversion du monde et pour la sanctification des âmes, disons le chapelet tous les jours, communions tous les jours si possible; enfin, faisons tout comme si nous comprenions parfaitement le plan de Dieu pour nous sanctifier et comme si déjà nous étions saints. Puis, quand même nous aurions même de la répugnance à faire les Saints, faisons-le pour l’amour de Dieu.

Puis, plus tard, Dieu nous fera des grâces signalées; il nous donnera des lumières pour comprendre, pour reconnaître les inspirations divines, comme les femmes ont vu des anges et comme les anges leur parlent de Jésus d’une façon céleste, ces inspirations nous ouvriront des horizons merveilleux sur les choses du ciel et nous serons récompensés déjà pour tout ce que nous aurons fait pour Dieu. Puis ces inspirations comme les anges nous prépareront à voir clairement le divin au fond de l’âme comme ces femmes finirent par voir Jésus en personne ressuscité. Dieu veut que nous travaillions dans la nuit longtemps avant de faire lever son soleil divin dans nos âmes. Ayons confiance!

Ce n’est pas un simple conseil que nous donnons; c’est la façon de faire de Dieu… et qu’on la prenne tout de suite! Que d’égoïstes dans le monde qui travailleraient pour Dieu s’il les payait tous les jours! Jamais Dieu ne fera cela; il exige des preuves que nous le préférons à tout au monde… et l’amour ne se prouve pas ordinairement par un seul acte. Dieu nous dit de toutes les façons que notre récompense est au ciel, et bien! attendons le ciel. Mais travaillons comme si nous l’avions tout de suite. Dieu le dit: ce devrait être assez pour n’importe quel catholique. Comme il faut du jugement, de la volonté et de l’amour solide de Dieu pour faire les saints, sans aucune consolation présente, sans murmure et sans bouder le bon Dieu!

Nous avons l’exemple de ces saintes femmes qui ne reçoivent leur récompense qu’après trois ans de service de Jésus. Ce sera la même chose pour nous. Mais travaillons ferme! quand même!…

Une bonne preuve de leur grand amour de Jésus est que même après sa mort, elles lui restent fidèles et, ayant acheté des aromates, elles viennent de bonne heure après le sabbat pour finir l’embaumement.

On dirait qu’elles se sont donné rendez-vous au tombeau et elles arrivent en différents groupes, ce qui explique quelques variantes dans le récit évangélique. En route, elles se demandaient qui leur enlèverait la pierre devant le tombeau, car elle était très grosse. Elles s’inquiètent pour rien, car lorsqu’elles arrivent au tombeau, la pierre est enlevée.

Jésus, dans le sermon sur la montagne nous défend de nous inquiéter pour l’avenir. Quand on travaille pour Dieu, faire ce qui est possible dans le présent et laisser à Dieu le soin de l’avenir. On voit des catholiques qui ont toujours bien mangé dans leur vie et qui s’inquiètent pour l’avenir. C’est faire insulte à Dieu. Supposons qu’un enfant, un jour, se mette à pleurer; ses parents lui demandent le pourquoi de sa peine. Il répond qu’il a peur qu’ils ne lui donnent pas à manger demain! Comme ils seraient froissés à bon droit de ce manque de confiance insensé, quand ils ont toujours eu bien soin de lui. Eh bien! Plusieurs font de même pour Dieu. Ils se défient de Lui. Ces gens n’accompliront jamais grand-chose pour Dieu avec si peu de confiance en Lui. Quand on fait quelque chose pour Dieu et qu’on le juge utile ou nécessaire, on l’entreprend et Dieu donne les moyens pour l’accomplir.

Aussitôt que Marie-Madeleine vit la pierre ôtée et le tombeau vide, elle courut tout de suite avertir Pierre et Jean qu’on avait enlevé le corps de Jésus. Pendant ce temps-là, les autres femmes entrèrent dans le sépulcre et virent un jeune homme assis du côté droit, vêtu d’une robe blanche, et elles en furent épouvantées. Mais l’ange leur dit: «Vous, ne craignez point; je sais que vous cherchez Jésus de Nazareth, qui a été crucifié. Il est ressuscité, il n’est point ici. Venez et voyez le lieu où le Seigneur avait été posé et hâtez-vous d’aller dire à ses disciples et à Pierre qu’il est ressuscité et qu’il vous précède en Galilée. C’est là que vous le verrez, comme il vous l’a dit lui-même. Voilà que je vous le prédis».

Cet ange est la figure des inspirations que Dieu donne à ses fidèles amis qui lui ont été dévoués longtemps. Ce n’est pas encore Dieu, mais ses messagers qui leur parlent de Dieu pour mieux préparer l’âme à recevoir Dieu lui-même.
Cet ange représente aussi les prêtres qui sont les messagers de Dieu, ils nous transmettent la doctrine de Jésus qui nous conduira à lui si nous la suivons. Ne nous arrêtons jamais à leur personne, mais uniquement à Celui qu’ils représentent. Même s’ils nous parlent que de la vie extérieure de Jésus, aimons ce qu’ils nous disent de notre divin Maître. L’ange ne fait que montrer le lieu où reposait Jésus, les bandes qui l’enveloppaient et le linceul, mais parce que les femmes sont intéressées, elles verront Jésus en personne bientôt.
Soyons bien convaincus que la venue de Jésus dans notre âme doit toujours être préparée de longue main. Ceux qui négligent toute cette préparation éloignée, quoique encore obscure dans une foi imparfaite, n’arriveront jamais à la pleine lumière. Il faut être fidèle dans les petites choses pour l’être dans les grandes. Cette idée peut s’appliquer ici. Du moment qu’on fait quelque chose pour Dieu, même d’une façon bien éloignée, ou très imparfaite, on est sûr de recevoir plus de lumière. Faisons bien nos prières de chaque jour, ne manquons jamais la messe par notre faute, soyons consciencieux en toutes choses et Dieu donnera plus de grâces pour nous faire progresser rapidement dans la vertu.
Ce groupe de femmes furent tellement effrayées qu’elles s’enfuirent sans rien dire à personne.
Aussitôt que Marie-Madeleine eut dit à Pierre et à Jean: «On a enlevé le Seigneur du sépulcre et nous ne savons où ils l’ont mis», les deux partirent à la course pour aller voir. Pierre quoique le dernier arrivé fut le premier à entrer dans le sépulcre et Jean le suivit. Ils virent les linges posés à terre et le suaire qui avait recouvert la tête de Jésus, lequel n’était point posé avec le linceul, mais plié en un lieu à part.
Cet ordre dans les linges est une bonne preuve que ce ne sont point des voleurs qui ont pris le corps; ils ne se seraient sûrement pas occupés de ces détails. Saint Jean ajoute: «Qu’ils ne savaient pas encore qu’il fallait d’après l’Ecriture que Jésus ressuscitât». Ce qui prouve que sans le Saint-Esprit, l’homme ne comprend rien dans le monde surnaturel.

Les disciples s’en retournèrent chez eux très surpris! Il n’est pas dit qu’ils virent les femmes au tombeau.

Un autre groupe de femmes avec Jeanne en tête vinrent aussi au tombeau et le trouvant ouvert, elles entrèrent et, à leur grande consternation, elles ne trouvèrent pas le corps de Jésus.

Tout à coup deux hommes, couverts d’habits resplendissants, parurent à côté d’elles et leur dirent le texte que nous avons mis en tête de cette méditation. C’est donc un autre groupe qui a vu les deux anges, alors que le premier groupe n’en avait vu qu’un seul. Parce que ces femmes aiment Jésus jusque dans la mort, Dieu les élève graduellement dans le monde surnaturel. Les anges évidemment ne sont pas de la terre, donc de l’autre monde, qui est donc bien réel, puisque ces êtres apparaissent dans notre monde.

Marie-Madeleine étant revenue, se tenait dehors, pleurant près du tombeau. Voilà bien un signe de grand amour qui va droit à Dieu. Elle ne comprend plus rien, elle ne sait rien de ce qu’est devenu le corps de Jésus qu’elle aimait tant. Alors elle se met à pleurer, le seul refuge de l’amour frustré. Elle est toute seule au tombeau. Dieu a éloigné les autres femmes pour ne pas la distraire de sa recherche de Jésus. Pourtant, dans les circonstances, il semble que toutes ces femmes auraient dû se rassembler pour parler de leurs visions des anges et de Jésus disparu.
Comme elle pleure pour l’amour de Jésus, il va accomplir la parole qu’il a dite: «Bienheureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. Jésus se cache encore à elle parce qu’elle ne croit pas encore assez à la résurrection…Dieu la prépare en lui faisant voir des anges. Tout en pleurant, elle se penche et regarde dans le sépulcre; elle voit deux anges vêtus de blanc, assis à l’endroit où avait été posé le corps de Jésus, l’un à la tête et l’autre aux pieds.

Ils lui dirent: «Femme, pourquoi pleurez-vous?». Elle leur répondit: «Parce qu’ils ont enlevé mon Seigneur et je ne sais où ils l’ont mis».

Quel beau modèle d’amour parfait de Dieu! Son cœur en est tellement plein qu’elle ne vit que pour Lui, ne cherche que Lui, ne parle que de Lui… et cela dans l’aurore encore bien sombre du christianisme. Combien de catholiques, après dix-neuf siècles de religion catholique, sont encore bien loin de son amour pour Jésus! Tous savent qu’il est réellement présent avec son corps, son âme et sa divinité dans nos tabernacles et comme ils sont rares ceux qui lui montrent un véritable amour en allant le visiter et le recevoir dans leur cœur! Comme il est facile pour chaque catholique de le prendre et de l’emporter avec lui dans son cœur! S’ils lisaient plus souvent les Ecritures qui concernent l’Eucharistie, ces textes comme les anges, les prépareraient à recevoir de bien plus grandes lumières sur la présence de Jésus dans l’Hostie consacrée.

Mais nos catholiques sont si froids et donc ont si peu de foi en Jésus Hostie qu’il ne se manifeste pas ou peu à leur cœur. Du moment qu’ils savent suffisamment ce dogme, qu’ils fassent comme s’ils avaient beaucoup de foi et Dieu avec le temps leur en donnera plus. Quand est-ce que les fidèles vont apprendre les voies de Dieu pour se donner à elles? Dieu veut que nous agissions dans la nuit de la foi comme dans la gloire de la vision béatifique; que nous agissions dans l’espérance comme dans la possession pleine au ciel, que nous agissions sans amour comme si nous l’avions déjà dans l’union divine du ciel. Allons-nous prendre cinquante ans pour le pratiquer?

Par exemple, Dieu nous a révélé avec grande certitude que Jésus est présent dans l’Eucharistie. Prenons cette vérité et agissons en conséquence avec une volonté énergique. Allons visiter Jésus qui se cache là comme dans son tombeau autrefois, mais avec la vie en plus. Faisons tout de suite ce que nous ferons devant lui au ciel: adorons-le, louons-le, remercions-le de tout ce qu’il a fait pour notre salut et cela dans le détail. Prenons notre temps et repassons ses principaux bienfaits envers nous. Essayons de lui montrer par notre conduite que nous croyons qu’il est bien là. Occupons-nous uniquement de lui dans l’église, sans jamais tourner la tête de côté et d’autre comme si nous cherchions quelqu’un de plus intéressant pour nous. Ne parlons jamais ou en très peu de mots et à voix basse. Perdons-nous en adoration profonde devant sa majesté infinie entourée d’anges!

Que de choses nous lui demanderions si nous le voyions de nos yeux du corps. Eh bien! la vue de la foi est encore plus certaine. Entendons-le nous dire: «Cherchez et vous trouverez; frappez et l’on vous ouvrira. Jusqu’à présent vous n’avez rien demandé; demandez et vous recevrez…». Nous sommes si pauvres dans les choses spirituelles. Si nous réfléchissions un peu, nous verrions là des trésors innombrables que nous pourrions demander.

Comme Marie-Madeleine, n’ayons plus d’autre amour que Jésus. Ne cherchons que Jésus par tous les moyens possibles et impossibles! Si elle peut le trouver, elle va l’emporter avec elle! Où? Qu’en aurait-elle fait? Elle l’aurait gardé! C’était fou, mais c’était de l’amour! Et elle n’aura pas à l’emporter, il va venir à elle dans toute sa vie ressuscitée. Au lieu d’un cadavre d’un être chéri, elle va voir son Dieu, qu’elle a vu mort et qui est maintenant ressuscité! Dieu est amour et c’est l’amour qui le mène! En proportion que nous l’aimions, nous ferons de lui ce que nous voudrons. Il le dit: «Je ferai la volonté de ceux qui font la mienne». Marie-Madeleine est toute à Jésus et il va la récompenser en se montrant à elle la première de toutes au monde à voir J.-C. ressuscité.

Cet amour ne doit pas être seulement dans les paroles; il faut le montrer en acte. Quand elle a connu Jésus, elle s’est donnée toute à lui dans un changement radical de toute sa vie. Son repentir s’est montré en public et avec une grande humilité, comme lorsqu’elle alla se jeter aux pieds de Jésus devant tout le monde qui était chez Simon et elle pleura amèrement ses péchés en arrosant les pieds de Jésus de ses larmes. Elle s’oublie complètement pour ne penser qu’à gagner l’affection de Jésus. Elle lui fut fidèle comme on le voit même jusqu’après sa mort. Elle cherche son cadavre et pleure parce qu’elle ne le trouve pas. Les autres s’éloignent du tombeau, mais elle reste là prise par son amour pour Jésus.

C’est à cette pécheresse publique, mais bien convertie et remplie d’amour pour Jésus qu’il apparaît en premier lieu selon l’Evangile. C’est tout à fait selon l’esprit de Jésus qui s’est occupé plus des pécheurs que des bons pendant sa vie mortelle. Il est venu comme médecin pour ceux qui se portent mal d’abord.

Après avoir répondu aux anges, Marie-Madeleine se retourne et voit quelqu’un debout; c’était Jésus, mais elle ne le reconnut pas. Jésus lui dit: «Femme, pourquoi pleurez-vous? Que cherchez-vous?». D’ordinaire ces questions indiquent que Dieu veut plus de foi et de surnaturel. Ainsi Marie-Madeleine cherche parmi les morts Celui qui est bien vivant dans sa résurrection. Mais comme elle ne croit pas encore à la résurrection, Jésus veut la faire réfléchir sur ses motifs qui ne sont pas assez parfaits.

Jésus exige encore un signe d’amour de Marie-Madeleine. Croyant que c’était le jardinier, elle dit: «Seigneur, si c’est vous que l’avez enlevé, dites-moi où vous l’avez mis et je l’emporterai!». Dans son état présent, c’est le signe d’un amour très parfait, comme les saints ont dans ce que nous appelons l’état d’union divine.

Une personne dans cet amour parfait est tellement pleine de l’amour de Dieu qu’elle y pense jour et nuit, qu’elle veut en parler à tout le monde, qu’elle pense que tous les autres y sont intéressés comme elle et contents d’en entendre parler!

Cet amour est celui du premier commandement exigé par Dieu de tous les chrétiens! Sont-ils nombreux ceux qui ont même la moindre idée des exigences de cet amour? Comme ils sont rares ceux qui veulent parler des choses de Dieu! C’est tout le contraire en général: personne ne veut en parler, personne ne suppose que les autres vont y être intéressés, ils les jugent donc comme eux-mêmes, des gens sans amour de Dieu. Ce n’est pas pour rien que Jésus dit que la bouche parle de l’abondance du cœur. Ce devrait être le cas de tous les catholiques qui sont tenus de pratiquer le premier commandement. Où sont-ils ceux-là? Qu’on essaie de tenir une conversation spirituelle avec d’autres, même des prêtres et des religieux; ils nous montrent vite que nous les embêtons.

Quand on a cet amour parfait, c’est lui qui conduit dans l’homme et non pas la raison. C’est pourquoi on leur voit faire des choses qui sont extravagantes pour les autres, mais pas du tout devant leur amour. Comme l’amour est une fin, on le veut sans limite; c’est pour cela qu’on peut faire des choses déraisonnables en apparence pour ceux qui n’aiment pas autant.

Comme cet amour vit tout en Dieu, il fait entreprendre des choses très difficiles et même impossibles aux seules forces humaines. Ces amants sont tout en Dieu et donc ils comptent en tout uniquement sur Dieu et se sentent forts de sa puissance. Ils peuvent tout en Celui qui les fortifie. Ceux qui n’ont pas cet amour de Dieu ont naturellement l’amour d’eux-mêmes. Eux aussi comptent sur ce qu’ils aiment: leur propre personne avec le résultat que Dieu ne coopère pas avec eux et qu’ils vont de fiasco en fiasco. Croissons en amour si nous voulons accomplir plus pour le bien des âmes et la gloire de Dieu. Tout le secret est là!

Après que Marie-Madeleine eut dit au jardinier, comme elle pensait: «Seigneur, si c’est vous que l’avez enlevé, dites-moi où vous l’avez mis et je l’emporterai», devant tant d’amour pour lui, Jésus se décide à se montrer à elle et il lui dit: «Marie…». Elle se retourne et s’écrie: «Rabboni! Mon Maître!». Et elle voulut lui embrasser les pieds sans doute, car il lui dit: «Ne me touche point, car je ne suis point encore monté vers mon Père, mais va trouver mes frères et dis-leur: Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu».

On se demande pourquoi Jésus ne permet à Marie-Madeleine de le toucher quand quelques minutes après il laisse les autres femmes lui embrasser les pieds. Des Pères disent que c’est parce qu’il voulait Marie-Madeleine comme témoin de sa divinité, parce qu’elle avait montré plus d’amour que les autres, et qu’il voulait les autres femmes comme témoins de son humanité. Mais personne ne le sait au juste, puisque la raison que Jésus donne est qu’il n’est pas encore monté vers son Père; mais il ne l’était pas encore lorsqu’il laisse les autres femmes lui embrasser les pieds. C’est une de ces paroles que nous comprendrons au ciel!

Pour Marie-Madeleine, enfin, elle sait que son Maître est ressuscité; ce n’est plus de la foi, puisqu’elle l’a vu. Mais il lui restera quand même un champ immense où il lui faudra exercer sa foi; il y a tout le monde surnaturel qu’elle ne verra jamais en ce monde ci et, tout de même, elle devra vivre selon ses exigences. Elle verra Jésus encore quelques fois peut-être sur terre, mais il va bientôt remonter à son Père le jour de l’Ascension et alors il lui faudra vivre de foi comme tous les autres chrétiens. Car là est le mérite: croire sans voir. Elle n’a aucun mérite d’avoir vu J.-C. ressuscité. Mais c’est un encouragement à le mieux servir.

On voit ici une pécheresse qui passe par tous les degrés de la voie qui mène au ciel. Elle part du plus profond abîme du péché et par son repentir sincère et profond, elle obtient un amour de plus en plus parfait et monte jusqu’à la plus haute cime de l’amour divin. Elle progresse aussi dans tous les degrés de la foi, parce que son amour est ardent, Dieu la fait avancer dans la foi de plus en plus.

Quel encouragement pour tous les grands pécheurs! S’ils reviennent à Dieu sincèrement et recherchent son amour comme ils ont recherché l’amour des créatures, Dieu les transformera en véritables enfants de Dieu et les fera progresser en toutes les vertus surnaturelles. Ses plus grandes faveurs vont au plus grand amour actuel, peu importe ce qu’a été la vie antécédente. Pour cela, il faut se décider à faire un changement radical dans sa vie. Il faut haïr ce qu’on a aimé et aimer ce qu’on a haï! Il faut être tout aux choses de Dieu comme on a été tout aux choses du monde.

Comme Marie-Madeleine s’en retournait pour raconter aux disciples ce qu’elle avait vu, elle rencontra les saintes femmes qui revenaient au tombeau. Quand elles apprirent de Marie-Madeleine ce qu’elle avait vu, elles furent remplies d’un extrême désir de voir Jésus. Comme elles s’étaient bien dévouées pour lui et qu’elles étaient venues au sépulcre de grand matin et qu’elles y revenaient, Jésus alla au-devant d’elles et leur dit: «Je vous salue!». Ces femmes se jetèrent à ses pieds et les embrassèrent et l’adorèrent. Jésus leur dit: «Ne craignez point, allez et dites à mes frères qu’ils se rendent en Galilée; là ils me verront». Alors elles s’en allèrent en grande hâte porter ces nouvelles aux disciples.
Voilà donc encore une apparition aux femmes avant les disciples; c’est qu’elles ont montré plus d’amour et de dévouement. Elles viennent au sépulcre quand pas un homme n’y est venu de lui-même. Même après que les femmes les avertissent que le tombeau est vide et qu’elles ont vu des anges leur affirmer que Jésus est ressuscité, ils ne bougent pas, à part Pierre et Jean.

Que les grands savants parmi le clergé s’humilient devant ce choix de Jésus. Ce n’est pas la science qu’il récompense, mais l’amour et le dévouement. C’est le cœur qu’il veut et non pas la tête. Alors mesurons donc la valeur des catholiques non pas à leur science, mais à leur amour de Dieu. Dans les séminaires et dans les maisons de formation, les Supérieurs devraient examiner surtout la sainteté des candidats et non pas leur science. Mais les saints n’ont aucune faveur; elle va aux savants, ce qui prouve combien la mentalité est païenne partout! En tout cas, Jésus juge selon l’amour et le dévouement.

Ainsi sa troisième apparition sera pour Pierre qui l’a renié. C’est parce que Pierre aime beaucoup que Dieu lui pardonne et vient le consoler en lui apparaissant tout seul et nous ne savons que le fait, mais aucun détail ne nous est parvenu.

Ensuite il apparaît à Jean, mais en groupe avec les autres. Pourtant Jésus l’aimait, mais il ne lui apparaît pas seul. Il l’a fait pour Pierre parce qu’il était le chef des Apôtres et il devait le réhabiliter devant les esprits après sa chute lamentable. Encore là quel encouragement pour les pécheurs qui regrettent sincèrement leurs fautes. Dieu oublie tout devant l’amour!

La conclusion de ces apparitions est que personne ne peut croire au surnaturel sans une grâce spéciale de Dieu. Quand Pierre fait profession de foi en la divinité de Jésus, celui-ci lui dit: «Ce n’est pas la chair et le sang qui te l’ont révélé, mais mon Père qui est dans le ciel». Eh bien! il en est ainsi pour tous nos actes de foi; il faut qu’ils viennent de Dieu directement d’une façon ou d’une autre. Ainsi Jésus a commencé à préparer ses disciples par des anges pour exciter en eux le désir de le voir et alors il s’est montré à eux. Pas un n’a cru les autres. Après que les femmes avec Marie-Madeleine eurent dit aux onze ce qu’elles avaient vu, ils les traitèrent de visionnaires et leurs récits de rêveries de femmes. Ils ne crurent pas plus Pierre et Jean.

Tous nos missionnaires devraient tenir compte de ces difficultés de croire; ils seraient moins sévères pour ceux qui n’ont pas beaucoup de foi. Ce n’est guère pratique de disputer les gens parce qu’ils ne croient pas comme s’ils le pouvaient, s’ils le voulaient. Ce n’est pas une question de volonté, c’est une question de prière et de bonne conduite.

Puisque la foi est un don gratuit de Dieu, il faut nous y disposer par une vie pure et montrer qu’on la veut en la demandant de tout son cœur. Que chacun fasse comme s’il l’avait. Qu’il soit assidu aux offices qui se font dans les églises, qu’il communie aussi souvent qu’il le pourra, qu’il lise de bons livres et fréquente de bons catholiques, qu’il fasse des bonnes œuvres… et avec le temps Dieu se manifestera à lui par une foi plus vive. Des textes qui ne l’avaient jamais frappé lui ouvriront tout un horizon nouveau dans la religion.

Par conséquent que tous les fidèles qui veulent faire la vie du monde et qui pensent qu’à la fin de leur vie ou dans un grand danger, ils auront la foi voulue pour aller voir Dieu!… Elle ne se commande pas comme un ordre au magasin. Elle est la résultante de toute une vie normalement. Si on l’a subitement, c’est un miracle sur lequel il est fou de compter. Dieu exige des années de fidélité à son service pour nous introduire dans le monde surnaturel d’une façon pratique, pour que nous en vivions réellement. Dieu nous donne assez de grâces pour que nous puissions agir comme si nous avions la foi ou une grande foi.

Par exemple, tous les catholiques doivent savoir que Jésus a dit: «Tout ce que vous faites au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous le faites». Eh bien! Quand même on n’a pas encore la grâce de pratiquer cette charité avec plaisir, on l’a sûrement pour agir comme si nous voyions Jésus en eux. Dans ces apparitions, Jésus dit aux femmes: «Allez dire à mes frères que je les précède en Galilée». Prenons cette parole comme au vol et agissons tous envers le prochain comme envers des frères que nous aimons. Si nous ne pouvons voir Jésus dans nos frères, nous ne le verrons pas plus en lui-même. C’est uniquement la lumière de la foi qui nous permettra de voir au ciel ce que nous avons cru sur terre. Hâtons-nous donc d’agir comme si nous avions une très grande foi et nous finirons bien par l’avoir.

Dans ces apparitions, ces femmes ont vu Jésus, mais nous, nous ne le verrons pas en ce monde. Mais nous devons agir comme si nous l’avions vu. Car l’enseignement de la foi est encore plus solide et plus ferme que l’activité de nos sens. Nous sommes plus fortunés que ces femmes parce que nous avons du mérite de croire que Jésus est ressuscité et qu’il est monté au ciel où il nous prépare une place en proportion que nous vivons sa doctrine intégrale et que nous voulons l’aimer de tout notre cœur.

Père Onésime Lacouture - 3-3 - La Résurrection



DEUXIÈME INSTRUCTION LA RÉSURRECTION.

L’Ange dit aux femmes: «Ne craignez point, vous cherchez Jésus de Nazareth qui a été crucifié; il est ressuscité, il n’est plus ici; voici le lieu où on l’avait mis». Marc, 16-5.

PLAN

Remarque.

JÉSUS ANNONCE SA RÉSURRECTION
TÉMOIGNAGES DES ANGES. Preuves:
PAR SES APPARITIONS, TÉMOIGNAGES DES APÔTRES, LE FONDEMENT DE NOTRE FOI.
Elle est: LE GAGE DE NOTRE ESPÉRANCE, LE STIMULANT DE NOTRE AMOUR.

REMARQUE

Pour suivre Jésus dans le monde surnaturel de la foi qui nous dépasse complètement et qui exige de nous pratiquement le sacrifice de toute notre vie naturelle, il nous faut être bien convaincus de sa divinité. Or, notre grande preuve est dans sa mort volontaire et dans sa résurrection. Car, comme dit Saint Paul, si J.-C. n’est pas ressuscité, notre religion est vaine. C’est que Jésus se montre le Maître absolu de la vie et de la mort, ce qui n’appartient qu’à Dieu seul.

En proportion que nous sommes bien déterminés à faire tous les sacrifices que la foi nous demande, nous sentons le besoin de nous convaincre que Jésus est bien Dieu. Quand on veut sincèrement renoncer à soi-même et au monde, on veut des preuves que Jésus est bien Dieu. Or la pratique de la doctrine donnée dans les instructions de cette troisième série requiert le renoncement à soi-même et le mépris souverain des créatures. Personne ne peut faire ces grands sacrifices, s’il n’est pas absolument convaincu de la divinité de J.-C.

Evidemment, cette foi en Jésus ne vient pas de la tête mais d’une grâce particulière de Dieu. Lorsque Pierre fait sa profession de foi en disant à Jésus: «Vous êtes le Fils de Dieu vivant», N.S. lui dit: «Ce n’est pas la chair ni le sang qui te l’ont révélé, mais mon Père qui est dans le ciel». C’est donc surtout par la prière et la sainteté de la vie qu’on peut obtenir cette grâce ineffable de la foi vive.

C’est ce que nous voulons faire en parcourant ces instructions sur l’activité du St-Esprit dans les âmes. Après avoir suivi la vie de J.-C. du mieux que nous pouvions, nous espérons que le St-Esprit nous rappellera toutes ces choses dans l’esprit et surtout dans le cœur comme lui seul peut le faire. Qu’il fasse pour nous ce qu’il a fait pour les Apôtres, quand il descendit sur eux le jour de la Pentecôte. Qu’il nous transforme complètement en véritables enfants de Dieu pour non seulement avoir la grâce sanctifiante, mais aussi pour nous laisser guider à l’avenir uniquement par l’Esprit Saint. Il ne suffit pas d’être enfant de Dieu, il faut aussi agir en enfant de Dieu. Que Dieu nous accorde cette immense grâce par les mérites de Jésus et l’intercession de Marie médiatrice de toute grâce.

SES PREUVES

Nous n’avons pas l’intention de démontrer rigoureusement, comme on fait en classe de théologie, la résurrection de N.S. Dans une retraite, il suffit de repasser brièvement quelques-unes des principales preuves simplement pour stimuler notre foi et la rendre plus pratique et plus concrète pour que nous vivions plus selon ses exigences. Nous visons surtout à alimenter le cœur plutôt que l’esprit pour croître en amour de Dieu.

JÉSUS ANNONCE SA RÉSURRECTION. 
C’est une chose inouïe qu’un homme annonce plusieurs fois sa mort quand il le voudra et qu’il se ressuscitera lui-même par son propre pouvoir trois jours après sa mort. Il donne sa résurrection comme un signe de sa divinité et de la vérité de sa doctrine. Les Juifs ont bien compris ses paroles, puisqu’ils demandent à Pilate des gardes pour surveiller le tombeau de peur que ses disciples ne viennent enlever les corps et ne disent ensuite qu’il est ressuscité. Voici quelques-unes des prophéties à ce sujet.

Mt. 12-40: «Une génération maligne et adultère demande un signe et ce signe ne lui sera donné hormis le signe de Jonas, le prophète. Car tout ainsi que Jonas fut dans le ventre du poisson trois jours et trois nuits, ainsi le Fils de l’homme sera dans le cœur de la terre trois jours et trois nuits».

On voit que Jésus ne parle pas «strictement parlant» comme nos philosophes. Ces trois jours et ces trois nuits sont pris au sens moral. Il a été en terre vendredi en partie, samedi et une partie de dimanche. Jamais Jésus ne coupe les cheveux en quatre; il n’était pas philosophe du tout. Il avait trop de jugement pour l’être!

Jo. 2-17: «Jésus vient de chasser les vendeurs du temple et les Juifs lui demandent de quel droit il le fait: «Quel signe nous montres-tu pour agir de la sorte?» Jésus leur dit: «Détruisez ce temple et en trois jours je le relèverai». Là-dessus les Juifs dirent: «Il a fallu 46 ans pour bâtir ce temple et toi, en trois jours, tu le relèveras?». Mais lui, parlait du temple de son corps. Quand donc il fut ressuscité des morts, ses disciples se souvinrent qu’il avait dit cela et ils crurent à l’Ecriture et à la parole qu’avait dite Jésus».

Sur le Calvaire, les Juifs se montrent bien qu’ils avaient compris que Jésus parlait de son corps, d’après ce que dit Mt. 27-39: «Et ceux qui passaient là, le bafouaient, branlant la tête et disant: «Toi qui détruis le temple et en trois jours le réédifies, sauve-toi! Si tu es le Fils de Dieu, sauve-toi, descends de la croix!».

Jo. 10-17: «C’est pour cela que mon Père m’aime, parce que je quitte ma vie pour la reprendre. Personne ne me la ravit, mais c’est de moi-même que je la quitte; j’ai le pouvoir de la quitter et j’ai le pouvoir de la reprendre». Dieu seul est capable de cela.

Mc 8-31: «Il se mit en même temps à leur apprendre qu’il fallait que le Fils de l’homme souffrît beaucoup, qu’il fût rejeté par les Anciens, par les Princes des prêtres et par les scribes, qu’il fût mis à mort et qu’il ressuscitât trois jours après». Jamais aucun homme n’avait parlé ainsi de sa mort et de sa future résurrection, surtout par son propre pouvoir. Il faut être Dieu pour parler de la sorte.

TÉMOIGNAGES DES ANGES. 
Saint Mathieu dit: «La nuit du sabbat, à l’aurore du premier jour qui suit le sabbat, Marie-Madeleine et l’autre Marie vinrent voir le sépulcre. Et, tout à coup, il se fit un grand tremblement de terre, car un ange du Seigneur descendit du ciel, vint renverser la pierre et s’assit dessus. Son visage était brillant comme un éclair et ses vêtements blancs comme la neige. Les gardes furent tellement saisis de frayeur qu’ils devinrent comme morts. Mais l’ange s’adressant aux femmes leur dit: «Venez et voyez où le Seigneur a été déposé».

Saint Luc dit que lorsque les femmes entrèrent dans le sépulcre, elles virent deux anges tout éclatants de lumière et comme elles étaient saisies de frayeur, n’osant pas même lever les yeux, les anges leur dirent: «Pourquoi cherchez vous parmi les morts celui qui est vivant? Il n’est point ici, il est ressuscité. Souvenez-vous qu’étant encore en Galilée, il vous disait: «Il faut que le Fils de l’homme soit livré entre les mains des pécheurs, qu’il soit crucifié et qu’il ressuscite le troisième jour». Elles se souvinrent des paroles de Jésus et étant revenues du sépulcre avec une crainte mêlée de joie, elles racontèrent aux Apôtres tout ce qu’elles avaient vu et entendu».

Saint Luc dit que ces femmes étaient Marie-Madeleine, Jeanne et Marie, mère de Jacques et les autres qui étaient avec elles. Nous avons donc cinq ou six femmes qui ont vu et entendu ces deux anges leur annoncer que Jésus était bien ressuscité. Dieu veut les préparer un peu pour voir Jésus lui-même.

Il convenait que des anges fussent les premiers à annoncer la résurrection de N.S. Ils vinrent du monde surnaturel où Jésus est maintenant; ils peuvent parler en connaissance de cause! Ils sont du ciel que Jésus vient nous ouvrir et ils jettent une belle lumière céleste dans le tombeau comme une aurore qui annonce le Soleil de justice. On aime à les suivre dans leur monde invisible, mais bien réel comme leur présence l’atteste. C’est là que s’en va Jésus nous préparer une place dans les demeures éternelles. Ils ne sont que les messagers du Christ-Roi, encore un instant et les saintes femmes verront le Roi lui-même!

Remercions Dieu de nous avoir donné deux si bons témoins de la résurrection. Ils ne peuvent pas s’illusionner; ils disent ce qu’ils savent parfaitement et ce qu’ils ont vu eux-mêmes. Il est impossible que cinq ou six femmes se soient illusionnées sur ce point, surtout-quand elles ne s’attendaient pas du tout à la résurrection. Nous avons donc là de bien bons témoins pour notre foi.

PAR SES APPARITIONS. 
Ce sont elles qui constituent la plus forte preuve de ce miracle. Pendant quarante jours il apparaît à plusieurs personnes, individuellement et en groupes, en différents temps et différents lieux. Il entre sans passer ni par les portes ni par les fenêtres, toutes bien fermées et barricadées par peur des Juifs et il disparaît de la même façon, après leur avoir parlé, avoir mangé avec eux… jusqu’à même aller à la pêche avec eux! et leur faire prendre même miraculeusement beaucoup de poissons… tout en restant sur le rivage du lac. Il se montre assez souvent pour les convaincre tous qu’il est vraiment vivant dans un autre monde.

Ce qui est frappant est que pas un disciple n’est disposé à croire à la résurrection. Pas un n’a voulu la croire avant de s’en être rendu compte par lui-même. Pas un n’a pris le témoignage des autres quelque nombreux qu’ils fussent. Ils voient le tombeau vide, les femmes disent que des anges affirment qu’il est ressuscité, les uns qui le voient lui-même arrivent et le disent aux autres, mais pas un seul ne les croit! Personne n’a le droit de dire qu’ils ont été crédules.

Malgré tout ce que Jésus leur avait dit, cette idée ne leur était pas du tout entrée dans la tête. Ils ne pouvaient donc pas se suggestionner sur le fait de la résurrection. Saint Jean lui-même dit après avoir vu le tombeau vide et avoir entendu tout ce que les saintes femmes lui ont dit: «Les disciples ne savaient pas encore les Ecritures qui prédisent sa résurrection».

Tous s’en sont convaincus par eux-mêmes, si bien qu’ils la prêcheront avec force dans le monde et subiront le martyre pour leur foi en elle. Ils prêchaient ce que leurs yeux avaient vu et ce que leurs mains avaient touché du Verbe de vie. Leur incrédulité fonde notre foi en la résurrection de Jésus. Remercions Dieu de nous avoir donné tant de preuves.

Ce n’est pas pour rien que Jésus apparaît ainsi pendant quarante jours; il nous fallait tout cela pour appuyer notre foi sur celle des Apôtres. Ils s’en sont convaincus jusqu’au fond de l’âme. C’était bien nécessaire pour nous qui devions croire sans avoir vu. Notre foi repose sur la leur; elle devait donc être bien solide. «Heureux ceux qui croiront sans avoir vu».

Ces témoins sont très nombreux. Ainsi le jour de son Ascension, ils étaient cinq cents qui l’ont accompagné jusque sur le mont des Oliviers pour le voir monter au ciel. Des centaines de ces témoins ont subi le martyre pour attester leur foi en la divinité de Jésus parce qu’ils l’avaient vu ressuscité.

On peut se demander pourquoi Jésus apparaît d’abord aux femmes. Il semble bien que c’est parce qu’elles montrent plus d’amour pour lui; ce sont elles qui sont restées au pied de la croix, qui l’ont embaumé et qui l’ont accompagné jusqu’à son tombeau. Après le sabbat, ce sont encore elles qui retournent au tombeau pour compléter l’embaumement incomplet de la veille. Les Apôtres, à part Jean, s’en sont allés chez eux et ne se sont plus occupés du corps. Même quand les femmes leur disent ce qu’elles ont vu et entendu, deux seulement, Pierre et Jean, se dérangent pour aller vérifier les dires des femmes. Quelle apathie! On ne dira pas qu’ils attendaient la résurrection et qu’ils se sont suggestionnés! Elle ne leur entrait même pas dans l’idée après le témoignage des femmes.

Pourquoi Jésus permit-il aux femmes de le toucher et qu’il ne le permet pas à Marie-Madeleine à qui il lui apparaît seule? Une bonne réponse, je crois, est qu’il voulait les saintes femmes comme témoins de son humanité et Marie-Madeleine comme témoin de sa divinité.

D’après l’Evangile, c’est à Marie-Madeleine qu’il apparaît le premier, à cette grande pécheresse. Quel abîme de miséricorde! Mais aussi on sait combien elle s’était humiliée et avait pleuré ses péchés et quel amour ardent elle eut pour Jésus. «Beaucoup de péchés lui sont pardonnés parce qu’elle a beaucoup aimé», dit Jésus à Simon. Quel encouragement pour tous les pécheurs! Nous pouvons tous être admis à la familiarité de Jésus si nous pouvons l’aimer ardemment et regretter sincèrement nos péchés. Jésus aura encore pour nous des grâces de choix et il déversera dans nos âmes des flots de doctrine céleste comme en Marie-Madeleine.

•TÉMOIGNAGES DES APÔTRES. 
D’abord ils affirment qu’il est bien mort, crucifié sur la croix. Ils décrivent tous les détails de son procès apparent, de sa condamnation à mort et de son exécution. Ils donnent tous les détails du crucifiement et comment Pilate s’informe si Jésus est bien mort et il envoie des soldats achever les suppliciés. Ils cassent les jambes des deux larrons, mais comme ils trouvent Jésus déjà mort, ils ne les lui cassent pas. Mais un soldat transperce son cœur d un travers à l’autre et il sort de la plaie de l’eau et du sang. Ce seul coup suffisait pour le tuer s’il n’était pas mort. Puis les soldats surveillent son sépulcre pendant le temps qu’il est dans le tombeau. Sa mort ne peut donc faire aucun doute.

Or, après cette mort bien certaine, Jésus se manifeste bien vivant à ses disciples pendant quarante jours de telle sorte qu’il les convainc parfaitement de sa résurrection. C’est elle qui va faire le fond de leur prédication, car il est évident que la preuve de sa divinité se trouve surtout là, où un mort se ressuscite par sa propre puissance comme il l’avait prédit plusieurs fois et la donnant comme preuve de sa divinité. S’il n’était pas le Fils de Dieu, Dieu était tenu d’empêcher ce miracle pour que nous ne soyons pas trompés par Jésus-Christ.

Actes, 1-22: «Quand les Apôtres choisissent un remplaçant de Judas, ils disent: «Il faut donc que parmi les hommes qui nous ont accompagnés tout le temps que le Seigneur Jésus a été avec nous… il y en ait un qui devienne avec nous témoin de sa résurrection». Il faut qu’il sache qu’il est ressuscité s’il doit prêcher J.-C.!».

Actes, 4-33: «Avec beaucoup de force les Apôtres rendaient témoignage de la résurrection du Sauveur Jésus et une grande grâce était avec eux».

Actes, 26-30: «Paul dit à Festus: «Par l’assistance de Dieu, j’ai subsisté jusqu’à ce jour, rendant témoignage de Jésus aux grands et aux petits et ne disant autre chose que ce que les prophètes et Moïse ont prédit devoir arriver: que le Christ souffrirait, qu’il serait le premier dans la résurrection des morts et qu’il annoncerait la lumière au peuple et aux petits».

1 Cor., 15: «Je vous ai transmis en premier lieu ce que moi-même j’ai reçu: que le Christ est mort pour nos péchés conformément aux Ecritures, et qu’il a été enseveli et qu’il est ressuscité le troisième jour conformément aux Ecritures et qu’il est apparu à Céphas, ensuite aux douze, ensuite il est apparu à plus de cinq cents frères en une fois, desquels la plupart vivent encore en ce jour, mais quelques-uns sont morts. Ensuite il est apparu à Jacques, ensuite à tous les Apôtres et enfin il est apparu à moi aussi, comme avorton, car moi je suis le dernier des Apôtres, indigne d’être appelé apôtre, puisque j’ai persécuté l’Eglise de Dieu».

Les disciples ont été transformés radicalement par la foi en la résurrection de J.-C. Ces hommes découragés, désillusionnés et abattus par la mort de leur Maître, devinrent ses témoins dévoués jusqu’au martyre, tant ils sont inébranlables dans leur foi en sa divinité à cause de sa résurrection.

Une remarque importante pour nous tous: les Apôtres ne prêchaient pas simplement le fait de la résurrection comme nos philosophes font de nos jours, mais ils déduisaient tout de suite les conséquences pratiques pour notre vie spirituelle. Ils exhortaient les fidèles à le suivre dans la mort et dans les souffrances, afin de le suivre dans la vie surnaturelle de la résurrection. Ils prêchaient contre nos deux amours naturels qui constituent notre vie naturelle qu’il faut tuer à tout prix pour que Jésus vienne vivre en nous. Si nous ne mourons pas à nous-mêmes en tuant ces deux amours naturels, nous ne pouvons pas ressusciter avec J.-C. Saint Paul est plein de cette idée: qu’il faut mourir à soi et au monde pour vivre en J.-C. et ainsi le suivre dans sa résurrection. On comprend que nos philosophes du clergé séculier et régulier ne soient pas zélés pour étudier Saint Paul. Il les condamne dans tout ce qu’il dit. La guerre à mort à nos deux amours naturels fait le fond de sa doctrine… et l’affection et la protection de ces deux amours fait le fond de la mentalité de nos prêtres philosophes; ils sont donc aux antipodes de la doctrine de Saint Paul et donc de J.-C.

Cette vérité est le pivot de la vie chrétienne des premiers siècles de l’Eglise. Le sachant vivant, les chrétiens mettaient en lui toute leur espérance en cette vie divine à laquelle ils aspiraient de tout leur cœur. Convaincu que son Sauveur, homme comme lui, était déjà rendu au ciel pour aller lui préparer une place, tout chrétien était enflammé du désir de le suivre jusque-là et il prenait les moyens les plus sûrs pour y arriver.

Quel dommage que les prêtres ne sachent pas tirer parti de ce dogme fondamental de notre religion pour faire des saints de beaucoup de chrétiens! Au lieu de toujours parler du péché même à éviter, combien plus efficace la prédication qui montre la perfection d’un Dieu à imiter pour aller participer à son bonheur infini au ciel! Que Dieu ouvre les yeux à tous nos prêtres sur ce point capital!

LA RÉSURRECTION EST…

LE FONDEMENT DE NOTRE FOI, non pas seulement de l’acte de foi par lequel nous croyons en J.-C., mais surtout de la vie de foi. Si l’on croit qu’il est Dieu, il faut pratiquer toute sa doctrine. Or, elle est tellement contraire à la vie naturelle que les hommes vivent ordinairement, qu’il faut être bien convaincu que Jésus est vraiment Dieu. Or, ce point se prouve surtout par sa résurrection.

La difficulté pour nous, vient non pas de la résurrection, mais de ce qu’elle suppose. Si je crois en la résurrection de J.-C., je dois vouloir ressusciter comme lui et avec lui pour aller au ciel un jour avec lui. Or, pour ma résurrection, il me faut ma mort mystique et donc ma véritable passion par le renoncement à mes deux amours naturels qui font toute ma vie de païen ou naturelle. Alors c’est cette vie de sacrifices continuels qui m’est si pénible qu’il me faut croire bien fermement en la divinité de Jésus et donc en sa résurrection.

Remarquons que ces sacrifices sont surtout dans les motifs naturels. Comme Jésus a mangé, a bu, a parlé avec les hommes après sa résurrection, nous pouvons et nous devons continuer de travailler, de manger, de dormir et ainsi de suite. Mais ce qui change, ce sont les motifs: un être divinisé doit avoir des motifs purement surnaturels exactement comme s’il était déjà dans le ciel.

Tout chrétien doit s’exercer continuellement à la vie qu’il mènera au ciel. Dieu nous laisse sur la terre précisément pour nous donner une chance de vivre librement et donc avec mérite la vie divine du ciel. Nous avons la foi et la grâce pour nous aider à le faire. Dans le ciel, nous aimerons Dieu comme le premier commandement l’exige, de toutes nos forces. Nous devons commencer tout de suite à le faire. Donc à vivre uniquement pour les choses de Dieu. Ce changement de vie radical est toute une question d’amour. C’est le cœur qui doit opérer cette transformation. Tout en vivant dans le monde et en usant du monde, nous ne devons jamais lui donner un brin de notre amour, mais le garder tout pour Dieu. En effet, Jésus est venu nous appeler au monde surnaturel de la grâce qui est une participation réelle à la vie de la Sainte Trinité. Nous ne sommes donc plus par l’amour dans le monde naturel, mais totalement dans le monde divin. Agissons donc en conséquence. Voilà ce que les Apôtres prêchaient aux premiers chrétiens. Ecoutons Saint Paul aux Col., 3: «Si donc vous êtes ressuscités avec J.-C., recherchez les choses du ciel, où J.-C. est assis à la droite de Dieu; n’ayez de goût que pour les choses du ciel et non pour celles de la terre, car vous êtes morts et votre vie est cachée en Dieu avec J.-C.».

Dieu est amour et ceux qui veulent demeurer dans Dieu doivent demeurer dans son amour. Tout est une question d’amour! Il ne s’agit pas de cesser de manger, mais il s’agit de cesser de manger par amour des mets qu’on nous sert. Il ne s’agit pas de cesser de se récréer, mais de ne pas le faire par amour de récréations, mais par utilité ou nécessité.

Comme Saint Paul l’enseigne, il ne veut pas que nous ayons du goût pour les choses naturelles de la terre! Pas de goût! Pas d’affection! Pas d’affection! Pas d’amour! Pas d’amour! pour les choses de la terre, mais uniquement pour celles du ciel! Il n’en faisait pas une question de péché ou non péché, comme tous nos philosophes du clergé. Le ciel n’est pas une question de simple rectitude dans les actions, c’est une question d’amour de préférence de Dieu sur les créatures! Quand est-ce que nos prêtres vont prêcher cette doctrine et nous laisser la paix avec leurs péchés!

Mais l’on voit que cette mentalité de Saint Paul vient du fait qu’il a approfondi les conséquences de la résurrection de J.-C., surtout avec son idée que nous faisons une seule chose avec J.-C., que nous mourons au monde avec lui, que nous souffrons avec lui, et donc que nous vivons divinement avec lui! Il ne suffit pas de viser à l’absence de péché comme nos philosophes font, mais viser à reproduire la vie divine de J.-C. Il y a un abîme entre la vie d’un bon païen sans péché et la vie divine de Jésus. C’est cette dernière qu’il nous faut à tout prix.

Est-ce qu’un mort rejette simplement les choses défendues? Il n’est plus de ce monde et donc il n’a pas plus les permises que les défendues! Eh bien! La position ou la condition d’un véritable chrétien qui veut suivre J.-C.: Il est mort à toutes les créatures sans distinction de bonnes ou mauvaises. Où sont les prêtres qui prêchent cette doctrine bien authentique de Jésus comme Saint Paul en fait foi dans tous ses écrits. Ne suivons plus les philosophes, mais Jésus, les Apôtres et les Saints.

C’est l’idée de notre résurrection avec Jésus qui inspire aux Apôtres toute leur prédication sur notre mort au monde. Nous devons ressusciter avec Jésus, autrement pas de ciel pour nous. Or, pour ressusciter avec lui, il faut mourir avec lui. Si on veut la fin, il faut vouloir l’unique moyen pour y arriver. C’est la mort au monde selon l’amour, pas selon l’usage. Ils prêchaient donc avec une grande force la nécessité absolue de tuer nos deux amours naturels: l’amour de soi et l’amour des créatures. On trouve cette idée partout dans les Epîtres. Ce qui montre que c’est bien la doctrine de J.-C. Quand Saint Ignace nous demande d’avoir une aversion entière pour tout ce que le monde aime et embrasse, il a bien la mentalité des Apôtres.

La conclusion est que nous devons nous renoncer assez pour affaiblir le plus possible notre amour-propre et nous mortifier assez pour cesser d’aimer le monde. Refusez tous les plaisirs jusqu’à ce que vous n’ayez aucun amour pour eux! et que vous le preniez comme un remède pour votre santé. Dès qu’on a de l’affection pour une chose créée, notre «païen» reprend vie, il s’éloigne de la mort mystique et donc de la résurrection avec Jésus. Quelle folie que de perdre des biens éternels pour un plaisir passager!

Evidemment, on trouve cela dur au début. Saint Paul dit qu’il est crucifié au monde et le monde crucifié pour lui. C’était dur pour lui aussi! Il montre donc son aversion entière pour le monde. Mais quand on pense à l’éternité bienheureuse, qu’est-ce que cela fait de souffrir un peu sur la terre; ces souffrances nous donnent un poids éternel de gloire. On sait combien les premiers chrétiens étaient mortifiés et détachés. Ils donnaient leurs biens aux pauvres pour avoir des trésors célestes en compagnie de Jésus ressuscité.

La doctrine de Jésus ne change pas avec les siècles. Ceux du XXe siècle, qui veulent ressusciter avec Jésus, doivent tuer leurs deux amours naturels en les sevrant de toute jouissance pour la jouissance, ou de toute affection pour elle. C’est pourquoi avec cette doctrine, on ne fait pas de distinction entre jouissance permise et jouissance défendue. Personne n’a le droit d’en prendre par affection ou par amour. Presque toute la prédication des philosophes tombe par le fait même! Jamais ils n’en font une question d’amour, mais simplement de rectitude. Ils permettent l’affection pour les plaisirs permis, ce que Jésus, les Apôtres et tous les Saints condamnent fortement. «N’aimez pas le monde ni ce qu’il y a dans le monde; si quelqu’un aime le monde, la charité du Père n’est pas en lui». Les prêtres divisent le monde en choses permises et choses défendues et ils permettent à tous les chrétiens d’aimer les choses permises; ils sont donc de travers avec l’Apôtre sur cette partie. Il n’y a pas un texte dans l’Evangile qui permet qu’on aime une créature pour elle-même et donc qui permet des attaches comme les prêtres philosophes le permettent.

Par exemple, on vous invite à une soirée, même bonne; si vous pouvez le sacrifier, faites-le. On vous offre un verre de bière, dites que vous n’en prenez pas. On veut vous amener à une partie intéressante, dites qu’elle ne vous intéresse pas. On vous invite à une danse, dites que vous ne dansez pas, etc… Les prêtres ne jugent ces plaisirs qu’en fonction du péché; donc s’il n’y a pas de péché, ils nous permettent d’aimer ces plaisirs. Ils sont donc contre le premier commandement de Dieu, qui mobilise absolument toutes nos capacités pour l’amour de Dieu. Il n’en reste plus pour aucune créature quelque bonne qu’elle soit!…

LE GAGE DE NOTRE ESPÉRANCE. 
Dans notre transformation en divin, le sacrifice de l’humain nous est extrêmement pénible et, pour l’endurer, il nous faut une grande assurance que nous aurons les biens célestes en récompense. Or, pour aller au ciel, en jouir, il nous faut ressusciter avec J.C. C’est cette résurrection qui nous donnera le courage de souffrir avec Jésus. Citons encore Saint Paul qui a toute cette belle doctrine que nous entendons si rarement expliquer par les prêtres philosophes avec leur religion spéculative.

11 Cor. 4-8: «En toute chose nous souffrons la tribulation, mais nous ne sommes pas accablés… Nous sommes persécutés, mais non délaissés, portant toujours et partout en notre corps la mort de Jésus, afin que la vie de Jésus se manifeste aussi dans notre corps. Car, nous qui vivons, nous sommes livrés à la mort pour Jésus, afin que la vie de Jésus se manifeste aussi dans notre chair mortelle… Sachant que Celui qui a ressuscité Jésus nous ressuscitera aussi avec Jésus et nous fera paraître devant lui avec vous… C’est pourquoi nous ne perdons pas courage, mais quoique notre homme extérieur en nous se détruise, néanmoins l’homme intérieur se renouvelle de jour en jour. Car nos tribulations présentes qui ne durent qu’un moment et qui sont si légères nous produisent un poids éternel de gloire sublime et incomparable».

Quel dommage que nos prêtres ne parlent pas plus souvent des conséquences pour nous du dogme de la résurrection! Comme nos catholiques seraient autrement patients et charitables envers les autres! Comme ils béniraient même le ciel de leur donner des moyens si sûrs d’arriver avec J.-C. au ciel? S’ils savaient que ce sont justement toutes leurs épreuves qui constituent la mort mystique qui leur donne droit à la résurrection avec Jésus.
Voilà l’idée qui a soutenu le courage des martyrs et qui soutient le courage de tous les saints qui souffrent pour l’amour de J.-C. On peut voir combien nos chrétiens ignorent cette idée par le nombre immense de ceux qui s’impatientent, qui s’énervent et qui disputent à tout propos dans la vie! Ils ne pensent donc pas à la résurrection, puisqu’ils ne veulent pas mourir mystiquement. Ils veulent garder et choyer leur deux amours naturels qui constituent la vie de leur païen, dans la même mesure ils s’éloignent de la résurrection avec Jésus. Tous ceux qui pèchent aussi ne vivent pas de cette idée du tout; ils préfèrent un plaisir éphémère aux joies du ciel; ils contentent leur païen, il est donc bien en vie!
Que tous ceux dont les conversations roulent sur les choses de la terre sachent bien qu’ils sont encore loin de la mort nécessaire pour ressusciter avec Jésus. Puisqu’ils aiment le monde, ils ne sont donc pas moins au monde et, par conséquent, ils ne peuvent pas encore espérer ressusciter avec Jésus. Qu’ils se hâtent de mourir à tout au monde et à eux-mêmes!

Tandis que ceux qui souffrent en combattant leurs deux amours naturels peuvent espérer de recevoir la vie de Jésus dans l’éternité. Pas un jour de Pâques sans Vendredi saint! Or, notre Vendredi saint dure toute la vie pour nous en général. Nous sommes tellement délicats que Dieu nous donne des échantillons de la croix de Jésus à petite dose et donc il faut que ce traitement dure plus longtemps. Suivons donc Jésus sur la croix pour le suivre dans sa résurrection!

LE STIMULANT DE NOTRE AMOUR. 
C’est la conséquence des deux points précédents: l’amour découle de la foi et de l’espérance. Plus l’esprit est rempli de l’idée des biens célestes et plus la volonté les voudra. Ce n’est pas une espérance vaine que nous avons, car puisque le corps humain de Jésus est ressuscité et qu’il est déjà au ciel, il est certain que nous aussi nous ressusciterons comme lui et avec lui, si nous mourons à nous-mêmes et au monde avant notre mort réelle. Nous pourrons donc jouir avec Jésus des joies ineffables de la Trinité en union avec Jésus.

Rien comme cette certitude de posséder un jour le bonheur céleste dans notre propre corps ressuscité pour nous faire aimer les choses de Dieu. Les disciples ont conçu un immense amour quand ils le virent ressuscité. Ils ne vivent plus que pour lui. Comme dit Saint Paul: «J.-C. est ma vie; ce n’est plus Paul qui vit, c’est Jésus qui vit en lui».

C’est parce qu’ils ont tant aimé N.S. que le Saint-Esprit faisait tant de merveilles de conversion à l’occasion de leur prédication Le Saint-Esprit suit J.-C.: en proportion que nous l’avons dans le cœur, le Saint-Esprit nous sanctifie. On va dire que c’est le Saint-Esprit qui forme Jésus en nous. C’est vrai, mais il faut le vouloir, le désirer, et c’est cet amour de volonté qui attire le Saint-Esprit à produire réellement dans l’âme une augmentation de la présence surnaturelle de J.-C. en nous, qui à son tour stimule la volonté à en vouloir encore plus.

Saint Paul aux Héb., 12, nous donne Jésus comme modèle de victime. Parce qu’il s’est mis devant les yeux l’état de joie qui lui était offert, après sa résurrection, il a soutenu le tourment sans broncher. Eh bien! C’est donc dans la mesure que nous aurons devant les yeux de la foi la vie éternelle qui nous est réservée à cause de la résurrection de J.C. et de la nôtre qui suivra, que nous aurons le courage de souffrir en nous-mêmes ce qui manque à la passion de Jésus.

Au lieu de nous plaindre, nous aurons la force d’endurer les échantillons de la passion que Dieu juge bon pour nous faire participer au bonheur de J.-C. au ciel. Quelle force dans les martyrs! C’est qu’ils aimaient tellement Jésus qu’ils voulaient être avec lui au ciel. Ils croyaient donc à sa résurrection et à la leur un jour.

Demandons instamment la grâce d’être tellement remplis de Jésus assis à la droite de son Père, que nous soyons enflammés de son amour pour tout faire, afin d’aller avec lui après notre mort. Commençons donc de vivre avec lui tout de suite sur la terre dans la foi par la grâce de Dieu. Que le Saint-Esprit nous ouvre les yeux du cœur sur ce qui nous attend au ciel, afin que nous souffrions volontiers les peines que Dieu nous envoie pour participer au calice de Jésus, afin de participer à son bonheur céleste. Que la Sainte Vierge, Marie médiatrice de toute grâce, nous obtienne cette faveur!