samedi 6 février 2016

Père Onésime Lacouture - 2-11 - Les rois mages


DIXIÈME INSTRUCTION
LES MAGES.

«Où est le Roi des Juifs qui est né?  Car nous avons vu son étoile en Orient et nous sommes venus l’adorer.» Mt.2.

Plan Remarque.  (Sa grandeur.  Leur vocation: (Sa gratuité.  (Leur fidélité à la suivre.  (Parfaite.  Leur foi est:

(Eprouvée.  (Récompensée.  (Laisse les prêtres indifférents.  Leur visite: (Trouble le peuple.  (Excite la colère d’Hérode.  (Généreuse.  Leur offrande est: (Symbolique.  (Liturgique.  

REMARQUE Il est tellement difficile pour l’esprit humain d’accepter l’humanité de Jésus que la divine Providence a multiplié les mystères de la sainte Enfance pour nous convaincre qu’il est vraiment homme comme nous.  Les avantages de cette conviction sont immenses pour la vie spirituelle.  C’est dans l’humanité que se reflète la divinité de Jésus; nous devons toujours avoir ce miroir de la divinité dans l’esprit pour progresser dans la divinité de Jésus.  Les saints ont toujours affectionné l’enfance de Jésus parce qu’elle est pleine de leçons pratiques pour la sainteté.  Jésus n’a-t-il pas dit: «A moins que vous ne deveniez de petits enfants, vous n’entrerez point dans le royaume des cieux.» Les enfants ont plusieurs vertus appréciées dans le ciel, moins l’orgueil et une foule de défauts qui éloignent les hommes de Dieu.  De nos jours Dieu a pris la peine de nous remettre devant l’esprit l’estime qu’il fait des vertus de l’enfance en faisant canoniser Ste Thérèse de l’Enfant Jésus qui a puisé les principes de sa sainteté dans les mystères de l’enfance de Jésus.  Les hommes ont toujours eu peur de Dieu: sa majesté et sa puissance les faisaient trembler à son seul Nom.  Eh bien, il se fait petit enfant précisément pour que tous les hommes s’approchent plus de lui, si doux et si humble de cœur.  C’est là qu’il commence à prêcher par l’exemple sa doctrine divine qu’il enseignera de bouche plus tard.  Ce n’est pas pour rien que le St.  Esprit nous a laissé tant de détails sur l’enfance de Jésus.  Chaque mystère contient de sublimes leçons de sainteté que nous devons recevoir avec la plus vive reconnaissance et pratiquer le plus fidèlement possible avec sa grâce.

Jésus venait de s’offrir à son Père pour le salut du monde quand il commence son ministère en appelant à lui des païens d’une région lointaine.

 L’arrivée à Jérusalem de ces étrangers conduits par une étoile qui leur apparaît en Orient et les amène jusqu’à Jésus, a tellement frappé les premiers chrétiens que la fête de l’Epiphanie a pris une importance remarquable dans la liturgie chrétienne.  Ce mystère étale en tableaux vivants la théologie de la foi telle qu’elle agit dans les âmes.  On peut dire la même chose de la grâce.  Le St-Esprit nous décrit là sa façon de faire pour faire passer les hommes des ténèbres du paganisme à la lumière de la foi.  Ce qu’il fait pour les Mages il le fera pour nous tous en proportion que nous coopérons avec lui.  C’est donc notre propre vie spirituelle que nous étudions dans cet épisode merveilleux de l’Enfance de Jésus.  Mais, en nous, la foi ne sera plus sensible pour ainsi dire comme nous la voyons dans les Mages.  Une raison de plus de bien comprendre sa façon d’agir dans ce mystère.  Leur vocation à la foi.  Elle est la même que la nôtre.  Nous ne l’apprécions pas suffisamment parce que nous nous y arrêtons trop peu.  Prenons l’occasion de cette méditation pour nous faire une grande idée de notre vocation à la foi en examinant dans le détail les caractères de la vocation des Mages.  Sa Grandeur: On juge de la grandeur d’une entreprise par la fin qu’elle se propose, par les moyens qu’elle emploie et par ses résultats.  Examinons la vocation des Mages en fonction de ces trois idées.  Or les Mages sont appelés à venir adorer le Messie et ils sont les premiers païens à le faire.  Que peut-il y avoir de plus grand que d’adorer le Roi des rois et le Sauveur du monde?  C’est faire ce que nous sommes appelés à faire éternellement au ciel.  Rien de plus beau ni de plus grand sur terre.  Les moyens employés par Dieu sont miraculeux et donc divins.  Cette étoile étrange qui apparaît tout près de la terre et qui les conduit jusqu’à Jésus n’est pas un phénomène naturel; il fallait l’intervention spéciale de Dieu, de même que pour cette inspiration intérieure qui les sollicite à aller adorer le Roi des Juifs et qui ne leur laisse pas de paix tant qu’ils ne se mettent pas en route, vient sûrement de Dieu.  De plus il leur fallait des grâces bien puissantes pour les déterminer à partir malgré les reproches de leurs parents et les moqueries du peuple qui devait les trouver fous de suivre une étoile.  Peut-être avaient-ils lu la prophétie de Balaam, Mm.  l4-17: «Un astre sort de Jacob, un sceptre s’élève d’Israël.» Quoique l’on ne trouve pas de prophétie expresse pour les Mages, l’Eglise leur applique cette prophétie du psaume 71: «Devant lui se prosterneront les habitants du désert… les rois de Tharsis et des îles paieront le tribut, les rois de Saba et de Méroé offriront des présents.» Le résultat a été qu’ils ont trouvé Jésus et qu’ils l’ont reconnu pour le Messie et le Sauveur du monde.  Ils lui ont offert des présents symboliques des caractères qu’ils reconnurent en lui comme nous le verrons plus loin.  Eh bien, 19 siècles de christianisme et de foi bien prouvée sont passés, qu’est-ce que les chrétiens pensent de leur vocation à la foi?  Quelle insouciance à son sujet!  Comme nous en profitons peu, comme nous l’étudions peu, comme nous la pratiquons encore moins!  Jésus est à nos portes dans nos églises et dans les chapelles et combien se dérangent deux minutes pour aller saluer leur Dieu du Tabernacle!  Même les prêtres, comme ils vont rarement adorer Jésus où il est aussi présent qu’aux Mages quoique invisible aux sens.  Cela montre que nous apprécions bien peu notre vocation à la vision béatifique, puisque notre foi sur terre est le germe de la lumière éternelle du ciel.  Si notre foi n’agit pas, elle se meurt vite et nous risquons notre salut éternel.  Réveillons-nous sur la grandeur de notre vocation à la foi ici-bas et à la vision béatifique là-haut.

Sa gratuité devrait susciter en nous de vifs sentiments de reconnaissance.  Comme Dieu a choisi les Mages de préférence à tant d’autres païens ainsi Dieu nous a choisis plutôt que des milliers d’autres qui auraient apprécié peut-être plus que nous leur vocation à la foi.  L’étoile brillait pour tous sans doute, mais les Mages sont les seuls à comprendre sa signification.  C’est un pur don de Dieu qu’ils reçoivent, comme aussi notre foi.

Combien d’hommes ont entendu la même prédication de l’Evangile et quelle différence dans son acceptation.  Comme l’étoile venait uniquement de Dieu ainsi sa signification ne venait que de Dieu.  Il en est de même pour nous; non seulement les vérités prêchées viennent de Dieu, mais notre acceptation de ces vérités vient aussi de la grâce de Dieu.  Pas plus que les Mages nous ne pouvons mériter ces manifestations divines dans l’âme.  Tout ce que nous pouvons faire est de nous disposer à les recevoir, ce que nous devons faire avec soin.  On peut juger de l’estime qu’un chrétien fait de sa vocation surnaturelle par sa détermination à éviter tout péché mortel qui la fait perdre ou la rend inutile.  Comme ils sont rares ceux-là!  Combien perdent la grâce sanctifiante pour un rien, pour rester couché un peu plus longtemps le dimanche, pour une bouteille de liqueur enivrante, pour un plaisir charnel d’un instant, pour quelques piastres volées au voisin, etc.  Surtout ceux qui restent tant soit peu dans l’état de péché mortel sans se soucier de recouvrer la grâce montrent bien qu’ils n’ont aucune estime pour elle.  Que ces gens n’espèrent pas être sauvés tant qu’ils sont dans cet état d’esprit par rapport à la grâce.
Leur fidélité à la suivre montre leur sincérité à croire.  Car ceux qui ne comprenaient rien à cette étoile ont dû les blâmer et se moquer d’eux.  Rien ne les arrête: ils laissent tout pour suivre leur inspiration divine.  Ils ne se contentent pas de savoir ce qu’ils doivent faire, ils le font de fait.  Ils donnent la leçon à ces chrétiens qui connaissent leur religion, mais qui ne la pratiquent pas ou mal.
Comme ils sont convaincus de la divinité de leur inspiration, ils ne sont pas influencés par le respect humain.  Ceux qui le sont, comme tant de chrétiens, montrent bien qu’ils estiment plus les jugements des hommes que ceux de Dieu.  Comme ce respect humain est fort en général!  Cela montre que la plupart des chrétiens sont faibles dans la foi.  Celui qui n’ose pas se compromettre devant l’opinion publique pour l’amour de sa religion peut sérieusement douter de son salut.  Il n’a pas encore choisi carrément Jésus de préférence au monde auquel il veut plaire aux dépens de ses devoirs envers J.C.  Comme ils sont nombreux!  Un serviteur tient les yeux sur son maître: tant qu’un chrétien surveille le monde de peur de lui déplaire, il montre bien qu’il regarde le monde comme son maître et donc il n’appartient pas à Jésus.  Quand Jésus est devenu notre roi et maître, nous ne faisons plus de cas de notre ancien maître, le monde, n’espérant rien de lui, nous ne travaillons plus pour lui du tout.  A quel groupe appartenez-vous?  Leur foi…

La foi est la porte d’entrée dans le monde surnaturel: ce n’est pas la raison, qui est une lumière purement naturelle.  Pour que ma lampe électrique sur ma table éclaire, il faut la connecter avec une source d’électricité.  Eh bien, pour être éclairé divinement, il faut mettre mes facultés en connection avec une source de lumière divine, ce qui est celle de Dieu, manifestée aux hommes par la foi.  Tout homme qui veut connaître le monde de Dieu doit se servir de la lumière de Dieu, qui est la foi.  Un chrétien doit donc prendre dans la révélation et dans l’enseignement de l’Eglise ce qu’il doit croire pour être sauvé.  Or combien voudraient se servir surtout de leur bon sens humain pour servir Dieu.  Tant qu’on suit son bon sens, on nage dans le naturel et pas du tout dans le monde de Dieu.  Etudions donc la foi des Mages qui sont de parfaits modèles de gens de foi.  Leur foi est parfaite

DANS TOUS SES ÉLÉMENTS ESSENTIELS.

La foi comme la grâce prévient, dirige, soutient, éprouve et couronne.  On trouve tout cela dans la foi des Mages, en suivant le récit de l’Evangile.  C’est l’étoile qui les prévient: elle est apparue quand ils ne s’y attendaient pas du tout et ils n’on rien fait pour la mériter.  Elle est donc l’œuvre unique de Dieu.

Il en est de même pour nous: tout ce que nous faisons selon la foi est un pur don de Dieu.  Notre part n’est que d’accepter librement l’offre de Dieu et là encore il y a de la grâce de Dieu!  C’est de nature à nous rendre bien humbles dans le monde surnaturel.  Nous n’avons rien là que nous n’avons reçu de Dieu et par suite toute la gloire du bien en nous appartient à Dieu seul.  Un chrétien ne devrait donc jamais s’enorgueillir du bien qu’il a ou qu’il fait, ni être jaloux du bien que les autres ont ou font.  Sont-ils nombreux ces chrétiens?  L’étoile les dirige comme par la main: Ils n’ont qu’à la suivre pour être sûrs d’arriver au Roi des Juifs.  C’est ce que Dieu fait pour nous par la foi.  Si nous la suivions fidèlement, elle nous conduirait sûrement au ciel.  Mais comme il y en a peu qui se laissent conduire par cette lumière divine!  Combien consultent surtout leur petit bon sens humain et celui des autres?  Tous ceux qui sont flottants dans la pratique de la religion, qui sont inconstants, qui font comme leur entourage, sont des païens de mentalité.  Ceux qui vont communier seulement dans les grands concours, qui vont à l’église quand beaucoup de gens y vont, qui sont bons chez eux et méchants à l’étranger, qui auscultent l’opinion publique pour faire des actes de religion, ces gens ne suivent pas la foi ou si peu qu’ils risquent leur salut.  Un chrétien doit toujours se demander: Qu’est-ce que Dieu veut pour moi dans ce cas-ci?  dans ce doute, qu’est-ce qui ferait plaisir à Jésus?  en commençant une entreprise, est-elle pour la gloire de Dieu?  est-elle selon sa volonté?  Enfin quand on se laisse diriger par la foi on a toujours un œil sur Dieu pour voir ce qu’il veut.  Ainsi on est tout aux choses de Dieu parce que la foi ne nous conduit que là.  St-Paul dit que ce sont ceux qui sont conduits par l’Esprit de Dieu qui sont les enfants de Dieu (Rom.  8-14) Or il faut être enfant de Dieu pour être sauvé!  Suivons donc notre étoile spirituelle, la foi! 

L’étoile les soutient, en se tenant toujours devant eux.  S’ils étaient tentés de rebrousser chemin, l’étoile continuait sa route de sorte qu’ils étaient encouragés à la suivre jusqu’au bout.  Sans doute l’inspiration intérieure était toujours là aussi pour les éclairer dans l’âme sur la naissance du Roi des Juifs.  Et nous avons non pas une étoile, mais le Soleil de justice en personne pour nous diriger et nous soutenir dans le chemin de la vertu nous avons ses propres paroles et ses exemples avec sa grâce et comme nous lambinons en route!  Comme beaucoup même n’avancent plus et reculent souvent!  Jésus ne nous manque pas, c’est nous qui manquons à Jésus; nous ne coopérons pas avec lui.  C’est que le cœur est trop pris par les choses sensibles du monde, on n’a pas le temps ni la volonté de s’occuper des choses du monde de la foi trop au-dessus de la vie des sens qu’on estime tant.  Quel dommage que nous ne sachions pas mieux que tout ce que nous faisons en dehors de la foi est perdu pour l’éternité… Leur foi est éprouvée.  Après les avoir guidés longtemps, voici que l’étoile disparaît quand ils arrivent à Jérusalem.  Voici quelques raisons qu’on peut donner de ce fait.

1)         Dieu ne multiplie pas les miracles inutilement.  Il avait déjà révélé aux Juifs le lieu de la naissance du Messie par le prophète Michée: «Et toi, Bethléem Ephrata, quoique tu sois petite entre les milliers de Juda, c’est de toi que sortira Celui qui doit être Dominateur en Israël et dont l’origine est dès les temps anciens, dès les jours de l’éternité.»

2)         Pour donner aux Mages la chance de se servir de leur propre activité et les honorer ainsi dans leur raison, et pour voir s’ils continueraient leurs recherches sans l’étoile.

3)         Pour attirer l’attention des Juifs sur la naissance du Messie, qui leur était rappelée d’une façon si étrange.

4)         Pour montrer aux païens que le salut doit venir des Juifs.  Le fait que pas un des prêtres juifs ne se dérange pour aller avec eux voir le Roi des Juifs, a dû être un rude coup pour leur foi.  Voilà que des gens qui avaient été choisis spécialement par Dieu pour surveiller la venue du Messie, ne se donnent pas la peine d’aller avec eux, c’est donc qu’ils se sont fait jouer par leur étoile!  C’est une illusion!  Ils se sont emballés pour rien!

Nous aurons tous cette même épreuve dans la vie spirituelle.  Un fervent sera scandalisé de voir l’insouciance de ceux qu’il croyait des modèles ou qui devraient être des conducteurs en religion.  Comme des prêtres, des religieux.  Lui est tout feu et flamme et il ne rencontre qu’insouciance et tiédeur chez ceux qui devraient donner l’exemple de la ferveur au service de Dieu.  Que les bonnes âmes ne se découragent pas quand elles perdent un bon directeur: ce que Dieu leur a donné par lui, il est capable de le leur donner par un autre.  Celles qui s’attristent montrent qu’elles sont encore pleines d’humain… et que leur fameux directeur n’était pas si bon s’il les a laissé s’attacher à lui de la sorte.  Si elles avaient vu Dieu seulement en lui comme il aurait dû le leur enseigner, elles remarqueraient à peine qu’il est parti!  C’est encore Dieu qui va les conduire par un autre instrument aveugle dans ses mains.  Une bonne leçon pour nous est celle-ci: quand la foi parle clairement, suivons-la fidèlement; puis quand elle se cache et n’indique rien, alors suivons notre raison et Dieu est satisfait et nous bénit.  Que de gens s’énervent quand ils ne savent pas que faire devant Dieu.  C’est si simple!  Dieu ne vous dit rien?  Eh bien, cela veut dire: fais ce que tu voudras et j’en serai content; Défions-nous de ceux qui viennent après coup nous dire que nous aurions dû faire telle chose ou telle chose.  qu’on leur réponde: J’ai fait ce que je croyais bon, je ne regrette rien, peu importe le fiasco qui s’en est suivi!  Dieu soit béni dans ce fiasco!  Je n’ai aucun remords de conscience!  Quand le soleil est au-dessus de l’horizon, on suit sa lumière; quand il se couche on allume son fanal!  Eh bien, quand la foi se couche, on allume son petit fanal: la raison!

Récompensée, parce qu’ils persévèrent dans leur recherche du Messie, Dieu les récompense par l’apparition de l’étoile au sortir de Jérusalem et cette fois elle les conduit jusqu’à la maison où se trouve la sainte Famille.  Quel bonheur de le trouver enfin!  Leur étoile venait donc bien de Dieu et les conduisit à Dieu!  Leur persévérance est récompensée en voyant le Roi des Juifs.

Leur foi reçoit encore un dur coup quand ils trouvent en Jésus tant de pauvreté!  Le Roi du ciel et de la terre dans une maison si abjecte!  Jamais ils n’avaient vu un tel dénuement!… Quel dommage que tous nos chrétiens ne connaissent pas mieux toutes ces leçons pratiques de la foi que nous donnent les Mages!  Nous devrions tous avoir les yeux sur Dieu comme les Mages les avaient sur leur étoile, pas pour rester stationnaires, mais pour avancer constamment vers Jésus.  Quand allons-nous apprendre comment vivre de foi?  Ce n’est pas vivre de bon sens humain, mais de lumière divine telle que manifestée dans l’Ecriture, c’est organiser notre vie selon l’enseignement de Jésus et non pas selon celui des hommes.  Ceux qui vivent de foi ont de ces expressions dans la bouche: Dieu le veut.  Cela fait plaisir à Dieu.  Dieu ne veut pas.  Les païens disent: ça n’a pas de bon sens.  C’est ridicule.  Je n’aime pas cela.  Ils sont le centre de tout, tandis que pour un catholique qui vit de foi, c’est Dieu seul qui est le centre de tout pour lui.  Ne prenons pas cinquante ans pour comprendre que pour vivre de foi il faut se mettre au-dessus de la raison et des sens.  Dieu les contredit exprès pour que nous les mettions de côté afin de suivre sa lumière divine.  C’est quand ce n’est pas naturel ou humain que c’est divin!… leur visite Laisse les prêtres indifférents.  Ils ont été choisis par Dieu uniquement pour préparer et pour surveiller la venue du Messie: C’est leur seule raison d’être.  D’après les prophètes les temps semblent accomplis pour sa venue; ils devraient être sur le qui-vive pour saisir le moindre signe du Messie.  Quand des étrangers respectables se présentent à Jérusalem, conduits là par une étoile miraculeuse, ce devait suffire pour les intéresser; on croirait qu’ils seraient accourus avec les Mages pour aller voir et adorer leur Roi attendu depuis des siècles par tout le peuple juif.  Mais pas du tout; ils ne se dérangent pas; cette nouvelle du Messie ne les intéresse pas!  La fascination des choses terrestres a obscurci l’intelligence des choses célestes; leur cœur est tout à la terre de sorte qu’ils ne comprennent rien aux choses divines; ils ne les estiment pas du tout.  Jésus enseignera qu’on ne peut pas aimer le monde et Dieu; c’est l’un ou l’autre, pas les deux à la fois.  Comme ils aiment le monde, ils n’aiment pas le Messie et ils le persécuteront toute sa vie et le tueront un jour.  Nous aussi nous avons été choisis par Dieu pour être tout aux choses de Dieu afin de donner au peuple de notre surabondance de vie surnaturelle.  Eh bien, combien remplissent leur mission divine même convenablement?  combien s’ingénient par l’étude des choses saintes et par la prière de se remplir si bien le cœur du divin qu’ils puissent ensuite intéresser le monde par leur prédication?  Les prêtres écourtent leurs sermons sous prétexte que le peuple n’aime pas les longs sermons.  Pourtant Jésus dit que les brebis entendent volontiers la voix du Maître.  Quand le peuple n’écoute pas un prêtre c’est souvent parce qu’il ne transmet pas la voix de Jésus parfaitement, qu’il ne donne pas la doctrine de Jésus et il ne parle pas du cœur, de ce qu’il vit, de ce qu’il aime.

Le peuple suivait les saints des heures de temps parce qu’ils prêchaient du cœur et de ce qui faisait leur propre vie.  C’est donc inutile de blâmer le peuple de ne pas aimer les sermons, ce sont les sermons qui ne sont pas de substance divine.  Le St-Esprit ne passe pas par la philosophie de tête même quand c’est un sujet de religion.  Il veut le cœur et si le prédicateur parle selon ce qu’il vit il est intéressant pour n’importe qui.  Que les prêtres soient toute la semaine aux choses de Dieu et pas du tout à celles du monde et les fidèles les écouteront bien le dimanche dans leurs sermons.  Pour cela il faut prêcher ce qu’on vit!… Trouble le peuple.  «Toute Jérusalem est troublée» et pour une nouvelle qu’elle attend depuis sa fondation!  Les livres sacrés qu’ils gardent comme la prunelle de leurs yeux annoncent que la venue du Messie est proche et voici que des hommes sérieux disent qu’il est né et qu’une étoile miraculeuse les a conduits jusqu’à Jérusalem pour venir l’adorer… et tout le peuple est bouleversé en entendant dire qu’il est né!  Ils sont furieux et tout de suite ils menacent de le tuer, s’ils le trouvent.  C’est curieux comme le peuple est volage et se laisse mener à toutes sortes d’excès, évidemment les prêtres avaient leur part dans ce trouble du peuple.  Il y en aura toujours pour l’exciter dans différentes factions.  On voit au cours de l’histoire de l’Eglise comme le peuple est facilement influencé.  Dans les Actes on voit un jour le peuple qui veut adorer Paul et Barnabé et le lendemain ils les ruent de coups et laissent Paul pour mort.  Cela recommence dans les autres villes où il va prêcher.  Il en est ainsi pour un prédicateur qui prêche Jésus-Christ comme une vie à vivre tout de suite.  Les autres prêtres se diviseront avec le peuple pour ou contre et surtout contre.  Personne ne sait bien pourquoi on attaque ce prédicateur, mais le voisin a dit telle chose, un autre en dit plus et finalement toutes les calomnies sont inventées contre lui.  Les démons ont sûrement leur part dans ces tempêtes soulevées contre les vrais disciples de Jésus.  Les pharisiens et les prêtres Juifs parlaient parfois de la venue du Roi des Juifs ou du Messie, mais comme ils n’avaient pas l’intention de le donner au monde comme une vie à vivre dans le concret et qu’ils le prenaient au point de vue naturel et temporel, les démons ne les ont jamais persécutés; au contraire ils les secondaient dans leur mentalité purement païenne au sujet de Jésus à venir.  Mais dès que les Mages en parlent comme déjà arrivé et qu’ils vont l’adorer tout l’enfer est sur pied pour le combattre.  Voilà pourquoi tant de prêtres ne sont jamais et ne seront jamais persécutés; ils ne font que parler de Jésus et ils l’ont tellement naturalisé dans leur esprit qu’ils ne font aucun tort aux démons et souvent si peu d’âmes, que les démons ne les dérangent pas.  C’est quand les hommes veulent s’unir à Jésus qu’ils opèrent leur salut et donc échappent aux démons.  Dans le concret c’est quand ils agissent pour des motifs surnaturels que dans la même proportion ils échappent aux démons: tout de suite on le voit par la guerre que les démons leur suscitent.

Exemple: deux frères étaient ivrognes: l’un est obligé de cesser de boire parce qu’il fait de la haute pression et que les médecins lui disent qu’il va en mourir s’il boit.  Ses amis le plaignent, le regardent comme un martyr.  Son frère fait une retraite fermée et cesse de boire pour l’amour de Dieu.  Ses amis lui font la guerre, le traitent de fou et l’injurient tellement qu’il est obligé de les quitter pour tout de bon.  Un fumeur abandonne de fumer parce que sa vue en souffre; tout le monde l’approuve.  Un autre abandonne parce que cela nuit à la lumière divine de la foi: tout le monde le traite de fou, etc.  On voit donc que les démons enragent seulement quand on va produire l’union avec Jésus ou une plus grande union par notre prédication ou par nos motifs, qu’ils soulèvent une tempête contre nous. On peut voir par là combien rares sont les prédicateurs de Jésus et les bons chrétiens qui avancent dans l’union avec Jésus.  Combien sont persécutés!  Cela devrait faire trembler un grand nombre et de prêtres et de fidèles… Excite la colère d’Hérode.  Ces bons Mages ont parlé du Roi des Juifs et Hérode l’est déjà!  Il voit tout de suite un rival en cet enfant et il veut le tuer tout de suite.  Jésus dira plus tard que ce sont les démons qui veulent le tuer par les Juifs, instruments des démons.  Jo.  8-45: «Vous cherchez à me faire mourir… vous faites les œuvres de votre père… Le père dont vous êtes issus est le diable.» Ce sont donc les démons qui suscitent encore ces persécutions contre tout prêtre qui donne Jésus réellement ou contre tout fidèle qui veut vivre saintement en Jésus.  Par conséquent ceux qui ne sont pas critiqués, soit prêtres soit fidèles, ne donnent donc pas Jésus au monde; ils se contentent d’en parler ou font semblant de lui appartenir. 

Comme ils risquent leur salut avec ce camouflage de religion!  Que les persécutés sachent que Dieu veille sur eux et qu’il les protégera contre leurs ennemis jusqu’au jour où il voudra les immoler pour la gloire de son Nom.  Ainsi il protège l’Enfant Jésus jusqu’au jour où Dieu veut son sacrifice pour le salut du monde, Dieu leur donnera la grâce pour qu’ils acceptent volontiers le sacrifice de leur vie pour coopérer à la rédemption du monde avec Jésus.  Leur offrande Est Généreuse.

Ils donnent ce qu’ils ont de meilleur dans leur pays: de l’or, de l’encens et de la myrrhe.  C’est qu’ils croient à la royauté de cet enfant qui vient de naître.  Il faut des dons précieux pour un roi et surtout pour le Roi du ciel.  Ils sont les premiers à croire en la divinité de cet enfant et ils agissent en conséquence.  Eh bien, quand allons-nous agir selon notre foi que nous devrions avoir après 19 siècles de christianisme et de toutes sortes de bonnes preuves?  Habituons-nous à être généreux envers Jésus.  Donnons-lui des actes parfaits, soyons consciencieux dans tout ce que nous faisons pour Dieu.  Par exemple que nos prières soient ferventes et dirigées sur les biens éternels et sur Dieu lui-même.  Quand nous assistons à la messe, donnons-lui une messe complète, parfaite!  par l’attention à ce mystère, par notre union avec Jésus qui s’offre à son Père, une messe complète, pas écourtée par les deux bouts!  Que l’on fasse son travail quel qu’il soit consciencieusement puisque nous devons travailler pour Dieu.  Qu’on ne gâche jamais son travail: un chrétien doit toujours travailler en présence de Dieu et pour Dieu: donc le faire parfaitement de toute façon.  Cet esprit de foi est très rare chez nos chrétiens.  Si on engage un homme il faut le surveiller pour qu’il fasse son devoir.  Cela ne devrait pas être nécessaire pour un chrétien.  Dieu est toujours là qui le surveille et il n’accepte pas des présents gâchés.


Symbolique.  Il est évident que le St-Esprit les a inspirés dans leur offrande.  Chaque chose devait représenter une note caractéristique de Jésus.  D’après les Pères de l’Eglise l’or représente sa royauté, l’encens sa divinité et la myrrhe son humanité.  On emploie de la myrrhe pour embaumer les corps.  On peut aussi trouver d’autres applications comme par exemple, l’or représente nos bonnes œuvres, l’encens, la prière, et la myrrhe, la mortification.  Liturgique.  Les Mages nous donnent de bonnes leçons de liturgie que nous devrions imiter.  «Ils entrent», ils ne restent pas sur le perron ou dans le portique de l’église.  «Ils se prosternent» pour adorer Jésus.  Les chrétiens devraient rester plus longtemps à genoux devant Dieu.  «Ils lui offrent des présents.» C’est comme l’offrande de notre messe.  Que les fidèles soient généreux aux quêtes qui servent pour toutes sortes de bonnes œuvres!

mercredi 6 janvier 2016

Épiphanie - Saint Léon



HOMÉLIE V.

Vous le savez, mes chers frères, la manifestation de notre Sauveur est le sujet de la fête que nous célébrons aujourd'hui. C'est en ce jour que trois Mages, éclairés par une étoile miraculeuse qui leur servait de guide, ont été conduits à la connaissance et à l'adoration du Fils de Dieu. Un fait si mémorable méritait bien, assurément, d'être rappelé chaque année, afin que, l'entendant lire sans cesse dans l'Évangile, notre intelligence, frappée à la vue d'un si grand miracle, nous portât à méditer avec fruit le mystère qui nous a procuré le salut. Plusieurs révélations, il est vrai, avaient annoncé la naissance temporelle du Seigneur. La bienheureuse Vierge Marie avait entendu les paroles de Gabriel qui lui apprit qu'elle deviendrait mère par l'opération du Saint-Esprit, et qu'elle mettrait au monde le Fils de Dieu, et elle y avait ajouté foi. A sa voix, Jean-Baptiste, encore renfermé dans le sein d'Élisabeth, sa mère, avait tressailli de joie comme s'il avait voulu déjà s'écrier dans un esprit prophétique : Voici l'Agneau de Dieu; voici celui qui efface les péchés du monde[i]. Un ange aussi avait annoncé aux Pasteurs la naissance du Sauveur; et pendant qu'il leur parlait, ils avaient été environnés d'une lumière céleste, pour leur montrer qu'ils ne devaient avoir aucun doute sur la majesté de l'enfant qu'ils allaient voir couché dans une crèche, et qu'ils ne devaient pas croire que celui à qui la milice céleste rendait ses hommages fût seulement revêtu de la nature humaine. Mais il est possible que ces premières révélations n'aient été connues que d'un petit nombre de personnes amies de la Sain te Vierge, ou de la famille de saint Joseph. Il n'en est pas de même du signe qui mit en route les Mages, et les fit venir avec tant de courage et de persévérance adorer l'Enfant Jésus. C'était assurément un mystérieux symbole de la grâce divine et le prélude de la vocation des Gentils ; car la prédication de l'Evangile du Sauveur ne devait pas être bornée par les limites de la Judée ; elle devait être entendue dans toutes les parties du monde. Cette étoile brillante de lumière pour les Mages, qui ne se fit point voir aux Israélites, signifiait donc que les premiers étaient éclairés, tandis que les seconds demeuraient dans l'aveuglement.

Nous voyons maintenant, mes chers frères, l'éclaircissement de tous ces signes mystérieux : la vérité a succédé aux figures. La bonté de Dieu fait briller une nouvelle étoile dans le Ciel, et trois Mages, attirés par cet éclat précurseur de l'Evangile, représentent toutes les nations qui accourent en foule pour adorer la puissance du souverain Roi de l'univers. Hérode représente le démon qui frémit de rage et gémit de se voir dépouillé du droit tyrannique qu'il exerçait sur ceux qui passent dans le royaume de Jésus-Christ. Pour conserver son pouvoir, ce prince cruel croit, en égorgeant des enfants, faire mourir Jésus lui-même. Plus tard, il continue à le persécuter, lorsqu'il s'efforce de faire perdre la grâce du Saint-Esprit aux nouveaux baptisés, et d'éteindre la lumière de la foi dans ces âmes encore faibles, comme il a étouffé la vie dès son commencement.

Quant aux Juifs qui n'ont pas voulu reconnaître la royauté de Jésus-Christ, ils sont encore en quelque sorte sous la domination d'Hérode ; gémissant sous le joug de l'ennemi du Sauveur, ils sont soumis à une puissance étrangère, comme s'ils ignoraient la prophétie de Jacob, qui dit : Les princes ne manqueront point dans la famille de Juda, et le chef de la nation en sortira toujours jusqu'à l'avènement de celui qui est l'objet de nos espérances : et c'est lui que les nations attendent[ii]. Mais ils ne comprennent pas ce qu'ils ne peuvent cependant nier, et ils n'ont pas l'intelligence des Écritures qu'ils ont tous les jours entre leurs mains. La vérité est un sujet de scandale pour ces maîtres insensés, et la lumière devient ténèbres pour ces docteurs aveugles. Ainsi, lorsqu'ils sont interrogés, ils répondent que c'est dans Bethléem que doit naître le Christ, et ils ne font point usage pour eux-mêmes de cette science qu'ils communiquent à d'autres. La succession de leurs rois est anéantie : ils n'ont plus ni temple, ni victimes, ni sacerdoce. Toutes les fins de non-recevoir leur sont fermées; ils éprouvent que tout est terminé pour eux, et cependant ils ne veulent pas reconnaître encore que les avantages de la première alliance ont été transférés à Jésus-Christ. C'est pour quoi selon les desseins de Dieu, la grâce dont les trois Mages, représentant toutes les nations, se sont trouvés dignes par l'adoration ciels ont rendue au Seigneur à sa naissance, s'est répandue sur tous les peuples de l'univers appelé à la foi qui justifie les pécheurs. Les enfants d'adoption entrent dans l'héritage qui leur a été préparé avant tous les siècles, et ceux qui s'en regardaient comme les héritiers légitimes en sont exclus.

Aveugles Juifs, ouvrez enfin les yeux, et revenez de votre égarement ; renoncez à votre infidélité, et convertissez-vous à votre Rédempteur. Ne vous effrayez point de l'atrocité de votre crime; Jésus-Christ n'appelle pas seulement les justes, mais les pécheurs eux-mêmes. Celui qui a prié pour vous pendant qu'on le crucifiait ne vous rebute point malgré votre impiété. Délivrez-vous de la cruelle imprécation qu'ont faite vos pères, et ne vous laissez pas lier par la malédiction qu'ils ont prononcée en disant de Jésus-Christ : Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants [iii]! Ils vous ont transmis la honte de leur horrible attentat; mais revenez à un maître plein de miséricorde, et profitez de la clémence de celui qui veut vous pardonner. Le sang que vous avez versé est devenu le prix de votre salut. Celui dont vous avez voulu la mort est vivant. Vous l'avez autrefois renoncé ; confessez-le maintenant. Adorez celui que vous avez vendu, afin que sa bonté vous soit utile, puisque votre malignité n'a pu lui nuire.

Pour remplir, mes chers frères, les devoirs de cette vraie charité dont nous sommes redevables à nos ennemis eux-mêmes, suivant l'exemple et les leçons du Seigneur; nous devons faire des vœux et donner tous nos soins pour que ce peuple, qui a dégénéré de la noblesse spirituelle de ses ancêtres, recouvre les droits qu'il a perdus. Cette bienfaisance nous rend très-agréables à Dieu : c'est le crime des Juifs qui nous a attiré sa miséricorde; il nous a appelés afin que, témoins de notre foi, ils fussent excités à rentrer dans la voie du salut. En effet, la sainteté des âmes pieuses ne doit pas seulement leur servir à elles-mêmes, mais encore aux autres; c'est pourquoi elles doivent s'efforcer de gagner par leurs bons exemples ceux qu'elles ne peuvent ramener par leurs paroles.

C'est pourquoi, considérant, mes chers frères, la grandeur des bienfaits dont Dieu nous a comblés, ne soyons pas ingrats, et rendons-nous les coopérateurs de sa grâce qui opère en nous. Ce n'est point en se livrant au sommeil qu'on gagne le Ciel, et la béatitude éternelle ne s'acquiert point par l'oisiveté et la paresse. Voilà pourquoi l'Apôtre nous dit : que nous serons glorifiés avec Jésus-Christ, si nous souffrons avec lui[iv]; il faut donc courir dans la carrière que le Seigneur nous a tracée en disant de lui-même qu'il est la voie ; lui qui, sans aucun mérite de notre part, nous a adoptés, encouragés au travail et sauvés par le mystère de la réconciliation et par ses exemples. Or, mes chers frères, ce travail;, loin de paraitre dur et accablant aux serviteurs fidèles et aux enfants de Dieu qui ont de la piété, leur devient doux et agréable, selon la parole du Sauveur, qui a dit de sa propre bouche : Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous soulagerai. Prenez mon joug sur vous, et apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos de vos âmes; car mon joug est doux et mon fardeau est léger[v]. Il n'y a rien de pénible pour les âmes vraiment humbles; rien ne parait rude et difficile à celles qui sont douces ; et l'on accomplit aisément tous les préceptes lorsqu'on est aidé par la grâce, et que l'obéissance fléchit la rigueur du commandement. La parole de Dieu se fait si souvent entendre à nos oreilles, qu'il n'y a point d'homme qui puisse dire qu'il ignore ce qu'il doit faire pour accomplir toute justice. Mais parce que ce jugement où chacun de nous recevra selon ses œuvres, bonnes ou mauvaises, est différé par un effet de la bonté et de la patience de celui qui doit un jour nous juger, les pécheurs se promettent l'impunité de leurs crimes, et se persuadent faussement que les actions des hommes ne sont point du ressort de la divine Providence qui n'en examine pas les motifs; et ils ne réfléchissent pas que les méchants sont quelquefois punis très-visiblement dès cette vie. Ne voyons-nous pas assez souvent, en effet, paraître des signes de la colère d'En-Haut, propres à réveiller la foi de ceux qui s'endorment, et à réprimer les excès des impies ?

Cependant, mes chers frères, Dieu ne cesse de répandre les effets de sa bonté sur tous. Il ne refuse sa miséricorde à personne, puisqu'il comble de biens les bons et les méchants ; aimant mieux gagner par ses bienfaits que perdre ceux qu'il pourrait avec justice livrer au châtiment. Si la punition est retardée, c'est afin de donner lieu au repentir et à la pénitence. On ne saurait dire néanmoins que Dieu laisse dormir en paix celui qui refuse de se convertir; car le pécheur, quand il considère son ingratitude et son endurcissement, éprouve déjà un véritable supplice, et sa conscience lui fait souffrir d'avance les tourments qu'il a plu à la bonté divine de différer. Que les méchants ne se laissent donc point enivrer par leurs fausses délices, de peur que la mort ne les y surprenne, parce qu'il n'est plus temps de se corriger dans l'enfer. L'âme ne saurait satisfaire utilement pour les péchés qu'elle a commis, dès qu'elle ne peut plus former d'actes libres par sa volonté ; c'est ce que nous montre le prophète David quand il dit à Dieu : Quel est celui qui, dans le sein de la mort, se souviendra de vous? ou qui pourra confesser votre nom au milieu de l'enfer [vi]? Fuyez les voluptés criminelles, les joies trompeuses du siècle ; ne désirez pas la jouissance des objets qui doivent bientôt périr. Quelle utilité, quel fruit peut-on retirer de la recherche des biens qu'il nous faudra bientôt abandonner, s'ils ne nous échappent les premiers? Aimez plutôt ceux qui sont incorruptibles, et dont la possession durera toujours. Qu'une âme destinée à jouir de biens tout spirituels ne trouve de plaisir que dans les choses du Ciel. Liez-vous d'amitié avec les saints Anges; entrez dans la cité. de Dieu où nous avons l'espérance d'être associés aux Patriarches, aux Prophètes, aux Apôtres et aux Martyrs. Puisez votre joie, mes frères, à la source où les Saints trouvent la leur... Désirez d'avoir part à leurs richesses, et qu'une sainte ému lation vous fasse réclamer leurs suffrages ; car il faut imiter leur piété, pour partager un jour la gloire dont ils sont couronnés. Ainsi, pendant le temps qui vous est accordé pour mettre en pratique les commandements de Dieu : Glorifiez Dieu dans votre corps mortel[vii] , et brillez comme des astres dans le monde[viii]. Que la lumière de votre esprit soit toujours ardente, et ne souffrez rien de ténébreux dans vos cœurs, parce que, comme vous le dit l'Apôtre : Vous n'étiez autrefois que ténèbres, mais maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur ; marchez comme des enfants de lumière[ix]. Les Mages vous ont précédés dans le chemin où vous marchez. Imitez leurs exemples: Et que votre lumière brille tellement devant les hommes, que, voyant vos bonnes œuvres, ils glorifient votre Père qui est dans le Ciel[x]. De même que les mauvais Chrétiens se rendent coupables d'un grand péché lorsqu'ils sont cause que le nom de Dieu est blasphémé par ceux qui n'ont point de foi; de même, la vie exemplaire et les bons discours des fidèles disciples de Jésus-Christ, qui font bénir son saint nom, leur assure une grande récompense. Que tout honneur, toute gloire et toute louange lui soient rendus dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.





[i] Joan., 1,19.
[ii] Genes., XL.
[iii] Matt., XXVII, 25.
[iv] Rom., VIII, 17.
[v] Matth., XI, 28.
[vi] Psalm., VI, 6.
[vii] 1. Cor. VI, 20.
[viii] Philipp., II, 15.
[ix] Ephès., V, 8.
[x] Math., V, 16.

jeudi 31 décembre 2015

La Circoncision de Notre Seigneur - Abbé Emmanuel Barbier



La Sainte Famille ne resta pas longtemps dans l'étable. L'humanité faisait aux gens de Bethléem un devoir de ménager à la jeune mère et au nouveau-né une demeure plus convenable que la grotte. Ils n'y manquèrent certainement pas, surtout quand on eut appris les événements de la nuit miraculeuse. Mais Marie et Joseph, fidèles à l'esprit de Dieu, ne durent accepter qu'un logis très modeste, peut-être la maison de l'un des bergers. Là s'accomplit un acte de haute importance. « Lorsqu'au bout de huit jours fut arrivé le temps de circoncire l'enfant, on lui donna le nom de Jésus, ce nom qui avait été marqué par l'ange avant que sa mère le conçût. »

La circoncision, rite particulier aux Israélites, était le signe de l'alliance que le Seigneur avait contractée avec Abraham, quand il le fit père d'un peuple nouveau, au sein duquel naîtrait le Messie. Ce signe, imprimé dans la chair, devait distinguer ce peuple des nations profanes. Il était un gage des promesses divines dont la race élue était devenue dépositaire. La circoncision marquait l'incorporation à la nation, et, en conséquence, elle signifiait aussi l'acceptation de la loi et de tous ses devoirs. Elle exprimait symboliquement, par l'incision pratiquée, la mortification ou la circoncision du cœur, indispensable pour demeurer dans la fidélité à Dieu. L'enfant recevait dans cette cérémonie le nom qu'il devait porter, C'est à partir de ce moment qu'il commençait à faire partie réellement de la société; il avait dès lors une existence légale et religieuse. La circoncision avait donc une certaine analogie avec le baptême, qui n'efface pas seulement le péché originel, mais nous introduit dans la société chrétienne, nous soumettant à la foi et à la loi morale de l'Eglise. D'ordinaire, c'était le chef de famille qui accomplissait le rite sacré et qui imposait le nom à l'enfant. II était circoncis dans la demeure de ses parents. Pour rendre la solennité plus grande, on invitait dix témoins, et l'un d'eux, qui répondait aux prières prescrites, faisait en quelque sorte l'office de parrain.

Notre Seigneur Jésus-Christ n'était point assujetti à la circoncision, et il aurait pu se dispenser de cette douloureuse et humiliante cérémonie. Sa conception divine et sa naissance étaient exemptes de toute souillure ; il ne portait point le péché d'Adam et n'était pas sujet aux suggestions de la chair. En outre, un prince n'est pas astreint aux lois qu'il impose à ses sujets en tant que tels, comme la loi de l'impôt. Or l'Homme-Dieu était le législateur et le chef de l'Ancien Testament, et n'était donc pas soumis aux obligations de ses lois ; et on le verra dans la suite proclamer plus d'une fois son indépendance.

Cependant il ne voulut pas se soustraire à celle-ci. Il était venu pour prendre sur lui nos infirmités et nos misères, et nous racheter par ses humiliations, par ses souffrances et l'effusion de son sang. Il ne pouvait donc lui convenir de s'affranchir de la charge imposée aux autres. Il voulait, comme nous l’apprend saint Paul, prendre sur lui la marque et l'apparence du péché, qui n'avait aucune prise sur lui, mais qu'il venait expier, et s'assujettir volontairement à la loi, pour transformer son joug pesant en celui dont il dira un jour qu'il est un joug suave. Il voulut en môme temps nous donner une nouvelle preuve de la réalité de son Humanité sainte, et aussi s'incorporer môme extérieurement au peuple choisi de Dieu, se faire reconnaître pour descendant d'Abraham. Après avoir revêtu.la nature humaine, choisi une patrie, une nationalité, il choisit aujourd'hui une religion déterminée, et il ôte par là aux Juifs un prétexte de repousser sa doctrine, ce qu'ils n'auraient pas manqué de faire, eux qui regardaient les incirconcis comme des profanes, réprouvés de Dieu.

En ce jour, ayant pris une chair mortelle, le Dieu qui répondit à Moïse, quand le prophète lui demanda comment l'appeler : « Je suis Celui qui est », se laissa donner un nom. Le nom adorable de Jésus, choisi par le Seigneur lui-même, révélé à Marie et à Joseph, signifie Sauveur, et, plus exactement, Dieu sauveur. Il dit la nature, l'être, la mission de l'Homme-Dieu. D'autres l'avaient porté avant lui parmi son peuple, mais à lui seul il était réservé d'en réaliser la signification. Jésus était le nom hébraïque de Josué, figure du Christ, qui introduisit les Hébreux dans la Terre promise. Le Sauveur véritable devait nous introduire dans l'Eglise et dans la vraie Terre promise, le Paradis. Le nom de Jésus est le nom propre et caractéristique de l’Homme-Dieu. Pour nous c'est un vrai sacramental. Tout ce que le Sauveur a été pour nous, son Nom l’est aussi : c'est le gage du pardon de nos péchés, l'assurance que nos prières sont exaucées, la consolation dans les peines, un nom de toute bénédiction. Pour le Sauveur, le Nom de Jésus est un instrument de gloire et de majesté, puisqu'il lui attire honneur, louanges, confiance, adoration et amour. Il est aussi la récompense triomphante des labeurs et des souffrances delà Rédemption : « Au nom de Jésus, tout genou fléchit au ciel, sur la terre et dans les enfers. » L'homme-Dieu porta bien des noms divers, mais aucun ne lui était plus cher que celui-ci, parce qu'il lui rappelait sans cesse notre souvenir. Voilà pourquoi ce Nom retentit partout dans sa vie : il est prononcé sur son berceau ; il sera inscrit sur sa croix au Calvaire.


Jésus est donc le nom propre du Sauveur. Les prophètes l'avaient désigné sous plusieurs autres, mais pas à ce titre. Isaïe lui donne celui d'Emmanuel, non comme celui sous lequel il sera connu, mais pour signifier ce que Jésus-Christ devait être, et en effet, puisqu'il est en môme temps Dieu et homme, et qu'il a vécu parmi les hommes, il a été véritablement ce que signifie ce nom : Dieu avec nous. C'est ainsi que le même Isaïe dit encore : « Il s'appellera Admirable, Conseiller, Dieu fort, Prince de la paix, Père du siècle futur. » Ce qui ne veut pas dire qu'aucun de ces noms doive être son nom propre, mais qu'il sera tout ce que ces noms signifient, et qu'il n'y eu a aucun de ceux-là qui ne lui convienne.

Abbé Emmanuel Barbier - Vie populaire de Notre-Seigneur Jésus-Christ Tome I

dimanche 20 décembre 2015

Père Onésime Lacouture - 1-10 - La Présentation de Jésus


NEUVIÈME INSTRUCTION
LA PRÉSENTATION.

«Celui-ci a été placé pour la ruine et pour la résurrection de beaucoup en Israël et pour être un signe auquel on contredira.» L.  2.

Plan Remarque.  (De soumission.  La Présentation est un acte: (D’offrande à Dieu.  (De manifestation au monde.  (Sa joie de voir Jésus.  Cantique de Siméon: (Jésus, signe de contradiction (Glaive de douleur pour Marie.  Anne, la prophétesse: (Modèle d’action catholique.  

REMARQUE Il est important de remarquer que Jésus nous enseigne d’abord par ses actes et ensuite par sa doctrine.  Tout ce qu’il fait pendant les trente ans qui précèdent sa prédication orale est déjà une prédication en acte.  L’Evangile dit qu’il a commencé à faire et ensuite à enseigner.  Il enseignera sa propre vie, ce qu’il a pratiqué lui-même pendant trente ans avant de prêcher.  Ce qu’il dira plus tard, au lavement des pieds, s’applique à toute sa vie: «Je vous ai donné l’exemple afin que vous fassiez de même.» St.  Jean dit que nous devons marcher comme Jésus a marché, c’est-à-dire, comme il a vécu.  Comme nous étudions ses discours phrase par phrase et même mot par mot, ainsi nous devons étudier sa vie action par action, examiner sa démarche, ses occupations et dans son enfance ce que les autres lui font faire par ordre de Dieu.

Le Verbe s’est fait homme pour nous apprendre à vivre divinement tout en restant hommes.  Or le divin est caché dans les actions de son humanité, il faut donc les étudier dans le détail pour découvrir ce divin.  Les paroles de ceux qui l’entourent nous aideront souvent à nous orienter selon le divin que Dieu veut nous montrer dans tel et tel mystère de la vie de Jésus.  Enfin le divin ne se montre qu’à la foi.  Servons-nous de nos sens et de notre raison pour examiner les actes visibles, puis passons vite à ce que la foi nous enseigne au-delà des choses visibles.  Il faut nous servir des deux constamment; le danger est qu’on s’arrête trop aux choses visibles et qu’on n’a pas le temps de monter aux invisibles montrées par la foi.  Or, le monde de la foi est celui de Dieu qui nous dépasse infiniment; il nous faut Dieu pour nous faire entrer là et faire agir selon la foi.  C’est pourquoi il faut prier surtout avec un grand désir de pénétrer davantage dans l’activité trinitaire que Jésus vient nous apporter.  Comme plus tard pour guérir les infirmes Jésus exigera un acte de foi en lui et en sa divinité, ainsi dès maintenant, c’est le même divin que nous voulons pénétrer; il faut donc exciter notre foi et en demander à Dieu constamment.  Comme un élève a besoin d’intelligence pour faire un cours d’étude, nous avons besoin de foi pour étudier Jésus de façon à ce qu’il daigne se manifester à notre âme. 
Prions donc.  la présentation est un acte…

De soumission à Dieu selon cette parole de St.  Luc que Joseph et Marie allèrent à Jérusalem pour accomplir la loi.  Pour perpétuer le souvenir de la délivrance d’Egypte Dieu avait ordonné cette cérémonie.  Exode, 13-11: «Quand Yahweh t’aura fait entrer dans le pays des Chananéens, comme il l’a juré à toi et à tes pères, et qu’il te l’aura donné, tu consacreras à Yahweh tout premier-né… les mâles appartiennent à Yahweh… tu rachèteras aussi tout premier-né de l’homme parmi tes fils.  Et lorsque ton fils t’interrogera un jour en disant: Que signifie cela?  tu lui répondras: Par sa main puissante Yahweh nous a fait sortir d’Egypte, de la maison de servitude…» Marie n’était pas tenue de se présenter puisqu’elle n’avait pas conçu d’un homme et n’avait pas perdu sa virginité en le mettant au monde.  Mais comment dire ces choses humainement impossibles?  Pour éviter le scandale, elle fait comme si elle était tenue.  Cette loi nous montre combien Dieu tient à notre reconnaissance pour ses bienfaits.  Dieu a fait incomparablement plus pour nous, il nous a délivré de l’esclavage de Satan qui devait toujours durer et il nous conduit, non pas en une terre promise, mais à la vision béatifique.  Ce qu’il a fait pour les Juifs n’était que la figure de ce qu’il fait pour nous.  Aussi l’Eglise a institué des fêtes solennelles pour commémorer ces principaux bienfaits, comme Pâques, la Pentecôte, la Fête-Dieu, du Sacré-Cœur, Noël, etc. 

Or, combien de chrétiens célèbrent ces fêtes en esprit de foi?  En esprit de reconnaissance pour le bienfait divin qu’elles rappellent respectivement?  Quel dommage que les fidèles ne suivent pas mieux le cycle des fêtes liturgiques avec l’esprit convenable à chacune?  La solennité extérieure est là, mais il manque l’esprit surnaturel avec la reconnaissance qui devraient les accompagner dans le cœur des fidèles.  Que les prêtres parlent plus souvent de la gratuité de l’ordre surnaturel et de la rédemption afin d’exciter cette reconnaissance chez les fidèles.  Dieu n’était pas tenu du tout de faire ce qu’il a fait pour nous.  Un bon moyen et le seul pratique pour donner cet esprit liturgique, c’est de faire lire la Bible à tout le monde.  L’EspritSaint a fait écrire là tout ce qui peut être utile pour donner une mentalité surnaturelle.  Trop de prêtres ont peur de la faire lire: ils apportent toutes sortes d’abjections exactement comme les jansénistes faisaient contre la réception fréquente de l’Eucharistie.  Or, ces deux choses doivent être traitées exactement de la même façon: les deux sont le pain ordinaire de l’âme dans l’ordre surnaturel.  Est-ce qu’il ne faut pas préparer les enfants à la première communion?  Est-ce qu’il n’y a pas d’abus dans la communion?  Eh bien, qu’on prépare les fidèles à se nourrir de la Bible comme on les prépare à se nourrir de l’Eucharistie.  Les prêtres devraient donner des leçons de Bible à leur paroissiens régulièrement, comme le dimanche après-midi ou sur semaine.  Evidemment il va falloir qu’ils commencent par se préparer eux-mêmes; ah bien, qu’ils le fassent!

Un acte d’offrande à Dieu.  Il n’y a pas de doute que pour Marie cette offrande de Jésus à Dieu est la plus sincère et la plus parfaite qu’une créature puisse faire.  Quelle gloire pour Dieu de voir la créature la plus parfaite au monde lui offrir son Fils unique incarné!  Elle y met tout son cœur et toute sa foi si parfaite.  Comme le ciel accepte avec joie cet enfant divin présenté par les mains les plus pures au monde, par l’immaculée Vierge Marie!  C’est le Grand Prêtre qui fait officiellement cette offrande à Dieu, mais c’est au nom des parents, et pour nous, c’est Marie qui nous intéresse maintenant.  Pendant que le Grand Prêtre l’offrait à Dieu, Jésus, lui-même, s’offrait à son Père comme l’indique St.  Paul aux Hébreux.  10-5: «C’est pourquoi le Fils de Dieu entrant dans le monde dit: “Vous n’avez point voulu d’hostie et d’oblation, mais vous m’avez formé un corps.  Les holocaustes pour le péché ne vous ont point été agréables, alors j’ai dit: Me voici, je viens selon qu’il est écrit de moi en tête du livre, pour faire, ô Dieu, votre volonté!”» Il est clair que Jésus n’a pas attendu cette cérémonie au temple pour s’offrir à son Père, mais pour nous il est bon de considérer cette offrande au moment où il y a quelque chose de visible pour nous aider à mieux la méditer.  Il est certain que cette offrande de Jésus était continuelle dans son cœur.  Jésus se fait offrir par la plus pure de toutes les créatures pour nous montrer qu’il veut des cœurs purs pour présenter nos offrandes.  Jésus lui-même l’enseignera dans le sermon sur la montagne.  «Une fois rendu à l’autel», dit-il, «si vous vous rappelez que votre prochain a quelque chose contre vous, laissez-là votre offrande et allez d’abord vous réconcilier avec votre prochain, puis ensuite venez faire votre offrande.» Or comme toute notre vie doit être offerte à Dieu, dans toutes nos actions et cela constamment, nous voyons qu’elle doit être notre pureté de conscience habituelle.  St.  Paul dans le texte cité plus haut ajoute en parlant de Jésus: «Nous avons un grand prêtre établi sur la maison de Dieu; approchons-nous de lui avec un cœur sincère, dans la plénitude de la foi, le cœur purifié des souillures de la mauvaise conscience par une aspersion intérieure et le corps lavé d’une eau pure.»

Les parents devraient prendre l’habitude de consacrer leur enfant après son baptême, à Dieu par les mains de Marie.  Dieu a coutume de répandre de grandes bénédictions à cause de cette consécration.  Parmi bien d’autres on en a un bel exemple dans la mère de Samuel, Anne.  1 Livre des Rois, 1 et 2: «Je suis cette femme, dit-elle au Grand Prêtre, qui me tenais ici près de toi pour prier Yahvé.  C’est pour cet enfant que je le priais et Yahvé m’a accordé la demande que je lui ai faite.  Moi aussi, je le donne à Yahvé; tous les jours de sa vie il sera donné à Yahvé!» Et elle exhala sa reconnaissance dans un magnifique cantique d’action de grâce.  Voici une belle coutume que je vous recommande de répandre.  Après le baptême d’un enfant, disons, dans le courant du mois, le dimanche est préférable, si le prêtre a le temps, celui qui a fait le baptême, va dans la famille et là, devant une statue de la Ste.  Vierge ou une image de la Ste.  Famille, et tous les parents et amis réunis là pour cette cérémonie, on récite d’abord le chapelet, on chante un cantique si l’on peut, puis le père et la mère lisent la consécration de leur enfant faite à Dieu dans la personne du prêtre présent, qui ensuite les bénit tous.  Rien de plus propre à relever l’enfant dans l’estime des parents.  C’est de nature à faire un grand bien à tous les témoins d’une pareille fête de famille.  On peut voir l’importance de ces consécrations par l’estime qu’en fait le démon pour lui-même, ce «singe» de Dieu.  Dès qu’il prend un peu d’empire sur une âme il la pousse à se consacrer à lui pour toujours.  L’histoire des possessions montre qu’il y a un démon spécial chargé de recevoir ces consécrations qui lui donnent une puissance extraordinaire sur ces âmes.  Combien plus Dieu doit les estimer quand lui seul y a droit!

On remarquera qu’ils viennent faire leur offrande au temple et donc d’une façon officielle dans la maison de Dieu.  C’est nous indiquer que nous devons faire nos offrandes de nous-mêmes aussi dans notre Eglise ou Chapelle où Dieu réside habituellement dans le tabernacle.  Nos chrétiens n’ont aucune idée des exigences de l’infinie pureté de Dieu; combien viennent à la messe avec l’âme souillée de péchés véniels sans nombre et même de péchés mortels!  Ils viennent entendre la messe comme ils iraient au théâtre, sans aucun souci de se purifier la conscience avant de venir adorer Dieu.  Ils ont le démon dans l’âme et ils viennent participer au sacrifice de la croix où Jésus meurt pour expier leurs péchés, mais en vain pour eux, puisqu’ils le commettent encore et qu’ils restent en cet état.  Les Prêtres devraient tonner contre cette coutume diabolique.  Ils ne doivent pas manquer la messe, mais qu’ils se purifient dans le sacrement de pénitence, comme ils prennent leur bain et mettent leurs beaux habits pour le corps.  Le Catéchisme des Apôtres, qu’on appelle la Didaché dit: «Confesse tes péchés avant de venir à l’assemblée des fidèles», ce qui veut dire: l’Eglise.  Ceux qui ont le cœur pur trouvent les offices moins longs.  Comment, le démon dans l’âme, peut-on goûter les cérémonies de la messe?  Qu’on se surveille à l’avenir!  Un acte de manifestation au monde.  Cette venue de Jésus dans le temple avait été annoncée par les prophètes. 

Aggée, 2-7, dit: «J’ébranlerai toutes les nations et les trésors de toutes les nations viendront et je remplirai de gloire cette maison… grande sera la gloire de cette maison, la dernière plus que la premières en ce lieu je mettrai la paix, dit Yahvé des armées.  Mal.  3-1, dit: «Voici que j’envoie mon messager et il préparera le chemin devant moi et soudain viendra dans son temple le Seigneur que vous cherchez, l’ange de l’alliance que vous désirez.» Aussi cette manifestation est officielle et publique dans le temple et faite que le Grand Prêtre selon les rites de Moïse.  C’est pour lui que le temple a été bâti.  Mais comme son groupe qui le reconnaît est petit!  La foule des prêtres et des Juifs que Dieu a choisis uniquement pour se préparer à recevoir le Messie ne sont pas là ou ne le reconnaissent pas.  C’est qu’ils ne le cherchent plus; leur cœur depuis longtemps est aux choses du monde, c’est la vie des sens qu’ils suivent et ils n’ont jamais connu le monde de la foi qui ne leur dit rien.  Seuls ceux qui se sont préparés par des jeûnes et des prières et par un sincère désir de le recevoir, le reconnaissent: deux personnes et quelques autres privilégiés à qui ces deux en ont parlé!  Quel courage et quelle foi pour attendre si longtemps!  Ils ont passé toute leur vie à vivre selon les prophéties bien avant qu’elles ne fussent accomplies et cependant ils étaient tout aux choses de ce Messie, qui n’était pas encore né!  Quelle leçon pour nous après tant de siècles de christianisme et qui vivons si peu de foi!  Quel immense amour leur vie montre!  Aussi ils ont mérité de le voir, de le toucher avant de mourir, et de l’adorer!

Si tant de nos chrétiens vivent sans Jésus ou loin de lui, c’est donc qu’ils n’ont pas son amour; leur cœur est aux choses du monde comme celui des Juifs l’était.  Or cet amour est contraire à l’amour de Dieu; ils n’ont donc pas l’amour de Dieu.  Voilà aussi pourquoi Jésus ne se manifeste pas à eux; ils passent à côté de lui pour ainsi dire et ne le voient pas.  Même quand ils entendent la vérité, ils ne la saisissent pas, confirmant ainsi ce que dit St.  Jean de la Croix que celui qui a une attache aux choses créées n’a pas l’intelligence des choses de Dieu, ce que St.  Paul avait dit bien avant lui: «L’homme animal ne perçoit pas les choses de Dieu.» Ceux donc qui veulent mieux comprendre la vie de Jésus doivent donc se retirer des plaisirs du monde et de ses attaches de toutes sortes.  Je ne parle pas des attaches défendues, mais des attaches même aux bonnes choses, car elles captivent le cœur comme les autres et détournent l’âme de Dieu aussi bien que les autres.  Que chacun donc apporte le plus de foi et d’amour possible avec la grâce de Dieu pour pénétrer les mystères de Jésus.  St.  Cyprien (explication du symbole) dit: «Le prophète le déclare: si vous ne croyez pas d’avance, vous ne comprendrez point.  Donc pour que l’intelligence vous devienne possible, c’est avec raison que vous faites avant tout profession de croire.  Car, si le marin ne monte un vaisseau et ne confie sa vie à la mer que parce qu’il croit avant tout qu’il pourra l’y conserver saine et sauve, et si le laboureur n’enterre de semences dans les sillons et ne la jette ça et là que parce qu’il croit qu’il surviendra de la pluie et de la chaleur et que la terre, ainsi fécondée, produira, sous l’haleine des vents, une récolte abondante.  En un mot rien n’est possible dans la vie à moins que la foi n’en soit le mobile.  Qu’y a-t-il d’étonnant si voulant aller à Dieu, nous fassions avant tout profession de croire, puisque sans cette condition la vie même naturelle nous serait impossible.» St.  Augustin.  (De Mor.  Eccl.  Cath.  11-3): «Tel est l’ordre de la nature que lorsqu’il s’agit pour nous d’apprendre, l’autorité précède la raison.» St.  Thomas d’Aquin tient cette offrande personnelle à Dieu extrêmement importante puisqu’il en fait une condition nécessaire pour le mérite de nos actions implicites et virtuelles qui sont la base de notre vie.  Le Dict.  Théo.  Cath.  au mot: intention, col.  2270, dit que St.  Thomas exige en plus de la grâce sanctifiante qu’on se soit offert à Dieu, corps et âme, toutes ses actions, tout ce qu’on est et tout ce qu’on a, dans un acte personnel d’amour très parfait.  Alors tant que durent ces deux choses il admet que toutes nos actions, bonnes «en soi», puissent être méritoires pour le ciel.  Les prêtres oublient d’ordinaire justement cette offrande personnelle où se trouve seule la liberté qui est nécessaire au mérite.  Cette liberté n’est pas dans la grâce sanctifiante, mais uniquement dans la volonté soit explicite soit implicite ou même virtuelle.  Tout chrétien devrait se préparer par une retraite ou par des neuvaines de prières et de pénitence pour faire cette offrande d’eux-mêmes à Dieu le plus parfaitement possible et le plus irrévocablement possible et qu’ils la renouvellent tous les jours de leur vie.  C’est ici qu’on peut s’aider par l’offrande d’abord de soi-même comme esclave à la Ste.  Vierge et par elle se donner de la même façon à Jésus.  C’est encore renouveler les voeux du baptême que tous devraient faire très souvent.  cantique de Siméon.  «Maintenant, Seigneur, vous laisserez mourir en paix votre serviteur selon votre parole, puisque mes yeux ont vu le Sauveur donné par vous et que vous destinez à être exposé à la vue de tous les peuples, pour être la lumière qui éclairera les nations et la gloire de votre peuple d’Israël.»

Sa joie de voir Jésus est immense parce qu’il a passé sa vie à l’attendre et à se préparer pour le voir.  Ses désirs ardents sont enfin comblés et sa joie est tellement grande qu’il ne veut plus rien autre chose au monde et il veut mourir pour s’en aller avec Dieu.  Voilà l’effet que produit le divin dans le cœur; il dégoûte des choses de la terre.  On peut voir par là si le nombre de ceux qui vivent des choses de Dieu est grand.  Sont-ils nombreux ceux qui sont dégoûtés des choses de la terre?  qui n’aspirent qu’aux choses du ciel?  Combiens rares!  C’est Dieu ou le monde dans le cœur; jamais les deux ensembles.  Siméon dit que Jésus est la lumière des nations quand elles veulent l’écouter.  Mais, la plupart courent après les créatures en suivant l’inclination naturelle des sens.  Ses exemples et sa doctrine conduiraient les nations à la paix, à la prospérité et au bonheur de ce monde et de l’autre.  Mais au lieu de suivre l’Evangile, les peuples suivent la raison toute aux choses du monde.  Chacun y va avec son système de réformes sociales pour apporter le bonheur… et après des années d’essai ce système disparaît au milieu d’un beau fiasco.  Les hommes se passionnent pour différents principes de politique ou de morale ou de sociologie et ils passent leur vie à se chamailler entre eux, mais comme pas un ne conduit les peuples à Jésus, ils n’ont pas de succès parce que Dieu n’est pas là.  «Si Dieu ne bâtit pas la maison, c’est en vain que ceux qui y travaillent essayent de la construire.» On peut se demander si une foule de prêtres qui se livrent à la sociologie et aux questions sociales ne perdent pas une bonne partie de leur temps.  Ils voient la société aux prises avec une foule de mauvais principes, comme le socialisme, le communisme, etc., et ils se mettent à essayer de les rectifier.  Malheureusement la plupart le font par des principes naturels et donc païens comme ceux qu’ils attaquent.  C’est mieux, mais c’est encore du naturel qui n’est pas béni par Dieu.  Toutes ces erreurs varient au jour le jour.  On pense d’avoir dissipé une erreur et on la voit apparaître un peu plus tard sous une autre forme… et c’est toujours à recommencer.

Au lieu donc de montrer que le socialisme est injuste sur tel point, qu’il est mauvais sur tel autre, etc… et passer des années à attaquer le communisme… qu’on se mette donc à donner non pas la philosophie du christianisme, mais la vraie théologie concrète qui considère les choses en Dieu et au point de vue de la sainteté de l’âme dans le concret.  Qu’on donne Jésus comme une vie à vivre et non pas simplement parler de lui ou de sa doctrine comme la masse des prêtres fait dans tout le monde.  C’est uniquement le point de vue théologique de la religion qui nourrit les âmes et les préserve contre les erreurs de toutes sortes qui sortent du paganisme pratique.  Que tous ces sociologues, attaqueurs d’erreurs, cessent pour eux-mêmes toute attache aux plaisirs, comme de fumer, de suivre les parties de toutes sortes, de lire du profane du matin au soir, etc.  En un mot qu’ils sortent de la philosophie du dessert dans l’usage des créatures pour vivre et donner aux autres la doctrine des créatures-fumier selon St-Paul, et ils feront immensément plus, pour détruire toutes les erreurs que leurs savants articles faits au point de vue de la raison seulement, même quand ils sont poivrés ça et là par le nom de Jésus ou de catholique ou du nom du Pape et de ses encycliques.  Justement ici on va dire: mais le Pape approuve grandement le travail des sociologues chrétiens.  C’est vrai!  Quand le Pape voit les nations dans les ténèbres du paganisme, même dans celles qui sont supposées être catholiques et qu’on lui dit qu’on veut assainir les idées, il est évident qu’il bénit tout cela de ses deux mains.  Moi aussi je voudrais améliorer la société!  Mais j’en suis seulement sur le moyen.  J’affirme que les prêtres qui descendent sur le terrain sociologique se mettent ordinairement au niveau des ennemis pour les convaincre avec la seule raison puisqu’ils n’admettent pas autre chose.  Ils sont donc forcés de discourir selon les seules lumières de la raison… et c’est là qu’ils perdent leur temps… quand bien même que tous leurs articles ou leurs livres sont vrais… c’est tout du naturel et simplement un meilleur paganisme que celui des communistes ou des socialistes, encore une fois même en s’appuyant sur les encycliques des Papes… Tous les hérétiques se sont appuyés sur la Bible pour détruire Jésus!  Pendant qu’ils se battent ainsi contre les hérétiques, ils ne donnent pas la doctrine des créatures-fumier, ni de la folie de la croix; les deux choses qui sont la sagesse de Dieu et la force de Dieu selon St.  Paul.  C’est avec ces deux idées que Jésus et les Apôtres ont transformé la masse païenne de leur temps, qui était aussi pourrie que la nôtre.  Si les prêtres qui passent leur vie à fouiller dans toutes les erreurs du monde mettaient leur temps à approfondir d’abord ces deux idées, puis à les vivre afin ensuite de les donner au monde, ils feraient énormément plus pour tuer les erreurs dans la société.  Est-ce que ce n’est pas une vérité solidement établie que la foi ne peut pas longtemps rester dans le bien sans la lumière de la foi?  Alors c’est inutile d’essayer de corriger les erreurs de la société par de beaux raisonnements que sont vrais, mais inefficaces pour influencer le monde.  Ils passent leur temps à signaler telle erreur ou tel abus, puis un autre, puis un autre: tout est vrai, mais c’est le remède qu’on veut.  Ce remède, c’est Jésus la Lumière du monde, non pas Jésus seulement comme sujet d’articles savants tout embaumés de la fumée des cigarettes, mais Jésus comme une Vie à vivre selon sa doctrine des créatures-fumier et de la Folie de la Croix qui est le renoncement à sa Personnalité morale si peu donnée par les prêtres et encore moins pratiquée.

Mais combien parmi ces savants écrivains chrétiens attaquent justement ces deux leviers de l’Evangile pour soulever le monde, dans n’importe quel prédicateur qui essaye de les donner au monde.  Que c’est triste de voir tant de prêtres dénoncer les prédicateurs de ces deux idées de Jésus qui sont la force et la sagesse de Dieu, puis ensuite qui se plaignent que les vocations diminuent… qui écrivent de savants articles en grillant leur cigarette sur les moyens de susciter des vocations!  qui signalent les abus du pouvoir civil et les excès de débauches dans tous les ordres, qu’il nous faudrait plus d’enfants, que les gens devraient rester plus sur leur terre, que les villes sont trop congestionnées, que les enfants courent trop les rues, etc.  etc… Tout cela est vrai… et les pauvres imbéciles vont passer leur vie et donner le meilleur de leur temps à faire parader sur le théâtre du monde toutes les injustices, les iniquités et les abominations des pécheurs.  Quelle pitié!  Quel aveuglement!  Pour eux Jésus n’est pas la lumière des nations.  C’est leur petite intelligence qui va éclairer le monde!  Je sais bien qu’ils disent faire tout cela pour amener les peuples à Jésus, mais l’expérience montre leur beau fiasco: les nations deviennent de plus en plus païennes.  Notre destinée est surnaturelle et seuls des moyens surnaturels nous conduiront là: «Votre victoire sur le monde viendra de la foi,» dit Jésus, et tous les prêtres devraient chercher et donner les solutions des problèmes de la vie basées sur des motifs surnaturels purement, alors Dieu aurait une chance d’agir dans le peuple.

Jésus est un signe de contradiction.  Voici donc la note caractéristique de Jésus donnée officiellement dans le temple en face du Grand Prêtre et sous l’inspiration du St.  Esprit.  Le monde sera contre lui évidemment parce qu’il sera contre le monde.  C’est que le monde est tout à l’amour des créatures et à l’amour de lui-même.  Or Jésus vient apporter l’amour de Dieu qui doit supplanter nos deux amours qui font toute notre nature humaine.  Il va donc avoir ces deux amours tenaces contre lui parce qu’il veut précisément les détruire en nous; c’est donc notre mort qu’il veut, la mort de notre païen, de notre personnalité morale qui constitue notre Moi qu’on estime plus que tout le monde.  Ce ne sont pas les choses qu’il veut

détruire, c’est notre affection pour elles.  Ainsi ce n’est pas moi qu’il hait, c’est mon amour pour moi-même qui empêche l’amour divin d’entrer dans mon cœur.  Ce sont donc nos deux amours pour les créatures et pour nous-mêmes qu’il veut détruire; donc il est contraire à nous là.  Jésus lui-même dira qu’il est venu apporter le glaive dans les familles; il dit que le monde nous haïra comme il a haï Jésus et qu’il nous persécutera comme il a persécuté Jésus.  C’est l’Amour de Dieu en nous qui fait la guerre aux deux amours aussi en nous, l’amour des créatures et l’amour de soi.  Si on ne cherche pas l’amour de Dieu, on a la paix avec les deux autres amours qui n’ont plus de rival dans ce cas.  Comme Jésus dit: «Si vous étiez du monde, tout aux plaisirs de la terre, le monde aimerait ce qui est à vous, ce qui est à lui!» Mais parce que vous m’aimez le monde vous hait!

On voit tout de suite pourquoi tant de prêtres et de religieux comme les fidèles ne sont pas en butte à la contradiction ou à la persécution.  Ils ont pris de la religion seulement le point de vue philosophique: ils en parlent… «en soi» d’une façon abstraite, ils parlent de religion: cette science n’étant pas un amour ne contredit pas du tout les deux amours qu’ils entretiennent dans leur cœur.  Alors ils ont la paix en tout… la paix comme le monde la donne, la paix avec les créatures et avec eux-mêmes: les deux idoles qu’ils dorlotent ou qu’ils chérissent de tout leur cœur.  Voilà pourquoi si peu de prêtres et de fidèles sont persécutés.  Ni le monde ni les démons ne voient des ennemis en eux: leur prédication ou leur enseignement des choses «en soi» n’est qu’une science, ce n’est pas de l’amour de Dieu pour être vécu dans le concret de la vie.

On comprend maintenant comment il se fait que dès qu’un prêtre veut faire aimer Jésus dans la pratique de la vie, il est obligé d’attaquer les deux amours rivaux: l’amour des créatures et l’amour propre.  Alors tous ces prêtres simples philosophes de la religion sont les ennemis-nés de l’amour de Dieu vécu, pas par méchanceté, mais par ignorance du point de vue théologique de considérer les dogmes dans le cœur et non pas in se, ou «en soi».  C’est pourquoi tant de Saints ont été persécutés par leur entourage quel que bon qu’il fut.  Ils ignorent à peu près toujours le point exact où se trouve cette opposition entre Jésus et le monde et l’amour-propre.  On n’en parle à peu près jamais dans les maisons de formation.  On dit bien en général qu’il faut lutter contre le monde, mais c’est toujours compris contre le monde méchant, le monde du péché, mais qui sait que l’amour du bon monde est contraire à l’amour du bon Dieu?  Personne… On voit même des Evêques et des Supérieurs majeurs prendre comme signe qu’une doctrine est erronée le fait qu’elle suscite la guerre dans le clergé ou chez les fidèles.  Ils disent: elle divise le clergé, donc il faut la détruire.  Jésus, lui dit justement le contraire.  Parce que vous m’appartenez le monde vous haïra!  Il disait aux Juifs: «Vous voulez me tuer parce que ma parole ne prend pas en vous.» Eh bien, les démons ne sont pas morts!  Ils attaquent encore la parole de Jésus et comme ils se sont servis des pharisiens autrefois, ils se servent des prêtres aujourd’hui, des philosophes de nos jours, qui sont aussi habiles que les pharisiens d’autrefois pour attaquer justement les principes qui donneraient Jésus au cœur des fidèles et donc ils le tuent aussi efficacement que les pharisiens.  Dès qu’on veut attaquer les deux amours de tout païen, tous ces pharisiens modernes se lèvent avec le même ensemble que la synagogue d’autrefois contre Jésus, pour les mêmes motifs, avec les mêmes moyens et le même zèle des traditions ancestrales.

Pour nos philosophes de la théologie, prêcher le mépris des créatures-fumier et le renoncement à la raison et à la volonté pour ne suivre que la foi et la volonté divine, c’est de la nouveauté!  C’est contraire à leurs traditions.  C’est bien vrai quant à l’opposition; mais s’ils étaient disciples de Jésus, s’ils cultivaient l’amour concret de Jésus comme les Saints l’ont fait, ils changeraient de camp.  Ils sortiraient de leur philosophie pour prendre le point de vue théologique et alors ils comprendraient ces prédicateurs de l’amour de Dieu.

Ce qui fait aussi que tant de prêtres ne peuvent pas croire à la persécution c’est qu’ils ont dans l’idée que les persécuteurs ne sont que des Néron ou des Judas.  Pas du tout.  Dieu prendra les bons prêtres, consciencieux et zélés, mais formés à la philosophie.  Cela suffit pour qu’ils puissent servir de bons scalpels dans les mains du divin Chirurgien.  Ils ont une vertu solide et sont bien trempés, mais étroits sur un point pour trancher comme une lame de rasoir.  Pour la gloire de Dieu ils vous entreront leur bistouri jusqu’au cœur sans frémir tant ils sont convaincus que c’est leur devoir de sauver la pureté de la doctrine évangélique et l’Eglise d’un schisme!  Jésus n’a-t-il pas dit: «Le jour vient où l’on vous mettra à mort croyant rendre service à Dieu.»

Plusieurs se feront vos amis; ils viendront «par amour pour vous»; ils vous diront à l’oreille que vous devez vous défier de ces nouveautés qui excitent l’admiration des gens et qui les troublent.  N’est-ce pas de l’orgueil que de vouloir faire autrement que les autres?  Voyez tant de bons prêtres qui sont saints et ils ne tombent pas dans ces excentricités; ils ne se singularisent pas comme vous autres!  L’humilité s’efface et évite de faire parler d’elle!  Prêchez donc comme les autres et vous n’aurez pas de difficulté.  Autrement vous allez avoir les Supérieurs contre vous.  Ils vont vous bâillonner et votre vie sera perdue.  Vous avez tout ce qu’il faut pour réussir, mais de grâce prêchez donc les doctrines traditionnelles!  Comme les autres!  Comme les autres!  est le refrain ordinaire des philosophes!  Où sont donc les prêtres ou les fidèles persécutés pour leur doctrine?  Quels sont ceux qui suscitent de l’opposition de la part des gens du monde ou des prêtres mondains?  Hélas, tous font bon ménage avec le monde et avec leur bon sens et leur propre volonté!  Ces prêtres sont parfaitement à l’aise avec les gens du monde, même les moins catholiques, avec les protestants comme aux Etats-Unis, par exemple.  Tous parlent des choses terrestres, des amusements de toutes sortes, des hausses et des baisses de la bourse, des automobiles, de la politique et enfin de tout excepté des choses de Dieu.  Jésus dit carrément que la bouche parle de l’abondance du cœur.  Donc tous ces prêtres et tous ces fidèles ont donc l’amour des choses créées… donc ils n’ont pas celui de Dieu.  La preuve encore est que les choses de la religion les ennuient souverainement.  Si on veut se débarrasser des prêtres, on n’a qu’à se mettre à parler des choses de Dieu et la masse s’en va tout de suite et ne revient plus!  Voilà pourquoi ces prêtres qui ont une mentalité païenne parce qu’ils n’ont que la philosophie de la religion, prêchent un Jésus moderne, à la mode!  qui nous aide à jouir des créatures!  qui ne gâte pas du tout notre affection pour les choses créées, du moment qu’on ne pêche pas!  D’après nos philosophes il n’y a que le péché de contraire à Jésus!  Si Jésus revenait au XXe siècle, il serait parfaitement à l’aise avec sa cigarette au bec, sa place réservée à l’Aréna ou au Stadium, ouvrant une danse avec élégance et se promenant dans une belle Packard!  En un mot on descend Jésus de la croix; ou le prêche sans la croix comme les protestants qui ne veulent pas du crucifix.  On est de son siècle!  Comme on a une télégraphie sans fil, des voitures sans chevaux, des machines parlantes sans personne, des lampes sans huile, des frigidaires sans glace, on s’est trouvé un christianisme sans Christ!  Une religion de bon sens!  Un amour de Dieu qui s’accorde bien avec l’amour de tous les plaisirs non défendus, un amour qui laisse tranquille l’amour de soi; ou suit son jugement en tout, on fait sa volonté en tout!  Puis quelques actes de culte, comme aller à la messe, communier de temps en temps, pécher tant qu’on veut du moment qu’on se confesse!  Pas un démon en enfer va attaquer ce camouflage de religion!  D’après l’Evangile il est clair que la doctrine de Jésus doit susciter la même opposition que Jésus lui-même.  Il a bouleversé le monde et sa doctrine va continuer à bouleverser ce monde jusqu’à la fin des temps.  L’opposition du monde est nécessaire à la doctrine de Jésus comme à luimême: tous les prêtres devraient savoir cela.  Alors c’est une contradiction absurde avec Jésus que de prendre cette opposition connue signe de l’erreur dans sa doctrine.  Glaive de douleur pour Marie.

Marie a donné Jésus au monde; elle va donc participer à la persécution dont Jésus est l’objet, comme tous les prédicateurs qui donnent vraiment Jésus au monde.  Pas pour ceux qui en parlent seulement!  comme la masse des prêtres font… «Afin que les pensées du cœur d’un grand nombre soient manifestées.» On rattache ces paroles seulement à celles qui précèdent, dites à Marie, on ne voit pas bien comment la douleur de Marie peut bien manifester les pensées des autres.  Il est mieux de les rattacher à ce qui est dit de Jésus!  qu’il sera un signe de contradiction.  En effet, c’est dans la persécution que les fidèles et les prêtres montrent de quel esprit ils sont conduits, comme on dit: de quel bois ils se chauffent.  En plusieurs endroits de l’Ecriture il est dit que Dieu éprouve les hommes pour savoir s’ils aiment Dieu, donc pour savoir leurs pensées.  Celui qui se voit arrêté et condamné à l’inactivité parce qu’il donnait Jésus à vivre aux fidèles et que tous ceux qui ne donnent que la philosophie de la religion ont pleine liberté de donner ce camouflage de religion, il est bien tenté lui-même de prêcher une religion à l’eau de rose pour avoir la paix.  C’est pénible surtout dans les débuts.  C’est alors qu’il a une chance de montrer s’il préfère ses aises à Jésus.  Que tout apôtre qui est avec Jésus s’attende à être persécuté comme Marie l’a été avec son Jésus.  Il est en bonne compagnie quand les pharisiens modernes le poursuivent comme ils ont autrefois poursuivi Jésus.

ANNE LA PROPHÉTESSE


Cette bonne vieille mérite une mention bien spéciale; elle aussi a commencé par le mépris des choses crées, comme aussi par le renoncement à sa personnalité; elle ne vivait plus que pour Jésus qui n’était pas encore né.  Quelle belle figure à l’aurore du christianisme!  Quel esprit de foi!  Aussi l’Esprit-Saint l’éclaire et la conduit au temple juste à temps pour voir Jésus.  Voilà un beau modèle d’A.C.  Dès qu’elle a Jésus elle en parle à tout le monde autour d’elle.  Son cœur est débordant de son amour pour Jésus.  Combien de chrétiens se préparent comme elle dans le jeûne et la prière et ses visites assidues au temple?  Quelle condamnation de la théorie de ceux qui soutiennent que nos filles doivent comme les bonnes-à-rien se complaire dans les beaux habits, dans les soirées et dans leur manière de vivre, excepté le péché.  Ce n’est pas ainsi que les Saints et les Saintes se sont préparés à recevoir la divine sagesse pour faire du bien aux autres.  Mais au contraire c’est en s’éloignant du monde et de ses voies qu’ils ont mérité la grâce de convertir ensuite les pécheurs.  Imitons les saints!  non pas les idées des païens de nos jours!…

mercredi 16 décembre 2015

Neuvaine à l'Enfant-Jésus



Enfant-Jésus, notre Roi, nous vous en conjurons, prosternés devant votre sainte image, jetez un regard de clémence sur nos cœurs suppliants et pleins d’angoisse. Que votre Cœur si bon, si incliné à la pitié, se tourne vers nous et nous accorde les grâces que nous lui demandons avec instance. Délivrez-nous de la tristesse et du découragement, de tous les maux et difficultés qui nous accablent. Par les mérites de votre Sainte Enfance, daignez nous exaucer et nous accorder la consolation et le secours dont nous avons besoin, afin que nous vous louions avec le Père et le Saint-Esprit, dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

Saint Enfant-Jésus, écoutez-nous.

Saint Enfant-Jésus, bénissez-nous.

Saint Enfant-Jésus, exaucez-nous.