mercredi 24 janvier 2018

Père Onésime Lacouture - 2-25 - Les deux étendards


VINGT-QUATRIÈME INSTRUCTION
LES DEUX ÉTENDARDS.

«N’aimez pas le monde ni ce qui est dans le monde: si quelqu’un aime le monde, la charité du Père n’est point en lui.» I Jo.  2-15

Plan Remarque.  Fausse idée du plan divin.  (Il pousse à l’amour des richesses.  Stratégie de Satan : (Il pousse à la recherche des honneurs.  (Il pousse à l’orgueil de la vie.  Tactique de Jésus: Le contraire.

REMARQUE  Voici une méditation qui revient sur une idée déjà souvent donnée et qui peut ennuyer ceux qui cherchent du nouveau pour l’esprit plutôt que de la nourriture pour le coeur.  Quand on aime à manger du poulet, on ne trouve pas qu’il revient trop souvent sur la table!  Quand on songe que l’idée des deux Etendards contient le plan de Dieu dans l’usage des créatures et que la masse des prêtres et séculiers et réguliers, l’ignorent en pratique et se perdent avec une foule de fidèles sur une voie d’évitement comme ces vieux wagons qui pourrissent dans le champ.  Quand on a un peu de coeur et qu’on voit la masse du clergé dans le monde entier s’égarer loin de Dieu avec les fidèles qu’ils entraînent avec eux, on ne craint pas de répéter en quoi consiste le vrai plan de Dieu!  On voudrait le crier sur tous les toits!  On sait que S.  Ignace aime les répétitions et même des mêmes méditations mot-à-mot.  Eh bien!  nous avons ici une idée qui mérite plusieurs répétitions.  Je vais en profiter pour montrer comment plusieurs de ceux qui la donnent la rendent inutile par leurs explications.  Même les Jésuites en grande partie sont si loin de ce plan de Dieu qu’ils ne donnent plus les Deux Etendards, ou seulement d’une façon générale qui la rend à peu près inutile.  Qu’on me trouve un Jésuite américain par exemple, qui va la donner en entrant dans les détails et en faisant ressortir la véritable idée de cette méditation.  Aux Etats-Unis un supérieur m’a défendu de la prêcher et ce n’était pas à cause de mes idées, car je lui ai offert de la lire au peuple dans un de nos meilleurs auteurs.  Il m’a dit que cela ne valait pas pour notre siècle ni pour les Américains.  Ce qu’il a eu le front de dire, des milliers pensent comme lui.

Voilà donc ce que j’affirme et je sais ce que je dis!  La très grande majorité des prêtres du monde sont de travers avec S.  Ignace et donc avec l’Eglise qui l’a souvent approuvé, sur cette question de l’usage des créatures.  Par conséquent tous ceux qui me lisent ou qui m’entendent devraient me suivre pour leur plus grand profit spirituel et pour l’orientation de leur enseignement et de leur prédication.  Il faut que nous fassions une campagne systématique pour sortir le clergé de sa voie d’évitement et le mettre sur la bonne voie de l’usage des créatures comme Dieu le veut.  Si le monde est si païen, c’est donc que le clergé a failli à son devoir essentiel de préserver les fidèles de l’erreur dogmatique puisqu’il est: «le sel de la terre», et d’éclairer le monde puisqu’il est la «lumière», choisie par Jésus pour bien diriger les peuples selon le plan divin.

fausse notion du plan divin

Les prêtres et séculiers et réguliers sont responsables de ce que les fidèles en général sont de travers avec Dieu dans l’usage des créatures.  Cela vient de ce qu’ils n’ont pris que le point de vue philosophique de la religion, qui est de considérer les choses «in se» ou en elles-mêmes au lieu de les considérer en Dieu et donc en nous pour le salut des âmes.  Les créatures «in se» sont toutes bonnes, ayant été créées par Dieu pour représenter quelques-unes de ses perfections divines.  La conclusion logique est que nous pouvons donc en jouir tant que nous voulons pourvu que nous n’en abusions pas par le péché.  En pratique donc la seule règle de ce point de vue est donc d’éviter le péché.  Par le fait même toutes les créatures se trouvent à être divisées en deux groupes: celles qui sont permises et celles qui sont défendues.  C’est vrai.  Mais c’est faux que cette distinction vraie soit la règle de conduite dans l’usage des créatures!  C’est faux!  Or, la masse des prêtres du monde la prennent pour eux-mêmes et la donnent au peuple… comme la seule règle pratique de conduite.  Ce qui n’est pas vrai!  Ce n’est pas là le plan de Dieu dans l’usage des créatures pour nous.  Voyons maintenant le point de vue théologique, ou les créatures non plus «in se», mais en Dieu et dans notre coeur pour le salut de notre âme.  En d’autres termes quelle est la volonté de Dieu au sujet des créatures?  Jésus dit qu’elles sont l’argent pour acheter le ciel comme dans la parabole de la perle précieuse et dans celle du «trésor caché».  Pour se les procurer dit-il, on vend tout ce qu’on a et on l’achète.  Il ne dit pas de donner ou d’abandonner ce qui est défendu, mais tout ce qu’on a!  sans distinction de défendu ou de permis.  Ailleurs il dit que celui qui abandonne son père, sa mère, et tout ce qu’il avait aura le centuple en cette vie et la gloire éternelle.  Or toutes ces choses sont permises.  Dans les paraboles des invités, toutes les excuses données sont pour des choses parfaitement permises et cependant ces gens sont exclus du royaume des cieux.  Voilà le plan selon Jésus: toutes les créatures sans distinction de permises ou de défendues sont de l’argent pour acheter le ciel ou des «grains» pour le récolter.  Donc il faut sacrifier les bonnes choses permises comme les défendues.  Dès qu’un prêtre fait cette distinction entre permises et défendues, on peut être sûr que c’est un philosophe païen dans son raisonnement.  Il est de travers avec Jésus sur ce point.

Voilà donc la grande erreur pratique et concrète de la masse du clergé dans le monde entier.  Est-ce surprenant que les chrétiens ne se distinguent guère des protestants et des vrais païens à part quelques actes de religion extérieure.  Pour la mentalité, il n’y a pas de différence comme on peut le voir par les conversations des deux groupes; elles sont toutes des choses du monde et des plaisirs du monde; c’est donc cela qu’ils ont tous dans le coeur.  Or, Jésus dit aux chrétiens: «N’aime pas le monde ni ce qui est dans le monde; si quelqu’un aime le monde la charité du Père n’est point en lui.» Les chrétiens ne devraient donc pas se passionner pour les closes du monde, même pour les bonnes et les permises.  Elles captivent le coeur comme les défendues; elles excluent l’amour de Dieu comme les autres.  Voilà pourquoi tant de Jésuites et de prêtres séculiers à leur suite ne donnent plus les «Deux Etendards» ou leur doctrine dans toutes ses conséquences logiques et pratiques.  C’est la philosophie qu’ils ont apprise en Théologie qui en est responsable.  Ils n’ont pris que le point de vue philosophique et donc naturel et donc païen.  Il domine toute leur mentalité, tous leurs jugements donc sur les choses et sur la spiritualité: Ils enlèvent toute vie à la religion en ne la considérant que dans l’abstrait, «en soi», là au dehors de tout rapport avec Dieu et avec l’homme.  Quel aveuglément!  Comme les Philosophes n’ont qu’une seule règle de conduite; éviter le péché, la doctrine des «Deux Etendards» ne les touche pas.  Pour eux c’est du luxe en perfection pour ceux qui en sentent la dévotion.  St-Ignace ne parle pas de péché, mais seulement de piège et donc il parle des choses qui peuvent être bonnes mais dangereuses avec le temps comme sont toutes les créatures en général.  L’homme peut se passionner pour n’importe quelle créature et c’est autant d’amour pour Dieu de moins.  Vouloir simplement éviter le péché est donc la seule règle de l’infernal point de vue philosophique de la religion.  C’est de l’ivraie parce qu’il est vrai, utile et savant: il ressemble donc à la vraie science théologique.  Mais, comme l’ivraie, il est bon à rien pour nourrir les âmes… comme un jambon «en soi» ne me nourrit pas!  Ce n’est qu’en moi qu’il me nourrit.  Et bien!  cette maudite science de tête des «in se» ne nourrit pas du tout ni le coeur, ni la foi, ni le surnaturel, mais elle fait des orgueilleux, des égoïstes, des jouisseurs des créatures comme dessert et permet une vraie vie de païen dans la mentalité comme on le voit que trop dans la masse des prêtres, des religieux et des fidèles à leur suite.  Tous ceux donc qui suivent les «in se» ne sont donc pas dans le plan de Dieu pour l’usage des créatures, mais dans le plan tout à fait naturel que nous aurions eu si étions sur le chemin des limbes.  Dans ce cas les philosophes auraient raison.  Mais, maintenant que nous sommes sur le chemin du ciel, ils sont complètement de travers avec le plan divin.  Dans le plan actuel, nous nous en allons pas simplement voir Dieu mais participer à sa vie intime au sein de la Trinité.  Or, Dieu est amour et c’est cette question de l’amour qui détruit tout le plan des philosophes où il suffirait d’une justice naturelle; du moment qu’on n’offenserait pas Dieu et qu’on le servirait selon notre raison, nous irions aux limbes.  Mais, maintenant il s’agit de commencer à vivre cette vie intime de la Trinité dans la foi et par la grâce de Dieu.  Or, dans le ciel, non seulement nous éviterons le péché, mais nous ne mettrons pas notre bonheur dans les créatures, même bonnes, mais uniquement dans les perfections divines.  Voilà ce que les philosophes n’ont jamais rencontré dans leur système des «in se»: qu’il faut cesser d’aimer les créatures pour n’aimer que le Créateur!… comme au ciel!  Or, c’est justement ce dernier point que les deux étendards font ressortir.  Il faut que tout chrétien retire son amour même permis pour les créatures et le donne tout à Dieu.  Or, quand les démons… et les prêtres laissent ou poussent les gens aux amusements même permis… ils leur tendent des pièges et à cause de ces plaisirs permis auxquels ils donnent leur affection, ils seront damnés un jour ou au moins ils peuvent l’être.  Voilà ce que tout prêtre devrait expliquer au peuple, mais pas un philosophe ne peut le faire étant aveuglé par sa philosophie toute païenne des maudits «in se».  Les prêtres qui disent équivalemment aux gens: amusez vous mais ne péchez pas, sèment l’ivraie du diable à pleine bouche et eux-mêmes tendent des pièges comme les démons pour faire tomber les fidèles dans le péché… et c’est la très grande majorité du clergé du monde entier qui fait cela.  Est-ce surprenant que nos gens soient si païens de mentalité?  Que tant de chrétiens aient les mêmes affections que les païens comme leur conversations le montrent.  Ils parlent des choses du monde comme les païens.  Quand est-ce que les prêtres vont-ils se réveiller de leur paganisme mental?  Quand ils sortiront de leurs encore une fois maudits «in se».  Ils méritent ce terme de maudit, parce qu’ils font l’oeuvre des démons qui n’ont plus rien à faire.  Les prêtres font leur besogne admirablement avec leurs «in se». 

stratégie de satan

Il pousse à l’amour des richesses.  Les hommes n’ont pas besoin des démons pour aimer les richesses: ils naissent avec cet amour dans le coeur; mais les démons exercent leur influence dans le même sens.  Ils fournissent toutes sortes de sophismes aux chrétiens pour les empêcher de suivre les directives contraires de la foi.  Les chrétiens savent bien que la poursuite des biens terrestres est la source pour eux de toutes sortes de péchés, comme dit St-Paul: «la cupidité est la racine de tous les maux».  Alors c’est pour contrebalancer la doctrine de l’évangile qu’ils répandent par tous les moyens à leur disposition, des fausses maximes, qui sont vraies en partie mais fausses dans l’ensemble.  Les hommes voient d’abord ce qui est vrai, puis agissent même selon ce qui est faux dans ces principes du monde.  Par exemple, un chrétien aime les beaux habits: il s’en achète un très beau en se disant: «en soi» je puis l’acheter!  Puis il s’en achète un autre et un autre.  Il fait de même pour de beaux meubles, pour son automobile, pour sa maison, etc.  L’appétit de ces choses vient «en mangeant» et le voilà menant un grand train de vie où il met évidemment: «son amour».  Pour entretenir ce train de vie, il prendra même des moyens plus ou moins louches et avec le temps déshonnêtes et il tombera facilement dans des péchés mortels.  Même sans cela, il arrivera un temps où son coeur est tellement captivé pour ces bagatelles qu’il n’y a plus de place pour l’amour de Dieu.  Alors son péché n’est pas dans tel acte isolé mais dans toute sa vie et il sera damné comme le mauvais riche sans savoir exactement où était son péché mortel.

L’araignée est un bon échantillon du diable.  Quand elle jette un fil sur une mouche, elle n’est pas morte par le fait même, mais avec un autre fil et plusieurs autres, voilà que la mouche ne peut plus se défendre et l’araignée vient la darder et la tuer.  C’est exactement ce que font les démons avec la nature humaine qui agit tout naturellement comme le démon dans son affection pour le créé.  Un homme commence à fumer sa première cigarette; il n’y a pas de mal là!  Mais voici qu’il en fume une autre et une autre.  Graduellement et très vite même, il y prend goût et voilà qu’il fume du matin au soir.  Si quelqu’un lui suscite des scrupules pour cette affection, le démon lui souffle à l’oreille que «en soi» ce n’est pas péché de fumer… et il fume!  Voilà le premier fil qui attache cet homme à cette créature encore bien insignifiante.

Puis, il développera une affection pour les sports de la même manière.  Ce sera encore un coin du coeur où Dieu n’aura pas de place!  Puis, ce sera «des attraits» pour les plaisirs sensuels qui sont autrement forts que l’affection pour la cigarette et pour les sports.  Celui qui n’a pas pu résister aux premiers fils de l’araignée infernal, comment résistera-t-il à d’autres plus forts comme les tentations de la chair?  Cet homme tombera misérablement dans ce vice.  La raison, en plus de l’affection naturelle qui se fortifie, est dans la privation des grâces que Dieu refuse de donner en proportion qu’on a des affections naturelles pour ses rivales, les créatures même permises.  Elles captivent le coeur comme les défendues.  C’est ainsi que des époux se séparent.  Le mari, par exemple, rencontre une personne, badine un peu avec elle; ce n’est encore rien.  Mais au fond de son être il se sent attiré à elle; son souvenir ne le lâche pas, ils se rencontrent encore et encore.  Le voilà qu’il est amouraché d’elle.  Dès que sa femme s’en aperçoit, elle se choque, dispute, boude et donne de moins en moins de son amour; elle le retire de son mari dans la même mesure qu’il s’affectionne pour l’autre, et finalement, c’est la séparation.  Il en sera de même avec un homme qui cultive des attaches; c’est le divorce qui s’en vient avec Dieu!  Voici une remarque importante.  Le piège n’est pas dans le péché.  Quand on pèche on est pris dans le piège, mais le piège existait avant.  Le piège consiste à s’affectionner aux choses permises et où le péché n’apparaît pas du tout, comme de fumer, de se passionner pour les sports, d’aimer les bonnes boissons, de jouer aux cartes, de rechercher les riches et les grands, etc.  Aucun péché là, surtout dans les débuts.  Ce sont donc de vrais pièges parce qu’avec le temps on se passionne tellement pour toutes ces choses que l’on oublie les choses de Dieu et l’on est damné comme le «bon» riche a été damné, comme les invités au festin ont été damnés pour avoir préféré des choses permises aux noces et donc au royaume du ciel.  Ce sont là les épines qui étouffent la parole de Dieu dans l’âme, ce sont les chemins battus par toutes sortes de bagatelles où la parole de Dieu ne germe pas.  Donc les pièges sont dans les choses permises, ou plutôt, le piège est dans l’affection pour les choses permises.  Ce n’est pas une cigarette ou un verre de boisson ou une partie quelconque qui est le piège, mais c’est la passion pour ces choses.  C’est l’affection pour la créature qui est rivale de l’affection pour Dieu.  Ce sont donc les deux amours qui sont opposés l’un à l’autre.  Comme les philosophes ne considèrent les choses qu’en elles-mêmes, ils ne remarquent pas assez que pour nous, c’est l’affection pour les choses que nous condamnons.  Ils sont nos rivaux parce qu’ils pensent que ce sont les choses en elles-mêmes que nous condamnons et ils ne peuvent pas admettre cela et là ils ont raison.  C’est parce qu’ils considèrent les choses en elles-mêmes que les philosophes jugent aussi les actes isolés.  Pour le bien ou le mal cela suffit.  Je vole dix sous, c’est péché; je fume une cigarette, c’est une bonne action; cela suffit pour satisfaire la justice naturelle.  Mais l’amour agit autrement.  Ordinairement il se développe par toute une série d’actions où on ne verrait pas d’amour considéré une à une, mais à la longue ces actes en série développent et manifestent de l’amour.  C’est l’expérience de chaque jour.  Ceux donc qui connaissent la psychologie de l’amour savent que c’est dans les débuts que se trouvent les pièges de l’amour.  Une épouse s’objecte tout de suite à ce que son mari badine souvent avec une autre personne susceptible de gagner l’affection de son mari et elle a raison.  Des parents vraiment chrétiens ne laisseront pas leurs filles ou leurs fils fréquenter d’autres personnes sans surveiller ce qu’ils font.  Voilà donc ce que de bons chrétiens doivent faire dans l’usage des choses permises comme de celles qui sont défendues.

Il pousse à la recherche des honneurs.  Après qu’on a contenté son corps par des plaisirs sensibles de toutes sortes, c’est bien naturel de vouloir contenter son esprit aussi.  Pour lui, il se complaît dans l’admiration des autres et dans les louanges qu’ils lui donnent.  Il veut des «adorateurs» et cette passion est aussi néfaste et encore plus que la passion des choses sensibles.  Or comme le monde admire les richesses on voit tout de suite que ces deux passions s’entraident.  Plus on est riche et plus on a d’adorateurs et plus on a de flatteurs et plus on veut s’enrichir.  Que de courbettes on fera pour s’attirer des louanges!  Que de mensonges en paroles et en actes pour faire croire qu’on est encore plus riche qu’on est en réalité!  Que d’accrocs à la justice pour garder ses biens et pour les augmenter!  Mais là encore surveillons les commencements de cette passion.  Le religieux qui étudie, par exemple, au lieu de faire ses exercices spirituels, préfère donc son honneur au bon plaisir de Dieu!  C’est un piège déjà!  Le fidèle qui ne va pas communier par respect humain, préfère son honneur au bon plaisir de Dieu.  Tous ceux qui agissent par respect humain recherchent les honneurs.  Le piège là encore est dans les commencements où il n’y a pas de péché, au moins directement.  Tous ceux qui travaillent pour plaire aux hommes afin d’en recevoir des louanges cherchent les honneurs.  Quand ils auront un grand amour pour les honneurs, les démons les tenteront de façon à commettre des péchés pour se procurer des honneurs.  Puis à force de rechercher des honneurs pour eux-mêmes, ils ne se soucient guère d’en donner à Dieu.  Ils manquent alors à un devoir grave qui peut les damner.  La pratique du renoncement à soi-même préserverait de ce piège.  Au lieu de chercher son propre honneur on chercherait celui de Dieu et les démons manqueraient leur coup.

Il pousse à l’orgueil de la vie qui consiste dans l’estime de soi-même jusqu’à oublier Dieu.  On est tellement plein de soimême et de ses propres intérêts qu’il ne reste plus de place dans le coeur pour Dieu.  On usurpe pour soi-même les prérogatives de Dieu; on veut être loué, révéré et servi comme si on était Dieu.  C’est donc se poser en rival direct à Dieu pour recevoir les hommages du monde au lieu de les passer à Dieu.  Cet homme cultive les deux amours naturels qu’il a reçu par nature et par conséquent il ne fait pas de place pour l’amour de Dieu comme tout chrétien doit le faire pour arriver au ciel.  Il est tout occupé à son propre culte et les devoirs envers Dieu sont éliminés.  On voit que le rôle des démons est d’accentuer en nous les tendances naturelles que nous avons tous pour les créatures, pour les richesses et pour les honneurs de la vie, et que le résultat de tout cela est l’orgueil de la vie que Dieu a en abomination et à qui il refuse ses grâces de sorte que le salut est en grand danger si cet homme ne s’amende pas avant de mourir. 

tactique de jésus: le contraire. 

Défions-nous de voir les pièges seulement dans les grands péchés comme les pharisiens faisaient dans l’ancienne loi.  Mais Jésus les condamne dans le Sermon sur la montagne quand il dit: On vous a dit de ne pas commettre l’adultère, mais moi je vous dis: de ne pas même regarder une femme pour la convoiter.  Ainsi pour le meurtre, il ne veut pas même qu’on se mette en colère contre son frère ou qu’on le traite de fou.  Donc Jésus ne veut pas que nous commencions quoique ce soit qui mène au péché, donc pendant qu’il est encore bon, si par nature cela va conduire à une passion quelconque, il faut s’en détourner dès le commencement.  Evitons le premier fil de l’araignée infernale et elle ne pourra pas nous tuer.  Que les Pères qui donnent cette méditation ne passent donc pas tout de suite à l’extrême limite des pièges du démon, parce qu’alors nul n’est assez méchant de ceux qui les écoutent pour se reconnaître là.  Si on parle de l’orgueil qui montre le poing à Dieu en le défiant, personne n’a conscience de faire cela, alors ils ne prennent rien de la méditation pour eux.  Qu’on montre les pièges, dans les débuts, comme Jésus le fait dans le sermon sur la montagne.  Alors il y aura de la matière pour tout le monde, même les meilleurs religieux ou prêtres, et ils tireront tous du profit de cette méditation.  Voilà ce qui est important de remarquer dans cette méditation des deux Etendards de St-Ignace, que les philosophes ne peuvent pas comprendre et qu’ils laissent de côté ordinairement.  On la donne parfois aux religieux, mais de façon à ce qu’ils pensent qu’elle ne prêche la perfection que pour une élite.  Il faut surveiller les débuts des choses qui causent ordinairement des attaches.  Par exemple, un religieux fume une cigarette un jour de fête pour se réjouir avec les autres.  Ce n’est pas péché.  Voilà justement le piège.  Il n’y a pas de péché, mais le tabac de sa nature crée une passion très vite comme on devrait le savoir par l’expérience de tant de fumeurs qui ne peuvent plus s’en défaire.  Une autre fête arrive et notre religieux a hâte qu’on passe les cigarettes.  Il en fume encore; voilà les fils de l’araignée qui le relient de plus en plus à cet échantillon du ciel.  Puis les fêtes se multiplient et les cigarettes aussi… Il s’en fera des réserves pour entre les fêtes.  Il fumera longtemps sans permission et finalement il enverra son ultimatum au supérieur qu’il ne peut plus se passer de fumer et qu’il va fumer avec ou sans permission.  Pour éviter un plus grand mal le supérieur va lui permettre… et voilà un religieux relégué dans la médiocrité pour la vie, il ne pourra jamais plus prêcher la doctrine des «deux Etendards» qu’il évitera habilement.  Il n’aura plus le goût des choses divines et n’aura plus l’intelligence des choses de Dieu, comme disent les auteurs spirituels.  Il sait tout cela mais rien ne le fera broncher de ses liens tissés par l’araignée infernale et par sa propre sensualité.  Un autre c’est le jeu de cartes, on commence par une partie, une autre et une autre et voilà qu’on joue des veillées entières et même une bonne partie de la nuit.  On escamotera ses exercices spirituels, on se lèvera très tard et sans aucune prière on ira dire la messe et sans action de grâces on passera au déjeuner pour aller ensuite dormir une partie du jour.  La vie est l’envers du bon sens surnaturel… et les choses spirituelles n’ont plus de place dans ce casino!  Ainsi font les sports.  On commence par aller voir une partie, on s’y intéresse, on en parle, on en lit; puis on veut voir si notre équipe remporte la victoire dans une autre joute, puis une autre et nous voilà pris par la maladie du sport.  On suit dans les journaux les parties qu’on n’a pas pu suivre, ou à la radio, etc.  On est pris par les fils de l’araignée infernale.  Adieu les choses spirituelles, les visites prolongées devant le St-Sacrement, les livres spirituels et les méditations.

On devrait savoir que ces attaches, même sans péché, empêchent la lumière divine d’entrer dans l’âme et ferment la porte aux dons du St-Esprit qui restent paralysés en nous, même en état de grâce, comme le disent les meilleurs auteurs. 

Voilà où sont les pièges de Satan; dans ces mille petits riens qui s’ajoutent dans le coeur pour le tenir captif des échantillons; ces liens suffisent pour l’empêcher de prendre son essor vers l’amour de Dieu.  Ces gens restent médiocres avec une mentalité absolument païenne.  Comment, s’ils sont prêtres, pourront-ils éclairer le monde?  C’est impossible d’une façon efficace.  Ce sont nos philosophes qui permettent toutes ces «attaches» aux prêtres, aux religieux et aux fidèles.  Ces attaches ne sont contraires à la grâce sanctifiante directement.  Mais on sait qu’elles sont contraires à Dieu directement!  à son amour directement.  On sait aussi que le monde de l’amour divin est inconnu aux philosophes; rien de ce qui le blesse ne les intéresse à part du péché.  Ils ont la mentalité que nous pourrions avoir sur le chemin des limbes; c’est du paganisme tout pur et du véritable pharisaïsme aussi contraire à Jésus aujourd’hui que le vieux pharisaïsme des Juifs du temps de Jésus.  Aux jours de fête on devrait se contenter de ce qui ne cause pas d’attaches ordinairement, comme des bonbons, des fruits, des gâteaux, de la limonade, des liqueurs douces, etc.  Mais le tabac, les liqueurs enivrantes et les sports sont comme l’opium ou la morphine; ils développent une vraie passion très vite et des attaches qui ruinent la vie spirituelle.

Comme le plan divin exige que l’homme débarrasse son coeur des deux amours naturels qu’il apporte avec lui en venant au monde, l’amour des créatures et l’amour-propre afin de recevoir l’amour de Dieu, on comprend qu’il fasse tout le contraire de la nature et des démons.  Il refuse d’éloigner les hommes des créatures et d’eux-mêmes pour qu’ils se tournent vers Dieu.  Il les pousse donc justement en sens contraire.  Ainsi aussitôt après avoir reçu le baptême de Jean le St-Esprit le pousse au désert précisément pour mortifier les deux amours naturels, non pas qu’il en ait besoin pour lui, mais pour nous donner l’exemple de ce qu’un baptisé doit faire.  Tout Chrétien doit s’éloigner autant que possible des plaisirs de la terre puis se renoncer afin de recevoir le divin.  Les premiers chrétiens se privaient le plus possible des plaisirs même permis.  Les premiers Pères disaient que les païens les persécutaient et les tuaient parce qu’ils avaient abjuré les plaisirs.  C’est un point sur lequel les Témoins de Jéhovah ont parfaitement raison; ils ne fument pas, ne dansent pas, ne boivent pas, ne vont pas au théâtre, ne se passionnent pas pour les sports et tout le temps qu’ils épargnent ainsi ils le consacrent à lire la Bible.  Les premiers chrétiens faisaient de même.  Evidemment tous les hérétiques ont gardé un peu de vérité, mais les Témoins de Jéhovah sont contre la doctrine de Jésus sur une foule de points.  Toute la doctrine de Jésus nous pousse à détruire en nous les deux amours naturels que nous avons tous afin de leur substituer l’amour de Dieu que nous n’avons pas par nature, mais par grâce.  Voilà pourquoi il prêche contre l’amour des créatures mêmes permises et contre l’amour de soi par le renoncement à soi-même.  Remarquons que Jésus ne prêche pas ce renoncement seulement aux prêtres et aux religieux, mais à tout le monde sans exception.  Quand les religieux vont-ils cesser de présenter le renoncement et le mépris du monde à leurs religieux comme une obligation de la vie religieuse?  Ce n’est pas vrai!  Ils sont tous tenus à ce mépris et à ce renoncement en tant que chrétiens et le fait qu’ils sont religieux ne fait que urger ou doubler cette obligation qui existait déjà quand ils étaient dans le monde.  Autrement ces religieux n’oseront pas demander ces choses aux gens du monde, croyant que c’est trop leur demander.  Jésus sait bien qu’il vient nous préparer au bonheur du ciel qui sera uniquement dans les perfections divines et pas du tout dans les échantillons.  Voilà pourquoi il nous prêche tant le mépris des créatures et de soi-même.  On peut voir ce qu’était sa doctrine par sa propre vie.  Il s’est privé de tout pour l’amour de Dieu, regardant toutes choses comme du fumier, comme St-Paul le dira lui-même.  Jésus ne s’est donc pas privé seulement des choses défendues, mais des permises aussi.  Pourquoi nos philosophes ne l’ont-ils par remarqué?  Pourquoi ne prêchent-ils pas ce que Jésus a pratiqué si bien?  Cette constatation leur aiderait à mieux comprendre sa doctrine sur le mépris de toutes les créatures.  Alors quand un prédicateur prêcherait contre les choses permises, on en verrait moins se lever pour l’attaquer comme hérétique et le faire bâillonner!


La conclusion est qu’on ne devrait jamais diviser les créatures entre permises et défendues; cette distinction est utile seulement dans l’ordre naturel.  Elle n’est pas une règle de conduite pratique.  Mais c’est la division entre toutes les créatures et le Créateur qui sert.  Nous devons préférer le Créateur à toutes les créatures: Voilà le plan de Dieu et c’est la doctrine «des deux Etendards» que tous les prêtres devraient prêcher au peuple et descendre jusque dans les plus petits détails de la vie.

mardi 26 décembre 2017

Sur l'amour des ennemis pour la fête de saint Etienne

Ce précepte si difficile à pratique, le Saint, dont nous célébrons aujourd’hui la mémoire, l’a accompli à la lettre. Saint Etienne, pour prix de son zèle et de sa charité envers les Juifs, en fut assailli d’une grêle de pierres; et que faisait-il pendant qu’on le lapidait? Il ne fit paraître  aucun ressentiment contre ceux qui le traitaient si cruellement; au contraire, s’étant mis à genoux, il s’écria à haute voix : Seigneur, ne leur imputez pas ce péché. (Act. VII, 59.)

L’amour des ennemis, le pardon des injures, voilà une des plus importantes obligations des chrétiens. Nous devons aimer nos ennemis et leur pardonner, parce que Jésus-Christ nous l’ordonne, parce que notre pardon est attaché au pardon que nous leur accorderons.

Rendre le mal pour le mal, tirer vengeance d’une injure reçue, voilà ce que prescrit le monde : et moi, dit Jésus-Christ, qui suis votre maître et votre Dieu, je vous dis : aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, priez pour ceux qui vous font du mal ( Mat. V. 44.).

Au troisième siècle de l’Eglise, le préfet Vénustien, ayant ordonné inutilement à l’évêque Sabin de renoncer à la foi, lui fit couper les deux mains. Quelque temps après, Dieu punit cet impie; Vénustien devint presque aveugle. En vain la médecine emploie-t-elle tous les secrets de son art pour guérir le malade, ses efforts sont inutiles. Au défaut de toute autre ressource, on lui conseille de s’adresser à l’évêque Sabin. Mais, dit-il, comment pourrais-je espérer un si grand service d’un homme que j’ai traité avec de tant de cruauté? Ah! Lui répond-on, vous ne connaissez pas les chrétiens, ils ne savent se venger du mal qu’on leur a fait, qu’en comblant de biens ceux qui en ont été les auteurs.

Le préfet envoie chercher l’évêque : celui-ci met les deux bouts de ses bras mutilés sur les yeux de Vénustien, qui recouvrant tout à la fois la vue du corps et celle de l’âme, renonce au paganisme avec toute sa famille, et devient, d’un précurseur qu’il était, un fervent chrétien et un martyr.

Ah! chrétiens, quelle consolation, quel doux témoignage à la mort pour un cœur généreux Nous le voyons dans la personne de saint Etienne, comme il pardonnait à ses bourreaux, les cieux s’ouvrirent sur sa tête, Jésus-Christ se fit voir à lui, assis à la droite de son Père, qui lui préparait la couronne de gloire. Dans ce délicieux transport, il rendit le dernier soupir, et alla puiser dans le sein de Dieu même la récompense de sa charité.


Glorieux saint! obtenez-nous la même charité, afin que nous ayons la même récompense; que nous pardonnions sincèrement toutes les offenses qu’on nous a faites, afin que Dieu nous ayant aussi pardonné nos péchés, nous le possédions dans l’éternité bienheureuse. Ainsi soit-il

Abbé Parel - La voix du Bon Pasteur Tome II, pp.9-10

lundi 25 décembre 2017

Naissance de Jésus-Christ



III. — Naissance de Jésus-Christ.

Dom GUÉRANGER. - « Et comme ils étaient là, il arriva que les jours de l'enfantement furent accomplis. Et Marte mit au monde son Fils Premier-Né ; Elle L'enveloppa de langes et Le coucha dans une crèche. » 6, 7. A l'heure de minuit la Vierge a senti que le moment suprême est arrivé. Son cœur maternel est tout à coup inondé de délices inconnus ; il se fond dans l'extase de l'amour. Soudain, franchissant par sa Toute-Puissance les barrières du sein maternel, comme Il pénétrera un jour la pierre du Sépulcre, le Fils de Dieu, Fils de Marie, apparaît étendu sur le sol, sous les yeux de sa Mère, vers Laquelle Il tend ses bras. Le rayon du soleil ne franchit pas avec plus de vitesse le pur cristal qui ne saurait l'arrêter. La Vierge-Mère adore cet Enfant Divin qui lui sourit; Elle ose le presser contre son cœur ; Elle L'enveloppe des langes qu'Elle Lui a préparés ; Elle Le couche dans la crèche.

« Le fidèle Joseph adore avec Elle ; les saints Anges, selon la prophétie de David, rendent leurs profonds hommages à leur Créateur, dans ce moment de son entrée sur cette terre. Le Ciel est ouvert au-dessus de l'étable, et les premiers vœux du Dieu Nouveau-Né montent vers le Père des siècles ; ses premiers cris, ses doux vagissements arrivent à l'oreille du Dieu offensé, et préparent déjà le salut du monde. » Année liturgique, Le saint jour de Noël.

S. AUGUSTIN. - « Le Tout-Puissant prend naissance, et sa Mère n'exhale aucun gémissement. Elle enfante, son Fils paraît à la lumière et sa Virginité ne souffre aucune atteinte. Du moment que c'est un Dieu qui naît, il fallait que la chasteté de la Mère reçut un nouvel éclat, et Celui qui était venu pour guérir toutes les souillures ne pouvait porter atteinte à la parfaite intégrité de sa Mère Marie dépouillée de son précieux fardeau, se tient là, debout et se reconnaît Mère, avant de s'être connue Epouse. Elle adore la Divinité de son Fils et tressaille de joie d'avoir enfanté par le Saint-Esprit ; Elle ne frémit pas d'avoir enfanté en dehors du mariage, mais Elle-se réjouit d'avoir donné naissance à un Dieu. L'Enfant, à sa Naissance, est déposé dans une crèche ; ce sont là les premières bandelettes d'un Dieu, le Roi du Ciel ne dédaigne pas ces entraves, après avoir trouvé bon d'habiter dans un sein virginal. » Sermons pour le propre du temps, 10e sermon, La Naissance de Jésus-Christ.

VÉN. BÉDÉ. Celui qui revêt le monde de sa riche parure est enveloppé de pauvres langes, afin que nous puissions recouvrer notre robe première ; Celui qui a tout fait a les pieds et les mains dans des entraves, afin que nos mains soient agiles pour les bonnes œuvres, et que nos pieds se dirigent dans la voie de la paix. » Hom. in Evang. Luc, II.

S. GRÉGOIRE DE NYSSE. — « Apparaissant comme un homme, Il n'est point soumis en tout aux lois de la nature humaine ; en effet, ce qui naît de la femme tient de l'humanité, tandis que la virginité qui Lui donne naissance montre qu'Il est au-dessus de l'homme. Ainsi sa Mère Le porte avec joie, son origine est immaculée, son enfantement facile, sa Naissance sans souillure ; il ne commence point par les déchirements, il ne sort point des douleurs. Celle qui par sa faute a attaché la mort à notre nature ayant été condamnée à enfanter dans les douleurs, la Mère de la Vie devait enfanter avec joie. Il entre par la pureté Virginale dans la vie des mortels au moment où les ténèbres commencent à diminuer et où l'intensité de la nuit est dissipée par l'exubérance de la lumière. La mort était le terme de la gravité du péché, maintenant elle va être anéantie par la présence de la Lumière véritable qui a éclairé tout l'univers de l'éclat de l'Evangile. » In Cat. grœc. Patr.

IV. -- Premiers actes que fit Marie après la Naissance de son Fils.

MGR. GAY. — « Qu'a fait Marie dans ce premier moment où Jésus, éclos de son sein, s'est pour la première fois trouvé vis-à-vis d'Elle ? Ce qu'Elle a fait, sans nul doute, c'est ce que le Saint-Esprit lui a inspiré de faire ; car si cet Esprit la possédait toujours au point de régir souverainement et constamment ses actes, que dut-il en être à l'heure de ce divin enfantement ? Jamais peut-être Dieu ne L’avait si complètement envahie ; Elle n'était que sa forme très pure et son organe docile. On devine d'ailleurs que ces premiers actes de la Sainte Vierge à l'égard de l'Enfant Jésus ont une importance capitale ; qu'ils sont ici comme autant de premiers principes, et que leur beauté, leur bonté, leur valeur morale dépasse tout ce que l'on en peut dire et penser.
1. « Avant tout nous croyons que Marie adora extérieurement Jésus. Aucune perfection, aucun titre ne manquaient à cet amour qu'Elle avait pour son Fils ; mais par-dessus tout, cet amour était une religion. La foi l'éclairait et en déterminait la nature et le caractère. Avant d'être son Fils, Jésus était son Dieu; avant d'être sa Mère, Elle était sa créature, sa sujette, sa servante. Si haut que pussent monter la liberté et l'ardeur de sa tendresse, cette tendresse restait appuyée sur son humilité et comme saturée de respect. Marie a dû dire à Jésus toutes les paroles enflammées du Cantique ; mais comme les fleurs si brillantes, si délicates et si parfumées, prennent appui sur ces branches ternes et solides qui les produisent, de même toute cette suave floraison de paroles saintement passionnées avait pour base et pour racine en cette Vierge, la conviction immuable signifiée par ces mots « Voici la servante du Seigneur

« Elle a donc adoré son Dieu paraissant dans la chair ; Elle L'a adoré en son nom propre ; Elle L'a adoré au nom de la création entière : Dieu seul a pu mesurer la profondeur et la sublimité de cette première adoration. Unie à celle que la très sainte Âme de Jésus rendait simultanément à son Père et l'imitant d'aussi près que possible, cette adoration de Marie réparait les déshonneurs sans nombre que les faux cultes, les idolâtries et les impiétés de tout le Genre humain avaient, depuis quatre mille ans, infligés à la Divinité et lui devaient infliger jusqu'à la fin des siècles.

2. « Après que Marie eut adoré Dieu dans cet Enfant, Elle Le regarda. On ne peut penser à ce regard sans éprouver un impérieux besoin de s'agenouiller et de se taire. Marie regardant Jésus pour la première fois I Ah t I quelle révérence t quelle piété, quelle simplicité, quelle tranquillité, quelle candeur, quelle pénétration, quel amour ! Ce regard devait ressembler beaucoup à une caresse ; il devait faire l'impression d'une onction. Il s'y écoula sans doute quelque chose du regard ineffable de Dieu sur sa Création après qu'Il l’eut achevée, et que, y trouvant « toutes choses très bonnes », Il s'y complut amoureusement. Ce regard de la Vierge traduisait encore toutes sortes d'admirations humbles et de transports paisibles, selon qu'il est naturel à l'âme d'en ressentir, quand, étant sainte, elle est divinement émue. Depuis le commencement du monde nul n'avait regardé Dieu ainsi. Jésus en fut touché jusqu'au fond des entrailles. C'est de quoi il dit dans le Cantique : « Tu as blessé mon cœur,ô ma sœur, qui es aussi mon Epouse ; tu as blessé et ravi mon cœur par tunique regard de tes yeux. » Cant., IV, 9.

3. « Enfin, qui pourrait en douter ? Marie baisa Jésus. Il me semble qu'Elle alla chercher ce baiser, non pas' seulement au plus intime d'Elle-même, mais au-delà, dans ce Cœur même de Dieu dont le sien était devenu le sanctuaire. Il me semble que, sans y dépenser plus d'un instant, Elle le prépara, comme le parfumeur prépare un baume exquis où il a résolu de faire entrer toutes les essences. Ce premier baiser dut être comme la récolte toute ramassée de son jardin intérieur. Toutes ses puissances y contribuèrent, toutes ses grâces s'y concertèrent et, pour ainsi parler, s'y surpassèrent. Ce baiser était leur fruit. Rien de si solennel, ni de si doux ne s'était encore extérieurement passé depuis l'origine des choses.... La créature collait immédiatement ses lèvres à cette sainte Face de Dieu dont l'éclat fait trembler les Anges. Jésus ne serait descendu ici-bas que pour y recevoir ce baiser que sa Création lui donnait par les lèvres immaculées et brûlantes de sa Mère, Il eût tiré une joie immense de son Incarnation et se fût applaudi de l'avoir décrétée.

 4. Après avoir rendu ses devoirs au Dieu qu'Elle venait d'enfanter, Marie avait à son égard une charge à remplir. Elle devait commencer, et commencer incontinent, le doux et sacré ministère de sa Maternité. Elle avait besoin pour cela de lumières très particulières.

Dieu s'était réservé d'être l'unique Précepteur de la Vierge. Il L'avait fécondée par son Saint-Esprit ce fut par le même Esprit qu'II Lui apprit intérieurement ce qu'il était séant qu'Elle connût touchant les suites pratiques de cette fécondité. En effet, il ne s'agissait pas seulement pour Marie d'être Mère ; Elle allait être la Mère de Dieu. Or, ce que doit faire une telle Mère, ni homme, ni Ange ne le savait. Cela ne s'était jamais vu nulle part. Le secret en était caché au plus profond de la science divine et comme au centre de l'amour infini. Dieu seul pouvait dès lors le révéler à une créature ; comme aussi il n'appartenait qu'à Lui d'élever cette créature au niveau d'une si sublime tâche.

« Dieu le fit avec sa Sagesse et sa Magnificence accoutumées. Aussi, quand le moment fut venu de commencer les œuvres de cette fonction inouïe, Marie n'eut pas l'ombre d'une hésitation, ni d'un embarras. Elle vit qu'encore bien que son Enfant fût la Vie en personne, et que, comme Il soutient par sa Vertu tout cc qu'Il crée par sa Parole, Il pût de même, s'Il le voulait, soutenir, sans appui humain, cette vie terrestre qu'Il lui avait empruntée, cependant il se rangeait à la commune condition des enfants de la terre, et ne s'exemptait d'aucune des servitudes auxquelles leur fragile existence est soumise. Elle comprit donc qu'Elle Le devait allaiter ; que, posé l'ordre de Dieu, c'était pour son cher Nouveau-Né une nécessité véritable que si Elle n'y pourvoyait pas, Jésus aurait faim, souffrirait, gémirait. Elle trouva adorable que les choses fussent ainsi réglées, puis, au dedans et au dehors, avec la même simplicité que son Divin Enfant, Elle entra dans cet ordre. La candeur qu'eut Jésus en prenant le sein de Marie, Marie l'eut dans son cœur en donnant son sein à Jésus.

« Ce sein, que Dieu seul et ses Anges avaient vu, Elle le découvrit donc à Jésus, comme la rose, qui s'épanouit, se découvre au soleil levant et sous son influence. Ce fut quelque chose de tranquille et de suave comme la première apparition du jour à l'horizon. Une Vierge voilant son visage ne sera jamais aussi chaste que cette Vierge dévoilant son sein. Elle était plus qu'un lis au dehors et au dedans ; Elle était un champ de lis, ce champ dont il est dit que l'Epoux, qui est l'Agneau de Dieu, « y a ses pâturages.» Et en effet cet Agneau béni allait boire le lait merveilleux dont cette virginale mamelle était pleine.

« Le lait de Marie fut comme la quintessence de tout ce qu'il y a de doux et de bienfaisant dans le monde des corps...Ce fut comme l'Eucharistie humaine de Jésus. » Elévalions sur la Vie et la Doctrine de N.-S. 15e et 16e Elév.


Le mystère de Jésus-Christ, Extraits de la Sainte Écriture, des écrits des Saints Pères et des meilleurs Auteurs Ecclésiastiques

dimanche 24 décembre 2017

Vigile de Noël


I. — Edit de César Auguste

S. ALPHONSE DE LIGUORI.   « Dieu avait décrété que son Divin Fils ne viendrait pas au monde dans la maison de Joseph, niais dans une grotte, dans une étable, demeure des animaux, de la manière la plus pauvre et la plus pénible, dont puisse naître un enfant. C'est pour cela qu'Il disposa César à publier le fameux édit qui obligeait tous ses sujets à aller chacun s'inscrire dans le propre lieu de sa naissance. » Méditations pour la neuvaine de Noël, 9e Médit.

VÉN. BÈDE. — « De même que le Fils de Dieu venant dans sa Chair naquit d'une Vierge pour montrer que l'éclat de la virginité Lui était très agréable, de même, en venant au monde dans un temps de paix, Il enseigne à chercher la paix en daignant visiter ceux qui aiment la paix. Il ne pouvait y avoir de plus grand signe de paix que ce dénombrement de tout l'univers sous l'Empereur Auguste, qï5, vers le temps de la Naissance du Sauveur, régna pendant douze ans d'une paix si profonde que, toutes les guerres étant apaisées, il parut vérifier à la lettre l'oracle du Prophète Isaïe : « Ils feront de leurs glaives des charrues, et des faux de leurs lances ; aucune Nation ne tirera le glaive et ne s'exercera plus au combat. »

« Or, il arriva qu'en ces jours il parut un édit de César Auguste, pour le dénombrement des habitants de toute la terre. » Luc, II, 1. Le Christ naquit lorsqu'il n'y eut plus de Prince Juif et que l'Empire fut transporté aux Princes Romains. Ainsi s'accomplit la prophétie qui annonçait que le sceptre ne sortirait point de Juda ni le Chef de sa race; jusqu'à ce que viendrait Celui qui devait être envoyé. Donc, la quarante-deuxième année de son règne, César Auguste publia un édit de faire « le dénombrement de tout l'univers, » pour payer le tribut ; César confia ce dénombrement à Cyrinus, qu'il établit gouverneur de Judée et de Syrie ; « ce premier dénombrement fut fait par Cyrinus, gouverneur de Syrie. » 2. Il veut dire que ce dénombrement fut le premier qui comprit tout l'univers, car on lit que plusieurs parties de la terre ont été souvent dénombrées ; ou bien, qu'il commença lorsque Cyrinus fut envoyé en Syrie.

« C'est par une disposition céleste que l'inscription du cens fut faite de manière qu'on ordonnait à chacun d'aller dans son pays : « Et tous allaient se faire inscrire, chacun en sa ville. » 3. Ce qui arriva afin que le Seigneur, conçu dans un lieu et né dans un autre, échappât à la fureur de l'astucieux Hérode. » Hom. in Evang. Luc, II.

S. GRÉGOIRE. — « Joseph aussi monta de Nazareth, ville de Galilée, et vint en Judée dans la cité de David, qui est appelée Bethléem, parce qu'il était de la Maison et de la Famille de David. » 4. Il ajoute la cité de David, pour annoncer que la promesse faite à David, que le Roi perpétuel sortirait de sa race, est maintenant accomplie. Par là même que Joseph était de la Famille de David, l'Evangéliste a voulu dire que la Vierge était aussi Elle-même de la Famille de David, puisque la Loi divine ordonnait que les unions conjugales fussent contractées dans la même famille.

« Pour être inscrit avec Marie, son Epouse, qui était enceinte. » 5. Il dit son épouse insinuant qu'ils n'étaient que fiancés au moment de la conception ; car la Sainte  Vierge n'a point conçu avec la coopération d'un homme.

« Mystiquement, le dénombrement du monde se fait pour le Seigneur qui va naître ; car Il apparaissait dans la chair pour instruire ses élus dans l'éternité. » In homil. 8, in Evang.

VEN. BÈDE. « De même que sous l'Empire d'Auguste et le gouvernement de Cyrinus, chacun allait dans sa ville se déclarer pour le cens, de même, sous l'Empire du Christ par les Docteurs, Gouverneurs de l’Église, nous devons nous déclarer pour le cens de la justice.

« Notre ville et notre patrie sont le repos bienheureux vers lequel nous devons marcher chaque jour par l'accroissement des vertus. Chaque jour la sainte Eglise, entourée de ses Docteurs, quittant le tour- .billon de la conversation mondaine, monte à la ville de Juda, c'est-à-dire de la confession de la louange, pour payer au Roi éternel le tribut de sa dévotion Vierge, elle nous a conçus dans l'Esprit à l'exemple de la Bienheureuse Vierge Marie ; Epouse d'un autre, elle est fécondée par Lui ; unie au Pontife son Chef, elle est comblée de l'invisible vertu de l'Esprit ; son nom lui-même nous montre que le zèle du Maître qui parle ne sert de rien, à moins que, pour l'entendre, elle n'ait reçu l'assistance de la grâce céleste. » Hom. in Evang. Luc, II.

II — Voyage de Marie et de Joseph ; leur arrivée à Bethléem.

LUDOLPHE LE CHARTREUX. — « Or, le terme de la grossesse de Marie approchait ; Joseph partit comme les autres. De Nazareth à Jérusalem il y a trente-cinq milles ; et de Jérusalem à Bethléem, cinq milles environ. Et Cependant Marie ne se ressentait pas de cette longue route, parce que, dit saint Augustin, l'Enfant qu'Elle avait dans son sein n'appesantissait pas son corps ; bien qu'enceinte, Elle était toujours Vierge, et recevait de la Lumière par excellence qu'Elle portait dans ses entrailles, cette beauté, cette légèreté qui La faisait voler de Provinces en Provinces. Arrivée à Bethléem, comme ils étaient pauvres, et que l'affluence était très considérable, ils ne purent trouver de place à l'hôtellerie. » La grande Vie de Jésus-Christ, ch. IX.

MGR. GAY. — « Que dans les jours où son enfantement devenait proche, Marie se vît obligée de quitter Nazareth pour se rendre à Bethléem, ce ne fut sans doute ni une surprise pour son esprit, ni un souci pénible pour son cœur. Outre que son invincible confiance en la sainte Providence et son parfait abandon à tous les bons plaisirs de Dieu eussent toujours empêché le trouble d'effleurer même son âme, Elle savait par les Prophètes où devait naître ce Messie qu'Elle portait dans son sein. Si les Prêtres de Jérusalem, interrogés bientôt par Hérode, allaient répondre sans hésiter que Bethléem de Juda était le lieu divinement marqué pour cette Naissance bénie, combien plus la Mère du Sauveur en avait-Elle une connaissance explicite et certaine ! Mais que, arrivé à Bethléem, on trouvât toutes les maisons pleines, et que, par le fait de la nécessite ou du mauvais vouloir, il n'y eût point de gîte possible pour les Saints Voyageurs, ce dut être vraisemblablement une épreuve très sensible à la foi et à la tendresse de Marie : à sa foi, car c'était une contradiction apparente à la lettre de la prophétie ; à sa tendresse, parce que, s'il y a dans le cœur des mères un sentiment vif et impérieux, c'est bien le désir d'assurer à l'enfant qu'elles attendent un accueil doux, facile et convenable.
« Joseph fut certainement encore plus peiné qu'Elle; d'autant que c'était à lui qu'incombait la douce charge d'être la Providence visible de son Epouse et de lui procurer un abri. Il finit par en trouver un, hors de la ville, dans une grotte ouverte qui servait, durant la nuit, d'étable publique aux animaux. » Élévations sur la Vie et la Doctrine de N.-S. J.-C. 14e Elév.

DOM GUÉRANGER. — « Approchons-nous avec un saint respect, et contemplons l'humble asile que le Fils de l'Eternel descendu du Ciel a choisi pour sa première résidence. Cette étable, creusée dans le roc est située hors la ville ; Elle a environ quarante pieds de longueur sur douze de largeur. Le bœuf et l'âne annoncés par le Prophète sont là près de la Crèche, muets témoins du divin Mystère que la demeure de l'homme a refusé d'abriter.

« Joseph et Marie sont descendus dans cette humble retraite ; le silence et la nuit les environnent mais leur cœur s'épanche en louanges et en adorations envers le Dieu qui daigne réparer si complétement l'orgueil de l'homme. La très pure Marie dispose les langes qui doivent enveloppez les membres du Céleste Enfant, et attend avec une ineffable patience l'instant où ses yeux verront enfin le Fruit béni de ses chastes entrailles, où Elle pourra Le couvrir de ses baisers et de ses caresses, L'allaiter de son lait virginal.

« Cependant, le Divin Sauveur, près de franchir la barrière du sein maternel, et de faire son entrée visible en ce monde de péché, s'incline devant son Père Céleste, et, suivant la Révélation du Psalmiste expliquée par le grand Apôtre dans l'Epître aux Hébreux, Il dit : « O mon Père ! vous ne voulez plus des hosties grossières que l'on vous offre selon la Loi ; ces oblations vaines n'ont point apaisé votre Justice ; mais vous m'avez donné un Corps ; me voici, je viens m'offrir; je viens accomplir votre Volonté. » Hébr., x, 7. Année liturgique, Le saint Jour de Noël.

S. BERNARD  « Demandez-vous quel est Celui qui vient, pourquoi Il vient, quand Il vient et par où Il vient. C'est là une curiosité louable et salutaire. En premier lieu, considérez avec le même étonnement et la même admiration que l'Apôtre, quel est Celui qui vient. C'est, dit l'Ange Gabriel, le Fils même du Très- Haut, Très-Haut Lui-même par conséquent. Car on ne saurait sans crime penser que Dieu a un Fils dégénéré ; il faut donc Le proclamer l'Egal de son Père en grandeur et en dignité. Qui ne sait en effet, que les enfants des Princes sont eux-mêmes Princes et que les fils de Rois sont Rois ?
« Vous venez d'entendre, mes frères, quel est Celui qui vient, écoutez maintenant d'où et où Il vient. Or, Il vient du sein de son Père dans celui d'une Vierge-Mère ; Il vient du haut des cieux dans ces basses régions de la terre Il est descendu non seulement sur la terre, mais encore jusque dans les enfers, non comme un coupable chargé de liens, mais libre au milieu des morts, comme la lumière qui descend dans les ténèbres, mais que les ténèbres n'ont point comprise…

« Quand nous nous Sommes demandé quel est Celui qui vient, nous avons trouvé que c'est un Hôte d'une grande et ineffable Majesté ; et, lorsque nous avons recherché d'où il vient, il s'est trouvé que nous avons vu se dérouler à nos yeux une route d'une longueur immense, selon ce qu'avait dit le Prophète sous l'inspiration de l'Esprit : « Voilà la Majesté du Seigneur qui vient de loin. » Is., XXX, 27. Enfin à cette question: Où vient-il ? nous avons reconnu l'honneur inestimable et presque incompréhensible qu'Il daigne nous faire en descendant de si haut dans l'horrible séjour de notre prison.

« Le motif qui a déterminé le Verbe à descendre de si loin dans un séjour si peu digne de Lui, est tout à fait grand, car ce n'est rien moins qu'une grande miséricorde, une grande compassion et une immense charité. En effet, pourquoi devons-nous croire qu'Il est venu ? C'est le point que nous avons maintenant à éclaircir. Nous n'avons pas besoin de nous donner beaucoup de mal pour cela, puisque ses paroles et ses actes nous crient bien haut le motif de sa Venue. En effet, c'est pour chercher la centième brebis qui était perdue et errante qu'Il est descendu en toute hâte des montagnes célestes ; c'est pour que ses miséricordes fissent comprendre mieux encore le Seigneur et que ses merveilles montrassent plus clairement aux hommes que c'est pour nous qu'Il est venu.

« Combien grand est l'honneur que nous fait le Dieu qui nous vient chercher. Mais combien aussi est grande la dignité de l'homme que Dieu recherche ainsi ! Assurément s'il veut se glorifier de cela ce ne sera point à lui une folie de le faire, non pas qu'il paraisse être quelque chose de son propre fonds, mais parce que Celui qui l'a fait l'estime Lui-même à un si haut prix. Car ce ne sont point toutes les richesses du monde, ni toute la gloire d'ici-bas, ni rien de ce qui peut flatter nos désirs sur la terre qui fait notre grandeur, tout cela n'est même absolument rien en comparaison de l'homme lui-même. Seigneur, qu'est-ce donc que l'homme pour que vous le combliez de tant de gloire et pourquoi votre cœur est-Il porté en sa faveur ?

« Néanmoins je me demande pourquoi au lieu de venir à nous, ce n'est point nous qui sommes allés à Lui ; car outre que c'est notre intérêt qui est en question, ce n'est pas l'habitude que les riches aillent trouver les pauvres, même quand ils ont le désir de leur faire du bien. Il est vrai, mes frères, c'était bien à nous à aller vers Lui, mais nous étions doublement empêchés ; d'abord nos yeux étaient bien malades or, Il habite une lumière inaccessible. Et puis, nous étions paralysés et gisant sur notre grabat, nous ne pouvions donc nous élever jusqu'à Dieu qui demeure si haut. Voilà pourquoi le bon Sauveur et doux Médecin de nos âmes est descendu de là-Haut où Il habite et a voilé l'éclat de sa lumière pour nos yeux malades, » 1er Sermon pour l'Avent de N.-S.

Le mystère de Jésus-Christ, Extraits de la Sainte Ecriture, des écrits des Saints Pères et des meilleurs Auteurs Ecclésiastiques, Tome II

mercredi 13 décembre 2017

Paul IV - Bulle Cum ex apostolicum et le pape hérétique

Si vous avez des critiques constructives, faites-nous le savoir.

***Mea culpa. Un ami attentif nous a fait la remarque qu'à 9 minutes, il y a une erreur de photo. Un portrait de Pie XII aurait du y être  mais c'est Benoît XV.***

https://gloria.tv/video/DmUXBRwk1YSE62f6JT7Q1HKAP




dimanche 3 décembre 2017

sainte Lucie la Chaste

 



En Espagne, la naissance au ciel de sainte Lucie la Chaste, vierge, du Tiers Ordre de Saint-Dominique. Née en France, elle suivit en Espagne saint Vincent Ferrier. Un jeune homme, ravi de la beauté de Lucie, fit auprès d'elle de vaines démarches pour lui faire partager son affection. Comme il insistait, la jeune vierge lui fit demander ce qu'il y avait dans elle capable de lui inspirer une passion si vive. « Ce sont vos yeux », fit répondre au jeune homme, « qui ont captivé mon coeur ». A ces mots, Lucie, entrant dans sa chambre, se met en oraison puis, cédant à une inspiration divine, enlève avec un canif ses yeux de leur orbite et les envoie dans un plat à l'insensé, en lui faisant dire : « Vous prétendez que mes yeux vous ont charmé : les voilà, je vous les offre ». Cette action héroïque eut deux excellents résultats : frappé de la générosité de Lucie, pour la conservation de sa pureté, le jeune seigneur qui l'aimait éperdument se convertit et entra dans l'Ordre de Saint-Dominique, où il sanctifia. D'autre part, Notre-Seigneur eut pour si agréable cette action courageuse de notre Sainte, qu'il la pourvut d'autres yeux bien plus beaux que ceux dont elle avait fait le sacrifice pour demeurer fidèle à son divin Époux.

Sainte Lucie la Chaste opéra pendant sa vie et après sa mort un nombre infini de miracles. A Xérez de la Frontera (Intendance de Cadix), on vénère sur un autel une très-antique statue qui la représente. Son effigie est dans un grand nombre d'églises et on l'invoque efficacement contre les ophtalmies. Une similitude de noms a fait que les peintres ont souvent substitué sainte Lucie la Martyre à sainte Lucie la Chaste. Cette dernière a le privilège exclusif d'être représentée tenant à la main un plat dans lequel se trouvent deux yeux. C'est par abus qu'on représente sainte Lucie Martyre avec les mêmes emblèmes.

Source : Les petits bollandistes Tome XIV, 1888, pp. 26-27