mercredi 23 septembre 2015

samedi 19 septembre 2015

Père Onésime Lacouture - 2-8- La Visitation


SEPTIÈME INSTRUCTION
LA VISITATION.

«Or, Marie se levant en ces jours-là, s’en alla en diligence vers les montagnes, dans une ville de Juda, et étant entrée dans la maison de Zacharie, elle salua Elizabeth.» L.  I - 39.

Plan Remarque.  (Le Passé: Elizabeth figure la Synagogue.  Trois tableaux: (Le Présent: Jean-Baptiste le trait d’union.  (Le Futur: Marie et l’Eglise naissante.  (Dieu: Sa Gloire dans le Magnificat.  Les Motifs: (Jésus: La Sanctification du Précurseur.  (Marie: Sa Charité pour Elizabeth.  (La Sanctification de Jean-Baptiste.  Ses effets: (L’Inspiration d’Elizabeth.  (L’Inspiration de Marie.   

REMARQUE Voici la première manifestation de l’activité du Sauveur pas encore né et déjà agissant sur les âmes par sa grâce.  Le Saint-Esprit a pris soin de nous révéler ce mystère par une foule de petits détails très instructifs pour notre vie spirituelle.  Ce n’est encore que l’aurore du jour divin qui va bientôt luire sur le monde, mais déjà elle nous donne quelques lueurs de la doctrine que Jésus apporte au monde.  D’abord c’est notre bonne Mère qui est le centre visible de ce mystère, mais c’est Jésus qu’elle porte qui lui donne toute sa beauté nouvelle pour le monde.  C’est elle qui reçoit l’Incarnation, c’est elle qui porte Jésus pour faire son premier miracle de la grâce en Jean-Baptiste et c’est encore elle qui lui fera faire son premier miracle extérieur aux noces de Cana.  C’est donc la Sainte Vierge qui introduit Jésus au monde de toutes les façons. C’est encore elle qui introduira Jésus dans nos âmes et qui continuera de le faire pour toutes les grâces qui nous viendront pour continuer la croissance de Jésus en nous.  Dieu n’a pas plusieurs plans pour notre sanctification: tout ce qu’il fait pour Jésus il le fera pour ses membres mystiques et donc pour chacun de nous.  Mais, il ne le fera pas sans nous, sans notre volonté.  C’est pourquoi il est nécessaire que nous allions vers Marie pour qu’elle nous introduise son Jésus dans notre vie.  Il faut une dévotion spéciale et solide envers la Sainte Vierge pour progresser dans la sainteté.  Si le Saint-Esprit a eu besoin d’elle pour effectuer l’Incarnation du Verbe, il a encore besoin d’elle pour continuer l’Incarnation en chacun de nous comme c’est le plan de Dieu de faire en nous ce qu’il a fait en Jésus.  Tout chrétien est un porte-Dieu qui doit le faire rayonner comme Marie fait avec Jésus.  Il faut aller le donner aux autres qui ne le connaissent pas ou qui l’ont perdu.  Or pour être éclairé par le Soleil de Justice, il faut passer par l’Aurore qui est Marie.  On va à Jésus par Marie.  Commençons donc tout de suite de la mettre dans notre retraite et dans nos méditations.  Qu’on le fasse toujours dans son coeur même si on ne la signale pas explicitement chaque fois.  Comme Marie couvre toute la vie de Jésus, ainsi elle doit couvrir notre vie jusqu’à la mort… afin de la retrouver dans l’éternité pour être sûr d’être avec Jésus.

TROIS TABLEAUX.

Le Passé: Elizabeth représente la Synagogue.  Nous sommes à une époque de transition: un nouveau monde se lève sur les ruines de l’autre: la lumière longtemps annoncée va enfin luire sur le monde.  Ces trois personnages qui se rencontrent a Aïr Karim dans la maison de Zacharie représentent trois époques qui se touchent ici.  Arrêtons-nous un instant à chacune d’elles pour en tirer profit pour nos âmes.  Comme Elizabeth, la synagogue est stérile par elle-même; elle devient féconde qu’en vue de préparer la venue du Messie.  Elle résume toutes les figures et les promesses du passé et qui finissent en s’accomplissant maintenant.  C’est pourquoi elle est vieille comme tout ce qui va prendre fin.  Comme la synagogue recevait sa vertu du futur Messie ainsi Elizabeth devient féconde en vue de mettre au monde le Précurseur de Jésus.  Comme la synagogue a été la première à entendre la prédication de Jésus, ainsi Elizabeth est la première à éprouver les effets de la présence de Jésus en Marie.  Elle porte celui qui indiquera Jésus au monde comme la synagogue portait les figures, les promesses et les prophéties concernant Jésus.  Comme l’Eglise honore et respecte Elizabeth, nous devons Aussi honorer et respecter la Synagogue ou l’Ancien Testament.  Pendant plus de deux mille ans, elle a prépare les voies au Messie et Dieu, par les prophètes, lui a révélé les germes de la doctrine de Jésus et les secrets de ses voies pour nous sanctifier.  C’est pourquoi S.  Paul dit que l’Ancien Testament est pour notre instruction.  C’est là qu’on trouvé les preuves de la divinité du Messie.  Jésus en appelait là constamment pour prouver sa mission divine aux Juifs.  Surtout c’est là qu’on trouve cachée dans les psaumes et dans les prophètes ce qui se passait dans l’âme de Jésus, comme ses sentiments, ses peines intérieures, ses espérances, ses prières et les cris de son amour pour nous et pour son Père.  L’Humanité qui crie, qui pleure, qui gémit, qui prie, qui loue Dieu et qui l’adore, c’est l’humanité de Jésus.  Les Evangiles ne racontent que les gestes et les actes extérieurs de Jésus: si l’on veut connaître son intérieur, il faut aller dans l’Ancien Testament.  Les saints en appelaient là constamment dans les différentes phases de leur sainteté et dans les émotions par où ils passaient. 

On ne peut donc pas exagérer l’importance de l’Ancien Testament pour apprendre les voies de Dieu et de la sainteté.  Le Présent:

Jean-Baptiste est le trait-d’union entre les deux époques et il en incarne donc les principaux traits.  Comme sa mère, il reçoit toute sa vertu de Celui qu’il annonce; il est l’étoile du matin qui brille par la vertu du Soleil qui va se lever visiblement bientôt.  Un ange annonce sa sainteté à son père Zacharie: «Il sera grand devant le Seigneur; il ne boira point de vin ni d’aucune liqueur enivrante, et il sera rempli du SaintEsprit dès le sein de sa mère.  Il convertira beaucoup des enfants d’Israël au Seigneur leur Dieu.» Il est le premier à ressentir les effets de la grâce de Jésus; les deux n’étaient pas encore nés!  Jean tressaille de joie à l’approche de son Sauveur et il est le premier à recevoir le Saint-Esprit et à être purifié du péché originel dans le Nouveau Testament et cela dès le sein de sa mère.  Il reçoit donc sa sainteté et du passé et de l’avenir: d’Elizabeth et de Jésus par l’entremise de Marie.  C’est notre modèle.  Nous aussi prenons notre sainteté dans les deux Testaments; ils ont été faits pour nous aider tous les deux: soyons des traits-d’union entre les deux et allons puiser dans chacun ce qu’il a de bon pour nous.  Ensuite, soyons des apôtres pour faire connaître Jésus aux foules; mais pour le donner commençons toujours par prêcher la pénitence absolument nécessaire pour préparer les voies à Jésus.  Le Futur: Marie est l’Eglise naissante, voilà pourquoi elle est jeune, car elle inaugure le nouveau règne de Jésus sur le monde.  Elle commence à sanctifier les âmes par Jésus qu’elle porte.  Si elle est mariée comme Elizabeth, ce n’est pas selon la chair, mais uniquement dans la foi et en gardant une parfaite virginité.  Elle coopère ici avec le St-Esprit pour la sanctification de Jean-Baptiste, non pas comme cause, mais comme condition tandis que c’est Dieu qui est la cause efficiente, comme dans l’Incarnation et comme dans notre justification, qui est l’Incarnation continuée dans les membres au corps mystique de Jésus.  Gardons-nous bien de ne jamais mettre Marie de côté comme ont fait les protestants et qui ont perdu Jésus en rejetant Marie.  Combien de chrétiens ne donnent pas assez d’importance à la Ste-Vierge dans leur vie spirituelle; aussi Jésus se tient loin.  Si nous voulons être de la famille de Jésus, il faut être d’abord bien accueilli par Marie, car elle est la Reine du ciel.  Nous devons faire une seule chose avec Jésus.  Or, on est bien sur que Jésus préfère sa Mère à toute autre créature au monde.  Eh bien, chacun de nous doit donc l’aimer plus que toute autre créature au monde.  Il ne suffit pas de savoir cela, il faut le pratiquer.  Par conséquent que chacun de nous s’efforce par tous les moyens possibles de développer une vraie dévotion fervente à Marie.  Les deux femmes qui s’embrassent signifient l’alliance des deux Testaments qui s’unissent pour l’amour de Jésus et en Jésus.  les motifs.  De Dieu sont sa gloire dans le Magnificat.  Dieu va fonder l’Eglise pour qu’elle le glorifie jusqu’à la fin des temps.  C’est Marie qui entonne ce sublime cantique de louanges que les Saints et les fidèles chanteront jusqu’à la fin du monde.  Ne regardons pas cette gloire comme du luxe que nous donnons à Dieu ou un présent gratuit que nous lui offrons; c’est la principale fin que Dieu avait en créant le monde.  Il y tient donc absolument et par essence, non pas comme par caprice.  C’est une dette que nous sommes tenus de lui payer pour ce qu’il a fait pour nous.  Ce n’est pas une aumône faite à Dieu, c’est un devoir strict que nous accomplissons.

De Jésus: c’est la sanctification de son Précurseur.  Il se hâte d’allumer le feu qu’il est venu apporter sur la terre.  C’est Jésus qui presse sa mère d’aller voir Elizabeth parce qu’il veut que son Précurseur soit le premier à ressentir les effets de sa grâce et de sa présence.  Il nous montre ainsi un caractère de son apostolat: le zèle des âmes.  En proportion qu’on est envahi par Jésus on veut faire du bien aux autres.  La charité extérieure est le résultat de l’intensité de son foyer: plus on est plein de Jésus et plus on veut le donner au monde.  Ceux donc qui n’ont pas de zèle montrent qu’ils n’ont pas de charité pour Jésus.  Quand le feu de l’amour est allumé dans un coeur il rayonne à l’extérieur ordinairement.  Il s’ingénie à trouver toutes sortes de moyens pour donner Jésus aux autres; c’est le ressort: l’Amour.  On remarquera que la Ste Vierge s’est préparée toute sa vie à recevoir Jésus et pour cela elle l’a reçu pleinement, totalement, plus qu’aucune autre créature.  Eh bien, nous aussi nous devons nous préparer d’abord à recevoir Jésus, à nous diviniser de plus en plus pour augmenter en nous la formation de Jésus, afin de pouvoir le donner aux autres.  On donne aux autres en proportion de ce qu’on a soi-même.  Remarquons que Marie devait étudier les Ecritures comme tous les Juifs le faisaient, mais ce n’était pas seulement de tête, mais surtout de coeur; c’était avec amour qu’elle les lisait et le St-Esprit l’éclairait dans la même mesure.  Voilà pourquoi le Verbe l’a choisie pour sa Mère, à cause de son amour.  Dans nos études d’Ecriture sainte et de théologie nous devrions faire de même: étudier surtout par le coeur ou par amour; alors le St-Esprit se ferait un plaisir de nous éclairer pour saisir le divin caché dans le texte.  De Marie.  C’est sa charité pour Elisabeth.  Elle ne savait pas ce que Jésus ferait à Jean Baptiste, mais pour elle c’était sa cousine qu’elle voulait voir parce qu’elle se trouvait dans la même condition qu’elle: elle avait conçu miraculeusement d’un Dieu.  Il y a de la charité quand on a les mêmes intérêts et les mêmes amours, quand on peut parler du fond du coeur et être compris, voilà ce que l’amour aime.  Quand les chrétiens auront la même mentalité chrétienne et qu’ils seront pleins du surnaturel, ils se rechercheront les uns les autres pour parler de Dieu et des choses de Dieu.  Ils s’ouvriront facilement les uns aux autres quand ils sentiront qu’ils vont être compris et qu’ils vont faire plaisir en parlant du même amour divin qui les remplit.  Comme c’est rare de trouver cela même dans les Communautés et dans le Clergé!  Combien ne veulent absolument pas parler des choses de Dieu?  C’est donc qu’ils ne vivent pas de Jésus, qu’ils ne l’ont pas dans le coeur, puisque la bouche refuse d’en parler.  Jamais ces chrétiens iront ailleurs dans le but de donner Jésus; personne ne donne ce qu’il n’a pas!

Est-ce qu’on ne voit pas les mondains qui aiment le monde à la folie chercher continuellement des gens avec qui parler de leurs amours, entendez les sports?  Ils se rassemblent pour parler de sport et comme ils sont intéressés!  C’est donc que leur coeur est là.  Jamais ces gens ne parleront de Jésus parce que leur coeur est déjà pris par les créatures.  On peut donc dire que le degré de zèle des âmes indique le degré de la charité pour Jésus.  Combien de prêtres doivent trembler pour leur salut même, quand ils ne se soucient pas de se sanctifier pour convertir les gens et les sanctifier aussi; c’est donc qu’ils vivent sans Jésus… et ils mourront bien sans Jésus.  Que de chrétiens sont comme tant de religieux et de prêtres qui ne sont pas du tout intéressés aux choses de Dieu, mais ils le sont des choses du monde comme de vrais païens.  Dans combien de pays on passe pour mal élevé et on aiguille la conversation sur les choses de la religion; même des chrétiens sont choqués et montrent vite qu’ils ne veulent pas de ce sujet.  Comme il est rare aussi chez les prêtres et chez les religieux de parler du bon Dieu!  Tout le monde fuit si on veut en parler.  Comme il faut être païen jusqu’au fond de l’âme pour agir de la sorte, et c’est la très grande majorité non seulement des fidèles, mais des prêtres et des religieux.  Comme le monde est païen!  Quelle formation maudite faut-il avoir reçue pour agir de la sorte?  Quelle formation diabolique qui traite Dieu comme son pire ennemi, comme le moins intéressant du monde, comme un sujet qui gâte la vie, qui gâte les récréations même chez des âmes consacrées à Dieu.  Quel camouflage dans toute cette formation religieuse; quelle farce et quelle hypocrisie… ou mieux quelle ignorance des voies de Dieu!  C’est cette philosophie maudite qui remplace la vraie théologie, qui corrompt toute cette formation, cette philosophie qui considère les choses seulement en elles-mêmes, et pas du tout en nous et en Dieu.  Alors elle ne réside que dans la tête, pas du tout dans le coeur ni par conséquent d’amour dont elle ne s’occupe pas du tout.  La Sainte Vierge n’était pas philosophe pour un sou!  Elle gardait tout ce qu’elle entendait dire de Jésus dans son coeur.  Imitons-la… donc!  Maintenant que nous connaissons le mystère de la Visitation, supposons que nous rencontrons la Ste-Vierge marchant vite vers les montagnes et que nous lui demandons où elle peut bien aller à cette allure.  Elle pourrait répondre: Je m’en vais porter Jésus à Elizabeth!  Je m’en vais parler de Jésus à ma cousine!  Je m’en vais pour que Jésus sanctifie son Précurseur!  Je m’en vais porter le bon Dieu!  Eh bon, mettons-nous sur les grandes routes du pays et voici qu’un prêtre s’amène dans une belle grosse automobile, faisant du 60 milles à l’heure.  Demandons-lui donc où il va si vite?  Combien vont vous répondre: nous allons porter le bon Dieu à un paroissien!  Nous allons faire du catéchisme à des ignorants!  Nous allons chez un confrère pour parler du bon Dieu!  Combien de ces coureurs des chemins ont un motif purement surnaturel de sortir ainsi?  Pourtant on avait acheté ce beau char, disait-on, pour aller voir les pécheurs de la paroisse!  visiter les malades!… et maintenant on néglige tous ses devoirs religieux tous ses paroissiens, pour courir à travers le pays pour toutes sortes de raisons de païen.  Demandez donc à ce vicaire qui rentre après minuit où il est allé?   Combien vont pouvoir vous dire: Je suis allé porter Jésus à un tel; je suis allé sanctifier une telle; je suis allé parler des choses de Dieu avec des confrères!  Combien de ces veilleurs de nuit ont un motif purement surnaturel de rentrer après minuit?  Voyez-vous tous ces sorteurs, tous ces coureurs de chemins dire aux autres où ils sont allés?   Ce qu’ils ont fait?  Jamais de la vie!  Ils ne veulent jamais en parler à ceux qui sont aux choses de Dieu.  Ils en parleront avec leurs pareils et encore très rarement.  Quand la conduite est louche on n’aime pas à l’étaler au grand jour.  Aussi quand un prêtre ou un religieux ne parle pas de ses visites au dehors devant la communauté ou devant les autres prêtres, c’est toujours mauvais signe.  Celui qui va administrer une malade n’a pas honte de le dire aux autres.  Comme ils sont rares les porteurs de Jésus!  Comme ils sont rares ceux qui veulent en parler!  Demandons donc à la Ste-Vierge de ne jamais sortir que pour aller porter le bon Dieu aux autres, jamais sortir que pour des motifs purement surnaturels!  Nous sommes des porte Dieu par vocation, les laïques comme les prêtres.  Eh bien, sortons pour aller porter Jésus à d’autres avec tact et charité.  Voilà la conclusion de ce mystère de la Visitation.

SES EFFETS.

La sanctification de Jean-Baptiste qui reçoit la grâce sanctifiante et est rempli du St-Esprit, comme l’avait dit l’ange à son père.  Il passe donc de l’ordre naturel à l’ordre surnaturel; il devient l’enfant de Dieu et héritier du ciel.  Dieu a voulu nous enseigner ce que nous devons faire quand nous recevons le divin: nous devons nous réjouir intérieurement et exprimer à Dieu notre foi et notre reconnaissance.  C’est pourquoi il fait tressaillir Jean dans le sein de sa mère et qu’elle nous le dit.  Evidemment il ne fera plus cela ni pour Jean ni pour nous.  Mais il attire notre attention sur cette joie exprimée par Jean afin que nous le fassions par la foi.  Par exemple: je viens de communier: je sais que je viens de recevoir Jésus en personne alors quand même je ne ressentirais absolument rien, tout de même la foi me dit que c’est mon Dieu.  Eh bien!  Je dois exciter en moi la joie et la reconnaissance comme si je voyais Jésus.  Voilà ce que c’est que d’agir selon la foi.  Dieu nous montre en Jean ce qu’il veut de nous dans les circonstances analogues.

Si c’est Jésus qui sanctifie Jean-Baptiste, on remarquera que c’est Marie qui le porte jusque là.  Quand nous voudrons convertir des pécheurs et que nous voulons leur donner Jésus, qu’on n’oublie pas de faire porter Jésus par Marie.  Qu’on lui confie cette conversion; elle a incomparablement plus de chance que nous de réussir.  Aux pécheurs eux-mêmes, parlons-leur de Marie d’abord, faisons-les prier Marie et elle préparera mieux le terrain pour qu’ils reçoivent Jésus.  La première conversion de Jésus ou la première sanctification est un modèle de perfection pour nous tous.  Jean Baptiste incarne toutes les conditions que Dieu veut voir dans ses chrétiens.  Il va pousser le mépris des créatures et le mépris de soi-même jusqu’à la limite extrême.  Il ne vit pas du tout pour la terre; son esprit et son coeur sont tout entiers aux choses de Dieu.  Comme il montre clairement à tous que la pénitence est nécessaire absolument à tous ceux qui veulent recevoir Jésus, parce que tous ont péché d’une façon ou d’une autre.  Et le bon Dieu nous donne ce modèle de pénitence dans un homme qui n’a jamais commis un seul péché personnel!  Combien plus devons-nous faire pénitence!  Mais surtout il ne s’occupera que du royaume de Dieu qu’il prêchera à des foules qui viendront l’entendre dans le désert, sur les bords du Jourdain.  Nous devons débarrasser notre coeur des créatures afin de le tourner complètement vers Dieu.  Cette partie positive est la plus importante.  L’inspiration d’Elisabeth suit immédiatement la sanctification de Jean-Baptiste et c’est par lui qu’elle reçoit l’inspiration du St-Esprit.  C’est au tressaillement de son enfant qu’elle est avertie de quelque chose d’extraordinaire dans cette visite de Marie.  Au même instant le St-Esprit lui révèle la maternité divine de Marie.  Elisabeth marque clairement que toute cette manifestation de divin est déclenché par Marie.  «Car dès que votre voix a frappé mes oreilles, lorsque vous m’avez saluée, mon enfant a tressailli de joie dans mon sein.»  Le St-Esprit attend la voix de Marie pour sanctifier Jean Baptiste, comme il a attendu sa voix pour opérer l’incarnation du Verbe en Marie.  Le fait qu’il inspire l’Evangéliste de donner ces détails montre qu’ils sont importants pour nous tous.  C’est donc Marie qui est la médiatrice des grâces que Dieu donne au monde.  Le St-Esprit prend la peine de signaler que c’est par la voix de Marie qu’il a opéré non seulement l’Incarnation, mais aussi les premiers miracles de la grâce de Jésus et de sa puissance.  S’il a fait cela au début de l’Eglise et continue de le faire encore de nos jours et c’est ce que l’Eglise approuve par la nouvelle fête instituée sous le titre de Marie Médiatrice de toutes grâces.  Le St-Esprit lui révèle que Marie est la Mère du Sauveur, car elle s’écrie: «Vous êtes bénie entre les femmes et le fruit de vos entrailles est béni et d’où me vient ce bonheur que la Mère de mon Seigneur vienne à moi?» L’Eglise répétera jusqu’à la fin des temps ces premières paroles.  Elle se sent indigne de tant d’honneur et exprime son humilité en disant: «D’où me vient ce bonheur que la Mère de mon Seigneur vienne à moi?»

Quel privilège pour Elisabeth!  Elle est inondée de divin!  Son enfant est rempli du St-Esprit; elle-même en déborde et elle a devant elle et dans ses bras la Mère du Messie qu’elle porte!  Toute la Trinité qui la pénètre et l’enflamme et qui l’entoure!  Tout le divin de l’Ancien et du Nouveau Testament se trouve dans sa maison et dans son coeur!  Que tous ceux qui veulent recevoir le St-Esprit avec ses grâces s’appuient toujours sur Marie; qu’ils l’intéressent d’abord à ce qu’ils veulent pour qu’elle dise un mot en leur faveur… et alors le St-Esprit agira.  Voici les paroles les plus importantes pour nous: «Vous êtes bienheureuse d’avoir cru, parce que ce qu’il vous a dit de la part du Seigneur s’accomplira.» Ce n’est donc pas le fait d’avoir conçu Jésus dans son sein qui donne du mérite à Marie, mais sa foi!  Voilà une des plus importantes leçons que le StEsprit nous donne par Elisabeth.  tout ce divin vient de la foi de Marie.  Un jour Jésus indiquera l’importance de la foi quand on lui dira que sa Mère est à la porte et l’attend; il dit: «Ma Mère, ce sont ceux qui croient en moi!  C’est par la foi que nous concevons Jésus dans notre âme et donc nous faisons comme Marie a fait: nous sommes donc comme sa Mère.  C’est donc la foi qui fait descendre Jésus dans nos coeurs… ce n’est pas le bon sens ni la volonté humaine!  Voilà pourquoi Dieu aime à nous demander tant de choses qui répugnent à nos deux facultés afin de nous faire monter plus haut qu’elles pour agir selon la lumière divine.  Soyons donc contents quand Dieu nous demande ces choses qui nous dépassent, pensons tout de suite qu’il se tient près de nous pour nous donner du divin en proportion que la chose est pénible à la nature.  Allons-nous prendre 50 ans pour le pratiquer?  St-Paul dit que ce sont ceux qui sont conduits par l’Esprit-Saint qui sont les enfants de Dieu.  Rom.  8-14.  Il ne dit pas que ce sont ceux qui se conduisent par leur jugement ni par leur volonté, mais par le Saint-Esprit!  et cela n’est pas pour une fois ou deux dans la vie, ce doit être dans tous les détails de la vie.  Notre destinée surnaturelle ne fait pas que s’ajouter à notre destinée naturelle pour que nous nous en servions le dimanche et les jours de fête et le reste du temps agir selon notre destinée naturelle.  Elle supplante la destinée naturelle, qui n’existe plus!  Par conséquent toute la vie dans tous ses détails doit être conduite par la lumière de la foi, influencée par des motifs surnaturels implicites ou virtuels, mais réels quand même.  Tous les prêtres et tous ceux qui sont chargés d’éducation des autres devraient donner cet enseignement bien clair et les exercer assez pour que tous agissent normalement selon la foi en toutes choses sans aucune exception.  Nous sommes les enfants de Dieu en tout temps; donc nous devons nous laisser conduire par l’Esprit de Dieu ou par la lumière de Dieu qui est la foi.  Plus nous agirons selon la foi et plus nous ressemblerons à la Ste Vierge, qui a conçu Jésus par la foi.  Quel honneur pour nous et quelle grâce que de devenir des «Mères» de Jésus.  Lui-même le dit, prenons-le sérieusement!  Le secret donc de faire descendre le divin en moi est de croire de plus en plus et plus parfaitement.  Travaillons donc notre moi avec soin et avec la grâce de Dieu tout nous vient par elle!  Inspiration de Marie.  Comme les eaux reviennent à la mer après avoir fécondé la terre, ainsi l’inspiration de Marie, après avoir sanctifié Elisabeth et Jean Baptiste, revient à elle.  Elle voit le plan de Dieu se dérouler devant elle pour la rédemption de l’humanité.  Elle dit son sublime cantique d’action de grâce envers Dieu pour ses magnificences envers les hommes, et envers elle surtout.


Ceux qui enseignent les voies de Dieu aux autres recevront un surcroît de lumière divine pour celle qu’ils ont donnée aux autres.  L’Ecriture dit qu’ils brilleront comme des soleils dans l’éternité.  Ils en auront donc reçu beaucoup pendant leur vie parce qu’ils l’ont donnée aux autres.  Plus on sème de foi, plus on récolte de foi, selon la doctrine du grain de blé: plus on sème plus on récolte.  Soyons donc des apôtres pour tout de bon afin de répandre autour de nous la doctrine de Jésus et les voies de Dieu.  Quel beau stimulant pour l’apostolat et pour l’action catholique.  Soyons apôtres convaincus!  Ce n’est pas facile d’analyser le Magnificat.  C’est un débordement de louange et de reconnaissance qui ne se canalise pas.  On sent que la Ste Vierge se sent incapable d’exprimer tout ce qu’elle ressent en son âme.  D’abord c’est la grandeur de Dieu qu’elle veut louer.  Son âme fait grand le Seigneur!  Remarquons que c’est son âme, pas seulement ses lèvres; elle n’est pas distraite en disant ces mots.  Elle pense à ce qu’elle dit et elle exprime ce qu’elle a dans son coeur.  Essayons donc de l’imiter quand nous récitons ou que nous chantons l’office, ou que nous disons la messe, et en général dans nos prières.  Non seulement son coeur, mais son esprit exulte de joie en Dieu son Sauveur.  Servons-nous de toutes nos facultés pour louer Dieu.  Que notre attention suive ce qui vient du coeur afin de le diriger vers Dieu.  Que de perroquets parmi les chrétiens qui pensent à toute autre chose qu’aux louanges qu’ils récitent par coeur sans le coeur!  Elle exprime son humilité en attribuant tout à Dieu, mais remarquons qu’elle a conscience des grandes choses que Dieu a faites en elle et que toutes les générations l’appelleront bienheureuse!  On peut donc être humble et reconnaître les grandes faveurs que Dieu nous fait.  Elle ne parle pas de pourriture ni de néant, pourtant c’est la plus humble des créatures.  C’est pour cela que son humilité est parfaite et cellelà consiste simplement à attribuer à Dieu les bonnes choses qu’on a ou qu’on fait.  Voilà notre modèle de l’humilité!  Ce n’est pas celle des anciens jansénistes qui ne parle que de pourriture et de néant.  Après avoir parlé de ce que Dieu a fait en elle, elle loue sa miséricorde sur le monde parce qu’il a déployé sa puissance pour accomplir les prophéties et donner le salut à Israël et à toute la terre.  Comme Dieu a dû surveiller les événements et renverser une foule d’ennemis du peuple juif qui les auraient détruits et empêché leur accomplissement.  Il a pu ainsi combler ceux qui soupiraient après le Messie et qui s’humiliaient devant Dieu pour mieux mériter sa venue.  Dieu a enfin fait tout ce qu’il avait promis aux Juifs pour le salut du monde.  La conclusion pour nous est que nous devons renvoyer à Dieu la gloire de tout le bien que nous faisons par lui.  Il en est le seul véritable auteur; nous ne sommes que ses instruments, par conséquent, c’est à lui que doit aller notre louange et notre reconnaissance.  Si nous avons le malheur de garder pour nous cette gloire qui lui appartient il nous renversera comme les puissants qui lui ont volé sa gloire et il élèvera les humbles qui lui attribuent tout.  Comme il est rare de trouver des apôtres dans tous les rangs de la société qui ne sont pas chatouilleux sur leur honneur!  Comme ils sont heureux quand on les loue!  Comme ils boudent quand on les humilie ou même qu’on ne leur donne pas les louanges qu’ils s’attendent de recevoir.  Mettons deux prêtres ensemble pour faire de l’apostolat et comme ils vont se chicaner vite justement à cause de leur susceptibilité sur celui qui mérite les louanges des sens.  Celui qui n’en a pas devient jaloux de l’autre.  De même parmi les laïques; que de rivalités sur le crédit qu’on veut recevoir des autres.  Combien sont tristes du fait que d’autres sont loués et qu’on les oublie!  Quel rare apôtre que celui qui ne travaille que pour Dieu et qui n’attend que de Dieu seul sa récompense!  Que Dieu nous en donne quelques-uns de plus!

mardi 15 septembre 2015

Légende de l'Exaltation de la sainte Croix - Jacques de Voragine

L'Exaltation de la sainte Croix se célèbre avec solennité dans l'Église. L'an du Seigneur six cent quinze, Dieu permit que son peuple fût frappé de la persécution des païens; et Cosroës, roi des Perses, soumit à son empire impie tous les royaumes de la terre. Venant à Jérusalem, il revint effrayé du sépulcre du Seigneur, et il emporta la sainte Croix que sainte Hélène y avait laissée. Voulant être adoré de tous comme un dieu, il fit construire une tour d'or et d'argent et de pierres précieuses, et il y plaça les images du soleil, de la lune et des étoiles. Par des conduits cachés, il amenait en haut de l'eau, qu'il faisait ensuite retomber en pluie; et, dans un souterrain, il avait placé des chevaux qui tournaient en traînant avec fracas des chariots, et en simulant le bruit du tonnerre. Ayant laissé l'empire à son fils, il résida clans cette retraite, et plaçant près de lui la Croix du Seigneur, il ordonna que tons lui donnassent le titre de Dieu. Et, se tenant sur son trône comme le Père, Cosroës plaça à sa droite, à la place du Fils, le bois de la Croix, et il mit un coq à sa gauche à la place du Saint-Esprit, et il ordonna de l'appeler Père. Alors l'empereur Héraclius réunit une puissante armée, et vint livrer bataille au fils de Cosroës, près du fleuve du Danube. Les deux souverains convinrent de se mesurer seuls, en combat singulier, sur un pont, et que celui qui resterait vainqueur prendrait, sans qu'on lui résistât, le commandement de l'une et l'autre armée. Il fut aussi réglé que si quelqu'un venait au secours de son prince, on lui couperait aussitôt les bras et les jambes, et on le jetterait dans le Danube. Héraclius s'offrit en entier à Dieu et se recommanda à la sainte Croix avec toute la dévotion dont il était capable. Les deux champions en étant venus aux mains, le Seigneur donna la victoire à Héraclius, et l'empereur soumit à son commandement l'armée ennemie, et le peuple entier de Corsoës se convertit à la foi chrétienne et reçut le saint baptême. Cosroës ignorait l'issue de la guerre, car tous le haïssaient, mais personne n'osait lui annoncer cette nouvelle. Héraclius vînt enfin jusqu'à lui, et le trouvant sur son trône d'or, il lui dit : « Comme tu as rendu hommage, selon ta manière, au bois de la vraie Croix, si tu reçois le baptême et la foi de Jésus- Christ, tu conserveras la vie et tes Etats, en me remettant quelques otages. Mais si tu t'y refuses, je te frapperai de mon glaive et je te couperai la tête. » Cosroës n'ayant pas voulu accepter ces propositions, l'empereur le frappa aussitôt et lui coupa la tête. Et comme il avait été roi, il ordonna de l'ensevelir. Héraclius fit ensuite baptiser un fils de Cosroës, âgé de dix ans, qu'il trouva avec ce monarque, et, le retirant lui-même des fonts sacrés, il lui remit le royaume de son père, détruisant la tour dont nous avons parlé, il distribua l'argent à son armée comme sa part du butin, et il réserva l'or et les pierres précieuses pour réparer les églises que le tyran avait détruites. Prenant ensuite la sainte Croix, il la reporta à Jérusalem. Lorsque, descendant du mont des Oliviers, il voulut passer à cheval, et revêtu des ornements impériaux, sous la porte par laquelle le Seigneur était entré pour se rendre au lieu de sa Passion., les pierres de la porte tombèrent à la fois et formèrent une muraille qui ferma le passage. Et, comme tous les assistants étaient frappés de surprise, un ange, qui portait dans ses mains une croix, apparut sur la porte, en disant : « Lorsque le Roi des cieux est entre par cette porte avant de souffrir, il n'était pas revêtu du faste royal, mais il était monté sur un âne, et il a laissé un exemple d'humilité à ses adorateurs. » Ayant dit cela, l'ange disparut. Alors l'empereur, versant des larmes, ôta sa chaussure et se dépouilla de ses vêtements jusqu’à la chemise, et prenant la Croix du Seigneur, il la porta humblement sur ses épaules jusqu'à la porte. Aussitôt la dureté des pierres céda au pouvoir céleste, et la porte, se relevant aussitôt, laissa le passage libre. Et une odeur suave se fit sentir de nouveau, après avoir cessé durant tout le temps que la sainte Croix avait été enlevée de Jérusalem pour être portée en Perse. Et l'empereur s'écria, dans la ferveur de sa dévotion pour la Croix : « O Croix plus splendide que tous les astres, chérie des hommes, sainte à tous, qui seule a été digne de porter la rançon du monde ! Doux bois, doux clous, douce pointe, douce lance; Croix qui as porté un si doux poids, sauve cette foule qui se réunit aujourd’hui autour de toi pour te célébrer dans un concert de louanges, et qui se décore de ton étendard. » C'est ainsi que cette précieuse Croix est remise en sa place, et les anciens miracles se renouvellent. Plusieurs morts sont rendus à la vie, quatre paralytiques sont guéris, dix lépreux deviennent purs, quinze aveugles recouvrent la vue ; les démons sont chassés. Et l'empereur, réparant les églises et les comblant de ses dons, revint dans ses États. Des chroniques racontent différemment ces événements. Il y est dit que lorsque Cosroës dominait sur tous les royaumes, il prit Jérusalem, et le patriarche Zacharie ainsi que le bois de la Croix tombèrent en son pouvoir. Héraclius voulait faire la paix avec lui, et il jura qu'il ne conclurait jamais la paix avec les Romains jusqu'à ce que l'empereur eût renié Jésus-Christ et eût adoré le soleil. Alors Héraclius, plein de zèle, conduisit une armée contre lui, et il vainquit les Perses dans divers combats, et il força Cosroës à s'enfuir jusqu'à Tésifonte. Ensuite Cosroês, attaqué de la dysenterie, voulut faire couronner roi son fils Medasas. Et son fils aîné Siroïs, apprenant son intention, fit un traité avec Héraclius ; et, attaquant son père avec les nobles, il le jeta en prison. Et après l'avoir nourri du pain de la tribulation et de l'eau d'angoisse, il le fit tuer à coups de flèche. Ensuite il remit à Héraclius tous les détenus avec le patriarche et le bois de la Croix. L'empereur rapporta à Jérusalem ce bois précieux, et revint ensuite à Constantinople. C'est ce qui se lit dans beaucoup de chroniques. Et, parmi les païens, la Sybille s'exprima en ces termes au sujet de ce bois, ainsi qu'on le lit dans l'Histoire tripartite : « O bois trois fois heureux sur lequel Dieu a été étendu! » — Un juif étant entré dans l'église, de Sainte-Sophie, à Constantinople, y vit une image de Jésus-Christ. Et voyant qu'il était seul, il tira son épée, et s'approchant, il frappa à la gorge l'image de Notre-Seigneur, et aussitôt il jaillit de cette blessure du sang, et la figure et la tête du juif en furent inondées. Rempli d'effroi, il saisit l'image, la jeta dans un puits, et il prit la fuite. Un chrétien le rencontra et lui dit : « D'où viens- tu, juif? tu as tué un homme, » Et le juif répondit « C'est faux. » Le chrétien lui répliqua « En vérité, tu as commis un homicide, et tu es tout couvert de sang. » Le juif répondit : « Le Dieu des chrétiens est grand, et sa foi est démontrée en toutes choses. Je n'ai point frappé un homme mais l'image de Jésus-Christ, et aussitôt il a jailli du sang de sa poitrine. » Le juif mena ensuite le chrétien au puits et ils en retirèrent la sainte image. La blessure faite à la poitrine du Sauveur est encore apparente aujourd'hui, à ce que l'on rapporte, et le juif se convertit aussitôt à la foi. — Dans la ville de Bérich, en Syrie, un chrétien qui était logé dans une maison moyennant un payement annuel, avait attaché une image de Jésus-Christ en croix sur la muraille, à la tête de son lit, et il priait assidûment devant. A l'expiration de l'année, il loua une autre maison, et, par oubli, il laissa l'image dans celle qu'il venait de quitter. Un juif vint occuper cette maison, et un jour il invita à dîner un de ses coreligionnaires. Pendant le repas, celui qui avait été invité, regardant autour de lui, vit l'image fixée sur le mur, et frémissant de colère contre celui qui l'avait invité, il lui fit de grandes menaces de ce qu'il osait garder chez lui l'image de Jésus-Christ de Nazareth. L'autre juif, qui n'avait pas encore vu l'image, affirmait, par tous les serments qu'il pouvait faire, qu'il ne savait de quelle image on lui parlait. Alors son convive feignit de s'apaiser, puis il prit congé, et il alla accuser auprès du chef de sa nation le juif chez lequel il avait trouvé l'image. Les juifs se réunirent et vinrent à sa maison, et ayant vu l'image, ils l'accablèrent d'outrages et ils le jetèrent à demi mort hors de la synagogue, et, foulant l'image aux pieds, ils renouvelèrent contre elle tous les mauvais traitements de la Passion du Seigneur. Lorsqu'ils lui percèrent le côté avec une lance, il en sortit aussitôt du sang et de l'eau, et un vase qu'on approcha en fut tout plein. Les juifs, frappés de stupeur, apportèrent ce sang à la synagogue, et tous les malades qui en furent frottés recouvrèrent aussitôt la santé. Alors les juifs allèrent raconter en détail tous ces miracles à l'évêque et ils reçurent tous le baptême, se convertissant à la foi de Jésus- Christ. L'évêque conserva ce sang dans des ampoules de verre et de cristal. Il fit aussi venir à lui ce chrétien, et il lui demanda qui avait fait une si belle image. Et le chrétien dit : « C'est Nicodème qui l'a faite, et en mourant, il l'a laissée à Gamaliel; Gamaliel à Zachée, Zachée à Jacques, Jacques à Simon. Elle est restée à Jérusalem jusqu'à la destruction de cette ville, et alors elle a été portée par les fidèles dans le royaume d'Agrippa, et de là clans ma patrie, et elle m'est venue de mes parents par droit d'héritage. Cela se passa en l'an du Seigneur sept cent cinquante. Alors tous les juifs changèrent leurs synagogues en églises. Et c'est alors que s'introduisit l'usage de consacrer les églises; précédemment, on ne consacrait que les autels. A cause de ces miracles, l'Église ordonna que le cinq des calendes de décembre il serait fait la mémoire de la Passion du Seigneur, ou, à ce qu'on lit ailleurs, le cinq des ides de novembre. Et l'on consacra à Rome l'église en l'honneur du Sauveur, où l'on conserve une ampoule de ce précieux sang, et l'on en célèbre encore la fête avec solennité. La vertu de la Croix se révéla aussi dans toute sa grandeur chez les infidèles. Car, ainsi que saint Grégoire le rapporte dans le troisième livre de ses Dialogues, André, évêque de Fondi, ayant permis à une religieuse d'habiter avec lui, le malin esprit commença à lui remettre sous les yeux la beauté de cette femme et à lui suggérer au lit des pensées impures. Un jour, un juif qui se rendait à Rome, voyant la nuit approcher, et ne trouvant pas d'endroit où il pût s'arrêter, entra dans un temple d'Apollon pour y rester jusqu'au matin. Et craignant le sacrilège, quoiqu'il n'eût point foi en la croix, il se munit du bois de la croix. En s'éveillant au milieu de la nuit, il vit une foule de malins esprits qui se tenaient dans l'attitude du respect devant un démon qui était au milieu d'eux, et il dit à chacun de rendre compte de ce qu'il avait fait de mal. Saint Grégoire a passé sous silence, pour motif de brièveté, le mode de cette discussion. Mais on peut imaginer ce qu'il fut, d'après un exemple semblable qu'on lit dans la Vie des Pères. Car quelqu'un étant entré dans un temple des idoles, y vit Satan qui était assis, et tous ses soldats l'entouraient. Et un des malins esprits survint et l'adora, et Satan lui dit : « D'où viens-tu? » Et il répondit « J'ai été en telle province, et là j'ai suscité de grands troubles et déchaîné des guerres furieuses, et j'ai fait verser beaucoup de sang, et je viens te l'annoncer. » Et Satan lui dit : « En combien de temps as-tu fait cela? » Il répondit : « En trente jours. » Et Satan répliqua : « Pourquoi as-tu mis tant de temps pour accomplir pareille chose ? » Et il dit aux assistants : « Prenez-le et flagellez-le, et battez-le bien fort. » Et il .vint un second démon qui adora Satan et qui dit : « Maître, j'ai été sur mer, et j'ai soulevé de furieuses tempêtes, et, faisant sombrer beaucoup de navires, j'ai fait périr beaucoup de monde. » Et Satan lui répondit : « En combien de temps as-tu fait cela? » Le démon répondit : « En vingt jours..» Et Satan ordonna de le flageller pareillement, disant : « Comment dans un pareil espace de temps as-tu pu faire si peu de chose ? » Et il vint un troisième démon qui dit : « J'ai été dans une certaine ville, et j'ai occasionné une grande querelle à des noces, et j'ai fait couler beaucoup de sang et l'époux a été tué, et je suis venu t'apporter cette nouvelle. » Et Satan lui dit : « Combien as-tu mis de temps à faire cela? » Le démon répondit « J'ai mis vingt jours. » Et Satan lui répliqua : « Est-ce qu'en un pareil espace de temps tu as fait si peu de chose ? » Et il ordonna aussi que celui-ci fût rudement fouetté. Un quatrième vint et dit : « J'ai été dans un désert, et je suis resté quarante ans auprès d'un moine, et je l'ai enfin fait tomber dans le péché de la chair. » Lorsque Satan l'entendit, il se leva de dessus son trône, et embrassant ce démon, il ôta sa couronne de dessus son front et il la lui mit sur la tête, et il le fit asseoir près de lui, disant « Tu as vraiment fait quelque chose de grand, et tu as plus travaillé que tous les autres. » C'est donc ainsi ou dans ce genre qu'a pu être le débat que saint Grégoire passe sous silence. Lorsque chacun des malins esprits eut dit ce qu'il avait fait, il en vint un qui dit de quelle tentation charnelle il avait agité l'évêque André au sujet de cette religieuse. Et il ajouta que la veille, à l'heure clos vêpres, il avait amené l'évêque à donner à cette femme un petit coup sur le dos en marque de caresse. Alors Satan l'engagea à accomplir ce qu'il avait commencé, et il dit que l'auteur de la chute de l'évêque mériterait la palme au-dessus de tous les autres. Et il ordonna ensuite aux démons de voir quel était cet homme qui avait eu l'audace de se coucher dans le temple. Le juif fut alors saisi d'épouvante; mais quand les esprits envoyés vers lui virent qu'il était muni du signe de la croix, ils se mirent à pousser de grands cris, et ils dirent: « C'est un vase vide, mais scellé. » Et cette troupe de démons disparut aussitôt. Et le juif alla trouver l'évêque, et il lui raconta tout ce qui était advenu. L'évêque, en l'entendant, se mit à gémir, et il renvoya loin de sa maison toutes les femmes, et il baptisa le juif. Saint Grégoire rapporte aussi, dans ses Dialogues, qu'une religieuse étant entrée dans un jardin, vit une laitue et la trouva de son goût, et, oubliant de la bénir en faisant dessus le signe de la croix, elle y mordit avec avidité ; mais elle tomba aussitôt, le démon s'étant emparé d'elle. Et un homme de Dieu étant venu vers elle, le démon commença à crier et à dire : « C'est moi qui l'ai fait, c'est moi qui l'ai fait; j'étais assis sur cette laitue, elle est venue, et elle m'a avalé. » Mais les prières du serviteur de Dieu le forcèrent bientôt à se retirer. On lit dans l'Histoire ecclésiastique, que les gentils avaient peint, à Alexandrie, les armes de Sérapis sur les murailles ; Théodose ordonna que l'on détruisît ces marques et que l'on y substituât le signe de la croix : ce que voyant, les gentils et les prêtres des idoles se firent baptiser, disant qu'ils avaient appris, par une tradition très ancienne, que ce qu'ils vénéraient devait subsister jusqu'à ce qu'il fût remplacé par le signe dans lequel est la vie. Et ils avaient dans leur alphabet une lettre à laquelle ils donnaient le nom de sacrée et qui signifiait la vie future, et qui avait la forme d'une croix.


Jacques de Voragine – La Légende dorée, Tome II

mardi 8 septembre 2015

Nativité de la Sainte Vierge



Est-il bien vrai qu'à la naissance de Marie, cette grande lumière ait été autre chose qu'un nouvel astre placé au firmament ?

M. F., ouvrez les yeux de votre foi, élevez vos cœurs et comprenez ce grand mystère. La naissance de Marie, la naissance de Jésus et la naissance du chrétien sont une seule nativité: la nativité de l'homme nouveau. Or ce grand jour a ses trois articulations comme tous les autres jours; il a son aurore, son lever du soleil et son midi indéfectible.

Le midi, c'est la perpétuelle naissance de l'Eglise par le baptême. Le lever du soleil a eu lieu à Bethléem, et l'aurore c'est la Nativité de Marie. Voilà pourquoi, à propos de la naissance de Marie, l'Eglise chante: Votre nativité,

Vierge, Mère de Dieu, annonça la joie au monde universel, car de vous est né le soleil de justice, le Christ notre Dieu, qui, abolissant la malédiction, a donné la bénédiction, et confondant la mort, nous a donné la vie éternelle.

Ainsi donc la naissance de Marie est l'aurore du jour divin qui devait inonder l'univers de lumière et de vie. C'est donc l'aurore de notre jour à nous, le moment à jamais mémorable, où nous sommes sortis de l'abîme des ténèbres et de la mort; c'est le commencement de la résurrection universelle. Et alors, Marie est l'apparition anticipée de nous-mêmes. En la voyant et en l'admirant, nous voyons et nous admirons notre glorieux avenir. Telle elle est, tels nous serons; car non seulement notre âme, mais ce misérable corps lui-même sera réformé et prendra la glorieuse figure du corps brillant du Christ. Cette magnifique réformation de l'humanité a commencé en Marie qui est en même temps, la première opération du Christ, et la preuve que cette opération doit s'étendre à la multitude des enfants de Dieu.

En effet, quand nous voyons Marie, qui n'est qu'une pure créature, enrichie de tant de gloire et de beauté, nous savons que Dieu n'a pas limité ses libéralités à la seule humanité unie personnellement à son Fils. En voyant la tête et le cœur du grand Corps chrétien si brillamment ornés, nous en concluons que tous les autres membres de ce corps immense entreront, à leur tour, dans la puissance, la richesse, la beauté et la joie de Marie. Donc, loin de nous ces sentiments pervers qui sont de véritables excroissances de l'infernale inimitié. Au lieu de nous offusquer des gloires de Marie, nous les aimerons comme le fils aime la beauté de sa mère. Comme l'avare aime son trésor, comme le fils de famille aime la gloire de ses aïeux.

Oui, ô Marie, nous sommes vos fils et nous sommes fiers des splendeurs de notre mère. Marie, nous sommes vos enfants, et nous sommes joyeux de ce que vous êtes la plus riche, la plus belle et la plus gracieuse des créatures. Avec notre cœur, bien plus qu'avec nos lèvres, nous chanterons le brillant mystère de votre nativité. Oui, cordialement et vivement, nous chantons au Christ un cantique de félicitations.


Nous le félicitons d'avoir une mère si belle, si grande et si bonne. Et puis, avec une joie pleine de suavité, nous célébrons cette nativité de la bienheureux Vierge Marie, car c'est notre bien et notre béatitude que nous célébrons, puisque cette nativité merveilleuse a illustré toutes les sociétés du ciel et de la terre.

Abbé Picus - Nativité de la Sainte Vierge

mercredi 2 septembre 2015

« Vous êtes la véritable Eglise, dont ils se séparent. » Saint Athanase



Lettre de Saint Athanase évêque d’Alexandrie à ses diocésains en 356

Deus quidem vos consoletur, novi autem quia non hoc solum vos contristat, sed contristat et illud, quia ecclesias quidem alii per violentiam tenuerunt, vos autem interim foris estis a locis ; illi enim loca, vos vero habetis apostolicam fidem. Illi in locis exsistentes, a vera fide sunt foris : vos vero a locis quidem foris estis, fides vero intus. Discutiamus quid sit majus, locus an fides : claret utique quia vera fides. Quis ergo amplius perdidit, vel quis amplius habet, qui locum tenet, an qui fidem ? Bonus quidem locus est, quando illic apostolica fides praedicatur : sanctus est, si ibi habitat sanctus.

Vos autem beati, qui fide in Ecelesia estis, in fidei fundamentis habitatis, et sufficientem satisfactionem habetis, fidei summitatem., quae in vobis permanet inconcussa ; ex apostolica enim traditione pervenit ad vos, et frequenter eam exsecranda invidia voluit commovere, nec valuit : magis autem per ea quae commoverunt sunt abscissi. Hoc est enim quod scriptum est : Tu es Filius Dei vivi, Petro per revelationem Patris confesso et audiente : Beatus es, Simon Barjona, quia caro et sanguis non revelavit tibi, sed Pater meus qui in caelis est Matth. XVI-17, et coetera. Nemo igitur unquam vestrae fidei praevalebit, dilectissimi fratres : si enim aliquando ecclesias reddiderit Deus, credimus enim hoc ; verumtamen ne tanta ecclesiarum redditionem sufficit nobis fides. Et ne forte sine scripturis loquens, violentia dicam, bonum est vos ad Scripturarum testimonia trahere. Commemoramini enim quia templum quidem erat Jérusalem : templum non erat in eremo, alienigenae invaserant. Ex quo et templum vero Jerusalem ; illi ejecti Babylonia descenderunt, judicio probantis, sive etiam corrigentis Dei ; mainifestantis vero inimicorum sanguinem vorantium poenas ignaris. Et locum quidem habebant alienigenae ; loci vero Dominum nesciebant. In tantum vero, quia nec responsa dabat, nec loquebatur, sed a veritate desolati fuerunt. Quid igitur eos juvat locus ? Ecce enim locum babentes accusantur a diligentibus Deum, quia eum fecerunt speluncam latronum, et domum negotiationis, et domum veli locum sanctum fecerunt amentes sibi, quos illic non licebat intrare. Audivimus enim, dilectissimi, discentes ab his qui inde venerunt haec et deteriora his. Quando igitur labore videntur Ecclesiam tenere, tanto magis ejecti sunt. Et putantur esse infra veritatem,expulsi sunt autem et capti, et nullum lucrum sola Ecclesia quia rarum [rerum] veritas judicatur.

Lettre de Saint ATHANASE Patriarche d'Alexandrie 328-373 à son troupeau
PG. XXVI col. 1189

Vous êtes la véritable Eglise, dont ils se séparent. 

Que le Seigneur vous console dans les afflictions qu'il vous envoie. Une des plus sensibles pour vous, est la perte de vos Eglises, dont les ennemis de J. C. se sont emparés; & de vous voir sans temple, pour vous réunir. Vos ennemis occupent le lieu saint, mais vous avez la foi des Apôtres: ils ont les temples de l'Église, mais ils ne sont plus à elle; parcequ'ils ont renié sa foi: pour vous, vous n'avez pas cessé de lui appartenir. Quel est donc celui des deux partis qui a perdu le plus? Quel est celui qui possède plus qu'il n'avoit : celui qui s'est emparé des murs de vos temples, ou celui qui a conservé la foi de l'Eglise) Il est bon d'avoir des temples: niais c'est lorsque la foi de l'Eglise y est prêchée. Les temples ne sont saints, que lorsque l'auteur de toute sainteté, y habite. Cette privation ne sera que momentanée. Nous espérons que le seigneur nous les rendra un jour dans sa miséricorde. Les Juifs dans le désert n'avoient point de temple, pendant que Jérusalem étoit entre les mains des Infidèles. Quand ils furent mis en possession de cette ville, ils en bâtirent un. Mais par un jugement secret de Dieu, qui voulut les éprouver, ou les punir; ils perdirent leur temple & leur ville", & ils furent conduits en captivité à Babylone. Les Infidèles prirent alors possession de la ville & du lieu saint, mais ils ne connoissoient pas le Seigneur, & il ne répondoit pas à leurs voeux Quel avantage tirèrent-ils donc du lieu saint? Ceux qui occupent les vôtres sont accusés par ceux qui craignent le Seigneur, d'avoir fait de sa maison, une caverne de voleurs, une maison de commerce. Plus ils ont fait d'efforts pour s'emparer de vos temples, plus ils se sont éloignés de la sainte société de l'Eglise. La seule possession du temple n'est donc pas un avantage: car c'est la vérité des choses que nous jugeons, c'est à elle seule que nous attachons quelque prix…

lundi 24 août 2015

La Salette





L’apparition de la très Sainte Vierge sur la montagne de la Salette
LE 19 SEPTEMBRE 1846.

I.

Le 18 septembre, veille de la sainte Apparition de la Sainte Vierge, j'étais seule comme à mon ordinaire à garder les quatre vaches de mes maîtres. Vers les onze heures du matin, je vis venir auprès de moi un petit garçon. A cette vue, je m'effrayai, parce qu'il me semblait que tout le monde devait savoir que je fuyais toutes sortes de compagnies. Cet enfant s'approcha de moi et me dit : « Petite, je viens avec toi, je suis aussi de Corps.» A ces paroles, mon mauvais naturel se fit bientôt voir, et, faisant quelques pas en arrière, je lui dis : « Je ne veux personne, je veux rester seule ». Puis, je m'éloignais, mais cet enfant me suivait en me disant : « Va, laisse-moi avec toi, mon maître m'a dit de venir garder mes vaches avec les tiennes ; je suis de Corps.»

Moi, je m'éloignai de lui, en lui faisant signe que je ne voulais personne, et, après m'être éloignée, je m'assis sur le gazon. Là, je faisais ma conversation avec les petites fleurs du Bon Dieu.

Un moment après, je regarde derrière moi, et je trouve Maximin assis tout près de moi. Il me dit aussitôt : « Garde-moi, je serai bien sage. » Mais mon mauvais naturel n'entendit pas raison. Je me relève avec précipitation, et je m'enfuis un peu plus loin sans rien lui dire, et je me remis à jouer avec les fleurs du Bon Dieu. Un instant après, Maximin était encore là à me dire qu'il serait bien sage, qu'il ne parlerait pas, qu'il s'ennuierait d'être tout seul, et que son maitre l'envoyait auprès de moi, etc... Cette fois, j'en eus pitié, je lui fis signe de s'asseoir, et moi, je continuai avec les petites fleurs du bon Dieu.

Maximin ne tarda pas à rompre le silence, il se mit à rire (je crois qu'il se moquait de moi) ; je le regarde, et il me dit : « Amusons-nous, faisons un jeu.» Je ne lui répondis rien, car j'étais si ignorante, que je ne comprenais rien au jeu avec une autre personne, ayant toujours été seule. Je m'amusais seule avec les fleurs, et Maximin, s'approchant tout à fait de moi, ne faisait que rire en me disant que les fleurs n'avaient pas d'oreilles pour m'entendre, et que nous devions jouer ensemble. Mais je n'avais aucune inclination pour le jeu qu'il me disait de faire. Cependant je me mis à lui parler, et il me dit que les dix jours qu'il devait passer avec son maître allaient bientôt finir, et qu'ensuite il s'en irait à Corps chez son père, etc...

Tandis qu'il me parlait, la cloche de la Salette se fit entendre, c'était l'Angelus ; je fis signe à Maximin d'élever son âme à Dieu. Il se découvrit la tête et garda un moment le silence. Ensuite, je lui dis : « Veux-tu dîner ? — Oui, me dit-il. Allons. » Nous nous assîmes ; je sortis de mon sac les provisions que m'avaient donné mes maîtres, et, selon mon habitude, avant d'entamer mon petit pain rond, avec la pointe de mon couteau je fis une croix sur mon pain, et au milieu un tout petit trou, en disant « Si le diable y est, qu'il en sorte, et si le bon Dieu y est, qu'il y reste », et, vite, vite, je recouvris le petit trou. Maximin partit d'un grand éclat. de rire, et donna un coup de pied à mon pain, qui s'échappa de mes mains, roula jusqu'au bas de la montagne et se perdit. J'avais un autre morceau de pain, nous le mangeâmes ensemble ; ensuite, nous fîmes un jeu; puis, comprenant que Maximin devait avoir besoin de manger, je lui indiquai un endroit de la montagne couvert de petits fruits. Je l'engageai à aller en manger, ce qu'il fit aussitôt ; il en mangea et en rapporta plein son chapeau. Le soir, nous descendîmes ensemble la Montagne, et nous nous promîmes de revenir garder nos vaches ensemble.

Le lendemain, 19 septembre, je me retrouve en chemin avec Maximin ; nous gravissons ensemble la montagne. Je trouvais que Maximin était très-bon, très-simple, et que volontiers il parlait de ce dont je voulais parler ; il était aussi très-souple, ne tenant pas à son sentiment ; il était seulement un peu curieux, car quand je m'éloignais de lui, dès qu'il me voyait arrêtée, il accourait vite pour voir ce que je faisais, et entendre ce que je disais avec les fleurs du bon Dieu ; et s'il n'arrivait pas à temps, il me demandait ce que j' avais dit. Maximin me dit de lui apprendre un jeu. La matinée était déjà avancée ; je lui dis de ramasser des fleurs pour faire le Paradis. Nous nous mimes tous les deux à l'ouvrage ; nous eûmes bientôt une quantité de fleurs de diverses couleurs. L'Angelus du village se fit entendre, car le ciel était beau, il n'y avait pas de nuages. Après avoir dit au bon Dieu ce que nous savions, je dis à Maximin que nous devions conduire nos vaches sur un petit plateau près du petit ravin, où il y aurait des pierres pour bâtir le Paradis.  Nous conduisîmes nos vaches au lieu désigné, et ensuite nous primes notre petit repas ; puis, nous nous mimes à porter des pierres et à construire notre petite maison, qui consistait en un rez-de-chaussée, qui soi-disant était notre habitation, puis un étage au-dessus qui était, selon nous, le Paradis. Cet étage était tout garni de fleurs da différentes couleurs avec des couronnes suspendues par des tiges de fleurs. Ce Paradis était couvert par une seule et large pierre que nous avions recouverte de fleurs. Le Paradis terminé, nous le regardions ; le sommeil nous vint; nous nous éloignâmes de là à environ deux pas, et nous nous endormîmes sur le gazon.

La Belle Dame s'assied sur notre Paradis, sans le faire crouler.

II.

M'étant réveillée et ne voyant pas nos vaches, j'appelai Maximin et je gravis le petit monticule. De là, ayant vu que nos vaches étaient couchées tranquillement, je redescendais et Maximin montait, quand tout à coup je vis une belle lumière, plus brillante que le soleil, et à peine ai-je pu dire ces paroles : « Maximin, vois-tu, là-bas ? Ah ! mon Dieu! » En mémo temps je laisse tomber le bâton que j'avais en main. Je ne sais ce qui se passait en moi de délicieux dans ce moment, mais je me sentais attirer, je me sentais un grand respect plein d'amour, et mon coeur aurait voulu courir plus vite que moi.

Je regardais bien fortement cette lumière qui était immobile, et comme si elle se fût ouverte, j'aperçus une autre lumière bien plus brillante et qui était en mouvement, et dans cette lumière une très-belle Dame assise sur notre Paradis, ayant là tête dans ses mains. Cette Belle Dame s'est levée, elle a croisé médiocrement ses bras en nous regardant et nous a dit : « Avancez, mes enfants, n'ayez pas peur ; je suis ici pour vous annoncer une grande nouvelle. » Ces douces et suaves paroles me firent voler jusqu'à elle, et mon coeur aurait voulu se coller à elle pour toujours. Arrivée bien près de la Belle Dame, devant elle, à sa droite, elle commence le discours, et des larmes commencent aussi à couler de ses beaux yeux.

« Si mon peuple ne veut pas se soumettre, je suis forcée de laisser aller la main de mon Fils. Elle est si lourde et, si pesante, que je ne puis plus la retenir.

Depuis le temps que je souffre pour vous autres ! Si je veux que mon fils ne vous abandonne pas, je suis chargée de le prier sans cesse. Et pour vous autres, vous n'en faites pas cas. Vous aurez beau prier, beau faire, jamais vous ne pourrez récompenser la peine que j'ai prise pour vous autres.

Je vous ai donné six jours pour travailler, je me suis réservé le septième, et on ne veut pas me l'accorder. C'est ce qui appesantit tant le bras de mon fils.

Ceux qui conduisent les charrettes ne savent pas parler sans y mettre le nom de mon Fils au milieu. Ce sont les deux choses qui appesantissent tant le bras de mon Fils.

« Si la récolte se gâte, ce n'est qu'à cause de vous autres. Je vous l'ai fait voir l'année passée par les pommes de terre ; vous n'en avez pas fait cas ; c'est au contraire, quand vous en trouviez de gâtées, vous juriez, et vous y mettiez le nom de mon Fils. Elles vont continuer à se gâter ; à la Noël il n'y en aura plus. »

Ici je cherchais à interpréter la parole : pommes de terre ; je croyais comprendre que cela signifiait : pommes. La belle et bonne Dame, devinant ma pensée, reprit ainsi :

« Vous ne comprenez pas, mes enfants ? Je vais vous le dire autrement. »

 La traduction en français est celle-ci :

« Si la récolte se gâte, ce n'est rien que pour vous autres ; s je vous l'ai fait voir l'année passée par les pommes de terre, et vous n'en avez pas fait cas ; c'était au contraire, quand vous en trouviez de gâtées, vous juriez, et vous mettiez le Nom de mon Fils. Elles vont continuer à se gâter, et à la Noël il n'y en aura plus.

« Si vous avez du blé, il ne faut pas le semer. Tout ce que vous sèmerez, les bâtes le mangeront ; et s ce qui viendra tombera tout en poussière quand vous le battrez. Il viendra une grande famine. Avant que la famine vienne, les petits enfants au-dessous de sept ans prendront un tremblement et mourront entre les mains des personnes qui les tiendront; les autres feront pénitence par la faim. Les noix deviendront mauvaises ; les raisins pourriront. »

Ici, la belle Dame qui me ravissait resta un moment sans se faire entendre ; je voyais cependant qu'elle continuait, comme si elle parlait, de remuer gracieusement ses aimables lèvres. Maximin recevait alors son secret. Puis, s'adressant à moi, la Très-Sainte Vierge me parla et me donna un secret on français. Ce secret, le voici tout entier, et tel qu'elle me l'a donné :

III.

« Mélanie, ce que je vais vous dire maintenant ne sera pas toujours secret ; vous pourrez le publier en 1858.

« Les prêtres, ministres de mon Fils, les prêtres, par leur mauvaise vie, par leurs irrévérences et leur impiété à célébrer les saints mystères, par l'amour de l'argent, l'amour de l'honneur et des plaisirs, les prêtres sont devenus des cloaques d'impureté. Oui, les prêtres demandent vengeance, et la vengeance est suspendue sur leurs têtes. Malheur aux prêtres et aux personnes consacrées à Dieu, lesquelles, par leurs infidélités et leur mauvaise vie, crucifient de nouveau mon Fils ! Les péchés dos personnes consacrées à Dieu crient vers le ciel et appellent la vengeance, et voilà que la vengeance est à leurs portes, car il ne se trouve plus personne pour implorer miséricorde et pardon pour le peuple ; il n'y a plus d'âmes généreuses, il n'y a plus personne digne d'offrir la Victime sans tâche à l'Eternel en faveur du monde.

« Dieu va frapper d'une manière sans exemple.

» Malheur aux habitants de la terre ! Dieu va épuiser sa colère, et personne ne pourra se soustraire à tant de maux réunis.

» Les chefs, les conducteurs du peuple de Dieu ont négligé la prière et la pénitence, et le démon a obscurci leurs intelligences ; ils sont devenus ces étoiles errantes que le vieux diable traînera avec sa queue pour les faire périr. Dieu permettra au vieux serpent de mettre des divisions parmi les régnants, dans toutes les sociétés et dans toutes les familles ; on souffrira des peines physiques et morales ; Dieu abandonnera les hommes à eux-mêmes, et enverra des châtiments qui se succéderont pendant plus de trente-cinq ans.

« La société est à la veille des fléaux les plus terribles et des plus grands événements ; on doit s'attendre à être             gouvernés par une verge de fer et à boire le calice de la colère de Dieu.

» Que le Vicaire de mon Fils, le Souverain Pontife Pie IX, ne sorte plus de Rome après l'année 1859 ; mais qu'il soit ferme et généreux, qu'il combatte avec les armes de la foi et de l'amour ; je serai avec lui. »

« Qu'il se méfie de Napoléon ; son coeur est double, et quand il voudra être à la fois pape et empereur, bientôt »          

Dieu se retirera de lui : il est cet aigle qui, voulant toujours s'élever, tombera sur l'épée dont il voulait se servir pour obliger les peuples à le faire élever.

» L'Italie sera punie de son ambition en voulant secouer le joug du Seigneur des Seigneurs ; aussi elle sera livré à la guerre ; le sang coulera de tous côtés : les Eglises seront fermées ou profanées, les prêtres, les religieux seront chassés ; on les fera mourir, et mourir d'une mort cruelle. Plusieurs abandonneront la foi, et le nombre des prêtres et des religieux qui se sépareront de la vraie religion sera grand ; parmi ces personnes, il se trouvera même des Évêques.

» Que le Pape se tienne en garde contre les faiseurs de miracles ; car le temps est venu que les prodiges les plus étonnants auront lieu sur la terre et dans les airs.

» En l'année 1864, Lucifer avec un grand nombre de démons seront détachés de l'enfer ; ils aboliront la foi peu à peu, et même dans les personnes consacrées à Dieu ; ils les aveugleront d'une telle manière que, à moins d'une grâce particulière, ces personnes prendront l'esprit de ces mauvais anges.

» Plusieurs maisons religieuses perdront entièrement la foi et perdront beaucoup d'âmes.

» Les mauvais livres abonderont sur la terre, et les esprits de ténèbres répandront partout un relâchement universel pour tout ce qui regarde le service de Dieu ; ils auront un très-grand pouvoir sur la nature ; il y aura des églises pour servir ces esprits.

» Des personnes seront transportées d'un lieu à un autre par ces esprits mauvais, et même des prêtres, parce » qu'ils ne se seront pas conduits par le bon esprit de l'Evangile, qui est un esprit d'humilité, de charité et de zèle pour la gloire de Dieu.

» On fera ressusciter des morts et des justes (c'est-à-dire que ces morts prendront la figure des âmes justes qui avaient vécu sur la terre, afin de mieux séduire les hommes : ces soi-disant morts ressuscités, qui ne seront autre chose que le démon sous ces figures, prêcheront un autre Evangile contraire à celui du vrai Christ-Jésus, niant l'existence du Ciel, soit encore les âmes des damnés. Toutes ces âmes paraîtront comme unies à leurs corps. Il y aura en tous lieux des prodiges extraordinaires, parce que la vraie foi s'est éteinte et que la fausse lumière éclaire le monde.

»Malheur aux princes de l'Eglise qui ne seront occupés qu'à entasser richesses sur richesses, qu'à sauvegarder leur autorité et à dominer avec orgueil !

» Le Vicaire de mon Fils aura beaucoup à souffrir, parce que, pour un temps, l'Eglise sera livrée à de grandes persécutions ; ce sera le temps des ténèbres ; l'Eglise aura une crise affreuse.

» La sainte foi de Dieu étant oubliée, chaque individu voudra se guider par lui-même et être supérieur à ses semblables. On abolira les pouvoirs civils et ecclésiastiques ; tout ordre et toute justice seront foulés aux pieds ; on ne verra qu'homicides, haine, jalousie, mensonge et discorde, sans amour pour la patrie ni pour la famille.

» Le Saint-Père souffrira beaucoup. Je serai avec lui s jusqu'à la fin pour recevoir son sacrifice.

» Les méchants attenteront plusieurs fois à sa vie sans pouvoir nuire à ses jours ; mais ni lui ni son successeur.... ne verront le triomphe de l'Eglise de Dieu.

»Les gouvernants civils auront tous un même dessein, qui sera d'abolir et de faire disparaître tout principe religieux, pour faire place au matérialisme, à l'athéisme,      au spiritisme et à toutes sortes de vices.

» Dans l'année 1865, on verra l'abomination dans les lieux saints ; dans les couvents, les fleurs de l'Eglise seront putréfiées, et le démon se rendra comme le roi des coeurs.

» Que ceux qui sont à la tête des communautés religieuses se tiennent en garde pour les personnes qu'ils doivent recevoir, parce que le démon usera de toute sa malice pour introduire dans les ordres religieux des personnes adonnées au péché, car les désordres et l'amour des plaisirs charnels seront répandus par toute la terre.

» La France, l'Italie, l'Espagne et l'Angleterre seront en guerre ; le sang coulera dans les rues ; le Français se battra avec le Français, l'Italien avec l'Italien; ensuite il y aura une guerre générale qui sera épouvantable. Pour un temps, Dieu ne se souviendra plus de la France ni de l'Italie, parce que l'Evangile de Jésus-Christ n'est plus connu. Les méchants déploieront toute leur malice ; on se tuera, on se massacrera mutuellement jusque dans les maisons.

» Au premier coup de son épée foudroyante, les montagnes et la nature entière trembleront d'épouvante, par ce que les désordres et les crimes des hommes percent » la voûte des cieux. Paris sera brûlé et Marseille englouti : plusieurs grandes villes seront ébranlées et engloutis par des tremblements de terre : on croira que tout est perdu on ne verra qu'homicides, on n'entendra que bruits d'armes et que blasphèmes. Les justes souffriront beaucoup ; leurs prières, leur pénitence et leurs larmes monteront jusqu'au ciel, et tout le peuple de Dieu demandera pardon et miséricorde, et demandera mon aide et mon intercession. Alors Jésus-Christ, par un acte de sa justice et de sa grande miséricorde pour les justes, commandera à ses anges que tous ses ennemis soient mis à mort. Tout à coup les persécuteurs de l'Eglise de Jésus-Christ et tous les hommes adonnés au péché périront, et la terre deviendra comme un désert. Alors se fera la paix, la réconciliation de Dieu avec les hommes ; Jésus-Christ sera servi, adoré et glorifié; la charité fleurira partout. Les nouveaux rois seront le bras droit de la sainte Eglise; qui sera forte, humble, pieuse, pauvre, zélée et imitatrice des vertus de Jésus-Christ. L’Evangile sera prêché partout, et les hommes feront de grands progrès dans la foi, parce qu'il y aura unité parmi les ouvriers de Jésus-Christ, et que les hommes vivront dans la crainte de Dieu.

» Cette paix parmi les hommes ne sera pas longue : vingt-cinq ans d'abondantes récoltes leur feront oublier que les péchés des hommes sont cause de toutes les peines qui arrivent sur la terre.

» Un avant-coureur de l'antechrist, avec ses troupes de » plusieurs nations, combattra contre le vrai. Christ, le seul Sauveur du monde ; il répandra beaucoup de sang, et voudra anéantir le culte de Dieu pour se faire regarder comme un Dieu.

» La terre sera frappée de toutes sortes de plaies (outre la peste et la famine qui seront générales); il y aura des guerres jusqu'à la dernière guerre, qui sera alors faite » par les dix rois de l'antechrist, lesquels rois auront tous un même dessein et seront les seuls qui gouverneront le monde. Avant que ceci arrive, il y aura une espèce de » fausse paix dans le monde ; on ne pensera qu'à se divertir, les méchants se livreront à toutes sortes de péchés, mais les enfants de la sainte Eglise, les enfants de la foi, mes vrais imitateurs, croîtront dans l'amour de Dieu et dans les vertus qui me sont les plus chères. Heureuses les âmes humbles conduites par l'Esprit-Saint ! Je » combattrai avec elles jusqu'à ce qu'elles arrivent à la plénitude de l'âge.

» La nature demande vengeance pour les hommes, et elle frémit d'épouvante dans l'attente de ce qui doit arriver à la terre souillée de crimes.

» Tremblez, terre, et vous, qui faites profession de servir Jésus-Christ; et qui, au dedans, vous adorez vous mêmes, tremblez ! car Dieu va vous livrer à son ennemi, parce que les lieux saints sont dans la corruption ; beau » coup de couvents ne sont plus les maisons de Dieu, mais les pâturages d'Asmodée et des siens.

» Ce sera pendant ce temps que naîtra l'antechrist, d'une religieuse hébraïque, une fausse Vierge qui aura communication avec le vieux serpent, le maître de l'impureté ; son père sera Ev.; en naissant, il vomira des blasphèmes, il aura des dents ; en un mot, ce sera le diable incarné ; il poussera des cris effrayants, il fera des prodiges, il ne se nourrira que d'impuretés. Il aura des frères qui, quoiqu'ils ne soient pas comme lui des démons  incarnés, seront des enfants de mal ; à douze ans, et ils se feront remarquer par les vaillantes victoires qu'ils remporteront ; bientôt ils seront chacun à la tête des armées, assistés par des légions de l'enfer.

» Les saisons seront changées, la terre ne produira que de mauvais fruits, les astres perdront leurs mouvements réguliers, la lune ne reflétera qu'une lumière rougeâtre ; l'eau et le feu donneront au globe de la terre des mouvements convulsifs et d'horribles tremblements de terre qui feront engloutir des montagnes, des villes, etc.

» Rome perdra la foi et deviendra le siège de l'antechrist.

» Les démons de l'air avec l'antechrist feront de grands prodiges sur la terre et dans les airs, et les hommes se pervertiront de plus en plus. Dieu aura soin de ses fidèles serviteurs et des hommes de bonne volonté ; l'Evangile sera prêché partout, tous les peuples et toutes les nations auront connaissance de la vérité !

» J'adresse un pressant appel à la terre : j'appelle les vrais disciples du Dieu vivant et régnant dans les cieux ; j'appelle les vrais imitateurs du Christ fait homme, le seul et vrai Sauveur des hommes; j'appelle mes enfants, mes vrais dévots, ceux qui se sont donnés à moi pour que je les conduise à mon divin Fils, ceux que je porte pour ainsi dire dans mes bras, ceux qui ont vécu de mon esprit ; enfin j'appelle les apôtres des derniers temps, les fidèles disciples do Jésus-Christ qui ont vécu dans un mépris du monde et d'eux-mêmes, dans la pauvreté et dans l'humilité, dans le mépris et dans le silence, dans l'oraison et dans la mortification, dans la chasteté et dans l'union avec Dieu, dans la, souffrance et inconnus du monde. Il est temps qu'ils sortent et viennent éclairer la terre. Allez, et montrez-vous comme mes enfants chéris ; je suis avec vous et en vous, pourvu que votre foi soit la lumière qui vous éclaire dans ces jours de malheurs. Que votre zèle vous rende comme des affamés pour la gloire et l'honneur de Jésus-Christ. Combattez, enfants de lumière, vous, petit nombre qui y voyez ; car voici le temps des temps, la fin des fins.

» L'Eglise sera éclipsée, le monde sera dans la consternation. Mais voilà Enoch et Elle remplis de l'Esprit de Dieu ; ils prêcheront avec la force de Dieu, et les hommes de bonne volonté croiront en Dieu, et beaucoup d'âmes seront consolées ; ils feront de grands progrès par la vertu du Saint-Esprit et condamneront les erreurs diaboliques de l'antechrist.

» Malheur aux habitants de la terre ! il y aura des guerres sanglantes et des famines, des pestes et dos maladies contagieuses ; il y aura des pluies d'une grêle effroyable d'animaux, des tonnerres qui ébranleront des villes, des tremblements de terre qui engloutiront des pays ; on entendra des voix dans les airs, les hommes se battront la tête contre les murailles, ils appelleront la mort, et d'un autre côté la mort fera leur supplice ; le sang coulera de tous côtés. Qui pourra vaincre, si Dieu ne diminue le temps de l'épreuve ? Par le sang, les larmes et les prières des justes, Dieu se laissera fléchir. Enoch et Elie seront mis à mort, Rome païenne disparaîtra ; le feu du ciel tombera et consumera trois villes ; tout l'univers sera frappé de terreur, et beaucoup se laisseront séduire, parce qu'ils n'ont' pas adoré le Christ vivant parmi eux. Il est temps ; le soleil s'obscurcit ; la foi seule vivra.

» Voici le temps ; l'abîme s'ouvre. Voici le roi des rois des ténèbres. Voici la bête avec ses sujets, se disant le sauveur du monde. Il s'élèvera avec orgueil dans les airs pour aller jusqu'au ciel ; il sera étouffé par le souffle de saint Michel archange. Il tombera, et la terre qui depuis trois jours sera en de continuelles évolutions, ouvrira son sein plein de feu ; il sera plongé pour jamais avec tous les siens dans les gouffres éternels de l'enfer. Alors l'eau et le leu purifieront la terre et consumeront toutes les œuvres de l'orgueil des hommes, et tout sera renouvelé : Dieu sera servi et glorifié ».

IV.

Ensuite la Sainte Vierge me donna, aussi en français, la règle d'un nouvel ordre religieux.

Après m'avoir donné la règle de ce nouvel ordre religieux, la Sainte Vierge reprit ainsi la suite du discours :

» S'ils se convertissent, les pierres et les rochers se changeront en blé, et les pommes de terre se trouveront ensemencées par les terres.

» Faites-vous bien votre prière, mes enfants? »

Nous répondîmes tous les deux :

« Oh ! non, Madame, pas beaucoup.

» Ah! mes enfants, il faut bien la faire, soir et matin. Quand vous ne pourrez pas mieux faire, dites un Pater et un Ave Maria ; et quand vous aurez le temps et que vous pourrez mieux faire, vous en direz davantage.

» Il ne va que quelques femmes un peu âgées à la messe; les autres travaillent tout l'été le dimanche, et l'hiver, quand ils ne savent que faire, ils ne vont à la messe que pour se moquer de la religion. Le carême, ils vont à la boucherie comme les chiens.

« N'avez-vous pas vu du blé gâté, mes enfants ? »

Tous les deux nous avons répondu : «Oh ! non, Madame».

La Sainte Vierge s'adressant à Maximin : «Mais toi, mon enfant, tu dois bien en avoir vu une fois vers le Coin, avec ton père. L'homme de la pièce dit à ton père : Venez voir » comme mon blé se gâte. Vous y allâtes. Ton père prit  deux ou trois épis dans sa main, il les frotta, et ils tombèrent en poussière. Puis, en vous en retournant, quand vous n'étiez plus qu'à une demi-heure de Corps, ton père te donna un morceau de pain en te disant : Tiens, mon enfant, mange cette année, car je ne sais pas qui mangera l'année prochaine, si le blé se gâte comme cela. »

Maximin répondit. « C'est bien vrai, madame, je ne me le rappelais pas. »

La très-sainte Vierge a terminé son discours en français :

« Eh bien, mes enfants, vous le ferez passer à tout mon peuple ».

La très-belle Dame traversa le ruisseau, et à deux pas du ruisseau, sans se retourner vers nous qui la suivions (parce qu'elle attirait à elle par son éclat et plus encore par sa bonté qui m'enivrait, qui semblait me faire fondre le cœur), elle nous a dit encore :

« Eh bien, mes enfants, vous le ferez passer à tout mon peuple ».

Puis elle a continué de marcher jusqu'à l'endroit où j'étais montée pour regarder où étaient nos vaches. Ses pieds ne touchaient que le bout de l'herbe sans la faire plier. Arrivée sur la petite hauteur, la belle Dame s'arrêta, et vite je me plaçai devant elle pour bien, bien la regarder, et tâcher de savoir quel chemin elle inclinait le plus à prendre ; car c'était fait de moi, j'avais oublié mes vaches et les maîtres chez lesquels j'étais en service ; je m'étais attachée pour toujours et sans condition à Ma Dame; oui, je voulais ne plus jamais, jamais la quitter, je la suivais sans arrière-pensée et dans la disposition de la servir tant que je vivrai. Avec Ma Dame je croyais avoir oublié le paradis, je n'avais plus que la pensée de bien la servir en tout, et je croyais que j'aurais pu faire tout ce qu'Elle m'aurait dit de faire, car il me semblait qu'Elle avait beaucoup de pouvoir. Elle me regardait avec une tendre bonté qui m'attirait à elle, j'aurais voulu avec les yeux fermés m'élancer dans ses bras, elle ne m'a pas donné le temps de le faire. Elle s'est élevée insensiblement de terre à une hauteur d'environ un mètre et plus ; et restant ainsi suspendue en l'air un tout petit instant, Ma belle Dame regarda le ciel puis la terre à sa droite et à sa gauche, puis Elle me regarda avec des yeux si doux, si aimables, et si bons, que je croyais qu'Elle m'attirait dans son intérieur, et il me semblait que mon coeur s'ouvrait au sien. Et tandis que mon coeur se fondait en une douce dilatation, la belle figure de Ma bonne Dame disparaissait peu à peu ; il me semblait que la lumière en mouvement se multipliait ou bien se condensait autour de la très-sainte Vierge pour m'empêcher de la voir plus longtemps. Ainsi la lumière prenait la place des parties du corps qui disparaissaient à mes yeux ; ou bien il semblait Que le corps de Ma Dame se changeait en se fondant. Ainsi la lumière en forme de globe s'élevait doucement en direction droite,

Je ne puis pas dire si le volume de lumière diminuait à mesure qu'elle s'élevait, ou bien si c'était l'éloignement qui faisait que je voyais diminuer la lumière à mesure qu'elle s'élevait, ; ce que je sais, c'est que je suis restée la tête levée et les yeux fixés sur la lumière, même après que cette lumière, qui allait toujours s'éloignant et diminuant de volume, eut fini par disparaître.

Mes yeux se détachent du firmament, je regarde autour de moi, je vois Maximin qui me regardait, je lui dis : c Méfia, cela doit être le bon Dieu de mon père, ou la Sainte Vierge ou quelque grande sainte. » Et Maximin lançant la main en l'air, dit : « Ah ! si je l'avais su ! »

V

Le soir du 19 Septembre, nous nous retirâmes un peu plus tôt qu'à l'ordinaire. Arrivée chez mes maîtres, je m'occupais à attacher mes vaches et à mettre tout en ordre dans l'écurie. Je n'avais pas terminé, que ma maîtresse vint à moi en pleurant et me dit : « Pourquoi, mon enfant, ne venez-vous pas me dire ce qui vous est arrivé sur la montagne? » (Maximin n'ayant pas trouvé ses maîtres qui ne s'étaient pas encore retirés de leurs travaux, était venu chez les miens, et avait raconté tout ce qu'il avait vu et entendu.) Je lui répondis : « Je voulais bien vous le dire, mais je voulais finir mon ouvrage auparavant, » Un moment après, je me rendis dans la maison, et ma maîtresse me dit : « Racontez ce que vous avez vu ; le berger de Bruité (c'était le surnom de Pierre Selme, maitre de Maximin) m'a tout raconté. » Je commence, et vers la moitié du récit mes maîtres arrivèrent de leurs champs ; ma maîtresse qui pleurait en entendant les plaintes et les menaces de notre tendre Mère, dit : « Ah ! vous vouliez aller ramasser le blé demain ; gardez-vous en bien, venez entendre ce qui est arrivé aujourd’hui à cette enfant et au berger de Selme. » Et se tournant vers moi, elle dit : « Recommencez tout ce que vous m'avez dit. » Je recommence ; et lorsque j'eus terminé, mon Maître dit : « C'est la sainte Vierge, ou bien une grande Sainte, qui est venue de la part du bon Dieu ; mais c'est, comme si le bon Dieu était venu lui-même : il faut faire tout ce que cette Sainte a dit. Comment allez-vous faire pour dire cela à tout son peuple ! » Je lui répondis : » Vous me direz comment je dois faire et je le ferai. » Ensuite il ajouta en regardant sa Mère, sa femme et son frère : « Il faut y penser. » Puis chacun se retira à ses affaires

C'était après le souper Maximin et ses Maîtres vinrent chez les miens pour raconter ce que Maximin leur avait dit, et pour savoir ce qu'il y aurait à faire : « Car, dirent-ils, il 'nous semble que c'est la sainte Vierge qui a été envoyée par le bon Dieu; les paroles qu'Elle a dites, le font croire. Et Elle leur a dit de le faire passer à tout son peuple ; il faudra peut-être que ces enfants parcourent le monde entier pour faire connaître qu'il faut que tout le monde observe les commandements du bon Dieu, sinon de grands malheurs vont arriver sur nous. » Après un moment de silence, mon Maitre dit en s'adressant à Maximin et à moi ; « Savez-vous ce que vous devez faire, mes enfants ? Demain, levez-vous de bon matin, allez tous les deux à Monsieur le Curé, et ra-contez-lut tout ce que vous avez vu et entendu, dites-lui bien comment la chose s'est passée; il vous dira ce que vous avez à faire. »

Le 20 Septembre, lendemain de l'apparition, je partis de bonne heure avec Maximin. Arrivé à la Cure, je frappe à la porte. La domestique de Monsieur le Curé vint ouvrir, et demanda ce que nous voulions. Je lui dis (en français moi qui ne l'avais jamais parlé) ; « Nous voudrions parler à Monsieur le Curé.  — « Et que voulez-vous lui dire ? » Nous voulons lui dire,. Mademoiselle, qu'hier nous sommes allés garder nos vaches sur la montagne des Baisses, et après avoir dîné etc. etc. » Nous lui racontâmes une bonne partie du discours de la très-sainte Vierge. Alors la cloche de l'Eglise sonna ; c'était le dernier coup de la Messe. Monsieur l'abbé Perrin, curé de la Saiette, qui nous avait entendus, ouvrit sa porte avec fracas : il pleurait ; il se frappait la poitrine ; il nous dit : c Mes enfants nous sommes tous perdus, le bon Dieu va nous punir. Ah ! mon Dieu, c'est la sainte Vierge qui vous est apparue ! » Et il partit pour dire la sainte Messe. Nous nous regardâmes avec Maximin et la domestique ; puis. Maximin me dit : Moi, je m'en vais chez mon père à Corps. , Et nous nous séparâmes.

N'ayant pas reçu d'ordre de mes Maîtres de me retirer aussitôt après avoir parlé à Monsieur le Curé, je crus ne pas faire mal en assistant à la Messe. Je fus donc à l'église. La Messe commence, et, après le premier Evangile, Monsieur le Curé se tourne vers le peuple, et essaie de raconter à ses paroissiens l'apparition qui venait d'avoir la veille sur une de leurs montagnes, et les exhorte à ne plus travailler le Dimanche : sa voix était entrecoupée par des sanglots, et tout le peuple était ému. Après la sainte Messe, je me retirai chez mes Maîtres. Monsieur Peytard, qui est encore aujourd'hui Maire de la Saiette, y vint m'interroger sur le fait de l'apparition ; et après s'être assuré de la vérité de ce que je lui disais, il se retira convaincu.

Je continuai de rester au service de mes Maîtres jusqu'à la fête de la Toussaint. Ensuite je fus mise comme pensionnaire chez les religieuses de la Providence dans mon pays, à Corps.

VI.

La Très-sainte Vierge était très-grande et bien proportionnée ; elle paraissait être si légère qu'avec un souffle on l'aurait fait remuer, cependant elle était immobile et bien posée. Sa physionomie était majestueuse, imposante, mais non imposante comme le sont les Seigneurs d'ici-bas. Elle imposait une crainte respectueuse. En même temps que Sa Majesté imposait du respect mêlé d'amour, elle attirait à elle. Son regard était doux et pénétrant ; ses yeux semblaient parler avec les miens, mais la conversation venait d'un profond et vif sentiment d'amour envers cette beauté ravissante qui me liquéfiait. La douceur de son regard, son air de bonté incompréhensible faisait comprendre et sentir .qu'elle attirait à elle et voulait se donner ; c'était une expression d'amour qui ne peut pas s'exprimer avec la langue de chair ni avec les lettres de l'alphabet.

Le vêtement de la très-Sainte Vierge était blanc argenté et tout brillant ; il n'avait rien de matériel : il était composé de lumière et de gloire, variant et scintillant. Sur la terre il n'y a pas d'expression ni de comparaison à donner.

La sainte Vierge était toute belle et toute formée d'amour; en la regardant. je languissais de me fondre en elle. Dans ses atours, comme dans sa personne, tout respirait la majesté, la splendeur, la magnificence d'une Reine incomparable. Elle paraissait belle, blanche, immaculée, cristallisée, éblouissante, céleste, fraiche, neuve comme une Vierge ; il semblait que la parole, Amour, s'échappait de ses lèvres argentées et toute pures. Elle me paraissait comme une bonne Mère, pleine de bonté, d'amabilité, d'amour pour nous, de compassion, de miséricorde.

La couronne de roses qu'elle avait sur la tête, était si belle, si brillante, qu'on ne peut pas s'en faire une idée ; les roses de diverses couleurs, n'étaient pas de la terre ; c'était une réunion de fleurs qui entouraient la tête de la très-Sainte Vierge en forme de couronne ; mais les roses se changeaient, ou se remplaçaient ; puis du coeur de chaque rose il sortait une si belle lumière qu'elle ravissait, et rendait les roses d'une beauté éclatante. De la couronne de roses s'élevaient comme des branches d'or et une quantité d'autres petites fleurs mêlées avec des brillants.

Le tout formait un très-beau diadème, qui brillait tout seul plus que notre soleil de la terre.

La sainte Vierge avait une très-jolie Croix suspendue à son cou. Cette croix paraissait être dorée, je dis dorée pour ne pas dire une plaque d'or ; car j'ai vu quelquefois des objets dorés avec diverses nuances d'or, ce qui faisait à mes yeux un bien plus bel effet qu'une simple plaque d'or. Sur cette belle Croix toute brillante de lumière, était un Christ. C'était Notre Seigneur, les bras étendus sur la Croix. Presque aux deux extrémités de la Croix, d'un côté il y avait un marteau, de l'autre une tenaille. Le Christ était couleur de chair naturelle; mais il brillait d'un .grand éclat, et la lumière qui sortait de tout son corps, paraissait comme des dards très-brillants qui me tendaient le cœur du désir de me fondre en lui. Quelquefois le Christ paraissait être mort : il avait la tête penchée, et Je corps était comme affaissé, comme pour tomber, s'il n'avait pas été retenu par les clous qui le retenaient à la croix.

J'en avais une vive Compassion, et j'aurais voulu redire au monde entier son amour inconnu, et infiltrer dans les âmes des mortels l'amour le plus senti et la reconnaissance la plus vive envers un Dieu qui n'avait nullement besoin de nous être ce qu'il est, ce qu'il était ce qu'il sera toujours ; et pourtant, ô amour incompréhensible à l'homme ! il s'est fait-homme, et il a voulu mourir, oui mourir, pour mieux écrire dans nos âmes et dans notre mémoire l'amour Fou qu'il a pour nous ! Oh ! que je suis malheureuse de me trouver si pauvre en expression pour redire l'amour, oui, l'amour de notre bon Sauveur pour nous ! mais d'un autre côté, que nous sommes heureux de pouvoir sentir mieux ce que nous ne pouvons exprimer !

D'autres fois le Christ semblait vivant ; il avait la tête droite, les yeux ouverts, et paraissait être sur la Croix par sa propre volonté. Quelquefois aussi il paraissait parler, il semblait vouloir montrer qu'il était en Croix pour nous, par amour pour nous, pour nous attirer à son amour; qu'il a toujours un amour nouveau pour nous, que son amour du commencement et de l'année 33 est toujours celui ‘d'aujourd'hui et qu'il sera toujours.

La Sainte Vierge pleurait presque tout le temps qu'Elle me parla. Ses larmes coulaient une à une lentement jusque vers ses genoux, puis comme des étincelles de lumière, elles disparaissaient. Elles étaient brillantes et pleines d'amour.

J'aurais voulu la consoler, et qu'Elle ne pleurât plus. Mais il me semblait qu'elle avait besoin de montrer ses larmes pour mieux montrer son amour oublié par les hommes. J'aurais voulu me jeter dans ses bras et lui dire ; « Ma bonne Mère, ne pleurez pas ! je veux vous aimer pour tous les hommes de la terre. » Mais il me semblait qu'elle me disait : « Il y en a tant qui ne me connaissent pas ! »

J'étais entre la mort et la vie en voyant d'un côté tant d'amour, tant de désir d'être aimé, st d'un autre côté tant de froideur, tant d'indifférence... Oh ! ma Mère, Mère toute belle et tout aimable, mon amour, coeur de mon coeur !...

Les larmes de notre tendre Mère, loin d'amoindrir son air de Majesté, de Reine et de Maîtresse, semblaient au contraire l'embellir, la rendre plus aimable, plus belle, plus puissante, plus remplie d'amour, plus maternelle, plus ravissante ; et j'aurais mangé ses larmes qui faisaient sauter mon coeur de compassion et d'amour. Voir pleurer une Mère, et une telle Mère, sans prendre tous les moyens imaginables pour la consoler, pour changer ses douleurs en joies, cela se comprend-il ! 0 Mère plus que bonne ! Vous avez été formée de toutes les prérogatives dont Dieu est capable, vous avez comme épuisé la puissance de Dieu, vous êtes bonne et puis bonne de la bonté de Dieu même ; Dieu s'est agrandi en vous formant son chef-d’œuvre terrestre et céleste.

La très-Sainte Vierge avait un tablier jaune. Que dis-je, jaune ? Elle avait un tablier plus brillant que plusieurs soleils ensemble. Ce n'était pas une étoffe matérielle, c'était un composé de gloire scintillante et d'une beauté ravissante. Tout en la très-Sainte Vierge me portait fortement, et me faisait comme glisser à adorer et à aimer mon Jésus dans tous les états de sa vie mortelle.

La très-Sainte Vierge avait deux chaines, l'une un peu plus large que l'autre. A la plus étroite était suspendue la Croix dont j'ai fait mention plus haut. Ces chaînes (puisqu’il faut donner le nom de chaines) étaient comme des rayons de gloire d'un grand éclat variant et scintillant.

Les souliers (puisque souliers il faut dire) étaient blancs mais d'un blanc argenté brillant ; il y avait des roses autour. Ces roses étaient d'une beauté éblouissante, et du coeur de chaque rose sortait une flamme de lumière très-belle et très-agréable à voir. Sur les souliers il y avait une boucle en or, non en or de la terre, mais bien de l'or du paradis.

La vue de la très-Sainte Vierge était elle-même un Paradis accompli ; Elle avait en Elle tout ce qui pouvait satisfaire, car la terre était oubliée.

La Sainte Vierge était entourée de deux lumières. La première lumière, plus près de la très-Sainte Vierge, arrivait jusqu'à nous ; elle brillait d'un éclat très-beau et scintillant. La seconde lumière s'étendait un peu plus autour de la Belle Dame, et nous nous trouvions dans celle-là ; elle était immobile (c'est-à-dire qu'elle ne scintillait pas), mais bien plus brillante que notre pauvre soleil de la terre. Toutes ces lumières ne faisaient pas mal aux yeux, et ne fatiguaient nullement la vue.

Outre toutes ces lumières, toute cette splendeur, il sortait encore des groupes ou faisceaux de lumières ou des rayons de lumière, du Corps de la Sainte Vierge, de ses habits et de partout.

La voix de la Belle Dame était douce ; elle enchantait, ravissait, faisait du bien au coeur ; elle rassasiait, aplanissait tous les obstacles, calmait, adoucissait. Il me semblait que j'aurais toujours voulu manger de sa belle voix, et mon coeur semblait danser ou vouloir aller à sa rencontre pour se liquéfier en elle.

Les yeux de la très-Sainte Vierge, notre tendre Mère, ne peuvent pas se décrire par une langue humaine. Pour en parler, il faudrait un séraphin ; il faudrait plus, il faudrait lé langage de Dieu même, de ce Dieu qui a formé la Vierge immaculée, chef-d’œuvre de sa toute-puissance.

Les yeux de l'auguste Marie paraissaient mille et mille fois plus beaux que les brillants, les diamants et les pierres précieuses les plus recherchées ; ils brillaient comme deux soleils; ils étaient doux comme la douceur même, claire comme un miroir. Dans ses yeux on voyait le paradis ; ils attiraient à Elle ; il semblait qu'Elle voulait se donner et attirer. Plus je la regardais, plus je la voulais voir ; plus je la voyais. plus je l'aimais et je l'aimais de toutes mes forces.

Les yeux de la belle Immaculée étaient comme la porte de Dieu, d'où l'on voyait tout ce qui peut enivrer l'âme. Quand .mes yeux se rencontraient avec ceux de la Mère de Dieu et la mienne, j'éprouvais au dedans de moi-même une heureuse révolution d'amour et de protestation de l'aimer et de me fondre d'amour.

En nous regardant, nos yeux parlaient à leur mode, et je l'aimais tant que j'aurais voulu l'embrasser dans le milieu de ses yeux qui attendrissaient son âme, et semblaient l'attirer et la faire fondre avec la sienne. Ses yeux me plantèrent un doux tremblement dans tout mon être, et je craignais de faire le moindre mouvement qui pût être désagréable tant soit peu.

Cette seule vue, des yeux de la plus pure des vierges, aurait suffi pour être le Ciel d'un bienheureux, aurait suffi pour l'aire entrer une âme dans la plénitude des volontés du Très-Haut, parmi tous les évènements qui arrivent dans le cours de la vie mortelle ; aurait suffi pour faire faire à cette âme de-continuels actes de louanges, de remerciement, de réparation et d'expiation. Cette seule vue concentre l'âme en Dieu et la rend comme une morte-vivante, ne regardant toutes les choses de la terre, même les choses qui paraissent les plus sérieuses, que comme des amusements d'enfants ; elle ne voudrait entendre parler que de Dieu et de ce qui touche à sa Gloire.

Le péché est le seul mal qu'Elle voit sur la terre, Elle en mourrait de douleur si Dieu ne la soutenait. Amen.

Castellamare, le 21 novembre 1878.
MARIE DE LA CROIX, Victime de Jésus, née MÉLANIE CALVAT, bergère de la Salette.

Nihil obstat : imprimatur.
Datum Lycii ex Curia Epli die 15 nov. 1879.

Vicarius Generalis

CARMELUS Archus COSMA.