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mercredi 23 septembre 2015
Vidéo de Léon XIII
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samedi 19 septembre 2015
Père Onésime Lacouture - 2-8- La Visitation
SEPTIÈME INSTRUCTION
LA VISITATION.
«Or,
Marie se levant en ces jours-là, s’en alla en diligence vers les montagnes,
dans une ville de Juda, et étant entrée dans la maison de Zacharie, elle salua
Elizabeth.» L. I - 39.
Plan
Remarque. (Le Passé: Elizabeth figure la
Synagogue. Trois tableaux: (Le Présent:
Jean-Baptiste le trait d’union. (Le Futur:
Marie et l’Eglise naissante. (Dieu: Sa
Gloire dans le Magnificat. Les Motifs: (Jésus: La Sanctification du
Précurseur. (Marie: Sa Charité pour
Elizabeth. (La Sanctification de
Jean-Baptiste. Ses effets:
(L’Inspiration d’Elizabeth.
(L’Inspiration de Marie.
REMARQUE
Voici la première manifestation de l’activité du Sauveur pas encore né et déjà
agissant sur les âmes par sa grâce. Le
Saint-Esprit a pris soin de nous révéler ce mystère par une foule de petits
détails très instructifs pour notre vie spirituelle. Ce n’est encore que l’aurore du jour divin
qui va bientôt luire sur le monde, mais déjà elle nous donne quelques lueurs de
la doctrine que Jésus apporte au monde.
D’abord c’est notre bonne Mère qui est le centre visible de ce mystère,
mais c’est Jésus qu’elle porte qui lui donne toute sa beauté nouvelle pour le
monde. C’est elle qui reçoit
l’Incarnation, c’est elle qui porte Jésus pour faire son premier miracle de la
grâce en Jean-Baptiste et c’est encore elle qui lui fera faire son premier
miracle extérieur aux noces de Cana.
C’est donc la Sainte Vierge qui introduit Jésus au monde de toutes les
façons. C’est encore elle qui introduira Jésus dans nos âmes et qui continuera
de le faire pour toutes les grâces qui nous viendront pour continuer la
croissance de Jésus en nous. Dieu n’a
pas plusieurs plans pour notre sanctification: tout ce qu’il fait pour Jésus il
le fera pour ses membres mystiques et donc pour chacun de nous. Mais, il ne le fera pas sans nous, sans notre
volonté. C’est pourquoi il est
nécessaire que nous allions vers Marie pour qu’elle nous introduise son Jésus
dans notre vie. Il faut une dévotion
spéciale et solide envers la Sainte Vierge pour progresser dans la sainteté. Si le Saint-Esprit a eu besoin d’elle pour
effectuer l’Incarnation du Verbe, il a encore besoin d’elle pour continuer
l’Incarnation en chacun de nous comme c’est le plan de Dieu de faire en nous ce
qu’il a fait en Jésus. Tout chrétien est
un porte-Dieu qui doit le faire rayonner comme Marie fait avec Jésus. Il faut aller le donner aux autres qui ne le
connaissent pas ou qui l’ont perdu. Or
pour être éclairé par le Soleil de Justice, il faut passer par l’Aurore qui est
Marie. On va à Jésus par Marie. Commençons donc tout de suite de la mettre
dans notre retraite et dans nos méditations.
Qu’on le fasse toujours dans son coeur même si on ne la signale pas
explicitement chaque fois. Comme Marie
couvre toute la vie de Jésus, ainsi elle doit couvrir notre vie jusqu’à la
mort… afin de la retrouver dans l’éternité pour être sûr d’être avec Jésus.
TROIS TABLEAUX.
Le
Passé: Elizabeth représente la Synagogue.
Nous sommes à une époque de transition: un nouveau monde se lève sur les
ruines de l’autre: la lumière longtemps annoncée va enfin luire sur le
monde. Ces trois personnages qui se
rencontrent a Aïr Karim dans la maison de Zacharie représentent trois époques
qui se touchent ici. Arrêtons-nous un
instant à chacune d’elles pour en tirer profit pour nos âmes. Comme Elizabeth, la synagogue est stérile par
elle-même; elle devient féconde qu’en vue de préparer la venue du Messie. Elle résume toutes les figures et les
promesses du passé et qui finissent en s’accomplissant maintenant. C’est pourquoi elle est vieille comme tout ce
qui va prendre fin. Comme la synagogue
recevait sa vertu du futur Messie ainsi Elizabeth devient féconde en vue de
mettre au monde le Précurseur de Jésus.
Comme la synagogue a été la première à entendre la prédication de Jésus,
ainsi Elizabeth est la première à éprouver les effets de la présence de Jésus
en Marie. Elle porte celui qui indiquera
Jésus au monde comme la synagogue portait les figures, les promesses et les
prophéties concernant Jésus. Comme
l’Eglise honore et respecte Elizabeth, nous devons Aussi honorer et respecter
la Synagogue ou l’Ancien Testament.
Pendant plus de deux mille ans, elle a prépare les voies au Messie et
Dieu, par les prophètes, lui a révélé les germes de la doctrine de Jésus et les
secrets de ses voies pour nous sanctifier.
C’est pourquoi S. Paul dit que
l’Ancien Testament est pour notre instruction.
C’est là qu’on trouvé les preuves de la divinité du Messie. Jésus en appelait là constamment pour prouver
sa mission divine aux Juifs. Surtout c’est
là qu’on trouve cachée dans les psaumes et dans les prophètes ce qui se passait
dans l’âme de Jésus, comme ses sentiments, ses peines intérieures, ses
espérances, ses prières et les cris de son amour pour nous et pour son Père. L’Humanité qui crie, qui pleure, qui gémit,
qui prie, qui loue Dieu et qui l’adore, c’est l’humanité de Jésus. Les Evangiles ne racontent que les gestes et
les actes extérieurs de Jésus: si l’on veut connaître son intérieur, il faut
aller dans l’Ancien Testament. Les
saints en appelaient là constamment dans les différentes phases de leur
sainteté et dans les émotions par où ils passaient.
On
ne peut donc pas exagérer l’importance de l’Ancien Testament pour apprendre les
voies de Dieu et de la sainteté. Le
Présent:
Jean-Baptiste
est le trait-d’union entre les deux époques et il en incarne donc les
principaux traits. Comme sa mère, il
reçoit toute sa vertu de Celui qu’il annonce; il est l’étoile du matin qui
brille par la vertu du Soleil qui va se lever visiblement bientôt. Un ange annonce sa sainteté à son père
Zacharie: «Il sera grand devant le Seigneur; il ne boira point de vin ni
d’aucune liqueur enivrante, et il sera rempli du SaintEsprit dès le sein de sa
mère. Il convertira beaucoup des enfants
d’Israël au Seigneur leur Dieu.» Il est le premier à ressentir les effets de la
grâce de Jésus; les deux n’étaient pas encore nés! Jean tressaille de joie à l’approche de son
Sauveur et il est le premier à recevoir le Saint-Esprit et à être purifié du
péché originel dans le Nouveau Testament et cela dès le sein de sa mère. Il reçoit donc sa sainteté et du passé et de
l’avenir: d’Elizabeth et de Jésus par l’entremise de Marie. C’est notre modèle. Nous aussi prenons notre sainteté dans les
deux Testaments; ils ont été faits pour nous aider tous les deux: soyons des
traits-d’union entre les deux et allons puiser dans chacun ce qu’il a de bon
pour nous. Ensuite, soyons des apôtres
pour faire connaître Jésus aux foules; mais pour le donner commençons toujours
par prêcher la pénitence absolument nécessaire pour préparer les voies à
Jésus. Le Futur: Marie est l’Eglise
naissante, voilà pourquoi elle est jeune, car elle inaugure le nouveau règne de
Jésus sur le monde. Elle commence à
sanctifier les âmes par Jésus qu’elle porte.
Si elle est mariée comme Elizabeth, ce n’est pas selon la chair, mais
uniquement dans la foi et en gardant une parfaite virginité. Elle coopère ici avec le St-Esprit pour la
sanctification de Jean-Baptiste, non pas comme cause, mais comme condition
tandis que c’est Dieu qui est la cause efficiente, comme dans l’Incarnation et
comme dans notre justification, qui est l’Incarnation continuée dans les
membres au corps mystique de Jésus.
Gardons-nous bien de ne jamais mettre Marie de côté comme ont fait les
protestants et qui ont perdu Jésus en rejetant Marie. Combien de chrétiens ne donnent pas assez
d’importance à la Ste-Vierge dans leur vie spirituelle; aussi Jésus se tient
loin. Si nous voulons être de la famille
de Jésus, il faut être d’abord bien accueilli par Marie, car elle est la Reine
du ciel. Nous devons faire une seule
chose avec Jésus. Or, on est bien sur
que Jésus préfère sa Mère à toute autre créature au monde. Eh bien, chacun de nous doit donc l’aimer
plus que toute autre créature au monde.
Il ne suffit pas de savoir cela, il faut le pratiquer. Par conséquent que chacun de nous s’efforce
par tous les moyens possibles de développer une vraie dévotion fervente à
Marie. Les deux femmes qui s’embrassent
signifient l’alliance des deux Testaments qui s’unissent pour l’amour de Jésus
et en Jésus. les motifs. De Dieu sont sa gloire dans le
Magnificat. Dieu va fonder l’Eglise pour
qu’elle le glorifie jusqu’à la fin des temps.
C’est Marie qui entonne ce sublime cantique de louanges que les Saints et
les fidèles chanteront jusqu’à la fin du monde.
Ne regardons pas cette gloire comme du luxe que nous donnons à Dieu ou
un présent gratuit que nous lui offrons; c’est la principale fin que Dieu avait
en créant le monde. Il y tient donc
absolument et par essence, non pas comme par caprice. C’est une dette que nous sommes tenus de lui
payer pour ce qu’il a fait pour nous. Ce
n’est pas une aumône faite à Dieu, c’est un devoir strict que nous
accomplissons.
De
Jésus: c’est la sanctification de son Précurseur. Il se hâte d’allumer le feu qu’il est venu
apporter sur la terre. C’est Jésus qui
presse sa mère d’aller voir Elizabeth parce qu’il veut que son Précurseur soit
le premier à ressentir les effets de sa grâce et de sa présence. Il nous montre ainsi un caractère de son
apostolat: le zèle des âmes. En
proportion qu’on est envahi par Jésus on veut faire du bien aux autres. La charité extérieure est le résultat de
l’intensité de son foyer: plus on est plein de Jésus et plus on veut le donner
au monde. Ceux donc qui n’ont pas de
zèle montrent qu’ils n’ont pas de charité pour Jésus. Quand le feu de l’amour est allumé dans un
coeur il rayonne à l’extérieur ordinairement.
Il s’ingénie à trouver toutes sortes de moyens pour donner Jésus aux
autres; c’est le ressort: l’Amour. On
remarquera que la Ste Vierge s’est préparée toute sa vie à recevoir Jésus et
pour cela elle l’a reçu pleinement, totalement, plus qu’aucune autre
créature. Eh bien, nous aussi nous
devons nous préparer d’abord à recevoir Jésus, à nous diviniser de plus en plus
pour augmenter en nous la formation de Jésus, afin de pouvoir le donner aux
autres. On donne aux autres en
proportion de ce qu’on a soi-même. Remarquons
que Marie devait étudier les Ecritures comme tous les Juifs le faisaient, mais
ce n’était pas seulement de tête, mais surtout de coeur; c’était avec amour
qu’elle les lisait et le St-Esprit l’éclairait dans la même mesure. Voilà pourquoi le Verbe l’a choisie pour sa
Mère, à cause de son amour. Dans nos
études d’Ecriture sainte et de théologie nous devrions faire de même: étudier
surtout par le coeur ou par amour; alors le St-Esprit se ferait un plaisir de
nous éclairer pour saisir le divin caché dans le texte. De Marie.
C’est sa charité pour Elisabeth.
Elle ne savait pas ce que Jésus ferait à Jean Baptiste, mais pour elle c’était
sa cousine qu’elle voulait voir parce qu’elle se trouvait dans la même
condition qu’elle: elle avait conçu miraculeusement d’un Dieu. Il y a de la charité quand on a les mêmes
intérêts et les mêmes amours, quand on peut parler du fond du coeur et être
compris, voilà ce que l’amour aime.
Quand les chrétiens auront la même mentalité chrétienne et qu’ils seront
pleins du surnaturel, ils se rechercheront les uns les autres pour parler de
Dieu et des choses de Dieu. Ils
s’ouvriront facilement les uns aux autres quand ils sentiront qu’ils vont être
compris et qu’ils vont faire plaisir en parlant du même amour divin qui les
remplit. Comme c’est rare de trouver
cela même dans les Communautés et dans le Clergé! Combien ne veulent absolument pas parler des
choses de Dieu? C’est donc qu’ils ne
vivent pas de Jésus, qu’ils ne l’ont pas dans le coeur, puisque la bouche
refuse d’en parler. Jamais ces chrétiens
iront ailleurs dans le but de donner Jésus; personne ne donne ce qu’il n’a pas!
Est-ce
qu’on ne voit pas les mondains qui aiment le monde à la folie chercher
continuellement des gens avec qui parler de leurs amours, entendez les
sports? Ils se rassemblent pour parler
de sport et comme ils sont intéressés!
C’est donc que leur coeur est là.
Jamais ces gens ne parleront de Jésus parce que leur coeur est déjà pris
par les créatures. On peut donc dire que
le degré de zèle des âmes indique le degré de la charité pour Jésus. Combien de prêtres doivent trembler pour leur
salut même, quand ils ne se soucient pas de se sanctifier pour convertir les
gens et les sanctifier aussi; c’est donc qu’ils vivent sans Jésus… et ils
mourront bien sans Jésus. Que de
chrétiens sont comme tant de religieux et de prêtres qui ne sont pas du tout
intéressés aux choses de Dieu, mais ils le sont des choses du monde comme de
vrais païens. Dans combien de pays on
passe pour mal élevé et on aiguille la conversation sur les choses de la religion;
même des chrétiens sont choqués et montrent vite qu’ils ne veulent pas de ce
sujet. Comme il est rare aussi chez les
prêtres et chez les religieux de parler du bon Dieu! Tout le monde fuit si on veut en parler. Comme il faut être païen jusqu’au fond de
l’âme pour agir de la sorte, et c’est la très grande majorité non seulement des
fidèles, mais des prêtres et des religieux.
Comme le monde est païen! Quelle
formation maudite faut-il avoir reçue pour agir de la sorte? Quelle formation diabolique qui traite Dieu
comme son pire ennemi, comme le moins intéressant du monde, comme un sujet qui
gâte la vie, qui gâte les récréations même chez des âmes consacrées à
Dieu. Quel camouflage dans toute cette
formation religieuse; quelle farce et quelle hypocrisie… ou mieux quelle
ignorance des voies de Dieu! C’est cette
philosophie maudite qui remplace la vraie théologie, qui corrompt toute cette
formation, cette philosophie qui considère les choses seulement en elles-mêmes,
et pas du tout en nous et en Dieu. Alors
elle ne réside que dans la tête, pas du tout dans le coeur ni par conséquent
d’amour dont elle ne s’occupe pas du tout.
La Sainte Vierge n’était pas philosophe pour un sou! Elle gardait tout ce qu’elle entendait dire
de Jésus dans son coeur. Imitons-la…
donc! Maintenant que nous connaissons le
mystère de la Visitation, supposons que nous rencontrons la Ste-Vierge marchant
vite vers les montagnes et que nous lui demandons où elle peut bien aller à
cette allure. Elle pourrait répondre: Je
m’en vais porter Jésus à Elizabeth! Je
m’en vais parler de Jésus à ma cousine!
Je m’en vais pour que Jésus sanctifie son Précurseur! Je m’en vais porter le bon Dieu! Eh bon, mettons-nous sur les grandes routes
du pays et voici qu’un prêtre s’amène dans une belle grosse automobile, faisant
du 60 milles à l’heure. Demandons-lui
donc où il va si vite? Combien vont vous
répondre: nous allons porter le bon Dieu à un paroissien! Nous allons faire du catéchisme à des
ignorants! Nous allons chez un confrère
pour parler du bon Dieu! Combien de ces
coureurs des chemins ont un motif purement surnaturel de sortir ainsi? Pourtant on avait acheté ce beau char,
disait-on, pour aller voir les pécheurs de la paroisse! visiter les malades!… et maintenant on
néglige tous ses devoirs religieux tous ses paroissiens, pour courir à travers
le pays pour toutes sortes de raisons de païen.
Demandez donc à ce vicaire qui rentre après minuit où il est allé? Combien vont pouvoir vous dire: Je suis allé
porter Jésus à un tel; je suis allé sanctifier une telle; je suis allé parler
des choses de Dieu avec des confrères!
Combien de ces veilleurs de nuit ont un motif purement surnaturel de
rentrer après minuit? Voyez-vous tous
ces sorteurs, tous ces coureurs de chemins dire aux autres où ils sont
allés? Ce qu’ils ont fait? Jamais de la vie! Ils ne veulent jamais en parler à ceux qui
sont aux choses de Dieu. Ils en
parleront avec leurs pareils et encore très rarement. Quand la conduite est louche on n’aime pas à
l’étaler au grand jour. Aussi quand un
prêtre ou un religieux ne parle pas de ses visites au dehors devant la
communauté ou devant les autres prêtres, c’est toujours mauvais signe. Celui qui va administrer une malade n’a pas
honte de le dire aux autres. Comme ils
sont rares les porteurs de Jésus! Comme
ils sont rares ceux qui veulent en parler!
Demandons donc à la Ste-Vierge de ne jamais sortir que pour aller porter
le bon Dieu aux autres, jamais sortir que pour des motifs purement surnaturels! Nous sommes des porte Dieu par vocation, les
laïques comme les prêtres. Eh bien,
sortons pour aller porter Jésus à d’autres avec tact et charité. Voilà la conclusion de ce mystère de la
Visitation.
SES
EFFETS.
La
sanctification de Jean-Baptiste qui reçoit la grâce sanctifiante et est rempli
du St-Esprit, comme l’avait dit l’ange à son père. Il passe donc de l’ordre naturel à l’ordre
surnaturel; il devient l’enfant de Dieu et héritier du ciel. Dieu a voulu nous enseigner ce que nous devons
faire quand nous recevons le divin: nous devons nous réjouir intérieurement et
exprimer à Dieu notre foi et notre reconnaissance. C’est pourquoi il fait tressaillir Jean dans
le sein de sa mère et qu’elle nous le dit.
Evidemment il ne fera plus cela ni pour Jean ni pour nous. Mais il attire notre attention sur cette joie
exprimée par Jean afin que nous le fassions par la foi. Par exemple: je viens de communier: je sais
que je viens de recevoir Jésus en personne alors quand même je ne ressentirais
absolument rien, tout de même la foi me dit que c’est mon Dieu. Eh bien!
Je dois exciter en moi la joie et la reconnaissance comme si je voyais
Jésus. Voilà ce que c’est que d’agir
selon la foi. Dieu nous montre en Jean
ce qu’il veut de nous dans les circonstances analogues.
Si
c’est Jésus qui sanctifie Jean-Baptiste, on remarquera que c’est Marie qui le
porte jusque là. Quand nous voudrons
convertir des pécheurs et que nous voulons leur donner Jésus, qu’on n’oublie
pas de faire porter Jésus par Marie. Qu’on
lui confie cette conversion; elle a incomparablement plus de chance que nous de
réussir. Aux pécheurs eux-mêmes,
parlons-leur de Marie d’abord, faisons-les prier Marie et elle préparera mieux
le terrain pour qu’ils reçoivent Jésus.
La première conversion de Jésus ou la première sanctification est un
modèle de perfection pour nous tous.
Jean Baptiste incarne toutes les conditions que Dieu veut voir dans ses
chrétiens. Il va pousser le mépris des
créatures et le mépris de soi-même jusqu’à la limite extrême. Il ne vit pas du tout pour la terre; son
esprit et son coeur sont tout entiers aux choses de Dieu. Comme il montre clairement à tous que la
pénitence est nécessaire absolument à tous ceux qui veulent recevoir Jésus,
parce que tous ont péché d’une façon ou d’une autre. Et le bon Dieu nous donne ce modèle de
pénitence dans un homme qui n’a jamais commis un seul péché personnel! Combien plus devons-nous faire
pénitence! Mais surtout il ne s’occupera
que du royaume de Dieu qu’il prêchera à des foules qui viendront l’entendre
dans le désert, sur les bords du Jourdain.
Nous devons débarrasser notre coeur des créatures afin de le tourner
complètement vers Dieu. Cette partie
positive est la plus importante.
L’inspiration d’Elisabeth suit immédiatement la sanctification de
Jean-Baptiste et c’est par lui qu’elle reçoit l’inspiration du St-Esprit. C’est au tressaillement de son enfant qu’elle
est avertie de quelque chose d’extraordinaire dans cette visite de Marie. Au même instant le St-Esprit lui révèle la
maternité divine de Marie. Elisabeth
marque clairement que toute cette manifestation de divin est déclenché par
Marie. «Car dès que votre voix a frappé
mes oreilles, lorsque vous m’avez saluée, mon enfant a tressailli de joie dans
mon sein.» Le St-Esprit attend la voix
de Marie pour sanctifier Jean Baptiste, comme il a attendu sa voix pour opérer
l’incarnation du Verbe en Marie. Le fait
qu’il inspire l’Evangéliste de donner ces détails montre qu’ils sont importants
pour nous tous. C’est donc Marie qui est
la médiatrice des grâces que Dieu donne au monde. Le St-Esprit prend la peine de signaler que
c’est par la voix de Marie qu’il a opéré non seulement l’Incarnation, mais
aussi les premiers miracles de la grâce de Jésus et de sa puissance. S’il a fait cela au début de l’Eglise et continue
de le faire encore de nos jours et c’est ce que l’Eglise approuve par la
nouvelle fête instituée sous le titre de Marie Médiatrice de toutes
grâces. Le St-Esprit lui révèle que
Marie est la Mère du Sauveur, car elle s’écrie: «Vous êtes bénie entre les
femmes et le fruit de vos entrailles est béni et d’où me vient ce bonheur que
la Mère de mon Seigneur vienne à moi?» L’Eglise répétera jusqu’à la fin des
temps ces premières paroles. Elle se
sent indigne de tant d’honneur et exprime son humilité en disant: «D’où me
vient ce bonheur que la Mère de mon Seigneur vienne à moi?»
Quel
privilège pour Elisabeth! Elle est
inondée de divin! Son enfant est rempli
du St-Esprit; elle-même en déborde et elle a devant elle et dans ses bras la
Mère du Messie qu’elle porte! Toute la
Trinité qui la pénètre et l’enflamme et qui l’entoure! Tout le divin de l’Ancien et du Nouveau
Testament se trouve dans sa maison et dans son coeur! Que tous ceux qui veulent recevoir le
St-Esprit avec ses grâces s’appuient toujours sur Marie; qu’ils l’intéressent
d’abord à ce qu’ils veulent pour qu’elle dise un mot en leur faveur… et alors
le St-Esprit agira. Voici les paroles
les plus importantes pour nous: «Vous êtes bienheureuse d’avoir cru, parce que
ce qu’il vous a dit de la part du Seigneur s’accomplira.» Ce n’est donc pas le
fait d’avoir conçu Jésus dans son sein qui donne du mérite à Marie, mais sa
foi! Voilà une des plus importantes
leçons que le StEsprit nous donne par Elisabeth. tout ce divin vient de la foi de Marie. Un jour Jésus indiquera l’importance de la foi
quand on lui dira que sa Mère est à la porte et l’attend; il dit: «Ma Mère, ce
sont ceux qui croient en moi! C’est par
la foi que nous concevons Jésus dans notre âme et donc nous faisons comme Marie
a fait: nous sommes donc comme sa Mère.
C’est donc la foi qui fait descendre Jésus dans nos coeurs… ce n’est pas
le bon sens ni la volonté humaine! Voilà
pourquoi Dieu aime à nous demander tant de choses qui répugnent à nos deux
facultés afin de nous faire monter plus haut qu’elles pour agir selon la lumière
divine. Soyons donc contents quand Dieu
nous demande ces choses qui nous dépassent, pensons tout de suite qu’il se
tient près de nous pour nous donner du divin en proportion que la chose est
pénible à la nature. Allons-nous prendre
50 ans pour le pratiquer? St-Paul dit
que ce sont ceux qui sont conduits par l’Esprit-Saint qui sont les enfants de
Dieu. Rom. 8-14.
Il ne dit pas que ce sont ceux qui se conduisent par leur jugement ni
par leur volonté, mais par le Saint-Esprit!
et cela n’est pas pour une fois ou deux dans la vie, ce doit être dans
tous les détails de la vie. Notre
destinée surnaturelle ne fait pas que s’ajouter à notre destinée naturelle pour
que nous nous en servions le dimanche et les jours de fête et le reste du temps
agir selon notre destinée naturelle.
Elle supplante la destinée naturelle, qui n’existe plus! Par conséquent toute la vie dans tous ses
détails doit être conduite par la lumière de la foi, influencée par des motifs
surnaturels implicites ou virtuels, mais réels quand même. Tous les prêtres et tous ceux qui sont
chargés d’éducation des autres devraient donner cet enseignement bien clair et
les exercer assez pour que tous agissent normalement selon la foi en toutes
choses sans aucune exception. Nous
sommes les enfants de Dieu en tout temps; donc nous devons nous laisser
conduire par l’Esprit de Dieu ou par la lumière de Dieu qui est la foi. Plus nous agirons selon la foi et plus nous
ressemblerons à la Ste Vierge, qui a conçu Jésus par la foi. Quel honneur pour nous et quelle grâce que de
devenir des «Mères» de Jésus. Lui-même
le dit, prenons-le sérieusement! Le
secret donc de faire descendre le divin en moi est de croire de plus en plus et
plus parfaitement. Travaillons donc
notre moi avec soin et avec la grâce de Dieu tout nous vient par elle! Inspiration de Marie. Comme les eaux reviennent à la mer après
avoir fécondé la terre, ainsi l’inspiration de Marie, après avoir sanctifié
Elisabeth et Jean Baptiste, revient à elle.
Elle voit le plan de Dieu se dérouler devant elle pour la rédemption de
l’humanité. Elle dit son sublime
cantique d’action de grâce envers Dieu pour ses magnificences envers les
hommes, et envers elle surtout.
Ceux
qui enseignent les voies de Dieu aux autres recevront un surcroît de lumière divine
pour celle qu’ils ont donnée aux autres.
L’Ecriture dit qu’ils brilleront comme des soleils dans l’éternité. Ils en auront donc reçu beaucoup pendant leur
vie parce qu’ils l’ont donnée aux autres.
Plus on sème de foi, plus on récolte de foi, selon la doctrine du grain
de blé: plus on sème plus on récolte.
Soyons donc des apôtres pour tout de bon afin de répandre autour de nous
la doctrine de Jésus et les voies de Dieu.
Quel beau stimulant pour l’apostolat et pour l’action catholique. Soyons apôtres convaincus! Ce n’est pas facile d’analyser le
Magnificat. C’est un débordement de
louange et de reconnaissance qui ne se canalise pas. On sent que la Ste Vierge se sent incapable
d’exprimer tout ce qu’elle ressent en son âme.
D’abord c’est la grandeur de Dieu qu’elle veut louer. Son âme fait grand le Seigneur! Remarquons que c’est son âme, pas seulement
ses lèvres; elle n’est pas distraite en disant ces mots. Elle pense à ce qu’elle dit et elle exprime
ce qu’elle a dans son coeur. Essayons
donc de l’imiter quand nous récitons ou que nous chantons l’office, ou que nous
disons la messe, et en général dans nos prières. Non seulement son coeur, mais son esprit
exulte de joie en Dieu son Sauveur.
Servons-nous de toutes nos facultés pour louer Dieu. Que notre attention suive ce qui vient du
coeur afin de le diriger vers Dieu. Que
de perroquets parmi les chrétiens qui pensent à toute autre chose qu’aux
louanges qu’ils récitent par coeur sans le coeur! Elle exprime son humilité en attribuant tout
à Dieu, mais remarquons qu’elle a conscience des grandes choses que Dieu a
faites en elle et que toutes les générations l’appelleront bienheureuse! On peut donc être humble et reconnaître les
grandes faveurs que Dieu nous fait. Elle
ne parle pas de pourriture ni de néant, pourtant c’est la plus humble des
créatures. C’est pour cela que son
humilité est parfaite et cellelà consiste simplement à attribuer à Dieu les
bonnes choses qu’on a ou qu’on fait.
Voilà notre modèle de l’humilité!
Ce n’est pas celle des anciens jansénistes qui ne parle que de
pourriture et de néant. Après avoir
parlé de ce que Dieu a fait en elle, elle loue sa miséricorde sur le monde
parce qu’il a déployé sa puissance pour accomplir les prophéties et donner le
salut à Israël et à toute la terre.
Comme Dieu a dû surveiller les événements et renverser une foule
d’ennemis du peuple juif qui les auraient détruits et empêché leur
accomplissement. Il a pu ainsi combler
ceux qui soupiraient après le Messie et qui s’humiliaient devant Dieu pour
mieux mériter sa venue. Dieu a enfin
fait tout ce qu’il avait promis aux Juifs pour le salut du monde. La conclusion pour nous est que nous devons
renvoyer à Dieu la gloire de tout le bien que nous faisons par lui. Il en est le seul véritable auteur; nous ne
sommes que ses instruments, par conséquent, c’est à lui que doit aller notre
louange et notre reconnaissance. Si nous
avons le malheur de garder pour nous cette gloire qui lui appartient il nous
renversera comme les puissants qui lui ont volé sa gloire et il élèvera les
humbles qui lui attribuent tout. Comme
il est rare de trouver des apôtres dans tous les rangs de la société qui ne
sont pas chatouilleux sur leur honneur!
Comme ils sont heureux quand on les loue! Comme ils boudent quand on les humilie ou
même qu’on ne leur donne pas les louanges qu’ils s’attendent de recevoir. Mettons deux prêtres ensemble pour faire de
l’apostolat et comme ils vont se chicaner vite justement à cause de leur
susceptibilité sur celui qui mérite les louanges des sens. Celui qui n’en a pas devient jaloux de
l’autre. De même parmi les laïques; que
de rivalités sur le crédit qu’on veut recevoir des autres. Combien sont tristes du fait que d’autres
sont loués et qu’on les oublie! Quel
rare apôtre que celui qui ne travaille que pour Dieu et qui n’attend que de
Dieu seul sa récompense! Que Dieu nous
en donne quelques-uns de plus!
mardi 15 septembre 2015
Légende de l'Exaltation de la sainte Croix - Jacques de Voragine
L'Exaltation
de la sainte Croix se célèbre avec solennité dans l'Église. L'an du Seigneur
six cent quinze, Dieu permit que son peuple fût frappé de la persécution des
païens; et Cosroës, roi des Perses, soumit à son empire impie tous les royaumes
de la terre. Venant à Jérusalem, il revint effrayé du sépulcre du Seigneur, et
il emporta la sainte Croix que sainte Hélène y avait laissée. Voulant être
adoré de tous comme un dieu, il fit construire une tour d'or et d'argent et de
pierres précieuses, et il y plaça les images du soleil, de la lune et des
étoiles. Par des conduits cachés, il amenait en haut de l'eau, qu'il faisait
ensuite retomber en pluie; et, dans un souterrain, il avait placé des chevaux
qui tournaient en traînant avec fracas des chariots, et en simulant le bruit du
tonnerre. Ayant laissé l'empire à son fils, il résida clans cette retraite, et
plaçant près de lui la Croix du Seigneur, il ordonna que tons lui donnassent le
titre de Dieu. Et, se tenant sur son trône comme le Père, Cosroës plaça à sa
droite, à la place du Fils, le bois de la Croix, et il mit un coq à sa gauche à
la place du Saint-Esprit, et il ordonna de l'appeler Père. Alors l'empereur
Héraclius réunit une puissante armée, et vint livrer bataille au fils de
Cosroës, près du fleuve du Danube. Les deux souverains convinrent de se mesurer
seuls, en combat singulier, sur un pont, et que celui qui resterait vainqueur
prendrait, sans qu'on lui résistât, le commandement de l'une et l'autre armée.
Il fut aussi réglé que si quelqu'un venait au secours de son prince, on lui
couperait aussitôt les bras et les jambes, et on le jetterait dans le Danube.
Héraclius s'offrit en entier à Dieu et se recommanda à la sainte Croix avec
toute la dévotion dont il était capable. Les deux champions en étant venus aux
mains, le Seigneur donna la victoire à Héraclius, et l'empereur soumit à son
commandement l'armée ennemie, et le peuple entier de Corsoës se convertit à la
foi chrétienne et reçut le saint baptême. Cosroës ignorait l'issue de la
guerre, car tous le haïssaient, mais personne n'osait lui annoncer cette
nouvelle. Héraclius vînt enfin jusqu'à lui, et le trouvant sur son trône d'or,
il lui dit : « Comme tu as rendu hommage, selon ta manière, au bois de la vraie
Croix, si tu reçois le baptême et la foi de Jésus- Christ, tu conserveras la
vie et tes Etats, en me remettant quelques otages. Mais si tu t'y refuses, je
te frapperai de mon glaive et je te couperai la tête. » Cosroës n'ayant pas
voulu accepter ces propositions, l'empereur le frappa aussitôt et lui coupa la
tête. Et comme il avait été roi, il ordonna de l'ensevelir. Héraclius fit
ensuite baptiser un fils de Cosroës, âgé de dix ans, qu'il trouva avec ce
monarque, et, le retirant lui-même des fonts sacrés, il lui remit le royaume de
son père, détruisant la tour dont nous avons parlé, il distribua l'argent à son
armée comme sa part du butin, et il réserva l'or et les pierres précieuses pour
réparer les églises que le tyran avait détruites. Prenant ensuite la sainte
Croix, il la reporta à Jérusalem. Lorsque, descendant du mont des Oliviers, il
voulut passer à cheval, et revêtu des ornements impériaux, sous la porte par
laquelle le Seigneur était entré pour se rendre au lieu de sa Passion., les
pierres de la porte tombèrent à la fois et formèrent une muraille qui ferma le
passage. Et, comme tous les assistants étaient frappés de surprise, un ange,
qui portait dans ses mains une croix, apparut sur la porte, en disant : «
Lorsque le Roi des cieux est entre par cette porte avant de souffrir, il
n'était pas revêtu du faste royal, mais il était monté sur un âne, et il a
laissé un exemple d'humilité à ses adorateurs. » Ayant dit cela, l'ange
disparut. Alors l'empereur, versant des larmes, ôta sa chaussure et se dépouilla
de ses vêtements jusqu’à la chemise, et prenant la Croix du Seigneur, il la
porta humblement sur ses épaules jusqu'à la porte. Aussitôt la dureté des
pierres céda au pouvoir céleste, et la porte, se relevant aussitôt, laissa le
passage libre. Et une odeur suave se fit sentir de nouveau, après avoir cessé
durant tout le temps que la sainte Croix avait été enlevée de Jérusalem pour
être portée en Perse. Et l'empereur s'écria, dans la ferveur de sa dévotion
pour la Croix : « O Croix plus splendide que tous les astres, chérie des
hommes, sainte à tous, qui seule a été digne de porter la rançon du monde !
Doux bois, doux clous, douce pointe, douce lance; Croix qui as porté un si doux
poids, sauve cette foule qui se réunit aujourd’hui autour de toi pour te célébrer
dans un concert de louanges, et qui se décore de ton étendard. » C'est ainsi
que cette précieuse Croix est remise en sa place, et les anciens miracles se
renouvellent. Plusieurs morts sont rendus à la vie, quatre paralytiques sont
guéris, dix lépreux deviennent purs, quinze aveugles recouvrent la vue ; les
démons sont chassés. Et l'empereur, réparant les églises et les comblant de ses
dons, revint dans ses États. Des chroniques racontent différemment ces
événements. Il y est dit que lorsque Cosroës dominait sur tous les royaumes, il
prit Jérusalem, et le patriarche Zacharie ainsi que le bois de la Croix
tombèrent en son pouvoir. Héraclius voulait faire la paix avec lui, et il jura
qu'il ne conclurait jamais la paix avec les Romains jusqu'à ce que l'empereur
eût renié Jésus-Christ et eût adoré le soleil. Alors Héraclius, plein de zèle,
conduisit une armée contre lui, et il vainquit les Perses dans divers combats,
et il força Cosroës à s'enfuir jusqu'à Tésifonte. Ensuite Cosroês, attaqué de
la dysenterie, voulut faire couronner roi son fils Medasas. Et son fils aîné
Siroïs, apprenant son intention, fit un traité avec Héraclius ; et, attaquant
son père avec les nobles, il le jeta en prison. Et après l'avoir nourri du pain
de la tribulation et de l'eau d'angoisse, il le fit tuer à coups de flèche.
Ensuite il remit à Héraclius tous les détenus avec le patriarche et le bois de
la Croix. L'empereur rapporta à Jérusalem ce bois précieux, et revint ensuite à
Constantinople. C'est ce qui se lit dans beaucoup de chroniques. Et, parmi les
païens, la Sybille s'exprima en ces termes au sujet de ce bois, ainsi qu'on le
lit dans l'Histoire tripartite : « O bois trois fois heureux sur lequel Dieu a
été étendu! » — Un juif étant entré dans l'église, de Sainte-Sophie, à Constantinople,
y vit une image de Jésus-Christ. Et voyant qu'il était seul, il tira son épée,
et s'approchant, il frappa à la gorge l'image de Notre-Seigneur, et aussitôt il
jaillit de cette blessure du sang, et la figure et la tête du juif en furent
inondées. Rempli d'effroi, il saisit l'image, la jeta dans un puits, et il prit
la fuite. Un chrétien le rencontra et lui dit : « D'où viens- tu, juif? tu as
tué un homme, » Et le juif répondit « C'est faux. » Le chrétien lui répliqua «
En vérité, tu as commis un homicide, et tu es tout couvert de sang. » Le juif
répondit : « Le Dieu des chrétiens est grand, et sa foi est démontrée en toutes
choses. Je n'ai point frappé un homme mais l'image de Jésus-Christ, et aussitôt
il a jailli du sang de sa poitrine. » Le juif mena ensuite le chrétien au puits
et ils en retirèrent la sainte image. La blessure faite à la poitrine du
Sauveur est encore apparente aujourd'hui, à ce que l'on rapporte, et le juif se
convertit aussitôt à la foi. — Dans la ville de Bérich, en Syrie, un chrétien
qui était logé dans une maison moyennant un payement annuel, avait attaché une
image de Jésus-Christ en croix sur la muraille, à la tête de son lit, et il
priait assidûment devant. A l'expiration de l'année, il loua une autre maison,
et, par oubli, il laissa l'image dans celle qu'il venait de quitter. Un juif
vint occuper cette maison, et un jour il invita à dîner un de ses
coreligionnaires. Pendant le repas, celui qui avait été invité, regardant
autour de lui, vit l'image fixée sur le mur, et frémissant de colère contre
celui qui l'avait invité, il lui fit de grandes menaces de ce qu'il osait
garder chez lui l'image de Jésus-Christ de Nazareth. L'autre juif, qui n'avait
pas encore vu l'image, affirmait, par tous les serments qu'il pouvait faire, qu'il
ne savait de quelle image on lui parlait. Alors son convive feignit de
s'apaiser, puis il prit congé, et il alla accuser auprès du chef de sa nation
le juif chez lequel il avait trouvé l'image. Les juifs se réunirent et vinrent à
sa maison, et ayant vu l'image, ils l'accablèrent d'outrages et ils le jetèrent
à demi mort hors de la synagogue, et, foulant l'image aux pieds, ils
renouvelèrent contre elle tous les mauvais traitements de la Passion du
Seigneur. Lorsqu'ils lui percèrent le côté avec une lance, il en sortit
aussitôt du sang et de l'eau, et un vase qu'on approcha en fut tout plein. Les
juifs, frappés de stupeur, apportèrent ce sang à la synagogue, et tous les
malades qui en furent frottés recouvrèrent aussitôt la santé. Alors les juifs
allèrent raconter en détail tous ces miracles à l'évêque et ils reçurent tous
le baptême, se convertissant à la foi de Jésus- Christ. L'évêque conserva ce
sang dans des ampoules de verre et de cristal. Il fit aussi venir à lui ce
chrétien, et il lui demanda qui avait fait une si belle image. Et le chrétien
dit : « C'est Nicodème qui l'a faite, et en mourant, il l'a laissée à Gamaliel;
Gamaliel à Zachée, Zachée à Jacques, Jacques à Simon. Elle est restée à
Jérusalem jusqu'à la destruction de cette ville, et alors elle a été portée par
les fidèles dans le royaume d'Agrippa, et de là clans ma patrie, et elle m'est
venue de mes parents par droit d'héritage. Cela se passa en l'an du Seigneur
sept cent cinquante. Alors tous les juifs changèrent leurs synagogues en
églises. Et c'est alors que s'introduisit l'usage de consacrer les églises;
précédemment, on ne consacrait que les autels. A cause de ces miracles,
l'Église ordonna que le cinq des calendes de décembre il serait fait la mémoire
de la Passion du Seigneur, ou, à ce qu'on lit ailleurs, le cinq des ides de
novembre. Et l'on consacra à Rome l'église en l'honneur du Sauveur, où l'on
conserve une ampoule de ce précieux sang, et l'on en célèbre encore la fête
avec solennité. La vertu de la Croix se révéla aussi dans toute sa grandeur
chez les infidèles. Car, ainsi que saint Grégoire le rapporte dans le troisième
livre de ses Dialogues, André, évêque
de Fondi, ayant permis à une religieuse d'habiter avec lui, le malin esprit
commença à lui remettre sous les yeux la beauté de cette femme et à lui
suggérer au lit des pensées impures. Un jour, un juif qui se rendait à Rome,
voyant la nuit approcher, et ne trouvant pas d'endroit où il pût s'arrêter,
entra dans un temple d'Apollon pour y rester jusqu'au matin. Et craignant le
sacrilège, quoiqu'il n'eût point foi en la croix, il se munit du bois de la
croix. En s'éveillant au milieu de la nuit, il vit une foule de malins esprits
qui se tenaient dans l'attitude du respect devant un démon qui était au milieu
d'eux, et il dit à chacun de rendre compte de ce qu'il avait fait de mal. Saint
Grégoire a passé sous silence, pour motif de brièveté, le mode de cette
discussion. Mais on peut imaginer ce qu'il fut, d'après un exemple semblable
qu'on lit dans la Vie des Pères. Car quelqu'un étant entré dans un temple des
idoles, y vit Satan qui était assis, et tous ses soldats l'entouraient. Et un
des malins esprits survint et l'adora, et Satan lui dit : « D'où viens-tu? » Et
il répondit « J'ai été en telle province, et là j'ai suscité de grands troubles
et déchaîné des guerres furieuses, et j'ai fait verser beaucoup de sang, et je
viens te l'annoncer. » Et Satan lui dit : « En combien de temps as-tu fait
cela? » Il répondit : « En trente jours. » Et Satan répliqua : « Pourquoi as-tu
mis tant de temps pour accomplir pareille chose ? » Et il dit aux assistants :
« Prenez-le et flagellez-le, et battez-le bien fort. » Et il .vint un second
démon qui adora Satan et qui dit : « Maître, j'ai été sur mer, et j'ai soulevé
de furieuses tempêtes, et, faisant sombrer beaucoup de navires, j'ai fait périr
beaucoup de monde. » Et Satan lui répondit : « En combien de temps as-tu fait
cela? » Le démon répondit : « En vingt jours..» Et Satan ordonna de le
flageller pareillement, disant : « Comment dans un pareil espace de temps as-tu
pu faire si peu de chose ? » Et il vint un troisième démon qui dit : « J'ai été
dans une certaine ville, et j'ai occasionné une grande querelle à des noces, et
j'ai fait couler beaucoup de sang et l'époux a été tué, et je suis venu t'apporter
cette nouvelle. » Et Satan lui dit : « Combien as-tu mis de temps à faire cela?
» Le démon répondit « J'ai mis vingt jours. » Et Satan lui répliqua : « Est-ce
qu'en un pareil espace de temps tu as fait si peu de chose ? » Et il ordonna
aussi que celui-ci fût rudement fouetté. Un quatrième vint et dit : « J'ai été
dans un désert, et je suis resté quarante ans auprès d'un moine, et je l'ai
enfin fait tomber dans le péché de la chair. » Lorsque Satan l'entendit, il se
leva de dessus son trône, et embrassant ce démon, il ôta sa couronne de dessus
son front et il la lui mit sur la tête, et il le fit asseoir près de lui,
disant « Tu as vraiment fait quelque chose de grand, et tu as plus travaillé
que tous les autres. » C'est donc ainsi ou dans ce genre qu'a pu être le débat
que saint Grégoire passe sous silence. Lorsque chacun des malins esprits eut
dit ce qu'il avait fait, il en vint un qui dit de quelle tentation charnelle il
avait agité l'évêque André au sujet de cette religieuse. Et il ajouta que la
veille, à l'heure clos vêpres, il avait amené l'évêque à donner à cette femme
un petit coup sur le dos en marque de caresse. Alors Satan l'engagea à
accomplir ce qu'il avait commencé, et il dit que l'auteur de la chute de
l'évêque mériterait la palme au-dessus de tous les autres. Et il ordonna
ensuite aux démons de voir quel était cet homme qui avait eu l'audace de se
coucher dans le temple. Le juif fut alors saisi d'épouvante; mais quand les
esprits envoyés vers lui virent qu'il était muni du signe de la croix, ils se
mirent à pousser de grands cris, et ils dirent: « C'est un vase vide, mais scellé.
» Et cette troupe de démons disparut aussitôt. Et le juif alla trouver
l'évêque, et il lui raconta tout ce qui était advenu. L'évêque, en l'entendant,
se mit à gémir, et il renvoya loin de sa maison toutes les femmes, et il
baptisa le juif. Saint Grégoire rapporte aussi, dans ses Dialogues, qu'une
religieuse étant entrée dans un jardin, vit une laitue et la trouva de son
goût, et, oubliant de la bénir en faisant dessus le signe de la croix, elle y
mordit avec avidité ; mais elle tomba aussitôt, le démon s'étant emparé d'elle.
Et un homme de Dieu étant venu vers elle, le démon commença à crier et à dire :
« C'est moi qui l'ai fait, c'est moi qui l'ai fait; j'étais assis sur cette
laitue, elle est venue, et elle m'a avalé. » Mais les prières du serviteur de
Dieu le forcèrent bientôt à se retirer. On lit dans l'Histoire ecclésiastique, que les gentils avaient peint, à
Alexandrie, les armes de Sérapis sur les murailles ; Théodose ordonna que l'on
détruisît ces marques et que l'on y substituât le signe de la croix : ce que
voyant, les gentils et les prêtres des idoles se firent baptiser, disant qu'ils
avaient appris, par une tradition très ancienne, que ce qu'ils vénéraient devait
subsister jusqu'à ce qu'il fût remplacé par le signe dans lequel est la vie. Et
ils avaient dans leur alphabet une lettre à laquelle ils donnaient le nom de
sacrée et qui signifiait la vie future, et qui avait la forme d'une croix.
Jacques de Voragine – La Légende
dorée, Tome II
mardi 8 septembre 2015
Nativité de la Sainte Vierge

Est-il
bien vrai qu'à la naissance de Marie, cette grande lumière ait été autre chose
qu'un nouvel astre placé au firmament ?
M.
F., ouvrez les yeux de votre foi, élevez vos cœurs et comprenez ce grand
mystère. La naissance de Marie, la naissance de Jésus et la naissance du
chrétien sont une seule nativité: la nativité de l'homme nouveau. Or ce grand
jour a ses trois articulations comme tous les autres jours; il a son aurore,
son lever du soleil et son midi indéfectible.
Le
midi, c'est la perpétuelle naissance de l'Eglise par le baptême. Le lever du
soleil a eu lieu à Bethléem, et l'aurore c'est la Nativité de Marie. Voilà pourquoi,
à propos de la naissance de Marie, l'Eglise chante: Votre nativité,
Vierge,
Mère de Dieu, annonça la joie au monde universel, car de vous est né le soleil
de justice, le Christ notre Dieu, qui, abolissant la malédiction, a donné la
bénédiction, et confondant la mort, nous a donné la vie éternelle.
Ainsi
donc la naissance de Marie est l'aurore du jour divin qui devait inonder
l'univers de lumière et de vie. C'est donc l'aurore de notre jour à nous, le
moment à jamais mémorable, où nous sommes sortis de l'abîme des ténèbres et de
la mort; c'est le commencement de la résurrection universelle. Et alors, Marie
est l'apparition anticipée de nous-mêmes. En la voyant et en l'admirant, nous
voyons et nous admirons notre glorieux avenir. Telle elle est, tels nous
serons; car non seulement notre âme, mais ce misérable corps lui-même sera
réformé et prendra la glorieuse figure du corps brillant du Christ. Cette
magnifique réformation de l'humanité a commencé en Marie qui est en même temps,
la première opération du Christ, et la preuve que cette opération doit
s'étendre à la multitude des enfants de Dieu.
En
effet, quand nous voyons Marie, qui n'est qu'une pure créature, enrichie de
tant de gloire et de beauté, nous savons que Dieu n'a pas limité ses
libéralités à la seule humanité unie personnellement à son Fils. En voyant la
tête et le cœur du grand Corps chrétien si brillamment ornés, nous en concluons
que tous les autres membres de ce corps immense entreront, à leur tour, dans la
puissance, la richesse, la beauté et la joie de Marie. Donc, loin de nous ces
sentiments pervers qui sont de véritables excroissances de l'infernale
inimitié. Au lieu de nous offusquer des gloires de Marie, nous les aimerons
comme le fils aime la beauté de sa mère. Comme l'avare aime son trésor, comme
le fils de famille aime la gloire de ses aïeux.
Oui,
ô Marie, nous sommes vos fils et nous sommes fiers des splendeurs de notre
mère. Marie, nous sommes vos enfants, et nous sommes joyeux de ce que vous êtes
la plus riche, la plus belle et la plus gracieuse des créatures. Avec notre
cœur, bien plus qu'avec nos lèvres, nous chanterons le brillant mystère de
votre nativité. Oui, cordialement et vivement, nous chantons au Christ un
cantique de félicitations.
Nous
le félicitons d'avoir une mère si belle, si grande et si bonne. Et puis, avec
une joie pleine de suavité, nous célébrons cette nativité de la bienheureux
Vierge Marie, car c'est notre bien et notre béatitude que nous célébrons,
puisque cette nativité merveilleuse a illustré toutes les sociétés du ciel et
de la terre.
Abbé Picus - Nativité de la Sainte Vierge
lundi 7 septembre 2015
Bergoglio, le FSSPX et la juridiction
mercredi 2 septembre 2015
« Vous êtes la véritable Eglise, dont ils se séparent. » Saint Athanase

Lettre
de Saint Athanase évêque d’Alexandrie à ses diocésains en 356
Deus
quidem vos consoletur, novi autem quia non hoc solum vos contristat, sed
contristat et illud, quia ecclesias quidem alii per violentiam tenuerunt, vos
autem interim foris estis a locis ; illi enim loca, vos vero habetis
apostolicam fidem. Illi in locis exsistentes, a vera fide sunt foris : vos vero
a locis quidem foris estis, fides vero intus. Discutiamus quid sit majus, locus
an fides : claret utique quia vera fides. Quis ergo amplius perdidit, vel quis
amplius habet, qui locum tenet, an qui fidem ? Bonus quidem locus est, quando
illic apostolica fides praedicatur : sanctus est, si ibi habitat sanctus.
Vos
autem beati, qui fide in Ecelesia estis, in fidei fundamentis habitatis, et
sufficientem satisfactionem habetis, fidei summitatem., quae in vobis permanet
inconcussa ; ex apostolica enim traditione pervenit ad vos, et frequenter eam
exsecranda invidia voluit commovere, nec valuit : magis autem per ea quae
commoverunt sunt abscissi. Hoc est enim quod scriptum est : Tu es Filius Dei
vivi, Petro per revelationem Patris confesso et audiente : Beatus es, Simon
Barjona, quia caro et sanguis non revelavit tibi, sed Pater meus qui in caelis
est Matth. XVI-17, et coetera. Nemo igitur unquam vestrae fidei praevalebit,
dilectissimi fratres : si enim aliquando ecclesias reddiderit Deus, credimus
enim hoc ; verumtamen ne tanta ecclesiarum redditionem sufficit nobis fides. Et
ne forte sine scripturis loquens, violentia dicam, bonum est vos ad
Scripturarum testimonia trahere. Commemoramini enim quia templum quidem erat
Jérusalem : templum non erat in eremo, alienigenae invaserant. Ex quo et
templum vero Jerusalem ; illi ejecti Babylonia descenderunt, judicio probantis,
sive etiam corrigentis Dei ; mainifestantis vero inimicorum sanguinem vorantium
poenas ignaris. Et locum quidem habebant alienigenae ; loci vero Dominum
nesciebant. In tantum vero, quia nec responsa dabat, nec loquebatur, sed a
veritate desolati fuerunt. Quid igitur eos juvat locus ? Ecce enim locum
babentes accusantur a diligentibus Deum, quia eum fecerunt speluncam latronum,
et domum negotiationis, et domum veli locum sanctum fecerunt amentes sibi, quos
illic non licebat intrare. Audivimus enim, dilectissimi, discentes ab his qui
inde venerunt haec et deteriora his. Quando igitur labore videntur Ecclesiam
tenere, tanto magis ejecti sunt. Et putantur esse infra veritatem,expulsi sunt
autem et capti, et nullum lucrum sola Ecclesia quia rarum [rerum] veritas
judicatur.
Lettre
de Saint ATHANASE Patriarche d'Alexandrie 328-373 à son troupeau
PG.
XXVI col. 1189
Vous
êtes la véritable Eglise, dont ils se séparent.
Que
le Seigneur vous console dans les afflictions qu'il vous envoie. Une des plus
sensibles pour vous, est la perte de vos Eglises, dont les ennemis de J. C. se
sont emparés; & de vous voir sans temple, pour vous réunir. Vos ennemis
occupent le lieu saint, mais vous avez la foi des Apôtres: ils ont les temples
de l'Église, mais ils ne sont plus à elle; parcequ'ils ont renié sa foi: pour
vous, vous n'avez pas cessé de lui appartenir. Quel est donc celui des deux
partis qui a perdu le plus? Quel est celui qui possède plus qu'il n'avoit :
celui qui s'est emparé des murs de vos temples, ou celui qui a conservé la foi
de l'Eglise) Il est bon d'avoir des temples: niais c'est lorsque la foi de
l'Eglise y est prêchée. Les temples ne sont saints, que lorsque l'auteur de
toute sainteté, y habite. Cette privation ne sera que momentanée. Nous espérons
que le seigneur nous les rendra un jour dans sa miséricorde. Les Juifs dans le
désert n'avoient point de temple, pendant que Jérusalem étoit entre les mains
des Infidèles. Quand ils furent mis en possession de cette ville, ils en
bâtirent un. Mais par un jugement secret de Dieu, qui voulut les éprouver, ou
les punir; ils perdirent leur temple & leur ville", & ils furent
conduits en captivité à Babylone. Les Infidèles prirent alors possession de la
ville & du lieu saint, mais ils ne connoissoient pas le Seigneur, & il
ne répondoit pas à leurs voeux Quel avantage tirèrent-ils donc du lieu saint?
Ceux qui occupent les vôtres sont accusés par ceux qui craignent le Seigneur,
d'avoir fait de sa maison, une caverne de voleurs, une maison de commerce. Plus
ils ont fait d'efforts pour s'emparer de vos temples, plus ils se sont éloignés
de la sainte société de l'Eglise. La seule possession du temple n'est donc pas
un avantage: car c'est la vérité des choses que nous jugeons, c'est à elle
seule que nous attachons quelque prix…
lundi 24 août 2015
La Salette

L’apparition de la très
Sainte Vierge sur la montagne de la Salette
LE 19 SEPTEMBRE 1846.
I.
Le 18 septembre, veille
de la sainte Apparition de la Sainte Vierge, j'étais seule comme à mon
ordinaire à garder les quatre vaches de mes maîtres. Vers les onze heures du
matin, je vis venir auprès de moi un petit garçon. A cette vue, je m'effrayai,
parce qu'il me semblait que tout le monde devait savoir que je fuyais toutes
sortes de compagnies. Cet enfant s'approcha de moi et me dit : « Petite, je
viens avec toi, je suis aussi de Corps.» A ces paroles, mon mauvais naturel se
fit bientôt voir, et, faisant quelques pas en arrière, je lui dis : « Je ne
veux personne, je veux rester seule ». Puis, je m'éloignais, mais cet enfant me
suivait en me disant : « Va, laisse-moi avec toi, mon maître m'a dit de venir garder mes vaches avec les tiennes ; je suis de Corps.»
Moi, je m'éloignai de
lui, en lui faisant signe que je ne voulais personne, et, après m'être
éloignée, je m'assis sur le gazon. Là, je faisais ma conversation avec les
petites fleurs du Bon Dieu.
Un moment après, je
regarde derrière moi, et je trouve Maximin assis tout près de moi. Il me dit
aussitôt : « Garde-moi, je serai bien sage. » Mais mon mauvais naturel
n'entendit pas raison. Je me relève avec précipitation, et je m'enfuis un peu
plus loin sans rien lui dire, et je me remis à jouer avec les fleurs du Bon
Dieu. Un instant après, Maximin était encore là à me dire qu'il serait bien
sage, qu'il ne parlerait pas, qu'il s'ennuierait d'être tout seul, et que son
maitre l'envoyait auprès de moi, etc... Cette fois, j'en eus pitié, je lui fis
signe de s'asseoir, et moi, je continuai avec les petites fleurs du bon Dieu.
Maximin ne tarda pas à
rompre le silence, il se mit à rire (je crois qu'il se moquait de moi) ; je le
regarde, et il me dit : « Amusons-nous, faisons un jeu.» Je ne lui répondis
rien, car j'étais si ignorante, que je ne comprenais rien au jeu avec une autre
personne, ayant toujours été seule. Je m'amusais seule avec les fleurs, et
Maximin, s'approchant tout à fait de moi, ne faisait que rire en me disant que
les fleurs n'avaient pas d'oreilles pour m'entendre, et que nous devions jouer ensemble.
Mais je n'avais aucune inclination pour le jeu qu'il me disait de faire.
Cependant je me mis à lui parler, et il me dit que les dix jours qu'il devait
passer avec son maître allaient bientôt finir, et qu'ensuite il s'en irait à
Corps chez son père, etc...
Tandis qu'il me parlait,
la cloche de la Salette se fit entendre, c'était l'Angelus ; je fis signe à Maximin
d'élever son âme à Dieu. Il se découvrit la tête et garda un moment le silence.
Ensuite, je lui dis : « Veux-tu dîner ? — Oui, me dit-il. Allons. » Nous nous
assîmes ; je sortis de mon sac les provisions que m'avaient donné mes maîtres,
et, selon mon habitude, avant d'entamer mon petit pain rond, avec la pointe de
mon couteau je fis une croix sur mon pain, et au milieu un tout petit trou, en
disant « Si le diable y est, qu'il en sorte, et si le bon Dieu y est, qu'il y
reste », et, vite, vite, je recouvris le petit trou. Maximin partit d'un grand
éclat. de rire, et donna un coup de pied à mon pain, qui s'échappa de mes
mains, roula jusqu'au bas de la montagne et se perdit. J'avais un autre morceau
de pain, nous le mangeâmes ensemble ; ensuite, nous fîmes un jeu; puis,
comprenant que Maximin devait avoir besoin de manger, je lui indiquai un
endroit de la montagne couvert de petits fruits. Je l'engageai à aller en
manger, ce qu'il fit aussitôt ; il en mangea et en rapporta plein son chapeau.
Le soir, nous descendîmes ensemble la Montagne, et nous nous promîmes de
revenir garder nos vaches ensemble.
Le lendemain, 19
septembre, je me retrouve en chemin avec Maximin ; nous gravissons ensemble la
montagne. Je trouvais que Maximin était très-bon, très-simple, et que volontiers
il parlait de ce dont je voulais parler ; il était aussi très-souple, ne tenant
pas à son sentiment ; il était seulement un peu curieux, car quand je
m'éloignais de lui, dès qu'il me voyait arrêtée, il accourait vite pour voir ce
que je faisais, et entendre ce que je disais avec les fleurs du bon Dieu ; et
s'il n'arrivait pas à temps, il me demandait ce que j' avais dit. Maximin me
dit de lui apprendre un jeu. La matinée était déjà avancée ; je lui dis de
ramasser des fleurs pour faire le Paradis. Nous nous mimes tous les deux à l'ouvrage
; nous eûmes bientôt une quantité de fleurs de diverses couleurs. L'Angelus du
village se fit entendre, car le ciel était beau, il n'y avait pas de nuages.
Après avoir dit au bon Dieu ce que nous savions, je dis à Maximin que nous
devions conduire nos vaches sur un petit plateau près du petit ravin, où il y
aurait des pierres pour bâtir le Paradis. Nous conduisîmes nos vaches au lieu désigné,
et ensuite nous primes notre petit repas ; puis, nous nous mimes à porter des
pierres et à construire notre petite maison, qui consistait en un
rez-de-chaussée, qui soi-disant était notre habitation, puis un étage au-dessus
qui était, selon nous, le Paradis. Cet étage était tout garni de fleurs da
différentes couleurs avec des couronnes suspendues par des tiges de fleurs. Ce
Paradis était couvert par une seule et large pierre que nous avions recouverte
de fleurs. Le Paradis terminé, nous le regardions ; le sommeil nous vint; nous
nous éloignâmes de là à environ deux pas, et nous nous endormîmes sur le gazon.
La Belle Dame s'assied
sur notre Paradis, sans le faire crouler.
II.
M'étant réveillée et ne
voyant pas nos vaches, j'appelai Maximin et je gravis le petit monticule. De
là, ayant vu que nos vaches étaient couchées tranquillement, je redescendais et
Maximin montait, quand tout à coup je vis une belle lumière, plus brillante que
le soleil, et à peine ai-je pu dire ces paroles : « Maximin, vois-tu, là-bas ?
Ah ! mon Dieu! » En mémo temps je laisse tomber le bâton que j'avais en main.
Je ne sais ce qui se passait en moi de délicieux dans ce moment, mais je me
sentais attirer, je me sentais un grand respect plein d'amour, et mon coeur
aurait voulu courir plus vite que moi.
Je regardais bien
fortement cette lumière qui était immobile, et comme si elle se fût ouverte,
j'aperçus une autre lumière bien plus brillante et qui était en mouvement, et
dans cette lumière une très-belle Dame assise sur notre Paradis, ayant là tête
dans ses mains. Cette Belle Dame s'est levée, elle a croisé médiocrement ses
bras en nous regardant et nous a dit : « Avancez, mes enfants, n'ayez pas peur
; je suis ici pour vous annoncer une grande nouvelle. » Ces douces et suaves
paroles me firent voler jusqu'à elle, et mon coeur aurait voulu se coller à
elle pour toujours. Arrivée bien près de la Belle Dame, devant elle, à sa
droite, elle commence le discours, et des larmes commencent aussi à couler de
ses beaux yeux.
« Si mon peuple ne veut
pas se soumettre, je suis forcée de laisser aller la main de mon Fils. Elle est
si lourde et, si pesante, que je ne puis plus la retenir.
Depuis le temps que je souffre
pour vous autres ! Si je veux que mon fils ne vous abandonne pas, je suis chargée
de le prier sans cesse. Et pour vous autres, vous n'en faites pas cas. Vous
aurez beau prier, beau faire, jamais vous ne pourrez récompenser la peine que
j'ai prise pour vous autres.
Je vous ai donné six jours
pour travailler, je me suis réservé le septième, et on ne veut pas me
l'accorder. C'est ce qui appesantit tant le bras de mon fils.
Ceux qui conduisent les
charrettes ne savent pas parler sans y mettre le nom de mon Fils au milieu. Ce
sont les deux choses qui appesantissent tant le bras de mon Fils.
« Si la récolte se gâte,
ce n'est qu'à cause de vous autres. Je vous l'ai fait voir l'année passée par
les pommes de terre ; vous n'en avez pas fait cas ; c'est au contraire, quand
vous en trouviez de gâtées, vous juriez, et vous y mettiez le nom de mon Fils.
Elles vont continuer à se gâter ; à la Noël il n'y en aura plus. »
Ici je cherchais à
interpréter la parole : pommes de terre ; je croyais comprendre que cela
signifiait : pommes. La belle et bonne Dame, devinant ma pensée, reprit ainsi :
« Vous ne comprenez pas,
mes enfants ? Je vais vous le dire autrement. »
La traduction en français est celle-ci :
« Si la récolte se gâte,
ce n'est rien que pour vous autres ; s je vous l'ai fait voir l'année passée
par les pommes de terre, et vous n'en avez pas fait cas ; c'était au contraire,
quand vous en trouviez de gâtées, vous juriez, et vous mettiez le Nom de mon
Fils. Elles vont continuer à se gâter, et à la Noël il n'y en aura plus.
« Si vous avez du blé, il
ne faut pas le semer. Tout ce que vous sèmerez, les bâtes le mangeront ; et s
ce qui viendra tombera tout en poussière quand vous le battrez. Il viendra une
grande famine. Avant que la famine vienne, les petits enfants au-dessous de
sept ans prendront un tremblement et mourront entre les mains des personnes qui
les tiendront; les autres feront pénitence par la faim. Les noix deviendront
mauvaises ; les raisins pourriront. »
Ici, la belle Dame qui me
ravissait resta un moment sans se faire entendre ; je voyais cependant qu'elle
continuait, comme si elle parlait, de remuer gracieusement ses aimables
lèvres. Maximin recevait alors son secret. Puis, s'adressant à moi, la
Très-Sainte Vierge me parla et me donna un secret on français. Ce secret, le voici
tout entier, et tel qu'elle me l'a donné :
III.
« Mélanie, ce que je vais
vous dire maintenant ne sera pas toujours secret ; vous pourrez le publier en
1858.
« Les prêtres, ministres
de mon Fils, les prêtres, par leur mauvaise vie, par leurs irrévérences et leur
impiété à célébrer les saints mystères, par l'amour de l'argent, l'amour de
l'honneur et des plaisirs, les prêtres sont devenus des cloaques d'impureté.
Oui, les prêtres demandent vengeance, et la vengeance est suspendue sur leurs têtes.
Malheur aux prêtres et aux personnes consacrées à Dieu, lesquelles, par leurs
infidélités et leur mauvaise vie, crucifient de nouveau mon Fils ! Les péchés
dos personnes consacrées à Dieu crient vers le ciel et appellent la vengeance,
et voilà que la vengeance est à leurs portes, car il ne se trouve plus personne
pour implorer miséricorde et pardon pour le peuple ; il n'y a plus d'âmes généreuses,
il n'y a plus personne digne d'offrir la Victime sans tâche à l'Eternel en faveur du monde.
« Dieu va frapper d'une
manière sans exemple.
» Malheur aux habitants
de la terre ! Dieu va épuiser sa colère, et personne ne pourra se soustraire à
tant de maux réunis.
» Les chefs, les
conducteurs du peuple de Dieu ont négligé la prière et la pénitence, et le
démon a obscurci leurs intelligences ; ils sont devenus ces étoiles errantes que
le vieux diable traînera avec sa queue pour les faire périr. Dieu permettra au
vieux serpent de mettre des divisions parmi les régnants, dans toutes les
sociétés et dans toutes les familles ; on souffrira des peines physiques et
morales ; Dieu abandonnera les hommes à eux-mêmes, et enverra des châtiments
qui se succéderont pendant plus de trente-cinq ans.
« La société est à la
veille des fléaux les plus terribles et des plus grands événements ; on doit
s'attendre à être gouvernés
par une verge de fer et à boire le calice de la colère de Dieu.
» Que le Vicaire de mon
Fils, le Souverain Pontife Pie IX, ne sorte plus de Rome après l'année 1859 ;
mais qu'il soit ferme et généreux, qu'il combatte avec les armes de la foi et de l'amour ; je serai avec
lui. »
« Qu'il se méfie de
Napoléon ; son coeur est double, et quand il voudra être à la fois pape et
empereur, bientôt »
Dieu se
retirera de lui : il est cet aigle qui, voulant toujours s'élever, tombera sur
l'épée dont il voulait se servir pour obliger les peuples à le faire élever.
» L'Italie sera punie de
son ambition en voulant secouer le joug du Seigneur des Seigneurs ; aussi elle
sera livré à la guerre ; le sang coulera de tous côtés : les Eglises
seront fermées ou profanées, les prêtres, les religieux seront chassés ; on les
fera mourir, et mourir d'une mort cruelle. Plusieurs abandonneront la foi, et
le nombre des prêtres et des religieux qui se sépareront de la vraie religion
sera grand ; parmi ces personnes, il se trouvera même des Évêques.
» Que le Pape se tienne
en garde contre les faiseurs de miracles ; car le temps est venu que les
prodiges les plus étonnants auront lieu sur la terre et dans les airs.
» En l'année 1864, Lucifer
avec un grand nombre de démons seront détachés de l'enfer ; ils aboliront la
foi peu à peu, et même dans les personnes consacrées à Dieu ; ils les
aveugleront d'une telle manière que, à moins d'une grâce particulière, ces personnes prendront l'esprit de ces
mauvais anges.
» Plusieurs maisons
religieuses perdront entièrement la foi et perdront beaucoup d'âmes.
» Les mauvais livres abonderont
sur la terre, et les esprits de ténèbres répandront partout un relâchement universel
pour tout ce qui regarde le service de Dieu ; ils auront un très-grand pouvoir
sur la nature ; il y aura des églises pour servir ces esprits.
» Des personnes seront
transportées d'un lieu à un autre par ces esprits mauvais, et même des prêtres,
parce » qu'ils ne se seront pas conduits par le bon esprit de l'Evangile, qui est
un esprit d'humilité, de charité et de zèle pour la gloire de Dieu.
» On fera ressusciter des
morts et des justes (c'est-à-dire que ces morts prendront la figure des âmes
justes qui avaient vécu sur la terre, afin de mieux séduire les hommes : ces
soi-disant morts ressuscités, qui ne seront autre chose que le démon sous ces
figures, prêcheront un autre Evangile contraire à celui du vrai Christ-Jésus,
niant l'existence du Ciel, soit encore les âmes des damnés. Toutes ces âmes
paraîtront comme unies à leurs corps. Il y aura en tous lieux des prodiges
extraordinaires, parce que la vraie foi s'est éteinte et que la fausse lumière
éclaire le monde.
»Malheur aux princes de
l'Eglise qui ne seront occupés qu'à entasser richesses sur richesses, qu'à
sauvegarder leur autorité et à dominer avec orgueil !
» Le Vicaire de mon Fils
aura beaucoup à souffrir, parce que, pour un temps, l'Eglise sera livrée à de
grandes persécutions ; ce sera le temps des ténèbres ; l'Eglise aura une crise
affreuse.
» La sainte foi de Dieu
étant oubliée, chaque individu voudra se guider par lui-même et être supérieur
à ses semblables. On abolira les pouvoirs civils et ecclésiastiques ; tout
ordre et toute justice seront foulés aux pieds ; on ne verra qu'homicides,
haine, jalousie, mensonge et discorde, sans amour pour la patrie ni pour la
famille.
» Le Saint-Père souffrira
beaucoup. Je serai avec lui s jusqu'à la fin pour recevoir son sacrifice.
» Les méchants
attenteront plusieurs fois à sa vie sans pouvoir nuire à ses jours ; mais ni
lui ni son successeur.... ne verront le triomphe de l'Eglise de Dieu.
»Les gouvernants civils
auront tous un même dessein, qui sera d'abolir et de faire disparaître tout
principe religieux, pour faire place au matérialisme, à l'athéisme, au spiritisme et à toutes sortes de vices.
» Dans l'année 1865, on
verra l'abomination dans les lieux saints ; dans les couvents, les fleurs de
l'Eglise seront putréfiées, et le démon se rendra comme le roi des coeurs.
» Que ceux qui sont à la
tête des communautés religieuses se tiennent en garde pour les personnes qu'ils
doivent recevoir, parce que le démon usera de toute sa malice pour introduire
dans les ordres religieux des personnes adonnées au péché, car les désordres et
l'amour des plaisirs charnels seront répandus par toute la terre.
» La France, l'Italie,
l'Espagne et l'Angleterre seront en guerre ; le sang coulera dans les rues ; le
Français se battra avec le Français, l'Italien avec l'Italien; ensuite il y
aura une guerre générale qui sera épouvantable. Pour un temps, Dieu ne se
souviendra plus de la France ni de l'Italie, parce que l'Evangile de
Jésus-Christ n'est plus connu. Les méchants déploieront toute leur malice ; on se
tuera, on se massacrera mutuellement jusque dans les maisons.
» Au premier coup de son
épée foudroyante, les montagnes et la nature entière trembleront d'épouvante,
par ce que les désordres et les crimes des hommes percent » la voûte des cieux.
Paris sera brûlé et Marseille englouti : plusieurs grandes villes seront
ébranlées et engloutis par des tremblements de terre : on croira que tout est
perdu on ne verra qu'homicides, on n'entendra que bruits d'armes et que
blasphèmes. Les justes souffriront beaucoup ; leurs prières, leur pénitence et leurs
larmes monteront jusqu'au ciel, et tout le peuple de Dieu demandera pardon et
miséricorde, et demandera mon aide et mon intercession. Alors Jésus-Christ, par un acte de sa justice et de sa
grande miséricorde pour les justes, commandera à ses anges que tous ses ennemis
soient mis à mort. Tout à coup les persécuteurs de l'Eglise de Jésus-Christ et
tous les hommes adonnés au péché périront, et la terre deviendra comme un
désert. Alors se fera la paix, la réconciliation de Dieu avec les hommes ;
Jésus-Christ sera servi, adoré et glorifié; la charité fleurira partout. Les
nouveaux rois seront le bras droit de la sainte Eglise; qui sera forte, humble,
pieuse, pauvre, zélée et imitatrice des vertus de Jésus-Christ. L’Evangile sera
prêché partout, et les hommes feront de grands progrès dans la foi, parce qu'il
y aura unité parmi les ouvriers de Jésus-Christ, et que les hommes vivront dans
la crainte de Dieu.
» Cette paix parmi les hommes
ne sera pas longue : vingt-cinq ans d'abondantes récoltes leur feront oublier
que les péchés des hommes sont cause de toutes les peines qui arrivent sur la
terre.
» Un avant-coureur de
l'antechrist, avec ses troupes de » plusieurs nations, combattra contre le
vrai. Christ, le seul Sauveur du
monde ; il répandra beaucoup de sang, et voudra anéantir le culte de Dieu pour
se faire regarder comme un Dieu.
» La terre sera frappée
de toutes sortes de plaies (outre la peste et la famine qui seront générales);
il y aura des guerres jusqu'à la dernière guerre, qui sera alors faite » par
les dix rois de l'antechrist, lesquels rois auront tous un même dessein et
seront les seuls qui gouverneront le monde. Avant que ceci arrive, il y aura
une espèce de » fausse paix dans le monde ; on ne pensera qu'à se divertir, les
méchants se livreront à toutes sortes de péchés, mais les enfants de la sainte
Eglise, les enfants de la foi, mes vrais imitateurs, croîtront dans l'amour de
Dieu et dans les vertus qui me
sont les plus chères. Heureuses les âmes humbles conduites par l'Esprit-Saint !
Je » combattrai avec elles jusqu'à ce qu'elles arrivent à la plénitude de
l'âge.
» La nature demande
vengeance pour les hommes, et elle frémit d'épouvante dans l'attente de ce qui
doit arriver à la terre souillée de crimes.
» Tremblez, terre, et vous,
qui faites profession de servir Jésus-Christ; et qui, au dedans, vous adorez
vous mêmes, tremblez ! car Dieu va vous livrer à son ennemi, parce que les
lieux saints sont dans la corruption ; beau » coup de couvents ne sont plus les
maisons de Dieu, mais les pâturages d'Asmodée et des siens.
» Ce sera pendant ce
temps que naîtra l'antechrist, d'une religieuse hébraïque, une fausse Vierge
qui aura communication avec le vieux serpent, le maître de l'impureté ; son
père sera Ev.; en naissant, il vomira des blasphèmes, il aura des dents ; en un
mot, ce sera le diable incarné ; il poussera des cris effrayants, il fera des
prodiges, il ne se nourrira que d'impuretés. Il aura des frères qui, quoiqu'ils
ne soient pas comme lui des démons
incarnés, seront des enfants de mal ; à
douze ans, et ils se feront remarquer par les vaillantes victoires qu'ils remporteront
; bientôt ils seront chacun à la tête des armées, assistés par des légions de
l'enfer.
» Les saisons seront
changées, la terre ne produira que de mauvais fruits, les astres perdront leurs
mouvements réguliers, la lune ne reflétera qu'une lumière rougeâtre ; l'eau et
le feu donneront au globe de la terre des mouvements convulsifs et d'horribles
tremblements de terre qui feront engloutir des montagnes, des villes, etc.
» Rome perdra la foi et
deviendra le siège de l'antechrist.
» Les démons de l'air
avec l'antechrist feront de grands prodiges sur la terre et dans les airs, et
les hommes se pervertiront de plus en plus. Dieu aura soin de ses fidèles
serviteurs et des hommes de bonne volonté ; l'Evangile sera prêché partout,
tous les peuples et toutes les nations auront connaissance de la vérité !
» J'adresse un pressant
appel à la terre : j'appelle les vrais disciples du Dieu vivant et régnant dans
les cieux ; j'appelle les vrais imitateurs du Christ fait homme, le seul et
vrai Sauveur des hommes; j'appelle mes enfants, mes vrais dévots, ceux qui se
sont donnés à moi pour que je les
conduise à mon divin Fils, ceux que je porte pour ainsi dire dans mes bras, ceux
qui ont vécu de mon esprit ; enfin j'appelle les apôtres des derniers temps,
les fidèles disciples do Jésus-Christ qui ont vécu dans un mépris du monde et
d'eux-mêmes, dans la pauvreté et dans l'humilité, dans le mépris et dans le
silence, dans l'oraison et dans la
mortification, dans la chasteté et dans l'union avec Dieu, dans la, souffrance
et inconnus du monde. Il est temps qu'ils sortent et viennent éclairer la terre.
Allez, et montrez-vous comme mes enfants chéris ; je suis avec vous et en vous,
pourvu que votre foi soit la lumière qui vous éclaire dans ces jours de
malheurs. Que votre zèle vous rende comme des affamés pour la gloire et
l'honneur de Jésus-Christ. Combattez, enfants de lumière, vous, petit nombre
qui y voyez ; car voici le temps des temps, la fin des fins.
» L'Eglise sera éclipsée,
le monde sera dans la consternation. Mais voilà Enoch et Elle remplis de
l'Esprit de Dieu ; ils
prêcheront avec la force de Dieu, et les hommes de bonne volonté croiront en
Dieu, et beaucoup d'âmes seront consolées ; ils feront de grands progrès par la
vertu du Saint-Esprit et condamneront les erreurs diaboliques de l'antechrist.
» Malheur aux habitants
de la terre ! il y aura des guerres sanglantes
et des famines, des pestes et dos maladies contagieuses ; il y aura des pluies
d'une grêle effroyable d'animaux, des tonnerres qui ébranleront des villes, des
tremblements de terre qui engloutiront des pays ; on entendra des voix dans les
airs, les hommes se battront la tête contre les murailles, ils appelleront la
mort, et d'un autre côté la mort fera leur supplice ; le sang coulera de tous
côtés. Qui pourra vaincre, si Dieu ne diminue le temps de l'épreuve ? Par le
sang, les larmes et les prières des justes, Dieu se laissera fléchir. Enoch et
Elie seront mis à mort, Rome païenne disparaîtra ; le feu du ciel tombera et
consumera trois villes ; tout l'univers sera frappé de terreur, et beaucoup se
laisseront séduire, parce qu'ils n'ont' pas adoré le Christ vivant parmi eux.
Il est temps ; le soleil s'obscurcit ; la foi seule vivra.
» Voici le temps ;
l'abîme s'ouvre. Voici le roi des rois des ténèbres. Voici la bête avec ses
sujets, se disant le sauveur du monde. Il s'élèvera avec orgueil dans les airs
pour aller jusqu'au ciel ; il sera étouffé par le souffle de saint Michel
archange. Il tombera, et la terre qui depuis trois jours sera en de continuelles
évolutions, ouvrira son sein plein de feu ; il sera plongé pour jamais avec
tous les siens dans les gouffres éternels de l'enfer. Alors l'eau et le leu
purifieront la terre et consumeront toutes les œuvres de l'orgueil des hommes,
et tout sera renouvelé : Dieu sera servi et glorifié ».
IV.
Ensuite la Sainte Vierge
me donna, aussi en français, la règle d'un nouvel ordre religieux.
Après m'avoir donné la
règle de ce nouvel ordre religieux, la Sainte Vierge reprit ainsi la suite du
discours :
» S'ils se convertissent,
les pierres et les rochers se changeront en blé, et les pommes de terre se
trouveront ensemencées par les terres.
» Faites-vous bien votre
prière, mes enfants? »
Nous répondîmes tous les
deux :
« Oh ! non, Madame, pas beaucoup.
» Ah! mes enfants, il
faut bien la faire, soir et matin. Quand vous ne pourrez pas mieux faire, dites
un Pater et un Ave Maria ; et quand vous aurez le temps et que vous pourrez
mieux faire, vous en direz davantage.
» Il ne va que quelques
femmes un peu âgées à la messe; les autres travaillent tout l'été le dimanche,
et l'hiver, quand ils ne savent que faire, ils ne vont à la messe que pour se
moquer de la religion. Le carême, ils vont à la boucherie comme les chiens.
« N'avez-vous pas vu du
blé gâté, mes enfants ? »
Tous les deux nous avons
répondu : «Oh ! non, Madame».
La Sainte Vierge
s'adressant à Maximin : «Mais toi, mon enfant, tu dois bien en avoir vu une
fois vers le Coin, avec ton père. L'homme de la pièce dit à ton père : Venez
voir » comme mon blé se gâte. Vous y allâtes. Ton père prit deux ou trois épis dans sa main, il les frotta,
et ils tombèrent en poussière. Puis, en vous en retournant, quand vous n'étiez
plus qu'à une demi-heure de Corps, ton père te donna un morceau de pain en te
disant : Tiens, mon enfant, mange cette année, car je ne sais pas qui mangera l'année
prochaine, si le blé se gâte comme cela. »
Maximin répondit. « C'est
bien vrai, madame, je ne me le rappelais
pas. »
La très-sainte Vierge a
terminé son discours en français :
« Eh bien, mes enfants,
vous le ferez passer à tout mon peuple ».
La très-belle Dame
traversa le ruisseau, et à deux pas du ruisseau, sans se retourner vers nous
qui la suivions (parce qu'elle attirait à elle par son éclat et plus encore par
sa bonté qui m'enivrait, qui semblait me faire fondre le cœur), elle nous a dit
encore :
« Eh bien, mes enfants,
vous le ferez passer à tout mon peuple ».
Puis elle a continué de
marcher jusqu'à l'endroit où j'étais montée pour regarder où étaient nos
vaches. Ses pieds ne touchaient que le bout de l'herbe sans la faire plier.
Arrivée sur la petite hauteur, la belle Dame s'arrêta, et vite je me plaçai
devant elle pour bien, bien la regarder, et tâcher de savoir quel chemin elle
inclinait le plus à prendre ; car c'était fait de moi, j'avais oublié mes
vaches et les maîtres chez lesquels j'étais en service ; je m'étais attachée
pour toujours et sans condition à Ma Dame; oui, je voulais ne plus jamais,
jamais la quitter, je la suivais sans arrière-pensée et dans la disposition de
la servir tant que je vivrai. Avec Ma Dame je croyais avoir oublié le paradis,
je n'avais plus que la pensée de bien la servir en tout, et je croyais que j'aurais
pu faire tout ce qu'Elle m'aurait dit de faire, car il me semblait qu'Elle
avait beaucoup de pouvoir. Elle me regardait avec une tendre bonté qui
m'attirait à elle, j'aurais voulu avec les yeux fermés m'élancer dans ses bras,
elle ne m'a pas donné le temps de le faire. Elle s'est élevée insensiblement de
terre à une hauteur d'environ un mètre et plus ; et restant ainsi suspendue en
l'air un tout petit instant, Ma belle Dame regarda le ciel puis la terre à sa
droite et à sa gauche, puis Elle me regarda avec des yeux si doux, si aimables,
et si bons, que je croyais qu'Elle m'attirait dans son intérieur, et il me
semblait que mon coeur s'ouvrait au sien. Et tandis que mon coeur se fondait en
une douce dilatation, la belle figure de Ma bonne Dame disparaissait peu à peu
; il me semblait que la lumière en mouvement se multipliait ou bien se
condensait autour de la très-sainte Vierge pour m'empêcher de la voir plus
longtemps. Ainsi la lumière prenait la place des parties du corps qui disparaissaient
à mes yeux ; ou bien il semblait Que le corps de Ma Dame se changeait en se
fondant. Ainsi la lumière en forme de globe s'élevait doucement en direction
droite,
Je ne puis pas dire si le
volume de lumière diminuait à mesure qu'elle s'élevait, ou bien si c'était
l'éloignement qui faisait que je voyais diminuer la lumière à mesure qu'elle
s'élevait, ; ce que je sais, c'est que je suis restée la tête levée et les yeux
fixés sur la lumière, même après que cette lumière, qui allait toujours
s'éloignant et diminuant de volume, eut fini par disparaître.
Mes yeux se détachent du
firmament, je regarde autour de moi, je vois Maximin qui me regardait, je lui
dis : c Méfia, cela doit être le bon Dieu de mon père, ou la Sainte Vierge ou
quelque grande sainte. » Et Maximin lançant la main en l'air, dit : « Ah ! si
je l'avais su ! »
V
Le soir du 19 Septembre,
nous nous retirâmes un peu plus tôt qu'à l'ordinaire. Arrivée chez mes maîtres,
je m'occupais à attacher mes vaches et à mettre tout en ordre dans l'écurie. Je
n'avais pas terminé, que ma maîtresse vint à moi en pleurant et me dit : «
Pourquoi, mon enfant, ne venez-vous pas me dire ce qui vous est arrivé sur la montagne?
» (Maximin n'ayant pas trouvé ses maîtres qui ne s'étaient pas encore retirés
de leurs travaux, était venu chez les miens, et avait raconté tout ce qu'il
avait vu et entendu.) Je lui répondis : « Je voulais bien vous le dire, mais je
voulais finir mon ouvrage auparavant, » Un moment après, je me rendis dans la
maison, et ma maîtresse me dit : « Racontez ce que vous avez vu ; le berger de
Bruité (c'était le surnom de Pierre Selme, maitre de Maximin) m'a tout raconté.
» Je commence, et vers la moitié du récit mes maîtres arrivèrent de leurs
champs ; ma maîtresse qui pleurait en entendant les plaintes et les menaces de
notre tendre Mère, dit : « Ah ! vous vouliez aller ramasser le blé demain ; gardez-vous
en bien, venez entendre ce qui est arrivé aujourd’hui à cette enfant et au
berger de Selme. » Et se tournant vers moi, elle dit : « Recommencez tout ce
que vous m'avez dit. » Je recommence ; et lorsque j'eus terminé, mon Maître dit
: « C'est la sainte Vierge, ou bien une grande Sainte, qui est venue de la part
du bon Dieu ; mais c'est, comme si le bon Dieu était venu lui-même : il faut
faire tout ce que cette Sainte a dit. Comment allez-vous faire pour dire cela à
tout son peuple ! » Je lui répondis : » Vous me direz comment je dois faire et
je le ferai. » Ensuite il ajouta en regardant sa Mère, sa femme et son frère :
« Il faut y penser. » Puis chacun se retira à ses affaires
C'était après le souper Maximin
et ses Maîtres vinrent chez les miens pour raconter ce que Maximin leur avait
dit, et pour savoir ce qu'il y aurait à faire : « Car, dirent-ils, il 'nous
semble que c'est la sainte Vierge qui a été envoyée par le bon Dieu; les
paroles qu'Elle a dites, le font croire. Et Elle leur a dit de le faire passer
à tout son peuple ; il faudra peut-être que ces enfants parcourent le monde
entier pour faire connaître qu'il faut que tout le monde observe les commandements
du bon Dieu, sinon de grands malheurs vont arriver sur nous. » Après un moment
de silence, mon Maitre dit en s'adressant à Maximin et à moi ; « Savez-vous ce
que vous devez faire, mes enfants ? Demain, levez-vous de bon matin, allez tous
les deux à Monsieur le Curé, et ra-contez-lut tout ce que vous avez vu et
entendu, dites-lui bien comment la chose s'est passée; il vous dira ce que vous
avez à faire. »
Le 20 Septembre,
lendemain de l'apparition, je partis de bonne heure avec Maximin. Arrivé à la
Cure, je frappe à la porte. La domestique de Monsieur le Curé vint ouvrir, et
demanda ce que nous voulions. Je lui dis (en français moi qui ne l'avais jamais
parlé) ; « Nous voudrions parler à Monsieur le Curé. — « Et que voulez-vous
lui dire ? » Nous voulons lui dire,. Mademoiselle, qu'hier nous sommes allés
garder nos vaches sur la montagne des Baisses, et après avoir dîné etc. etc. »
Nous lui racontâmes une bonne partie du discours de la très-sainte Vierge.
Alors la cloche de l'Eglise sonna ; c'était le dernier coup de la Messe.
Monsieur l'abbé Perrin, curé de la Saiette, qui nous avait entendus, ouvrit sa
porte avec fracas : il pleurait ; il se frappait la poitrine ; il nous dit : c
Mes enfants nous sommes tous perdus, le bon Dieu va nous punir. Ah ! mon Dieu,
c'est la sainte Vierge qui vous est apparue ! » Et il partit pour dire la
sainte Messe. Nous nous regardâmes avec Maximin et la domestique ; puis.
Maximin me dit : Moi, je m'en vais chez mon père à Corps. , Et nous nous
séparâmes.
N'ayant pas reçu d'ordre
de mes Maîtres de me retirer aussitôt après avoir parlé à Monsieur le Curé, je
crus ne pas faire mal en assistant à la Messe. Je fus donc à l'église. La Messe
commence, et, après le premier Evangile, Monsieur le Curé se tourne vers le
peuple, et essaie de raconter à ses paroissiens l'apparition qui venait d'avoir
la veille sur une de leurs montagnes, et les exhorte à ne plus travailler le
Dimanche : sa voix était entrecoupée par des sanglots, et tout le peuple était
ému. Après la sainte Messe, je me retirai chez mes Maîtres. Monsieur Peytard,
qui est encore aujourd'hui Maire de la Saiette, y vint m'interroger sur le fait
de l'apparition ; et après s'être assuré de la vérité de ce que je lui disais,
il se retira convaincu.
Je continuai de rester au
service de mes Maîtres jusqu'à la fête de la Toussaint. Ensuite je fus mise
comme pensionnaire chez les religieuses de la Providence dans mon pays, à
Corps.
VI.
La Très-sainte Vierge
était très-grande et bien proportionnée ; elle paraissait être si légère
qu'avec un souffle on l'aurait fait remuer, cependant elle était immobile et
bien posée. Sa physionomie était majestueuse, imposante, mais non imposante
comme le sont les Seigneurs d'ici-bas. Elle imposait une crainte respectueuse.
En même temps que Sa Majesté imposait du respect mêlé d'amour, elle attirait à
elle. Son regard était doux et pénétrant ; ses yeux semblaient parler avec les
miens, mais la conversation venait d'un profond et vif sentiment d'amour envers
cette beauté ravissante qui me liquéfiait. La douceur de son regard, son air de
bonté incompréhensible faisait comprendre et sentir .qu'elle attirait à elle et
voulait se donner ; c'était une expression d'amour qui ne peut pas s'exprimer
avec la langue de chair ni avec les lettres de l'alphabet.
Le vêtement de la
très-Sainte Vierge était blanc argenté et tout brillant ; il n'avait rien de
matériel : il était composé de lumière et de gloire, variant et scintillant.
Sur la terre il n'y a pas d'expression ni de comparaison à donner.
La sainte Vierge était
toute belle et toute formée d'amour; en la regardant. je languissais de me
fondre en elle. Dans ses atours, comme dans sa personne, tout respirait la majesté,
la splendeur, la magnificence d'une Reine incomparable. Elle paraissait belle,
blanche, immaculée, cristallisée, éblouissante, céleste, fraiche, neuve comme
une Vierge ; il semblait que la parole, Amour, s'échappait de ses lèvres
argentées et toute pures. Elle me paraissait comme une bonne Mère, pleine de
bonté, d'amabilité, d'amour pour nous, de compassion, de miséricorde.
La couronne de roses
qu'elle avait sur la tête, était si belle, si brillante, qu'on ne peut pas s'en
faire une idée ; les roses de diverses couleurs, n'étaient pas de la terre ;
c'était une réunion de fleurs qui entouraient la tête de la très-Sainte Vierge
en forme de couronne ; mais les roses se changeaient, ou se remplaçaient ; puis
du coeur de chaque rose il sortait une si belle lumière qu'elle ravissait, et
rendait les roses d'une beauté éclatante. De la couronne de roses s'élevaient
comme des branches d'or et une quantité d'autres petites fleurs mêlées avec des
brillants.
Le tout formait un très-beau
diadème, qui brillait tout seul plus que notre soleil de la terre.
La sainte Vierge avait
une très-jolie Croix suspendue à son cou. Cette croix paraissait être dorée, je
dis dorée pour ne pas dire une plaque d'or ; car j'ai vu quelquefois des objets
dorés avec diverses nuances d'or, ce qui faisait à mes yeux un bien plus bel
effet qu'une simple plaque d'or. Sur cette belle Croix toute brillante de
lumière, était un Christ. C'était Notre Seigneur, les bras étendus sur la
Croix. Presque aux deux extrémités de la Croix, d'un côté il y avait un
marteau, de l'autre une tenaille. Le Christ était couleur de chair naturelle;
mais il brillait d'un .grand éclat, et la lumière qui sortait de tout son
corps, paraissait comme des dards très-brillants qui me tendaient le cœur du désir de me fondre en lui.
Quelquefois le Christ paraissait être mort : il avait la tête penchée, et Je
corps était comme affaissé, comme pour tomber, s'il n'avait pas été retenu par
les clous qui le retenaient à la croix.
J'en avais une vive
Compassion, et j'aurais voulu redire au monde entier son amour inconnu, et
infiltrer dans les âmes des mortels l'amour le plus senti et la reconnaissance
la plus vive envers un Dieu qui n'avait nullement besoin de nous être ce qu'il
est, ce qu'il était ce qu'il sera toujours ; et pourtant, ô amour
incompréhensible à l'homme ! il s'est fait-homme, et il a voulu mourir, oui
mourir, pour mieux écrire dans nos âmes et dans notre mémoire l'amour Fou qu'il
a pour nous ! Oh ! que je suis malheureuse de me trouver si pauvre en
expression pour redire l'amour, oui, l'amour de notre bon Sauveur pour nous !
mais d'un autre côté, que nous sommes heureux de pouvoir sentir mieux ce que
nous ne pouvons exprimer !
D'autres fois le Christ semblait
vivant ; il avait la tête droite, les yeux ouverts, et paraissait être sur la
Croix par sa propre volonté. Quelquefois aussi il paraissait parler, il
semblait vouloir montrer qu'il était en Croix pour nous, par amour pour nous,
pour nous attirer à son amour; qu'il a toujours un amour nouveau pour nous, que
son amour du commencement et de l'année 33 est toujours celui ‘d'aujourd'hui et
qu'il sera toujours.
La Sainte Vierge pleurait
presque tout le temps qu'Elle me parla. Ses larmes coulaient une à une
lentement jusque vers ses genoux, puis comme des étincelles de lumière, elles disparaissaient.
Elles étaient brillantes et pleines d'amour.
J'aurais voulu la
consoler, et qu'Elle ne pleurât plus. Mais il me semblait qu'elle avait besoin
de montrer ses larmes pour mieux montrer son amour oublié par les hommes. J'aurais
voulu me jeter dans ses bras et lui dire ; « Ma bonne Mère, ne pleurez pas ! je
veux vous aimer pour tous les hommes de la terre. » Mais il me semblait qu'elle
me disait : « Il y en a tant qui ne me connaissent pas ! »
J'étais entre la mort et
la vie en voyant d'un côté tant d'amour, tant de désir d'être aimé, st d'un
autre côté tant de froideur, tant d'indifférence... Oh ! ma Mère, Mère toute
belle et tout aimable, mon amour, coeur de mon coeur !...
Les larmes de notre
tendre Mère, loin d'amoindrir son air de Majesté, de Reine et de Maîtresse,
semblaient au contraire l'embellir, la rendre plus aimable, plus belle, plus puissante,
plus remplie d'amour, plus maternelle, plus ravissante ; et j'aurais mangé ses
larmes qui faisaient sauter mon coeur de compassion et d'amour. Voir pleurer
une Mère, et une telle Mère, sans prendre tous les moyens imaginables pour la
consoler, pour changer ses douleurs en joies, cela se comprend-il ! 0 Mère plus
que bonne ! Vous avez été formée de toutes les prérogatives dont Dieu est
capable, vous avez comme épuisé la puissance de Dieu, vous êtes bonne et puis
bonne de la bonté de Dieu même ; Dieu s'est agrandi en vous formant son chef-d’œuvre
terrestre et céleste.
La très-Sainte Vierge
avait un tablier jaune. Que dis-je, jaune ? Elle avait un tablier plus brillant
que plusieurs soleils ensemble. Ce n'était pas une étoffe matérielle, c'était
un composé de gloire scintillante et d'une beauté ravissante. Tout en la très-Sainte
Vierge me portait fortement, et me faisait comme glisser à adorer et à aimer
mon Jésus dans tous les états de sa vie mortelle.
La très-Sainte Vierge
avait deux chaines, l'une un peu plus large que l'autre. A la plus étroite était
suspendue la Croix dont j'ai fait mention plus haut. Ces chaînes (puisqu’il
faut donner le nom de chaines) étaient comme des rayons de gloire d'un grand
éclat variant et scintillant.
Les souliers (puisque
souliers il faut dire) étaient blancs mais d'un blanc argenté brillant ; il y
avait des roses autour. Ces roses étaient d'une beauté éblouissante, et du
coeur de chaque rose sortait une flamme de lumière très-belle et très-agréable
à voir. Sur les souliers il y avait une boucle en or, non en or de la terre,
mais bien de l'or du paradis.
La vue de la très-Sainte
Vierge était elle-même un Paradis accompli ; Elle avait en Elle tout ce qui
pouvait satisfaire, car la terre était oubliée.
La Sainte Vierge était
entourée de deux lumières. La première lumière, plus près de la très-Sainte
Vierge, arrivait jusqu'à nous ; elle brillait d'un éclat très-beau et
scintillant. La seconde lumière s'étendait un peu plus autour de la Belle Dame,
et nous nous trouvions dans celle-là ; elle était immobile (c'est-à-dire
qu'elle ne scintillait pas), mais bien plus brillante que notre pauvre soleil
de la terre. Toutes ces lumières ne faisaient pas mal aux yeux, et ne
fatiguaient nullement la vue.
Outre toutes ces
lumières, toute cette splendeur, il sortait encore des groupes ou faisceaux de
lumières ou des rayons de lumière, du Corps de la Sainte Vierge, de ses habits
et de partout.
La voix de la Belle Dame
était douce ; elle enchantait, ravissait, faisait du bien au coeur ; elle
rassasiait, aplanissait tous les obstacles, calmait, adoucissait. Il me
semblait que j'aurais toujours voulu manger de sa belle voix, et mon coeur
semblait danser ou vouloir aller à sa rencontre pour se liquéfier en elle.
Les yeux de la
très-Sainte Vierge, notre tendre Mère, ne peuvent pas se décrire par une langue
humaine. Pour en parler, il faudrait un séraphin ; il faudrait plus, il
faudrait lé langage de Dieu même, de ce Dieu qui a formé la Vierge immaculée, chef-d’œuvre
de sa toute-puissance.
Les yeux de l'auguste
Marie paraissaient mille et mille fois plus beaux que les brillants, les
diamants et les pierres précieuses les plus recherchées ; ils brillaient comme
deux soleils; ils étaient doux comme la douceur même, claire comme un miroir.
Dans ses yeux on voyait le paradis ; ils attiraient à Elle ; il semblait
qu'Elle voulait se donner et attirer. Plus je la regardais, plus je la voulais
voir ; plus je la voyais. plus je l'aimais et je l'aimais de toutes mes forces.
Les yeux de la belle
Immaculée étaient comme la porte de Dieu, d'où l'on voyait tout ce qui peut
enivrer l'âme. Quand .mes yeux se rencontraient avec ceux de la Mère de Dieu et
la mienne, j'éprouvais au dedans de moi-même une heureuse révolution d'amour et
de protestation de l'aimer et de me fondre d'amour.
En nous regardant, nos
yeux parlaient à leur mode, et je l'aimais tant que j'aurais voulu l'embrasser
dans le milieu de ses yeux qui attendrissaient son âme, et semblaient l'attirer
et la faire fondre avec la sienne. Ses yeux me plantèrent un doux tremblement
dans tout mon être, et je craignais de faire le moindre mouvement qui pût être
désagréable tant soit peu.
Cette seule vue, des yeux
de la plus pure des vierges, aurait suffi pour être le Ciel d'un bienheureux,
aurait suffi pour l'aire entrer une âme dans la plénitude des volontés du
Très-Haut, parmi tous les évènements qui arrivent dans le cours de la vie
mortelle ; aurait suffi pour faire faire à cette âme de-continuels actes de
louanges, de remerciement, de réparation et d'expiation. Cette seule vue
concentre l'âme en Dieu et la rend comme une morte-vivante, ne regardant toutes
les choses de la terre, même les choses qui paraissent les plus sérieuses, que
comme des amusements d'enfants ; elle ne voudrait entendre parler que de Dieu
et de ce qui touche à sa Gloire.
Le péché est le seul mal
qu'Elle voit sur la terre, Elle en mourrait de douleur si Dieu ne la soutenait.
Amen.
Castellamare, le 21
novembre 1878.
MARIE DE LA CROIX,
Victime de Jésus, née MÉLANIE CALVAT, bergère de la Salette.
Nihil obstat :
imprimatur.
Datum Lycii ex Curia Epli
die 15 nov. 1879.
Vicarius Generalis
CARMELUS Archus COSMA.
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