jeudi 29 novembre 2018

Père Onésime Lacouture - 3-36 - Saint Jospeh



TRENTE-CINQUIÈME INSTRUCTION
SAINT JOSEPH.

«Allez à Joseph!», disait Pharaon au peuple. Gen. 41-55.

Nous pouvons nous faire une idée de ce que doit être Saint Joseph pour nous en considérant sa figure dans l’Ancien Testament. On sait que le peuple juif était la figure de Jésus: une foule de textes le disent indifféremment de l’un ou de l’autre, comme par exemple: «J’ai racheté mon Fils d’Egypte», ce qui est vrai du peuple et de J.-C. Si donc le peuple juif a eu son Joseph pour le sauver de la famine et de la mort, Jésus a eu aussi son Joseph pour le nourrir pendant sa vie cachée.

Après beaucoup d’épreuves, le fils de Jacob aboutit à devenir le surintendant du roi d’Egypte et chargé par lui de faire de grandes provisions de blé pendant les sept années d’abondance pour ensuite les distribuer au peuple pendant les sept années de famine. C’est alors que le roi disait aux gens: «Allez à Joseph et il vous donnera ce dont vous avez besoin».

Eh bien! Dieu a chargé Saint Joseph d’avoir soin de son divin Fils pendant les années de sa vie cachée. C’était son devoir pendant qu’il était sur la terre. Au point de vue mystique, on peut dire qu’il a amassé tant de mérites pendant qu’il travaillait pour Jésus, qui est le pain descendu du ciel, qu’il est très puissant au ciel pour nous les distribuer avec les mérites de Jésus. S’il a été un bon pourvoyeur pour la Sainte Famille, il l’est encore pour la grande famille de Jésus répandue par toute la terre. Il n’y a pas de doute que ceux qui vont à Joseph éprouvent vite les effets de son grand pouvoir sur le cœur de Jésus et de Marie au ciel comme il avait sur la terre.

C’est pour nous encourager à être dévots envers Saint Joseph que l’Eglise l’a donné comme patron universel. Elle veut donc que tous les chrétiens aillent à lui pour lui demander de nous obtenir la puissante intercession de Marie et les grâces de J.-C. Puisqu’il a tant vécu d’années sur la terre dans l’intime familiarité avec Jésus et Marie, il est certain qu’il continue dans la gloire cette union de charité qu’il avait avec eux.

Il a fait comme Marie: il gardait dans son cœur tout ce qu’il entendait dire de Jésus. Il a vécu du plus pur divin avec les deux plus parfaits personnages qui ont jamais vécu sur terre. Il était leur supérieur, leur pourvoyeur et leur protecteur: il continue de l’être maintenant pour les membres du corps mystique de Jésus et les enfants adoptifs de Marie, d’une certaine façon.

D’abord c’est grâce à Marie si Joseph est arrivé à connaître J-C. Son amour pour Marie l’a amené à se fiancer à cette jeune fille si parfaite et c’est après cela qu’il a découvert Jésus par Marie. Il n’aurait jamais soupçonné les immenses grâces qui l’attendaient de son union avec elle.

Il en est ainsi pour les chrétiens qui commencent à cultiver la dévotion à Marie. Ils ne peuvent jamais soupçonner où elle pourra les conduire s’ils s’abandonnent parfaitement à elle et avec un lien stable comme une espèce de fiançailles. Chacun devrait se donner à elle sans réserve, même s’ils ne l’aiment pas encore autant qu’ils le devraient. Du moment qu’on sait qu’elle est la Mère de Dieu, cela devrait suffire pour que nous allions à elle à l’excès de notre abandon à elle. En tout cas, en proportion que notre amour est solide et stable, elle nous révélera des merveilles de la vie divine de J.-C., son divin Fils. Maintenant surtout qu’elle est au ciel dans la gloire, il est évident que son désir de nous donner son Jésus n’a plus de bornes. Dès qu’on lui manifeste le moindre désir de nous donner à Jésus, elle nous obtiendra même plus que ce que nous voulons. Soyons bien convaincus que pour un pas que nous faisons vers Marie, elle en fera dix pour nous donner son Jésus!

JOSEPH EST LE MODÈLE DE LA VIE CHRÉTIENNE…

Parce qu’il a vécu dans la constante compagnie de Jésus et de Marie. Il travaillait pour eux du matin au soir; il ne les avait pas seulement devant les yeux du corps, mais son esprit était occupé d’eux constamment. Sachant ce qu’ils étaient, il les aimait ardemment et profondément. Ils étaient toute sa vie et son bonheur.

On va dire que c’était facile pour lui, puisqu’il les voyait de ses yeux, pouvait les toucher de ses mains, causait avec eux et travaillait avec eux. Mais n’oublions pas que toutes ses activités des sens au sujet de Jésus ne lui donnaient rien ou bien peu en fait de consolation. Sa foi seule l’aidait à découvrir le divin en Jésus, et en Marie, la Mère de Dieu.

Quand nous sommes en face d’une hostie consacrée, c’est aussi sûrement Jésus-Christ en personne que le Jésus que Joseph voyait. Estce que la vue sensible de cette hostie nous réjouit beaucoup? Nous console bien? Pas plus que l’hostie consacrée! C’est uniquement en proportion que nous la jugeons selon la foi qu’elle est une source de joie et de mérite. Il en était de même pour Saint Joseph: quand même il voyait le corps mortel de Jésus, ce qui donnait de la valeur à ce corps, sa divinité, n’était visible qu’aux yeux de la foi seule. Est-ce que Jésus n’a pas dit que nous devons le voir dans le prochain, que tout ce que nous faisons au prochain, ce n’est aucune consolation pour nous de voir le prochain des yeux du corps: il nous faut aller dans la foi pour jouir de Jésus invisible dans le prochain, ou dans l’hostie consacrée. Selon la foi, nous pouvons jouir de la présence de Jésus dans le prochain ou dans une hostie consacrée comme Joseph jouissait de la présence du divin en Jésus vu corporellement.

SES ÉPREUVES…

POUR ACCEPTER JÉSUS sont très grandes comme elles le seront pour tout chrétien en proportion qu’il doit recevoir la foi en Jésus. Etudions donc bien son cas: il sera le nôtre en proportion que nous en valons la peine!

Après avoir été fiancé à Marie et avant de la connaître, il s’aperçoit qu’elle va devenir mère. Quelle terrible épreuve pour lui! Il la croit si bonne et il l’aime tant qu’il ne peut penser qu elle ait péché! Mais, le fait est là: elle est enceinte et pas par lui! Il est complètement bouleversé et angoissé: il ne comprend plus rien! Selon la raison, il n’a qu’une chose à faire: la renvoyer!… et à son insu, il renvoie Jésus avec Marie!

Mais voici qu’un ange lui dit de la garder parce que c’est Dieu qui est l’auteur de cet enfant!

Nous avons là un bon cas où la foi contredit directement la raison! Quand l’Eglise définit qu’il n’y a pas de contradiction entre la foi et la raison, c’est au point de vue des faits historiques, des mystères de notre religion. Mais au point de vue de l’orientation libre de notre activité, la foi contredit habituellement la raison. Ainsi, quand Jésus nous dit d’aimer nos ennemis et de leur faire du bien, c’est directement contraire à la simple raison humaine, et la preuve est dans ce fait qu’il faut une vertu héroïque pour obéir à Jésus dans ce cas, et c’est la petite exception des chrétiens qui peuvent le faire. Tous les autres trouvent donc que ce n’a pas de sens de le faire.

Selon la raison, Joseph chasse Marie avec Jésus! Selon la foi, il les garde tous les deux! Symbole de ce qui se passe dans la vie des chrétiens! Ceux qui suivent le bon sens humain, ne veulent pas de Jésus et de Marie. Il n’y a que ceux qui suivent la foi qui les gardent tous les deux.

La Sainte Vierge comprend si bien cette opposition des deux qu’elle n’essaie même pas d’instruire Joseph sur ce qui est arrivé en elle. Pas un homme au monde n’aurait cru que sa femme est enceinte de Dieu directement. C’est donc parfaitement inutile pour elle d’en vouloir instruire Joseph. Dieu seul peut le faire… et il le fait! C’est donc par la foi seule que Joseph découvre Jésus par Marie. Tout son trouble vient de ce qu’il suit la raison. Son angoisse cesse dès qu’il suit la foi par la voix de l’ange. Il recouvre la joie avec le bonheur d’être si près de Jésus et de savoir ce qu’est Marie devant Dieu.

Ce n’est pas un exemple de perfection extraordinaire que Saint Joseph nous donne ici; c’est la manière ordinaire de Dieu d’agir pour tous ceux à qui il veut découvrir Jésus d’une façon ou d’une autre, pour les commençants comme pour les parfaits. En d’autres termes, le divin s’acquiert toujours aux dépens de l’humain, et surtout du jugement et de la volonté, qui constituent notre moi païen, le rival de Jésus en nous.

Par conséquent, quand on est la victime d’une sottise ou d’une injure des autres, si on juge selon la raison, cette épreuve est évidemment inacceptable puisqu’elle contrarie la nature humaine. Tout de suite on la rejette… et l’on rejette avec cette épreuve Jésus qui voulait se donner à nous et Marie qui avait intercédé pour cette grâce. On se pense bien fin, on se félicite d’avoir échappé à cette bêtise ou à cette injure… et l’on perd son mérite éternel que Dieu nous offrait dans ce sacrifice de l’humain.

Cessons donc de juger selon la raison: elles sont des bêtises, des injures et des injustices criantes! C’est évident, puisque Dieu nous les envoie pour détruire le naturel du vieil homme ou du païen en nous, afin de nous diviniser d’autant plus qu’il nous fait sacrifier plus d’humain. Elles sont donc répugnantes selon la raison qui doit surveiller les intérêts du païen en nous! Elles nous bouleversent et nous troublent quand on les considère au point de vue de la raison humaine.

Mais, dès qu’on les prend selon la foi, elle donne comme à Joseph le calme et le bonheur avec le mérite éternel du ciel. Cette doctrine ne doit pas être seulement méditée, mais pratiquée! A la prochaine épreuve, qu’on se garde bien de raisonner là-dessus! Mais qu’on la juge tout de suite selon la foi ou l’enseignement de Jésus.

Voici un ennemi qui brûle votre grange par pure méchanceté. Devant la raison, c’est tout simplement abominable de sa part et il mérite une vengeance en proportion du mal qu’il a fait. Eh bien! Un chrétien qui vit de foi, fera taire sa raison et le jugera uniquement selon la foi. Il verra Dieu en arrière de cette épreuve qui veut lui donner une demeure plus belle et éternelle au ciel à la place de sa vieille grange qu’il lui fait enlever… et, par-dessus le marché, il lui donnera tout ce qu’il lui faut pour s’en rebâtir une plus belle! Finalement, il gagne énormément dans l’incendie de sa grange. Alors qu’il paie son bienfaiteur qui l’a brûlée et qu’il continue de l’aimer! Dieu le veut! Ce devrait être suffisant à tout catholique!

Voici un autre exemple; un homme se voit abandonner par sa femme qui s’en va vivre avec un autre homme. Comme cette épreuve est terrible pour un catholique: il ne peut pas se remarier et il ne peut pas prendre aucune jouissance de ce genre. S’il juge son épreuve selon le sens humain, elle est inacceptable et il va vite faire comme elle. Mais si cet homme juge selon la foi, Dieu lui fait dire qu’il lui a enlevé ce plaisir pour lui en donner un autre incomparablement supérieur à celui de la chair et éternel au ciel. Cet homme se soumettra volontiers à sacrifier ou à semer ce plaisir pour en récolter un meilleur au ciel. Il sera calme et heureux dans sa vertu d’espérance qui lui montre son bonheur au ciel.

Allons à Marie pour nous obtenir ces grâces de tout juger uniquement selon la foi, et elle nous montrera le point de vue de Jésus et nous donnera par le fait même le bonheur et le mérite.

Une remarque s’impose ici: il faut protester contre l’idée que des ignorants ont répandue sur Saint Joseph. Ils le font vieux comme pour lui faciliter la chasteté! Quelle sottise. Il serait inférieur à beaucoup de jeunes hommes qui gardent la chasteté! Chez les Juifs, tous se mariaient jeunes et Saint Joseph n’est pas une exception? Dieu s’est servi de Marie pour rayonner la pureté chez des milliers de chrétiens de tout âge et son premier protégé ne serait qu’un vieillard. C’est lui qui reçoit les prémices des grâces et de Jésus et de Marie, cette dernière comme médiatrice, et ces prémices ont été très abondantes comme on peut le voir par l’histoire des premiers chrétiens. Non, Saint Joseph était dans toute la force de l’âge et de la jeunesse, et la grâce en a fait un modèle de pureté parfaite pour nous servir d’exemple à tous, aux jeunes comme aux vieillards. Vivons avec Jésus et Marie dans notre cœur et nous n’aurons aucune difficulté à garder une chasteté parfaite.

DÉFENDRE JÉSUS quand Hérode veut le tuer tout jeune encore. Là encore, Joseph écoute la voix de Dieu dans l’ange qui l’avertit de fuir en Egypte avec l’enfant et sa mère, et d’y rester jusqu’à ce qu’on l’avertisse de revenir. En pleine nuit, ils quittent tout, puisqu’ils doivent voyager à pied, n’emportant que l’Enfant Jésus.

Tout cela est symbolique. Quand un chrétien veut garder son Jésus, il doit se dépouiller de toutes ses affections pour les choses créées, sinon, Dieu les lui fera toutes perdre pour qu’il cesse de les aimer. Si Joseph avait tenu à garder sa maison et ses biens, l’assassin aurait tué Jésus. C’était un choix entre Jésus ou ses biens terrestres: l’un ou l’autre, pas les deux ensemble. Est-ce que Jésus ne nous l’a pas clairement dit: «Vous ne pouvez pas aimer Dieu et les richesses, c’est l’un ou l’autre, pas les deux ensemble». Ceux donc qui veulent accumuler bien par-dessus bien en ce monde, risquent donc leur salut éternel, parce que leur cœur va se faire prendre par leur ensorcellement. Voilà donc une leçon que Dieu nous donne par cette fuite en Egypte. Quand il choisit Abraham, Dieu l’envoya aussi en exil justement pour le détacher des biens en ce monde.

Comme les démons nous feront perdre Jésus ou l’état de grâce en nous poussant à l’affection des choses créées, quand Dieu veut nous préserver de leurs pièges, il nous les enlève, pour que nous cessions de les aimer. Donc en pratique, dès que l’on perd quelque chose, on devrait penser tout de suite que Dieu veut que l’on sauve Jésus des démons, ou des grâces que ces biens nous auraient fait perdre.

Tous les pécheurs ont besoin de cet exemple de Joseph. Ces malheureux préfèrent perdre Jésus à leurs plaisirs passagers. Ce sont des gens qui ont l’habitude de tout juger selon les sens comme de vrais païens. Ils apprécient les créatures aux plaisirs sensibles qu’ils trouvent en elles: ils vivent donc de la vie des sens surtout. Ils ne voient rien ou peu selon la foi: ils sacrifient Dieu plutôt que les choses créées. Voilà donc où les conduit leur habitude païenne de tout juger selon les sens. Que tous se demandent toujours ce que Dieu pense de telle action qu’ils posent et qu’ils agissent en conséquence. C’est aux dépens de quelque chose d’humain qu’on défend son divin! Qu’on s’habitue dans les petites choses à les sacrifier pour mériter des grâces devant Dieu et alors on se fortifiera assez pour préférer Jésus aux plaisirs mortels qui vont se présenter tôt ou tard dans la vie.

Au baptême, Dieu nous a confié son divin Fils avec le devoir de le défendre contre tous ses ennemis, les démons, le monde et nos propres passions. Il faut faire n’importe quel sacrifice plutôt que de le perdre.

NOURRIR JÉSUS était assez pénible dans ce pauvre pays. Joseph était charpentier dans une région où il y a très peu d’articles de bois. Les maisons sont de terre, il n’y a pas de tables, pas de couchettes ni chaises, pas de plancher. On voit tout de suite qu’il restait bien peu de choses à faire en bois. Ils étaient pauvres autant qu’on peut l’être en ce monde. Or, Joseph savait qui était Jésus et ce devait être dur pour lui de pouvoir lui donner si peu. Il travaillait le plus possible pour compenser le peu d’argent qu’il faisait chaque jour. Eh bien! Ce que Joseph faisait pour Jésus, nous devons le faire pour le prochain où nous devons voir Jésus. «Ce que vous faites au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous le faites!». Que pas un catholique ne laisse ses frères autour de lui manquer de nourriture, car Dieu lui en demandera compte sévère. Jésus dit qu’il fera le jugement sur les œuvres de miséricorde corporelle et qu’il condamnera ceux qui n’ont pas été charitables envers le prochain. «J’ai eu faim et vous ne m’avez pas donné à manger… J’ai été malade et vous ne m’avez pas visité!». C’est donc plus sérieux que les catholiques le pensent! Ils ne sont pas portés à ces œuvres de charité. Eh bien! Qu’ils y viennent tout de suite, car ils peuvent mourir n’importe quand!

Une partie de son épreuve devait être celle-ci: puisque Jésus était le Fils de Dieu, pourquoi n’en prenait-il pas soin lui-même? Pourquoi fallait-il lui gagner son pain comme s’il était un simple mortel?…et même le moindre des hommes? Pour lui laisser le mérite de sa foi, Dieu le laisse dans cette ignorance. Alors, il obéit quand même et travaille pour Jésus comme s’il était un simple homme. Quel mystère pour lui d’avoir à gagner la vie de celui qui a créé le monde et qui nourrit tous les hommes!

C’est que du moment que le Verbe se fait homme, il se soumet aux conditions humaines comme les simples mortels. Il ne fera pas de miracle pour se sustenter, mais lui aussi gagnera son pain à la sueur de son front. Saint Joseph, comme étant plus près du Rédempteur, devra plus que tout autre travailler péniblement pour expier la faute d’Adam et satisfaire la justice divine par sa part d’union avec J.-C.

En proportion que nous voulons vivre unis à J.-C., il disposera tout pour que nous ayons à travailler durement d’une façon ou d’une autre, surtout dans les œuvres qui regardent directement le salut des âmes et la gloire de Dieu. Ceux qui travaillent pour nourrir les âmes, peineront beaucoup de bien des façons: ils auront de l’opposition, des contrariétés, ils seront dénoncés et persécutés justement parce qu’ils veulent pénétrer davantage dans le monde surnaturel de la grâce… et Dieu le leur fait payer par des sacrifices de l’humain.

MODÈLE DE VIE…

CONTEMPLATIVE dans le sens d’une vue simple et affectueuse de Dieu et des choses de Dieu. Evidemment, la science spéculative de Saint Joseph était bien limitée, puisqu’il n’avait pas spécialement étudié les Ecritures comme les docteurs juifs. Il savait que Jésus était le Fils de Dieu et que Marie était sa Mère. Avec les textes qui concernaient le Messie et qu’il avait entendu expliquer par les rabbins, il avait de quoi exercer son esprit et surtout son cœur au sujet de Jésus devant lui à cœur de jour.

Leur grande pauvreté les préservait des plaisirs distrayants que les riches affectionnent. Son amour pour Dieu le préservait de rechercher les biens de ce monde, de sorte qu’il ne lui restait plus que la vue et la compagnie de Jésus et de Marie pour l’intéresser. Tout son esprit et son cœur étaient concentrés sur Jésus, il était tout donné aux choses de Jésus du matin au soir et toute la nuit! Son cœur était complètement tourné du côté de Jésus et donc tout en Jésus. C’est là la base de la contemplation.

La Providence a voulu incarner dans la vie de Joseph l’idéal de la vie chrétienne: tout ce que les hommes estiment et recherchent avec tant d’ardeur pour satisfaire leur amour naturel est absent de la vie de Joseph. C’est le plus parfait effacement de tout humain qu’on puisse trouver ici-bas. Aucun aliment des trois concupiscences se trouve là. Jésus et Marie remplissent toute la demeure et le monde de Saint Joseph: il ne vit donc que pour eux. Tout son cœur est là et donc toutes ses pensées. Toute sa vie est donc orientée entièrement sur Jésus et Marie. Voilà donc un parfait modèle de la vie contemplative.

Saint Joseph aurait pu dire comme Saint Paul: «Ce n’est plus moi qui vis, c’est J.-C. qui vit en moi». Il était de fait tout perdu en Jésus et Marie. Il est fort probable que sa contemplation était simple dans ce sens qu’elle consistait en une orientation habituelle du cœur ou de son amour vers Jésus. Il n’a pas dû avoir de grandes révélations sur les mystères ou le plan de Dieu. Dieu a dû le garder surtout dans la foi pure où Dieu seul se manifeste à l’âme qui s’attache à lui comme tel et c’est tout!

Comme il est plus parfait que l’amour soit uni à Dieu que l’esprit à ses vérités. Saint Joseph a dû avoir le plus parfait.

Saint Jean de la Croix montre qu’aucune chose créée, même surnaturelle, n’est un moyen pour nous unir à Dieu. La foi est le plus parfait moyen, puisqu’elle ne fait que nous montrer Dieu en lui-même pour nous faire adhérer à lui tel qu’il est en lui-même.

Un garçon qui est amouraché d’une fille ne s’arrête guère à contempler ses bijoux. C’est elle-même qu’il recherche et qu’il veut. Eh bien! Une âme fortement éprise de Dieu ne s’arrête guère à ses dons, mais c’est lui-même qu’elle recherche et qu’elle veut. Or, en dehors de Marie, personne au monde n’a aimé Jésus comme Saint Joseph, donc c’est Dieu seul qu’il aimait en Jésus et tout son cœur était noyé en l’amour de Dieu lui-même, et non dans ses vérités qu’il nous a révélées. Pour nous, elles sont un bon moyen d’arriver à Dieu, mais, pour lui, Dieu lui a donné la contemplation parfaite de la divinité comme telle. Aussi Jésus ne l’a pas distrait de sa contemplation en faisant des merveilles qui attireraient son attention et son admiration: il l’a laissé dans son union intime avec Dieu.

Où sont les chrétiens qui imitent tant soit peu la contemplation de Saint Joseph! Qu’on demande à n’importe qui en quoi il met sa vie et son bonheur et combien pourraient répondre vraiment: «Je suis tout aux choses de Dieu! Toutes mes pensées et mon amour sont pour les choses de Dieu!». Pour la plupart, c’est tout le contraire: ils sont tout aux choses du monde! C’est leur vie et leur bonheur. Quel malheur pour eux! Ils ne sont pas du tout avec la Sainte Famille sur terre: ils ne seront donc pas avec elle au ciel, à moins de changer de vie.

Plus une âme veut être sainte et plus elle sait que les choses sensibles lui sont un obstacle à son union avec Dieu. Elle les fuit, elle les méprise et ne veut même pas en entendre parler. Que tous les catholiques donc fuient le plus possible les plaisirs sensibles et naturels qui les sollicitent à tout instant de leur vie. Qu’ils ne consentent pas même à en parler. «La bouche parle de l’abondance du cœur», dit Jésus. Or, c’est Dieu seul qui doit remplir notre cœur d’après le premier commandement qui oblige absolument tous les chrétiens sans exception. Qu’on cesse donc de parler de niaiseries qui sont le sujet des conversations ordinaires des mondains. Nous devons être pleins des choses de Dieu et donc ne parler que de ces choses.

DE VIE ACTIVE.

Comme Jésus, Saint Joseph devait accomplir la pénitence imposée par Dieu aux hommes de gagner leur pain à la sueur de leur front. Aussi, tous les deux travaillaient consciencieusement en esprit d’obéissance à Dieu et en esprit de pénitence. Saint Joseph faisait de son mieux dans tout son travail puisqu’il travaillait pour 1’amour de Dieu. Pourtant son travail était dur et bien peu rémunéré, vu la pauvreté des temps. C’était toujours à recommencer tous les jours et toujours juste pour gagner le strict nécessaire.

Que nos chrétiens se rappellent que le travail est un ordre de Dieu et tous sont tenus de s’y soumettre d’une façon ou d’une autre. Qu’on cesse de regimber contre le travail. C’est un manque de foi qui choque Dieu. Il punira les paresseux ou ceux qui font mal leur travail.

Que les pauvres ne se plaignent pas de leur condition qui les oblige au travail quotidien; qu’ils l’acceptent en union avec la volonté de Dieu en expiation de leurs péchés et pour acquérir plus de mérite dans le ciel. Jésus dit de lui-même par le prophète: «Je suis dans les labeurs depuis mon enfance!». Notre Maître a donc passé par là le premier; suivons-le avec amour et il saura bien nous récompenser dans son beau ciel.

De plus en plus, l’esprit païen s’infiltre chez nos travailleurs catholiques. Un grand nombre travaillent mal, perdent leur temps et volent leurs employeurs. C’est à qui en ferait le moins! C’est une injustice criante qui attirera la malédiction de Dieu sur les ouvriers. C’est un péché que de se faire payer pour un travail qu’on n’a pas fait… et comme ils augmentent ces voleurs dans tous les ordres de la société. Personne n’a le droit de voler le gouvernement ou les grosses compagnies parce que beaucoup le font.

Que tous méditent plus les exemples que Jésus, Marie et Joseph nous donnent afin de les imiter plus parfaitement.

VIE DE PRIÈRE.

Puisque Jésus enseigne qu’il faut toujours prier et ne jamais cesser de le faire, on peut être sûr que Joseph l’a fait parfaitement, puisque l’Evangile dit qu’il était juste. Dieu l’a mis dans des conditions très favorables à la prière. Leur extrême pauvreté les éloignait des richesses qui distraient tant le cœur de l’homme des choses de Dieu. Il ne les désirait pas, ayant Jésus au milieu d’eux. Aussi tout leur cœur était donc tout en les choses de Dieu et ils ne le voulaient en rien autre chose. Leur prière était donc toute pour le salut du monde et la gloire de Dieu. Ils ne perdaient pas leur temps à badiner des choses de la terre qu’ils méprisaient souverainement en proportion qu’ils aimaient Dieu.

Comme tous travaillaient leur petit métier bien simple et pas du tout distrayant, ils pouvaient s’occuper de Dieu constamment, même en travaillant. Jésus a dû vite leur enseigner le Notre Père où on demande surtout les intérêts de Dieu. En tout cas, tous les chrétiens, les plus ignorants comme les instruits, sont capables d’imiter la vie de prière de la Sainte Famille. Ce n’est pas des spéculations que Dieu veut, mais de l’amour! Il suffit d’y penser sérieusement: d’abord de voir notre absolue pauvreté en les choses de Dieu et notre absolue incapacité de nous les procurer. De là surgira une ardente prière persévérante pour posséder un jour la Source infinie de tous les biens que Jésus nous a mérités par son sacrifice sur la croix. Demandons à Saint Joseph d’intercéder pour nous tous.

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